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23 janvier 2018

3 Billboards : Les panneaux de la vengeance

Après In Bruges et Seven Psychopaths, il était encore possible de croire que Martin McDonagh avait du potentiel et qu'il parviendrait sans doute un jour à l'exploiter pleinement, à trouver la bonne formule, le juste équilibre, pour briller enfin aux yeux du grand public. Étant donné les très bons échos qui accompagnent la sortie de Three Billboards Outside Ebbing, Missouri, et les prix qui commencent à s'accumuler dans son sillage, on pouvait penser que c'était sans doute celui-ci, le film de la confirmation tant espéré pour le cinéaste britannique. Hélas, on avait tout faux ! 3 Billboards confirme au contraire les travers déjà connus, les capacités limitées et même l'orgueil déplacé d'un réalisateur pour lequel la balance penche désormais très nettement du mauvais côté. A tel point que l'on se demande à présent si on ne s'était pas trompé depuis le début. Rappelez-vous...




Lors de la découverte d'In Bruges (réintitulé quant à lui Bons Baisers de Bruges, Martin McDonagh n'étant jamais gâté par les versions françaises de ses titres), il y avait l'effet de surprise et le plaisir, toujours très appréciable, de tomber par hasard sur un film sympathique dont on attendait strictement rien, voire que l'on lançait avec un brin de méfiance. Un simili Tarantino, mêlant les gangsters et l'humour, les coups de feu aux répliques drôlatiques, on en a vu passer quelques-uns, et on en méprise presque autant. Mais In Bruges parvenait joliment à se détacher de cette lourde association, à trouver une vraie originalité. L'humour souvent absurde et le ton assez singulier du film étaient ainsi parvenus à nous charmer. Les personnages principaux étaient rendus attachants par d'excellents acteurs, formant un casting original : Colin Farrell, Brendan Gleeson et Ralph Fiennes, très cools, avaient l'air de s'amuser aussi, heureux d'être là, inspirés par un scénario étonnant. En bref, In Bruges était une bonne petite surprise qui nous emplissait de sympathie et d'espoir à l'égard de Martin McDonagh. On ignorait alors que l'on venait déjà de voir son meilleur film !




On avait en effet pas mal déchanté devant Seven Psychopaths et sa ribambelle d'acteurs encore plus impressionnante, jugez du peu : Christopher Walken, Colin Farrell, Sam Rockwell, Woody Harrelson, Tom Waits et, à des fins purement décoratives, Olga Kurylenko et Abbie Cornish (Martin McDonagh ayant un goût prononcé pour les très jolies filles, qu'il place généralement dans les bras d'hommes bien plus âgés...). Tous venaient faire leurs petits numéros avec plus ou moins de talent dans un salmigondis supportable mais fonctionnant beaucoup moins bien avec, toujours, ce mélange de genres et de registres cher à McDonagh. C'était clairement raté mais il y avait tout de même là-dedans une originalité et une ambitieuse mise en abyme qui ne donnaient pas envie de tomber sur le film et son auteur à bras raccourcis, mais plutôt de rester bienveillant à son endroit, de saluer l'essai manqué en espérant qu'il réussisse au prochain coup. Déjà couronné aux Golden Globes, quasi unanimement salué par la critique et bien parti pour rafler quelques Oscars, 3 Billboards donnait des raisons d'y croire. Malgré 10 ans d'expérience en tant que blogueur ciné derrière moi, avec toutes les désillusions et les déceptions qui vont avec, je suis encore naïf...




Cette fois-ci, Martin McDonagh s'aventure du côté du mélo, du drame familial, ce qui explique peut-être ce succès plus large. Il nous narre le désir de justice d'une mère (Frances McDormand), très remontée contre une police qu'elle juge inefficace après le viol et le meurtre de sa fille, toujours irrésolu. Elle tente donc de secouer son petit monde en affichant trois panneaux gigantesques à la sortie de la ville, qui attirent les médias et apostrophent directement le shérif, campé par un Woody Harrelson atteint d'une maladie incurable. Martin McDonagh nous sert sa petite recette habituelle mêlant le sérieux à l'humour à travers des situations absurdes et quelques répliques bien senties, le tout servi par des acteurs de talent dans la peau de personnages haut en couleurs (empruntant même aux frères Coen leur actrice fétiche, Frances McDormand, lui que l'on plaçait déjà naturellement dans leur voisinage cinématographique).




En situant son film dans le sud des États-Unis, Martin McDonagh en profite pour égratigner, très gentiment, l'Amérique, son racisme, son homophobie et la débilité profonde de certains de ses habitants. Dans ce domaine-là, il réussit plutôt bien et son film s'avère plus d'une fois amusant. Remarquons tout de même que tout cela reste très inoffensif et qu'il filme avec empathie son flic raciste et ultra violent en quête de rédemption. McDonagh est nettement moins à l'aise quand il s'agit de nous faire croire en la détresse de son personnage principal, pourtant solidement campé par une Frances McDormand irréprochable. Il nous livre ainsi un flashback totalement inutile et d'une lourdeur inouïe, nous retraçant le dernier échange de la mère avec sa fille, avant que celle-ci ne soit retrouvée morte : se disputant pour une histoire de clés de bagnole que la maman refuse de lui octroyer, la gamine finit par gueuler "Eh ben j'espère que je vais me faire violer et que tu seras contente !", et la mère de répondre "Ouais c'est ça, fais-toi violer !"... Quelle finesse.




McDonagh chausse régulièrement ses plus gros sabots pour essayer de nous émouvoir et choisit de rompre parfois très brutalement le ton de son film, quitte à ce que cela paraisse bien artificiel. Lors d'une scène d'interrogatoire a priori légère et humoristique, le chef de la police joué par Woody Harrelson, après avoir débité des dialogues plutôt marrants, se met ainsi à tousser du sang au visage de Frances McDormand, pour mieux nous rappeler qu'il n'en a plus pour très longtemps. Il n'y a rien à faire, ça ne fonctionne pas. On a l'impression que le réalisateur nous prend pour de très jeunes enfants, encore capables de passer du rire aux larmes dans la seconde.




Trop désireux de nous surprendre coûte que coûte, Martin McDonagh a écrit un scénario bancal dont les péripéties successives apparaissent bien trop grossières. Nous ne croyons pas en ces personnages, pour la plupart égoïstes et peu aimables, ni en leurs revirements successifs. Celui joué par Sam Rockwell, plutôt bon dans un rôle ambivalent, cristallise bien ce problème : comment croire en ce flic totalement crétin qui découvre d'un seul coup qu'il peut être un peu moins con à la lecture des recommandations posthumes du shérif ? Et comment rire aux facéties de cet énergumène d'une connerie abyssale que McDonagh filme presque en héros ? Tantôt tout juste drôle, tantôt pleinement haïssable, on finit par se moquer d'un personnage si peu crédible, malgré tous les efforts d'un acteur doué auquel l'Oscar tend les bras.




Côté mise en scène, Martin McDonagh ne fait pas non plus dans la dentelle... Quand il se lâche et nous sort un plan séquence en caméra portée où il suit ce con de flic emporté par sa colère et son goût irrésistible pour la violence, le tout accompagné par les envolées vocales de Jim James poussées à plein volume, on est presque mal à l'aise et on a envie de dire au réalisateur "Mec, relax, ça pèse des tonnes tout ça...". Pour le reste, le cinéaste britannique ne prend aucun risque et filme ma foi très platement, sans réelle inspiration, sans aucune fulgurance (à moins que l'on nomme ainsi l'apparition, hideuse, de la biche numérique). Si la vision de ce film n'est pas une souffrance et qu'elle reste passablement divertissante, elle vient saper tous les espoirs jadis placés en Martin McDonagh, dont on connaît désormais bien la formule et ses limites. On retrouve dans 3 Billboards les (petites) qualités et les (gros) défauts habituels du réalisateur, définitivement plus doué dans l'humour et qui devrait peut-être s'y cantonner. Ce serait encore un sacré hold-up si ce film-là remportait les Oscars et compagnie. Un de plus, me direz-vous. 


3 Billboards : Les panneaux de la vengeance de Martin McDonagh avec Frances McDormand, Sam Rockwell et Woody Harrelson (2018)

10 novembre 2012

La Colère des Titans

Nous recevons Joe G., l'un de nos rédacteurs de poche, pour épingler de sa verve socratique le gros navet du jour. Les afficheurs, qui ont opté pour la tagline "Redoutez la colère", auraient dû redouter celle de notre invité, et le réalisateur du film, Jonathan Liebesman, littéralement "Jonathan Amour-d'homme", ne s'attendait sans doute pas à recevoir ce type de gifle pour son film :

Pourquoi s’embarrasser de coller à la légende, aux légendes, aux mythes, puisque pour le bien de « la suite », on ne s’embarrasse déjà plus beaucoup de l’histoire, du sens, de la vérité ? Ainsi renvoie-t-on Persée (Sam « aint worth-a-damn » Worthington) en quête de tout et de rien, de ce qui vient, de ce qu’il subsiste de mythe dit « grec » dans l’inconscient collectif et que l’on a tout loisir de déloger, de réinsérer et de peroxyder comme bon semblera à quelque scénariste bien peu soucieux de papy Hérodote ou du fantôme d’Appolonios. Est née La Colère des Titans


Depuis Avatar Sam Worthington a retrouvé l'usage de ses deux gambas mais toujours pas celui de son cervelet, lui qui n'a jamais eu la saine curiosité, pourtant commune à pas mal d'acteurs, de taper "méthode Stanislavski" sur google...

