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25 janvier 2015

Je vous trouve très beau

Isabelle Mergault... Dans ces trois petits points de suspension imaginez toute la haine du monde. Rappel du CV : comédienne de théâtre criarde et vulgaire de formation, elle est surtout connue pour avoir fait partie de la "bande à Ruquier", où elle passait pour une tuerie au milieu d'une troupe de vieillards (dont le baveux Maurice Béchamel et le nain Jean Bengimli) et aux côtés d'une seule concurrente, la clébarde de garde Isabelle Alonzo, qui avait elle aussi un énorme problème de dentition. En fait il y avait d'autres tromblons sur le plateau d'On a tout essayé : le squelette de Claude Sarraute, Sophie Garel, qui a joué dans The Return of La Momie avec Brendan Fraser, Elsa Fraser, la sœur de Brendan Fraser justement, refaite de la cave au plancher à seulement 32 ans, Valérie Mairesse, la grosse ménagère d'à peine moins de cinquante ans (fallait prévenir France 2 que cette catégorie de la population est censée regarder l'émission, pas faire le show), Christine Bravo dans le rôle de l’alcoolo de service, Péri Cochin, le corbeau humain, et Maureen Dor, l'éternelle enfant enceinte qui faisait fantasmer les plus pervers d'entre nous avec ses énormes seins qui trainaient sur tout le plateau et qui lessivaient le parquet. On a fait le tour du proprio. Concentrons-nous donc sur le cas Mergault.




C'est moche de commencer une critique comme ça, en s'attaquant au physique, sachant qu'on est loin d'être intouchables. Revenons donc au sujet. Après nous avoir fait chier au quotidien pendant des années sur le service public et aux frais de la princesse avec sa frimousse de malade, son dentier de macchabée, sa voix de mouette à l'agonie et ses mille postillons à la seconde, propulsés par l'éolienne à merde qui lui sert de bouche et de fourre-tout, Mergault s'est cru le droit de passer derrière la caméra, épaulée par les plus grands acteurs de sa génération : Michel Blanc d'abord, puis Jacques Gamblin et Daniel Auteuil. Mergault avait la haute ambition de renouer avec le cinéma populaire français de qualité à tendance vaudevillesque. Au final, on a du mal à faire la synthèse de la masse énorme de saloperies contenues dans ce seul premier film, aussi facho que mégalo, aussi populo que vérolé. L'histoire est un medley des pires épisodes de L'Amour est dans le pré, cette émission présentée par l'ex-femme de Lilian Thuram (Karine Le Marchand, que le frère aîné avocat de Félix, dont nous tairons le nom, a vue en vrai, et quand on lui a demandé ses impressions il a utilisé cette expression très rare dans sa bouche : "Peau de zob"), où des fermiers au bord du suicide et analphabètes rêvent de s'encastrer dans des grosses coiffeuses de villages de campagne qui rêvent de pognon quitte à faire une croix sur les grattes-ciel, pour aller s'enterrer avec un demeuré ou son voisin trépané, ayant littéralement le choix entre l'âne et le gros porc. Au final ces pauvres malheureuses se retrouvent soit prises au piège de l'un des outils agricoles détournés de leur utilité initiale par un paysan aux couilles gorgées de sang, soit les voilà qui prennent leur jambons à leur cou pour retourner chialer chez Dilloy's.




Medeea Marinescu incarne donc dans le film de Mergault une future pute roumaine prête à sucer Michel Blanc inside out pour obtenir un visa de séjour, quitte à finir coincée entre une botteleuse et un épandeur de fumier. Vous l'aurez donc compris, Michel Blanc prête son crâne d’œuf à un agriculteur grincheux et insupportable dont la femme vient de mourir (c'est la scène d'intro du film, où la vieille épouse acariâtre de Blanc crève en passant sous la roue de son tracteur, une scène ni drôle ni triste, plutôt gênante en fait, car c'est le genre d'accident qui se produit quotidiennement dans les campagnes) et qui a pour projet d'investir l'un des milliards qu'il a accumulés au Crédit Agricole dans un billet d'avion d'abord puis dans un bidet humain ensuite. Mergault nous livre un regard puant aussi bien sur les roumaines que sur les paysans. Celle-ci est prête à tout pour rouler du cul dans un jean Celio* en plein Paname, celui-là en est au même stade d'avancement intellectuel et culturel que Jacquouille la Fripouille débarquant à notre époque dans Les Visiteurs, la bonne humeur en moins. Il faut voir Blanc prendre l'avion pour la première fois pour aller dégoter sa future compagne dans les Balkans et s'émerveiller de l'invention de l'aéroplane puis cracher entre les jambes des contrôleurs qui lui demandent de retirer sa faux de son bagage à main.




