25 février 2012

Le Patient Anglais

A côté de ce classique du dimanche soir signé Anthony Minghella et adoré de tous nos parents qui se l'enfilent sans se plaindre à chaque rediffusion télévisée, une fois par semaine, le pourtant presque écœurant Out of Africa passerait presque pour un modèle de sobriété et de distinction. English Patient bat le film de Pollack à plates coutures en termes de trophées et de renommée puisque feu Anthony Minghella (l'un des deux seuls Anthony cinéastes de l'Histoire du cinéma, avec Anthony Mann, l'écart entre les deux étant digne de celui qui sépare Sam Mendes et Sam Peckinpah) rafla deux Golden Globe et pas moins de neuf statuettes aux Oscars, neuf ! Ce qui le plaça au pied du podium hollywoodien où trône encore aujourd'hui Ben-Hur, récemment rejoint par Le Retour du roi et Titanic. Faut dire que ce gigantesque succès de pacotille synonyme de grosse manne à pognon était télé-guidé par la machine Minghella, et machine est le mot juste puisque l'homme, mort prématurément en 2008, ne réalisa qu'une poignée d'autres films du même calibre, des tragédies romantiques pour gonzesses vouées à faire main basse sur toutes les récompenses, dont Retour à Cold Mountain, une autre Rolls-Royce des cérémonies qui ne rencontra pas son public : 7 nominations aux Oscars, 8 aux Golden Globes, et seulement deux prix d'interprétation pour Renée Zellweger dans le pire second rôle de sa vie, alors qu'à ses côtés Kidman et Portman se disputaient les slips des quelques spectateurs mâles du film, dont votre humble serviteur, tiraillé entre le passé et le présent dans un grand écart douloureux pour les bijoux de famille. La machine Minghella s'était sans doute un peu enrayée après avoir brillé de mille feux dans Le Patient Anglais, un modèle quasi limite du genre : tout est réuni dans ce film pour faire chialer le monde. Tout c'est d'abord une mise en scène d'une platitude absolue et d'un académisme obtus qui met un point d'honneur à ne surtout jamais tenter quoi que ce soit pour ne pas déranger le confort de ces messieurs dames. La seule tentative formelle tient dans un fondu enchaîné qui confond les dunes de sable du désert vues du ciel et les plis du drap qui recouvre le corps souffreteux d'un personnage condamné à une mort lente par un accident d'avion dans le désert en question, personnage dont la troisième jambe intacte, et désormais plus vivante que lui, a valeur d'Everest saillant au milieu des dunettes que ses guiboles sans vie forment sous le plaid filmé avec amour par Minghella.




Tout c'est aussi et donc surtout un récit calibré au nanomètre pour épater la bourgeoise. Je vais essayer de vous faire un résumé de l'histoire, accrochez-vous à votre fauteuil et tâchez de ne pas fermer l’œil. La première scène du film nous montre un avion sur le point de s'écraser dans le désert. Le pilote (Ralph Fiennes, à l'époque au sommet des charts en Angleterre après sa performance entre autres dans La Liste de Schindler, et dont ce rôle chez Minghella fut le chant du cygne, vu qu'il se croûta ensuite lamentablement) essaie de s'extraire de l'appareil tant bien que mal au risque de se faire cramer le sommet du bulbe par les flammes que crache le moteur en feu de son zinc et de se retrouver avec une banane flambée à la place du crâne pour le restant de ses jours. Nous le retrouvons ensuite dans un camp de blessés, brûlé au dernier degré et agonisant (les flammèches embrasant ses cheveux secs se seront répandues comme un feu de paille sur l'ensemble de son habeas corpus). Il apprend alors à un infirmier qu'un certain officier, sur lequel on l'interrogeait, est mort, tué par un éclat d'obus, ce qui ne tombe pas dans l'oreille d'une sourde puisque Juliette Binoche, elle aussi infirmière dans le camp, fond en larmes au second plan en apprenant la nouvelle du décès de son fiancé. "J'ai dit un truc qu'il fallait pas ?", demande Fiennes, complètement dans les choux sur son plummard. Dans la séquence suivante la même infirmière éplorée, la belle Binoche, fait partie du convoi voué à déplacer les grands brûlés en lieu sûr quand elle aperçoit par hasard une amie à elle, assise à l'arrière d'une jeep sur le point de dépasser le cametard qui la transporte elle et les blessés (dont Fiennes, à prononcer "Fiénès", lequel fait décidément peine à voir, carbonisé de la tronche aux pieds). Binoche et son amie discutent cinq bonnes minutes pour fêter leurs retrouvailles tandis que les chauffeurs du camion et de la jeep se lancent des regards exaspérés en essayant de rouler à la même vitesse pour ne pas déranger la conversation, comportement assez improbable en temps de guerre mais soit. Binoche rend un bracelet en or à sa copine, qui le lui avait gentiment prêté... Puis la jeep accélère car son conducteur en a ras-le-bol, doublant le camion et traçant à fond la caisse sur la route avant d'exploser sur une mine 200 mètres plus loin. Binoche, qui a vu toute la scène, saute du camion en marche, court en hurlant vers ce qui n'est plus qu'un volant bouillant planté au milieu d'un cratère, et retrouve sur le bas-côté le fameux bracelet en or intact, dont la propriétaire s'est volatilisée sous l'impact de l'explosion, littéralement atomisée. Tout n'est donc pas perdu, mais Binoche l'a mauvaise et en conclut que les gens qui l'aiment sont condamnés à mourir très vite et de préférence dans un grand "BOUM !"