La Colère des Titans c'est autre chose que leur Choc, c’est plus méchant, plus définitif, plus tout ce qu’on voudra : c’est une suite. Pourquoi sont-ils colère, ces Titans ? Les humains ne croient plus du tout. Pas en les Titans. En les Dieux. Du coup, ces Dieux (dits « de l’Olympe ») perdent leur pouvoir et Cronos (père de Zeus, Poseidon et Hadès, Titan en chef) risque de s'échapper du Tartare, une gigantesque prison-roche souterraine, où ses rejetons l'ont enfermé il y a des lustres. Cronos (le seul Titan du film, d’ailleurs, Hollywood devait avoir une promotion sur les « s ») a donc une bonne raison d’être irascible.


C'est Renée Zellwegger qui a fait le con en refusant le rôle du Minotaure.

Alors (car le lien de cause à conséquence est aussi simple que ça) Persée, cette fois coiffé de bouclettes et plus souriant qu’à ses débuts, retrouve Andromède (qu'il finira par niquer, et qui est jouée par Rosamund Pike) et son cousin Agénor, le fils de Poséidon, personnage faire-valoir démolissant par sa seule non-présence tout ce que le premier film avait pu essayer de bâtir d’esprit de camaraderie (c’était l’une des rares envies à en sauver). Afin de sauver la Terre menacée par le réveil de Cronos, tout ce beau monde part donc affronter en vrac cyclopes, Minotaure (la scène la plus affligeante du film) et demi-bro Arès, le Dieu de la Guerre (joué par Edgar Ramirez, le Carlos d'Assayas). Hadès (Ralph Fiennes) finira par regretter d'avoir trahi Zeus (Liam Neeson) et à la fin du film, Hadès et Zeus enverront moult boules de feu et moult éclairs sur leur paternel mécontent (de la taille d'un mont).


Cronos, furax, à peine sorti de son trou volcaneux, fait l’aumône. De là à y voir une métaphore de la canaille socialiste révolutionnaire qui vit aux crochets des puissants, il n’y a qu’un pas (de titan).

Ce film rate le peu qu’il avait entrepris (ne reparlons pas d’imagination, ne mentionnons plus le respect des mythes, n’abordons même pas la question de l’esthétique) ; il est très laid et très bête mais il y a quelque chose dans le fond qui m'a frappé. Contrairement au premier film, celui de 1981, qui montrait les Dieux comme des tout-puissants snobinards et lourdement arrogants, la nouvelle franchise nous dépeint la fin de l'âge des Dieux. Une suite est d’ores et déjà prévue mais Zeus, Arès, Poseidon, Cronos : tous ceux-là sont morts, et Hadès n'a plus aucun pouvoir. Il est bien évidemment quelque peu débile d’avoir amené à un terme l’essence-même du titre et du contexte de la franchise dès la fin du second volet. Que faire jouer à Persée après ça ? Une guerre médique ? On n’est pas à une incohérence historique près puisque d’un point de vue historico-mythologique les grecs n'ont pas tué leurs Dieux si tôt. Il aura au moins fallu attendre les évangiles de Platon pour que la chute des Olympiens soit positivement entamée, mais il faudra surtout que le Christianisme renchérisse sur la Philosophie pour que les Dieux de l'Olympe disparaissent vraiment (ils étaient encore vénérés sous la domination de Rome, bien qu’ils portassent d'autres noms). Alors quoi ? On aurait tué les Dieux et leur géniteur par simple bêtise ? Les scénaristes de cette chose auraient cassé leur jouet sans connaitre l’histoire, sans connaitre les mécanismes de la franchise cinématollywoodienne (tuer des héros, oui, détruire l’entier contexte, non) ? Je n’y crois pas.


En 1981, non seulement ils faisaient de plus beaux effets spéciaux, mais ils faisaient aussi de plus belles Andromèdes.

Je refuse de croire à la seule bêtise. Ça me semble révélateur d'autre chose. Voir dépeinte ainsi la mort de Dieux m'a rendu le film beaucoup plus intéressant parce que je me suis trouvé choqué de voir des hommes détruire une statue gigantesque de Zeus (dans « Le Choc ») ou de voir Zeus et Poseidon disparaître à tout jamais (dans « La Colère »). Je serais curieux de discuter théologie, Nietzsche et espoir avec les scénaristes (que par optimisme j’éviterai donc de nommer couillons) de ces deux films qui restent malgré tout de sacrées merdes.


La Colère des titans de Jonathan Liebesman avec Sam Worthington, Liam Neeson, Ralph Fiennes, Edgar Ramirez et Rosamund Pike (2012)

8 novembre 2012

Le Choc des Titans

Si vous avez vu L'Histoire sans fin, ce chouette film pour enfants de 1984, vous avez une bonne idée de ce à quoi ressemblent les effets spéciaux du Choc des Titans, ce gros film d'action sorti en 2010, encore que ce dernier est en réalité mille fois plus kitsch que l’œuvre de Wolfgang Petersen ou que son homonyme réalisé par Desmond Davis en 1981 avec Laurence Olivier, dont il est le remake. Le Choc des Titans nouvelle version a coûté 110 millions de dollars de plus que Clash of the Titans ancienne mouture (trente ans après, en des temps où tous les films hollywoodiens coûtent au minimum cent bâtons de plus qu'à l'époque, inflation adjusted) et pourtant il est moins bien réalisé techniquement… Je ne parle pas de mise en scène, il n'y en a pas, mais bien d'effets spéciaux et de "rendu" (quel mot horrible) visuel. Même Jason et les argonautes (1963) est à ce titre (et à tous les autres) un film plus beau et mieux fait que ce Choc des Titans en titane.


Voici donc l'Olympe tel que se le représente Hollywood en 2010 à coup de centaines de millions de dollars...

Devant ce film, pur blockbuster américain réalisé par un français qui n'a de française que sa nationalité, on se pose plus que jamais la question des potentialités de l'imagination et on se dit que l'homme semble décidément bien incapable de représenter quoi que ce soit qu'il n'ait déjà sous les yeux, se contentant en fin de compte de moduler plus ou moins ce qu'il connaît et de faire des assemblages incongrus de choses vues, ce qui nécessite et relève déjà de l'imagination à condition de s'entendre sur ce terme qui ne voudrait dès lors plus jamais se parer du sens d'invention. James Cameron est admiré pour sa capacité à "inventer un monde" dans Avatar, où il entrecroise pourtant des éléments de notre monde connu en les modifiant à peine : il a vu des perroquets multicolores voler en groupe et s'agripper à des rochers, il les a agrandis et reproduits en images numériques et le tour était joué. On peut dire la même chose de chaque "invention" de son film, des chiens sauvages fuselés comme des bagnoles de course aux chevaux avec port USB intégré en passant par les afro-indiens d'Amérique bleutés façon schtroumpfs. Ce qui n'existe pas déjà dans la faune, la flore, l'histoire et les civilisations de notre chère planète vient plus ou moins directement d'autres imaginaires, typiquement les montagnes flottantes chères à Miyazaki et à d'autres avant lui, sans parler d'un scénario qui n'est jamais que le plus ressassé de l'histoire des histoires. Mais au moins Cameron a-t-il le talent de manigancer quelque chose de visuellement interloquant, d'à peu près agréable à l’œil (c'est même à ça qu'il s'acharne non sans bonne volonté et sans réussite : plaire à l’œil histoire de cacher le vide total de son propos). Cameron tente précisément de parvenir à nous faire croire à l'impossible, à savoir que l'on assiste à la création ex nihilo d'un univers entièrement nouveau et inédit. En somme il sait faire illusion.


Le Daily Mouloud en personne dans un blockbuster hollywoodien infect, et le pire c'est qu'il est persuadé que c'est "trop la hype".

Dans Le Choc des Titans, quand il faut représenter un Dieu, et pas n'importe quel Dieu, Zeus s'il vous plaît, on a beau pouvoir soi-disant "imaginer", "inventer", "créer" ce qu'on veut de toutes pièces grâce aux images de synthèse, en tout cas tâcher de faire illusion, on se contente d'appeler Liam Neeson et de lui faire porter une hideuse armure de satin qui brille. Pour Hadès on prend un sous Liam Neeson, Ralph Fiennes, et on lui met un costume noir (parce qu'il est méchant). Remarquez s'ils parvenaient à imaginer quelque chose d'autre pour représenter les Dieux de la mythologie ce serait certainement pire encore, un spectacle encore moins recommandable dont il faudrait à tout prix éloigner nos gosses. Mais ce n'est pas le cas, le seul spectacle qui nous est offert c'est celui de deux mauvais acteurs qui cabotinent en costumes à épaulettes en se déplaçant sur un parquet vert remplacé en post-production par une image anamorphosée du ciel terrestre nuageux directement achetée au documentaliste français YAB, Yann Arthus-Bertrand, l'auteur de Ma mère vue du ciel et de Home. Nous n'aurions donc pas bougé d'un millimètre depuis les origines du cinéma, sauf à régresser à la vitesse de la lumière. A part que c'est beaucoup plus laid qu'à l'époque et que c'est interprété par des méduses humaines.


