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2 février 2020

Doctor Sleep

Vous vous souvenez de cette scène du Dîner de Cons et, plus précisément, de ce que Pierre Brochant pense du Petit cheval de manège ? "Très mauvais, quelle importance ?" Eh bien Doctor Sleep, c'est pareil. Vu l'intonation de Thierry Lhermitte et sa façon de répondre du tac-o-tac à Jacques Villeret, nous ne doutons pas une seconde de la valeur de son jugement : Le Petit cheval de manège est un très mauvais bouquin, un truc insignifiant. Le livre de Stephen King ne doit pas valoir beaucoup mieux. "Si le bouquin est mauvais, pourquoi acheter les droits ?!", demande Villeret après un temps de réflexion nécessaire. Ah, ça... c'est ici une toute autre histoire. Faire une suite à Shining, dans un contexte de panne d'inspiration globale du cinéma de genre américain, c'est drôlement osé et idiot, mais forcément tentant. Et les adaptations de King ne sont jamais passées de mode, elles ont même été relancées il y a peu par le succès retentissant du premier chapitre de Ça. N'allons pas chercher plus loin. En 1980, Stanley Kubrick s'était considérablement éloigné du livre d'origine, provoquant l'ire de l'écrivain, un désaveu de notoriété publique. Cette fois-ci, le but était de livrer une adaptation fidèle à la suite du roman parue en 2013, tout en s'inscrivant dans la continuité du classique de Kubrick. Le résultat, cette séquelle bâtarde et indigeste qu'est Doctor Sleep, prouve que la réconciliation était difficilement possible et que ce n'est jamais une bonne idée de chercher à vouloir contenter tout le monde. Mike Flanagan aurait dû trancher en rompant clairement avec Shining, ou choisir de ne pas adapter aussi littéralement cette histoire lamentable de King, car disons-le tout net : qu'est-ce que c'est con ! Sur le papier, je dis pas, mais à l'écran, c'est franchement navrant. Les fans de l'auteur sauront néanmoins apprécier l'effort, Stephen King himself montera au créneau pour défendre son poulain, beaucoup feront preuve d'indulgence envers un réalisateur courageux de s'être attelé à une telle tâche, mais la grande majorité méprisera ce film, s'en contrefichera ou l'oubliera très vite. Dans quelques années, il n'en restera rien, tout juste une anecdote entre cinéphiles qui se plairont à se rappeler, comme c'est le cas pour 2001 l'Odyssée de l'espace, qu'il existe bel et bien une suite à Shining.




Nous n'avons même pas le temps d'y croire un peu. C'est raté d'entrée. L'espoir est liquidé dès les premières minutes et cette introduction moisie qui nous présente le personnage campé par Rebecca Ferguson, la grande méchante de ce monde ultra manichéen. Elle est la meneuse d'un clan qui parcourt les États-Unis en caravane à la recherche d'enfants disposant du don afin de se repaître de la vapeur qu'ils relâchent à leur trépas, tels les vampires suçant le sang pour prolonger leur existence marginale. Danny, de son côté, a bien grandi et a désormais les traits avantageux d'un Ewan McGregor atone, les bras toujours légèrement écartés du corps. Nous le retrouvons au plus bas, alcoolo, comme son père. Il décide de se soigner et de repartir de zéro dans une petite bourgade du New Hampshire où il trouve un boulot d'aide-soignant. Dans le même temps, nous suivons également une adolescente qui découvre qu'elle est dotée du shining, ce qui lui permet de coller des cuillères au plafond mais aussi d'entrer en relation avec Danny. Durant près de deux heures, ces trois fils narratifs sont très laborieusement déroulés par Mike Flanagan, via un montage sans rythme et paresseux, avant un dernier acte minable où les trois protagonistes sont enfin réunis dans ce qu'il reste de l'Overlook Hotel. L'ennui pointe très vite tant tout paraît bête et manque terriblement de souffle. On a l'impression de tourner sans envie les pages du pavé de Stephen King, mises en image le plus platement possible par une personne trop soucieuse de bien faire et sans idée propre valable. Pour animer un peu tout ça, on se paie une bande-son lourdingue qui revient très souvent et imite les battements d'un cœur de plus en plus rapprochés. La tension est pourtant aux abonnés absents, il est donc très pénible d'entendre ces pulsations s'emballer sans raison, ce n'est pas contagieux pour un sou, et ce sont les soupirs que nous alignons.




Je ne suis pas un fan de Mike Flanagan. Et cela se confirme de film en film. Sa série, que je n'ai pas vue, doit être ce qu'il a fait de mieux, car le travail de cet homme-là n'est pas fait pour être projeté sur grand écran. Il devient très désagréable à l’œil dès qu'il s'affiche sur une surface dépassant les 32 centimètres de diagonale. C'est mon ressenti. Sa mise en scène est terriblement télévisuelle, limitée, pauvre. Et il nous ressert systématiquement cette photographie insipide, cette image numérique sans éclat, très vraisemblablement étalonnée en post-prod, avec ce filtre qui rend toutes les couleurs ternes, fades, dégueulasses. On se croirait vraiment devant un épisode de série beaucoup trop long auquel la piteuse équipe technique aux manettes s'imagine donner du cachet en usant des plus tristes artifices. Quand Flanagan prend plus de risque et essaie de représenter le shining via des effets spéciaux simples, presque naïfs, qui nous donnent à voir des corps dans les étoiles, voler au-dessus des nuages, ce n'est pas là qu'il se plante le plus : on est alors quelque part entre la gêne et l'indifférence, bien loin de la sidération visée. En fin de compte, seules les images directement calquées sur le film de Stanley Kubrick sortent du lot, ne rendant que plus criante la nullité absolue du reste. Là encore, la rupture non-assumée et seulement partielle avec Shining s'avère bien cruelle pour Mike Flanagan. A titre d'exemple, l'affrontement final dans les escaliers de la grande salle de l'hôtel, qui reproduit la fameuse scène originale en inversant les positions, est désespérante de nullité, de platitude. C'est ça, la conclusion de ce film d'horreur de près de 3 plombes ?! Dans le même ordre d'idée, il était suicidaire de faire apparaître Jack Torrance en sollicitant pour cela un avorton ridicule de Nicholson. Cela fait partie de ces nombreux pièges qui étaient tendus à Flanagan et dans lequel celui-ci a sauté à pieds joints. Doctor Sleep a tout de même fini dans les tops annuels de Quentin Tarantino et... Stephen King ! Mais si c'était gage de qualité, ça se saurait... Je reconnais un mérite à ce film : il donne envie de revoir Shining en vitesse pour mieux le chasser de sa mémoire. 


Doctor Sleep de Mike Flanagan avec Ewan McGregor, Rebecca Ferguson et Kyliegh Curran (2019)

21 janvier 2017

Crazy Stupid Love

Dans quelques jours, sortira sur nos écrans le phénomène La La Land. Au cœur de ce phénomène, un couple vedette qui attire tous les regards et a su redonner à Hollywood tout son charme glamour, j'ai nommé Emma Stone et Ryan Gosling. Couple à la scène comme à l'écran, les deux acteurs s'étaient déjà croisés plus d'une fois sur la toile. Leur première rencontre remonte à Crazy Stupid Love, une comédie romantique réalisée par un autre couple à la campagne comme à la ville, Glenn Ficarra et John Requa. Ces deux-là s'étaient fait remarquer en 2009 avec I Love You Philipp Morris, autre comédie dont nous gardons tous un très mauvais souvenir, qui narrait la romance impossible entre deux hommes : un détenu et un policier, incarnés par des stars sur le déclin (Jim Carrey et Ewan McGregor). Crazy Stupid Love a confirmé la spécialisation dans la comédie bas de gamme du duo de cinéaste d'origine porto-ricaine depuis condamné au silence et dont l'aventure a inspiré le musical West Side Story. #coupledepacotille


Premiers regards croisés entre les deux tourtereaux...