Dégoûtée par sa destinée, elle décide de se retirer dans un monastère en Toscane et garde Ralph Fiennes à ses côtés, qui est par ailleurs devenu amnésique après s'être extirpé de son avion thermostat 6, petit détail que j'avais omis de rappeler. Anthony Minghella n'a cessé d'affirmer en interview au moment de la sortie du film que le Comte László Almásy (Ralph Fiennes) a réellement existé, "c'est une histoire vraie !" clamait le cinéaste par monts et par vaux, même s'il ajoutait ensuite que la chronologie des événements, la liaison avec Katharine (Kristin Scott Thomas) et ses conséquences ainsi que tous les autres événements du script relèvent de la pure fiction nécessaire à la narration. Binoche s'occupe donc du blessé amnésique, véritable merguez humaine, tout en cavalant à droite à gauche comme une surexcitée. En parallèle à ça, Ralph Fiennes (prononcez-le comme bon vous semble car ce patronyme est jugé imprononçable par son porteur lui-même) recouvre lentement la mémoire, et le film est alors envahi de longs flash-backs, au point qu'on se retrouve face à deux films emboîtés l'un dans l'autre. On a deux histoires pour le prix d'une ! Avant de cuire dans son cockpit, Fiennes était le bel homme que l'on sait et il courtisait sans en avoir l'air une femme mariée sous les traits distingués de Kristin Scott Thomas, l'éternelle aristo du Commonwealth. Lors d'un trek dans le désert, on voit Fiennes (ne le prononcez pas) bâcher la jeune femme avec un sang froid de bad boy genre renard du désert intrépide typique, de quoi faire chavirer la belle comtesse, séchée en apparence par le soleil aride du désert maghrébin mais détrempée en réalité par les assauts du beau ténébreux. Quand elle lui pose une simple question, Fiennes le taciturne qu'il ne faut pas faire chier répond qu'il a fait le même voyage en bagnole avec un touareg quinze jours plus tôt sans que ni lui ni son passager ne prononcent un traitre mot en 5 heures de trajet, et de conclure : "c'était le plus beau jour de ma vie". Scott Thomas s'en prend plein la gueule pour pas un rond, au propre comme au figuré, littéralement tabassée par un vent de sable tapageur elle se fait en prime remettre en place dès qu'elle ouvre la bouche, elle n'a pas droit à un regard de la part de son interlocuteur focalisé sur la route (je rappelle qu'ils sont dans le désert, où il n'y a pas de route) à part quand, lors d'une pause bien méritée, elle se trouve de dos, penchée en avant... son guide britannique la considère tantôt comme une sous-merde tantôt comme un récipient : elle est amoureuse.




