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28 septembre 2016

Dirty Pretty Things

J'ai annulé mes vacances aux Texas suite à la vision de Massacre à la tronçonneuse. Traumatisé ! Je n'ai plus jamais mis un pied dans l'eau après avoir vu Les Dents de la Mer. Et je sens fort des panards ! J'ai refusé une sacrée opportunité professionnelle en Antarctique à cause de The Thing. La chance d'une vie ! Je refuse de prendre des gens en auto-stop depuis Hitcher. Pas bête ! J'ai refusé un week-end tout frais payés dans un chalet à la montagne en compagnie de tonton Scefo, en repensant à Shining. Faut dire que Scefo est schizo... J'ai posé un lapin à des potes partis en roadtrip en Europe de l'Est à cause de cette saloperie de Hostel. J'en veux encore à ce zonard d'Eli Roth. Et j'ai décommandé mes billets EasyJet pour un petit séjour à Londres après avoir subi le thriller social de Stephen Frears, Dirty Pretty Things. Une vraie épreuve pour tout cinéphile. L'équivalent d'un épisode bien trash de l'émission Strip-Tease, en à peine mieux filmé, la déontologie journalistique en moins. Un éternuement à l'odeur putride et riche en microbes, reçu en pleine gueule.




Bon, la plupart des décisions évoquées ci-dessus sont aussi liées à de gros problèmes d'argent, mais quand même... J'en veux particulièrement à Stephen Frears, qui m'a pris en traître. Quelle horreur ce film ! Plus glauque, tu meurs. C'était l'un des premiers rôles post-Amélie Poulain pour Audrey Tautou. On a pratiquement tous fini devant, espérant qu'elle retire enfin le haut pour que sa carrière prenne son envol à l'étranger. A l'époque, on avait tous un cousin ou un grand frère fana de la dame pour nous traîner devant son nouveau film odieux. Internet et ses forums de fins limiers n'étaient pas encore accessibles dans nos chaumières reculées pour nous proposer l'essentiel, il fallait donc se taper le film. Son titre, aussi menteur qu'accrocheur, nous laissait imaginer le meilleur. On ne savait pas que c'était en réalité un billet sans retour vers l'enfer !




Audrey Tautou joue une immigrante turque déterminée à rester en Angleterre pour sortir de la misère. Elle passe tout le film à essayer de refiler son rein en loucedé en échange d'un passeport. C'est déprimant ! Et puis il pleut en continu et il ne fait jamais vraiment jour là-bas. Chaque image du film pourrait faire douter de l'existence du Christ à un chrétien convaincu. Les cheveux gras et des cernes morbides sous les yeux, Audrey Tautou n'est pas à son avantage. Capuches et cols roulés lui collent à la tronche. Stephen Frears nous fait douter de sa sexualité et de la notre. Cet homme-là n'est pas seulement laid physiquement, ses films le sont aussi. Il manque un rein et deux testicules à Dirty Pretty Things.

Quelques années plus tard, le bonhomme était nommé Président du Jury du 60ème Festival de Cannes. Je cherche encore à comprendre.


Dirty Pretty Things de Stephen Frears avec Audrey Tautou, Chiwetel Ejiofor et Sergi Lopez (2003)

12 octobre 2015

Hors de prix

Je suis retombé sur ce film hier, diffusé sur France 2. C'était ça ou France-Danemark sur TF1. « Retombé », c’est bien le mot. Et plus dure fut la chute. Je me souviens avoir découvert Hors de prix en compagnie de mon acolyte à une époque où nous partagions les mêmes murs, les mêmes tomes de gruyère et, parfois, les mêmes dessous. Un jour, Félix a dû me dire quelque chose comme : « Mec ! j’ai pécho Hors de prix et ça m'a pas coûté cher ». Le soir même, nous nous sommes lancés dans le film sans appréhension, avec confiance au contraire, munis du seul espoir de passer un chouette moment devant une comédie finaude et sympathique, réalisée par Pierre Salvadori, qui nous avait offert l’excellent Les Apprentis, portée par Gad Elmaleh, comique de métier, et Audrey Tatum, comédienne de profession. C’est typiquement le genre de soirée qu’on ne peut pas trop foirer, sur le papier. On avait tout pour se mettre bien.


La robe de Gad Elmaleh (si je me fie à l'affiche, c'est le nom de l'actrice) a changé de couleur entre le poster et le film, énième preuve qu'on ne peut se fier à rien.

Mais au bout de quoi, cinq secondes ? dix secondes ? un quart d’heure à tout casser ? pas longtemps en tout cas, je nous vois d’ici, on a dû se mater en chiens de faïence, se scanner mutuellement, avec des rayons X de haine dans chaque pupille, des kilo-tonnes d’amertume arrimés aux commissures des lèvres. Comment ne pas en vouloir à la terre entière face à un tel spectacle. Pour résumer : Audrey le Toum' joue une péripatéticienne qui se vend aux vieillards pleins aux as les plus offrants. Gad Elmaleh, lui, joue un employé d’hôtel qui couche avec elle en se faisant passer pour un milliardaire. Tautou découvre finalement le pot aux roses et demande à Elmaleh de remballer le matos. Elmaleh justement, dont le personnage est un pur débile, se ruine ensuite pour coucher avec elle encore une ou deux fois. Sur la paille, il finit par devenir gigolo lui aussi. Tout en essayant de faire cracher leurs riches victimes au maximum, les deux jouent de connivence et finissent par tomber amoureux. Fin de l’histoire. Et jusqu’au bout du supplice, pas l’ombre d’une vanne. Audrey Tautou* et Gad Elmaleh jouent pieds et poings liés. Elmaleh en particulier donne l’impression qu’il s'est fait bodysnatcher, qu’il est incapable d’exprimer quoi que ce soit. Selon certaines sources proches du comédien, ce dernier était en communication, par voie d’oreillette, avec les ravisseurs de ses parents, qui l’insultaient en continu et lui demandaient une gigantesque rançon tout en lui disant de ne rien laisser paraître sous peine de tailler les crayons de son père et de buter son chien. Triste film quoi qu'il en soit, sorti au milieu de pas mal d’autres du même genre, qui semble nous dire : c’est la crise, tout tourne autour du pognon, tout chlingue autour de vous, et c’est pas ce soir que vous allez prendre votre pied.

