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29 juillet 2023

Mission : Impossible – Dead Reckoning Partie 1

La saga Mission : Impossible, c'est un peu comme les Jason, on finit par avoir un mal de chien à les identifier, à les dissocier les uns des autres. C'est un bon test cognitif pour soi-même. Le premier, c'est facile, c'est celui de De Palma où Tom Cruise joue encore collectif, avec Jean Reno, Béart et compagnie. Le TGV dans le tunnel sous la Manche, la goutte de sueur qui menace de déclencher l'alarme. Ok, facile, on a pu en causer ici sans souci en s'appuyant seulement sur nos très vagues souvenirs. Je l'ai revu depuis dans le cadre de ma réhabilitation personnelle de Brian de Palma et je considère toujours que ce film est loin de faire partie de ses meilleurs et qu'il correspond hélas au début du déclin de l'auteur de Body Double. Quant à Mission : Impossible II, la bande-annonce, à l'époque laborieusement téléchargée en 56k, m'avait scotché : on y voyait Tom Cruise escalader en solo intégral une falaise verticale et se mettre en danger de mort inutilement suite à une glissade, pour mieux se rattraper à une corniche dans un geste impossible, nous montrer ses muscles saillants et nous adresser un regard-caméra plein de défi. J'étais alors facilement impressionnable et le remix du fameux thème musical de la série, plutôt chiadé, jouait aussi son rôle. Le reste était à chier. John Woo et ses quelques envolées de colombes. Tom Cruise et ses cheveux longs qui le rapetissent encore davantage. Thandie Newton aux abois. Bref, un raté. 


Représentation abstraite de ma mémoire à l'évocation d'un Mission : Impossible ? Non, représentation signée McQuarrie de l'Éntité, l'intelligence artificielle malfaisante du film. Mouais...

Dès le troisième opus, ça se corse davantage, ma mémoire me joue des tours, et je ne peux pas lui en vouloir. Je ne garde quasi aucun souvenir de l'épisode signé JJ Abrams (comme  tout ce qu'a fait cet homme-là), si ce n'est de brèves images de Phil Seymour Hoffman sous-exploité en vilain, de Michelle Monaghan en épouse éplorée, et de Tom Cruise glissant arme au poing dans les lens flares. Peut-être le pire. À partir du 4, l'amalgame nous tend encore plus les bras. Peut-être parce que Christopher McQuarrie, le lieutenant de Tom Cruise, passe aux commandes, d'abord au scénario. Ghost Protocol, c'est un générique en CGI en forme de clin d’œil à la maison Pixar dont est issu Brad Bird, le réalisateur embauché par la gigastar pour redonner du peps à sa saga. Une escapade à Dubaï, la robe fendue de Paula Patton, une apparition délicate de Seydoux. Voilà tout ce qui m'en reste. Le 5, le 6 et à présent le 7 forment dans mon esprit une seule et même bouillie. Tout à fait digeste mais sans réelle saveur. Il y a une grosse baston dans des toilettes, peut-être dans le 6. Une course à motos, peut-être dans le 5. Et aussi le 6. Je ne sais plus. L'arrivée de Rebecca Ferguson, un atout non-négligeable, sacrifiée bêtement cette année, est à noter. Et encore et toujours les mêmes pesants défauts. Malgré cela, les M:I demeurent légèrement au-dessus du lot. Faut dire que quand la concurrence se nomme Fast & Furious XII, c'est pas si difficile.


Il y a à peu près la même ambiance dans la voiture quand je prends le volant sur les routes des vacances...

Cette fois-ci, Tom Cruise et sa bande sont donc à la recherche d'une clé ridicule qui permettrait de désactiver une intelligence artificielle aux idées de grandeur de plus en plus inquiétantes. Cette quête mène l'autoproclamé sauveur du cinéma de divertissement hollywoodien aux quatre coins du monde, comme d'habitude. Toujours aidé par les fidèles Simon Pegg (ici adorable) et Ving Rhames (en mode moins j'en fais, mieux je me porte), il s'associe à une pickpocket professionnelle, incarnée par Hayley Atwell, une recrue bienvenue : c'est bien simple, quand ce n'est plus elle qui dicte le tempo du film, celui-ci retombe dans la médiocrité. Les antagonistes que Tom Cruise croise sur son chemin sont, principalement, deux agents de la CIA au courant de rien, une mystérieuse mercenaire nommée Paris parce qu'elle est française, et un individu malfaisant surgi du lointain passé du héros. Ce soldat zélé au service de l'IA est le grand vilain du film et l'on peut s'étonner qu'il soit incarné par un latino a l'air goguenard, le teint hâlé, en chemise pastel légère et pantalon blanc en lin, on dirait un touriste qui profite d'un moment de tranquillité, débarrassé de femme et enfants. Tom Cruise doit être fan de La Bamba, c'est comme cela que j'explique qu'il ait pu filer ce rôle à Esai Morales, la co-star de Lou Diamond Phillips dans le biopic de Ritchie Valens. Vous l'aurez compris : il est l'un des boulets du film. Bien sûr, on ne sait rien de ses motivations personnelles, ce qui ne comble donc en rien le manque de charisme de ce vilain de pacotille.


Quand Tom Cruise prend le train, ça finit souvent sur le toit...

On connaît l'ambition de Tom Cruise d'écraser la concurrence quand il sort un nouveau film de sa saga fétiche, d'où son goût pour des scènes d'action interminables qui en offrent toujours plus. Cela donne ici lieu à quelques bons moments, il faut bien le reconnaître, mais ceux-ci sont parfois bien planqués, coincés entre deux passages plus fastidieux, déjà vus et revus, ou refoulés à l'issue d'une longue séquence d'action assommante, sans grand intérêt. On se tape ainsi une énième baston peu emballante sur le toit d'un train lancé à pleine vitesse, où Cruise et son ennemi font toujours bien attention à se balancer à tour de rôle dans le sens de la longueur, triste moment qui atteste de nouveau l'incapacité de McQuarrie à filmer convenablement les bagarres quand celles-ci ne se déroulent guère dans des teuchios (auparavant, des échauffourées dans les ruelles et sur les ponts étroits de Venise auront eu le temps de nous saouler). Mais, à la suite de cette bagarre minable, Cruise et Atwell se retrouvent prisonniers de wagons dont ils doivent s'extirper un à un avant qu'ils ne chutent dans le vide, et cela devient enfin très plaisant. Je retiendrai deux autres scènes où McQuarrie semble s'être sorti les doigts (excusez cette expression familière). Je pense d'abord à la longue séquence de l'aéroport d'Abou Dabi où l'on suit une double filature (Tom Cruise pourchassant la pickpocket tandis qu'il est lui-même marqué à la culotte par la CIA) parallèlement à la désactivation, par l'astucieux Pegg (ne me demandez pas pourquoi, je l'aime bien là-dedans, il sue tout le temps, panique, s'énerve, pète les plombs, il est le seul à paraître humain), d'une bombe nucléaire cachée dans un des bagages qui transite en sous-sol. Tous les événements s'enchaînent agréablement via un montage efficace. On ressent alors le plaisir que l'on était venu chercher en consentant de passer le seuil de la porte vitrée du multiplexe inhumain. Et il y a ensuite la course-poursuite en voiture, en deux temps, dans les rues de Rome, qui prend une tournure comique et amusante à partir du moment où, menottés, Atwell et Cruise conduisent ensemble une Fiat 500 jaune étonnamment pimpée. On y casse pas mal de matériel, ce qui est toujours une chose appréciable. 


Du jamais vu, même à la SNCF !