Petit rappel des faits. Lors d'un dîner en tête-à-tête avec sa femme, Steve Carell apprend que celle-ci veut divorcer et qu'elle le trompe. Au bord du gouffre, il noie son chagrin dans l'alcool à 90°, réservé théoriquement au lavage du linge très sale. J'ai par ailleurs fait l'acquisition récente d'une machine à laver 9 litres, ce qui est beaucoup trop pour un homme célibataire bien qu'en couple comme moi, n'hésitez donc pas à envoyer votre linge sale à ilaose-at-gmail-dot-com. Revenons à Carell : bien décidé à ne pas sombrer dans la dépression, il espère rencontrer l'âme-sœur. Pour retrouver confiance en lui et devenir un expert en séduction, il fait appel aux services de Ryan Gosling, qui devient son coach personnel. Tout d'abord proposé à Will Smith, celui-ci aurait décliné la proposition par peur que ce rôle lui colle à la peau, obligeant les réalisateurs siamois à se tourner vers un choix plus risqué. La relation entre Steve Carell et Ryan Gosling, acteur comique confirmé d'un côté et sex-symbol au potentiel humoristique avéré de l'autre, n'offre malheureusement aucune étincelle à l'écran. Non, c'est seulement quand Emma Stone apparaît que le film gagne un brin d'intérêt. Séducteur à qui personne ne résiste, Ryan Gosling se trouve en effet bien incapable de conquérir le cœur de la jeune femme. S'engage alors un jeu de chat et de la souris qui ravira les amateurs de Titi et Grominet.


Tel le paon et ses plumes, le beau Ryan entame sa parade nuptiale. Peu importe : Emma est déjà sous son emprise...

L'histoire de Gosling et Stone prend progressivement le pas sur les tristes mésaventures de Steve Carrell, littéralement mis sur le bas-côté lors d'une scène de route indigne. On ne s'en plaindra pas. Après l'avoir cherché dans de nombreux films, il semblerait que Ryan ait trouvé en la red Emma Stone sa Blue Valentine... C'est le "love at first take". Les deux tourtereaux inscrivent alors leur nom directement dans le panthéon des #coupledelégende. Leur alchimie n'a pas d'égale. Leur charme, leur compatibilité évidente, nous laissent songeur.  En ces temps sombres, ils nous invitent même à reconsidérer les grandes théories panthropiques détaillées par James Blish. Le futur de l'homme passe peut-être par eux. Il faudrait envoyer leur sperme dans l'espace au quatre vents. Si des aliens tombent là dessus, ils voudront forcément nous rencontrer pour nous défoncer. Il faudrait semer la vie sur les exoplanètes étrangères avec leur sperme. S'ils font un gosse, par pitié, qu'ils nous en gardent un... Il faut sauvegarder leurs gênes. Congeler le sperme de Stone, conserver les ovules de Gosling. En attendant, nous nous contenterons de regarder leurs films... #MytheDeCinéma


Moment de complicité rare : Emma rit de Ryan qui vient de croquer dans une pomme en plastique.

On terminera cette critique par une petite astuce, par un petit secret beauté, que le beau Ryan (Ryan Gosling) nous offre dans les boni du DVD zone A. Si vous avez les cheveux gras et que vous ne voulez pas les laver, contentez-vous de suivre la technique suivante : avec un bon gros pinceau (taille 8), appliquez de la maïzena au niveau de vos racines. Attention, cependant, à ne pas abuser de la maïzena. Il en faut simplement tremper le bout du gros pinceau, que vous tapotez bien avant sur le rebord du lavabo. Après l'avoir appliquée avec soin, laissez reposer la mixture 10 minutes environ. Procédez ensuite à un bon petit brossage frénétique. Matez-vous alors dans la glace, et vous découvrirez des cheveux comme neufs ! Vous en doutez ? Demandez à EmmaStone... #MademoiZelle


Crazy Stupid Love de Glenn Ficarra et John Requa avec Ryan Gosling, Emma Stone et Steve Carell (2011)

8 octobre 2015

Des Saumons dans le désert

Après Le Cochon de Gaza, De l'eau pour les éléphants et Les Chèvres du Pentagone, voici Des Saumons dans le désert, qui s'ajoute à la liste de ces films qui par leur seul titre dégoûteraient même un cinéphile tel que Laurent Weil du cinéma de quartier. Que fait-on avec des saumons dans le désert ? Un gros casse-dalle peut-être mais pas un film. Les saumons dans le désert sont chose rare, dans la flotte un peu moins, et sur l'affiche on peut voir que McGregor n'est pas en reste pour les pêcher avec ses deux gros panards épilés de près, que des saumons auront tôt fait de prendre pour des congénères : c'est l'une des meilleures scènes de ce long métrage. Dès qu'il sent que ça mord à l'hameçon, McGregor, en digne héritier de Chris Waddle, fait un retourné acrobatique pour se ramener le poiscaille dans le gosier, à la Gollum (à la Cotillard, synonyme), avant de hurler : "Des saumons pour le dessert !" Afin d'un peu retirer le voile de désagréable mystère planant autour de ce titre, on va vous révéler l'origine d'un tel intitulé : 59ème minute du film, après s'être tourné autour pendant 58 minutes, Ewan McGregor et Emily Blunt finissent par se retrouver assis à la Daurade, les pieds dans l'eau, quand le bellâtre McGregor s'étonne de cette étrange destinée qui est la leur et lâche à sa future partenaire sexuelle : "On est un peu comme deux gros saumons dans le désert", à quoi la belle répond : "Pas faux". En effet, McGregor, incarne un Erasmus issu de la riche aristocratie, étudiant dans le désert, tandis qu'Emily Blunt joue une orpheline de père en fille, roturière de son état, qui gagne sa vie en cousant de beaux tapis persans et propose du thé vert aux passants dans le désert.


Du saumon dans le dessert...

Tout ça pour ça. Alors qu'on croirait à une référence littéraire haut perchée, c'est juste un dialogue de la clique Apatow, sorti par un personnage masculin en pantacourt. McGregor déballe cette ligne en se roulant un gros bédave assis en terrasse, sous la castagne et sans parasol. Zoom avant sur Emily Blunt, qui sur l'affiche est photoshopée au maximum, apparaissant presque en noir et blanc à force de retouches, d'anti-cernes et autre anti-yeux rouges. Voilà trois ou quatre ans qu'Emily Blunt gâche les films. Sur cette affiche (j'y reviens), elle est tellement retouchée qu'elle ressemble à un jellyfish humain sur lequel on viendrait de péter. En dehors de ce poster, l'actrice a son vrai petit charme, indéniablement, avec ce regard en biais, cet air ahuri et sa raie du cul au menton (ça peut être beau sur certains hommes aussi : Aaron Eckhart, Cary Grant ou Kirk Douglas, le roi du pot d'échappement au menton, du tout-à-l'égout perso). Et puis l'accent anglais à couper au couteau, l'accent cockney, pour être pointu, ça peut passer, même doublé d'une voix suraigüe de vieillarde qui te fera sursauter à chaque mot à coups de remarques chiantes, une voix faite pour pomper l'air en résumé, ce n'est plus possible, et notre réquisitoire se justifie d'un seul coup. Pure pendaison de crémaillère, crucifixion gratuite pour mini délit de sale tronche sur un poster, mais ce petit délit devient gigantesque sur une affiche comme celle de ce film, format A5.


