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26 septembre 2018

Mademoiselle de Joncquières

La première partie de Mademoiselle de Joncquières ressemble mieux à son auteur que la deuxième. On y retrouve la légèreté et le mouvement que l'on aime dans les films d'Emmanuel Mouret. Cette première partie, qui s'intéresse à la relation entre le Marquis des Arcis (Edouard Baer) et Madame de La Pommeraye (Cécile de France), est plus courte que la deuxième, dans laquelle se déploie la vengeance, toute une manigance machiavélique. Elle est plus courte mais il s'y passe plus de choses. Efficacité du scénario donc mais surtout grande habileté du metteur en scène et de ses comédiens. Il y est question d'une relation, de ses débuts et de sa fin : séduction, sentiments naissants, idylle, vie de ménage, doute, lassitude, rupture. Toute une histoire en une trentaine de minutes. Et l'intensité qui s'en dégage n'est que plus grande. Les personnages ont le temps, en quelques scènes pleines d'énergie, d'exister pleinement et de se faire aimer.




La séquence où le Marquis conduit Mme de La Pommeraye près d'un cours d'eau, accompagné de deux serviteurs qui transportent des chaises, dans le but d'élaborer une mise en scène des avantages de la vie amoureuse sur la solitude aux yeux de celle qu'il entend séduire, parvient à conjuguer en un rien de temps le rire et l'émotion. La sincérité des personnages est évidente. Le Marquis, au-delà de son petit spectacle de séducteur, se livre avec sincérité et touche à la poésie. La dame, loin de simplement céder face à l'audace ou à la verve, est profondément bouleversée et commence de croire en l'amour. Quelque chose se passe en eux et se passe devant nous, portée par la vérité des comédiens (puissante dans la scène terrible où le personnage de Cécile de France prêche le faux pour savoir le vrai des sentiments de son amant), mais aussi par la beauté de la langue parlée et la vivacité du montage, qui emporte, surprend et nous tient.




Partant, et même si l'on préfèrera retenir ce très beau début qui contient déjà un commencement et une fin, il faut bien avouer que la deuxième partie du film, censée contenir le gros morceau, la vengeance, la manipulation ourdie par une Madame de La Pommeraye qui n'a rien à envier à Mme de Merteuil, retombe un peu. D'abord et principalement parce que tout est plus lent, attendu, comme déjà vu. Ensuite parce que les personnages s'estompent un peu au profit de la machination et de son évolution par gradation (on aurait aimé vivre un peu plus avec ce Marquis, avec cette Madame de blessée, avec cette demoiselle éponyme aussi, qui tarde à arriver et peine à exister). Enfin parce que le film esquisse une piste politique qu'il ne suit pas. Contrairement à la question des classes, traitée dans d'assez bonnes proportions (car l'on voit bien, à travers dialogues et situations, l'immonde mépris de ce petit monde de la noblesse pour pour tout ce qui n'en est pas), celle des sexes laisse une impression d'inachevé.




On pourrait éventuellement ne pas se sentir obligé d'en vouloir à un film sortant en 2018 de montrer un homme volage et inconstant, et des femmes sentimentales, trompées, vénales et amères, ou de s'achever en sauvant le bellâtre au cœur bon et en condamnant la mégère au cœur dur. Il faudrait pour cela s'en tenir à ce que le film est l'adaptation de Diderot et à la fidélité aux mœurs et aux vues d'un autre siècle. On pourrait. Mais ce n'est pas évident, l'adaptation étant par principe libre et par définition de son temps. Mais à cela on pourrait objecter qu'elle est aussi libre de ne pas se préoccuper de son temps. Sauf qu'Emmanuel Mouret, dans le contexte que l'on sait, ne cesse de prêter à son héroïne, Madame de La Pommeraye, des velléités féministes (elle préconise la vengeance et la solidarité féminine comme arme de correction des hommes), et que ces répliques, qui résonnent forcément plus que d'autres à l'oreille de spectateurs et spectatrices de 2018, sont alors en décalage avec ce que raconte ce film.




Car après tout le Marquis n'est pas un mauvais bougre (assez loin en cela d'un Vicomte de Valmont). Il se contente d'aimer des femmes, certes peu longtemps, mais sans leur faire d'autre mal que celui de ne plus les aimer, et de ne pas toujours oser le leur avouer. Il s'est lassé de Madame, un point c'est tout. Aussi n'y a-t-il que justice à ce que ledit Marquis, momentanément et injustement humilié, s'en aille, bon prince, jouir de la vie auprès de sa jeune épouse en ses terres, et que la vengeresse finisse seule et punie. Mais, par conséquent, les visions féministes avancées par Madame de La Pommeraye s'embourbent en des relents d'aigreur et de venin dans la bouche d'une femme excessive et malfaisante (y compris vis-à-vis d'autres femmes). Cet amalgame n'est pas des plus heureux. Disons qu'on s'est habitué à plus de finesse avec Emmanuel Mouret. Mais cela n'empêche pas le film d'en être pourvu par ailleurs, ainsi que d'élégance et de charme.