Ce film haïssable, et surtout répugnant (la mise en scène de Mergault, c'est même pas de la mauvaise télé) a fait un carton : 4 millions d'entrées dans l'hexagone. On a permis à Mergault de se prendre pour une fameuse réalisatrice et elle nous l'a fait payer cash en réalisant deux nouvelles saloperies intégrales : Enfin veuve et Donnant donnant, autant de supplices repoussant toujours plus loin les limites de l'horreur et de la débilité, à la fin desquels on se dit inévitablement qu'on a sans doute vu ce qui s'est fait de pire avec une caméra. Je vous trouve très beau a en prime le tort irréversible d'avoir lancé la mode des titres en "Je", exemples : Je vais bien ne t'en fais pas, Je l'aimais, Je préfère qu'on reste amis, Je suis une légende, etc. Bref, tout est dit. Va crever Mergault.


Je vous trouve très beau d'Isabelle Mergault avec Michel Blanc (2006)

26 avril 2012

Bellamy

Nous avons vu ce film au cinéma. C'était le dernier Chabrol, il fallait aller le voir sur grand écran, même si on ne savait pas du tout que ça serait le dernier Chabrol quand on est allé le voir. Quoique. Y'avait de gros indices... N'espérez pas le thriller hard-boiled annoncé par cette affiche sanglante qui ressemble à un poster de chez Total, avec le Bibendum Michelin et tout le tintouin. N'espérez pas le polar bourré de testostérone que laissent espérer les gros bras du casting : Cornillac, Gamblin, et surtout Depardieu. Ce film annonçait la mort au moins cinématographique de son auteur, définitive disons, parce que les précédents Chabrol étaient déjà en demi-teintes quand ils n'étaient pas complètement foirés : La Fleur du mal, La Demoiselle d'honneur, La Fille coupée en deux... Mais avec Bellamy on atteignait un comble dans la quête du vide, du néant. Impossible aujourd'hui de nous rappeler l'intrigue de ce film, son sujet global, le moindre dialogue ou la plus petite scène. Hormis peut-être deux décadrages sans saveur et le vague flash d'un face-à-face musclé entre Gamblin et Depardieu dans un Formule 1, où l'acteur obèse passait son temps à secouer ses draps et à refaire son lit. On croit aussi se souvenir d'une scène tendue entre un raptor surexcité et Laura Dern dans un mini-short que Lynch porte depuis en béret, mais nous ne sommes pas persuadés que cette scène soit bel et bien dans Bellamy.



Le pire c'est que même pendant la séance on aurait été infoutus de comprendre de quoi parlait le film. Entre co-rédacs on nageait complètement dans le récit insipide du père Chabrol (Félix imite avec ses mains le mouvement de la brasse à mes côtés). A la fin de sa vie, faire un film devenait plus que jamais pour Chacha un prétexte pour satisfaire à sa gourmandise et à son épicurisme légendaires, toujours la main droite au fion d'une serveuse ou d'une assistante (le souci naissant du fait qu'il n'employait que des membres de sa famille à tous les postes du plateau), et la main gauche accrochée à son quart de rouge, "la boisson du garde rouge !", se plaisait-il à hurler très fort. La fameuse pause d'entre midi et cinq devenait de plus en plus matière à procès pour Chacha et ses invités, pas les derniers à verser dans la picole, et notamment Depardieu, cas auquel nous avons choisi de consacrer la fin de cet article.



