17 septembre 2012

Le Prénom

Je n'ai vu que le premier quart d'heure de ce film. C'était pourtant bien malgré moi. J'étais parti pour voir ce fleuron du box-office de l'année 2012 en entier, le cœur toutefois au bord des lèvres dès les premières secondes, mes mains en train de lacérer les accoudoirs de mon fauteuil bon marché en me demandant s'il était humainement possible de démarrer un film aussi vite sur les chapeaux de roue de la médiocrité malsaine. Je remercie donc les petits facétieux qui ont mis ce film à disposition du monde entier en ne proposant que le premier quart d'heure en boucle. Ils pensent peut-être qu'ils ont bien fait... Alors que c'est tout le contraire, ce petit quart d'heure a suffi à me rendre haineux, fou et hargneux tout en m'épargnant 1h30 de souffrances supplémentaires. En ce sens, je les en remercie. Ils ont sauvé 1h30 de ma vie.



Je tenais à vous parler de la scène d'introduction qui nous fonce dessus à la vitesse d'un scooter cahoteux sur le périphérique parisien. Cette simple introduction est une souffrance, une torture pour les yeux et les oreilles, une intro à la Jean-Pierre Jeunet avec des tas de petites anecdotes capables de foutre en l'air toute foi en l'humanité, toute les espérances laissées par les avancées technologiques, artistiques et médicales de ce dernier siècle. Cette intro pourrait boucher les artères d'un jeune adulte sportif suivi par le meilleur diététicien du pays. Le texte en voix-off lu par un Patrick Bruel survolté est d'une affliction qui remplira mes nuits d'insomnies fréquentes et irrémédiables. Rien que pour cette intro, ce film remporte déjà la palme de l'abjection. Il faut voir, à la fin de cette scène, Charles Berling traiter un livreur de pizzas comme la dernière des merdes qui aurait encrassé ses pompes à 1000 dollars.



La suite est d'une médiocrité telle qu'on pense se trouver face à un canular filmé. Patrick Bruel y est de tous les plans, ce qui contribue à rendre le tout douloureux pour les yeux. Lorsqu'il n'est pas à l'écran, c'est sa voix (off) qui prolonge le supplice. Bruel passe une nuit d'insomnie à lire un bouquin et tandis qu'on le regarde bouger d'un canapé à l'autre dans le salon de 150 mètres carrés de son beau-frère Berling, sa voix nous décrit avec misère cette image souffreteuse projetée à l'écran. Ce film est d'une calamité sans nom, et si c'était un lieu, un endroit, ce serait la décharge publique de Guatemala City. Il met en exergue les pires travers de l'humanité. Et dire qu'il a rameuté 3,2 millions de spectateurs, et essentiellement par le bouche à oreille. Penser à cet état de fait, à cette situation, me fait très franchement entrevoir un avenir précaire pour l'Homme. Le cinéma est régulièrement trainé dans la boue, mais à ce niveau-là c'est machiavélique.



Le Prénom est une tragédie et une abjection. Tous les gens qui ont participé au financement, à la réalisation, à l'interprétation, aux décors, aux lumières, aux sons, à la distribution, à la promotion, tous ceux qui ont participé au bouche à oreille, tous les techniciens impliqués, tous les acteurs... Tous ces gens mériteraient d'aller au bagne à Cayenne, casser des cailloux avec leurs pieds, briser des mottes de terre avec leurs mains, lutter contre les moustiques tropicaux, dormir sur de la boue séchée en saison sèche et de la boue humide en saison des pluies, subir des privations alimentaires et être interdits de remettre les pieds sur un plateau de cinéma, voire même dans une salle de cinéma. Ce que ces gens ont fait est impardonnable et inqualifiable. Si ce film était un joueur de football il s'appellerait Francis Llacer. Tous responsables, tous coupables.


Le Prénom d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte avec Patrick Bruel et Charles Berling (2012)