Hyôga du Cygne et Ikki du Phoenix, aka les Chevaliers du Zodiaque.

Sans parler de la réalisation confiée à un ignare heureux, un faiseur de films d'action purement débiles (on doit à Louis Leterrier les chefs-d’œuvre que sont Le Transporteur et L'Incroyable Hulk). Quand on constate au générique de fin que c'est bien Louis Le-fox-terrier qui est aux manettes du film, on pige mieux la présence au casting de Mouloud Achour du Grand Journal de Canal+, qui avait dû quémander une apparition dans le film à l'antenne auprès du réalisateur ou d'un producteur littéralement pris en otages, et qui trimballe son énorme tronche dans une ou deux séquences d'un film au moins aussi crétin que lui, revêtu d'un paillasson mythologique mais non départi de ses grosses baskets américaines qui font un petit peu tache dans le contexte du film (mais on ne lui en voudra pas trop puisqu'il a accepté de laisser son énorme casquette à visière au vestiaire, élément pourtant crucial de sa panoplie de trentenaire urbain attardé).


Poséidon en slip dans Jason et les Argonautes.

Je ne sais pas pour vous mais personnellement l'image ci-dessus m'évoque davantage un Dieu beau, impressionnant, fort, puissant et unique que les deux acteurs cireux qui font un duel de profils en dents de scies sauteuses sur l'image précédente... Quant aux effet spéciaux, les deux photos parlent d'elles-mêmes et le film de 1963 avec ses dix roubles de budget explose le film de 2010 et ses dix billions de dollars au compteur. Gaston Bachelard écrivait : "On veut toujours que l'imagination soit la faculté de former des images. Or elle est plutôt la faculté de déformer les images fournies par la perception, elle est surtout la faculté de nous libérer des images premières, de changer les images. (...) Si une image présente ne fait pas penser à une image absente, si une image occasionnelle ne détermine pas une prodigalité d'images aberrantes, une explosion d'images, il n'y a pas imagination." Le Choc des titans, et c'est bel et bien un choc que ce film, ne nous propose rien de tout ça, non seulement il ne forme aucune image mais il bloque l'imagination plus qu'il ne la stimule en nous balançant un visuel vu et revu, complètement éculé, et diablement moche par-dessus le marché. Si Dieu est mort et si les Dieux grecs sont morts avant lui, Louis Leterrier a utilisé beaucoup d'argent pour massacrer ce qu'il pouvait en rester, l'image, la représentation populaire.


Le Choc des Titans de Louis Leterrier avec Sam Worthington, Liam Neeson, Ralph Fiennes, Gemma Arterton et Mads Mikkelsen (2010)

25 février 2012

Le Patient Anglais

A côté de ce classique du dimanche soir signé Anthony Minghella et adoré de tous nos parents qui se l'enfilent sans se plaindre à chaque rediffusion télévisée, une fois par semaine, le pourtant presque écœurant Out of Africa passerait presque pour un modèle de sobriété et de distinction. English Patient bat le film de Pollack à plates coutures en termes de trophées et de renommée puisque feu Anthony Minghella (l'un des deux seuls Anthony cinéastes de l'Histoire du cinéma, avec Anthony Mann, l'écart entre les deux étant digne de celui qui sépare Sam Mendes et Sam Peckinpah) rafla deux Golden Globe et pas moins de neuf statuettes aux Oscars, neuf ! Ce qui le plaça au pied du podium hollywoodien où trône encore aujourd'hui Ben-Hur, récemment rejoint par Le Retour du roi et Titanic. Faut dire que ce gigantesque succès de pacotille synonyme de grosse manne à pognon était télé-guidé par la machine Minghella, et machine est le mot juste puisque l'homme, mort prématurément en 2008, ne réalisa qu'une poignée d'autres films du même calibre, des tragédies romantiques pour gonzesses vouées à faire main basse sur toutes les récompenses, dont Retour à Cold Mountain, une autre Rolls-Royce des cérémonies qui ne rencontra pas son public : 7 nominations aux Oscars, 8 aux Golden Globes, et seulement deux prix d'interprétation pour Renée Zellweger dans le pire second rôle de sa vie, alors qu'à ses côtés Kidman et Portman se disputaient les slips des quelques spectateurs mâles du film, dont votre humble serviteur, tiraillé entre le passé et le présent dans un grand écart douloureux pour les bijoux de famille. La machine Minghella s'était sans doute un peu enrayée après avoir brillé de mille feux dans Le Patient Anglais, un modèle quasi limite du genre : tout est réuni dans ce film pour faire chialer le monde. Tout c'est d'abord une mise en scène d'une platitude absolue et d'un académisme obtus qui met un point d'honneur à ne surtout jamais tenter quoi que ce soit pour ne pas déranger le confort de ces messieurs dames. La seule tentative formelle tient dans un fondu enchaîné qui confond les dunes de sable du désert vues du ciel et les plis du drap qui recouvre le corps souffreteux d'un personnage condamné à une mort lente par un accident d'avion dans le désert en question, personnage dont la troisième jambe intacte, et désormais plus vivante que lui, a valeur d'Everest saillant au milieu des dunettes que ses guiboles sans vie forment sous le plaid filmé avec amour par Minghella.




Tout c'est aussi et donc surtout un récit calibré au nanomètre pour épater la bourgeoise. Je vais essayer de vous faire un résumé de l'histoire, accrochez-vous à votre fauteuil et tâchez de ne pas fermer l’œil. La première scène du film nous montre un avion sur le point de s'écraser dans le désert. Le pilote (Ralph Fiennes, à l'époque au sommet des charts en Angleterre après sa performance entre autres dans La Liste de Schindler, et dont ce rôle chez Minghella fut le chant du cygne, vu qu'il se croûta ensuite lamentablement) essaie de s'extraire de l'appareil tant bien que mal au risque de se faire cramer le sommet du bulbe par les flammes que crache le moteur en feu de son zinc et de se retrouver avec une banane flambée à la place du crâne pour le restant de ses jours. Nous le retrouvons ensuite dans un camp de blessés, brûlé au dernier degré et agonisant (les flammèches embrasant ses cheveux secs se seront répandues comme un feu de paille sur l'ensemble de son habeas corpus). Il apprend alors à un infirmier qu'un certain officier, sur lequel on l'interrogeait, est mort, tué par un éclat d'obus, ce qui ne tombe pas dans l'oreille d'une sourde puisque Juliette Binoche, elle aussi infirmière dans le camp, fond en larmes au second plan en apprenant la nouvelle du décès de son fiancé. "J'ai dit un truc qu'il fallait pas ?", demande Fiennes, complètement dans les choux sur son plummard. Dans la séquence suivante la même infirmière éplorée, la belle Binoche, fait partie du convoi voué à déplacer les grands brûlés en lieu sûr quand elle aperçoit par hasard une amie à elle, assise à l'arrière d'une jeep sur le point de dépasser le cametard qui la transporte elle et les blessés (dont Fiennes, à prononcer "Fiénès", lequel fait décidément peine à voir, carbonisé de la tronche aux pieds). Binoche et son amie discutent cinq bonnes minutes pour fêter leurs retrouvailles tandis que les chauffeurs du camion et de la jeep se lancent des regards exaspérés en essayant de rouler à la même vitesse pour ne pas déranger la conversation, comportement assez improbable en temps de guerre mais soit. Binoche rend un bracelet en or à sa copine, qui le lui avait gentiment prêté... Puis la jeep accélère car son conducteur en a ras-le-bol, doublant le camion et traçant à fond la caisse sur la route avant d'exploser sur une mine 200 mètres plus loin. Binoche, qui a vu toute la scène, saute du camion en marche, court en hurlant vers ce qui n'est plus qu'un volant bouillant planté au milieu d'un cratère, et retrouve sur le bas-côté le fameux bracelet en or intact, dont la propriétaire s'est volatilisée sous l'impact de l'explosion, littéralement atomisée. Tout n'est donc pas perdu, mais Binoche l'a mauvaise et en conclut que les gens qui l'aiment sont condamnés à mourir très vite et de préférence dans un grand "BOUM !"