* qui rivalisait la même année avec Isabelle Carré dans Quatre étoiles, film tout aussi triste mais au moins réveillé, à intervalles réguliers, par un François Cluzet allumé. L'acteur, à l'époque, transportait de temps en temps de la cocaïne dans son tube digestif. Précision : il n'était pas passeur, c'était simplement le moyen "le plus pratique" (sic.) que Cluzet avait trouvé pour trimballer ses doses de tournage en tournage. Régulièrement, notre acteur fétiche était victime d'un éclatement de body pack, comme il l'a raconté plus tard au magazine Life. Aucun de ces accidents n'a eu la peau de François, coriace s'il en est, mais 100 grammes de drogue dure dispersés en une fraction de seconde et sans prévenir dans son corps eurent des effets visibles et spectaculaires sur son jeu d'acteur, contribuant largement à sa résurrection artistique (toutes ces informations sont disponibles sur la page wikipédia du comédien).


Hors de prix de Pierre Salvadori avec Gad Elmaleh et Audrey Tautou (2006)

18 octobre 2013

Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain

Film avec date de péremption, et pour le coup ultra périmé. On vous propose aujourd'hui un regard décalé sur un film retardé, un film d'attardé en vert et rouge, un film qui a fait passer Mathieu Kassovitz pour un boloss, ne l'oublions jamais, lui qui a chipé le rôle au pied levé à Pierre Richard, qui avait encore un problème de chaussures dépareillées le jour du casting et qui ne s'est donc pas pointé. Ce film, on l'a tous bien aimé à sa sortie, il faut savoir faire preuve d'honnêteté. Si Twitter avait existé à l'époque le film se serait retrouvé en top tendance pendant trois mois, le Petit Journal de Yann Barthès aurait fait des micro-trottoirs sentant le trottoir pour donner l'avis de trois vieilles illuminées et de deux adolescentes trépanées sur le film tout en se foutant ouvertement de leurs gueules. Sauf qu'en fait si ce film sortait aujourd'hui il ne ferait pas 8 millions d'entrées mais seulement 80 000 (en comptant large), parce que c'est le film d'une époque, sorti pile au bon moment avec son portrait rétro d'un Montmartre bourré de bons sentiments et baigné par la musique rance, franchouillarde et déprimante à souhait de Yann Thiersen. Jeunet a eu le pif de faire sortir son manifeste jambon-beurre tout en accordéons juste après France 98, dans un éphémère pays black/blanc/beur de pacotille où tout était possible et qui aimait se regarder le nombril en faisant du reubeu de service l'épicier sympa, du black un absent de marque et des visages pâles de purs crevards fiers de connaitre par cœur la fine fleur de tous les dictons gaulois, car glanant via ce petit manuel du bon français parlé un ticket aller-retour gratos pour tirer une autiste blanche comme neige.



C'est l'ancêtre de la série Bref, le film des petits plaisirs (quoi de mieux dans la vie que faire des ricochets ? Jeunet répond "Que dalle !", lui qui a sans doute réalisé le film de chevet de la famille Delerm au grand complet), le film des petits riens, un catalogue d'anecdotes à la con, des "j'aime, j'aime pas" à n'en plus finir... Avec cette ribambelle de goûts et de dégoûts bien idiots et bien communs, Jeunet s'est assuré que tout le monde puisse s'identifier sans forcer, comme savent le faire les rédacteurs d'horoscopes, ou les administrateurs de ces "pages" facebook et les auteurs de ces tweets à la con que tout le monde "like", "retweet" et "+1" à qui mieux mieux, du genre : "J'aime l'odeur de la colle et de l'essence, et j'aime bien l'odeur du gazon fraîchement coupé, par contre je déteste mais alors je déteste l'odeur de la merde". Ca me rappelle mon tonton Scefo, qui m'a annoncé, tout fier, à propos de mon petit cousin de 3 ans : "Il est très propre fils, il supporte pas d'avoir le cul huileux". Ce qui m'a beaucoup surpris vu qu'en général moi j'adore ça. Putain tonton... Jeunet a aussi fait un fond de commerce des questions cons, et on en retient une, qui demande combien de couples sont en train de se dégommer en ce moment même à Paris, avec une galerie d'illustrations gentillettes de femmes en train de jouir sous les impacts péniens de leurs époux ou amants. Bizarrement toutes sont bien traitées et heureuses, tout ceci se passe dans une atmosphère de félicité complète, alors qu'on sait trop bien que la plupart du temps ce n'est que ruines et désolation : on ne parle pas forcément de viols ou d'agressions, encore que, mais d'actes consentis et néanmoins voués à mettre à mal la survie du couple sur le long terme si un effort de réflexion est fait lors de la phase post-coïtum, qui peut se révéler néfaste pour l'amour propre du sujet et pour celui voué au conjoint. Et pourquoi, alors que Paris est la capitale des appartements loués en airbnb à des tournages porno, ne voit-on pas au moins une femme penchée sur une table de salon en verre (pour permettre au caméraman filmant la scène des angles impossibles en contre-plongée et en apnée), le pied d'un mec appuyé sur la nuque ? Même sans caméra et sans production, certains types se laissent emporter par la passion et par tout ce porno à profusion sur le web, et alors le cerveau reptilien prend le pas sur toute inhibition et sur toute galanterie, et en pareilles circonstances si l'homme est un loup pour l'homme il en devient surtout un pour la femme.