Toutes les grandes stars française du cinéma sont-elles condamnées à finir en eau-de-boudin ? Amy Winehouse, Whitney Houston, Jean Reno, Christian Clavier et donc Gérard Depardieu. Le trio infernal des gros tocards de droite, même si Reno et Clavier n'ont jamais au grand jamais été des stars, en tout cas pas en France. Sur ce blog on aimait Depardieu jusqu'à récemment, en vérité jusqu'à son intervention au meeting de Sarkozy, où il est allé gueuler que notre président serait un saint homme injustement lynché par le peuple de France, un homme qui "ne fait que du bien et dont on ne dit que du mal"... On pouvait espérer que l'acteur, qui a commencé sa carrière détendu du gland dans un film prônant une certaine liberté, couilles à l'air et chapeau de paille enfilé sur des cheveux de la même étoffe, ne serait pas devenu un militant de droite prêt à tout pour copiner avec les puissants quels qu'ils soient. C'est raté. On ne dira pas du jour au lendemain que c'est devenu un mauvais acteur, juste qu'il est totalement à côté de plaque, à la ramasse, qu'il nous fait de la peine et que s'il a toujours un bon moteur, y'a plus personne au volant.


Bellamy de Claude Chabrol avec Gérard Depardieu, Jacques Gamblin, Clovis Cornillac et Marie Bunel (2009)

5 avril 2011

Le Nom des gens

Je viens de voir ce film qui compte parmi les grands lauréats des Césars et qui m'intriguait non seulement par son titre mais par son ambitieux projet de "comédie politique". Trop ambitieux sans doute puisque le résultat est lamentable. Concernant le premier terme du projet, "comédie", on peut faire une croix dessus. Le film n'est jamais, je dis bien jamais drôle. J'imagine qu'il en aura fait marrer quelques uns, dans les salles de cinéma les plus enthousiastes, heureux de se reconnaître dans l'un des portraits pathétiques et archétypaux de français moyens que Michel Leclerc, le réalisateur, affectionne tant. Peut-être fera-t-il de même marrer tel autre engagé politique du dimanche ravi de retrouver Jospin dans son propre rôle au détour d'un caméo sans intérêt. Mais en vérité il n'y a, m'est avis, strictement rien de marrant dans ce film, strictement rien d'agréable, de plaisant, de piquant, de fin : peau de balle. Donc je n'ai certainement pas maté, en ce qui me concerne, une comédie. Côté politique, force est de constater que le film aborde le sujet, mais de quelle façon ?


J'ai passé les vingt minutes que dure la terrible intro du film à me dire que Zinedine Soualem a l'air fatigué, peut-être déçu par la vie et le cinéma, et franchement ça me fait de la peine...

Le début du film est une véritable épreuve. Normalement ça peut suffire à dégoûter n'importe qui du cinéma. Le début, chez Michel Leclerc, ça dure 20 minutes. L'intro, qui dure donc, je le rappelle même si je l'ai dit il y a une phrase, mais il faut bien en avoir conscience, 20 longues minutes, retrace tout le "parcours" des deux personnages principaux, qui ensuite finiront par coucher puis par s'aimer. Qui sont-ils ? Lui c'est Arthur Martin (Jacques Gamblin, vraiment de plus en plus présent dans des films qui ne le méritent pas et nous le rendent ingrat), la quarantaine, travaillant dans un laboratoire de santé publique, célibataire, lisse, dernier jospiniste en activité. Il porte le nom le plus répandu en France, tout le monde lui parle des cuisines Arthur Martin dès qu'il se présente et encore il a de la chance parce qu'à sa naissance ses parents ont hésité à l'appeler Jacques (c'est la plus grande vanne du film, répétée vingt-six fois). Elle c'est Bahia Benmahmoud, 25 ans, la seule en France à porter ce nom (on nous le répète aussi une trentaine de fois), elle porte des après-ski roses aux pieds jour et nuit et suce des sucettes 24h/24, par ailleurs c'est une abrutie et une "pute politique bénévole" (sic.) qui a décidé de passer sa vie à baiser avec des enfoirés de droite pour essayer de les convertir à la gauche. Pourquoi ? Parce qu'elle s'est fait violer quand elle était petite par son professeur de piano, et comme un jour elle entend dire à la télévision que les victimes de pédophiles reproduisent ce qu'ils ont subi et que la plupart des prostituées ont été victimes d'abus sexuels dans leur enfance, la jeune femme se retrouve au pied du mur avec pour seules alternatives d'avenir la pédophilie ou la prostitution, c'est la télé qui l'a dit. Un personnage qui en arrive à une telle conclusion, même dans un film soi-disant comique, donne des envies de meurtre. Du coup Bahia choisit de se vouer à une carrière de pute. Voilà pour les personnages, qu'on a tout de suite une folle envie d'aimer.