Dégoûtée par sa destinée, elle décide de se retirer dans un monastère en Toscane et garde Ralph Fiennes à ses côtés, qui est par ailleurs devenu amnésique après s'être extirpé de son avion thermostat 6, petit détail que j'avais omis de rappeler. Anthony Minghella n'a cessé d'affirmer en interview au moment de la sortie du film que le Comte László Almásy (Ralph Fiennes) a réellement existé, "c'est une histoire vraie !" clamait le cinéaste par monts et par vaux, même s'il ajoutait ensuite que la chronologie des événements, la liaison avec Katharine (Kristin Scott Thomas) et ses conséquences ainsi que tous les autres événements du script relèvent de la pure fiction nécessaire à la narration. Binoche s'occupe donc du blessé amnésique, véritable merguez humaine, tout en cavalant à droite à gauche comme une surexcitée. En parallèle à ça, Ralph Fiennes (prononcez-le comme bon vous semble car ce patronyme est jugé imprononçable par son porteur lui-même) recouvre lentement la mémoire, et le film est alors envahi de longs flash-backs, au point qu'on se retrouve face à deux films emboîtés l'un dans l'autre. On a deux histoires pour le prix d'une ! Avant de cuire dans son cockpit, Fiennes était le bel homme que l'on sait et il courtisait sans en avoir l'air une femme mariée sous les traits distingués de Kristin Scott Thomas, l'éternelle aristo du Commonwealth. Lors d'un trek dans le désert, on voit Fiennes (ne le prononcez pas) bâcher la jeune femme avec un sang froid de bad boy genre renard du désert intrépide typique, de quoi faire chavirer la belle comtesse, séchée en apparence par le soleil aride du désert maghrébin mais détrempée en réalité par les assauts du beau ténébreux. Quand elle lui pose une simple question, Fiennes le taciturne qu'il ne faut pas faire chier répond qu'il a fait le même voyage en bagnole avec un touareg quinze jours plus tôt sans que ni lui ni son passager ne prononcent un traitre mot en 5 heures de trajet, et de conclure : "c'était le plus beau jour de ma vie". Scott Thomas s'en prend plein la gueule pour pas un rond, au propre comme au figuré, littéralement tabassée par un vent de sable tapageur elle se fait en prime remettre en place dès qu'elle ouvre la bouche, elle n'a pas droit à un regard de la part de son interlocuteur focalisé sur la route (je rappelle qu'ils sont dans le désert, où il n'y a pas de route) à part quand, lors d'une pause bien méritée, elle se trouve de dos, penchée en avant... son guide britannique la considère tantôt comme une sous-merde tantôt comme un récipient : elle est amoureuse.




S'ensuit une scène clé du film. La voiture de tête du trekking est pilotée par un raciste notoire qui n'arrête pas de claquer dans ses doigts pour que l'arabe transformé en petit sablé assis sur le toit inconfortable de sa bagnole se penche sur le côté du véhicule et lui cause par la fenêtre, sans doute pour lui indiquer la "route". A chaque fois que le pauvre arabe s'exécute le fumier qui est au volant lui jette une cacahuète dans la bouche que l'autre chope difficilement au vol avant de retourner se percher sur le véhicule. Le conducteur, qui se veut un véritable enculé du quotidien, espère en foutre plein la vue à Fiennes, assis à ses côtés, qui a quitté la caisse occupée par Scott Thomas car elle le saoulait trop et pour se faire encore plus aimer d'elle. Mais à la troisième cacahuète, l'arabe glisse et se casse la gueule du toit, tombant à flanc de dune dans un précipice où le conducteur le suit par réflexe (ou pour l'achever en lui roulant dessus ?), lançant son 4x4 à la renverse dans un banc de sable. Le conducteur du véhicule suivant croit à un soudain changement de direction, un raccourci à travers sable, et fonce à son tour faire des tonneaux dans le sable, le tout sur la musique de Gabriel Yared. Bref on se retrouve avec deux véhicules enlisés sur trois et il faut que la dernière voiture fasse demi-tour pour aller chercher du secours auprès de l'époux de Scott Thomas, resté en ville. Les émissaires montent à bord du dernier tout-terrain fonctionnel, y compris notre charmante touriste déjà emballée et pesée par son guide anglo-saxon, qui s'installe à la place du mort. Mais au démarrage les pneus patinent et le bolide manque de rester tanqué dans le sable. Scott Thomas abandonne sa place de bon cœur pour camper pendant deux jours sous un soleil de plomb aux côtés de son bellâtre. Aussitôt la dame descendue de voiture, celle-ci démarre sans difficulté. Les 34 kilos que pèse l'actrice empêchaient l'automobile remplie à ras-bord d'une demi douzaine de sherpas de s'élancer convenablement. Passons. Si vous avez lu jusque là vous pouvez affirmer que vous avez "vu" ce film.



La nuit tombe et Scott Thomas la regarde tomber, assise en tailleur sur une dune. Fiennes la rejoint et lui conseille de se radiner dans une des deux bagnoles immobilisées. Mais madame "regarde les étoiles en désordre" (sic.), "J'essaie de les ranger" dit-elle à un Ralph Fiennes à deux doigts de péter les plombs. Ce renard de Tunis qui semble avoir roulé sa bosse dans tous les océans de sécheresse de l'Afrique du Nord lui montre alors une tempête de sable qui se lève à trente mètres de leur campement de fortune. Après en avoir pris plein la tronche, les deux tourtereaux ensablés de pied en cap se calfeutrent dans leur voiture embourbée et regardent les vagues déchaînées de poussière s'abattre contre les vitres de la carlingue. Fiennes, tout en caressant les cheveux de sa blonde, se lance alors dans un interminable laïus sur les différents types de vent qui sévissent dans le désert. Car non content d'être un baroudeur de Kebili et de Rabat, notre anglais est cultivé. Il lit aussi Kipling et tient un journal dans lequel il évoque Scott Thomas sans la nommer comme une femme "dont les vêtements flottent" (sic...). Quand sa compagne de déroute tombe sur ces pages secrètes elle en fond dans sa culotte, toute cette poésie, tout cet amour, ça la finit littéralement. Ils sont toujours coincés dans la voiture par la terrible tempête quand Fiennes poursuit sa leçon de climatologie en causant d'une antique armée d'arabes qu'on avait levée pour affronter un vent considéré comme particulièrement redoutable et Scott Thomas s'endort net, le sourire tout de même figé sur la face et une main posée sur la braguette de son somnifère. Au petit matin, les deux futurs amants se réveillent en catastrophe pour constater qu'ils ont raté le passage de leurs sauveteurs. Après cette contrariété ils se décident à déterrer l'autre bagnole, complètement recouverte de sable, dont les passagers sont en train de mourir étouffés.




Retour au présent : Binoche, la Toscane, l'abbaye de Santa Anna in Camprena, le gros lardon fumé cloué au lit etc. Quoique, la peau du visage de Fiennes a déjà meilleure allure. L'homme semble se régénérer lentement, naturellement, Binoche est la Malicia de son Wolverine (private joke pour les tarés de comics !), elle qui bute tout ce qu'elle touche et lui qui retrouve ses facultés sans broncher. En tout cas nos deux larrons vont bien. Binoche lit Kipling à Fiennes qui n'écoute que d'une oreille (car il ne lui en reste plus qu'une). Et puis un nouveau venu se pointe. Un Australien patibulaire incarné par Willem Dafoe. Binoche étant également australienne dans le film, le courant passe immédiatement entre eux et Dafoe est convié à partager les murs des deux héros. Mais ce type est louche, il a un secret. Il s'en prend rapidement à Fiennes auprès de Binoche en ces termes : "Je sais quelque chose que vous ne savez pas sur ce soi-disant english pashient...". A partir de là l'intrus va s'acharner à questionner Fiennes sur son passé obscur et pousser le convalescent à se rappeler l'intégralité de son histoire oubliée. J'ignorais qu'il suffisait aux amnésiques d'un type curieux un peu insistant pour revoir leur passé dans les moindres détails, mais soit. En tout cas c'est ce que parvient à faire Fiennes, poussé à cela par un Willem Dafoe ganté de mitaines noires qui n'a de cesse de laisser pianoter ses huit doigts sur tous les meubles de la pièce en faisant les cent pas autour du plumard du grand brûlé. Le blessé alité n'en peut plus de voir l'autre lui tourner autour en faisant des moulinés avec les bras pour mieux faire mater ses mains amputées de leurs pouces et il finit par lui demander ce qui est arrivé à ses crayons. Mais on ne saura la réponse que plus tard. Je place là un suspense identique à celui placé par Anthony Mandela, j'espère que vous kiffez !



Dans un nouveau flash-back langoureux, Kristin Scott Thomas lave les cheveux de Ralph Fiennes (comme Bob Redford lavait ceux de Meryl Streep, Le Patient Anglais et Out of Africa, ces deux terribles fresques mélodramatiques à Oscars, ont décidément bien des points communs), puis elle le rejoint dans son bain, ce qui donne l'occasion à l'actrice de se montrer entièrement nue pour ne pas complètement perdre les spectateurs mâles qui regardent le film aux côtés de leurs épouses et concubines en pointant discrètement leur index sous leur nez en direction de l'écran pour transformer mentalement la romance à l'eau de rose de Minghella en shoot'em up à la première personne. Fiennes demande à sa dulcinée ce qu'elle aime dans la vie (erreur de débutant) et elle lui répond en vrac : "La vie, les fleurs, le chocolat, la musique de merde, le shopping, l'eye-liner, les roses... la vie quoi !". Puis elle lui retourne la question, à laquelle il répond : "Le silence, le désert et ta mère" (sic. semper tyrannis), et elle enchaîne en lui demandant ce qu'il n'aime pas (les meufs et leurs questions...). Alors le séducteur répond de façon plus ou moins habile (très maladroit ou échaudé par les devinettes de sa conquête) qu'il n'aime pas s'attacher, ni en voiture ni en amour, et qu'il vaut mieux pour elle qu'elle tire un trait sur le mariage. Scott Thomas en laisse tomber son savon, repousse la tête de Fiennes jusqu'alors scotchée à ses nibards et sort du bain, vexée semble-t-il. Mais un peu plus tard, alors qu'elle est en train de servir des plats dans une cantine de soldats à Pienza (Italie), Ralph Fiennes vient retrouver sa maîtresse et lui demande discrétos de simuler un malaise pour le rejoindre dans la cave. Elle s'exécute et s'ensuit une scène d'amour torride et gluante entre ces deux amants illégitimes. Juste après la fin du coït, accompli debout à même une poutre qui s'en souviendra toujours, Fiennes s'escape juste avant que le mari de la jeune femme la rejoigne, lui avoue qu'il adore quand elle sue comme ça. Puis cet époux naïf embrasse sa belle et s'étonne de son odeur d'amande douce et de tajine aux pruneaux. Voilà qui nous rencarde sur l'eau de toilette pas très virile de Fiennes ou sur l'odeur de son liquide séminal après ingestion d'un gros couscous royal, si on opte pour une interprétation plus flatteuse mais moins glamrock ; et voici surtout qui fout Scott Thomas drôlement dans la merde. Plutôt que de prétexter qu'elle a récemment changé de déodorant ou qu'elle s'est un peu lâchée sur les keftas de la cantine, elle fronce les sourcils, écarte son époux naturellement suspicieux d'un coup de coude et s'éclipse sans mot dire. Évidemment le mari cocu a tout pigé et il passera ensuite toute une (longue...) séquence assis dans sa voiture à regarder la façade d'un hôtel où Scott Thomas déballe encore ses pectoraux au pieu avec un Fiennes tout fou. Si vous avez tout lu jusqu'ici vous êtes un gros malade.




