13 février 2008

Ben-Hur

Dans le Ben-Hur de William Wyler, il y a l'immense bataille navale avec Charlton Heston et les galériens, il y a Jack Hawkins en Quintus Arrius, père adoptif de Judah Ben-Hur, il y a la vallée des lépreux où croupissent Cathy O'Donnell et sa mère, il y a le Cheik Ilderim et ses quatre chevaux blancs portant le nom des étoiles Antares, Aldebaran, Altaïr et Rigel, il y a la surpuissante course de chars qui oppose le héros juif au tribun Messala, et puis il y a le Roi Mage Balthazar, Joseph de Nazareth, et Jésus Christ, qui apparaît comme une icône, jamais filmé de face, sans visage, désincarné, dont on ne voit que le dos ou qu'une partie du corps, qui n'est qu'une vignette. L’œuvre originale du Général Lew Wallace, et le film de William Wyler à sa suite, ont pour sous-titre "A tale of the Christ". C'est un récit du christ, une histoire du Christ, et ça n'est qu'un sous-titre. Jésus Christ n'apparaît que par allusions, il est à l'origine du film, le traverse, le sous-tend, mais son visage n'existe pas. Le Christ est un courant d'air. La même légende que l'Harmonica (Charles Bronson) qui se glissait dans puis hors du cadre de Sergio Leone.




Une légende qui s'imprime sur une unique vignette persistante au sein d'une vaste mythologie. C'est ce que doit être Jésus Christ au cinéma et il n'a jamais été aussi génialement représenté que par William Wyler ici, en filigrane d'une fresque superbe et gigantesque. Il est une légende qui en habite une autre, une vignette parmi une série d'icônes spectaculaires, composantes d'une mythologie qui remporte plus d'Oscars qu'il n'y a de commandements, et dont les décors magnifiques sont en carton-pâte, au service d'une fiction improbable mais fascinante. Ben-Hur est un grand film, et je l'aime grandement.


Ben-Hur de William Wyler avec Charlton Heston, Jack Hawkins et Cathy O'Donnell (1959)