S'ensuit une scène clé du film. La voiture de tête du trekking est pilotée par un raciste notoire qui n'arrête pas de claquer dans ses doigts pour que l'arabe transformé en petit sablé assis sur le toit inconfortable de sa bagnole se penche sur le côté du véhicule et lui cause par la fenêtre, sans doute pour lui indiquer la "route". A chaque fois que le pauvre arabe s'exécute le fumier qui est au volant lui jette une cacahuète dans la bouche que l'autre chope difficilement au vol avant de retourner se percher sur le véhicule. Le conducteur, qui se veut un véritable enculé du quotidien, espère en foutre plein la vue à Fiennes, assis à ses côtés, qui a quitté la caisse occupée par Scott Thomas car elle le saoulait trop et pour se faire encore plus aimer d'elle. Mais à la troisième cacahuète, l'arabe glisse et se casse la gueule du toit, tombant à flanc de dune dans un précipice où le conducteur le suit par réflexe (ou pour l'achever en lui roulant dessus ?), lançant son 4x4 à la renverse dans un banc de sable. Le conducteur du véhicule suivant croit à un soudain changement de direction, un raccourci à travers sable, et fonce à son tour faire des tonneaux dans le sable, le tout sur la musique de Gabriel Yared. Bref on se retrouve avec deux véhicules enlisés sur trois et il faut que la dernière voiture fasse demi-tour pour aller chercher du secours auprès de l'époux de Scott Thomas, resté en ville. Les émissaires montent à bord du dernier tout-terrain fonctionnel, y compris notre charmante touriste déjà emballée et pesée par son guide anglo-saxon, qui s'installe à la place du mort. Mais au démarrage les pneus patinent et le bolide manque de rester tanqué dans le sable. Scott Thomas abandonne sa place de bon cœur pour camper pendant deux jours sous un soleil de plomb aux côtés de son bellâtre. Aussitôt la dame descendue de voiture, celle-ci démarre sans difficulté. Les 34 kilos que pèse l'actrice empêchaient l'automobile remplie à ras-bord d'une demi douzaine de sherpas de s'élancer convenablement. Passons. Si vous avez lu jusque là vous pouvez affirmer que vous avez "vu" ce film.



La nuit tombe et Scott Thomas la regarde tomber, assise en tailleur sur une dune. Fiennes la rejoint et lui conseille de se radiner dans une des deux bagnoles immobilisées. Mais madame "regarde les étoiles en désordre" (sic.), "J'essaie de les ranger" dit-elle à un Ralph Fiennes à deux doigts de péter les plombs. Ce renard de Tunis qui semble avoir roulé sa bosse dans tous les océans de sécheresse de l'Afrique du Nord lui montre alors une tempête de sable qui se lève à trente mètres de leur campement de fortune. Après en avoir pris plein la tronche, les deux tourtereaux ensablés de pied en cap se calfeutrent dans leur voiture embourbée et regardent les vagues déchaînées de poussière s'abattre contre les vitres de la carlingue. Fiennes, tout en caressant les cheveux de sa blonde, se lance alors dans un interminable laïus sur les différents types de vent qui sévissent dans le désert. Car non content d'être un baroudeur de Kebili et de Rabat, notre anglais est cultivé. Il lit aussi Kipling et tient un journal dans lequel il évoque Scott Thomas sans la nommer comme une femme "dont les vêtements flottent" (sic...). Quand sa compagne de déroute tombe sur ces pages secrètes elle en fond dans sa culotte, toute cette poésie, tout cet amour, ça la finit littéralement. Ils sont toujours coincés dans la voiture par la terrible tempête quand Fiennes poursuit sa leçon de climatologie en causant d'une antique armée d'arabes qu'on avait levée pour affronter un vent considéré comme particulièrement redoutable et Scott Thomas s'endort net, le sourire tout de même figé sur la face et une main posée sur la braguette de son somnifère. Au petit matin, les deux futurs amants se réveillent en catastrophe pour constater qu'ils ont raté le passage de leurs sauveteurs. Après cette contrariété ils se décident à déterrer l'autre bagnole, complètement recouverte de sable, dont les passagers sont en train de mourir étouffés.