Qui ne s'est pas amusé à reproduire cette autre anecdote du film où Tautou prend son nain de jardin en photo devant tous les monuments du monde grâce à des montages photoshop afin de bercer d'illusions son père sénile, mais en remplaçant le nain de jardin par son propre gland ? Honte à moi si je suis le seul à avoir envoyé ça à la fille que je convoitais à l'époque, mais j'avais douze ans, lâchez-moi. Un seul critique, Serge Kaganski, a su s'élever contre ce film à sa sortie, et pour de plutôt mauvaises raisons. Pourquoi ne pas avoir tout simplement mis en avant la médiocrité de la mise en scène, la minceur de l'histoire, l'iniquité des personnages, la présence de Dominique Pinon, l'usage des filtres, le sur-jeu des comédiens et ainsi de suite ? Le seul acteur qui s'en tire c'est Rufus, qui joue tout de même sous un pseudo. Ce film, c'était le summum de Jeunet, la concrétisation d'un style, la prolongation d'un court métrage réalisé à six ans, Foutaises (titre assez visionnaire), et contenant déjà tout Jeunet, dans lequel on voyait Dominique Pinon dire "j'aime ci et j'aime pas ça" pendant vingt-cinq minutes. Dans ce petit film prémonitoire, ressorti en bonus sur le dvd d'Amélie Poulain par un Jeunet plus opportuniste que jamais, et qui depuis ne cesse de répéter ses tics et ses tocs en espérant tirer le jackpot une seconde fois, Dominique Pinon se plaint notamment de la goutte d'eau qui remonte de la cuvette quand il la torpille d'un étron trop sec, le séant éclaboussé par sa propre merde. Jeunet faisait alors un gros plan sur le visage vineux de Dominique Pinard assis en tailleur sur les chiottes et grimaçant au moment de recevoir une vague énorme suite à un déchargement terrible en off... tout ça parce que le même Pinon adore aussi ouvrir lentement l'opercule du pot de nutella de 750 grammes spécial Noël en écoutant le chuintement que cela produit, et casser la croûte de la crème brûlée avec le dos de sa petite cuillère, ou encore s'enfoncer directement des flambys entiers dans le gosier. Tu m'étonnes qu'en bouffant les œufs avec la coquille pour le petit croustichoc sensas' que ça promet sur le palais ce mec-là chie des bombonnes de merde à défragmentation, de véritables mortiers de fèces qui lui inondent le dos.



Ce film c'est tout Jeunet. Caro avait alors foutu les voiles, disparu à tout jamais, planqué dans l'annuaire entre mille et une "caro(line)" anonymes. Jeunet a notamment voulu refaire son miracle, son bunker de la dernière rafale, amasser un second pactole avec Micmacs à tire-parigot : Dany Boon dans le rôle principal, et Omar Sy qui essayait déjà de sortir du SAV. Toujours ce sens du casting payant, à condition qu'il paye... Rappelons que sur le tournage d'Amélie Poulain Jeunet a su se brouiller avec Jamel Debbouze, l'ami de tous, l'homme le plus consensuel du PAF. Quand vous demandez des nouvelles de J-P Jeunet à Jamel il vous balance sa seule main valide dans la figure, puis la seconde aussi, mais en prenant de l'élan pour qu'elle tombe sur vous comme une vieille liane. Malheureusement pour Jeunet cet autre film tout vert et jaune bourré à craquer de petites idées rachitiques n'est pas tombé au bon moment, et a logiquement fait un four sans nom. Jean-Pierre Jeunet s'en est donc pris au téléchargement illégal, alors qu'aucun quidam n'a même eu l'idée de mettre son navet en partage. Il s'est adressé aux critiques auxquels il reprochait de ne faire que critiquer au lieu de mettre la main à la patte, bref il nous a sorti tous les fondamentaux de la langue de pute et de la gueule de bois, allant jusqu'à reprocher à la Fox de ne pas avoir correctement remasterisé le bluray de son Alien 4, qui n'est pourtant qu'une parodie de lui-même. Nous faisons partie des nombreux fans de la saga qui ont acheté le coffret de la tétralogie et qui ont utilisé les deux skeuds "bonus" et "film" de l'opus Jeunet pour en faire des répulsifs à corbeaux afin de protéger les cerisiers de nos parents. Ces épouvantails son et lumière sont d'une efficacité redoutable car les ornithorynques ne supportent pas les reflets verts et jaunâtres de ce film pisseux. Pied de nez à Hitchcock, expert en séduction, qui avait su faire un chef-d’œuvre de l'effroi avec des volatiles alors qu'on fout les j'tons à des oiseaux avec une horreur de film. Jean-Pierre Jeunet, sache que toute ta filmographie orne nos cerisiers, et tu en serais sans doute ravi, toi qui adores les anecdotes à la mords-moi-le-noeud, les gadgets à tiroirs, les histoires de petits riens, mais que dis-tu quand les petits riens en question sont tes films bectés par des piafs survoltés, grossis aux OGM par nos parents qui eux aussi deviennent fous à cause de tes films diffusés en imax dans leurs champs ?


Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet avec Audrey Tautou, Mathieu Kassovitz, Jamel Debbouze, Rufus, Yolande Moreau, Armelle, Dominique Pinon, Isabelle Nanty (2001)

16 octobre 2013

Un Long dimanche de fiançailles

"C'est beau le sépia !" s'écrie-t-on devant cette affiche, sur laquelle on peut apprécier la taille de guêpe d'Audrey Tautou. Tout rapproche Un long dimanche de fiançailles, film jaune, d'Avatar, film bleu : Audrey Tautou a un piebot là où Sam Worthington a un corps bot ; Mathilde et Manech semblent séparés par le destin, tout comme Na'ari et Jack Skully le sont par la barrière des espèces ; dans les deux films la guerre éclate, il y a un amant dans chaque camp et un arbre au milieu du champ de bataille. Attardons-nous sur l'arbre du film de Jaunet : c'est sur ce tronc calciné, le dernier d'un no man's land en ruines, théâtre de la désolation des fameuses tranchées de 39-40 (la "guerre froide"), que Manech immortalise son amour pour Mathilde. Il ne trouve rien d'autre à foutre sous la mitraille des boches que d'utiliser son menton contondant pour graver trois lettres dans l'écorce : "MMM". Le nom de ses céréales préférées ? La marque de sa grosse bagnole ? Le nouveau stade flambant neuf du Mans ? Le prochain Parti de Bayrou ? Non, on le saura à la fin du film, ces trois M signifient "Mathilde aime Manech" et/ou "Manech aime Mathilde". Il n'y a que peu de "n" dans "Manech", mais il y en a des tonnes chez le spectateur...


J-P Jeunet, qui a vu Spielberg justifier avec dérision la cicatrice au menton d'Harrison Ford par un revers de coup de fouet dans la gueule de River Phoenix au début d'Indiana Jones 3, a voulu expliquer la fossette béante sur la joue d'Ulliel par une blessure de guerre, sauf que l'acteur a déjà la tronche balafrée au début du film, avant de partir au front... un goof de plus dans la carrière de Jeunet Jean-Pierre.