Mademoiselle de Joncquières d'Emmanuel Mouret avec Cécile de France et Edouard Baer (2018)

12 juillet 2016

Encore heureux

Attention, il s'agit du premier film jamais réalisé sur la crise économique. Benoît Graffin, le réalisateur, met les deux pieds dans le plat, il saute dedans à pieds joints et ses chaussures sont pleines de merde. Il se permet même une pique ad hominem contre François Hollande, même si, avec ce film, Benoît fait plus de mal au cinéma français, donc à la France, que l'autre enclume. C'est l'histoire d'un type qui perd son job (Edouard Baer) et qui devient aussi sec une serpillère, il se met à dormir sous une tente dans son propre salon, fait le sourd quand ses gosses ou sa femme (Sandrine Kiberlain) lui demandent un truc et fouille dans les poubelles du quartier pour trouver des déchets de valeur à revendre, car il est très con. Du coup sa femme le trompe avec un tombeur irrésistible, j'ai nommé Benjamin Biolay. Voilà plusieurs fois que Biolay incarne les matamores, les bourreaux des cœurs, les tombeurs de ces dames, Jésus Christ multipliant les coups de pine. Je pense notamment à son rôle dans Au bout du conte d'Agnès Jaoui. Il ne joue que deux types de rôles : le Casanova du tiéquar ou le détritus humain dépressif et suicidaire. Beaucoup plus crédible dans le second.


 J'ai décidé d'illustrer cet article avec la photo d'un vrai beau gosse.

Toujours est-il que Baer va tout pardonner à sa femme et la récupérer en regagnant de la thune (sa fille d'abord, puis toute la famille, profite du décès de la vieille voisine acariâtre, raciste et conne, pour la voler). En interview, Graffin se la joue grand gauchiste avec des saillies du genre : "Après tout, cet argent qui va retourner à l’État, pourquoi cette petite famille n'en profiterait pas ?", mais son personnage principal évoque plutôt Sarkozy faisant les poches de Liliane Bettencourt en lui braquant un flingue sur la tempe. C'est une resucée plan par plan, et je dis bien plan par plan, de L'Argent de la vieille, que je n'ai pas vu. On nage en plein dans la comédie sociopolitique, dans la veine de Fun with Dick and Jane, sans l'humour, donc plutôt dans la veine tranchée dans le sens de la longueur par une lame rouillée de Une pure affaire, avec François Damiens et Pascale Arbalète. On pouvait espérer quelque chose des retrouvailles d'Edouard Baer et Sandrine Kiberlain, qui avaient déjà joué ensemble devant la caméra de Pascal Bonitzer, dans Rien sur Robert, où Baer initiait Kiberlain à la sodomie. Mais Encore heureux est un film Europacorp, et par conséquent c'est ici le spectateur qui a tout d'un coup la sensation de se faire enculer. 


Encore heureux de Benoît Graffin, avec Edouard Baer, Sandrine Kiberlain, Benjamin Biolay et Bulle Ogier (2016)

16 octobre 2014

Allons voir Ayer...


Connaissez-vous David Ayer ? Rassurez-vous, vous n'êtes pas les seuls. Cinéaste au look de skinhead, David Ayer s’est fait remarquer par des films troués d’éclats de violence d’un réalisme très cru et parfois gratuit. Son premier film, le plus amusant, Bad Times (Harsh Times en anglais), se présentait comme une adaptation non-officielle du jeu vidéo best-seller GTA San Andreas, avec Christian Bale dans le premier rôle, celui du teubé à la démarche chaloupée et aux fringues impossibles, un tantinet colérique et impulsif, que tout joueur de GTA a conduit au meurtre de masse (c’était pas vraiment un rôle de composition pour celui que ses proches surnommaient déjà le Dark Knight bien avant la naissance de Michael Keaton). De ce film, on se souviendra surtout du beau personnage de Toussaint, un dealer lunaire et attachant, ne rechignant jamais à la tâche et fidèle en amitié, aux dialogues particulièrement soignés. A coup sûr, le plus remarquable personnage de la "galaxie Ayer".




