Affichage des articles dont le libellé est Patrick Chesnais. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Patrick Chesnais. Afficher tous les articles

16 avril 2020

Les Naufragés de l'île de la tortue

Film déconfiné s'il en est, Les Naufragés de l'île de la tortue, de Jacques Rozier, s'offre comme un grand souffle d'air frais (comme d'autres films du cinéaste, même quand la bouffée est contrebalancée par la guerre d'Algérie, dans Adieu Philippine en 62, ou par la mélancolie d'un homme non-aimé dans le magnifique Du Côté d'Orouët en 73). Le personnage principal, répondant au doux nom de Jean-Arthur Bonaventure (Pierre Richard), commence par vivre quelques turpitudes amoureuses à Paris : pour rendre sa compagne jalouse, il couche avec une inconnue qui, au bout d'une seule nuit d'amour, se comporte comme une amante de toujours et lui fait une crise de jalousie... Après quoi notre homme, employé d'une agence de voyage, décide, avec son ami et collègue Joël « Gros-Nono » Dupoirier (Maurice Risch), de monter une opération supposée les faire bien voir de leurs employeurs : le projet « Robinson, démerde toi – 3000 F, rien compris », qui consiste à envoyer des touristes sur une île déserte dépourvue du moindre confort pour vivre le rêve d'une robinsonnade. La direction est enthousiaste et envoie Bonaventure et Gros-Nono, remplacé au dernier moment par son petit-frère Petit-Nono (Jacques Villeret), en repérages sur des îles inconnues (en Martinique). Sauf que les deux compères ne sont pas préparés et ont à peine exploré la moitié d'une île que les premiers touristes débarquent à l'aéroport local, délestés de 3000 balles et avides de démarrer l'aventure, à condition toutefois qu'on ne les prive pas non plus de tout leur confort...




Cet ancêtre des comédies burlesques d'Antonin Peretjatko (La Loi de la jungle, en particulier, doit beaucoup au film de Rozier), quant à lui beaucoup moins porté sur la vitesse et le gag visuel que sur la drôlerie des situations et des dialogues, portés par des personnages qui existent d'autant plus que du temps leur est accordé, qu'ils soient décalés (Bonaventure, doux rêveur, pas cynique pour un sou contrairement à ce que son piège à touristes pourrait laisser croire, s'illustre par son grand discours, devant une cascade, après des heures de marche dans la jungle pour trouver un premier couchage), nerveux (certains candidats à la robinsonnade, dont un très jeune Patrick Chesnais) ou très attachants (Petit-Nono, qui se retrouve esseulé sur l'île finalement convoitée avec l'une des touristes, Julie, dont on entend le journal de bord en off, interprétée par Caroline Cartier, actrice touchante qui incarnait déjà l'une des trois vacancières de Du Côté d'Orouët). Le film prend même largement son temps, durant 2h18, et l'impression de grande respiration pour nous tient aussi à cela, aux durées créées par Jacques Rozier, dont Jacques Villeret évoquait le dégoût du "travail", le refus de la discipline, la passion pour la paresse et le côté farfelu, qui poussa les membres de l'équipe de tournage à mettre les voiles les uns après les autres, le plateau finissant par se limiter à Rozier, Richard, Villeret et Caroline Cartier. On ressent ce rythme de croisière non-organisée devant le film, ce goût pour la dérive, à l'image de Jean-Arthur Bonaventure sautant à l'eau malgré les courants, emporté au loin pour ne réapparaître que plus tard, cette liberté improvisée qui n'a rien d'un je-m'en-foutisme mais tout d'une forme de légèreté finalement très rare, et très précieuse.


Les Naufragés de l'île de la tortue de Jacques Rozier avec Pierre Richard, Jacques Villeret, Caroline Cartier, Maurice Risch et Patrick Chesnais (1974)

22 mai 2017

Bon rétablissement !

Enfermer dans une chambre d'hôpital un Gérard Lanvin amoindri mais plus irascible que jamais, remonté comme une pendule, chauffé à blanc, et donc prêt à sauter à la gorge du moindre visiteur : l'idée me plaît beaucoup ! Et c'est bien ce que nous propose essentiellement (en tout cas ce que je préfère retenir) ce nouveau film de Jean Becker, promis par son affreuse affiche comme une "comédie". On pouvait donc espérer quelque chose de léger, loin des derniers films minables du cinéaste moustachu qui se terminaient tous par la mort d'un personnage principal dont on apprenait à mi-parcours qu'il était atteint d'une maladie incurable (triste ficelle scénaristique bien pratique pour boucler des films n'allant nulle part et espérer émouvoir le quidam).