Retour sur une scène-clé, celle du massage fessier en plan aérien, astucieusement placée en exergue dans la bande-annonce du film par un distributeur zélé, à une époque où la planète ciné n'avait d'yeux que pour Amélie Poulain, la jeune parigote coincée, seule dans son vieil appart vert, occupée à parler aux gargouilles du coin de la rue et à remplir son journal intime avec les histoires d'un vieux con qui n'arrêtait pas de lui répéter : "Breteaudau ! Pas Bredauteau !". C'est Jeunet, coiffé d'une perruque, qui a offert son propre derrière dans le plan ci-dessous, afin de préserver son actrice, acceptant de devenir doublure-cul le temps d'un plan par conséquent pan&scanné. Aussitôt que nous avons aperçu la dark star de Jeunet dans ce plan fatidique, nous eûmes pavillon en berne, et il ne sera dressé à nouveau que lorsque le nouveau Zidane apparaîtra balle au pied lors de l'Euro 2035.


Vous croyez que c'est une table de massage sous Audrey Tautou sauf que c'est la queue de castor du figurant chargé de lui masser l'arrière-train, croyez-le ou non la doublure-fesses est littéralement couchée sur sa verge.

Petit retour sur un gimmick du film que l'on retrouve compilé dans la bande-annonce et qui a ravagé les cerveaux de nombreux cinéphiles. On voit tous encore dans nos têtes Audrey Tautou claudiquant dans les blés et murmurant : "Si j'arrive au croisement avant le facteur, Manech est vivant". Depuis ce film on n'arrête pas de se répéter cette phrase en se lançant des défis du même genre : "Si j'arrive à éplucher cette patate d'une seule épluchure, Manech est vivant !" ; "Si j'arrive à retenir ma respiration jusqu'au prochain tunnel, Manech est vivant..." ; "Si je réalise la crotte parfaite (qu'est-ce que la crotte parfaite ? c'est la crotte oblongue, d'un seul tenant, qui file si vite qu'on n'a pas besoin de se torcher et qui se meut d'elle-même poliment dans le conduit d'évacuation sans avoir besoin de tirer la chasse), si je réalise la crotte parfaite Manech est vivant !" ; "Si j'arrive à m'enfourner cette orange dans la gueule d'un seul bloc sans gerber et sans perdre l'amour de ma compagne au petit déjeuner, Manech est vivant !" ; "Si j'arrive à me taper Ocean eleven, Ocean Twelve et Ocean Thirteen en commençant par Sexe, mensonge et vidéo sans me suicider, Manech est vivant !" ; "Si Hougo Lloriss parvient à garder ses cages inviolées durant les 5 premières minutes du premier match de groupe de la coupe du monde 2014, Manech est vivant !" ; "Si Benzema marque un but, c'est que Manech est vivant" ; et "Si j'arrive à finir cet article ici, c'est que Jean-Pierre Jeunet ne m'a pas fait foutre en taule pour avoir critiqué son film". Depuis notre prison on chialera : "Mathilde aime Manech... Manech aime Mathilde...", et on gravera des M&Ms partout en essayant de devenir les nouveaux prophètes de Jacques Audiard.


Un Long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet avec Audrey Tautou et Gaspard Ulliel (2004)

14 octobre 2013

Avatar

Avatar si vous matez bien c'est un palindrome, ça se lit dans les deux sens : "avatar", "ratava", c'est pareil. Première phrase de l'article et déjà on frappe fort. Cameron a réussi à faire 14 ou 15 milliards de dollars de recettes (ajusted for inflation) avec des schtroumpfs. Bien qu'assis sur le toit du monde, Cameron a quand même mis 12 ans à imposer ce projet, ce qui laisse songeur. En fait c'est qu'il attendait que de gros ordinateurs parviennent à rendre possible sa vision unique. La première fois qu'il a pensé au film James Cameroun avait cinq ans, et depuis son histoire n'a pas changé d'une ride ! Les effets spéciaux ont évolué entre-temps, pas son cortex cérébral. Peu importe à vrai dire parce que ce film EST une révolution. Tout le monde l'a dit et répété quand il est sorti : "C'est du jamais vu, c'est le renouveau du cinéma". D'un point de vue technique sans doute, mais en ce qui concerne le récit et la mise en scène faudra revoir la copie : on nage dans le classicisme le plus mollasson et le film est officiellement tout ce qu'il y a de moins nouveau au monde. Un cul-de-jatte, Jack Skully, réapprend à courir dans sa tronche et va fumer des mauves avec des kangourous bleus pour donner un sens à sa vie. Dans le rôle de l'homme-tronc, Sam Worthington, qui n'est pourtant que bras et jambes dans la vie et dont le cerveau n'a encore jamais servi. Dans celui du poiscaille humain, Zoé Saldana. Le casting a pas mal bougé entre la naissance de l'idée et sa réalisation. Quand Cameron s'est attelé sérieusement au projet, après le triomphe de Titanic, il songeait à un gros acteur noir typique des années 80 pour incarner l'héroïne Na'av'i, il pensait plus précisément à Pam Grier ou Giant Coucou. Il pensait aussi, pour le rôle du trépané tétraplégique, à un acteur comme Don Cheadle, qui a été au top du box office américain pendant deux semaines après son rôle de Boromir dans Le Seigneur des anneaux 2 : Les deux tours.


Don Cheadle apprenant par téléphone qu'il n'est pas retenu pour le rôle de Naa'ri.

Ce film prouve s'il était besoin que James Cameron est un grand écolo devant l'éternel. Après s'être lamenté de la pollution des eaux du Pacifique par le naufrage du Titanic (le film aux 11 statuettes nous a également mis en alerte sur les dangers de la fonte des glaces avec cet iceberg géant perdu au milieu de l'océan en plein mois d'août sous un cagnard gros comme ça), Cameron a voulu réaliser un film entier à la gloire des indiens de l'espace, un peuple primitif à sauvegarder pour mieux rire de lui et de ses fougères plantées sur le crane. Yannick Noah passe incognito dans le film, pieds nus, sans maquillage, les dreads en vrac, il fume ses propres pets au fond d'un plan de coupe. Le film est un hymne à Gaïa, à la nature mère nourricière. Cameron est allé chez son pote Peter Jackson, dans les studios Weta en Nouvelle Zélande, pour qu'il lui dessine des pissenlits volants, des tas de trucs incroyables, inimaginables puisqu'issus d'une planète étrangère, comme, par exemple, des aigles affrontant des tractopelles. On a encore envie de chialer en repensant aux noms des Naa'vi, le truc le plus "original" (bien que pompé sur les sonorités sioux et comanches) dans ce film supposé nous présenter un monde complètement autre et finalement peuplé de chevaux, d'oiseaux, de plantes et de clebs sauvages. L'héroïne Naa'vi se prénomme Naa'ri, et son frère, qui meurt heureusement dans la bataille finale : Tsu-té. Tsu-té ! Jack Skully gueule "à tes souhaits" dès qu'il est évoqué dans une conversation...