Dans les 163 minutes que comptent cet épisode, il y en a donc bien 20 de bonnes, ce qui est déjà pas mal quand on espérait rien. Le reste est soit passable, plombé par un scénario qui perd progressivement en limpidité, soit carrément médiocre, flingué par le manque d'imagination et d'audace de l'équipe réunie autour du projet, pilotée de trop près par un acteur démiurge qui uniformise à présent tout ce dans quoi il tourne, ne laissant plus leur chance à des cinéastes qui n'obéiraient pas au doigt et à l'œil. Dans le pire de Dead Reckoning, il y a cette longue et lourde scène de discussion dans une boîte de nuit vénitienne : la tension est aux abonnés absents et l'on ne peut s'empêcher de trouver criante de pauvreté la façon du réalisateur de filmer, sous des angles ridicules et entre une succession de gros plans usants sur des tronches qui bavardent, les écrans et projections d'images virtuelles abstraites qui décorent la pièce, ceci afin de rendre palpable et menaçante la présence de l'intelligence artificielle malveillante, qui cernent littéralement les personnages (on préfère l'Entité de Sidney J. Furie). Le pari était certes compliqué sur le papier et, sans surprise, McQuarrie, en bon artisan limité qu'il est, n'a pas su le relever. Heureusement, il y a là-dedans une petite touche d'humour, d'autodérision, qui participe pour beaucoup à notre indulgence. Éternel héros, de plus en plus pris de vitesse mais toujours là de justesse, Tom Cruise veut nous amuser et nous divertir, il n'y parvient que trop rarement, par intermittence, mais, dans le contexte actuel du gros cinéma hollywoodien, c'est déjà ça. 


Mission : Impossible – Dead Reckoning Partie 1 de Christopher McQuarrie avec Tom Cruise, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Esai Morales et Hayley Atwell

9 février 2020

Le Temps d'un week-end

Quelle idée de revoir ce film aujourd'hui ?! Je ne sais pas ce qui m'a pris... En plus, c'est long : 2h40 au compteur. Le Temps d'un week-end vous flingue une soirée et vous donne effectivement l'impression d'avoir cramé deux jours avec une paire d'abrutis. Il fait partie de ces films hollywoodiens des années 80-90 qui n'ont pas supporté le poids du temps et qui sont périmés depuis belle lurette. Ce qu'il y a d'amusant, c'est qu'ils mettent malgré eux en valeur le cinéma américain des années 70 et toutes ses pépites qui continuent de briller aujourd'hui. Scent of a Woman, en VO, est d'un académisme tel que cela a beaucoup plu à l'Academy, avec une poignée de nominations à la clé et même une razzia aux Golden Globes en l'an de grâce 92. Comme quoi, ces institutions savent distinguer les films qui restent...




Il s'agissait d'ailleurs de la consécration tant attendue pour le grand Al Pacino, enfin récompensé d'un Oscar après quatre nominations infructueuses pour des rôles autrement plus mémorables (Le Parrain, Une Après-midi de chien, Serpico, And Justice for All). Terrible ironie de la vie... L'acteur n'est pourtant pas spécialement bon là-dedans. Il en fait des caisses dans la peau d'un personnage monocorde et ennuyeux au possible, un vétéran devenu aveugle et acariâtre dont un étudiant doit s'occuper le temps d'un week-end pour financer sa scolarité. Imprévisible et chiant, l'aveugle récalcitrant amène son jeune garde à New York pour un séjour de folie, entre palaces, teupus et grands restaurants. Le projet secret du colonel retraité étant de se tirer une balle après avoir tiré sa crampe et profité une dernière fois des petits plaisirs de l'existence (principalement la bouffe et les femmes, donc). L'étudiant, incarné par un assez fade Chris O'Donnell, dont la carrière explosera ensuite en plein vol devant la caméra de Joel Schumacher dans la peau du célèbre acolyte de l'homme chauve-souris, essaie tant bien que mal de s'opposer aux envies suicidaires de son aîné...




Aux commandes de ce triste remake d'un film italien de 1974 signé Dino Risi, nous retrouvons, annonce fièrement l'affiche de l'époque, "le réalisateur du Flic de Bervely Hills", Martin Brest. Mais n'espérez pas vous marrer cette fois-ci. Cet homme a aussi réalisé Midnight Run, un buddy-road-movie bien de son temps dans lequel Robert De Niro pétait régulièrement les plombs, un film devenu culte que je trouve également très surcôté (je ne me souviens pas m'être marré une seule fois). Martin Brest fait son taff, sans chichi, aussi platement que possible. Une musique sirupeuse accompagne et vient surligner la moindre émotion, histoire d'alourdir encore tout ça, de nimber cette histoire fastidieuse d'une atmosphère surannée. On est content de retrouver un Philip Seymour Hoffman alors en pleine forme dans le rôle d'un jeune étudiant un peu con. Et ne soyons pas si dur avec Pacino, son charisme, certes diminué, porte le film à bout de bras. Il apporte par intermittences un peu de piment, mais il tutoie aussi régulièrement le ridicule quand il ponctue ses phrases de "Oouh-ah" pathétiques et supposés être drôles.




Le Temps d'un week-end est un vieux film. Je n'aime pas dire ça car il n'y a pas de "vieux films" comme il n'y a pas de "vieux tableaux", de "vieux livres" ou de "vieilles pièces de théâtre". Mais Le Temps d'un week-end est un film rance, dépassé, obsolète, faisandé. C'est sans doute le plus vieux film dans lequel ait joué Al Pacino. C'est un film qui a passé l'arme à gauche, qui a disparu, il s'est éteint sans un bruit, loin des regards, dans son sommeil, et n'existe plus. Plutôt fier de lui, Bo Goldman, le scénariste, a déclaré : "S'il y a une morale au film, c'est que si nous restons toujours ouvert et disponible aux contradictions surprenantes de la vie, nous trouverons toujours la force d'avancer". Une leçon... Merci mec ! Un film oublié et voué à le demeurer. 


Le Temps d'un week-end (Scent of a woman) de Martin Brest avec Al Pacino et Chris O'Donnell (1992)

6 décembre 2014

Hunger Games - La Révolte : Partie 1

Francis Lawrence... Putain... Dans ce blog on a déjà évoqué à de nombreuses reprises nos griefs contre ce type qui ne semble pas savoir faire de films autrement que comme des merdes (c'est pas une légende...). Le plus triste dans tout ça, c'est de voir que Francis Lawrence n'évolue pas et qu'il réalise ce nouveau film comme tous ses précédents. Il n'y pas d'améliorations dans son travail, il ne progresse pas, il fait toujours la même merde, avec l'air toujours aussi fier... Il doit avoir un glaucome ou déjà être aveugle, ou au moins borgne, voire miro avec -12 à chaque œil pour imaginer des plans aussi nazes. Il dirige sans doute les acteurs de loin avec de grands gestes... A moins qu'il ne soit tout simplement pas présent sur le plateau. Peut-être est-il muet et tente-t-il de se faire comprendre par des signes du majeur, ou bien c'est un timide doublé d'une couille molle qui se cache derrière son moniteur... Le seul truc qui le réjouit dans son travail doit être de hurler "Action !" dans son mégaphone près de l'oreille rougie de Jennifer Lawrence (cela expliquerait la tronche qu'elle tire tout le long du film). Son visage et le sourire béat qu'il affiche constamment sont probablement le signe d'une carence hormonale ou affective, ou sa satisfaction de ne pas avoir encore été démasqué pour ses CV truqués et son incompétence notoire. Il n'a pas l'air méchant, c'est sûrement un bon copain pour aller boire des bières ou aider à déménager en urgence. Mais pourquoi lui refile-t-on régulièrement des budgets de 200 millions de dollars pour mettre en boîte un nouveau blockbuster pour ados et participer ainsi à la crétinisation absolue du cinéma américain contemporain ?


"Si je dis rien et que je hoche la tête en souriant, ça devrait passer... Arrête de triturer ta fermeture éclair bordel ! Je stresse, je stresse mais j'ai pas grand chose à craindre à ma droite, il est aussi con que son frère... Et la pintade à ma gauche, tout le monde la prend pour ma fille, alors on se serre les coudes... pas les couilles LOL !... Concentre-toi putain !"

Mais attention, bien que notre ami Francis Lawrence ait une grande part de responsabilité dans cette débâcle qu'est "Hunger Games 3 partie 1 Les Révoltés du Bounty", il serait injuste de faire porter le chapeau à lui seul dans ce désastre long de 2h03, dont on voit s'écouler les minutes avec une lassitude accablée. Non, il est vraiment loin d'être l'unique couillon à blâmer. D'abord parce qu'il faut nécessairement se mettre à plusieurs pour concevoir un aussi gros étron (par exemple, pour ruiner Je suis une Légende, Lawrence a grandement bénéficié des deux expressions faciales de Will Smith et du boulot de quelques torche-papier au scénario), ensuite parce chaque composante du film participe avec entrain à la catastrophe.

Une pensée pour ceux qui ont flingué leurs carrières (voire plus...) avec cette saga en bois...