Rien de tel ici, même si l'on craint bien longtemps qu'une intrigue bidon ne se développe pour nous expliquer pourquoi et comment Lanvin a été retrouvé dans la Seine avant d'atterrir dans un lit d'hôpital, grièvement blessé. Les quelques venues de Fred Testot, qui campe un flic enquêtant sur l'affaire et trouve ici son meilleur rôle au cinéma (un constat d'une tristesse inouïe mais qu'il faut bien établir !), sont autant de moments où l'on redoute d'apprendre que Lanvin est impliqué dans une sombre histoire policière ou autre affaire de règlements de compte entre truands... Heureusement, rien de tout ça n'arrive, et la découverte du fin mot de l'histoire, lors des ultimes minutes de ce film qui a comme autre avantage d'être très court, nous vaut un twist digne des heures de gloire de Shyamalan et nous offre une belle scène de course-poursuite dans les rues de Paris : Gérard Lanvin, en robe de chambre, essayant tout simplement de rattraper son chat en fuite ! [/spoiler off]




Si Jean Becker est au cinéma ce que la marque Tribord est au monde de la mode vestimentaire, reconnaissons-lui tout de même une qualité non négligeable : il n'a pas son pareil pour mettre ses acteurs à cran et immortaliser leurs coups de sang sur pellicule. On se souvient des dérapages de Patrick Chesnais dans Bienvenue parmi nous et des accès de colère d'Albert Dupontel dans Deux jours à crever. Ici, on se régale de voir Lanvin enrager pour une porte malencontreusement laissée entrouverte, pester contre un plateau repas jugé trop fade, s'énerver sur une gamine qui lui subtilise son ordi portable, prendre pour cible le personnel de l'hôpital, etc. Très peu échappent au courroux de Lanvin, pour notre plus grand plaisir ! A un bon rythme, ses coups d'éclat s'enchaînent et nous permettent de tenir bon.




Hélas, vers la moitié du film, Jean Becker croit tout de même judicieux d'étoffer son si maigre scénario en levant le voile sur la triste vie du personnage principal. Veuf, sans enfant ni vraie famille, vivant seul, son unique espoir de bonheur réside en Anne-Sophie Lapix (qui n'est pas du tout faite pour le grand écran, que cela soit dit), une musicienne avec laquelle il vivait tout juste les prémices d'une romance salvatrice. Quelques flash-backs tout gris et d'une laideur folle nous en apprennent plus sur le rôle de Lanvin au sein de sa fratrie (Jean-Pierre Darroussin, étonnamment éteint, vient souvent le voir à l'hosto, il joue son petit frère alors qu'on aurait plutôt imaginé l'inverse étant donné l'état de délabrement de son dos). Tout ça permet peut-être à ce Bon rétablissement d'atteindre la durée minimale d'un long métrage mais on s'en serait bien passé. Personnellement, le spectacle d'un Lanvin à bout de nerfs me suffisait amplement !


Bon rétablissement ! de Jean Becker avec Gérard Lanvin, Jean-Pierre Darroussin, Anne-Sophie Lapix et Fred Testot (2014)

29 novembre 2014

La Liste de mes envies

- Ne plus jamais mater un film dont je sais par avance qu'il va chlinguer la mort à ce point.

- Ne plus jamais mater un film dont le cinéaste s'appelle Didier Le Pêcheur.

- Ne plus jamais mater un film avec Mathilde Seigner.

- En règle générale, ne plus jamais mater un film. En tout cas pendant quelques heures, quelques jours, pour me remettre en forme. Les vertus du jeûne sont bien connues, surtout après avoir ingéré des ordures.


Mathilde Seigner, après vingt ans de carrière déjà, joue ici la tristesse ou un truc comme ça.

- Ne plus jamais mater un film, et ce même après le terme du jeûne, où Julien Boisselier, Julien Boisselier, joue les tombeurs.