Le second film d’Ayer, le plus sérieux, Au bout de la nuit (Street Kings en anglais, soit « Les rois de la nuit »…), était un néo-polar mettant Keanu Reeves aux prises avec une bande de flics corrompus, menés par un Forrest Whitaker comme toujours reptilien. On se souviendra de ce film (à éviter) comme de l’un des rôles les moins ridicules de notre ami Keanu Reeves dans sa période post-Néo. Véritable development hell, scénar sous forme de post-its égarés dans différentes pièces (dont certaines verrouillées de l’intérieur), ce policier donnait l’impression d’un gâchis aimable, fait avec naïveté par un nostalgique des pires films des années 90. Il s’agit sans doute du film le moins rentable d'Ayer (à raison). Il y a donc une justice, contrairement à ce qu’affirme le film. On se souvient de cette dernière image cruelle de Keanu Reeves baignant dans son sang et n’ayant pas pu nettoyer sa ville de la pègre.




Son troisième film marquait une rupture nette en termes simples de qualité dans la filmographie d’Ayer. Tandis que les autres culminaient à respectivement 3,25/5 et 3/5, End of Watch accrochait péniblement 1,5 étoiles (dont une étoile bonus pour le passif sympathique d’un réalisateur qui a longtemps été dans notre « under the radar list »). Le réalisme est poussé au plus fort dans ce film qui nous met dans le froc de deux flics ayant sacrifié leur vie pour une « war on drugs » dans les bas-fonds miséreux de Los Angeles (une scène = une bavure), pour un documentaire fort moche tourné caméra au poing, agrippée au dos bodybuildé du duo Michael Pena et Jake Gyllenhaal (méconnaissable dans un rôle d’écorché vif, littéralement). Ce troisième opus d’Ayer nous a longtemps fait repenser au film culte d’Edouard Baer : Akoibon. Il nous laissait avec un mal de crâne massif, des céphalées persistantes et une douleur de tête accablante.




Le retour raté de Schwarzy épisode 3. Pendant le premier quart d’heure de Sabotage, nous avons considéré ce film comme un petit plaisir coupable. Ce quart d’heure passé on se sent seulement très coupable. Schwarzy (anagramme de Sarkozy, dont on espère qu’il ratera au moins trois fois son retour lui aussi) a cru bon de mettre entre les mains de David Ayer cette nouvelle tentative de come-back. Il devait apprécier et tenir en haute estime la filmographie dudit Ayer, dont le quatrième opus est pour le moins étonnant, qui parvient à condenser strictement tous les défauts des précédents, en laissant au congélo leurs maigres qualités. Pour la première fois le spectateur commence à sérieusement douter du look de David Ayer, qui n’a peut-être pas que le crâne de ras. Le cinéaste devient une parodie de lui-même avec sa fameuse touche personnelle qui prend ici la forme de tics idiots et totalement décoratifs, si on peut appeler décoratif un cycliste littéralement rincé par un bolide lancé à fond la caisse. David Ayer croit bon de se différencier de ses collègues abrutis en glissant dans une scène d’action, en l’occurrence de course poursuite, un imprévu qu’il croit puissant de par sa dimension crédible et son originalité. Dans le car chase final, qui se veut épique et marquant, une bagnole empègue tout à coup un anonyme à vélo, qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment, et qui passera l’intégralité de la scène collé au pare-brise, en sang. On se persuade qu’il jouera un rôle dans la scène puisqu’il apparaît dans un recoin de chaque plan, dans une sorte de caméo macabre et de longue durée. On attend le bon mot qui viendra justifier sa présence, ou au contraire l’expression d’un regret de la part du conducteur. Mais non. C’est juste un cadavre de plus, gratos, qui fait dire que le monde est putain de con. Une constante chez Ayer. Peut-être le vrai fil rouge de sa filmographie, qu’on a essayé ici de vous défricher un peu. Car c’est quand même assez touffu, plus en tout cas que le « crâne de peau » de David Ayer, son Crystal Skull renfermant les pires horreurs et les pires dommages collatéraux (clin d’œil ici à son omniprésent et omnipotent acteur principal, Arnold Schwarzenneger, star qui n’en finit pas de décliner et qui offre ici à son personnage "badass" - puisque c'est le terme qui revient dans toute pseudo-critique de ce film - une de ces sorties grandiloquentes dont il a le secret).




Bientôt sortira le cinquième film de David Ayer, Fury, avec Brad Pitt et Shia LeBeouf, qui se sont bien accrochés durant le tournage pour une sombre histoire d’hygiène corporelle et d’odeurs de pompes envahissantes. On attend le résultat forcément explosif de cette ambiance de plateau à se damner, et surtout le prochain « mort pour la France » de David Ayer.