Des Saumons dans le désert de Lasse Hallström avec Ewan McGregor et Emily Blunt (2011)

18 mars 2015

Big Eyes

Vingt ans après Ed Wood, Tim Burton, à défaut de renouer avec la qualité, renoue avec le biopic. Il nous raconte l’histoire de Margaret Keane (Amy Adams), peintre soi-disant géniale dont toutes les toiles représentaient des enfants aux yeux globuleux hypertrophiés*. L'artiste américaine, après avoir subi en silence et des années durant la tyrannie de son mari, l’escroc Walter Keane (Christoph Waltz), qui s’appropria sans vergogne l’ensemble de l'œuvre picturale de sa femme pour en tirer reconnaissance et fortune**, partit s'installer à Hawaï où elle devint témoin de Jéhova. Difficile de dire qui, des pourfendeurs ou des adorateurs de Tim Burton, détestera le plus Big Eyes… Il y a une chose qu’on ne peut pas reprocher au cinéaste, c’est d’avoir eu l’intention de se renouveler, de changer un peu de registre. 


Le génie dans un pur moment d'inspiration !

Malheureusement le changement n’aura pas consisté à réaliser enfin un bon film après en avoir mis en boîte de si mauvais depuis des années. Non Burton a plus simplement laissé au placard ses marionnettes favorites, les increvables Helena Bonham-Carter et Johnny Depp. Prenant par ailleurs conscience que tous ses films étaient tournés en studio et qu’ils étaient plutôt sombres,  il est allé dans la rue et a tourné sous un soleil de plomb (un vrai risque pour Burton, qui est un enfant de la lune - en plus d'être un enfant-huître, comme nous l’a révélé son autobiographie en 1997 - et qui n’avait pas vu la lumière du jour depuis le 25 août 1958). Allez savoir si c’est l’effet d’un coup de soleil de cinglé, mais Burton en a aussitôt perdu tous ses moyens, oubliant ce qui faisait le sel de ses films sur-assaisonnés : Big Eyes, dont le scénario, cousu de fil blanc et d’un rasoir prodigieux, n’a rien à envier à une mise en scène aux abonnés absents, comptera sans doute parmi les films les plus plats de l’année 2015, et domine sans conteste la filmographie burtonienne en termes de vide et de fadeur.


En voyant cette image, on peut s'imaginer que Christoph Waltz est drôle.

Contrairement à l’ennui du spectateur devant le film, la révolution du cinéma de Burton n’est pas totale, rassurez-vous. On reconnaît encore la vieille patte fatiguée de Tim aux mains de plomb ici et là, via quelques correspondances auteuriales à la noix (le personnage du plagiaire, interprété par un Christoph Waltz toujours aussi cabotin et résolument insupportable, vit dans le mensonge, comme le père d’Ewan McGregor dans Big Fish, et il finit par se lancer dans un numéro pseudo-loufoque lors du procès final, aussi absurde que celui qui conclut Alice au pays des merveilles), ou autres allusions finaudes au vaste domaine des contes (le méchant Walter Keane pète progressivement un plomb et décide d’incinérer son épouse - c'est ce qui la poussera vers Hawaï et les tarés de Jéhova - jetant une allumette incandescente à travers la serrure de l'atelier où elle vient de se barricader avec sa fille, tel le grand méchant loup face aux petits cochons ; et c’est insultant pour Amy Adams, qui a certes le teint rose et le nez retroussé mais qui mérite mieux que cette association - à un porc ou d’ailleurs à Burton).


Le cinéaste a casé l'une de ses œuvres d'art perso dans la scène du musée. En haut à gauche sur cette image. Magnifique huile de tournesol sur bois. Il s'agit, d'après mes informations, d'un portrait de Jack Nicholson dans Batman.

Mais tout de même, on se demande où est passé Tim Burton, l’homme aux lunettes bleues et aux cheveux enfumés, le cinéaste « décalé », comme ils disent, l'artiste fou dont tous les critiques sont fous, l’artisan sans complexe, qui répète sa petite musique lancinante sans se fouler depuis des lustres, dont les derniers films sont coulés dans un moule ultra-rôdé qui ne gratte absolument personne. Où sont ses joujous de toujours, ses créatures farfelues, ses motifs permanents, ses effets signatures ? Au vu de ses derniers opus, on pourrait se réjouir que le cinéaste ait entrepris un voyage sans escale vers la mesure, la finesse et la sobriété, mais pas si ce voyage doit nous révéler à quel point, délesté de ses attributs fantaisico-baroques, le cinéma de Burton n’est rien. Big Eyes correspond en tout point au téléfilm quotidien de l’après-midi sur M6. Il y a bien deux scènes où Burton se réveille (on l'imagine, couvert de biafine jusqu'aux extrémités des tifs et reprenant du poil de la bête derrière son combo), pour représenter sa dessinatrice d’héroïne soudain affublée des gros yeux de ses portraits tandis qu'elle se regarde dans un miroir, ou croisant une ménagère elle aussi atteinte de triple glaucomes dans un supermarché, mais que c’est timide… de la part de celui auquel on prête habituellement tout un « univers » !


Beau placement de produit pour Jiffy. Tim Burton n'a plus qu'à trouver des idées de génie...

On en vient à s’imaginer que ce film est porteur d’un message secret. Peut-être est-ce, en réalité, le premier film de Tim Burton ! Imaginez ! Son premier ! Le soulagement de dingue !... Pourquoi son premier ? Parce que les autres auront été réalisés par sa femme, Helena Bonham-Carter***. Et Burton, comme Walter Keane dans le film, fort d’un bagout de tous les diables et d’une allure de malade susceptible d'accrocher les photographes, se sera accaparé le travail de sa compagne. Les deux freaks ayant divorcé tout récemment, Burton s’est retrouvé comme un con avec ce drôle d’objet qu’il n’avait encore jamais touché de sa vie, non, pas un peigne, une caméra, et dépourvu de tout le pognon habituel qui plus est, forcé de fabriquer un film avec les moyens du bord pour ne pas se retrouver comme Christoph Waltz à la fin du récit, contraint à mimer un tennis elbow inopiné pour ne pas avoir à dessiner un enfant aux yeux exorbités devant un juge de cour peu commode. D’où Big Eyes, qui nous révèle en pointillés cette sombre affaire. Et alors, si tout cela est vrai, autant dire que notre cinéaste décalé, au panthéon des plus adulés du XXIème siècle, a un sens du cinéma aussi étroit que les yeux de son titre sont gros, et aussi ras que (l'arrière de) son crâne est hirsute.


Série de croutes mises à sécher.

* Mes connaissances en histoire de l’art sont trop limitées pour le dire, mais si Margaret Keane a contribué à la mode aujourd’hui souveraine des personnages de films animés destinés aux enfants dotés d’yeux au-delà de disproportionnés, nous ne remercions pas cette brave dame.

** On se rappellera des soupçons de plagiat qui pèsent encore sur le cinéaste suite à l’affaire Burton/Selick, que mon acolyte avait révélés dès le mois de novembre 2010 dans un article massue ! C’est une clé de lecture pour ce nouvel opus de Burton que je vous glisse sous la porte (et que confirme, comme quoi c'est du solide, la fin de cet article). Aux Mediapart et autres Wikileaks de s’en emparer. Faites votre boulot les gars...

*** Ou par ses femmes, puisque Burton a d'abord vécu avec l'actrice Lisa Marie, qu'il quitte durant le tournage de La Planète des singes pour épouser Helena Bonham-Carter. Et autant dire, si notre théorie est juste, qu'il valait mieux apposer sa signature au bas des films de sa première conquête que revendiquer ceux de la seconde...