Jacques Gamblin à côté de son double adolescent. Ce genre de scènes, dignes des pires pubs pour des banques à la con, sont légion dans le film, qui n'a pas fini de vous achever.

L'intro raconte tout ça en partant des parents des deux personnages et de leur propre naissance, avec des images en N&B pour lui et en Super8 pour elle (car il est plus vieux --> flinguez-moi...). La grosse idée pour ces flash-backs c'est que le personnage de Gamblin est incapable d'imaginer son père jeune, incapable aussi de trouver une photo de l'époque pour stimuler son cortex cérébral arrêté au point mort, du coup dans le flash-back on voit un vieillard (son père tel qu'il le connaît) épouser une jeune femme (sa mère jeune telle qu'il parvient en revanche à l'imaginer), et ça on sent que c'est une idée qui tenait à cœur aux scénaristes, le réalisateur lui-même et sa femme (qui, pour fêter son César conjugal, a passé toute l'émission des ciné-passionnés de Serge Moati à zieuter le beau cul d'Edgar Ramirez ! Je dis ça mais j'en aurais fait autant !). On sent que c'est une idée qu'ils ont notée dans une marge de leurs carnets de note, surlignée au stabylo rose, puis placardée sur la porte de leurs chiottes à l'aide d'un post-it afin de ne surtout pas l'oublier. Mais le plus fort, c'est que les deux héros du film, tels qu'ils apparaissent dans le récit principal, actuel, au présent, entrent dans l'image de leurs souvenirs et y côtoient leurs doubles du passé pour dialoguer avec eux-mêmes par-delà les années, et principalement pour s'adresser à la caméra et tout commenter avec un soi-disant humour à crever qui ferait se retourner Woody Alien dans sa tombe (s'il était mort) et qui nous inspire vraiment beaucoup de questionnements sur les deux êtres humains qui ont écrit ce torchon entre deux épisodes d'Un dîner presque parfait. Car ce que nos héros commentent en l'occurrence c'est une somme tuante de clichés : lui est né de parents bourgeois de droite, sa mère a réchappé à la Shoah et son père a fait la guerre d'Algérie dans l'armée française, et ils n'aiment pas les gens, uniquement leur confort matériel ; l'autre est née d'un père arabe serviable dont toute la famille est morte tuée par l'armée Française en Algérie et d'une mère soixante-huitarde communiste excitée et libérée, pleine de convictions démagogiques et anti-tout, qui accueillent tous les clochards de la ville chez eux... Y'a vraiment de quoi nous envoyer au trou. C'est crevant intellectuellement...


Jamel Jospin a abandonné la vie politique une seconde fois en voyant cette scène à l'UGC des Halles le mercredi de la sortie.

Ce type de mise en scène, qui se veut osée et originale, et qui n'est qu'un sommet de facilité et de banalité doublé de laideur et de maladresse, dans la droite lignée du Jean-Pierre Jeunet d'Amélie Poulain, cet humour piteux, ces raccourcis narratifs, ces personnages puants à la fois ultra stéréotypés et complètement improbables, et la présence de Jacques Gamblin, tout ça fait parfois penser au triste Le Premier jour du reste de ta vie, en moins répugnant peut-être mais en tout aussi con. Que Sara Forestier ait remporté le César de la meilleure actrice pour ce rôle qui lui a demandé d'interpréter une vraie conne m'importe peu, mais que les scénaristes de ce film, Michel Leclerc lui-même et sa femme Baya Kasmi (on sent bien l'autobiographie planquée derrière tout ça, ou plutôt on la redoute et on ne l'espère pas), aient remporté le César du meilleur scénario original pour ce truc, ça me laisse pantois.

Il se trouve que j'ai des liens familiaux ultra éloignés avec Sara Forestier. On n'est ni cousins, ni issus de germain, mais de loin en loin on a un lien. Aussi je lui dis tout de même bravo !