- Me repasser plusieurs fois les deux scènes de ce film où Julien Boisselier, dans le rôle du tombeur, de l'homme parfait, irrésistible, à se foutre par terre, du haut de ses 32 kilos tout mouillé, avec son air de souffre-douleur et sa triste moustache de collabo mesquin, débarque dans le dos de Mathilde Seigner et lui sort des phrases de dragueur invétéré mais trépané d'une voix éraillée de vieillarde sénile en bout de course. Me repasser ces deux scènes plusieurs fois donc, pour me marrer, en parvenant à ne rien propulser sur mon poste de télévision, ni godasses, ni table basse.


Elle entend une voix dans son dos, la voix de Gollum, ni plus ni moins, qui lui susurre à l'oreille : "Laissez-moi vous aider...", elle se retourne, et elle voit ça. Scène d'après : elle est dans son pieu. Pige pas.

- Pour rester dans les acteurs : ne plus jamais mater un film où Patrick Chesnais (se prononce "chaise-nez", on ne le dira jamais assez) est malade. Je ne parle pas des films dans lesquels il jouerait en étant lui-même malade, victime d'un rhume malgré ses trois pulls et sous-pulls quotidiens par exemple, un de ces rhumes des foins auxquels il est tant sujet alors qu'il n'a jamais vu une meule de foin de sa vie, mais qui lui donnent somme toute cet air vaguement fatigué, qui lui font paumer encore plus de syllabes dans sa moustache, et poussent encore un peu plus sa petite voix dans les basses, toutes choses qui font son charme inégalable. Non, je parle de films où il incarne un souffrant. Dans cette enflure de film, Chesnais joue un malade d'Alzheimer. Je n'aime pas le voir comme ça, réduit à ça, pas lui. Une preuve de plus de la bassesse des gens qui ont organisé ce projet cinématographique  méphistophélique.


On souhaiterait presque que Pat' Chesnais souffre réellement d'Alzheimer, ça lui permettrait d'oublier qu'il a joué dans cette infamie.

- Chercher en revanche tous les films où Marc Lavoine souffre comme un iench et m'en faire une to watch with un putain de smiley Cyrus list.

- Chercher également s'il existe un film où Marc Lavoine ne joue ni un connard, ni un queutard, ni les deux à la fois.

- Chercher, de manière plus générale et encore plus désespérée, s'il existe un film où Marc Lavoine joue un connard doublé d'un queutard mais le joue bien.

- En parlant de Marc Lavoine : piger pourquoi les scénaristes français contemporains truffent leurs films de personnages de sous-enculés, et me convaincre que ce n'est pas parce qu'ils se projettent un max dans leurs créations. Lavoine interprète une belle ordure dans ce film (avant de se barrer avec tout le fric de sa femme, on le voit, dans une scène d'anthologie, la traiter de "poubelle" (sic.) et de "grosse truie" (re sic.), parce qu'elle vient d'accoucher d'un bébé mort-né...), mais il n'est pas le seul. Les connards pullulent. On pourrait mater ce film avec le détecteur de mouvements que les marines du deuxième opus de la saga Alien n'ont de cesse d'utiliser pour repérer les xénomorphes, sauf que ce serait un détecteur de fumiers. Pendant tout le film, le truc n'arrêterait pas de sonner et de clignoter. On se retrouverait, tel Bill Paxton, aka Hudson, dans Aliens le retour, à reculer dans son canapé, les yeux vissés tour à tour au détecteur et à l'écran de la télé, à moitié en train de chialer, les yeux écarquillés, incrédule, flippé : "Y'en a partout, ils sont lààààààà je vous dis..."


Des connards, ils sont partout. 4 mètres... 3 mètres... 2 mètres... ça se rapproche...

- Là pour le coup c'est moins une envie qu'un souhait, une recommandation pour moi-même, un mémo : si je rencontre un jour une meuf, ou un type, qui s'amuse à raconter n'importe quoi à son père souffrant d’Alzheimer, à lui "réinventer sa vie" à chaque visite, profitant de sa crédulité pour lui faire croire qu'il était un type génial, qu'il a marché sur la lune, que sa femme était Tabatha Cash en personne et qu'il a joué le rôle de Legola dans Le Seigneur des anneaux, quitte à le perturber encore plus qu'il ne l'est déjà et à aggraver sa maladie (c'est ce que fait Mathilde Seigner avec Pat' Chesnais dans ce film, vous l'aurez deviné), surtout garder mon self-control, rester cool, ne pas fondre un plomb et finir à Montfavet, chez les tarés, avec une camisole sur le dos et le masque d'Hannibal Lecter sur la tronche.