Dans l'autre récit, celui au présent, Binoche s'est isolée dans une ramification du monastère et joue du piano sur un instrument désaccordé, penché à la verticale suite à un bombardement. Un cri se fait entendre : "Arrête, arrête tout, chawarma !". C'est Saïd de Lost qui rapplique, enrubanné car de confession Sikh, et qui implore Binoche d'arrêter sa musique car selon lui les allemands adorent piéger les pianos, et parce qu'en outre elle joue "comme une merde" (sic. encore). Notre nouvel invité est un expert en déminage. Binoche le rassure : "Ca fait deux plombes que je me fous en l'air sur ce claveçin et rien n'a sauté". Mais Saïd jette tout de même un œil sous la queue du piano, coup d’œil rapide vu que l'instrument est complètement retourné sur lui-même, pour découvrir ce qui doit être une bombe : "Voyez...". Binoche rétorque alors avec un sourire : "C'est peut-être parce que je jouais du Bach que ça n'a pas explosé". Saïd la fusille du regard. "Je dis ça parce que Bach est Allemand...", ajoute Binoche. "Je sais, j'ai beau être black je connais Bach, c'est pas drôle pour autant", conclut le démineur avec un regard glaçant. Binoche vient de se faire torcher, un homme lui a rabattu son claque-merde, conséquence ? Je vous le donne en mille : elle est folle amoureuse. Plus tard elle passera des plombes à la fenêtre, à mater le démineur Sikh s'affairant dans le jardin, et Fiennes n'aura de cesse de lui dire : "Allez, va te le faire, tu peux te faire qui tu veux ! Va te le faire !". Elle suit son conseil et va ouvrir les hostilités en allant conseiller à Saïd de laver ses longs cheveux noirs et soyeux non pas avec de l'huile de moteur mais avec de l'huile d'olive (véridique), profitant de lui donner ce conseil pour le mater torse poil en pleines ablutions. Puis elle finira par coucher avec lui après une séance de haute voltige. En effet Saïd l'emmène dans la grand salle du monastère, lui noue une corde autour du ventre, puis l'envoie en l'air grâce à un astucieux système de poulies pour la faire valdinguer aux quatre coins de l'édifice avec une torche à la main, lui permettant de regarder les peintures murales tout en chopant la chiasse. Et pendant ce temps la guerre fait rage... Suite à ça Binoche tombe dans les bras de Saïd et ils s'envoient en l'air pour de bon, ce qui permet à l'actrice de montrer un sein afin de maintenir la concentration des spectateurs hommes en transe. A ce propos je me demande encore comment Juliette Binoche a pu recevoir l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour ce film, même si je l'adore sincèrement. Dans ce film elle ne fait strictement rien à part s'ébahir la plupart du temps pour des conneries et fondre en larmes dès que ça se présente...



Dans un énième flash-back, Fiennes se retrouve seul dans le désert (je passe pas mal d'épisodes, vous m'en voudrez pas ?) quand l'avion de son ami et rival (l'époux de Scott Thomas), approche pour lui venir en aide. Mais au lieu de se poser en douceur, le mari jaloux et revanchard lance son appareil en piqué sur Fiennes pour le tuer et en finir avec sa propre existence trahie. Sauf que, et nous ne le découvrons qu'en même temps que Fiennes (qui a donc échappé au crash grâce à quelques pas chassés sur le côté), le cocu avait prévu d'embarquer Scott Thomas dans son crime et suicide, la femme volage, l'infidèle impie, également présente à bord du planeur. Fiennes découvre que le mari est mort mais que sa bien-aimée vit encore. Le crash a été terrible, d'une violence inouïe (imaginez un avion qui s'écrase à pic et à pleine vitesse sur une butte de terre sèche, dites-vous que le film déborde de fric et que tout ça est suffisamment bien fait pour nous suggérer la violence du choc, dont même Robert Patrick sortirait en lambeaux), mais Scott Thomas apparaît à peine un peu débraillée sur le siège avant de l'appareil, les lunettes de travers. On nous dit cependant qu'elle est grièvement blessée et Fiennes décide de la transporter vers un abri. Sur le trajet en direction d'une caverne tout à fait appropriée, Scott Thomas lui dit qu'elle l'a toujours aimé et Fiennes explose en sanglots. Finalement il la dépose dans une grotte en lui laissant du papier, détail qui peut sembler scabreux mais au moins Fiennes est-il un homme prévenant. Il lui abandonne aussi un crayon et une lampe torche. Puis une fois mise à l'abri, il lui jure de ne jamais l'abandonner et ment aussitôt en partant chercher du secours à trois jours de marche dans le désert le plus total (même si les scènes ont en réalité été tournées aux oasis de Chebika et Midès, mais laissons ce goof de côté). On le voit crapahuter à bout de forces et le montage alterné nous dévoile la fin de Scott Thomas, dont la torche n'a plus de piles. Arrivé à bon port, Fiennes demande à un officier de lui prêter sa voiture, de la morphine et un médecin pour aller sauver sa femme qui clamse dans une caverne au fond du désert. L'officier commence à faire chier en lui demandant ses papiers d'identité. Fiennes ne les a pas sur lui, tu m'étonnes ! On lui demande son nom. Il répond : "Salazny". L'autre répète "Schwarzy ?" et lui demande d'épeler. Fiennes le chope par le col et s'apprête à lui casser la gueule quand un soldat lui met un coup de crosse sur la nuque. Il se réveille dans une jeep battant la campagne, menotté, demande ce qu'il fout là et l'officier lui répond qu'il va en taule, "Sale fritz !". Fiennes proteste qu'il est anglais et, pour l'heure, peu patient, mais l'officier rétorque : "Salazny von Bismarck c'est Anglais peut-être ? Fous fous foutez de ma gueule ?" (dans la VF). Puis notre héros malmené se retrouve dans un train de prisonniers en direction de Benghazi. Prétextant une envie de pisser il tue son garde et saute du train. Boitant et suffocant, le voila reparti pour la ville le long des rails, poussant un hurlement de désespoir qui résonne dans tout le désert filmé en plan d'ensemble par un Minghella un poil zélé, appuyé par un ingé son au rabais. L'incompréhension irritante de l'officier, l'angoisse du temps perdu dans une course contre la montre entre la vie et la mort, l'injustice ulcérante subie par le héros et sa femme impuissante, tout est là pour nous pourrir la vie.




Finalement retourné en ville, Fiennes est vexé qu'on l'ait pris pour un Allemand et il s'en va donc pactiser avec l'ennemi. Moyennant quelques informations de premier ordre, les "fritz" lui donnent de l'essence pour qu'il puisse retourner vers sa femme en avion (l'un des moyens de transport mis en avant par le film, aux côtés du 4x4 et de la bicyclette). C'est à cause de ces informations échangées avec les allemands que Willem Dafoe, qui était un associé du mari de Scott Thomas et un espion australien infiltré dans les rangs de la Wermarcht, est fait prisonnier et torturé par un officier nazi surmené. D'où la perte de ses précieux pouces, et d'où sa colère à l'encontre de Fiennes qu'il prenait pour un collabo. Bref, Fiennes retourne dans la grotte au milieu du désert, retrouve sa femme morte, s'allonge près d'elle, lui caresse les cheveux, puis la porte hors de la caverne en hurlant sa peine, le visage baigné de larmes. Retour au présent. J'abrège un peu. Saïd est appelé pour désamorcer un obus tombé sans éclater près d'un pont, il est sur la bête quand un convoi de tanks américains débarque à toute berzingue pour fêter la fin de la guerre : on est en 1945 et les Allemands viennent de capituler. Mais les vibrations des chars sont sur le point de faire sauter l'énorme bombe sur laquelle Saïd a le cul vissé. Après un long suspense, ce dernier coupe un fil au hasard et il est sauvé alors qu'on s'attendait tous à ce qu'il y passe, puisque Binoche venait de (diablement) le toucher et s'apprêtait à le rejoindre sur son vélo, et aussi parce que c'est l'arabe du film. Mais nous avons passé trop de temps avec ce personnage pour le voir mourir si atrocement désatomisé par une explosion à bout portant, et l'iniquité d'une mort survenant dans la minute suivant l'annonce de la capitulation serait trop insupportable au spectateur déjà frustré par les malheurs à répétition que subissent tous les personnages. Chez Minghella et tous ceux de son espèce, il faut raison garder et spectateur ménager. La guerre est finie, tout le monde est content. Binoche, Saïd et Dafoe mettent Fiennes sur un brancard et lui font faire dix fois le tour de la fontaine en bas du monastère, réduisant probablement son espérance de vie déjà brève de moitié. Saïd aura juste le temps de voir mourir l'un de ses meilleurs amis (quant à lui inconnu du public, rassurez-vous), parti planter le drapeau américain sur la tête d'une statue au milieu de la place du village voisin avant de se faire déchiqueter par une mine posée là avec malice par un Allemand vicieux et sans doute précog. Après quoi le démineur Sikh s'en va sur sa moto, laissant Binoche livrée à elle-même et livrée à un nouvel éclat de larmes... Cette dernière reste auprès de Fiennes qui n'en a plus que pour quelques minutes, agonisant suite au tour de manège improvisé autour de la fontaine pour fêter la fin des hostilités, et elle lui lit les derniers mots écrits par Scott Thomas sur son journal avant de mourir, ce qui a pour résultat immédiat de propulser Fiennes dans l'au-delà. De nouveau triste mais souriante, Binoche est appelée par Dafoe qui quitte le monastère vers Florence à bord d'une voiture pilotée par une belle italienne sur laquelle il semble avoir des vues. Binoche regarde le soleil d'Italie, assise sur le siège arrière de la jeep, affichant un sourire aussi mélancolique que comblé. Fin. Rideau. Neuf Oscars dont ceux du meilleur réalisateur et du meilleur film. O_O