Retour au présent : Binoche, la Toscane, l'abbaye de Santa Anna in Camprena, le gros lardon fumé cloué au lit etc. Quoique, la peau du visage de Fiennes a déjà meilleure allure. L'homme semble se régénérer lentement, naturellement, Binoche est la Malicia de son Wolverine (private joke pour les tarés de comics !), elle qui bute tout ce qu'elle touche et lui qui retrouve ses facultés sans broncher. En tout cas nos deux larrons vont bien. Binoche lit Kipling à Fiennes qui n'écoute que d'une oreille (car il ne lui en reste plus qu'une). Et puis un nouveau venu se pointe. Un Australien patibulaire incarné par Willem Dafoe. Binoche étant également australienne dans le film, le courant passe immédiatement entre eux et Dafoe est convié à partager les murs des deux héros. Mais ce type est louche, il a un secret. Il s'en prend rapidement à Fiennes auprès de Binoche en ces termes : "Je sais quelque chose que vous ne savez pas sur ce soi-disant english pashient...". A partir de là l'intrus va s'acharner à questionner Fiennes sur son passé obscur et pousser le convalescent à se rappeler l'intégralité de son histoire oubliée. J'ignorais qu'il suffisait aux amnésiques d'un type curieux un peu insistant pour revoir leur passé dans les moindres détails, mais soit. En tout cas c'est ce que parvient à faire Fiennes, poussé à cela par un Willem Dafoe ganté de mitaines noires qui n'a de cesse de laisser pianoter ses huit doigts sur tous les meubles de la pièce en faisant les cent pas autour du plumard du grand brûlé. Le blessé alité n'en peut plus de voir l'autre lui tourner autour en faisant des moulinés avec les bras pour mieux faire mater ses mains amputées de leurs pouces et il finit par lui demander ce qui est arrivé à ses crayons. Mais on ne saura la réponse que plus tard. Je place là un suspense identique à celui placé par Anthony Mandela, j'espère que vous kiffez !



Dans un nouveau flash-back langoureux, Kristin Scott Thomas lave les cheveux de Ralph Fiennes (comme Bob Redford lavait ceux de Meryl Streep, Le Patient Anglais et Out of Africa, ces deux terribles fresques mélodramatiques à Oscars, ont décidément bien des points communs), puis elle le rejoint dans son bain, ce qui donne l'occasion à l'actrice de se montrer entièrement nue pour ne pas complètement perdre les spectateurs mâles qui regardent le film aux côtés de leurs épouses et concubines en pointant discrètement leur index sous leur nez en direction de l'écran pour transformer mentalement la romance à l'eau de rose de Minghella en shoot'em up à la première personne. Fiennes demande à sa dulcinée ce qu'elle aime dans la vie (erreur de débutant) et elle lui répond en vrac : "La vie, les fleurs, le chocolat, la musique de merde, le shopping, l'eye-liner, les roses... la vie quoi !". Puis elle lui retourne la question, à laquelle il répond : "Le silence, le désert et ta mère" (sic. semper tyrannis), et elle enchaîne en lui demandant ce qu'il n'aime pas (les meufs et leurs questions...). Alors le séducteur répond de façon plus ou moins habile (très maladroit ou échaudé par les devinettes de sa conquête) qu'il n'aime pas s'attacher, ni en voiture ni en amour, et qu'il vaut mieux pour elle qu'elle tire un trait sur le mariage. Scott Thomas en laisse tomber son savon, repousse la tête de Fiennes jusqu'alors scotchée à ses nibards et sort du bain, vexée semble-t-il. Mais un peu plus tard, alors qu'elle est en train de servir des plats dans une cantine de soldats à Pienza (Italie), Ralph Fiennes vient retrouver sa maîtresse et lui demande discrétos de simuler un malaise pour le rejoindre dans la cave. Elle s'exécute et s'ensuit une scène d'amour torride et gluante entre ces deux amants illégitimes. Juste après la fin du coït, accompli debout à même une poutre qui s'en souviendra toujours, Fiennes s'escape juste avant que le mari de la jeune femme la rejoigne, lui avoue qu'il adore quand elle sue comme ça. Puis cet époux naïf embrasse sa belle et s'étonne de son odeur d'amande douce et de tajine aux pruneaux. Voilà qui nous rencarde sur l'eau de toilette pas très virile de Fiennes ou sur l'odeur de son liquide séminal après ingestion d'un gros couscous royal, si on opte pour une interprétation plus flatteuse mais moins glamrock ; et voici surtout qui fout Scott Thomas drôlement dans la merde. Plutôt que de prétexter qu'elle a récemment changé de déodorant ou qu'elle s'est un peu lâchée sur les keftas de la cantine, elle fronce les sourcils, écarte son époux naturellement suspicieux d'un coup de coude et s'éclipse sans mot dire. Évidemment le mari cocu a tout pigé et il passera ensuite toute une (longue...) séquence assis dans sa voiture à regarder la façade d'un hôtel où Scott Thomas déballe encore ses pectoraux au pieu avec un Fiennes tout fou. Si vous avez tout lu jusqu'ici vous êtes un gros malade.




