17 mai 2015

Mad Max

L’engouement frénétique absolument généralisé autour de Mad Max Fury Road donne envie, avant d’aller découvrir le film, de se replonger dans les opus précédents, de retourner aux origines du mythe. Et force est de constater que le bon souvenir laissé par le premier épisode de la franchise a du mal à tenir le choc de la redécouverte. Sympathique par moments, tout à fait tranquille à suivre sur la durée, Mad Max premier du nom est tout de même un film relativement faible dans son ensemble. Et peut-être en premier lieu à cause de son personnage. Ce Max supposé Mad qui donne son titre au film n’existe pratiquement pas (peu aidé par un Mel Gibson sorti du berceau et assez mauvais acteur). Max Rockatansky est un flic, il a bonne réputation (sans qu'on sache trop pourquoi, mais il conduit un "Interceptor" et on nous le présente par petits bouts : ses bottes, ses gants, ses lunettes, ce qui en fait un sacré type), il aime sa femme (la jolie Joanne Samuel, une Karen Allen du pauvre qui n'a pas fait carrière, réduite dans ce film à un joli minois, une grosse permanente et deux répliques à tout casser), il aime aussi ses potes, enfin son pote, car il n'en a qu'un, et il a un peu peur de péter un câble à force de traquer des malades.


 
Mon nom est Mad Maximus, père d'un fils assassiné, époux d'une femme assassinée... et j'aurai ma vengeance, dans cette vie ou dans l'autre.

C’est tout. Et ça s’arrêtera là. Si ce n’est qu’à la fin de l’histoire il deviendra, comme il le craignait plus ou moins, vaguement fou, fou de colère, pendant cinq minutes. Parce qu’on a foutu le feu au froc de son copain blond, "Mother" Goose, et parce qu'on a roulé sur sa femme et son gamin. Sa femme est d'ailleurs encore vivante (alors que le gamin est allé ad patres), mais on ne la reverra jamais car Max s'en branle, il a des salopards à trucider (et c'est bien légitime, faut croire), en usant de cruauté si possible. On peut supposer que sa femme, désormais en très mauvais état, ne lui sert tout simplement plus à rien, qu'elle n'existe plus. De la même manière, plus tôt dans le film, en quittant la chambre d'hôpital de son ami brûlé au dernier degré quoique toujours vivant lui aussi, Max s'est écrié : "Ce n'est pas Goose, ça ce n'est pas Goose", rayant aussi sec son méga pote de la carte.


La Famille Bélier.

L’histoire aussi est donc assez plate. Les flics crâneurs d’un côté, les motards tarés de l’autre, et ils se rendent coup pour coup jusqu’à ce que, quelques morts plus tard, le héros l’emporte. Il faut tout de même se faire violence pour trouver ça passionnant. Certes, en bon western post-moderne, le film tient sur sa ligne claire de strict récit de vengeance, mais ledit récit est si cousu de fil blanc, si anodin, et sa résolution si paresseuse, que les bagnoles fusent au final dans le vent. D'autant que l'idée d'un western d'anticipation ne déboule sur rien, et que la pseudo-post-apocalypse passe limite inaperçue. Dans le deuxième épisode, avec sa fin du pétrole et son essence précieuse, son fortin pris d'assaut, et son clébard sidekick malin comme un singe, personnage ô combien plus fascinant que l'épouse et le bambin de Max réunis, le récit prendra une autre dimension.


Philippe Katerine post-nuke.

Mais en attendant il faut se contenter de bien peu, à tel point que le film ressemble à une sorte de prologue du vrai film : Mad Max II (dont le prologue est par ailleurs affreux). C'est un genre de prequel étalé sur une heure et demi, et tout au long duquel il est contre-indiqué d’être allergique aux musiques lourdingues (le saxo cher aux années 80 fait ici des ravages) ou aux grands méchants grotesques (loins des tarés d’Orange Mécanique, les motards penchent plus vers ceux des tristes premiers films de Luc Besson - nul doute que Hugh Keays-Byrne, interprète de Toecutter, le chef de la bande sur deux roues, aura eu plus de chance dans le quatrième et nouvel épisode, où l'acteur reprend du service après avoir explosé contre un camion, mort aussi bête et expédiée que son personnage, à la fin du premier Mad Max qui nous intéresse ici). Reste une qualité qu’on ne peut pas enlever à George Miller (et qu’il n'a apparemment pas perdue, si l'on prête foi aux innombrables admirateurs de Fury Road), qui est que l’homme s’y entend pour filmer des scènes de course poursuite. Mais ça ne suffit pas toujours, et ça ne suffit pas vraiment dans ce premier jalon boiteux d’une saga qui commence vraiment au numéro 2 et qui vient peut-être, on ira vite vérifier, de trouver, 36 ans après, son acmé.