Les scénaristes ont fait un boulot impressionnant pour aider Lawrence dans sa quête de l'étron ultime, car atteindre ce niveau de nullité s'apparente à de l'art, m'est avis. Ils ont écrit le scénario sur un seul post-it qui a été brûlé par la suite. On me dit que c'est l'adaptation de la première partie d'un livre. Alors dans ce cas, soit le livre est une grosse purge, soit les deux scénaristes (aidés par l'auteure dans leur immense tâche !) ont choisi d'adapter les deux premières pages du livres. D'un point de vue strictement objectif, c'est cette dernière façon de faire qui serait la plus honnête car ce serait bien la première partie d'Hunger Games 3 qui serait adaptée. Mais ne comptez pas sur moi pour aller voir les 166 autres parties à 125 millions de dollars de budget mettant en image les 332 pages restantes ! C'est simple, le film dure deux heures et il ne s'y passe globalement rien. Il est rempli de vides et d'états d'âmes pour faire patienter (raquer) le spectateur (le consommateur abruti) jusqu'à l'année prochaine. Et si les invraisemblances affligeantes constatées dans le film sont les mêmes dans le livre, alors c'est un sacré bouquin de merde que l'histoire des Hommes finira par oublier, enterré sous un tas de fumier, où il trouvera enfin son utilité : nourrir les microorganismes du sol dans un retour à la terre salvateur...


Quand Katniss part se battre "sur le terrain", elle n'emporte qu'une dizaine flèches...

Pour résumer quand même le film, voilà la totalité de l'histoire en quelques phrases : Katniss Everdeen (J-Law) vient d'être secourue par les rebelles du District 13 à la tête desquels se trouve le fantôme de Julianne Moore aidée par Philip Seymour Hoffman (ce rôle a eu sa peau). On lui demande de devenir le symbole de la rébellion car elle est méga populaire suite aux Hunger Games 1 et 2. Après réflexion, elle accepte à condition qu'on aille libérer Peeta (son mec) et les autres anciens vainqueurs des Jeux de la Faim retenus prisonniers au Capitole (la capitale de ce monde hideux, j'imagine). Peeta est libéré facilement par une équipe de choc (l'héroïne n'ayant pas été invitée à participer à l'assaut !) mais, piqué par une abeille (sic !), il est devenu fou ! Il tente de tuer Katniss par strangulation mais, malgré le temps de réaction digne d'un paresseux tridactyle des 10 personnes qui trainaient dans les parages, il échoue dans sa triste tentative d'assassinat. Fin.


Cette scène inutile se déroule au début du film dans l’hôpital de fortune du District 8. J-Law rend visite aux malades, elle est filmée pour la propagande des rebelles, elle fait des "propaclips". Tout l’hôpital sera rasé par les méchants juste parce qu'elle s'y est pointée sans discrétion. Belle, l'héroïne...

Pour illustrer une histoire aussi colossalement minable et débile, le casting s'est mis au diapason. Il est d'une nullité insultante et aide avec une détermination farouche Francis Lawrence dans sa tentative de réaliser l'ultime navet capable de rendre jaloux Uwe Boll. Entre les acteurs confirmés et multi-récompensés qui viennent toucher leur cachet en éructant des lignes de dialogues insipides tout en regardant d'un œil mort la caméra car ils savent qu'ils flinguent leur respectabilité contre quelques liasses de billets verts, et les jeunes acteurs affligeants, J-Law en tête (elle joue comme si elle s'était pris une torgnole avant chaque prise), le spectacle est consternant et risible. Le pire est peut-être atteint avec l'acteur qui joue Peeta (traduit par "Puta" en espagnol et "Chawarma" en turque selon mes sources), celui dont J-Law est amoureuse, qui joue un traitre, mais en fait non, car il a été empoisonné (par une abeille donc...) pour devenir fou et tuer sa copine lors de leurs retrouvailles, tout ça pour suivre le plan machiavéliquement bête et foireux du grand méchant du film, un Donald Sutherland qui a probablement eu un gros redressement fiscal pour se retrouver là. En plus de ressembler à un mauvais acteur belge, Peeta doit donc jouer la folie, enchainé à un lit dans un pièce capitonnée dans l'une des ultimes scènes de cette daube, et à ce moment-là on a vraiment pitié pour lui. Notons aussi la présence de Liam Hemsworth, le frère de Thor avec lequel il partage un jeu d'acteur et une palette émotionnelle extrêmement limités.


L'héroïne fout un bordel monstre chez les rebelles et provoque la mort de nombreux innocents pour aller sauver ça. Et non ce n'est pas une photo du remake gay de Basic Instinct...

Le meilleur acteur de ce film n'est pas un humain, c'est une pauvre bête maltraitée. Je dis pauvre bête alors qu'il s'agit d'un chat roux. Et tout le monde sait que les chats roux sont l'engeance du diable, les envoyés de Belzébuth sur Terre, des créatures qui n'hésiteraient pas à venir vous crever les yeux dans votre sommeil gratos. Eh bien on finit par à avoir pitié d'un tel animal, maltraité et affublé d'un rôle très ingrat dans ce film. Un faire valoir qui se retrouve fourré par l'héroïne dans un gros sac lors de la visite de son ancienne maison, puis reçoit tout un tas d'objets et souvenirs sur la tronche sans moufter : cadre photo, couteaux de cuisine, salière, épices, planche à découper... Il reste des heures caché dans ce sac sous tous ces ustensiles avant d'en être enfin sorti pour retrouver sa maitresse (accessoirement la sœur de l'héroïne). Il sert aussi de pirouette scénaristique afin de mettre en danger inutilement la petite sœur de J-Law lors d'une scène de bombardement-évacuation à pleurer d'inutilité et de longueur.


Il paraît qu'il était noir et blanc dans les deux premiers films... Peut-être que le bombardement du District 12 (anéantissant tout apport de minerais et de charbon dans la capitale soit dit en passant) l'a rendu roux...

Enfin, un grand merci aux producteurs de ce massacre de masse sans qui tout cela n'aurait pu se faire. Un grand bravo d'avoir initié une telle purge, recruté les personnes adéquates à chaque étape du processus de création pour parvenir à un tel niveau de médiocrité, et pour s'être fait une montagne de dollars avec ce gros tas de merde qu'est Hunger Games 3 part 1, paragraphe 2, couplet 5, verset 7, ligne 2... On ne parlera pas de la direction artistique ni des effets spéciaux à part pour dire qu'ils participent de manière significative (p < 0,05) à la laideur et à la médiocrité du film.


Hunger Games - La Révolte : Partie 1 de Francis Lawrence avec Jennifer Lawrence, Liam Hemsworth, Julianne Moore, Philip Seymour Hoffman, Donald Sutherland... (2014)

24 janvier 2013

The Master

Sincèrement, nous aurions adoré aimer The Master. Nous avions plutôt apprécié Boogie Nights et Magnolia à l'époque de leurs sorties, et après l'inconfort et l'ennui ressentis devant l'improbable et trop loufoque pour être honnête Punch-Drunk Love, nous avions repris confiance en son auteur grâce à l'envoûtant There Will Be Blood. Aussi pensions-nous Paul Thomas Anderson tout à fait capable de nous livrer le premier très grand film de l'année. Mais, à la sortie de la séance, force est de constater que nous affichions des mines peu réjouies, pleines de regrets et d'amertume. Nous étions terriblement déçus. Nous venions de passer environ 5 heures à nous ennuyer comme rarement, très étonnés d'apprendre par la suite que le film ne durait en réalité que 144 petites minutes. Le temps nous a en effet paru très, très long devant The Master. Paul Thomas Anderson a pourtant un talent de cinéaste indéniable et il réussit parfois de très belles choses. On peut penser à la séquence du bal où le personnage joué par Joaquin Phoenix hallucine toutes les femmes de l'assemblée complètement nues dans un délire étrange, mais cette scène, sans doute la plus étonnante de l’œuvre, pâtit de la faiblesse de celles qui l'entourent immédiatement et ne peut prendre assise sur aucune autre pour s'élever comme elle le mériterait. "PTA", comme il est d'usage de l'appeler, parvient à furtivement capter notre attention, sans jamais, hélas, que tout cela ne semble lié et que ces fulgurances renforcent ou donnent du souffle à l'ensemble. Systématiquement, ces moments forts ne débouchent sur rien, ou pas grand chose. Nous avons donc fini par décrocher et par nous désintéresser totalement du film.