- En parlant de Lecter, puisque Mathilde Seigner prétend dans ce film qu'elle lit, première nouvelle, mais mieux, qu'elle adore plus que tout l'énorme pavé d'Albert Cohen, Belle du seigneur : me rendre un jour à une avant-première en sa présence et lui demander de me dédicacer mon exemplaire dans l'édition blanche Gallimard de 7 kilos, en lui "passant" mon bouquin depuis le fond surélevé de la salle d'un moulinet du bras doublé d'une triple-pirouette du corpus façon Gabriele Reinsch, record du monde de lancer de disque avec 76,80 mètres à Neubrandenburg, Allemagne de l'Est, le 7 juillet 1988, soit en droite ligne, chemin le plus court entre deux points.


Quelle personne normale ne fait pas de tirets pour établir une liste ? Ce film vous foutra les glandes jusque dans les moindres détails.

- A chaque fois que j'entrerai dans une librairie à compter de ce jour, me taper tous les rayons dont je me fous comme d'une guigne (cuisine, jardin, développement personnel, parapsychologie, nature, voyage, sport, politique, charcuterie) pour éviter de croiser le roman méga best-seller signé Grégoire Delacourt dont ce film est adapté. Peut-être qu'il vaut mieux que son adaptation, ça arrive, mais là j'ai un grooooooos doute.

- Consacrer dès demain une partie de ce blog au macramé, au point de croix, au scrapbooking (?) et à la tarte tatin, histoire de toucher en trois jours des milliards de lecteurs, comme le personnage de Seigner dans cette daube, et d'avoir l'impression de palper les bourses du CNOUS, comme au bon vieux temps, mais multipliées par 1000.

- Ou, plus simple, gagner 18 millions d'euros à la loterie, comme l'héroïne de ce film en bois vermoulu, voire beaucoup plus, infiniment plus, puis aller voir les gens qui produisent ce genre de film — qui font du cinéma comme on gratte un ticket de jeu ou comme on remplit une grille de loto, très rapidement, en faisant le moins d'efforts possibles, tout en espérant ramasser le pactole — et leur filer du pognon, ce qu'ils veulent, pour leur éviter la peine de réaliser de telles saloperies et de les soumettre sans honte au public. Un peu comme ce vieux type, dans le prologue de Rasta Rockett, qui va voir Sanka en train de chanter comme une chèvre assis dans la rue, et lui dit avec son accent jamaïquain de malade : "Tiens, je te donne un dollar pour que tu la fermes".

- Gober tout rond un gros kefta sauce samouraï roulé façon Calzone. En preums sur toutes les listes de les envies du monde, logiquement. Mais je ne devrais pas le noter dans ma liste perso parce qu'aussitôt dit aussitôt assouvi. Je trace au Chawarma le plus proche.


La Liste de mes envies de Didier Le Pêcheur avec Mathilde Seigner, Marc Lavoine, Virginie Hocq, Frédérique Bel et Patrick Chesnais (2013)

17 juin 2013

Bienvenue parmi nous

Patrick Chesnais est un peintre célèbre en pleine dépression. Époux de Miou-Miou, père de deux blaireaux et déjà papi, il songe très sérieusement à mettre fin à ses jours et va même s'acheter un flingue chez Dédé Bénureau. Peu de temps après avoir tenté une énième fois de se faire sauter le caisson, une jeune fille paumée (interprétée par Jeanne Lambert) s'introduit dans sa voiture alors qu'il est arrêté à un feu rouge. Il ignore encore que cette fille va remettre en question son existence et faire se redresser chez lui certaines choses qui sommeillaient mollement dans son futal depuis la naissance de son deuxième enfant. Voici le point de départ d'une sorte de buddy-movie d'arrière-grand-père à moitié mort, qui vous transportera de l'Île d'Oléron au Marais Poitevin, en passant par La Rochelle et Rochefort. Le film de trop, pour Jean Becker, qui n'a depuis longtemps (ses débuts) strictement rien à raconter, mais continue tout de même à tourner, coûte que coûte, à filmer le vide, permettant tout de même parfois à un acteur en roue libres de briller. Ici, la star s'appelle Patrick Chesnais, et sachez que cette phrase me choque aussi.