Mad Max de George Miller avec Mel Gibson, Steve Bisley, Joanne Samuel et Hugh Keays-Byrne (1979)

18 commentaires:

  1. J'aurais pas dit mieux. Finalement, ça me donne envie de voir le 2 pour me rendre compte de l'intérêt non-inexistant de cette série qui m'aura quand même méga fait chier.

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  2. J'ai récemment vu Mel Gibson dans Gallipoli de Peter Weir (superbe film), et il y est très bien. Mais j'ai rarement vu un acteur mauvais devant la caméra de Peter Weir...
    Le prochain sur ma liste : The Year of Living Dangerously, avec encore Mel Gibson et Sigourney Weaver (très belle là-dedans on dirait). A moins que je revoie Master & Commander entre temps...

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  3. Mais ce n'est pas un film post-apocalyptique, Mad Max... Je continue de bien l'aimer avec ses énormes défauts de série B bricolée... Les deux dernières légendes sont à pisser de rire

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  4. Par "voir le 2" tu veux dire "voir le 4" ?

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  5. T'es lancé sans frein dans une rétro Tuper Weir !

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  6. Disons que c'est un film post-giga-crise.

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  7. Je suis pris en flag d'enculage de mouche... Et j'en remets une couche : Il me semble que c'est plutôt un monde qui en lente dégénérescence qui était décrit dans le premier Mad Max ( plutôt du genre le début d'Interstellar, par exemple )... Enfin bon. En tout cas c'est sûr le 2 est mieux, et le 4 est megamieux. J'espère qu'il vous plaira

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  8. Non je veux dire "revoir Mad Max 2" pour voir si en fait il n'est pas lui aussi vraiment minable :D

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  9. Je ne me prononce pas quant au film, que je n'ai jamais vu (sans l'avoir spécialement évité) — et ce n'est pas votre texte qui va m'inciter à combler cette lacune au plus vite... Mais en ce qui concerne les légendes des photos, vous vous êtes surpassés ! :D

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  10. Ouais et je prends mon pied !
    Je viens de revoir Master and Commander, dont je gardais un souvenir très flou, et c'est un grand film !

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  11. M'en souviens assez mal mais je crois que j'avais pas détesté.
    Mon père est assez fan de ce film, je crois qu'il l'a vu un petit pacson de fois, sache-le !

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  12. Ça m'étonne pas du tout. Il est super. Et mérite d'être revu à la hausse aujourd'hui sans doute.
    Remate-le, tu vas passer un chouette moment. :)
    Russell Crowe y est vraiment excellent, le con !

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  13. Stef Sud Tilikum19 mai 2015 à 01:44

    Moi je m'en fout, l'article m'a bien fait marrer ;)

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  14. Article et légendes très drôles... Dis-nous ce que tu auras pensé de "L'Année de tous les dangers", s'il te plaît... je l'ai essayé récemment avec beaucoup d'espoir : le sujet est passionnant (les massacres des communistes en Indonésie en 1965 et le soutien américain farouche à Suharto - jusqu'à Clinton !) et je ne connais pas d'autre film sur là-dessus. Sans trop en dire, le résultat est un désastre : personnage conquérant et parfait qui fascine tout le monde parce qu'il est beau et génial et situation politique scandaleusement expédiée au profit d'une histoire d'amour sans intérêt.
    Bon courage :-)
    Cecil

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  15. Je t'en dirai des nouvelles. :)
    Plus je (re)découvre la filmographie de Peter Weir, plus j'aime ce cinéaste, mais je sais qu'il peut parfois se louper.

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  16. Du coup j'ai fait un tour sur sa page wikios. J'ai vu 9 de ses 13 films. Parmi ces 9 je ne vois qu'une vraie daube, "Green Card". Quelques films faiblards certes mais c'est quand même pas si mal. Bon y'a pas non plus de pure merveille, mais certains sont vraiment chouettes. C'était mon commentaire intéressant du jour.

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  17. Et encore, je compte revoir Green Card, il ne peut pas être tout à fait mauvais ("vu" y'a des lustres, peut-être seulement des bouts, et je me souviens juste d'une scène où Depardieu, au piano, est l'attraction d'une soirée...).
    Quant à la pure merveille, ce n'est peut-être pas un terme qui s'applique à un de ces films, mais il est tout à fait capable de fulgurances dignes des plus grands, vraiment, il y a des passages très marquants, des choses sublimes dans ses meilleurs films (Gallipoli, Master & Commander... - quelle tristesse, d'ailleurs, que ce dernier film ait été un échec à sa sortie, ça l'a éloigné des terrains pendant près de 10 ans... et pourtant, quel film !). Et j'aime beaucoup sa sensibilité, la douceur dont il fait souvent preuve, Gallipoli et Master & Commander, pour garder ces deux-là, racontent de belles histoires d'amitié avant de s'attacher à reconstituer la guerre (même si cet aspect-là est toujours extrêmement réussi aussi, sans que la reconstitution ne soit jamais ostentatoire).
    Bref, j'aime ce gars.

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