La première partie, qui doit durer grosso modo une demi heure, et qui se concentre sur le parcours de Freddie Quell (Joaquin Phoenix), avait pourtant su relativement nous intriguer avec ces premiers plans où Paul Thomas Anderson joue des concordances entre la bande sonore et la bande musicale de son film comme il l'avait expérimenté dans son film précédent, puis avec ces scènes où le comportement sexuel de Freddie Quell, soldat de la marine américaine attendant la fin de la seconde guerre mondiale avec sa compagnie sur une île du pacifique, surprend au moins autant que le mystérieux breuvage qu'il semble concocter dans une torpille de son bateau. L'intérêt ne décroît d'ailleurs pas immédiatement puisque le retour au pays du héros est marqué par sa relation sulfureuse avec une mannequin pour prêt-à-porter sortie de nulle part (la scène où elle déambule en disant le prix de son manteau en fourrure à toutes les femmes qu'elle croise rappelle vaguement l'ambiance de certaines scènes de Catch me if you can) et par la reprise d'une carrière de photographe compromise par un comportement brutal et grotesque d'ancien soldat traumatisé.




Mais notre implication dans le récit chute dès après le plutôt beau travelling qui accompagne l'entrée de Freddie Quell dans le navire de Lancaster Dodd (un Philip Seymour Hoffman toujours plus rougeaud). A partir de cet instant on sort du film peu à peu pour ne plus jamais y entrer à nouveau, désintéressés à tout jamais de ces personnages inconsistants ou grossiers et des rapports bizarres qu'ils entretiennent, plus anecdotiques que d'une grande portée. Le plus gros problème du film est sans doute qu'il ne raconte pratiquement rien. Nous n'avons même pas évoqué le fait que Lancaster Dodd est censé être l'initiateur de l’Église de Scientologie et qu'il prend Freddie Quell comme associé-patient-cobaye en le soumettant à toutes sortes d'exercices idiots sous la houlette de son épouse autoritaire (Amy Adams), mais vu que le film parle de tout cela sans en parler et qu'il ne nous dit finalement rien d'intéressant à ce sujet, c'est de bonne guerre. Son vrai sujet serait plutôt la relation difficile de deux hommes qui s'attirent et se repoussent, qui s'aiment sans pouvoir faire tomber le mur qui les sépare. Ce père d'adoption et ce fils spirituel finiront par se quitter dans un ultime dialogue de sourds autour d'un bureau, exactement comme à la fin de There Will Be Blood, mais avec l'ampleur d'un vrai scénario en moins et la chanson ridicule de Philip Seymour Hoffman en plus.




Comme Paul Thomas Anderson lui-même, ses acteurs ont un talent fou, mais ils en ont peut-être trop conscience... Ils sont très démonstratifs et donnent presque l'impression de se regarder jouer. A commencer par l'omniprésent Joaquin Phoenix, qui impressionne souvent et parvient à donner une allure très marquante à son personnage, mais qui finit par lasser. En outre, quelque chose nous manque cruellement pour que l'on se sente véritablement concerné par ses errements. Quand, lors d'un flashback, on le voit enfin à peu près heureux, aux côtés de la jolie rousse qu'il a dû quitter pour partir à la guerre, la scène vient trop tard, et on s'en moque un peu. Quand il retourne chez elle et tombe seulement sur sa mère, c'est encore pire, c'est long, et ça n'a eu plus aucun effet sur nous. En réalité, The Master manque terriblement d'enjeux et nous avons logiquement fini par lâcher prise devant ce film si maîtrisé et froid, un peu comme Phoenix lui-même quand il marche du mur à la fenêtre dans la grande maison de son gourou sans comprendre ce qu'on attend de lui, trouvant ça finalement assez couillon et faisant semblant d'y croire le temps nécessaire pour qu'on lui lâche la grappe définitivement.


The Master de Paul Thomas Anderson avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman et Amy Adams (2013)

22 juin 2012

Doute

Bronx, 1964. Rien ne va plus à l'école catholique Josuéba Exteberrìa ! Sur la foi du témoignage nébuleux de la douce Sœur Jamiroquai, institutrice sous ses ordres, l'acariâtre Sœur Alioéba, directrice de l'école, accuse le Père Flynnt Michigann d'entretenir des rapports interdits avec le petit Donald Trump, premier élève afro-américain admis dans l'établissement. Ni les doubts de la jeune enseignante, ni les protestations du prêtre à houppette, aux méthodes pédagogiques radicalement opposées à celles prescrites par Sœur Alioéba, ne parviennent à détromper cette dernière et à la faire doubter de sa terrible accusation. Débute alors un duel psychologique à couteaux tirés entre la directrice stalinienne de l'établissement et le prêtre pédé, dont le petit enfant black ne serait plus que le prétexte et Sœur Jamiroquai, le malheureux témoin impuissant. Voilà pour le pitch de ce film dont je ne suis plus sûr à 100% des noms des différents personnages.



Pour réaliser l'adaptation de sa pièce de théâtre à succès, John Patrick Shanley a engagé un trio d'acteurs talentueux afin d'incarner les trois personnages principaux : Meryl Streep, Philip Seymour Hoffman et Amy Adams. La première, dans la peau de la vieille nonne trop conne et à cheval sur ses principes (c'est peu de le dire !), nous offre un nouveau numéro d'actrice savoureux, toujours à la limite du cabotinage, sans jamais y tomber véritablement. Un petit miracle. Sa façon d'incarner une bonne femme à la main de fer et à l'autorité infernale m'a même rappelé ma belle-sœur ! Le second, plus connu sous le nom de PhilSemHoff, campe avec talent une espèce de curé au verbe facile, un brin trop proche des écoliers. L'acteur prouve encore une fois qu'il peut être tout à fait captivant, voire bluffant. Il est en tout cas très crédible dans ce rôle de gros homo pédophile qui semble lui coller à la peau (même si, ici, ses préférences sexuelles ne sont pas avérées, le réalisateur du film préférant nous laisser dans le doubt). Quant à Amy Adams, qui est hélas toujours attifée d'une coiffe de couleur noire qui emprisonne sa jolie tignasse rousse et rend peu hommage à son étincelante beauté naturelle, elle est impeccable dans le rôle de cette institutrice assez naïve et douce, même si elle est bien plus discrète que ses collègues. Soyons clairs et faisons bref : ces trois acteurs constituent le principal atout du film.



Car si John Patrick Shanley a brillamment su s'entourer, il aurait aussi dû laisser la mise en scène à quelqu'un de plus doué que lui ! Et pourtant, contrairement aux apparences, JP Shanley n'est pas totalement débutant en la matière. Que lui doit-on au juste ? Joe contre le volcan... Ce film oublié des années 80 dans lequel Tom Hanks, armé d'une simple pelle, affrontait un volcan en éruption. J'ai tout dit ! Seuls les fans irréductibles de l'acteur doublement oscarisé se souviennent de ce film, considéré par les autres spectateurs qui l'ont vu comme l'une des heures les plus sombres de leurs cinéphilies. J-Patrick Shanley n'a donc rien à voir avec Kubrick Stanley. Il filme son scénario le plus platement du monde et tente vainement de dénoter un peu via quelques plans obliques, en diagonale, d'un goût très douteux, qui ne font que nous rappeler que cet homme a beaucoup moins d'inspiration derrière une caméra, une casquette vissée sur le crâne, que devant une feuille blanche, le stylo plume à la main. Shanley, tu es un piètre cinéaste, tiens-toi le pour dit. Surestimant sans doute la portée de son propos pourtant assez intéressant, certainement trop sûr de lui et bourré de certitudes, le séant fermement reposé sur son Pulitzer (la récompense tant convoitée qu'a glanée sa pièce de théâtre !) et sa chaise de "director", on imagine hélas aisément l'apprenti cinéaste se prendre pour un surdoué.