Le Patient Anglais d'Anthony Minghella, avec Juliette Binoche, Ralph Fiennes, Kristin Scott Thomas, Willem Dafoe et Naveen Andrews (1996)

20 février 2012

Shakespeare in Love

Il faut à tout prix prononcer "Shakespeare in lave", le "o" devient un "a" phonétiquement, c'est primordial pour bien dire ce titre : "Shakespeare in lave". Ce film est l'exemple-type du lauréat de l'Oscar du meilleur film, en tout cas depuis quelques décennies, c'est-à-dire, pour ne pas y aller par quatre chemins, que c'est un vieux mélo, une machine hollywoodienne qui a fait du bruit à sa sortie et que personne ne veut jamais revoir tellement que c'est pourri. Le réalisateur s'est condamné à mort tout seul en réalisant trois ans après Le Capitaine Corelli avec un Nicolas Cage en sur-régime, une sorte de Patient Anglais en pire, et depuis cet homme-là, John Madden, l'homme aux 7 Oscars volés, vivote en tournant un film invisible par-ci par-là. Mais pour en revenir à Shakespeare in Lave, c'est typiquement le lauréat empoisonné qui a mis la planète cinéma de mauvais poil au lendemain de sa victoire, une journée noire pour la cinéphilie mondiale. En face de lui, le très contesté et très contestable La Vie est belle de Benguigui, aujourd'hui complètement oublié, La Ligne rouge du sage Malick et surtout l'indéboulonnable Steven Spielby avec Il faut sauver le soldat Ryan, le film qu'il a tourné en même temps qu'Amistad, Jurassic Park, La Liste de Schindler et A.I.. Les Oscars ont cet art-là de déjouer les attentes pour mieux conserver de leur magie. Les ricains sont doués pour ça, y'a pas à dire. Sauf que le lendemain tout le monde se demandait combien de kilos de merde les jurés avaient dans chaque œil pour frapper à ce point à côté de la cible (le mal est fait au moment des nominations, le ver est déjà la pomme, mais de là à se planter deux fois aussi magistralement ?).


Y'en a un des deux qui s'est pas fringué comme il fallait... Et ne vous laissez pas berner par la photo, c'est uniquement pour faire chier l'autre.

L'acteur Joseph Fiennes, qui incarne un Shakespeare littéralement in love et schlinguant les œstrogènes, a retrouvé son chien crucifié dans son jardin trois jours après la cérémonie. Accusant d'abord son frère Ralph suite à des querelles familiales (Joseph aurait vexé Ralph en nommant son chien Ralph, du prénom de son frère donc, prétextant que c'était bien lui qui avait un prénom de chien et non l'inverse, on ne veut pas savoir la suite), il a ensuite examiné le cadavre de son chien de plus près pour découvrir autour du cou de la bête un nouveau collier à pendentif en forme de statuette dorée. Il sombra ensuite et de façon assez logique dans l'alcool, comme Russell Crowe après Gladiator, mais le charme en moins (car contrairement à Maximus il perdait tous les concours de cuites auquel il participait, finissant systématiquement le froc sur les chevilles et la tête plongée dans les chiottes). Gwyneth Paltrow quant à elle ne fut pas embêtée, étant particulièrement charmante, et filleule de Spielberg de surcroît, celui qui a droit de vie et de mort sur Los Angeles. Comme quoi la famille Spielby ne repart jamais tout à fait les mains vides des Oscars ! Toujours est-il que l'académie s'était une fois de plus plantée en beauté, comme après avoir sacré Rocky l'année où Network et Taxi Driver étaient nommés. Partant vaguement en biberine depuis le milieu des années 80 et complètement en couilles depuis le début des années 2000, les Oscars sont devenus une vaste fumisterie qui chaque année consacre un gros film en contreplaqué, et il n'y a aucune raison pour que cela cesse...


Shakespeare in Love de John Madden avec Gwyneth Paltrow et Joseph Fiennes (1998)

17 janvier 2011

Que justice soit faite

Il est facile de torcher un papelard à partir d’un film comme ça. Un film qui en dit plus que ce qu'il montre, un film âpre et dégoulinant. Dire qu'à cause du titre (Law Abiding Citizen, en version originale), je m'attendais à un long-métrage sur la loi Veil... Moi je prends le taureau par les cornes, je mets les pieds dans le plat et je m'avance la bouche en cœur. Je ne ferai pas dans la simplicité, je vais seulement me contenter de vous conter l’histoire, avec mes propres mots. Toute l'histoire. Préparez-vous à parcourir le pitch que F. Gary Gray a vendu à des producteurs tétanisés devant cette énième histoire de Vigilante cherchant à venger la mort d'un proche contre vents et marées tandis que la police ne daigne mouvoir son auriculaire bardé de cérumen. Première scène du film : Gérard Butler, l’acteur écossais au charme très rural et au talent inexistant (« the rough blue-eyed scottish moron » d'après Ralph Fiennes) , est peinard dans sa cuisine en train de préparer l’un de ces clafoutis aux cerises dont il a le secret. Il est en compagnie de sa fille qui s'amuse avec amour à confectionner des colliers et bracelets de perles à ses parents, le genre qu’on porte deux minutes puis qu’on jette aux chiens une fois que le gosse qui nous l’a donné nous a enfin lâché la grappe. Elle en fait un avec écrit « Daddy » qu’elle tend à son père. Grandiose. Tout ça est filmé avec un halo lumineux qui est là pour nous faire comprendre que ce bonheur total ne va pas durer... Toc toc toc. Même pas le temps de répondre « Qui est là ? » que Gérard Butler, dont on apprendra plus tard qu’il est une sorte d’agent spécial surentraîné, se prend un coup de batte de baseball dans la tronche et derrière le genou. KO (« Knives Out » en anglais), il assistera impuissant au viol et à l’assassinat de sa femme ET de sa fille, auxquels il faut ajouter le recel de quelques-uns de ses bibelots par deux hommes apparemment coutumiers du fait. Les méchants sont de sacrés salops, des pourris, des tarés. Fondu au noir. Nous suivons Jamie Foxx dans le rôle d’un avocat véreux, en plein travail, accompagné de son assistante incarnée par l’actrice blonde en plastique déjà vue dans Talladega Nights et Iron Man qui porte le doux nom de Leslie Boobs et qui ranked #51 on the Maxim magazine Hot 100 of 2008 list devant la famille Kardashian mais derrière Dustin Hoffman. Jamie Foxx est procureur dans l’affaire Butler, il se réjouit d’avoir trouvé un accord avec l’un des deux méchants qui, en reconnaissant ses crimes, s’en sort avec une courte peine de prison, tandis que son compère écope de la peine capitale. Allez comprendre. Avant que le verdict ne soit rendu, Jamie Foxx décide tout de même d’en toucher deux mots au principal intéressé : Gérard Butler, que nous retrouvons amaigri, les yeux rougis par le chagrin, errant dans les rues de Boston, Détroit, Philadelphie, que-sais-je ? Ce dernier ne déborde pas d’enthousiasme à l’annonce de la trouvaille juridique de Foxx, et il s’ensuit une violente dispute faite de bastons de regards durant laquelle Butler tapera trois fois du poing sur la table en s’écriant « Qu’est devenue la justice ? Qu’est devenu le peuple ? Qu’est devenue la loi ? ». Foxx décide de faire fi de ces remarques et, lors du procès, tout se déroule comme il l’a programmé. A la sortie du tribunal, Gérard Butler adresse un bras d’honneur à un Jamie Foxx assis sur ses principes et droit dans ses bottes. C’est ainsi que se termine la première partie du film, laissant le spectateur exsangue, littéralement.