Big Eyes de Tim Burton avec Christoph Waltz et Amy Adams (2015)

22 janvier 2015

Dracula Untold

SALAMANCA (De notre envoyé spécial) -- Ayant raté la diffusion du film, trop vite retiré de l'affiche dans l'Hexagone et les DOM-TOM, je me suis déplacé à Salamanque, berceau du castillan, pour voir Drácula, la leyenda jamás contada, profitant d'un bon plan Eurolines, et contribuant ainsi (très modestement) à hauteur de 75€ au remboursement des frais engagés par Legendary Pictures. Après les films "à voir avec", cette énième digression autour de la légende transylvanienne, vue en VE (versión española), inaugure la catégorie des films "à voir dans une autre langue qu'on ne maitrise pas totalement". En conséquence, mon petit résumé pourrait s'avérer inexact, tant ma compréhension de la langue de Cervantès est encore limitée...


Avant de voir le film, j'ai fait la connaissance de Carolina, jolie hôtesse qui m'a vendu ce billet et ces pop-corns. Des Palomitas, tout ce que j'avais envie d'envoyer à la tronche du réalisateur pendant les 90 minutes du film, temps additionnel, 3 minutes minimum.

En gros c'est l'histoire de Drácula (Luke Evans, le frère de McGrégoire, un Viggo Mortensen payé au RSA), un prince roumain qui doit allégeance au sultan turc (Dominique Cooper, un cousin de Lee, un espèce de Robert Downey Jr. du pauvre). Ce dernier a besoin de renouveler ses troupes et lui demande 1000 gamins (niños), dont Drácula Junior (hijodepu), pour taper les manouches du coin. Notre héros déclarera "Avec des amis comme ça, pas la peine d'avoir d'ennemi !" (¡Joder, con amigos así, no necesitamos enemigo!), en espagnol dans le texte. Pour protéger son royaume et son fils, Drácula décide d'aller voir un vieux type, Charles Dance (le médecin malheureux d'Alien 3), qui lui fait boire son sang dans une caverne. Cette boisson peu rafraîchissante lui donne le pouvoir de 1/ zieuter en Technicolor comme le Predator, 2/ être très lié aux chauves-souris, au moins autant que le Batman, 3/ courir super vite comme le Flash, 4/ être très très fort. Par contre, après une soirée bien arrosée en sangria de ses victimes, il se rend compte qu'il devient vulnérable à la lumière (la luz). Cela le différencie de ses super-égos alter-héros, à l'exception de The Shadow et peut-être aussi du Bruce Wayne hamster de Nolan, dont on peut douter qu'il soit tout à fait à l'aise en plein jour.


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Drácula est ainsi devenu un pur loup-garou et fort de ses nouveaux pouvoirs, il s'en va récupérer son fils des mains du sultan au terme d'un duel joué à pile ou face, mais non sans avoir perdu sa femme, connement tombée d'une falaise (acantilado) en début de matinée. On retrouve finalement Drácula, ou Sylvain le Trans à notre époque, en Roumanie post-Ceaușescu, en réalité dans la banlieue de Cincinnati, où il réussit à séduire et à inviter une jeune femme, réincarnation de son ancienne épouse et par là même de l'adaptation de Coppola. Il est suivi de près par son maître vampire, Charles Dance (prisonnier malheureux d'Alien 3), qui clôt le long métrage en déclarant "El juego empieza", rendant ainsi hommage à la série Game of Thrones (dont il est l'un des héros malheureux) et ouvrant hélas la porte à une suite qu'on suppose aussi vilaine.


Charles Dance a ici plus de chance que dans Juego de Tronos, car il est encore vivant à la fin du film. Ou mort, car je n'ai toujours pas bien compris si les vampires sont des vivants, des morts, ou des morts-vivants.

Comme souvent ces derniers temps dans les films d'action, on regrette énormément que Drácula Untold se prenne tant au sérieux, et si on rigole parfois, c'est surtout par le ridicule de certains plans, notamment celui où Drácula empale un soldat turc devenu vampire et le maintient dans les airs au bout de sa lance. C'est très mal filmé (effets ralentis, accélérés, combats en gros plans donc on voit rien). Mais ça passe très vite (1h30, mais avec générique, donc en 1h20 c'est plié). N'espérez pas y voir un téton mais vous aurez de très beaux plans sur l'artère carotide de Sarah Gadon.


Artère carotide de Sarah Gardon. Alors qu'ils sont sur le point de faire l'amour après une victoire éclatante - de nuit - contre les Austro-Hongrois, Drácula a une soudaine envie de cou saignant. Perso, je demande toujours bien cuit.

Un conseil, si vous souhaitez voir un film sur le comte Dracula, préférez le Nosferatu de Werner Herzog... Quitte à se déplacer jusqu'à Baden-Baden et le voir dans une langue que vous pigez encore moins que l'espingouin...


Dracula Untold de Gary Shore avec Luke Evans, Dominic Cooper, Sarah Gadon et Charles Dance (2014)

31 juillet 2014

Un été à Osage County

Deux statuettes, une de chaque côté, c'est mauvais signe... Voici donc la dernière grosse machine à Oscars rouillée des frères Weinstein, également produite par George Clooney, le gars qui perd tout capital sympathie dès qu'on imagine la gueule de sa dvdthèque. Je m'attendais à une pure horreur, je n'ai pas été déçu. Un été à Osage County... Déjà quel titre ! Quel toupet ont les américains, quand même, à considérer que leur pays est le centre du monde, forcément connu de tous. Les français n'auraient jamais pour idée d'intituler un film voué à l'exportation et porté par une ribambelle de stars "Un automne au Parc de Millevaches" quand bien même le nom du lieu-dit serait beaucoup plus agréable à l'oreille. Osage County, c'est un petit bled perdu dans les Grandes Plaines, en gros, c'est dans l'Oklahoma, soit l'équivalent de notre Limousin, précise-je pour justifier arbitrairement ma comparaison. Un endroit où il ne fait pas bon vivre, où l'on imagine aisément que les gens se créent des problèmes, simplement pour casser leur ennui quotidien. C'est tout à fait le cas de la famille Weston, amenée à se retrouver suite à la disparition du vieux papa.




Au prétexte d'une réunion familiale forcée, Un été à Osage County consiste en une enfilade de scènes d'engueulades qui se succèdent à n'en plus finir, à un rythme infernal, rarement ponctuée par de courts moments d'apaisement d'une niaiserie à toute épreuve, le tout filmé très mécaniquement et interprété dans une sorte d'hystérie collective autosatisfaite tout simplement gerbante. Rassurez-vous, le titre français est mensonger, l'action du film ne se déroule pas sur tout un été, mais seulement le temps d'un week-end. Mais quel week-end ! Une journée de plus au sein de cette famille, et c'en était fini pour moi. Dès la première scène, Sam Shepard fout le camp et on le comprend. Peut-être est-ce lui le Auguste du titre original ? On l'ignore... Le vieil acteur, au flair incomparable, semble sentir la merde venir. Il a tôt fait de décamper. Il est le seul qui ressort presque grandi de cette expérience, puisqu'il a su mettre en avant son sens inné du timing. En revanche, s'il vous reste une once de respect pour Meryl Streep, évitez ce film par tous les moyens. Dans le rôle d'une mère de famille incroyablement tyrannique, l'actrice est tout simplement insupportable. Il faut dire que son personnage, ahurissant de méchanceté gratuite, débitant des horreurs à un rythme effréné, humiliant à qui mieux mieux, entre directement au Panthéon des pires raclures jamais filmées aux côtés de Jason Voorhes et HAL 9000. En cabotinant comme pas possible, la vieille actrice n'arrange rien à son cas. Streep devance même ses répliques, ce qui pose parfois problème... Elle joue totalement à contretemps ! Les autres ne suivent pas, broyés par la mécanique sans faille de l'actrice bicentenaire ! La mégère postulait là pour sa 78ème nomination, on imagine toute sa motivation, toute sa détermination. Ça fait froid dans le dos ! Son atroce personnage est atteint d'un cancer de la bouche, symbole lourdingue des saloperies blessantes qu'elle débite à longueur de temps. Quand on voit ça, on se dit que, finalement, Albert Pacino et Bobby De Niro ont une fin de carrière pas si dégueulasse que ça... C'est dire !