Les habitants de Pandora sont une allégorie des Indiens d'Amérique avec un zeste de coutumes africaines, or ils sont mi-hommes mi-animaux, méditez là-dessus. Cameron dénonce les crimes de son peuple et rêve de sauver cette tribu sauvage comme on rêve de sauver les phoques ou les baleines blanches. Il reste du chemin à faire dans la mentalité ricaine...

Un point sur le scénar, même si on l'a déjà rapidement évoqué. L'histoire se situe en l'an 2000 et suit donc un tétra, soldat de seconde classe en fauteuil roulant, qui profite de la mort de son frère jumeau, chercheur militaire, pour s'expatrier sur une planète lointaine nommée Pandora. Là-bas les humains, qui ont donc, rappelons-le, maîtrisé la vitesse de la lumière, sont néanmoins toujours dépendants de vulgaires caillasses pour alimenter les piles de leurs vaisseaux, mais il y a un couac : ces pierres sont situées sous un grand arbre qui abrite une population d'indigènes bleus amoureux de la nature, amateurs de sport équestre et de tir à l'arc, des bons sauvages animés par la sympathie et la bienveillance. Les humains, menés dans leur expédition par Giovanni Ribisi, le frère de Phoebe dans Friends, tentent de les éjecter de deux façons. La méthode douce, défendue par Sigourney Weaver, consister à les infiltrer en prenant leur apparence, en se faisant donc passer pour des avortons, histoire de leur demander avec hypocrisie de tracer la route. La méthode rustre, prônée par le colonel Ribéry, la gueule déjà fendue en deux par le Turak, consiste quant à elle à les mitrailler au napalm pour avoir les coudées larges. Sam Worthington (accompagné de Michelle Rodriguez, on ne le dit jamais assez), navigue entre ces deux méthodes et finira bien entendu par se rallier à la cause des gentils crétins amateurs de champignons et de peintures rupestres. Et Cameron avec eux, évidemment, qui se veut un humaniste pacifiste, même s'il semble prendre autant son pied à filmer les connexions psychiques des Na'avi avec les animaux et les arbres de Pandora à l'aide de leurs queues qu'à filmer les énormes tanks des soldats bousillant le petit monde de Narnia.


Cameron vante les mérites d'une communion pacifique avec la nature, il loue l'écologie et dénonce la politique colonialiste militariste des États-Unis, mais on voit bien dans ce film comme dans tous ceux qu'il a réalisés que sous cette piètre couverture bienpensante ce qui le botte au fond c'est les gros canons, les treillis camouflage et l'odeur du napalm au p'tit déj entre deux bols de Quaker Oats.

Nouveau couac : Sam Worthington tombe amoureux de Zoé Saldana, aka Naas'Ri, la Naa'Vi que tout le monde sur Pandora tirerait volontiers et qui court de branche en branche avec la grâce d'un marsupial. Dans une métaphore de la dépendance aux jeux vidéo-ludiques (le phénomène "Otaku" au Japon, phénomène "Poulpard" ici en France, notre acolyte étant collé depuis deux ans à GTA 4 et depuis trois semaines à GTA5, dont il tente d'exploiter chaque coin de rue pour faire exploser à l'écran toute la hargne qu'il contient si bien les rares fois où il met un pied dans la rue), Sam Worthington est accro à son avorton agile et alerte et ne veut plus le quitter pour retourner habiter son corps de légumineux, et pour cause puisque son avatar lui permet en prime de tirer un coup. Il commet l'impensable avec Naacer'I, en connectant son chibre à celui de sa nouvelle égérie dans un acte de zoophilie que seul le talent de James Cameron parvient à nous faire avaler. Le vrai souci de Worthington c'est que la méthode de Sigourney Weaver, qui lui permettrait de continuer à s'envoyer en l'air peinard avec sa chtroumpfette, sera effective dans grosso modo 300 ans d'infiltration et de négociation au coin du feu. La scientifique elle-même piaffe d'impatience. Alors que la méthode dure peut se régler en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, à coup d'ogives nucléaires chirurgicalement placées sur l'arbre magique des aborigènes. C'est tout le dilemme du personnage et on s'en bat franchement les glaouis.


Le film est peut-être aussi une allégorie de l'équipe de France de football vu que les bleus sont bêtes comme leurs pieds et condamnés à se faire dégommer au premier tour.