C'est bien dommage, car l'histoire qu'il nous raconte parvient assez facilement à nous captiver, malgré un démarrage un peu longuet, et aurait pu prendre une toute autre envergure entre les mains d'un réalisateur en pleine possession de ses moyens (ou d'un réalisateur tout court, un brin inspiré). J'avoue avoir doubté, du début à la fin, sur la culpabilité du curé homo et sur le bien-fondé des accusations de la vieille nonne facho. Il faut dire que les personnages, à l'exception de Meryl Streep, ne font que doubter de tout. Et, de façon assez machiavélique, Shanley nous quitte en plein doubt, sans que l'on sache véritablement si, oui ou non, Philip Seymour Hoffman est bel et bien un gros homo doublé d'un pédophile. Les derniers dialogues du film sont déblatérés par une Meryl Streep en état de grâce, qui tombe enfin son masque impassible, et sanglote : "I have doubts. I have such doubts !". Rideau. Stupeur dans la salle. Malgré son maigre talent de cinéaste, Shanley a plutôt réussi son effet, il peut remercier ses acteurs.


Doute de John Patrick Shanley avec Meryl Streep, Philip Seymour Hoffman et Amy Adams (2008)

8 août 2011

Love Liza

Philip Seymour Hoffman est en pleine déprime : sa femme vient de se suicider. Elle lui a laissé une lettre, mais il n'a pas la force de la lire. Il la garde néanmoins toujours sur lui, hésitant parfois à ouvrir l’enveloppe. En attendant, pour oublier son mal-être, il se réfugie dans la drogue et se shoote à l'essence... Voici le pitch de ce petit film indé inédit dans nos contrées qui vient de me plomber la soirée ! J'exagère un peu, Love Liza est une bonne surprise, et c'est même pas mal du tout. Il y a bien quelques longueurs gênantes au milieu du film, qui lui permettent cependant d'atteindre le statut de "long-métrage", et on notera aussi quelques éléments comiques qui tombent tristement à plat. Mais malgré ça, Love Liza est parvenu à me captiver et à m'intriguer, du début à la fin. Bon sang, on a tout de même envie de savoir si oui ou non il va finir par la lire cette maudite lettre ! Évidemment, oui, et son contenu s'avèrera très simple et d'une certaine beauté, sa découverte clôt le film de la meilleure des façons.



Au bout du compte, Love Liza est donc un plutôt joli film sur un sujet pourtant délicat : le deuil d'un gros type qui ne parvient plus à vivre et qui se croit responsable de la mort de sa femme. Philip Seymour Hoffman, lui qui peut être assez énervant, est ici très bon, sobre, doté d’une vraie présence. Le film, dont le scénario a été écrit par son grand frère, repose en grande partie sur ses épaules voûtées. Il y a aussi Kathy Bates qui dans ce film, avec ses cheveux courts et sa tronche de petit soldat teigneux, doit être l'une des vieilles femmes les plus laides jamais filmées. Elle est beaucoup plus terrifiante que dans Misery. Autre détail typique d’un film indé US : un soin particulier a été apporté à la BO. Elle est ici signée Jim O'Rourke aka le "triso surdoué de Chicago" (enfin, disons plutôt que quelques-unes de ses bonnes chansons y figurent), et il faut bien reconnaître qu’elle accompagne joliment le récit, participant largement à donner une identité singulière à ce film. Ça m'a même donné envie de réécouter ses disques alors que j'avais vraiment fini par en avoir ma claque de ce gars (bon, finalement, j'ai juste réécouté 3-4 chansons, faut pas pousser).


Love Liza de Todd Louiso avec Philip Seymour Hoffman, Kathy Bates et J. D. Walsh (2002)

27 janvier 2011

Rendez-vous l'été prochain

Philip Seymour Hoffman c'est typiquement le gars qu'on ne présente plus. Actuellement en procès pour avoir dégueulé toute sa haine raciale sur une chaîne du service public à une heure de grande écoute, cet acteur à sensation, et chroniqueur politique de renom, est connu dans le métier pour aller et venir en gardant toujours son Oscar dans son gros falzar, et même plus précisément dans son slibard. Double rôle pour la statuette : passe-partout exhibé devant les videurs de boites de nuit branchées de Los Angeles et sexe hypertrophié factice pour tenter d'amadouer toute jeune femme passant sous son radar. Cet Oscar, c'est celui du meilleur acteur, s'il vous plaît ! Soit la récompense la plus prestigieuse du 7ème Art dans sa catégorie : poids-lourd, pas-léger. Le Saint Graal, the Big-One. Cet Oscar, il l'a remporté en incarnant une capote géante, mais véritablement humaine, d'où son nom, assez simple au demeurant, de Truman Capote ("Véritable Homme Capote", mot pour mot en vf et dans tous les cinémas québécois), dans le film éponyme. L'acteur y est tout bonnement remarquable. De mémoire, jamais du latex lubrifié n'avait réussi à être rendu si expressif par un comédien marchant littéralement sur l'eau. On le voit faire, il traverse le lac Ontario sans les mains ! Depuis cette performance remarquée, son nom, à force d'être répété et acclamé, s'est transformé en un plus rapide et commode PhilSemHoff, un peu de la même façon que le groupe d'indé pop ricain American Analog Set devient AmAnSet pour les fins limiers. Certains même vont jusqu'à l'appeler uniquement par ses initiales, soit PSH, de la même manière que son alter-ego belge JCVD. Philip Seymour Hoffman jouit aujourd'hui d'un laisser-passer à tout-va, d'un droit de vie ou de mort sur ses semblables à Hollywood et au-delà. Il est, avec Halle Berry, l'acteur le plus doué de sa génération. Une génération dorée, qui compte pourtant dans ses rangs d'autres hommes de calibre, parmi lesquels son propre fils Dustin et son cousin Gene "Seymour" Hackman, auxquels il a appris la comédie avant de s'y mettre à son tour, mais aussi Tom Cruise, qu'il a poussé dans le tunnel obscur et étroit de la scientologie pour mieux avoir le champ cinématographique entièrement libre.


L'effet spécial du film

Ce gars-là vit sur une autre planète, il ne fait pas partie de notre monde. S'il n'existait pas, le show-business serait du business tout court et nos céréales du matin auraient le goût amer de la rancœur du soir. S'il a envie de se mettre à la mise en scène, il s'y met, et fissa. Avec un budget de 15 000€, je vous prie, soit 15 000 fois la somme qu'affiche mon compte à la BNP. Surbooké, Hoffman nous a torché son premier film en une semaine, et ça se voit. Tout est à l'écran : de son troisième assistant coiffure, à la maladroite perche du micro, en passant par l'ombre menaçante de son beau-père et sa grosse ganache enfarinée. Si PhilSemHoff veut tourner une très banale comédie dramatique typiquement "indé" sur des couples de cas sociaux qui se font et se défont, il le fait. Hoffman adore Grizzly Bear ? Ni une ni deux, c'est réglé en un coup de fil : ce groupe signera la BO de son film chéri. Amy Ryan lui a plu dans The Office ? Elle est dans son film, plein cadre. Hoffman aime Chan Marshall et les Fleet Foxes ? La même. Tous ces gens se retrouveront illico au générique de son bébé, Jack Goes Boating. Pourquoi un tel titre, me direz-vous ? Parce que pendant le tournage, notre acteur-réalisateur favori avait, comme il dit, une "grosse envie de thon". Il est allé pêcher puis tirer, on a filmé et ça a donné la scène-clé de ce long-métrage, ainsi que son titre. Un beau titre, vendeur, énigmatique, poétique, car notre bon Philip aime la poésie et Agatha Christie. Son film a été salué par toute la presse, unanime. Il a le monde à ses pieds. Laissez tomber, c'est un tueur. Intouchable.


Rendez-vous l'été prochain (Jack Goes Boating) de et avec Philip Seymour Hoffman (2010)

12 novembre 2010

Synecdoche New-York

C'est le dernier film en date de Charlie Kaufman, qui a pour meilleur ami Spike Jonze (Kaufman a écrit pour lui les scénarios d'Adaptation et Dans la peau de John Malkovitch), et pour concubin Michel Gondry (il a aussi écrit Human nature et Eternal Shoeshine). Or s'il est vrai que vos amitiés en disent long sur vous, ce que vous accouchez quand on vous calfeutre devant une feuille blanche finit de dresser votre portrait. Et que dire de l'autoportrait ultra vitriolé que nous adresse ainsi régulièrement Karlie Chaufman... Une pluie de "mind fuck" et d'histoires à pioncer debout, un imaginaire souffreteux de geek attardé, une suite de mises en abîmes oniriques et de personnages moribonds. Sauf que là il parachève son œuvre : Synecdoche New-York, c'est son bébé à lui, tout entier à lui, écrit ET réalisé par lui. Donc j'avais les foies en m'apprêtant à le mater. Kaufman a certes peut-être parfois de bonnes idées de départ mais il écrit toujours des scripts qui s'avèrent foireux "au finish", et qui donnent systématiquement lieu à de grosses enculades cinématographiques. Néanmoins j'étais curieux à l'approche de ce film-là, principalement à cause du pitch, que je vous copie-colle ci-dessous en direct de Wikipédia.