Face à elle, Meryl Streep retrouve Julia Roberts, qu'elle n'avait encore jamais croisée. C'est une première. Nous sommes supposés trouver ça fabuleux. La rencontre de deux géantes. Tu parles... Les deux stars ne trouvent rien de mieux à faire que de s'adonner à un pitoyable combat de coqs. Lors d'une longue scène de repas apocalyptique, le point d'orgue du film entier, les deux femmes finissent littéralement par s'écharper après s'être affrontée dans un concours d'acting ridicule et interminable. Julia Roberts, les cheveux sales, parce qu'elle joue une femme ordinaire, est plus laide que jamais. Elle a beau y aller mollo sur le maquillage, son physique ne colle pas avec le Midwest. Sa bouche pourrait engloutir tout le reste du casting, à commencer par le désespérant et fantomatique Ewan McGregor. Viendra un jour où il faudra faire le bilan de la carrière de cet acteur, et j'espère pour lui que ce jour-là coïncidera avec sa mort, ça lui permettra d'éviter un mauvais moment. A côté de lui, on retrouve la revenante Juliette Lewis. Pendant la première heure, on se demande "C'est quoi ce zombie aux cheveux rouges ? Ce serait pas Juliette Lewis ?!", et pendant la seconde, on ne fait que se répéter "Mais putain oui, c'est Juliette Lewis cette espèce de zombie aux cheveux rouges !". J'apprends à l'instant que Jim Carrey a failli jouer son mari, rôle qui échoit au dénommé Dermot Mulroney, un habitué des pires films indé. C'est donc ça, la plus belle chose qui soit arrivée à Jim dans les années 2010, avoir loupé ce rôle ! Mais on ne va pas s'attarder plus longuement sur les acteurs, cibles trop faciles, même s'il est tout à fait logique de s'en prendre à eux après avoir subi ce festival de cabotinage...




C'est surtout le scénariste qu'il faudrait punir, ou plutôt, Tracy Letts, l'auteur de la pièce de théâtre ici adaptée. C'est aussi à lui, lauréat du prix Pulitzer en 2008, que l'on doit Bug et Killer Joe, toutes deux adaptées par William Friedkin. Dans Killer Joe, il y a un sens de l'excès, un jusqu’au-boutisme assez jouissif, une sorte de second degré et une outrance bien calculée, peut-être permis par Friedkin, je l'ignore, tout cela fait que le film passe plutôt bien et que l'on peut prendre un certain plaisir à voir ses idiots rednecks se massacrer. A Osage County, rien de tout ça. Aucun humour, rien. Si certains ont su rire devant les crises hystériques de cette famille, il s'agissait d'une réaction d'auto-défense tout à fait bienvenue pour survivre à la séance de ciné. Pendant la scène de repas précédemment évoquée, on peut penser que le film s'essaie à l'humour le plus noir à un moment donné, mais c'est aussitôt désamorcé par la lourdeur et le sérieux de l'ensemble. Pendant ce petit week-end en famille, des secrets de famille énormes sont révélés pratiquement à chaque scène. Un seul d'entre eux suffirait à faire imploser la plus solide des familles, mais non, c'est un film américain de la pire espèce, il nous faut le menu XXXL. Face à un tel enchaînement d'horreurs, on finit par prédire le pire, et on est rarement déçus. Elle n'est pas lesbienne, elle couche avec son cousin ! Ah, ce n'est pas son cousin germain, c'est carrément son frère ! Ces révélations grotesques finissent très vite par nous fatiguer. Ces engueulades répétées, se terminant même parfois un pugilat, m'ont même évoqué le Polisse de Maïwenn, curieusement. Les deux films produisent un peu le même effet. Ils terrassent et dégoutent, scotchent et révulsent, répugnent et désespèrent tout à la fois. Devant ça, on est forcément captivés. L'être humain est ainsi fait, nous aimons assister aux empoignades d'autrui. Cela explique le succès d'une certaine télé-réalité. Ces films-là ne valent pas mieux. Une insulte à l'humanité toute entière.


Un été à Osage County de John Wells avec Meryl Streep, Julia Roberts, Ewan McGregor, Chris Cooper, Juliette Lewis, Abigail Breslin, Benedict Cumberbatch et Sam Shepard (2014)

2 février 2013

The Impossible

Attention, chaud devant ! Tous aux abris ! Grosse merde en vue ! La bande-annonce laissait présager d'un film larmoyant au possible et vraiment insupportable. Ne me demandez donc pas pourquoi je m'y suis risqué. Pure curiosité mal placée de blogueur ciné. En fin de compte, le film est moins affreux que je ne l'imaginais, mais il est tout de même très mauvais et ne présente surtout à mes yeux aucune sorte d'intérêt. Nous sommes fin décembre 2004 et la petite famille d'Ewan McGregor et Naomi Watts a donc la chic idée de s'envoler pour la Thaïlande pour passer des fêtes de Noël bien tranquilles, au soleil, sous les palmiers. Dans l'avion, la jolie Naomi s'inquiète : "Es-tu sûr d'avoir bien mis en marche l'alarme avant de partir, chéri ?" demande-t-elle à Ewan McGregor, rassurant, le brushing impeccable, la mèche bien relevée sur le côté, nickel. L'espagnol Juan Antonio Bayona nous montre d'emblée une maman qui s'inquiète d'un petit souci banal du quotidien, nous qui savons bien que ce quotidien sera bientôt totalement bouleversé par un raz-de-marée sans précédent. A leur arrivée dans leur superbe résidence de vacances, Naomi, intransigeante, refuse une canette de Coca à l'un de ses fils, pourtant pas bien gros, et lui conseille de se contenter d'un verre d'eau, c'est meilleur pour la santé. Là encore, nous aurons facilement compris l'allusion. Quand ils auront tous reçu une gigantesque vague d'eau sur la tronche, on se dit que la sévère Naomi regrettera d'avoir privé son fils de ce petit plaisir sucré. C'est fin, c'est bien senti, c'est signé Bayona, merci.




Tout le début du film est de cette eau-là. Cela suffit sans doute à titiller les cordes sensibles des spectateurs les plus faciles, impatients de sortir les kleenex, désireux de verser leur petite larme hebdomadaire. En ce qui me concerne, j'étais déjà passablement agacé, me demandant très tôt ce qui m'avait poussé devant un spectacle si pauvre, si convenu et prévisible. C'est qu'on la sent drôlement venir cette vague... Bayona ne fait pas dans la dentelle. Son film, d'une lourdeur sans nom, ne flotterait pas, il coulerait à pic. Il baigne dans la plus totale médiocrité. Et je vais arrêter là mes jeux de mots minables. L'idole de Bayona, sa principale influence ici, est sans conteste Steven Spielberg. Il tente, comme le papa d'ET a déjà pu le faire quelques fois, de nous proposer un drame familial poignant, larger than life, ponctué de quelques scènes spectaculaires et d'autres intimistes, mêlant les deux registres dans un alliage qu'il espère réaliser avec la même habileté que son modèle. Mais Bayona n'est pas tonton Spielby, et comment ! The Impossible ne ressemble même pas à un side project qu'aurait mené un Spielberg fatigué et en mode pilote automatique, car occupé à tourner deux autres films plus ambitieux en même temps.