Bad Times de David Ayer avec Christian Bale et Eva Longoria (2005)
Au Bout de la nuit de David Ayer avec Keanu Reeves et Forest Whitaker (2008)
End of Watch de David Ayer avec Jake Gyllenhaal et Michael Pena (2012)
Sabotage de David Ayer avec Arnold Schwarzenegger et Sam Worthington (2014) 

7 avril 2013

Astérix et Obélix au service de Sa Majesté

Ce film-là, on ne peut pas l'aborder frontalement. On est obligé de le prendre à rebours, par des chemins de traverse, de choisir des angles précis. S'attaquer à la mise en scène, au scénario, aux décors ou aux effets spéciaux serait trop long, ou trop rapide. Mais les acteurs... Plusieurs questions se posent, presque toutes restent en suspens. Nous sommes, avouons-le, un peu perdus et désemparés après la projection privée de ce film, et avons bien du mal à coucher tout ça sur le papier. D'abord, il faut savoir que cet épisode d'Astérix pâtit cruellement de l'absence de Christian Clavier dans le rôle titre (ça, c'est juste pour qu'on soit les seuls à l'avoir dit, on n'en pense pas un traître mot). Du côté des personnages, Panoramix manque également à l'appel, élément central de la BD il est ici condamné au hors-champ. Qu'on nous enlève le chef du village, qu'on nous prive du barde, qu'on nous supprime le poissonnier, mais pas Panoramix ! C'est l'âme de l’œuvre d'Uderzo et Goscinny. C'est la raison d'être des aventures d'Astérix & Obélix. Alors pourquoi ?... Peut-être à cause d'une malédiction qui planerait sur ce rôle depuis la première adaptation de la bande dessinée. Tous les acteurs qui ont prêté leurs traits fatigués au célèbre druide sont aujourd'hui six pieds sous terre, du pourtant fringuant Sim au tonitruant Claude Piéplu en passant par l'unique et inimitable Smaïn : toutes ces personnalités sont parties pour le dernier continent, terrassées par le rôle. Jouer dans cette saga semble épuisant pour les nerfs. Il faut voir la tronche que tire Edouard Baer, d'ordinaire pétaradant. Il est aveuglé par un maigre filet de lumière dans les scènes en extérieur, affichant l'air du déterré qui n'a pas pioncé de la semaine, ou du sniffeur de coke qui voit la vie en noir de chez noir. Il faut voir aussi l'allure fatiguée de Fabrice Luchini, qui paraît avoir 10 ans de plus, même s'il nous offre le meilleur César ever, malgré sa performance minable. 




Ça fait tellement longtemps qu'on attendait de voir Edouard Baer en Astérix... On en était tout fébriles ! A ce propos, saviez-vous qu'Edouard Baer est le seul acteur de la célèbre saga à avoir interprété deux rôles distincts ? Il était déjà Otis dans le second épisode, le chef-d’œuvre oxydé de Chabat. Hélas, nous sommes extrêmement déçus par le traitement réservé au personnage d'Astérix dans ce nouvel opus. Cœur de la BD, véritable poumon des travaux dessinés d'Uderzo, il est ici réduit à une espèce de pervers sexuel qui ne pense qu'à se vider les bourses dans la première anglosaxone venue. Dolores Chaplin doit d'abord faire face à ses avances, puis c'est au tour de la pâle Charlotte Le Bon d'être assaillie par une drôle de teub auréolée d'une moustache blonde remplie d'irréductibles morpions gaulois. Edouard Baer n'a pas l'air dans le coup. Il joue comme s'il était en état d'arrestation pour détention de stupéfiants de classe A. Pourquoi n'ont-ils pas pris un vrai nain pour faire Astérix ? Mimi Mathy était dispo, et pas besoin de la teindre ! Warwick Davis, l'éternel Willow, l'inoubliable Leprechaun, a également un agenda 2012-2013 vierge de toute espèce d'annotation, il était dispo... 




Petit tour d'horizon du cas Depardieu. Son nez ressemble à un vié fatigué, dans un sens comme dans l'autre. Soit l'on y voit deux couilles énormes et glabres surmontées d'une verge qui s'épanouit au milieu de son front, très satisfaite d'être astiquée à chaque fois que l'acteur hausse les sourcils par à-coups. Soit, à l'inverse, on considère ses "narines" comme les deux sphères d'un gland de dinosaure à l'urètre bien dégagé, suspendu dans le vide, dans l'attente d'une nouvelle cible facile lui tournant le dos à la hâte. Une chose est sûre, l'acteur-star parti dans le froid fout vraiment mal à l'aise. 