Pat' Duchesnay a décidé de devenir acteur après une carrière de patineur artistique menée de main de maître en compagnie de sa soeur sous les couleurs du Canada, puis de la France. Merci Pat'!

Toutes les 10 minutes, Patrick Chesnais pète un câble, que ce soit face à Jacques Weber, une chaise pliante, une voiture récalcitrante, ou Miou-Miou... Tout le monde subit le courroux de Patrick Chesnais. Ça sent l'impro à plein nez et, si vous êtes d'une humeur rayonnante au moment où vous lancez ce film, vous sourirez peut-être à moitié devant les colères de Chesnais. Jean Becker a su faire sortir de ses gonds son acteur star et c'est là le seul intérêt de son film abominable. Il faut aussi reconnaître que le cinéaste franchouillard a su tester et mettre à rude épreuve la maîtrise de soi de sa vedette moustachue face à une jeune actrice suffisamment familière pour multiplier les situations ambiguës. Plusieurs fois, l'acteur se retrouve dans une situation embarrassante causée par des afflux de sang non contrôlés, irriguant son organe copulateur, épuisé, mais toujours aux aguets. Lors de leur première nuit à l'hôtel, Patrick Chesnais, gentleman prudent, a bien pris deux chambres séparées, mais cela n'empêche pas Jeanne Lambert de venir l'aguicher en petite chemise de nuit. On voit donc à ce moment-là Patrick Chesnais retenir tous ses démons avec le plus grand mal. Il porte alors une chemise ouverte jusqu'au nombril, nous dévoilant son torse glabre et bien entretenu, mais cet accoutrement ne le met pas seulement à son avantage, car il trahit aussi cruellement l'état d'alerte rouge auquel fait face le vieil homme. Peut-être trop ouverte, sa chemise laisse apparaître l'extrémité d'un gland fatigué battant son torse au diapason du rythme cardiaque de notre vedette. La petite chose rougeâtre dépasse très légèrement du tissu vert-mélèze du vêtement et nous adresse un regard-caméra faisant véritablement froid dans le dos. C'est un moment fort qui marquera au fer rouge votre mémoire de cinéphile.


Matez le discret coup d’œil lubrique de Pat' Chesnais en direction de cette jeune femme, malgré les trop nombreuses couches de vêtements qui l'affublent et cachent les nombreux atouts de sa féminité.

Plus tard, Chesnais se retrouve à la plage avec la jeune Lambert. Au moment où elle dévoile son maillot de bain une-pièce intégral, on voit bien le regard déçu de Patrick Chesnais : pour lui, monokini signifie "topless + mini-string". Patrick Chesnais saisit alors l'occasion pour citer Julien Courbet comme sa plus grande influence en peinture et invite la jeune fille à poser dans le plus simple appareil pour que son "gros pinceau" puisse "l'immortaliser à son zénith". Un peu gênée, elle refuse, mais, pas totalement indifférente à l'attention d'un vieillard au regard forcément connaisseur et assez excitée à l'idée d'imaginer son portrait accroché au mur d'un petit musée de village, elle promet d'y réfléchir. Souhaitant dévoiler à son tour sa tenue de plage, un bermuda Waïkiki aux couleurs délavées, Patrick Chesnais met à nouveau tout le monde mal à l'aise lorsqu'il se rend compte qu'il pourrait tenir sans les mains la serviette nouée à la taille qui lui permet de se changer à l'abri des regards indiscrets. Après s'être laborieusement dépatouillé de cette situation délicate en prenant soudainement la fuite vers l'eau glaciale de l'océan, Chesnais revient le sourire aux lèvres : un rapide coup d’œil l'informe que la bête s'est calmée et s'est recroquevillée sur elle-même, agressée par une chute de température imprévue. Chesnais ne s'attend malheureusement pas à gâcher, une bonne fois pour toutes, ses maigres chances auprès de la jeune fille en laissant déborder de son vieux bermuda dégueulasse, lorsqu'il étend ses guiboles cabossées sur une chaise longue, des roustons particulièrement extensibles et partiellement recouverts de longs poils blancs frisés. Dos au mur, l'acteur choisit de désamorcer la situation en avouant très clairement à Jeanne Lambert qu'elle "le fait bander". Le film ne proposera dès lors plus aucun moment de ce genre, ce qui est assez brusque dans la diégèse du métrage.