Que dire de la scène tant attendue, celle dite de la grosse vague bleue ? On ne peut pas dire qu'elle soit ratée. On la mate les yeux grands ouverts, saisis, il est vrai, mais non sans trouver assez ridicules les poses  prises par chacun des personnages voyant arriver la flotte déchaînée, déjà visibles dans l'affreux trailer. Ceci dit, quel est réellement le talent du réalisateur espagnol là-dedans ? Tous les films catastrophe, même les plus mauvais (et ils le sont trop souvent !), ont ce pouvoir d'attraction sur le spectateur lors des scènes chocs. On aime tellement quand tout pète et explose dans tous les sens ! Même à la télé, aux infos, on attend que ça, un petit tremblement de terre ou, plus inoffensif et agréable à l’œil, une mignonne éruption volcanique. Notons que les effets spéciaux sont ici très bien faits, le mélange entre images réelles et ajouts de synthèse fonctionne parfaitement, on n'y voit que du feu. Pour le reste, le petit suspense mis en place par Bayona consiste à voir à quel point il va oser s'en prendre à son actrice vedette, par des plans aquatiques où nous voyons son corps fragile agressé par des branchages et autres détritus déchaînés par la vague.




Naomi Watts passe ensuite 80% du film en position allongée, recouverte d’hématomes et de blessures en tous genres, à demander dans quel état est sa jambe la plus amochée les rares fois où elle trouve la force de prononcer quelques mots. C'est donc aujourd'hui ce qui suffit à être en position de favorite pour l'Oscar de la Meilleure Actrice. Hollywood aime décidément les femmes, de préférence séduisantes, qui osent s'amocher méchamment pour les besoins d'un rôle taillé sur mesure. C'est pour cela qu'il n'aurait pas du tout été étonnant de retrouver à nouveau Marion Cotillard parmi les nominées, pour son rôle de cul-de-jatte dans l'atroce De Rouille et d'os. On se réjouit de son absence ! Naomi Watts aura toutefois fort à faire face à Emmanuelle Riva, également en lice pour la prestigieuse récompense en toc, et qui la dépasse largement en terme de souffrances subies par Amour pour le sage tyran Haneke.




Mais revenons à l'Impossible. Quand la famille, déchirée par la vague, se découpe en deux, nous sommes sans doute supposés attendre avec le cœur serré qu'ils se retrouvent enfin. Personnellement, je n'avais qu'une hâte : que la sympathique Watts retrouve ses guibolles et aille piquer une ou deux têtes en monokini ! Non en réalité, je n'étais pas si naïf, j'attendais tout simplement qu'on en finisse, que le papa ours retrouve enfin maman ours, et que leurs trois petites enflures de gosses puissent enfin s'embrasser à nouveau, en chialant en harmonie, avant d'aller jouer au ballon en attendant la rentrée. Ça a bien fini par arriver, mais je dois vous avouer que j'ai eu eu recours à un dispositif particulièrement pratique, de taille réduite, fonctionnant par infrarouge ou ondes radio, permettant d'assister aux pires catastrophes sans perdre son temps, le séant bien enfoncé dans son fauteuil. Faut dire que j'en avais ras-le-cul !




Le film nous annonce fièrement dès le générique d'ouverture qu'il se base sur ce qu'a réellement vécu une famille espagnole ayant miraculeusement survécu au tsunami du 26 décembre 2004 qui a ravagé l'Asie du Sud Est. Dans un souci de rendre l'histoire du film plus universelle et donc encore plus dénuée d'identité propre, la nationalité espagnole des protagonistes a été purement et simplement gommée. Nous savons que le fantomatique Ewan McGregor (qui garde sa chevelure parfaite avant, pendant et après le tsunami !) bosse au Japon, mais qu'il a le mal du pays, et la famille projette de déménager, on ne sait où, et à vrai dire, on s'en fout. C'est une famille sans charme, sans attache, sans identité, sans caractère, incarnée par des acteurs plus lisses que jamais nageant dans un film qui leur ressemble affreusement. On préférait Bayona orphelin.


The Impossible de Juan Antonio Bayona avec Naomi Watts, Ewan McGregor et des gosses sur lesquels je ne mise pas un kopeck (2012)

10 juillet 2012

Piégée

Je suis en train de regarder Piégée (Haywire en VO, littéralement "devenir dingue") et je m'ennuie tellement que j'ai décidé de boucler ma critique en temps réel. A l'heure où je vous parle Mathieu Kassovitz essaie de faire du gringue à l'héroïne (homme ? femme ? difficile à dire, c'est le "e" final du titre français qui me fait dire "héroïne") dans un enchaînement de champs contre-champs impardonnable. L'héroïne est une sorte de Michelle Rodriguez bis, autrement dit elle possède un gros chromosome Y inopiné. "Ne la vois pas comme une femme, ce serait une erreur..." lance Ewan McGregor à Michael Fassbender, tu m'étonnes ! Cet homme donc, Gina Carano, a un visage et une silhouette plus larges qu'un monster truck et sa seule revanche sur la vie c'est que sa poitrine l'est aussi. Je m'interromps pour revenir au direct. Champ : Mathias Kassovitz, contrechamp : Michael Fassbender, cherchez l'erreur. Y'a tout le monde dans ce film, tout Hollywood : Antonio Banderas, Michael Douglas, Channing Tatum, Ewan McGregor, Bill Paxton avec une moustache énorme. Vous cherchez une star ? Matez un film de Soderbergh, elle est forcément dedans. Chez Soderbergh même les figurants sont des acteurs oscarisés, mais ça n'empêche pas ses films d'être autant de remakes des Sous-doués.


La reconstitution de l'Arc de Triomphe par l'équipe des effets spéciaux... Soderbergh n'a manifestement pas eu le budget escompté, la prochaine fois il faudra peut-être te délester d'une ou deux stars espèce de tocard !

La gestion du rythme dans ce film relève de la torture psychologique pure et simple. L'histoire c'est Michelle Rodriguez qui sirote un jus de chaussette dans un bar paumé au cœur de la cambrousse américaine quand elle reçoit la visite d'un type venu lui jeter son café brûlant au visage. Elle le dégomme aussi sec avant de prendre la fuite dans la bagnole d'un client du bar, ledit client assis à ses côtés, à qui elle raconte toute son histoire, sans raison, toute sa vie, déballée gratos à ce quidam qui écoute sagement sans paniquer, en passant tranquillement les vitesses, elle lui raconte tout et quand je dis tout c'est toute son histoire : "En neuvième j'ai triché à la compo d'histoire et géographie. En huitième j'ai volé la moumoute de mon oncle Max et je l'ai collée à ma figure pour jouer Moïse à la fête de mon cours d'hébreu, et en septième j'ai fait tomber ma sœur Maggie dans les escaliers et j'ai fait punir le chien. C'est pour ça que ma maman m'a envoyée dans une colo spéciale pour les enfants trop gros, et alors un jour, au déjeuner, j'ai craqué et je me suis goinfrée et ils m'ont foutue à la porte !... Mais le pire des trucs que j'ai jamais faits : j'ai fait une bouteille de faux vomi chez moi et je suis allée au cinéma de mon quartier. J'avais la bouteille sous mon sweat-shirt, je suis montée m'asseoir au balcon et alors... et alors j'ai fait un bruit dégueulasse. Beuaaark ! Beuaaaark ! Beuaaaaaaark ! Beuaaark.... Et j'ai vidé la bouteille de dégueulis, je l'ai jetée par-dessus bord sur la salle, et alors ça a été vraiment horrible. Tout le monde s'est mis à dégueuler dans la salle. Ils dégueulaient partout les uns sur les autres. De toute ma vie j'ai jamais autant regretté ce que j'avais fait...", à ce moment-là le conducteur du véhicule se permet de l'interrompre : "Mais c'est qu'elle commence à me plaire cette gosse moi !" S'ensuit le récit de tout le parcours professionnel de Michelle dans le milieu des services secrets, trajet qui l'a amenée à se faire jeter le contenu d'une tasse de café pur arabica à la gueule par un collègue de bureau, entre autres... Donc le film est une sorte de compilation de flashbacks insipides où Michel Rodriguez s'infiltre chez des gros méchants en belle robe à brillants pour séduire un salop au sourire carnassier avant de lui envoyer son genou dans les burnes, un tas de trucs déjà vus dans mille autres navets du genre, et très régulièrement Michel Rodriguez se bat, à coups de poings et de pieds, de coudes, de têtes et d'épaules, pendant de longues minutes, contre des hommes qu'elle finit toujours par fracasser après avoir pris son élan sur tous les murs pour les frapper. Qui est encore sincèrement impressionné par ces chorégraphies minables depuis que le générique de fin de Matrix s'est déroulé sur le premier écran qui l'a diffusé en 1999 ?