Un petit mot sur Gillaume Gallienne, qu'on nous avait présenté comme la seule satisfaction de ce ratage total, comme la dynamite humaine de ce film mort-né, comme le vent de fraîcheur soufflant sur le cinéma français. Il est aussi enjoué que tout le reste du cast, c'est à dire qu'il donne l'impression que sa carte bleue a été piratée et qu'on a effectué un retrait en Roumanie d'un million d'euros sur son compte courant et que l'on a vidé son PEL sans préavis. Gallienne, sociétaire de la Comédie Française, participe activement à l'enculage de la bonne humeur du spectateur. On a juste envie de lui foutre un énorme coup de pied au cul. En parlant de cul, celui de Charlotte Le Bon a visiblement tapé dans l’œil de Laurent Tirard, le pur nullard aux manettes de ce fiasco, désormais expert dans l'adaptation des œuvres de Goscinny (il avait déjà réalisé Le Petit Nicolas), au grand dam de ce dernier, qui danse le smurf non-stop dans sa tombe au Père Lachaise. 




Autre interrogation sur le casting : pourquoi n'ont-ils pas mis un vrai black à la vigie du bateau de pirates ? Certes Mouss Diouf est mort et Giant Coucou aussi, mais il restait Omar Sy (seul bémol à sa présence, de taille toutefois, rajouter un million de dollars de budget au film pour l'entendre rire, et un million supplémentaire pour embaucher Fred, car Omar ne tourne jamais un film sans son acolyte sur le plateau, ou au moins en coulisses), il y avait aussi Fabrice Eboué (mais pas assez noir à notre goût), Alex Descas (mais c'est pas tout à fait le genre), et Pascal Légitimus (qui a toutefois pâli avec l'âge). Bref, en fin de compte on comprend. Dans le même ordre d'idée, pourquoi est-ce que l'immigré qu'ils raccompagnent à la frontière est un blanc couvert de cirage et non un vrai black ? Là encore, on ne sait pas. Ceci dit on n'y perd pas totalement au change. Seul rayon de soleil dans ce foutoir ignoble : le dénommé Atmen Kelif, éternel fauteuil voltaire d'Edouard Baer, véritable faire-valoir de son maître, figurant à vie, fantôme du cinéma français (à tel point qu'il n'est que trop rarement crédité et trop rarement payé pour son travail). Qui se souvient d'Atmen Kelif dans Mon Pote ? L'intermittent du spectacle militant est ici très bon dans le rôle du petit paki immigré à moustache, dont l'accent suffit à faire sourire lors de sa première apparition. C'est bien la seule fois que l'on a souri devant ce film, alors ça méritait d'être souligné.




On doit parler des BB Brunes, mais on aimerait plutôt leur faire la peau et leur couper les oreilles. Il n'y a bien que Depardieu qui semble réellement prendre son pied lors du concert final, mais rappelons que c'est très probablement le fait de son addiction connue, reconnue et avérée à la bibine et à tout ce qui relève du liquide fermenté. Le film se termine sur cette drôle d'image arrêtée où on le voit mimer avec ses poings diaboliques une double fellation surprise. L'acteur avait clairement la baraka. Mais les milliards que coûte cette seule performance improvisée de fin de tournage valaient-ils d'être brûlés ? Rappel du coût de ce film : 60 000 000€ soit $80 000 000, ce que la rédaction de ce blog gagnera en 600 siècles (on est deux rédac' chefs, et pas mal de secrétaires). Au box office, le film s'est écrasé lamentablement en réussissant à faire moins que tous les précédents opus. Sincèrement, on ne pense pas que la 3D sauve le truc.




P.S. : Pas un mot sur Dany Boon, Gérard Jugnot ou Valérie Lemercier. Transformez ce silence en un immense mollard qui aurait son nom dans le Guiness Book et qui serait balargué avec un sourire (ce qui n'est pas évident à réaliser) dans la direction de ces êtres dépourvus d'âme depuis qu'ils l'ont vendue au diable. Enfin, quand même un petit mot sur Dany Boon, sachant que sa prestation, d'une durée totale de 10 minutes, ponctuée en tout de trois lignes de dialogue, lui a été rétribuée la coquette somme de 600 000€...


