9 septembre 2009

Partir

Cette critique c'est David contre Goliath, et je suis dans le rôle de celui qui se fait marrave par la bête. A part le jeu de mot pourri qui consiste à dire au début de la séance: "T'as bien pris ton billet ? Parce qu'on voit Partir", le film ne permet jamais de sourire. C'est une descente aux enfers en un seul acte et trois personnages, dont une femme, qui est le départ de feu de l'histoire. Cette femme c'est Kristin Scott Thomas. Autrement dit le fantôme anglophone le plus célèbre du cinéma Français. On sait tous qu'elle est actrice mais de là à citer sa filmographie... Elle a bien explosé en vol avec Le Patient anglais (traduction douteuse de "The English Patient" en VO), film pourtant célèbre dont on peut dire que les deux auteurs de ce blog sont "passés à travers". Même depuis la mort d'Anthony Minghella, pas moyen qu'on s'y intéresse. Et pourtant son décès a été tout autant médiatisé que celui de Thierry Gilardi, alors que les deux hommes n'ont pas vraiment eu le même pouvoir d'incursion dans le petit cocon familial français. Kristin Scott Thomas, peut-être la favorite des soixantenaires (je crois que mon paternel est fan), c'est le genre de femme dont on se dit: "Si ma meuf ressemble à ça à 60 balais, je ferai pas la gueule. Je signe où ? Sur son cul ?". Et à la fois on se dit que 60 ans c'est quand même dans quarante ans, et d'ici là on a le temps de bander mou. L'effet qu'elle a sur moi est un peu comparable à celui de Ségolène Royal, mais bien moins fort étant donné qu'en 2007 j'étais le premier homme non pas à marcher sur la lune, mais à voter avec la queue. Scoot Thomas c'est les yeux cernés de bleu les plus connus du cinéma, c'est le seul cas dans la petite famille du ciné français de ménopause filmée, mais aussi, et ce film nous l'apprend, c'est la paire de nibards la plus laide du 7ème Art.



Dans ce film elle est ballotée entre la froideur d'un Lillois mesquin aux yeux dans les mains (comme dans Le Labyrinthe de Pan) sous les traits ingrats d'Yvan Attal, et la chaleur d'un Sergi Lopez en grande forme, fort de 100 kilos de testostérone enfouis sous le couvercle d'une carrosserie d'acier à peine voilée par un t-shirt Quetchua trop grand pour lui. On a pas suffisamment dit à quel point cet acteur Franco-Espagnol est l'éternel espoir du cinéma tantôt ibérique tantôt franchouillard. Entre parenthèses, Sergi Lopez annonçait récemment dans une interview accordée à Télérama qu'il met un point d'honneur à accomplir la moitié de sa carrière de chaque côté des Pyrénées dans un affreux grand écart qui nous laisse imaginer son churro chatouillé par le plus haut sommet de ce massif montagneux, à savoir le Pic d'Aneto. Que dire de plus sur Attal qui n'ait jamais été dit... Cet homme-anguille, capable de se faufiler dans n'importe quelle production française sans qu'on le remarque vraiment. Si, la question qui se pose, et qui occupe actuellement plusieurs laboratoires scientifiques en France, détrônant le mystère de la théorie du Big Bang, c'est la suivante : Quel film a bien pu faire "exploser" Yvan Attal ? En tout cas dans ce film, il est out standing.



Ce film, pour en revenir au film, m'a fait un effet rare. Voir ce film fut pour moi l'équivalent d'une journée passée aux urgences, au Pôle Emploi, en hôpital psychiatrique, en prison, en maison de retraite, devant un match de l'équipe de France de Domenech ou chez mon Tonton Roland, soit dans les endroits les plus déprimants du monde. Ça m'a foutu un cafard de tous les diables. J'ai pensé à toutes les choses qui pourraient aller mal dans ma vie. J'ai eu le sentiment que mon existence était sans issue. J'allais méga bien avant d'entrer dans la salle de cinéma, en sortant j'avais un bourdon gros comme ça. On sent que Catherine Corsini a vécu cette histoire ou presque et qu'elle a eu envie de nous faire ressentir le mal qu'elle a pu traverser. Sauf que cette souffrance est condensée sur une heure et demi de film, soit l'équivalent d'une liqueur forte à avaler tout rond. Tandis qu'elle, elle aura pu gérer la puanteur de son histoire sur une vie et demi. Je me demande encore pourquoi la réalisatrice a jugé bon d'insérer dans son récit morbide un gag Chaplinesque voué à précipiter l'idylle adultérine du film, quand Sergi Lopez essaie d'arrêter une bagnole lancée en pente du plat des pieds.