Caden Connard, metteur en scène de théâtre, est en train de monter une nouvelle pièce. Mais travailler pour un public de petits vieux aux portes de la mort dans l'obscur théâtre attaqué par les mites d'une banlieue de New York assez malfamée lui paraît bien terne. Tu m'étonnes. Sa femme, Adele, l'a quitté pour poursuivre sa carrière de peintre en bâtiment à Berlin, emmenant avec elle leur petite fille, Toundra. Madeleine, sa psy, est plus occupée à faire la promo de son nouveau livre "essentiel" (dit-elle) sur les huiles essentielles qu'à soulager ses angoisses. Suite à toutes ces déconvenues, Caden a quand même eu une aventure, mais sa liaison avec une belle et naïve jeune femme, nommée Eden Hazard, a tourné court. Et il est rongé par une mystérieuse maladie douloureuse et incurable qui s'attaque directement à son système nerveux.

Pressé par la peur de mourir prématurément, peur légitime car il va bel et bien mourir prématurément, Caden décide alors de tout quitter. Aspirant à créer une œuvre d'une intégrité absolue, il rassemble quelques comédiens dans un entrepôt de New York. Il les met en scène dans une célébration de l'ordinaire, demandant à chacun de vivre une vie artificielle dans une maquette de la ville.



Il faut être un beau con pour se laisser attirer par un script pareil. J'ai maté vingt minutes du film au bas mot. J'ai donc seulement vu la partie en gras du résumé, la partie émergée de l'iceberg, suffisamment terrifiante et déprimante pour me faire virer de bord de peur de m'empaler sur la partie immergée du merdier avant de couler à pic comme un vieux paquebot. La seconde partie est pourtant censée être un peu plus lumineuse, d'après le résumé, d'après l'affiche (j'ai rien vu de tout ça, et franchement je doute que ce soit dans le film), mais pour y avoir droit il faut passer outre la première demi heure qui s'acharne à pousser le spectateur à la dépression la plus carabinée qui soit. C'est in-sou-te-nable.



On passe trente interminables minutes à fixer du regard le gros Philip Seymour Hoffman, doté d'une voix venue des tréfonds de son propre slip sale, qui baragouine lentement des mots incomplets, lesquels ont bien du mal à trouver un chemin non-obstrué hors de son corps, et on écoute ses inepties la mort dans l'âme, confondu par le spectacle dévoyant de cet acteur qui incarne sans forcer un personnage à qui il n'arrive que merdes sur merdes dans son pavillon triste, hanté par sa femme et sa fille qui le font sans cesse chier à force d'être ultra connes et lourdes à mourir, mais qui ont le mérite d'être près de lui quelques heures encore, avant de foutre le camp pour le laisser seul avec son cancer. Et Seymort Offman va d'hôpital en hôpital pour apprendre qu'il est malade et qu'il va crever sous peu, pense donc à la mort, et explique à sa fille endormie les veines et le sang, et les maladies, et la mort qui frappe ensuite... C'est un Woody Allen plus que sombre que la moyenne et sans la moindre vanne à l'horizon, si vous préférez, ou un Bergman sans personne derrière la caméra, sans idées et sans talent. Y'a de quoi crever en matant ce truc. J'ai senti naître deux ou trois ulcères au fond de mon estomac en une trentaine de minutes, et j'ai plein de grains de beauté sous les aisselles depuis que j'ai éteint ma télé. Je pisse aussi cramoisi. J'en ai parlé à mon médecin, je lui ai dit que mes selles étaient bleu blanc rouge, il m'a dit que j'allais voter Le Pen alors que pas du tout, je dois juste être très malade. En tout cas je vais pas au top.

Je défie quiconque de lancer ce film sans être pris d'un cafard de tous les diables, d'un bourdon à crever la gueule ouverte. Je tends mon doigt à Charlie Kaufman et à son Sinecdochié New-York. C'était mon troisième film estampillé Kaufman et comme par hasard c'est la troisième fois que je bats le record d'apnée dans ma baignoire, sans que personne ne le sache. Je file un mauvais coton.


Synecdoche New-York de Charlie Kaufman avec Philip Seymour Hoffman (2009)

6 juin 2009

Transamerica

J'ai vu ce film. J'ai pas fait exprès. Ce soir-là j'avais prévu d'aller voir un autre film au cinéma d'art et essai de mon quartier. Seulement ce cinéma-là avait un programme chaque jour différent, et je me suis gouré de jour. Je suis arrivé au guichet en demandant une place tarif étudiant, sans préciser le titre du film. C'était inutile puisqu'il n'y en avait pas d'autre, ce petit cinéma de quartier ne possédant qu'une seule salle. Je me suis vautré dans mon fauteuil très confiant. J'ai attendu que ça commence. L'affreux morceau de Bossa Nova supposé nous faire patienter s'interrompit, le silence se fit, les lumières s'éteignirent, et là l'horreur, c'est Transamerica qui commençait devant mes yeux dilatés par la surprise et plissés par la douleur. A ce moment là on pense forcément à se tirer en douce. La loupiote verte "Sortie de secours" prend tout son sens, elle qui fait d'habitude toujours chier à se refléter dans les lunettes des plus pauvres d'entre nous qui n'ont pas pu se payer le luxe des verres anti-reflets. Elles me tendaient les bras ces foutues loupiotes, j'en voyais mille à cause de mes reflets. Mais j'ai payé quatre euros alors quitte à les avoir brûlés façon Gainsbourg autant voir le film pour lequel je viens de me foutre dans le rouge à la banque. Mon portable vibre en mode silencieux dans ma poche, les ondes bouillonnent dans mon slip et je viens sans doute de perdre mes derniers espoirs de fertilité. C'est à n'en pas douter mon banquier au bout du fil. Les vibrations cessent puis reprennent. Je vois le petit voyant lumineux bleu de mon mobile Sagem clignoter à travers la toile de mon pantalon en toile de jute qui me colle au cul, trempé de sueur. Mon banquier m'a envoyé un texto. Je sors discrètement mon portable de ma poche, je l'ouvre, sa lumière s'allume et derrière moi un homme entre deux âges secoue mon siège avant de me tirer les cheveux d'un coup sec. Je fais mine de rien avant de rapidement lire le sms de mon seul "contact". C'est bel et bien mon banquier et son message dit: "Petit merdeux". Je suis donc bel et bien dans la merde. Et je suis donc resté dans la salle pour savourer mon dernier petit plaisir coupable. Ma dernière séance de ciné légale de cette année. Oh j'y suis bien retourné dans les jours suivants, mais sans passer par le guichet. En longeant les murs, vêtu de noir, encagoulé, avec des mitaines aux mains et des semelles anti-dérapantes aux pieds pour me faire la malle au premier contrôle des tickets. Bref, j'ai vu Transamerica. En entier. Et sur grand écran.



Je ne vais pas parler du film parce que personne n'en a rien à foutre, et moi le premier. Simplement soulever une question qui me chauffe depuis quelques temps. La question de l'amour propre des actrices. Où finit l'amour propre et où commence le mépris de soi ? Dans un entretien accordé par la chaîne TCM suite à la sortie de Rois et reine, le réalisateur du film et son actrice, Arnaud Desplechin et Emmanuelle Devos, revenaient sur leur parcours commun. Ces deux-là sont éternellement liés puisqu'il n'y a pas un film de Desplechin sans un rôle pour Devos, souvent principal, parfois secondaire, au pire une simple apparition, mais d'importance, dans Esther Kahn. Ainsi le réalisateur et sa comédienne "fétiche" évoquaient leurs souvenirs, la qualité de leurs liens, la grande chance qu'ils avaient de s'être trouvés, et la genèse de leur union artistique. A ce propos l'actrice raconte alors qu'elle a d'abord refusé de jouer dans le premier film de Desplechin (La vie des morts), parce que dans une scène du film son personnage devait quitter une pièce et être résumée par un autre acteur en ces termes : "Elle est moche, elle pue et c'est une pute". Ayant fait part de sa gêne à l'idée d'être ainsi décrite dans un de ses premiers films, et inquiète à l'idée d'être choisie par le réalisateur pour incarner une telle merde humaine, Emmanuelle Devos s'est vue rassurée par Desplechin qui lui expliqua que son personnage était si grossièrement décrit par un autre uniquement parce qu'à cet instant du récit ce dernier ne la connaissait pas et l'insultait ainsi pour libérer une colère tout à fait étrangère à elle. Devos a donc fait fi de sa vexation première et a accepté le rôle pour devenir la star césarisée qu'on connaît tous aujourd'hui.