Astérix et Obélix au service de Sa Majesté de Laurent Tirard avec Edouard Baer, Gérard Depardieu, Guillaume Gallienne, Fabrice Luchini, Charlotte Le Bon, Catherine Deneuve, Valérie Lemercier, Dany Boon, Atmen Kélif et d'autres zonards (2012)

5 septembre 2012

Je pense à vous

Il s'était emmêlé les pinceaux Paul-Loup Bonitzer sur ce coup-là. Le gars il réunit Edouard Baer et Hippolyte Girardot, un acteur jadis sympathique et un autre encore brillant, il a Charles Berling au casting, qui est plutôt pas mal et également fort bel homme, côté féminin il se paye en sus Géraldine Pailhas, soit une des plus belles cougars de France et de Navarre, et il nous sort un film d'une heure dix putain de chiant. Puis il se fout dans les pattes une drôle d'actrice/réalisatrice nommée Marina De Van (auteure de l'ignoble Ne te retourne pas avec Marceau et Bellucci), au moins aussi élégante qu'un être hybride né de la copulation d'une grosse basket américaine et d'un fourgon (j'espère que vous avez la vanne !), et qui vient tout simplement tout foutre en l'air. Ah c'est pas Rien sur Robert... qui n'était pas un grand chef-d’œuvre mais qui avait le mérite d'être original et souvent drôle (grâce à Luchini et Kiberlain notamment). Bonitzer nous avait habitués à mieux. Ici il nous colle plein de sonneries de portable et nomme son personnage principal Herman, sachant que c'est une femme. Pascal Bonitzer ne se rappelle peut-être pas qu'il a réalisé ce film, si c'est le cas je m'excuse de faire remonter tout ça à la surface, mais il n'aura pas le Prix Bonitzer avec ce genre de truc, faut le savoir.


Je pense à vous de Pascal Bonitzer avec Edouard Baer, Hippolyte Girardot, Charles Berling, Géraldine Pailhas et Marina de Van (2006)

15 juin 2011

Mon pote

En ce moment, Benoît Magimel est au top du top. L'acteur est à son zénith. Il est tout en haut, sur un nuage, et il nous contemple avec son si beau regard, aussi azuréen que bienveillant. A l’heure actuelle, il n'a selon moi aucun équivalent dans le paysage cinématographique mondial. Je le dis comme je le pense. Il était déjà le seul à sortir indemne voire grandi du fléau nommé Guillaume Canet, puisqu’il campait un homosexuel refoulé et convaincant dans Les Petits mouchoirs. L'acteur surdoué parvenait à ne pas trop se noyer dans la caricature, contrairement à tous ses partenaires, et ce malgré des cheveux d’une couleur carotte assez incongrue. Une nomination à l'Oscar aurait été amplement mérité pour l'ex de Juliette Binoche (rien que ça !) et sosie moins chevelu du footballeur Philippe Mexès. Plus récemment encore, il s'est illustré dans le téléfilm L'Avocat, un thriller efficace sur fond de mafia montpelliéraine qu'il porte à bout de bras ! Rappelons aussi que Benoît Magimel fait partie de ces nombreux talents découverts par Étienne Chatiliez, le véritable Arsène Wenger du septième Art, aux côtés d'autres poids lourds de l'actorat français comme Isabelle Nanty et Tsilla Chelton aka Tatie Danielle. Celui que l'on surnomme Magic'mel a explosé très tôt, dès l'âge de 6 ans, dans La Vie n'est pas un long fleuve tranquille, un titre qui aujourd'hui ne manque pas de faire sourire quand on sait à quel point la vie du jeune comédien, programmé pour triompher, semblait déjà écrite. Le pire, c'est que je ne pense pas un traître mot de ce que je suis en train de déblatérer, mais je vais un peu continuer sur ce ton, c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour réussir à torcher un papelard sur ce maudit film qu'est Mon pote.



A gauche, Benoît Magimel avec le maillot de l'équipe de France lors d'un match de gala organisé au profit des victimes du earthquake japonais. A droite, Philippe Mexès en costard le 27 mai 2008 après avoir remporté pour la deuxième fois consécutive la coupe d'Italie.

Cette fois-ci, c'est à un film de Marc Esposito que Benoît Magimel donne des allures de classique instantané, à ranger aux côtés des plus grosses infamies françaises des années 2000. Le lauréat du prix d’interprétation masculine du 54ème Festival de Cannes incarne ici un taulard roi du "braquo", fan incollable de grosses cylindrées, qui se voit offrir l'occasion en or de regagner sa liberté à condition de devenir un pigiste sérieux au sein d'un magazine sur les quatre roues dirigé par un Édouard Baer au grand cœur. Comme tous les films signés Marc Esposito, LE cinéaste de l'amitié homme-mec, et comme son titre l’indique sans détour, Mon pote est le récit poignant de la relation unique qui va progressivement se nouer entre les deux personnages principaux, qui sont donc campés par un Ed Baer mortellement sérieux et l’incontournable Ben Magimel.