Dans l'autre récit, celui au présent, Binoche s'est isolée dans une ramification du monastère et joue du piano sur un instrument désaccordé, penché à la verticale suite à un bombardement. Un cri se fait entendre : "Arrête, arrête tout, chawarma !". C'est Saïd de Lost qui rapplique, enrubanné car de confession Sikh, et qui implore Binoche d'arrêter sa musique car selon lui les allemands adorent piéger les pianos, et parce qu'en outre elle joue "comme une merde" (sic. encore). Notre nouvel invité est un expert en déminage. Binoche le rassure : "Ca fait deux plombes que je me fous en l'air sur ce claveçin et rien n'a sauté". Mais Saïd jette tout de même un œil sous la queue du piano, coup d’œil rapide vu que l'instrument est complètement retourné sur lui-même, pour découvrir ce qui doit être une bombe : "Voyez...". Binoche rétorque alors avec un sourire : "C'est peut-être parce que je jouais du Bach que ça n'a pas explosé". Saïd la fusille du regard. "Je dis ça parce que Bach est Allemand...", ajoute Binoche. "Je sais, j'ai beau être black je connais Bach, c'est pas drôle pour autant", conclut le démineur avec un regard glaçant. Binoche vient de se faire torcher, un homme lui a rabattu son claque-merde, conséquence ? Je vous le donne en mille : elle est folle amoureuse. Plus tard elle passera des plombes à la fenêtre, à mater le démineur Sikh s'affairant dans le jardin, et Fiennes n'aura de cesse de lui dire : "Allez, va te le faire, tu peux te faire qui tu veux ! Va te le faire !". Elle suit son conseil et va ouvrir les hostilités en allant conseiller à Saïd de laver ses longs cheveux noirs et soyeux non pas avec de l'huile de moteur mais avec de l'huile d'olive (véridique), profitant de lui donner ce conseil pour le mater torse poil en pleines ablutions. Puis elle finira par coucher avec lui après une séance de haute voltige. En effet Saïd l'emmène dans la grand salle du monastère, lui noue une corde autour du ventre, puis l'envoie en l'air grâce à un astucieux système de poulies pour la faire valdinguer aux quatre coins de l'édifice avec une torche à la main, lui permettant de regarder les peintures murales tout en chopant la chiasse. Et pendant ce temps la guerre fait rage... Suite à ça Binoche tombe dans les bras de Saïd et ils s'envoient en l'air pour de bon, ce qui permet à l'actrice de montrer un sein afin de maintenir la concentration des spectateurs hommes en transe. A ce propos je me demande encore comment Juliette Binoche a pu recevoir l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour ce film, même si je l'adore sincèrement. Dans ce film elle ne fait strictement rien à part s'ébahir la plupart du temps pour des conneries et fondre en larmes dès que ça se présente...