Le Nom des gens de Michel Leclerc avec Jacques Gamblin et Sara Forestier (2010)

31 janvier 2009

Le Premier jour du reste de ta vie

Tout grand réalisateur a commencé par un grand film. Dans un article intitulé "Voilà pourquoi je suis le plus heureux des hommes" (Esquire, 1969), François Truffaut écrivait : "Les progrès ? C'est de la blague. Il faut essayer d'en faire, mais il est bon de savoir qu'ils seront dérisoires par rapport à la richesse qui est en nous et qui s'est exprimée dans le premier rouleau de pellicule impressionnée : tout Bunuel est dans Un chien andalou, tout Welles dans Citizen Kane, tout Godard dans A bout de souffle, tout Hitchcock dans The Lodger". Eh bien de même, tout Bezançon est dans Ma vie en l'air. Et je parle pas seulement du talent de Rémi Bezançon, mais aussi de la ville de Besançon, filmée sous tous les angles par son plus fidèle citoyen. Et si vous avez eu le malheur de voir Ma vie en l'air, vous saurez que tout Rémi Bezançon ça pèse pas lourd, et si cette première œuvre était une baffe dans la gueule du spectateur, son second film, si bien-nommé Le premier jour du reste de ta vie, est un grand coup de machette sans anesthésie qui vous traversera de part en part en passant par nombre d'artères principales et d'organes vitaux.



Inutile de s'éterniser puisque des centaines de travaux universitaires verront bientôt le jour pour percer les mystères de l'œuvre abyssale de Rémi Bezançon, qui est en lice pour recevoir une poignée de Césars dans quelques jours, dont ceux du meilleur réalisateur ou du meilleur film. Là j'ai un ton assez ironique, un peu détaché, pince sans rire, tendance humour british, mais je vais essayer de vite m'en défaire, pour ne pas m'y emprisonner et faire l'honneur d'une ombre de subtilité au film de Rémi Bezançon. Nous sommes en présence d'un des pires films jamais réalisés dans l'histoire du monde. Je crois que je n'aurais pas de mal à le ranger parmi les 10 films les plus laids que j'ai jamais vus... Ou peut-être, parmi les 5 films les plus laids ? Parmi les 5 films les plus laids que j'ai jamais vus... Pour une fois je n'ai vraiment aucune sorte de scrupule à enterrer ce film sous des monceaux d'insultes, dont je m'épargne la lourde et pénible tâche d'en faire la liste par cette phrase même. D'ailleurs le seul fait d'affirmer que ce film fait partie des plus grosses saloperies jamais impressionnées sur pellicule est une facilité que je me permets enfin, alors qu'elle me tend souvent les bras, parce qu'il y a urgence, parce que ce film a reçu un beau succès aussi public que critique, et qu'il importe d'en parler sans ambages.



Par où commencer quand on a déjà hâte d'en finir... Ce film c'est en quelque sorte l'invasion du cinéma français par la série américaine moyenne. Cinq épisodes, cinq tranches de vie minables, faîtes de moment tantôt graves tantôt légers, cinq étapes charnières de la vie des membres d'une même famille, une suite de sketches rapides et faciles à avaler, ponctués de clips musicaux, une multitude de saynètes chorales toutes construites sur le même patron, le tout se voulant pontifiant et plein d'une vision de la vie aussi misérable que banale, tout à fait dépourvue d'intérêt. Le film est scandé par des scènes d'une vulgarité accablante, et l'on se sent presque coupable d'être choqué par ces instants de profonde bêtise et de grossièreté infinie où Déborah François (dans le rôle d'une fille de 16 ans...), passe cinq minutes face aux parents du garçon qu'elle vient de sucer, incapable de répondre à leurs questions la bouche encore toute pleine de sperme. Suis-je puritain ? Suis-je un catho confirmé ? Suis-je un quaker oats ? Ou bien suis-je tout simplement un être sensible et plus ou moins délicat, facilement attristé par le son que fait l'actrice, hors cadre, en train de cracher le fruit de sa première fellation dans un lavabo, la semence retenue semblant correspondre au contenu d'un bon cubi. Et n'allez pas croire que j'invente cette séquence. Il m'arrive de fabuler parfois ou d'exagérer les scènes les plus détestables des films tels que celui-ci, mais là tout est tristement exact. Je n'invente rien. Seul Rémi Bezançon en était capable. Sans parler de cette autre scène où la jeune fille perd sa virginité avec le même canfre, observée par le fantôme de son enfance, qu'elle semble abandonner pour de bon tandis qu'une flaque de sang digne du Shining se répand sous la porte de la salle de bain. Là aussi vous allez m'accuser de diffamation, de prendre Bezançon en grippe, de fantasmer au détriment de cet homme. Mais je vous jure sur ma vie qu'il n'en est rien. Je ne dis rien que d'honnête. Et je préfère ne pas m'étendre sur les autres séquences infamantes de ce pur produit américain étiqueté made in France par de multiples références aux grands vins du Brulhois, subrepticement placées entre deux grandes lampées de namedropping qui rallieront les zicos et autres connards finis à la cause Bezançonnaise.