Flashback : décembre 2009, comme tout le monde on va au ciné voir cette merde annoncée en 3D. On en ressort ni déçus ni heureux. On en a pris plein les mirettes mais on n'a rien compris. On vient de nous ressortir le scénario de Danse avec les loups et on était censés ne pas s'en rendre compte ? La seule différence ? Le méchant s'appelle ici Turak. Si le film a battu tous les records, on détient quant à nous un record perso, nos paires de lunettes 3D ont fait tout le tour de la ville pour être rentabilisées, utilisées par une chiassée d'enflures qui crevaient d'envie de voir le film suite à un bouche à oreille d'enfer mais que les 2 euros de supplément bloquaient à l'entrée du ciné. Nos voisins de séance peuvent en prime se targuer d'avoir vu le film en 4D, la dimension olfactive en plus et pour gratos, qu'ils ont attribuée à la sueur en relief de Turak mais qui provenait en réalité de nos flatulences, conséquence d'une plâtrée de bolo' balls de chez panzani, une vraie tuerie. Si on ajoute à ça qu'on a chacun retiré nos puma liga vieilles de deux ans - trois heures de film obligent par une journée d'été caniculaire passée without socks in the shoes - la quatrième dimension était totale. Quand on va au cinoche pour plus deux heures on emporte toujours avec nous notre glacière pleine de bières mais on nous l'a confisquée à la caisse ! Malgré cette grosse contrariété Avatar est passé comme une lettre à la poste, ce n'est qu'après coup, dès le tour de manège terminé, qu'on se dit que ce n'était quand même qu'un long et faible western écologique simpliste à la noix. On l'a revu une fois depuis et, nous pouvons le dire, le film est encore pire décortiqué en plan aérien scène par scène par Antoine Kombouaré. On a eu la chance d'assister à une master class de Kombouar' sur Avatar au forum des images et ça a duré une semaine, pire que ses analyses d'après match dans 100% toof. Maintenant jouons-la franc-jeu, le film, on l'a en blu-ray disc, on l'a revu après Prometheus histoire de se nettoyer, on foncera voir Avorton 2, Avorton 0, et tous les autres, au moins pour comprendre pourquoi les Naa'vi n'ont que quatre membres alors que tous les autres animaux de Pandora en ont six, pourquoi est-ce qu'ils respirent par le nez alors que toutes les autres formes vivantes de leur planète respirent par le cou, pourquoi est-ce que les N'aavi sont bleus alors que les autres créatures de leur bout de caillou sont uniformément violettes... Comme dirait Audrey Tautou dans Un Long dimanche de fiançailles (retitré "Mathilde et Manec, Manec et Mathilde" au Québec) : "J'veux compendre ! J'VEUX COMPENDRE !".


Avatar de James Cameron avec Sam Worthington, Sigourney Weaver, Zoé Saldana et toute la fine équipe des Schtroumpfs (2009)

23 avril 2013

Ensemble, c'est tout

C'était le dernier film non-posthume de Claude Berri, avant l'affreux Trésor. En vedettes, tous les acteurs qui à l'époque bataillaient pour avoir la carte Claude Berri, le pass allociné qui leur donnerait l'accès à tous les rôles, tous les Césars, tous les Oscars, bref à tout ce dont rêvent tous les Tautou et les Canet du monde, ainsi qu'à toutes les séances gratos à l'UGC des Halles. Lisez l'affiche et vous entrerez dans la même dépression qui semble frapper tous les personnages qui la décorent : d'après un roman d'Anna Gavalda, déjà. Combien de "a" dans Anna Gavalda ? Cinq fois plus que de talent en tout cas. Assise devant une feuille blanche à remplir le plus vite et le plus connement possible pour engranger des biffetons, c'est la meilleure. On dirait que cette femme écrit tous ses bouquins dans la situation où se trouve James Caan au plus fort de Misery : verrouillée sur un lit, pieds et poings liés, les chevilles broyées, le moral à zéro et, forcément, parce que ça joue un peu : l'inspiration en berne. Alors qu'en réalité elle écrit ses torchons sur un matelas de gros billets, tout en loufant dans la soie. Avec Musso, Foenkinos et Levy entre autres, Gavalda est la reine du roman de grande surface écrit le temps d'une lessive à 30 degrés et à 12000 tours minutes. Cette "écrivaine" n'entretient rien de la flamme révolutionnaire jadis allumée par son aïeul latino Ché Gavalda.



Sans entrer dans le détail, l'affiche jette tout de suite un gros froid. Ce halo flou de taches marronnasses en fond et, collés les uns sur les autres, tous ces acteurs à l'air malade... Sans parler de la petite vieille au milieu, qui gâche moins l'affiche qu'elle ne gâche le film. Eh oui car Ensemble, c'est tout fait partie de cette flopée de films français des années 2000 mettant en scène un personnage de vieillarde en bout de course, obsédée par sa mission, qui consiste à faire croquer son mal-être à tout le plateau. Comme bien d'autres, ce film de Berri donne des envies d'euthanasie. Pour le reste, c'est un jeu du chat et de la souris dans un immense appartement glauque entre Canet et Tautou, dont on sait très bien qu'ils vont tôt ou (décidément elle est partout !) tard finir par se rentrer dedans avec pour spectateur Laurent Stocker, sociétaire de la Comédie Française, qui dans ce film nous donne plutôt l'impression d'être sociétaire du Conseil Régional de la région PACA et d'avoir envie de se pendre en allant tous les matins faire son office administratif.



Un mot sur ses cheveux de paille (récemment encore ils brillaient dans L'Exercice de l’État ou L'Art d'aimer). Cet acteur ne pourra jamais être un héros. Pour la petite histoire, il a d'abord tenté Médecine après avoir obtenu un bac S avec mention PB, "Pas Bien", croyant que ça allait être "un boulevard". Dès les premiers mois, enfermé dans une cité U avec comme seule échappatoire le spectacle offert par son micro-ondes, d'énormes pellicules sont apparues sur ses épaules sous le coup du stress intense et de l'absence de femme dans son entourage depuis sa naissance. Il a cru devoir exterminer ces pellicules massives à coups de Head & Shoulders et de Desktop. Son shampooing antipelliculaire était indiqué pour un usage hebdomadaire, hélas la posologie perso de Laurent Stocker le contraignait à un usage quotidien de ce pur désherbant capillaire, et son rendu graphique en a pris un coup pour toujours. Au terme de sa première année de Médecine, Laurent Stocker culminait à 5,09/20, et il a terminé sa deuxième première année aux alentours de 259ème sur 270 étudiants (les 11 derrière lui se sont réunis et ont formé un club de foot à Petit-Quevilly). Après cet échec cuisant sur tous les tableaux Laurent Stocker s'est tourné vers la comédie. Il rêve toujours d'incarner Dracula sans maquillage dans une adaptation du célèbre roman de son homonyme Bram Stoker et, pas bégueule, se satisfait déjà de ce qu'il a : chaque jour plusieurs piétons foutent le camp quand ils le croisent, persuadés d'être tombés sur le Comte de Dracula, aka Vlad Dracul l'Empaleur de Pennsylvanie. Sans rancune aucune, on t'aime bien quand même Laurent.