Preuve de la grande amitié qui s'est développée entre les deux hommes, ici Édouard Baer présente Benoit Magimel à son père (au centre) qui a l'habitude de porter constamment un casque autour du cou pour ne rien rater de son émission radiophonique préférée "Là-bas si j'y suis" de Daniel Mermet.

Dans ce dernier Esposito, il y en a littéralement pour tous les goûts. On est en présence d’un film multicéphale naviguant entre différents genres. Cela va du polar rugueux à la Michael Mann (on notera une scène de braquage à couper le souffle) au film social à la Dardenne (même si contrairement aux jumeaux belges, Esposito se paie le luxe de ne jamais tomber dans le misérabilisme) en passant par la comédie pure et la tragédie grecque. En outre, Marc Esposito nous gratifie de quelques plans fabuleux, véritables toiles mouvantes immortalisées par un as de la caméra en pleine possession de ses moyens faisant preuve d’un sens du cadre hors du commun. Avec ce film, le réalisateur français, par ailleurs fondateur de deux des plus grandes revues consacrées au septième art (Studio Magazine et Première), nous rappelle tous les possibles du cinéma. Son film est d’une laideur infinie. Voir ça sur grand écran doit littéralement rendre malade et donner envie de casser des rétroviseurs de bagnoles à la sortie. Pour ne rien gâcher à la fête, Esposito a fait appel à de véritables professionnels pour torcher la bande originale de son film. Un supplice récurrent, à base de banjos et autres instruments à cordes mal accordés, signé Calogero et son frère Giaocchino. On reconnaît immédiatement la patte folle du musicien natif d’Echirolles (38), accompagné par son frère cadet, vraisemblablement débile.


Benoît a profité du film pour faire découvrir l'une de ses grandes passions à son pote Édouard : la junk food. On les voit ici en train de déguster les pâtes cartonnées de la Mezzo di Pasta. Quick, FastSushi, Speed Rabbit, Mad Kebab, Domino's Pizza et l'inévitable McDo... tout y passe.

Le cliché ci-dessus en dit long sur la complicité qui régnait entre les désormais meilleurs amis du monde, puisque c'est à ce moment précis que Benoît Magimel demande un conseil crucial à Édouard Baer et que celui-ci lui répond : "Canet te propose de jouer un homo refoulé dans son film une bande de gros connards qui passent des vacances de beaufs au Cap-Ferret pendant que leur pote est en train de clamser à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière et qui se font remettre les idées en place par un producteur d'huitres à la manque et bourrées d'hydrocarbures aromatiques polycycliques ? Fonce mec, ne te pose même pas la question, fonce !" Chose à relever également dans Mon pote : le générique, qui ravira ces grands écumeurs du quotidien à la recherche d’endroits où s’étale leur police préférée, j’ai nommé le Comic Sans MS. Les premières minutes du film rendent en effet hommage à cette typographie bien connue et contenteront tous ces passionnées ayant 2.0 de QI qui collectent ses moindres apparitions, les immortalisant quand ils en croisent dans la rue sur des panneaux publicitaires, l’APN toujours autour du cou, ou sur l’internet, l'index de la main gauche constamment rivé sur la touche « Imp Ecr ». Avis aux amateurs, donc, vous tenez là une petite perle.


Ci-dessus, un aperçu de la scène-clé du film que je vous spoile sans vergogne : le personnage joué par Benoît Magimel décide de changer de sexe (c'est effectivement lui ci-dessus à droite grâce à l'aide exclusive du célèbre maquilleur-prothésiste Rob Bottin) pour pouvoir vivre pleinement sa passion pour Édouard Baer. Ce dernier s'avouera "bluffé et troublé" par ce travestissement réussi.