Et puis sur ces cinq tranchasses de vie, deux sont consacrées aux femmes de la famille. D'abord la jeune fille dont nous venons d'évoquer le sordide cas, puis la mère, interprétée par Zabou Breitman. Dans les deux cas, le jour le plus important du reste de leurs vies de merde est intrinsèquement lié à leur sexualité. Tandis que la première devient femme en perdant sa virginité dans ce qui ressemble à un nécessaire viol étrangement consenti (le passage d'une femme à l'âge adulte ne peut advenir autrement d'après Besancenot), l'autre, en pleine ménopause et mal baisée par son époux, a besoin de perdre la moitié de son visage dans un accident de voiture pour que ce dernier daigne la regarder à nouveau avec envie, ce qui redonne à sa vie la pleine mesure de son utilité. Je ne suis pas une chienne de garde, mais je pourrais facilement niaquer Bezançon jusqu'au sang si l'occasion se présentait au détour d'une rue.



La mise en scène de ce film est celle d'une publicité EDF mal fagotée. Chaque plan, chaque cadre, chaque lumière, chaque cut, est empreint d'un maniérisme éculé et pitoyable. Bezançon sort probablement d'une grande écoles de gros cons. Il est plein de tics, cet homme là est un ticard, un tocard, il a des tics, des troubles. Et il peaufine sa bande originale comme une petite reine, comme la dernière des Coppola, fier de faire copiner David Bowie et Etienne Daho, auquel le film est certainement dédié. Bezançon filme une scène de repas familial vouée à imager la réconciliation générale en faisant tourner sa caméra tout autour de la table, dans un sens puis dans l'autre, passant derrière les nuques rasées de près des acteurs en présence, tournant et retournant, encore et encore. C'est pesant à regarder, ça pèse, c'est lourd, n'est-ce pas. Tout ce film, tout ce cinéma-là est d'une lourdeur... ça pèse horriblement, c'est lourdingue à s'en foutre par la fenêtre de désespoir, il y a tant de poids là-dedans que c'est pas possible de le dire. Et au milieu de ce fourbis : le triste Jacques Gamblin, qui ferait bien de retourner moudre du café sous son vrai nom Jacques Vabre. Ce type-là a le nez qui s'allonge quand il ment, ce qui lui vaut, je ne vous apprends rien, d'être surnommé Pinocchio. Or quand il joue la comédie, par définition, il ment. Alors il traîne un blair pas possible de film en film. Et tout autour de cet immense naseau rocheux, sa gueule fond comme neige au soleil sous la puissance des spots des studios, sous le soleil de Satan. Ce pseudo séducteur de merde est une horreur vivante, et je dis ça en ayant plutôt de la sympathie pour lui, à cause de mes parents qui l'aiment bien. C'est un tableau de Jérôme Bosch, ou de Munch, ou de Schiele, qui a pris la pluie et qui a fondu pour mieux dégouliner sur la planche. Il faut le voir se prendre pour Jimmy Hendrix...



J'ignore si ce petit texte est réellement digne d'intérêt. Mais c'était vraiment pour faire la paix avec moi-même, pour faire un point route, pour dissiper les nuages et pour pouvoir vivre le reste de ma vie comme s'entend, l'âme en paix. Le titre de ce film m'a tutoyé et moi je l'ai insulté en retour. Je l'ai "fait passer à travers". On m'a dit ça une fois dans un bar où je perdais une soirée de ma pourtant courte vie. J'avais bu un ou deux verres de trop et j'ai accosté une fille au hasard. Son maquereau est venu me menacer de "me faire passer à travers". J'ai tourné mes béquilles et je suis retourné baiser la poutre centrale du bâtiment, la poutre porteuse, ronde et douce, qui m'a contenté ce soir là, ce soir où j'ai bien failli "passer à travers".