Ensemble, c'est tout fait partie de ces films où Audrey Tautou fait penser à Fantomas. Quant à Guillaume Canet, il a récemment déclaré qu'il a surtout accepté de tourner dans ce pire film pour prendre des notes sur le métier de cinéaste en admirant le maître aux manettes du film, et ça se ressent. Les Petits mouchoirs sont un véritable manuel du petit Claude Berri illustré. Certains ont dit que Trésor n'était pas vraiment à prendre en compte dans la filmo du grand magnat de l'industrie cinématographique française, et il est vrai que Claude Berri est décédé au début du tournage, mais il était par contre bel et bien aux commandes d'Ensemble, c'est tout, et en pleine possession de ses moyens vu qu'il disait "péter le feu", et pourtant ce film est également naze à mourir. Claude Berri n'a de toute façon jamais réalisé que des quasi-navets, plus ou moins glabres, sauf peut-être le diptyque Jean de Florette et Manon des Sources, les deux films préférés de ma tante aveugle, qui adore la "musicalité" de l’œuvre, musicalité qu'il faut davantage attribuer à Montand, Auteuil, Neuilly, Passy qu'à Berri himself, et dans tous les cas ça reste un drôle de compliment.


Ensemble, c'est tout de Claude Berri avec Guillaume Canet, Audrey Tautou et Laurent Stocker (2007)

13 juin 2012

Des Vents contraires

Ce film-là je parie que vous n'en avez pas entendu parler à sa sortie, et si vous en avez croisé la promo vous l'avez aussitôt effacé de vos mémoires, pour une simple raison : vous n'en aviez rien à foutre. Des Vents contraires est un de ces films qui sortent par dizaines et qui composent une grande partie du paysage cinématographique français, une sorte de majorité silencieuse. Chaque semaine on voit trois ou quatre films minimum de cet acabit qui sortent imperturbablement sur les écrans alors que tout le monde ou presque s'en fout complètement. A la limite ça fera passer une après-midi pluvieuse déjà flinguée devant Canal +, ou un dimanche soir cafardeux sur TF1, pas plus. Ces films-là sont de plus en plus souvent réalisés par des acteurs ou des actrices, dont les noms célèbres et les trognes connues assurent un minimum d'éclairage médiatique vital aux producteurs frileux. Neuf fois sur dix ces acteurs "passés derrière la caméra" bien que n'ayant rien de spécial à dire ou à montrer, viennent nous raconter des histoires intimes vaguement autobiographiques, des histoires de papa ou de maman disparus. Jean-Paul Rouve (Jean-Paul Rouve !) sort aujourd'hui même son deuxième film (après le nullissime Sans arme, ni haine, ni violence ; Dieu m'est pourtant témoin que j'ai maté ce navet armé jusqu'aux dents, chargé à bloc de haine à l'égard de Rouve et paré pour l'ultra-violence), et à cette occasion il est allé donner des leçons de mise en scène sur le plateau de Ruquier samedi dernier ("on peut faire des choses ma-gni-fiques ! Et très simplement ! A condition de savoir placer la caméra !"), tout en assurant qu'il ne se considère nullement comme un cinéaste... Son film, Quand je serai petit, raconte une énième histoire de papa paumé et de déficit affectif chez l'enfant abandonné, sujet certes potentiellement passionnant, voire primordial, à condition de ne pas en tirer de sombres téléfilms que seules Audrey Pulvar et Natacha Polony peuvent trouver "sublimes". Je cite Pulvar : "Il y a des plans fixes sur le clocher du village ou sur les rues du quartier qui sont de véritables tableaux magnifiques, extraordinaires, des images qui vous resteront dans la tête toute votre vie !". Faut-il n'avoir rien vu et ne pas s'en soucier pour déblatérer de telles conneries à l'antenne à une heure de grande écoute. S'extasier sur les plans de coupe de Rouve Jean-Paul et crier au monde que c'est du grand cinéma, c'est non seulement un crime contre l'humanité, mais c'est ce qu'on appelle un suicide médiatique.



Mais revenons à Des Vents contraires, le deuxième film réalisé par l'acteur Jalil Lespert, connu pour avoir joué et plutôt bien joué chez Laurent Cantet (Ressources humaines) ou Xavier Beauvois (Le Petit Lieutenant). Autant le dire tout de suite, pour son deuxième passage derrière la caméra Jalil Lespert n'a pas montré la patte de l'expert. L'histoire du film ? On la connaît par cœur. C'est vaguement celle de mille romans et d'autant de films, c'est celle par exemple de Je vais bien, ne t'en fais pas, le triste film de Philippe Lioret écrit par Olivier Adam, auteur du bouquin qui a également inspiré Des Vents contraires... C'est celle aussi de Mères et filles, le récent film pour ménagères de plus de cinquante ans de Julie Lopes-Curval, avec Marina Hands qui tentait de soutirer des informations à sa mère, Catherine Deneuve, sur le parcours de son arrière-grand-mère, Marie-Josée Croze, laquelle cinquante ans plus tôt avait quitté le foyer familial sans prévenir, abandonnant du jour au lendemain son mari et ses enfants pour ne plus jamais revenir. Le script n'est évidemment pas le même, mais on y retrouve le topos du personnage qui a perdu un être cher de façon mystérieuse et qui essaie de survivre à cette absence tout en tâchant de l'élucider, sans omettre de se fabriquer une retraite anticipée pour se reconstruire et retrouver son identité. Ici le film s'ouvre sur une dispute entre Benoît Magimel et Audrey Tautou, jeune couple en difficulté : elle est infirmière, lui est écrivain et ne parvient pas à boucler ses romans à cause de ses deux gamins dont il doit s'occuper toute la journée. Le ton monte autour d'un petit déjeuner à base de Cruesli Choco et de lait caillé. Magimel insulte carrément sa femme. "J'en peux plus, j'en VEUX plus", dit Tautou en gros plan. Le soir même elle ne rentre pas. Magimel appelle à l'hôpital puis chez une amie de sa femme, il reste cool mais ne comprend pas. Un an plus tard elle n'est toujours pas rentrée. Magimel commence à s'impatienter, il trépigne un peu, commence à être inquiet, on le serait à moins, et laisse ses gosses seuls chez lui pour aller se bourrer la gueule en boîte et s'y faire joyeusement tabasser. Il part finalement se mettre au vert avec ses enfants du côté de St Malo, bled qui l'a vu naître et où son frère a repris l'entreprise paternelle d'auto-école.