Mon pote est truffé de moments que je me suis surpris à me repasser en boucle, comme pour me pincer et m’assurer que je n’avais pas halluciné ce que je venais de voir. Je ne ferai pas l’énumération de toutes ces scènes rendues mémorables par leur bêtise, les couacs présents à l’écran, ou leur profonde connerie, autant d'aspects chers au cinéma d'Esposito. Ce serait trop long et bien laborieux. J’évoquerai donc rapidement ces passages où apparaît la femme d'Édouard Baer (campée par Diane Bonnot, une actrice au sourire ignoble, y'a pas d'autre mot), un personnage vulgaire et con qui donne un aperçu effroyable de la haute idée que doit avoir Marc Esposito du sexe opposé. Je ne peux pas passer sous silence cette longue scène de dialogue filmée en plan-séquence, dans un travelling arrière laborieux, anéantie par le frottement du blouson en cuir de Benoît Magimel. On n’entend strictement rien à cause de ce goof ridicule provoqué par la volonté tenace d’un comédien bien décidé à ne pas quitter son blouson préféré. Enfin, comment ne pas évoquer ce moment terrible où Magimel sort définitivement de taule ? On a alors droit à tous les vieux clichés pourris. On le voit être aveuglé par le soleil (alors qu'il prenait l'air quotidiennement), prendre une grande inspiration et lâcher, soulagé, "Je suis sorti putain...". Une scène navrante qui rappelle les plus belles tirades de Romain Duris dans le chef-d’œuvre de Klapisch, Paris. Sachez que l’on a aussi droit à un passage aussi court qu’exquis où Magimel se met à raper, improvisant un morceau de slam qui annonce une belle carrière d’acteur-chanteur. Je m’arrêterai là.

Pour la petite histoire, sachez que j'ai maté ce film en iDTGV, sur un écran 4 pouces. Ça valait pas mieux. Plus exactement, je l'ai maté en compartiment iDZAP, espace soi-disant propice à la convivialité, aux rencontres et aux échanges. Y'avait un homme d'affaire qui se seiguait non loin de moi. Je le lui ai fait remarquer. "Hé, tu te seigues là ?!". Et il m'a juste répondu "Bah on est en iDZAP, reste tranquille, respire, sors ta teub et fous-toi à poil". Chaud... Vous comprenez bien pourquoi je me suis aussitôt replongé dans ce film dégueulasse, une daube sans nom dont la morale douteuse lui fait paradoxalement éviter le pire : être encore plus prévisible dans son extrême nullité.


Mon pote de Marc Esposito avec Benoît Magimel, Édouard Baer, Atmen Kélif et Diane Bonnot (2010)

11 février 2008

Molière

Quand j'ai vu cette affiche à l'époque de la sortie de ce film, je me suis dit intérieurement que jamais de la vie je ne le regarderai, ou du moins que j'essaierai de toujours l'éviter. Je craignais une biopic immonde, à l'image de Romain Duris sur l'affiche. Sans Rémi je n'aurai jamais eu la curiosité de voir ça et je savais donc très peu de choses sur le film vu que ce n'est pas du tout ce que j'imaginais. C'est en fait une comédie sans trop de prétention et plutôt légère qui raconte les déboires de Molière (Duris) qui accepte de bosser pour Monsieur Jourdain (Luchini), son boulot consiste à lui apprendre à jouer la comédie afin que Jourdain puisse séduire une femme du monde qui possède un salon (Sagnier) ; mais dans le même temps, Molière s'éprend de la femme de Monsieur Jourdain (Morante).



On regarde surtout pour les prestations des acteurs : Fabrice Luchini, assez drôle et à qui le rôle convient tout à fait ; Romain Duris, qui s'en tire plutôt bien pour une fois ; Laura Morante, que je trouve très belle comme dans Fauteuils d'Orchestre ou Coeurs ; et Edouard Baer, qui a apparemment réussi à insérer quelques blagues bien à lui dans le film. On croise également Fanny Valette (déjà vue dans Changement d'Adresse), une très belle et jeune actrice mais qui est ici fort peu mise à son avantage. C'est une vraie tristesse de voir de quoi elle a l'air dans le film quand on sait à quel point elle est jolie normalement. Donc le film est plutôt sympa et agréable à suivre, mais dans la forme on a vraiment droit au strict minimum de la part de Laurent Triardo et de son équipe de techniciens en bois. Le dirlo photo aurait notamment bien des cours à prendre auprès de celui de L'Assassinat de Jesse James, qui a tout pigé à la bougie. Molière est parfois limite désagréable pour l’œil et pas seulement parce que Romain Duris possède un menton en putréfaction aussi large que son front, chose tout à fait anormale. Bref, c'est dommage qu'ils aient bâclé le boulot, ç'aurait eu une autre allure si ça avait été fait avec plus d'application. Ensuite le film est notamment intéressant dans la façon qu'il a de mélanger différents éléments provenant de différentes pièces de Molière dans une même histoire, mais sur ce point-la je ne préfère pas trop m'aventurer car je ne maitrise pas vraiment bien ce sujet. Y'a aussi un passage très marrant où Edouard Baer canarde le chien de Jourdain à la chasse. On se l'est repassé 3 fois.

Ce film est donc une bonne surprise pour moi.


Molière de Laurent Tirard avec Romain Duris, Fabrice Luchini, Laura Morante, Fanny Valette e Edouard Baer (2007)