Ten years later... Dix mois plus tard donc... Jamie Foxx et son assistante sont conviés à la mise à mort du meurtrier malheureux. Celle-ci se passe mal puisque là où le condamné à mort aurait dû s’éteindre sans douleur, il est soudainement pris de convulsions et de spasmes affreux. L’audience est abasourdie et le Coyote est victime de son succès (ça fait deux heures que j'attends mon maxi-raclette). De son côté, Gerarld Butler s’est fixé pour seul but dans la vie de rétablir la justice lui-même en mettant au point une vengeance calculée au millimètre. Il a pris 17 kilos de muscle (voir photo ci-dessus) en usant d'anabolisants interdits même au Viet-Nam. Du coup, il choisit de piéger le deuxième meurtrier puis de se filmer en train de le découper en apéricubes. Il envoie ça par colissimo suivi avec accusé de réception à Jamie Foxx. Ça lui coûte un bras mais il est content de lui. Il s'en fiche parce que son tour de bras est maintenant équivalent au tour de cuisse de Roberto Carlos lorsqu'il était au faîte de sa gloire. Ensuite, comme il a mis sans réfléchir l'adresse de l'expéditeur et qu'il a fait assurer le bien par la poste, il se fait vite repérer par la police, il décide donc de retirer son t-shirt et d'attendre de se faire cueillir chez lui, histoire de ressortir la tête haute, et d'arborer ses biscotos sculptés à force de soulever de la Viet tout en bandant les muscles de son cou. Butter se laisse donc mettre en taule et interrogé par Jamie Flaxx pour mieux commander sa vengeance à distance et montrer à quel point il est malin. Raaaaaaaaaaaah j’en ai trop marre, j’arrête et je vous laisse mariner avec ce suspense de tous les diables ! Je m’étais fixé de tout vous raconter, de tout vous faire partager, mais ça fait mal et j’en peux plus. En plus on est qu’au tout début là. Je vous ai seulement conté la première demi-heure ! J’ai l’impression de revoir ce con de film, en tout cas sa première demi-heure. Voir ça une fois, c’est déjà trop. La raconter, c'est un calvaire, là je suis Jésus sur sa croix en train de me prendre un coup de lance par Saint Thomas. Si vous êtes moins débiles que moi, vous avez arrêté de me lire depuis un bail. Je ne sais pas pourquoi j'ai eu envie de faire ça, de vous faire un peu revivre mon calvaire, mais c'est mal, c'est égoïste, et je ne recommencerai plus, promis. Je suis comme Indiana Jones dans le temple de Petra, je suis le pénitent... Le pénitent doit le passer, le pénitent doit le passer, le pénitent... Le pénitent est humble devant Dieu, le pénitent s’agenouille devant Dieu ! A genoux !


Que justice soit faite de F. Gary Gray avec Jamie Foxx et Gerard Butler (2009)

28 novembre 2010

The Reader

La dernière chose à dire sur ce film, c'est qu'il est incontournable pour tout(e) fan de Kate Winslet. Elle évolue pendant toute la première moitié du film, qui dure une heure. Et aussi dans la seconde moitié du film, qui dure également une heure. C'est un festoche Winslet. De face, de dos, de face à nouveau, de côté, de profil, allongée, accroupie, debout, assise, couchée, dans le bain, sur le pieu, sur la selle, à califourchon sur un gosse, et j'en passe et des meilleures, et affublée d'un terrible accent allemand (j'ouvre ici une parenthèse pour préciser que l'histoire se passe en Allemagne, mais, parce que c'est un film Américain, tout le casting est américain et prend l'accent allemand en parlant Anglais, sauf l'unique Allemand de l'équipe, le seul acteur célèbre outre-Rhin, j'ai nommé Bruno Ganz, qui parle anglais avec un accent british remarquable et qui sert de caution germanique au film, et quel acteur ! Il a quand même su nous faire kiffer Hitler pendant une heure et demi... Bref, c'est un film Américain situé en Allemagne où des acteurs américains déblatèrent en Anglais avec l'accent bavarois... J'arrête ici cette parenthèse déprimante), et je retourne à Winslet pour dire qu'avec quatre ou cinq scènes passées à chialer, un vocabulaire voulu trash, des séquences d'accouplement assez crues, et un rôle de Kapo nazie repentie, c'est réunir toutes les conditions i-dé-ales pour faire main basse sur l'Oscar de la meilleure actrice. Et ça n'a pas raté !




Le film est littéralement coupé en deux. On a droit à deux films en un. Le premier, qui dure donc une heure, c'est Kate Winslet dans le rôle d'une Allemande analphabète sans le rond qui se retape un petit lycéen au physique balbutiant. A la fin de cette première partie les deux amants cessent enfin de se fréquenter. Le second film, qui s'étend sur un peu plus de trois quarts d'heure, puisqu'il dure précisément une heure, c'est l'histoire de ce jeune amant devenu étudiant qui est désormais en fac de droit, dans le pénal, et qu'un professeur émérite (le fameux Bruno Ganz'ta rap) invite au tribunal pour assister au procès d'un groupe d'anciennes nazies jadis chargées de garder les détenues de certains camps et qui comparaissent l'une après l'autre car elles sont présumées responsables de la mort de plus de 300 juives. Au banc des accusées, Kate Wetslip.




A la fin du film (vous pouvez me remercier de vous en épargner la vision en asseyant mon énorme cul sur tout suspense, mais vous pouvez aussi arrêter de lire cet article à cet endroit), elle se laisse condamner à la prison à perpétuité à la place de ses anciennes camarades nazies en affirmant avoir elle-même donné certains ordres d'exécutions écrits, alors qu'elle est analphabète, assumant ce mensonge précisément pour cacher sa tare et garder le secret de cette incapacité à l'écriture qui lui fait honte. Au final, son ancien amant, qui a assisté à cette condamnation volontaire avec un walk-man sur les oreilles, est devenu un homme assez charmant incarné sans effort par Ralph Fiennes, ce comédien à la gueule d'ange des Carpates ! Notre avocat frais émoulu se rappelle soudain de la Kapo qui l'a dépucelé du haut et du bas et qui dépérit en taule depuis des lustres, et lui envoie en prison une collection de cassettes audio sur lesquelles il s'est consciencieusement enregistré en train de lire des livres, afin de permettre à son ex d'apprendre à écrire. Elle envoie de fait des tonnes de courriels à son ex-amant pusillanime qui ne lui répond que par de nouveaux enregistrements littéraires. Le jour où elle doit être enfin libérée, elle se pend, n'oubliant pas de léguer le peu de fric qu'elle possédait à l'unique juive rescapée des massacres nazis auxquels elle a assisté. Je viens de réaliser sous vos yeux ce que Stephen Daldry, le réalisateur de cet étouffant long métrage, n'a jamais pris le temps de faire : écrire le script.




La première moitié est aussi longue que morbide. La seconde est trop courte pour se mesurer à l'ampleur du sujet qu'elle prétend traiter. Le tout est non seulement assez pénible mais souvent très mauvais, en vérité mal fait. On dirait que Daldry essaie de causer aux uns dans un premier temps puis aux autres dans un second, en juxtaposant finalement deux films disjoints et aussi boiteux l'un que l'autre. Causer à tout le monde c'était déjà l'apanage de Sydney Pollack et d'Anthony Minghella après lui, qui ont tous deux produit ce film qui leur est dédié car ils sont tous les deux morts à quelques jours d'intervalle en le regardant.


The Reader de Stephen Daldry avec Kate Winslet et Ralph Fiennes (2008)

21 juin 2008

Bons baisers de Bruges

Tout est bizarre dans ce film. Le ton est bizarre, le duo d'acteurs est bizarre, l'intention de départ est bizarre. C'est supposé être une comédie et on ne rit presque jamais, sinon jaune, façon humour british. Le plus souvent c'est quand même une ambiance plutôt morose qui règne à Bruges, voire pathétique avec ces personnages de tueurs à gage au bout du rouleau, tantôt suicidaires, tantôt courant après la vie. Bizarrerie d'un scénario dont on ne sait jamais où il nous mène. Bizarrerie d'un rythme résolument lent qui n'ennuie jamais. Bizarrerie d'une brillante scène d'appel téléphonique qui dure 20 minutes et qui marque le tournant dramatique du film. Bizarrerie d'un buddy movie qui au lieu de baser la dualité de ses deux personnages principaux sur une différence de taille, de gabarit, de couleur, ou d'humeur (comme dans la tétralogie mythique Lethal Weapon, ou dans Die Hard 3, Le Dernier samaritain, Jumeaux, etc.), se limite à différencier ses héros par ce que j'appellerais un "sourcil d'écart". Il saute aux yeux que Colin Farrell est la nemesis sourciliaire du brave Brendan Gleeson, qui se retrouve avec un front épilé à la cire tandis que son acolyte penche vers l'avant sous le poids de ses astéro-sourcils en accent circonflexe qui, sur les plans d'ensemble comme sur les gros plans, sont utilisés comme des balises par le chef op' qui s'en sert bizarrement pour délimiter son cadre. 
 