On espère vaguement que ce déménagement va permettre au scénariste de déballer l'événement majeur du film, et on se dit que si c'est le déménagement l'événement majeur en question, on va lentement souffrir. Malheureusement c'est le cas. On passera le reste du film à observer Magimel repeignant toute sa baraque pièce à pièce pour finalement la revendre dix minutes avant la fin de l'histoire. Tout ça pour ça. On le voit aussi essayer d'aider un voisin arabe joué par Ramzy, d'Eric et Ramzy, qui a enlevé son propre fils dont il n'avait pas la garde et que la police recherche activement. Magimel le ramène à la raison puis écoute son ami après lui avoir mis du NTM histoire de lui remonter le moral, avec une certaine efficacité. Le dialogue suivant nous vaut une très belle tirade de Ramzy, pleine de profondeur métaphorique : "Quand j'étais petit mon père lisait plein de bouquins sur le soleil, les étoiles, et il me disait qu'après un trou noir y'a la lumière, y'a Dieu". Sauf qu'après le trou noir pour Ramzy y'a un camion, qui le frappe de plein fouet dans un plan digne de celui où Brad Pitt se faisait empéguer par un poids-lourd au début de Rencontre avec Joe Black. Alors que Magimel venait de régler le problème de ce nouvel ami, père divorcé douloureusement éloigné de son fils, une gendarmette un peu zélée interprétée par Isabelle Carré, affublée d'une frange affreuse sans doute censée la rendre crédible dans ce rôle ingrat, vient arrêter Ramzy chez lui avec tout le GIGN et les équipes du RAID quand le suspect, pris de panique, tente de s'échapper et se fait aplatir par un véhicule en léger excès de vitesse mais dans son bon droit : le piéton menotté n'avait pas traversé sur les clous.



Bref Jalil Lespert a réuni ses amis comédiens (on retrouve aussi Bouli Lanners et Aurore Clément) pour leur donner plein d'émotions à jouer sur fond d'une de ces bandes originales à base de piano et de violon souffreteux qu'on devrait interdire à tout jamais à tous les réalisateurs de cinéma du monde. Bien que mis au service de personnages clichés, apparemment inévitables dans ce type de récit (le parent isolé acariâtre qui reprend goût à la vie en soulevant les vieux secrets de famille tout en aidant l'arabe dans la merde et en étant aidé par le bon bougre ventripotent du coin plein de bonne humeur ; le frère faiblard mais rassurant, qui a raté sa vie mais qui fait des efforts pour rester sympa ; la flic sèche mais humaine, dotée d'une frange qui la condamne à un métier sans éclat mais dont l'humanité perce sous des traits agréables, etc.), malgré cette galerie de stéréotypes donc les acteurs font le boulot, on peut leur reconnaître ça. Surtout Magimel, qui est parfois fabuleux comme il sait l'être, que ce soit quand il prend son air pénétré de mec dépressif cheveux aux vents et yeux plissés (il le tient sur 95% du métrage !), quand il regarde par la fenêtre alors qu'il est en pleine leçon de conduite et manque de faire un infarctus lorsque son élève (qu'il baisera ensuite, mais c'est une parenthèse) dirige sensiblement la voiture sous le capot d'une autre vers un crashtest grandeur nature imminent, Magimel redressant le volant au dernier moment en lâchant les dents serrés un très beau : "On t'a jamais dit de serrer à droiiiiiiite ?!", ou encore quand il dit à son fils : "Maintenant tu laves les cheveux de ta sœur" et que celui-ci répond "non", Magimel rétorquant "si", le gamin "non", Magimel "si !","non !", "si !", et ainsi de suite pendant 7 minutes montre en main.



Dans ce film il y a aussi Antoine Duléry, l'éternel second rôle des Mariages, Camping, Camping 2, 3, 4, 5, and counting. Faut le voir dans toutes ces scènes où il joue avec les enfants de Magimel comme les pires tontons gâteux jouent avec leurs neveux et nièce pour soi-disant les exciter un bon coup avant le repas, donnant envie à tout le reste de la famille, spectateurs forcés du spectacle de ce proche déficient, de le traiter de grosse enflure et de le rouer de coups de latte dès qu'il aura fini et que les gosses seront couchés. A la fin du film, et là gare au massive spoiler, Magimel apprend que sa femme est morte, dépecée par un taré récidiviste juste après leur dispute matinale et enterrée dans le jardin de ce voisin taré depuis plus d'un an. Magimel apprend la mauvaise nouvelle à ses bambins, et le fils de Magimel, révolté par la nouvelle, mu par une immense colère face à l'injustice, se réfugie dans les bras de son oncle Duléry et pleure tout en criant et en le rouant de coups. Il lui met une branlée impressionnante, à grand renfort de coups de poings à la chaîne, emporté par le rôle et par cette séquence poignante ! A ce moment là j'étais à la fois presque ému par la réaction physique à vif de ce gamin et presque jaloux qu'il ait eu un si bon prétexte pour tabasser Antoine Duléry un bon coup.



Le vrai problème du film c'est que Lespert n'a de cesse d'évoquer la question de la justice pour soi et de ses écarts nécessaires ou non avec la loi, celle des dissensions entre le bon sens et la bonne cause, ou de la culpabilité des victimes (Magimel a envoyé des textos d'insulte à sa femme assassinée ; le gros Bouli Lanners a tout perdu pour avoir renversé malgré lui un cycliste qui n'avait pas ses feux ; Ramzy a enlevé son fils pour le revoir...), mais le sujet, omniprésent, n'est jamais réellement traité et on ressort du film sans y penser, sans que l'émotion n'ait jamais complètement pris et sans que la réflexion n'ait porté ses fruits, les arguments qui la portent ne se résumant qu'à un regrettable enchaînement de facilités. Sur Allociné ils donnent sept bonnes raisons pour aller voir ce film, mais ils n'ont pas dû en trouver sept vu que la dernière c'est juste : "Les scènes de jeux sur la plage". Quand ceux qui ont adoré le film ne trouvent que ça à dire pour filer envie de le voir, y'a pas vraiment de raison de le descendre à leur place.


Des Vents contraires de Jalil Lespert avec Benoît Magimel, Audrey Tautou, Isabelle Carré, Bouli Lanners, Ramzy Bedia, Antoine Duléry et Aurore Clément (2011)