Dans un énième flash-back, Fiennes se retrouve seul dans le désert (je passe pas mal d'épisodes, vous m'en voudrez pas ?) quand l'avion de son ami et rival (l'époux de Scott Thomas), approche pour lui venir en aide. Mais au lieu de se poser en douceur, le mari jaloux et revanchard lance son appareil en piqué sur Fiennes pour le tuer et en finir avec sa propre existence trahie. Sauf que, et nous ne le découvrons qu'en même temps que Fiennes (qui a donc échappé au crash grâce à quelques pas chassés sur le côté), le cocu avait prévu d'embarquer Scott Thomas dans son crime et suicide, la femme volage, l'infidèle impie, également présente à bord du planeur. Fiennes découvre que le mari est mort mais que sa bien-aimée vit encore. Le crash a été terrible, d'une violence inouïe (imaginez un avion qui s'écrase à pic et à pleine vitesse sur une butte de terre sèche, dites-vous que le film déborde de fric et que tout ça est suffisamment bien fait pour nous suggérer la violence du choc, dont même Robert Patrick sortirait en lambeaux), mais Scott Thomas apparaît à peine un peu débraillée sur le siège avant de l'appareil, les lunettes de travers. On nous dit cependant qu'elle est grièvement blessée et Fiennes décide de la transporter vers un abri. Sur le trajet en direction d'une caverne tout à fait appropriée, Scott Thomas lui dit qu'elle l'a toujours aimé et Fiennes explose en sanglots. Finalement il la dépose dans une grotte en lui laissant du papier, détail qui peut sembler scabreux mais au moins Fiennes est-il un homme prévenant. Il lui abandonne aussi un crayon et une lampe torche. Puis une fois mise à l'abri, il lui jure de ne jamais l'abandonner et ment aussitôt en partant chercher du secours à trois jours de marche dans le désert le plus total (même si les scènes ont en réalité été tournées aux oasis de Chebika et Midès, mais laissons ce goof de côté). On le voit crapahuter à bout de forces et le montage alterné nous dévoile la fin de Scott Thomas, dont la torche n'a plus de piles. Arrivé à bon port, Fiennes demande à un officier de lui prêter sa voiture, de la morphine et un médecin pour aller sauver sa femme qui clamse dans une caverne au fond du désert. L'officier commence à faire chier en lui demandant ses papiers d'identité. Fiennes ne les a pas sur lui, tu m'étonnes ! On lui demande son nom. Il répond : "Salazny". L'autre répète "Schwarzy ?" et lui demande d'épeler. Fiennes le chope par le col et s'apprête à lui casser la gueule quand un soldat lui met un coup de crosse sur la nuque. Il se réveille dans une jeep battant la campagne, menotté, demande ce qu'il fout là et l'officier lui répond qu'il va en taule, "Sale fritz !". Fiennes proteste qu'il est anglais et, pour l'heure, peu patient, mais l'officier rétorque : "Salazny von Bismarck c'est Anglais peut-être ? Fous fous foutez de ma gueule ?" (dans la VF). Puis notre héros malmené se retrouve dans un train de prisonniers en direction de Benghazi. Prétextant une envie de pisser il tue son garde et saute du train. Boitant et suffocant, le voila reparti pour la ville le long des rails, poussant un hurlement de désespoir qui résonne dans tout le désert filmé en plan d'ensemble par un Minghella un poil zélé, appuyé par un ingé son au rabais. L'incompréhension irritante de l'officier, l'angoisse du temps perdu dans une course contre la montre entre la vie et la mort, l'injustice ulcérante subie par le héros et sa femme impuissante, tout est là pour nous pourrir la vie.




Finalement retourné en ville, Fiennes est vexé qu'on l'ait pris pour un Allemand et il s'en va donc pactiser avec l'ennemi. Moyennant quelques informations de premier ordre, les "fritz" lui donnent de l'essence pour qu'il puisse retourner vers sa femme en avion (l'un des moyens de transport mis en avant par le film, aux côtés du 4x4 et de la bicyclette). C'est à cause de ces informations échangées avec les allemands que Willem Dafoe, qui était un associé du mari de Scott Thomas et un espion australien infiltré dans les rangs de la Wermarcht, est fait prisonnier et torturé par un officier nazi surmené. D'où la perte de ses précieux pouces, et d'où sa colère à l'encontre de Fiennes qu'il prenait pour un collabo. Bref, Fiennes retourne dans la grotte au milieu du désert, retrouve sa femme morte, s'allonge près d'elle, lui caresse les cheveux, puis la porte hors de la caverne en hurlant sa peine, le visage baigné de larmes. Retour au présent. J'abrège un peu. Saïd est appelé pour désamorcer un obus tombé sans éclater près d'un pont, il est sur la bête quand un convoi de tanks américains débarque à toute berzingue pour fêter la fin de la guerre : on est en 1945 et les Allemands viennent de capituler. Mais les vibrations des chars sont sur le point de faire sauter l'énorme bombe sur laquelle Saïd a le cul vissé. Après un long suspense, ce dernier coupe un fil au hasard et il est sauvé alors qu'on s'attendait tous à ce qu'il y passe, puisque Binoche venait de (diablement) le toucher et s'apprêtait à le rejoindre sur son vélo, et aussi parce que c'est l'arabe du film. Mais nous avons passé trop de temps avec ce personnage pour le voir mourir si atrocement désatomisé par une explosion à bout portant, et l'iniquité d'une mort survenant dans la minute suivant l'annonce de la capitulation serait trop insupportable au spectateur déjà frustré par les malheurs à répétition que subissent tous les personnages. Chez Minghella et tous ceux de son espèce, il faut raison garder et spectateur ménager. La guerre est finie, tout le monde est content. Binoche, Saïd et Dafoe mettent Fiennes sur un brancard et lui font faire dix fois le tour de la fontaine en bas du monastère, réduisant probablement son espérance de vie déjà brève de moitié. Saïd aura juste le temps de voir mourir l'un de ses meilleurs amis (quant à lui inconnu du public, rassurez-vous), parti planter le drapeau américain sur la tête d'une statue au milieu de la place du village voisin avant de se faire déchiqueter par une mine posée là avec malice par un Allemand vicieux et sans doute précog. Après quoi le démineur Sikh s'en va sur sa moto, laissant Binoche livrée à elle-même et livrée à un nouvel éclat de larmes... Cette dernière reste auprès de Fiennes qui n'en a plus que pour quelques minutes, agonisant suite au tour de manège improvisé autour de la fontaine pour fêter la fin des hostilités, et elle lui lit les derniers mots écrits par Scott Thomas sur son journal avant de mourir, ce qui a pour résultat immédiat de propulser Fiennes dans l'au-delà. De nouveau triste mais souriante, Binoche est appelée par Dafoe qui quitte le monastère vers Florence à bord d'une voiture pilotée par une belle italienne sur laquelle il semble avoir des vues. Binoche regarde le soleil d'Italie, assise sur le siège arrière de la jeep, affichant un sourire aussi mélancolique que comblé. Fin. Rideau. Neuf Oscars dont ceux du meilleur réalisateur et du meilleur film. O_O