Juste pour vous ruiner cette image plutôt avenante : vous trouvez pas qu'elle ressemble beaucoup à Lafesse ? Rappelez-vous la tête de Lafesse en train d'interviewer une vieille quelconque dans une ville quelconque, mettez-la à la place de la tête de cette jeune fille. C'est la même tête, nonobstant les cheveux.

Bienvenue parmi nous est aussi l'occasion de constater que Jean Becker n'a pas croisé un seul jeune depuis les années 80. On a donc droit à des bandes en blousons noirs et en mobylette, à une Jeanne Lambert affublée d'un perfecto et d'un shorty en jean, et à une BO faite des plus grands hits de Police et Niagara. C'est consternant et touchant à la fois. Le vieux cinéaste aux films rances ne se rend pas du tout compte qu'il est complètement déconnecté du monde extérieur et continue de nous fournir des téléfilms d'un autre âge, sans aucune sorte d'intérêt. Pire encore, il s'auto-cite, visiblement très fier de lui, en nous montrant Jeanne Lambert pleurer devant L'Eté Meurtrier (et cette fois-ci, je n'invente rien !). Il s'adresse un autre clin d’œil personnel lors d'un insert terrible nous montrant la main hasardeuse de Chesnais tentant de croquer sa propre caricature sur une table basse. C'est lamentable. Reconnaissons tout de même que c'est le premier film de Jean Becker depuis 20 ans qui ne se termine pas par la mort bien pratique de l'un des personnages principaux. Forcément, puisqu'il ne s'y passe rien, strictement rien ! On en vient à espérer voir un bout de peau de la petite Jeanne Lambert. Elle est la highlight du film et ne pourrait l'être d'aucun autre film. Elle joue affreusement mal. De son vrai nom, Jeanne Lafesse, elle est la fille de Jean-Yves Lafesse, le célèbre farceur de la petite lucarne. Tout en se cachant derrière un nom de scène passe-partout, elle profite au quotidien des portes que lui ouvre le carnet d'adresse de son papa, notamment dans les nombreuses villes moyennes de province qu'il a arpentées des années durant. Elle ne vaut pas cher, elle non plus...


Bienvenue parmi nous de Jean Becker avec Patrick Chesnais, Jeanne Lambert, Miou-Miou et Jacques Weber (2012)

27 mars 2011

Mademoiselle Chambon

Ça fait un bail maintenant que j'ai vu ce film. Si j'en parle aujourd'hui c'est en partie pour parler d'autre chose que du film que j'ai vu hier soir, Mon beau-père et nous. Or comme mon souvenir remonte pas mal je suis partagé entre mon impression du moment et ce que je ressens maintenant en y repensant... Je me souviens qu'au début du film j'ai eu un peu de mal à me laisser prendre par l'histoire, sans doute à cause du rythme, mais rapidement j'étais dedans. Je me suis déchaussé et j'ai laissé Stéphane Brizé faire sa pli. En parlant de Stéphane Brizé, je dois dire que ce film m'a plus touché que Je ne suis pas là pour être aimé, même si j'ai du mal à dire pourquoi. Peut-être que c'est dû à l'histoire : le violon au lieu du tango et Vincent Lindon qui s'éloigne d'Aure Atika pour Sandrine Kiberlain au lieu d'Anne Consigny qui s'éloigne de son mari pantouflard, Lionel Abelanski, pour le vieux Patrick Chesnay. Pat Chesnay je l'adore, je lui voue même un culte, d'ailleurs il l'ignore mais je le considère comme mon oncle, mais sa moustache jaune-orangé devrait logiquement être un rempart au sentiment amoureux d'une femme. En tout cas sur le moment j'ai trouvé Mademoiselle Chambon assez beau et émouvant.


Kiberlain ravive en moi le fantasme de la maîtresse d'école qui se rappelle qu'elle est une femme et qu'elle a des besoins un peu cracra comme tout le monde.