 
 
 
Al Pacino aurait dit de Colin Farrell qu'il est l'acteur le plus doué de sa génération. Brendan Gleeson aurait dit de Brendan Fraser : "Je n'ai rien à voir avec ce con". Ces deux mercenaires de la pelloche qui ont tourné dans les plus grands pays du monde sont accompagnés d'un casting 5 étoiles, avec Ralph Fiennes, Jérémie Renier et la jolie Clémence Poésy. Malgré tout, le film repose en très grande partie sur les épaules ô combien robustes de Farrell et Gleeson qui nous en foutent plein la gueule. Et si ce film est un polar original, une carte postale au vitriol, une comédie amère, et ainsi de suite, c'est avant tout un fameux duel d'acteur et un film de vacances intriguant. Qui n'a jamais rêvé de voir Brendan Gleeson se payer des vacances à Bruges ? Au final, ce premier long de Martin McDo est un petit ovni, très original, très décalé, assez intéressant.
 
 
Bons baisers de Bruges de Martin McDonagh avec Colin Farrell, Brendan Gleeson, Clémence Poésy, Ralph Fiennes et Jérémie Renier (2008)

11 février 2008

A History of Violence

Trois ans après Spider David Cronenberg récidive. Ralph Fienes n'est plus de la partie. Viggo Mortensen, auréolé du succès des Seigneur des Anneaux 1, 2 et 3, accepte le rôle de Tom Stall, personnage à double facette, afin de se donner une crédibilité en tant que comédien. Dans ce film-ci il ne se contente plus de trimballer une grosse épée, désormais il a un gros calibre et il s'en sert. Pour interpréter le rôle de Jack Stall (le fils de Tom), Cronenberg engage Ashton Holmes, c'est assez audacieux quand on sait que le personnage est tout au plus âgé de 17 ans et qu'Ashton Holmes soufflait sa 28ème bougie sur le tournage du film. Les maquilleurs auront bien essayé de dissimuler son énorme glotte, rien n'y fait, on n'est pas dupes. Deux acteurs relèvent un peu le niveau : William Hurt et Ed Harris. Deux interprètes de talent qui, eux, ont lu le scénario et en ont bien compris l'aspect comique.



David Cronenberg installe la tension dès l'introduction pour accrocher l'attention de son spectateur. Un plan-séquence démonstratif ouvre le film sur deux tueurs qui se regardent tuer tandis que Cronenberg se regarde filmer. Les deux assassins sont dans la routine, ils font leur boulot lentement, mécaniquement, et la caméra les suit sur la même ligne. Cronenberg dresse ensuite le portrait de la famille idéale Nord-Américaine. Quand la petite dernière se réveille en sueur après un cauchemar, c'est toute la sainte famille qui se plie en quatre pour la réconforter en souriant. Au petit-déjeuner, c'est la grande entente et la bonne humeur autour de quatre gamelles bien tassées de Quaker Oats. Edie Stall accompagne Tom Stall au travail où il rejoint ses employés modèles dans un bar impeccable. Le jeune et sympathique Jack Stall fait gagner son équipe au base-ball avant de s'incliner face au gros dur du lycée, car il est gentil. Et le soir venu, les enfants n'étant pas là, Madame Stall se déguise en pom-pom girl pour offrir à son mari sa millième première fois d'adolescent, un festival son et lumière de sexe brut. La libido du couple bat son plein tandis que les deux amants entament leurs ébats par un 69 d'outre-tombe. Cronenberg semble là vouloir alimenter sa réputation de metteur en scène sulfureux, en d'autres termes il cherche à signer ce film en montrant ce qui d'ordinaire n'est même pas suggéré dans le ciné grand public ricain, et qui pourtant est si banal.



Avec ces deux séquences, Cronenberg établit une sorte de dichotomie entre deux mondes diamétralement opposés. Il y a deux catégories de gens, les tueurs laids et méchants absolument dépourvus d'humanité qui abattent une petite fille innocente, "inutile", de sang froid, et la bonne famille idéale pleine de bons sentiments et de gaieté à revendre. Pour passer d'un monde à l'autre, Cronenberg s'inspire d'un raccord d'Il était une fois dans l'ouest, et passe du coup de feu plein cadre sur une gamine inconnue au cri strident de la fille Stall qui s'éveille d'un cauchemar, comme Leone passait du coup de revolver d'Henry Fonda au sifflet aigu d'une locomotive au début de son chef-d’œuvre. La menace plane sur le monde apparemment calme et sans faille de Tom Stall... Après les présentations consécutives de ces deux sphères hermétiques et contraires, on admire le fils Stall qui, du haut de ses dix ans d'avance sur ses camarades et de retard sur la vie professionnelle, s'emballe facilement la fille la plus laide de son établissement scolaire sur un trottoir quand, soudain, le gros dur qui lui cherchait des noises au début du film arrive au volant de sa voiture et s'apprête à lui tomber dessus. C'était sans compter sur le gros 4x4 des deux tueurs de l'introduction qui vient bloquer sa route. D'un simple regard les deux tueurs font oublier les mauvaises intentions du petit caïd à l'égard du fils Stall. Les gros poissons mangent les petits, c'est la chaîne alimentaire, plus le bolide est gros plus son conducteur est dangereux. C'est brillant. Aussitôt après, les deux tueurs s'arrêtent dans le bar de Tom Stall. Le gros dur du lycée a joué l'intermédiaire, le passeur, le pont entre le monde des méchants et celui des honnêtes gens.



Les deux tueurs braquent alors le bar de Tom Stall, qu'ils prennent pour un dénommé Joey Cusack, mais notre papa poule et barman idéal les désarme et les tue avec une facilité déconcertante. Le personnage principal du film devient alors à proprement parler son "héros". Mais ce n'est que le début de ses déboires. Suite à cet acte de bravoure, Stall devient une héros national en même temps que la proie des médias, et c'est ainsi que ses vieux démons reviennent le hanter en la personne de Carl Fogarty (Ed Harris au top dans un rôle de borgne). La scène où Fogarty rend visite à Tom Stall dans son bar va plonger l'entourage du héros (contrairement au spectateur) dans une longue période de doute quant à sa réelle identité. Cronenberg perd son temps et aiguille laborieusement le spectateur vers la solution que nous avons tous devinée de longue date : Tom Stall EST Joey Cusack. Aucun spectateur ne doutait plus de la réponse depuis l'entrée d'Ed Harris dans le bar, aidés en prime par le jeu d'acteur tout en finesse de Mortensen... A noter, peu après, une scène ô combien pénible où Viggo court en traînant la patte derrière la voiture de Fogarty dont il croit qu'elle se dirige vers la maison familiale. Il aura alerté sa femme pour rien, Fogarty voulait seulement l'effrayer. Le plus ennuyeux n'est pas le faux suspense installé par Cronenberg mais la façon peu crédible et agaçante qu'a Tom Stall de se justifier de cette alerte auprès des siens. Cronenberg répète ses scènes et ses effets dans le magasin de chaussures où Edie Stall (Maria Bello) croira avoir perdu sa fille et la retrouve près d'un Fogarty apparemment amical. Scène sauvée de peu par un Ed Harris de haute volée qui conclut la scène par un inoubliable et mélodieux : "Mrs Stall, don't forget your shOOooes". Le film prend alors des allures comiques déjà entretenues, peu ou prou intentionnellement, par le caractère risible de certaines scènes (dont celles consacrées au rapport père-fils qui sont d'une simplicité et d'un cliché aberrants) et de certains personnages (les deux tueurs du début).



Le point de vue apparemment manichéen de Cronenberg pourrait sembler renversé par le personnage de Tom Stall qui semble tant bien que mal faire le lien entre les deux catégories de personnes présentées au début du film, lui qui réunit le papa modèle et le tueur sans scrupule. Quand Edie Stall découvre la vérité sur le sombre passé de son époux, elle vomit littéralement ses mensonges mais ne condamne pas le tueur qu'il a été, allant jusuqu'à l'innocenter auprès du shérif : c'est alors que survient le second rapport sexuel du couple. À ce moment précis de l'histoire du couple Stall, on ne peut plus décemment parler de "faire l'amour". Edie frappe Tom au visage, lequel riposte fermement, se transformant aussitôt en Joey Cusack, qui semble exciter Edie suffisamment tandis que la tendresse du premier rapport est remplacée par la brutalité d'une levrette à même l'escalier en bois d'ébène de la baraque.



Tom Stall n'est pourtant pas vraiment Joey Cusack, dont il devra se laver à la fin du film dans une scène pseudo christico-mystique avant de retrouver sa famille. De facto, le manichéisme échafaudé au début du film et que l'on croyait dissout par ce personnage complexe se voit renforcé par sa dualité même puisqu'il y a deux personnages en un que tout oppose, qui ne peuvent cohabiter. Tom Stall tue son frère, son alter ego maléfique, et redevient cool.



Cronenberg prétend vouloir filmer la violence dans son plus simple appareil, le plus banalement qui soit. Or s'il parvient à restituer la rapidité de tout affrontement et son aspect définitif, il se veut très maniéré et franchement esthétisant. Après chaque combat il nous gratifie en prime d'un gros plan agressif, hyperréaliste et inutile sur les visages défoncés des victimes de Stall. Là encore, par ces effets gratuits, Cronenberg semble vouloir renouer avec ses antécédents de réalisateur de séries B et poser sa marque sur un film pourtant destiné au plus large public possible. N'est-ce pas là une façon pour Cronenberg, à l'image de son personnage principal, d'être rattrapé par un passé qu'il s'efforce de noyer au profit d'un statut plus enviable d'auteur qui ratisse large ?


A history of violence de David Cronenberg avec Viggo Mortensen, Maria Bello et Ed Harris (2005)