Michael Fassbender, l'acteur de Shame, a intérêt à se renouveler s'il ne veut pas passer sa vie à jouer les gynécos du dimanche en mal d'amour.

Rodriguez sort vainqueur de chacun de ses affrontements après s'être également servie de chaque objet de la maison pour en faire une arme, tout y passe et tout est bon pour me rappeler les fins de soirées difficiles de feu ma collocation avec Félix, co-auteur de ce blog : le fouet de cuisine électrique pour ruiner les couilles de l'adversaire et lui monter les blancs en neige ; le four allumé thermostat 6 en passant devant tout en se bastonnant avant de se rediriger sournoisement dans sa direction quelques minutes après, l'adversaire tenu par le colbac, pour plonger sa tête dedans et la coincer entre deux grilles brûlantes ; le même usage est fait quelques instants plus tard, au cours du même combat, d'un four micro-ondes, avec une attente moins longue entre l'allumage et l'enfournage mais un effet apparemment moins douloureux sur l'ennemi, toute la chaleur foutant le camp à l'ouverture de la porte marquée par un "Ding" qui ne manque pas de donner du rythme à ce pugilat sans saveur. Michel Rodriguez manque manifestement d'inspiration à force de fatigue et répète un peu ses tricks, comme en atteste quelques secondes plus loin cette nouvelle attaque en forme de hat trick, le "coup du chapeau" pour les francophones, où elle plaque le visage de l'ennemi sur l'ouverture d'une lampe de chevet allumée depuis le début de la séquence, ce qui suffit quand même à amocher encore un peu la tête déjà bien chaude de sa pauvre victime. J'en passe et des meilleures.


Mathieu Kassovitz incarne un enfant pour la première fois de sa carrière.

A l'heure où je vous parle Michel Rodriguez vient de tuer Michael Fassbender en l'étranglant sur son pubis, triste mort pour un homme qui aimait les femmes… C'était un traitre, l'héroïne de ce film est trahie et c'est ça le pitch (je viens d'aller le lire sur wikipédia parce que je n'avais encore rien compris à cette histoire). Les cadrages de Soderberg, ses filtres qui sentent le renfermé, sa musique d'ascenseur, son ambiance apathique, son scénario si mauvais qu'on ne le comprend pas et qu'on s'en fout, font de ce film un merdier de plus dans la carrière pavée de bonnes intentions de ce réalisateur malade. J'en suis à 1h04 de film, lequel ne dure qu'1h30, et pourtant on ne sait toujours pas qui sont les différents personnages, ce qu'ils font et ce que raconte ce film sans vie, sans caractère, sans énergie, sans début ni fin, sans rien. Ne dépensez pas un euro pour aller voir cette arnaque XXL sur grand écran, conseil d'ami. Imaginez quelqu'un qui déciderait de vous péter dessus pendant une heure et demi sans raison et vous aurez une idée de ce que fait Steven Soderbergh avec ce film. On a déjà assisté à trois courses poursuites interminables faites de plans très longs sur Michel Rodriguez courant tantôt en gros plan et tantôt en gros plan aussi, sur Michel Rodriguez qui marche vite dans la rue avec sa grosse casquette en laine vissée sur les yeux, suivie de loin par un type en imper gris de rigueur, sur Michel Rodriguez faisant une marche arrière en bagnole dans les bois pendant dix minutes, sans que personne ne la poursuive, ni devant ni derrière, jusqu'à ce qu'elle se paye un garde forestier de trop dans cette forêt, forêt dont elle regrette ensuite (dans un dialogue qui restera) qu'elle contienne tant d'arbres l'empêchant de "rouler à sa guise". A 1h06 Bill Paxton discute avec Ewan McGregor dans une vaste maison forestière, demeure dont les grandes baies vitrées donnent sur le paysage, comme l'immense baraque de Pierce Brosnan dans The Ghost Writer, un film au moins deux fois plus trépidant que Piégée et qui grimpait pourtant difficilement à deux de tension lors de ses climax. By the way si dans les deux films c'est une référence à la grande maison de la fin de La Mort aux trousses je veux bien me tailler les veines tout de suite, par solidarité pour le fantôme d'Hitchcock.


Après s'être fait courser sur la plage de Polanski, McGregor se fait rouster sur celle de Soderbergh par une agent secrète très discrète, comme vous pouvez le voir. Nota bene : fixer du regard les cheveux hallucinants de l'acteur est une bonne échappatoire aux scènes de baston de ce film d'action et d'espionnage en veux-tu en voila.

La fin du film c'est un festival de connerie en cascade, du flash-back sentimental au flash-back en noir et blanc, des plans en plongée oblique qui assurent le statut artistique d'un film signé par son auteur de sa griffe unique (Soderbergh a bel et bien le sens artistique d'un yaourt) au fondu enchaîné sur la plage et son soleil couchant quand Michel Rodriguez va se venger d'Ewan McGregor en lui sautant dessus pour le frapper au lieu de le menacer d'une arme à feu, ce dernier tentant d'échapper à sa poursuivante en courant contre un rocher sur lequel il s'assomme, et ainsi de suite. Il reste 7 minutes à voir et je n'ai plus un souffle d'énergie. Soderbergh m'a vidé. A la toute fin Antonio Banderas n'a soudain plus de barbe, un faux-raccord parmi tant d'autres, un goof de malade pour ponctuer un film qui n'en est qu'un gros, un gigantesque goof d'une heure et demi aux frais de la princesse. La toute fin je ne vous la raconterai pas car elle ne se raconte pas, elle se subit. J'arrête là mais laissez-moi vous dire que je me demande encore si j'ai pas regardé un fake, une version remontée par un fan malveillant, c'est pas possible de réaliser un film aussi abscons… Piégée est une farce qui porte bien son titre, un film pratiquement sans équivalent, un foutage de gueule intégral qui porte le nom de "long métrage" et qui fait une ligne de plus dans le tableau "filmo" de la page wikipédia de son imposteur d'auteur. Steven Soderbergh, le réalisateur, est définitivement une énorme enclume.