Le Patient Anglais d'Anthony Minghella, avec Juliette Binoche, Ralph Fiennes, Kristin Scott Thomas, Willem Dafoe et Naveen Andrews (1996)

27 commentaires:

  1. Chaud de laisser un com après ça! Saluons le courage qu'il t'a fallu pour voir le film en entier et pour le régurgiter de cette manière!

    J'ai vu ce film par bribes, m'endormant systématiquement au bout de 5 minutes, et à chaque fois que je me réveillais c'était pour voir les pires scènes de toute l'histoire du cinéma. Des choses improbables, intenables, assommantes. Film de meuf, mon cul !

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  2. Ahah !

    Film FAIT pour les meufs, dans l'intention, par des gros cons...

    Merci d'avoir tout lu, j'ai bien conscience de peut-être flinguer des journées avec ça, mais j'en avais besoin. Je suis pas fier.

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  3. L'un des meilleurs articles de l'histoire d'Il a osé. Du grand art. Un tract, un roman, de la grande littérature.

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  4. J'ai tout lu à voix haute, pour moi-même et pour la postérité.

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  5. Si je n'avais pas lu la fin du second paragraphe,j'aurais cru que Le patient anglais était un éloge de la pipeletterie entre gonzesses en temps de guerre. Ce que ce film m'a toujours semblé être. Je ne l'ai pas vu et je ne le verrai jamais.

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  6. Je suis arrivé au bout de ton article, Rémi. Je suis bien content d'avoir pris connaissance des infos de cet insoutenable mélo pompeux, arrangeant et démago par ce biais. Je pense que je me serais suicidé si j'avais vu le film.

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    1. Ravi de t'avoir maintenu parmi nous alors !

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  7. Vous êtes des oufs

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  8. Avatar n'a eu que 3 oscars. Tu voulais peut-être dire Titanic ?

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    1. Complètement, merci pour la rectification.

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  9. Quelle objectivité !
    Et surtout que de contre-sens... Plusieurs erreurs de compréhension.

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  10. Pascal Nouma Noumayé30 avril 2012 à 17:25

    Vas y balances les! Parce que j'ai "Vu" le film aussi!

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  11. J' ai vu ce film qui n' a rien d' un chef d' oeuvre, moi-même il m' a pas mal ennuyé. Mais le démolir à ce point par une critique qui se veut sarcastique et qui est aussi longue et ennuyeuse que le film alors là faut le faire.

    Rien que des mecs d' ailleurs pour le démolir au lance-flamme. Du grand n' importe quoi !

    ilaose.blogspot. fr ADIEU ! Le goût pour les massacres idiots histoire de faire le malin, et épater les débiles légers très peu pour moi

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    1. Professeur Jack Acran13 juillet 2012 à 21:07

      Chère Anonyme,

      Où est le mal à être critique envers un film qui a raflé 9 Oscars(R) ? Penses-tu que cela causera du tort à feu Anthony Minghella ou encore à Mesdemoiselles Binoche et Scott-Thomas ?
      Face à un gros mélo dégoulinant digne des pires Légendes d'Automne et l'Etrange Noel de Mr Jack, ne doit-on pas être offensif, voire offensant ? N'est-ce pas salutaire finalement ?
      Chère Anonyme, ce sont ici toutes les questions que je souhaite te poser.
      Pour finir, ta remarque concernant la trop grande masculinité des rédacteurs de ce blog est en fait comparable à une fin de non-recevoir car les deux auteurs-créateurs de ce blog possèdent une part de féminin indéniable et importante malgré leurs nombreux poils aux mentons.