Ce film nous apprendra aussi qu'on passe à l'acte (de tuer) plus facilement qu'on ne le croit : un ronflement de trop et le coup est parti. Il nous apprend encore qu'une femme malhabile de ses doigts et bonne à rien n'a aucun mal à charger un fusil d'assaut logiquement rangé dans la penderie d'un couple français moyen. Il nous apprend tant de choses, et à la fois si peu quand il nous serine que sans fric on ne fait rien. Selon Corsini, si l'argent ne fait pas le bonheur, il nous tient quand même par les couilles. Comment croire à cette romance utopique où les deux amants ne partagent rien d'autre que du sexe, du sexe, rien que du cul ? Tout est à l'écran, et laisse à penser que Sergi se serait réellement "tapé" Scott Thomas, pas malheureuse pour un sou, et plutôt ultra intéressée par ce goût de l'hyperréalisme qui caractérise le jeu vampirique de notre acteur fétiche. Comment croire à ce chirurgien - joué donc par le phénomène Attal - qui n'aura pas pensé à s'exercer sur sa propre tronche incendiée par le temps et des forceps un peu maladroits à la sortie du cul de Jane Birkin (je confonds tout mais je m'en fous), et qui n'a d'autre idée quand sa vieille femme veut le quitter que de la séquestrer chez lui ?



Que dire de la "mise en scène" de Catherine Corsini, dite "sobre et élégante" par de nombreux critiques. Après loin de moi l'idée d'encore lapider une meuf, je ne suis pas pédéraste, j'aime la Femme. Mais si l'adjectif "sobre" s'applique à tous les films tournés en pilote automatique mode "drunk & stunted", alors Partir rentre pile poil dans cette catégorie. Si élégant veut dire filmer des grues et des parkings souterrains en plan fixe, alors ouais mention bien à Corsini. Le seul moment du film, lors de la stonsba entre Attal et Scott Thomas, où il se passe semble-t-il un truc, qu'on qualifiera de faux-raccords sans avoir l'air d'y toucher, ça reste une pauvre idée que seule une femme comme Corsini peut se contenter d'avoir trouvée, et qui consiste à faire un parallélisme, rien moins que ça, entre le fond et la forme... Allez, fais-nous rêver avec tes trois idées, Corsini.



Bref ce film m'a foutu un giga bourdon, un capharnaüm insensé, c'est un film de meuf qui vote pour le droit des femmes à jouir à 65 ans. Dans ce film, la Femme doit tuer (littéralement) le mari impuissant, pour s'épanouir sexuellement. Mais c'est oublier que le fric compte un peu, car un gros zgeg dans une cabane en bois, passé un certain âge, ça ne suffit pas. Et dans ce scénario diabolique, Corsini place le contexte de la crise via une chiée d'allusions plus ou moins finaudes à Sarkozy, ça va d'un banquier qui lui ressemble étrangement à un gros autocollant "Sarko" sur un bulldozer planté au milieu du décor. En gros ce film c'est le mythe de Méduse revu et corrigé par Corsini.


Partir de Catherine Corsini avec Yvan Attal, Kristin Scott Thomas et Sergi Lopez (2009)

9 commentaires:

  1. Bravo ! Je retiendrai surtout de ce film les figures de haine froide adressées à nos deux rédacteurs par des spectateurs qui ont semblé apprécier cet hymne à la misère une fois la séance terminée.

    RépondreSupprimer
  2. "Hymne à la misère", ahah, bien vu.

    RépondreSupprimer
  3. partir un jour...sans retour...


    Ok ok je sors...

    RépondreSupprimer
  4. Sergi Lopez je l'aime bien, avec son gros accent pourri et son bide de mec trop costaud et trop gros à la fois.

    RépondreSupprimer
  5. Putain y'a une approbation maintenant? Je vous encule ouais!

    RépondreSupprimer
  6. Il est où le cinoche français ? Ca c'est un téléfilm, c'est du télécinoche ça !

    RépondreSupprimer