Dans ce cas-là très bien. Mais tout le monde n'est pas Desplechin, et tout le monde n'est pas Devos. Je pense par exemple au film Bimboland, d'Ariel Zeitoun, sorti en 1998 et que je n'ai découvert que la semaine dernière sur Orange Cinéma Merdique, une des chaînes du bouquet Orange Cinéma que je capte par chance grâce à une astuce toute bête qui consiste à voler l'antenne de mon voisin d'en face pour la fixer sur mon toit et la brancher à ma petite télé perso. Ce film n'a visiblement pas eu le succès escompté, sans doute à cause de sa date de sortie en pleine coupe du monde, cette année-là où même les femmes préféraient Dugarry à DiCaprio. La principale et vaine ambition du réalisateur, Ariel Zeitoun, était certainement de faire entrer le mot "bimbo" dans toutes les bouches. Il a réussi son pari pendant un ou deux ans et depuis il a disparu.



Dans Bimboland, Judith Godrèche joue le rôle d'une scientifique à lunettes mal habillée et forcément malaimée. Elle est éprise d'un Gérard Depardieu prêtant ses traits à un éminent ethnologue. Le film est d'ailleurs une aubaine pour constater qu'en dix ans Gérard Depardieu en a pris trente, rien qu'en bouffant des plats caffis de gras matin midi et soir, en se vautrant partout avec sa moto et en survivant à quelques attaques cérébrales, lui qu'on surnomme à Paris "L'Outremangeur". A l'époque il avait encore forme humaine et pouvait interpréter un séducteur, un gendre idéal, ou même un intellectuel. Bimboland lui permit de réunir ces trois facettes plutôt flatteuses dans un seul et même personnage, et on sent bien que l'acteur préféré des français a accepté le rôle uniquement pour ça. Pour profiter de ses dernières années dans un corps goodlooking, et éventuellement pour humer Judith Godrèche au détour d'un champ-contrechamp. On le voit littéralement rôder dans les plans, se glissant dans l'image tel Charles "l'Harmonica" Bronson dans Il était une fois dans l'ouest avec un verre de scotch, un cigare au bec et la braguette ouverte. Un tel rôdeur a de quoi mettre en émoi la frêle Judith Godrèche, déjà complètement à côté de ses pompes il y a dix piges. Son personnage d'ethnologue en survet', bigleuse et empotée, n'avait aucune chance de séduire un Depardieu si charismatique et gouailleur. Mais la rencontre avec une "bimbo" épileptique correspondant idéalement à la définition d'une "cagole" et interprétée sans efforts par Aure Atika allait très rapidement mettre Godrèche sur la voie de la séduction et de la prostitution, l'éloignant de ses amies d'antan, elles aussi bigleuses et mal fagotées, interprétées par Armelle et Sophie Forte, ces deux-là ne pouvant quant à elles fonder aucun espoir sur un astucieux changement de look pour devenir ne serait-ce qu'à peu près tirables. Inévitablement et à jamais hideuses. C'est en tout cas ce que sous-entend Zeitoun.



Vous ne vous rappelez pas forcément d'Armelle et encore moins de Sophie Forte. Armelle c'est cette comique insupportable qui faisait des sketchs déprimants sur le plateau de Fogiel il n'y a pas bien longtemps et qui avait décroché bec et ongles le tout petit rôle de la meilleure amie d'Amélie Poulain, dans le rôle de la seule hôtesse de l'air atroce de l'Histoire du cinéma. Quant à Sophie Forte c'était une comique très petite des années 90, qui avait une coupe de cheveux malhonnête, des lunettes à quadruple foyers, un tout petit visage perdu au milieu d'une énorme tête surmontée d'une tignasse pas possible. Je crois qu'elle officiait surtout à la téloche, dans une des mille émissions de Ruquier... Mais ce qui est sûr c'est qu'elle a tout à fait disparu aujourd'hui.



La façon dont je viens de décrire ces deux femmes est un peu limite, un peu dégueulasse. C'est du pur et simple délit de sale tronche. Et j'en suis conscient. Mais je me le permets d'abord parce que je fais ce que je veux, ensuite parce qu'il me semble que les deux femmes dont il est question m'approuveraient sans sourciller, ou en rajouteraient même une couche... Et c'est là toute la question. Car ces deux femmes ont évidemment basé leurs carrières de comiques professionnelles sur une certaine laideur semble-t-il assumée et mise en valeur. C'est un peu la même chose pour les hommes. Très souvent les comiques mâles sont des petits hommes chétifs et mal agencés ou autres grands dadets mal fagotés. Comme Louis de Funès, Bourvil, Danny Boon (qui joue d'ailleurs dans Bimboland), Pat Timsit, Danny de Vitto, Elie Semoun, Arthur, et beaucoup, beaucoup d'autres. Mais enfin de tous temps l'humain s'est montré moins exigeant vis-à-vis de la beauté des hommes que des femmes. Plusieurs raisons à cela. La longue domination machiste et patriarcale des hommes sur les femmes, la plus grande beauté intrinsèque du corps et des traits féminins, le vieillissement avantageux pour les hommes et souvent ingrat pour ces dames, et j'en passe.

Bon je vais couper court. De toute façon si quelqu'un a tenu jusque là c'est déjà un miracle. Tout ça pour dire que dans Bimboland, les deux "comédiennes" citées plus haut, Armelle et Sophie Forte, sont qualifiées à plusieurs reprises, et par tous les acteurs chacun son tour, de gros thons lamentables, de femmes abominablement laides et de petites merdes humaines. Si ce ne sont pas, à la lettre, ces termes, c'est en tout cas ce que les leurs, pas plus gratifiants, disent en substance. Et ça n'est jamais démenti. C'est présenté comme une vérité absolue et immuable. Et les actrices interprètent avec entrain ces rôles unanimement et gaiement qualifiés de chiures féminines, de crevardes, de "freaks". Elles ont lu le script, signé un contrat sans doute peu juteux, et interprété ces rôles de femmes si oecuméniquement laides que tout le reste du casting les roule dans la boue en paroles, séquence après séquence, profitant de la comparaison pour se mettre en valeur. Et alors je me pose la question de l'amour propre. Qui sont ces femmes qui acceptent tout ça ? Cet accablement consenti et enjoué me choque. Et ça n'est pas un cas isolé. Dans bien des films, bien des femmes acceptent de jouer le rôle de la fille hideuse et détestée pour ça, sans se plaindre, sans monter sur un escabeau pour se pendre au beau milieu du plateau avec un testament épinglé à la cravate disant : "Connards !". C'est un mystère pour moi. Vous allez me dire : "quand on s'appelle Armelle ou Sophie Forte, et qu'on a besoin de fric pour manger et de rôles pour exister, on accepte ce qui traîne par terre". Bon bon, fort bien. Mais quid de Felicity Huffman ?