Le Premier jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon avec Zabou Breitman, Jacques Gamblin et Déborah François (2008)

25 avril 2008

Fragile(s)

L’idée était simple : réaliser un film choral dont le seul lien entre chaque personnages serait un labrador, vagabondant de scènes en scènes en quête de quelques caresses et d’une gamelle de croquettes qu’il finirait par obtenir seulement à la toute fin. Le film est, hélas, beaucoup plus compliqué car, durant le tournage, le labrador a foutu le camp, lassé d’être traité par-dessus la jambe et surtout de ne pas profiter d’un salaire au moins égal à celui de François Berléand. Martin Valente, jeune réalisateur français qui a lui-même reconnu lors d’une interview accordée à Paris Match qu’il était devenu metteur en scène uniquement parce qu’il espérait, un jour, avoir la chance de croiser Lorant Deutsch, a donc du revoir l’intégralité d’un scénario déjà peu brillant, en créant de nouveaux liens souvent grotesques entre chacun de ses personnages.




Ainsi, Jacques Gamblin voit son rôle de flic coriace devenir le père de Jean-Pierre Darroussin, pharmacien et célibataire endurci, pourtant d’une dizaine d’années son aîné. En pleine confusion, nous constatons plus tard avec horreur que la femme de Jacques Gamblin, incarnée timidement par Caroline Cellier, n’est autre que la fille de Jean-Pierre Daroussin. Un peu plus tard encore, on apprend avec stupéfaction que Caroline Cellier et François Berléand sont des jumeaux, Berléand étant pourtant depuis le début l’amant caché de Caroline Cellier et le fils adoptif de Marie Gillain, cette même Marie Gillain que Jacques Gamblin appelle « Tata » ! Nous sommes alors en présence de l’un des plus tristes cas de familles consanguines de l'histoire du 7ième Art ; même le nouveau spécialiste du genre Rob Schmidt n’avait pas fait mieux dans son film d’horreur Détour Mortel, de bien triste mémoire, où une famille d’attardés s’en prenait à des touristes allemands perdus en plein Kansas.




Mais les anomalies et autres étrangetés de Fragile(s) apportées par les retouches du scénario suite au départ imprévu du chien vedette ne s’arrêtent pas là. Au cours d’une scène surréaliste, le second rôle inutile interprété par Maureen Dor, nettement plus à l’aise sur les plateaux télé, se voit relier aux autres personnages d’une bien triste manière : se baladant pieds nus dans son jardin, elle enfile sans raison une chaussette qui traînait par-là, apportée par le vent, et surtout aidée par un François Berléand étendant son linge avec une désinvolture flagrante dans l’interminable scène précédente. En plus de nous imposer la vue des effroyables panards de Maureen Dor, deux infâmes bouts de chair rouge vif qu’on croirait sortis de la déchetterie d’un abattoir brésilien, ce passage démontre à nouveau les faiblesses de Fragile(s). L’astuce de la chaussette est ensuite réutilisée jusqu’à l’overdose par un Martin Valette en manque total d’inspiration : une fois jetée à la poubelle par Maureen Dor pour cause d’odeur insupportable, la chaussette maléfique est récupérée par Jacques Gamblin qui y voit-là l’une des preuves manquantes pour résoudre le crime d’un enfant unijambiste, c’est ensuite au tour de Darroussin de porter la fameuse chaussette à son pied après que son père lui ait ramené du travail une fois l’affaire résolue, et c’est seulement Marie Gillain qui mettra en terme à ce déplaisant tour de manège en éliminant la chaussette dans un brasier salvateur après que son fils adoptif grisonnant l’ait laissée traîner dans le salon, à côté de la cheminée.




Bref, c’est du grand n’importe quoi. Et dites-vous bien que si j’ai inventé toute cette histoire immonde, c’est bien dans le seul but de vous préserver de la véritable histoire du film, qui est quelque chose d’encore plus minable mais de tout aussi indigeste. Martin Valente est à enfermer.


Fragile(s) de Martin Valente avec Jean-Pierre Darroussin, François Berléand, Jacques Gamblin, Marie Gillain, Caroline Cellier et Maureen Dor (2007)