      Sur ce, chère Anonyme, je te présente mes hommages, je ne te dis pas "Adieu", mais je préfère laisser la porte ouverte en te disant "Au revoir".

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  12. Un autre anonyme passe par ici, mais pas le même ;)

    Celui qui a écrit la critique s'est focalisé sur l'histoire d'amour, "l'excuse" du film, et passe donc à côté de ce que le film raconte vraiment.
    Tu rejoins donc ceux qui pensent que : Titanic = bateau qui coule ou Saving private ryan = film de guerre avec 2 scenes biens, début et fin, et tout le reste chiant + histoire qui tient pas la route.
    C'est bien dommage mais il en faut après tout ;)

    Je lui aurais probablement pas donné 9 oscars, pas un seul même, mais ça n'en fait pas un film de merde pour autant.

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    1. Je ne pense absolument pas ça de Saving Private Ryan. Mais je serais curieux que tu m'ouvres les yeux et m'expliques ce que Le Patient anglais raconte "vraiment" :)

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  13. Bonjour

    tu ne nous dis pas pourquoi le pilote s est retrouvé grillé comme une chipolata ?

    " Le patient anglais " passait ce soir , et n ayant pas Canal pour suivre PSG OM , je ne regardais que d un oeil
    et j ai eu fou rire sur fou rire en lisant ton article vers la fin du film , ce qui m a valu la haine éternelle de ma copine

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    1. J'avoue que je ne me souviens pas bien des circonstances ayant mené à la carbonisation express de Ralph Fiennes. Il s'est fait descendre en avion ça c'est sûr. Mais à quelle occasion, c'est plus flou. Peut-être quand il repartait de la grotte maudite avec le cadavre de Scott Thomas dans la soute ? Je n'en sais plus rien ! :)

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  14. Le mec qui a écri ce commentaire a rien compris à la beauté du film, ou plutôt a été complétement insensible à toute sa poésie.
    Comme quelqu'un qui assisterait à un magnifique levé de soleil sur la montagne et penserait seulement au froid qu'il fait.

    C'est un film magnifique mais dans le genre romantique. Il faut aimer ce genre la, si on aime que les films d'action c'est sûr il faut pas le regarder. Mais dans le genre c'est un excellent film.

    La mise en abime est excellente, le contraste entre l'histoire d'amour brillante passionnée et violente de ralph fiennes et scott thomas et l'amour simple et tranquille de juliette binoche avec le démineur indien donne du relief au récit.
    L'histoire du patient , découverte petit à petit, sous le prisme déformé de la souffrance prend un coté onirique qui la magnifie.

    Cet amour torturé, comme le visage de l'homme qui recouvre sa mémoire nous émeut.

    La guerre , l'horreur, la stupidité, la souffrance font ressortir le souvenir de cet amour comme un bijou au milieu de laideurs.

    "Nous sommes les vrais pays, nous n'avons pas de frontière"

    Voila un film qui traite de l'amour, un sujet souvent ridicule, galvaudé, d'une excellente manière.


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  15. Critique affligeante. Je suis un mec, j'aime aussi les films sévèrement burnés, mais il ne faut pas être une "gonzesse" pour apprécier ce chef d’œuvre qu'est le Patient Anglais. Alors certes c'est un mélo, mais çà n'a jamais fait de mal à personne de baisser la garde et de laisser son cynisme au placard pendant 2h 30. Ah, dans le même genre,j'aime aussi Docteur Jivago . Vous devriez essayer un jour.

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    1. T'as rien compris à la critique. On a tous une radasse qui sommeille en nous, et ce film ne fait que la sortir de son trou avec trop d'insistance pour être honnête.

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    2. Le mélodrame est un genre noble, magnifié entre autres par le grand maître du genre, Douglas Sirk. Je ne reproche pas au "Patient Anglais" de se revendiquer de ce genre, je lui reproche d'être médiocre.

      Docteur Jivago m'attend en dvd depuis un moment, il faudra que je me lance un de ces jours. Je ne doute pas que ses 197 minutes signées David Lean avec l'excellente Julie Christie au premier plan passeront mieux que les 162 minutes de Minghella.

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