Et là je reviens au film en question dans cet article, Transamerica. Ce film raconte l'histoire d'un homme qui va tout faire pour devenir une femme. C'est l'histoire d'un trans. Et le rôle est interprété par Felicity Huffman, que vous connaitrez sans doute pour son interprétation en ce moment sur vos écrans d'un des quatre ou cinq rôles principaux de la série Desperate Housewives. L'actrice s'était déjà fait un nom depuis deux ans grâce à cette série de merde mondialement adulée avant d'accepter le rôle titre du tout petit film de Duncan Tucker (prononcez "Ducon Tucker" ou bien "Duncan Tocard"), qui n'est sorti que dans trois salles à travers le monde et que personne n'a vu sauf moi. Et dans ce film, Felicity Huffman joue le rôle d'un homme, qui veut devenir une femme. Ils auraient pu choisir un homme pour jouer le rôle, ça se serait même avéré assez logique. Mais ils ont choisi de prendre une femme. Sans doute pour signifier qu'un transsexuel qui se vit comme une femme est davantage une femme qu'un homme. C'est pas si bête dans le fond. Mais ça devient à priori compliqué quand il s'agit de choisir une actrice pour jouer un hermaphrodite et de lui expliquer qu'on l'a castée parce qu'elle ressemble à un mec tant elle est physiquement pas au point. Ok un acteur ou une actrice peuvent et doivent pouvoir tout jouer. Ok il faut mettre son orgueil de côté pour tout donner. Mais quand même, l'amour propre ça existe... Comment Felicity Huffman ne s'est-elle pas dit : "Je suis si mal foutue et si naturellement inesthétique qu'on me propose de jouer un mâle, une fausse femme, une meuf avec la gueule au carré et du poil aux couilles. Je suis si peu gracieuse que je vais jouer le rôle d'un être humain totalement à l'opposé de ce que je suis, je vais jouer mon contraire. Je suis si peu féminine que je vais jouer un type, un malabar".

Peut-être bien qu'elle s'est dit tout ça mais qu'elle a tiré un gros trait sur sa fierté pour obtenir un Golden Globe. C'est de toute évidence un rôle à Golden Globe. J'ai vu le film, et je peux vous assurer que Felicity Huffman n'y joue pas particulièrement bien la comédie. Son travail est même, à l'image du film, relativement nul, ou tout au plus insignifiant. Mais jouer un travelo c'est comme prendre trente kilos, se raser le crane, se vieillir avec du maquillage ou apprendre à faire de la boxe, c'est forcément le gage d'un extraordinaire talent d'acteur et ça mérite Oscars et tapis rouges, c'est bien connu. Huffman peut donc se féliciter puisqu'elle a obtenu son Golden Globe, qu'on peut traduire par "boules en or". Ce fût donc un bon moyen pour l'actrice de se faire des couilles en or en acceptant de se laisser greffer des grosses burnes entre les jambes le temps d'un tournage. Personnellement je soupçonne Felicity Huffman de n'être réellement pas une femme. Je crois que Felicity Huffman n'est autre que Philip Seymour Hoffman, qui a une double identité bien cachée lui permettant de jouer aussi bien Truman Capote (prononcez Capoti) que Lynette Cavo, une femme au foyer désespérée à force d'être monstrueusement conne. D'où ce rôle de "shemale" qui lui permet d'assumer au cinéma sa passion pour le "transgenre" et le travestissement sous toutes ses formes. Cet article c'est du gros gaspillage, ça va que j'écris pas sur du parchemin sinon j'aurais Domino's Voynet au cul !


Transamerica de Duncan Tucker avec Felicity Huffman (2006)

15 février 2008

7h58 ce samedi-là

J'attendais beaucoup mieux du dernier film du grand Sidney Lumet. L'histoire est vraiment tirée par les cheveux, avec des personnages qui ont des comportement tellement bêtes et méchants qu'ils en deviennent tout à fait irréalistes. Le montage, loin de ce à quoi nous avait habitué le cinéaste et parfois digne des films d'Inarritu (21 grammes, Babel...), fait de nombreux retours en arrière signalés par des sons difficilement supportables. Ce qui n'apporte vraiment pas grand chose et permet seulement de rendre compliqué un scénario dont ces flashbacks ne parviennent pas à cacher la débilité. Albert Finney en fait des caisses dans son rôle de père haineux. Philipp Seymour Hoffman devrait surveiller de près sa santé tant la rougeur de son faciès inquiète. Ethan Hawke s'en tire plutôt bien dans son rôle d'idiot du village, il a l'air parfois totalement en roues libres. Y'a bien quelques scènes réussies où il veut récupérer le cd d'Ok Computer qu'il a laissé dans une voiture louée... Et Marisa Tomei, souvent nue, est très jolie mais son personnage se limite à un rôle d'accessoire. Tous les autres personnages féminins sont soit insupportables soit inexistants.




Je vais quand même vous raconter vite fait de quoi ça cause pour vous donner envie. C'est donc l'histoire de deux frères interprétés par Ethan Hawke et Philip Seymour Hoffman qui, parce qu'ils ont tous les deux besoin d'argent, ne trouvent rien de mieux à faire que braquer la bijouterie de leurs vieux parents. Evidemment rien ne se passe comme prévu et la famille Hawke-Hoffman finira considérablement réduite. Le dernier plan du film c'est Albert Finney qui, après en avoir terminé avec l'un de ses fils qu'il vient d'étouffer avec un coussin la bave aux lèvres, s'en va dans les couloirs de l'hôpital sur un fondu lumineux aux accents bibliques particulièrement laid. C'est très glauque, c'est long et ça ne raconte que des choses moches et bêtes. Nota bene : c'est l'une des rares fois où le titre français colle plus au film que le titre original (Before the Devil Knows you're dead), tape à l'œil et racoleur pour un thriller dramatique finalement très quelconque.


7h58 ce samedi-là (Before the Devil Knows you're dead) de Sidney Lumet avec Ethan Hawke, Philip Seymour Hoffman et Marisa Tomei (2007)

8 février 2008

La Guerre Selon Charlie Wilson

Avis à la population, que ceux qui veulent aller au cinéma dans les très prochains jours s'épargnent la daube annuelle des frères Coen et privilégient ce nouveau film de Mike Nichols. Une très bonne surprise. Nichols fait quelque chose de très rare aujourd'hui dans le cinéma Américain : il raconte une histoire sans déborder. Il raconte comment Charlie Wilson, un député Américain, a fourni et démultiplié au fil des ans le budget secret alloué à l'armement de l’Afghanistan, unique pays résistant à l'URSS pendant la guerre froide. Et il ne raconte que ça. Les quelques digressions qu'on pourrait trouver sont intrinsèquement liées au sujet et Nichols ne pouvait pas les éluder. Le film n'a donc aucun temps mort, voire aucun temps qui ne soit pas fort. Le film trace la réussite progressive du projet de Charlie Wilson, puis, une fois les armées soviétiques retirées du pays envahi, on assiste au refus des fournisseurs d'allouer un million de dollars à la reconstruction des écoles Afghanes alors qu'ils ont déboursé jusqu'à 1 milliard de dollars pour fournir les Moudjahidines en lance-roquettes Milan, laissant un pays à moitié peuplé d'enfants de moins de 14 ans armés jusqu'aux dents, envieux de venger leurs parents massacrés et ignorant l'histoire du conflit. Et le film se termine très vite, sur cet échec, inutile d'en faire plus. C'est d'une efficacité redoutable.




Tom Hanks fait son job correctement, comme toujours. Julia Roberts est plus hideuse que jamais et Dieu sait qu'elle l'a toujours été mais une fois n'est pas coutume ça colle assez à son personnage. Philip Témour Hoffman est très bon, et c'est sympathique de retrouver Ned Beatty vieux mais présent. Les secrétaires de Charlie Wilson c'est un défilé de gonzesses permanent. Avec en tête et très présente Amy Adams que je suis de très près depuis Catch me if you can (pour la retrouver récemment dans la série The Office). Cette fille est un savant mélange de Nicole Kidman, Jenna Fischer et Isabelle Carré, une petite merveille, et Nichols la suit à la trace à la fin du film tandis qu'elle rejoint Hanks d'un pas assuré, chaloupé, et que sa queue de cheval se balance de droite et de gauche devant sa croupe, et le vieux Mikey Nicholson s'arrête 5 bonnes minutes pour faire le point sur son fion de gazelle. Mémorable.

C'est une surprise parce que la dernière création de Mike Nichols c'était Closer. Un piètre film. Mais j'y suis allé sans sourciller parce que même quand il est raté un Nichols se regarde. Et puis ce type a quand même commencé sa carrière avec Le Lauréat. Et ses films suivants, même si aucun n'est aussi bon, font chaque année leur travail en occupant des dimanches soirs un peu ternes : le très mauvais Wolf, le bien connu Working Girl, et le moins célèbre À propos d'Henry dans lequel Harrison Ford pète les plombs.

Allez-y si vous devez aller au cinoche.


La guerre selon Charlie Wilson de Mike Nichols avec Tom Hanks et Amy Adams (2008)