Piégée de Steven Soderbergh avec Gina Carano, Michael Fassbender, Ewan McGregor, Bill Paxton, Channing Tatum, Antonio Banderas et Michael Douglas (2012)

2 juillet 2012

Beginners

Pourquoi je regarde ça, moi ? C'est typiquement le genre de film qui me donne envie d'arrêter le ciné. Très franchement. Quand je vois Ewan McGregor broyer du noir dans son pull à rayures trop "cute" en singeant Jim Carrey dans Eternal Sunshine et l'affreuse Mélanie Laurent débiter les dialogues les plus creux du monde avec un accent anglais insupportable, j'ai réellement des envies radicales qui s'imposent à moi comme autant d'échappatoires salvateurs. J'ai en outre déjà pensé à une reconversion dans la blogosphère... Je compte devenir chasseur de petites culottes. Je prendrai des photos en douce avec mon portable. J'en ai déjà un petit stock de côté, de quoi facilement alimenter un tumblr pour les prochains mois, à raison d'une dizaine de photos volées par jour. Mon terrain de chasse favori, ce sont les escalators, à la sortie des stations de métro. Je profite du retour des beaux jours pour mitrailler sous tous les angles, principalement en contre-plongée, les jeunes demoiselles légèrement vêtues. Un soleil rasant m'aide parfois à découvrir de bien jolies choses, que j'aimerais vraiment partager avec vous, par pur altruisme, puisque l'adresse de mon tumblr devra bien entendu rester secrète, ne serait-ce que pour préserver mon couple de ma "dark side". En me renseignant un peu auprès de mon frère avocat (non pas parce qu'il est avocat, mais parce qu'il s'est déjà fait prendre pour le même genre de pratiques), j'ai appris qu'il est purement et simplement interdit de photographier des culs à leur insu. Quelque chose que l'on nomme le "droit à l'image" est supposée protéger toutes ces jeunes filles. Des sites absents de mes marque-pages, mais parmi les plus fréquentés de ces 36 derniers mois si j'en crois mon historique web Google, me font toutefois réaliser qu'il s'agit apparemment d'une protection bien peu efficace. Cette règle de pacotille ne va donc pas suffire à me faire oublier ce beau projet que le film de Mike Mills a ravivé dans mon esprit. Je reste tout de même sur mes gardes, car je ne veux pas finir en taule. Je veux continuer à pouvoir librement télécharger des films et photographier des culs.


Beginners de Mike Mills avec Ewan McGregor, Mélanie Laurent et Christopher Plummer (2011)

6 août 2011

The Ghost Writer

On débarque après la tempête sur ce coup. On peut pas toujours être sur la brèche, écrire sur les films à même les accoudoirs des fauteuils UGC, on fait ça bénévolement, c'est une passion, un loisir, on peut pas tout couvrir. Ceci dit on l'a quand même vu au cinéma à sa sortie sur écran géant. Et c'est peut-être pas pour rien qu'on n'en parle que 16 mois après la bataille. Néanmoins on se sent obligés d'en parler, et on doit le faire maintenant parce qu'après on s'en souviendra plus du tout. Là, déjà c'est limite... Faut dire qu'on fait tout pour l'oublier et que le film n'a pas les armes pour s'imposer. Pourtant on en attendait beaucoup, comme avant toute sortie d'un nouveau film de Polanski, on y allait la fleur au fusil, la bouche en cœur, les bras en croix et la tête sur les épaules. Quelle déception que de tomber nez-à-nez sur ce thriller politique ultra bavard, laborieux, jamais excitant, morne, gris, fade et voué à élaborer un suspense qui ne décolle jamais ! Vers la fin du film, quand McGregor essaie d'échapper à ses poursuivants en montant sur un ferry avant d'en ressortir difficilement, il manque de tomber à l'eau et on aimerait presque qu'il glisse, qu'il se prenne le pied dans un cordage et passe par dessus le bastingage. On n'a vraiment rien à foutre du destin de ce personnage et on se fout encore plus de ceux qui l'entourent, de cette intrigue pseudo-politique bourrée d'échos autobiographiques et de références à l'actualité (notamment à Tony Blair Witch). Ce qui a valu tous les honneurs, une palanquée de récompenses, une presse unanimement élogieuse et un César à Polanski, c'est non seulement son âge avancé et sa gloire passée mais surtout sa situation judiciaire nauséabonde au moment du tournage. Rappelons que Polanski lui-même a affirmé : "J'ai fini le montage en taule entre deux co-détenus qui s'intéressaient plus à la face cachée de ma lune qu'à mon métrage".


LA scène d'action du film, qui implique un héros, un ferry et une grosse paranoïa

L'absence du metteur en scène au stade terminal de la confection de ce film explique peut-être sa qualité douteuse et sa fin en dents de scie. Dans la dernière séquence du film, McGregor résout une énigme digne du jeu Les Chevaliers de Baphomet (fabuleux jeu de Playstation au scénario tortueux signé par le Père Fourras), il vient à bout d'un casse-tête chinois hardcore qui consiste à construire une phrase clé à partir d'un bouquin de 300 pages à l'aide d'un indispensable stabylo et d'un tippex (c'est pas vraiment du blanco, c'est un de ces correcteurs très pratiques, roulants car doté d'un système de poulie ingénieux, qui a le mérite d'être précis, discret, de ne pas faire de grumeaux et de pouvoir être recouvert d'encre tout de suite après application si on n'appuie pas trop fort, et ça déroule une fine bande blanche de béton très dilué ; j'ignore le nom de cet appareil de rêve indispensable à tout fournisseur de fournitures de bureaux, qui fait rêver les étudiants et qui ne finit pas une journée de collège en un seul morceau), tippex que le héros déroule de façon frénétique sur 99% du pavé qu'il s'est échiné à ghost writer pour n'en garder que les malheureux mais précieux termes de la phrase mystère dans une scène digne de Joao César Monteiro. Fort de sa découverte, il la soumet à la femme du Prime Minister, dont il était le nègre et qui s'est fait descendre, car c'est elle que cette découverte incrimine, chose dont on se doute dès le moment où cette dame se met à poil dans le lit du héros sans aucuns pourparlers préalables dès la 37ème minute du film.


Au fond du dernier plan de ce film qui vous prend littéralement par le cou pour ne plus vous lâcher la carotide, vous pouvez apercevoir ce qu'il reste de notre héros trop arrogant : sa chaussure en plein vol plané.

Après cet exploit, le héros roule des mécaniques et tord du cul vers la sortie d'une réception mondaine en claquant la porte dans son dos à la manière de Jacquouille dans Les Visiteurs. Là, plan fixe sur une rue de New-York (New-Jersey), McGregor passe, fier comme Artaban, devant le champ avec son manuscrit sous le bras, les mains tout au fond des poches de son baggy, au niveau des genoux, et il s'éclipse hors-cadre, apparemment doté d'un sentiment du devoir accompli exacerbé au vu de l'érection qu'il a du mal à cacher sous son falzar taille basse manifestement pas assez large ; puis dans le fond du champ apparaît une Peugeot Safrane noire qui met soudainement la gomme dans un crissement de pneus tétanisant : le dernier son qu'entendra McGregor, littéralement cueilli par le pare-buffle d'un assassin peu discret et connu par ses amis pour être un peu lourd en soirée. Après avoir déjoué toutes les machinations criminelles fomentées contre lui, notre héros se fait avoir en marchant au milieu de la route. Le plan s'achève sur toutes les pages du manuscrit qui s'envolent une à une, le genre de truc qui te fout la rage si ça t'arrive quand t'es encore vivant, une chance pour le personnage d'être mort donc. C'est nous qui avons le déplaisir de voir ces milliers de feuilles se faire la malle en désordre dans un plan-séquence de haut vol. De quoi nous mettre sur le cul. Sauf qu'après deux heures de léthargie, perso j'avais pas le cœur à me laisser éblouir. Tout ça pour dire que le contexte difficile dans lequel Polanski a terminé son film aurait dû permettre à la critique d'en pointer les grandes faiblesses tout en dédouanant le cinéaste septuagénaire que nous aimons tant. Au lieu de ça on a pu assister à un phénomène de masse inversement proportionnel qui consista à cirer les bottes de Polanski et à s'émerveiller devant ce film ma foi fort anodin. Le genre de film que j'attribuerais volontiers à Doug Liman. Sauf que si c'est lui qui l'avait fait je l'aurais pas vu, mais ce serait un joyau dans sa filmo entre Jumper et Fair Game.


The Ghost Writer
de Roman Polanski avec Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Olivia Williams et Kim Cattrall (2010)