En y repensant aujourd'hui j'avoue ne plus très bien me souvenir du film, comme s'il n'avait rien de réellement très marquant. On l'oublie un peu facilement et on doute de le revoir un jour. Rien n'est moins sûr. Il faut dire que le film a quelques défauts. C'est vrai que le couple adultère manque un peu de conversation pour qu'à la fin, quand Lindon s'immobilise dans le hall de gare, on soit véritablement saisi par son doute et sa douleur. Mais les deux personnages sont quand même liés par beaucoup plus (la musique, leurs passions et quelques paroles) que dans la majorité des films actuels dont les amants s'unissent follement en se débarrassant de leurs époux et épouses respectifs sans être liés par autre chose qu'une simple fringale sexuelle (un triste exemple parmi d'autres : le Partir de Catherine Corsini). Et puis tout au long du film de Brizé on voit que les sentiments des personnages les rendent discrets, muets, un peu autistes : ils ont toujours beaucoup de mal à faire des phrases, il y a des blancs dans leurs échanges. C'est la conséquence de leur amour naissant et interdit et ça les empêche inévitablement d'avoir de longs dialogues. Donc l'un dans l'autre tout cela tient debout et se regarde sans déplaisir, notamment grâce à une nouvelle interprétation hallucinante de Vincent Lindon.


 Même quand il a fini de bosser il est encore au boulot.

En général voir les personnages d'un film pratiquer leur soi-disant métier est assez superficiel et superflu, à part quand il s'agit d'un polar où il est assez nécessaire que l'on suive le héros dans son boulot de flic. Mais il n'est pas rare que les réalisateurs insèrent dans leur film une ou plusieurs séquences uniquement vouées à nous représenter l'acteur dans l'exercice des fonctions du personnage qu'il incarne quand cela n'a pourtant pas d'intérêt probant. Pire, ça sonne généralement terriblement faux. Mais quand l'acteur c'est Vincent Lindon, rien n'est plus pareil, et l'on sent une protubérance germer en-dessous de notre ceinture en le voyant dégonder une fenêtre et changer un carreau. Car son personnage travaille chez Carglass et tombe comme un cheveu sur la soupe quand Kiberlain a besoin de changer la fenêtre de son appartement. Alors on sent le poids de l'expérience, l'odeur de la sueur, on voit la couleur du talent lorsque Lindon, qui s'est entraîné à la chose selon les méthodes radicales de l'Actors Studio et de Stanislavski, change une fenêtre. Une fenêtre qui n'oubliera jamais ce moment privilégié et le contact délicat des mains calleuses du bellâtre. Cet homme est un Dieu de l'acting, c'est un éphèbe doublé d'un putain de génie.


Lindon fait naître en moi le fantasme du maçon bourru au grand cœur, aussi tendre que puissant, aussi doux que fêlé. Jean Gabin peut aller se rhabiller.

Le film se conclut sur une chanson de Barbara. De la même façon que Barbara chantait de la variété avec une élégance et une délicatesse qui élevaient ses chansons un peu au-delà des basses prétentions de la chanson populaire habituelle, le film de Stéphane Brizé est un petit film, d'une modestie absolue, d'une simplicité biblique, parfaitement lisible, mais qui s'élève sereinement au-dessus de sa condition par son brin d'intelligence, et par l'effet bienheureux d'une certaine grâce qui naît en de timides instants : comme quand la caméra subjective se substitut au regard de Vincent Lindon quand il s'approche de la porte de la chambre où Sandrine Kiberlain est endormie. Le cadre reste un certain moment sur le visage de la femme avant ce tant attendu mouvement de caméra descendant le long du corps de l'actrice au gré de ce chaste désir de l'homme qui l'admire. Ou comme cette attente avant qu'il ne finisse par lui prendre la main alors qu'ils écoutent le morceau de violon ; ou encore la larme brillante et discrète qui se suspend sur l'œil de l'acteur (on rêverait alors d'être soi-même une petite larme salée ou n'importe quel filet de morve pendu au blair de Lindon) puis qui coule le long de sa joue quand il est dans la voiture, à la fin, et qu'elle l'attend sur le trottoir. Il faut dire aussi que ce qui fait une grande partie de la modeste réussite de ce film, de sa justesse (à tous niveaux), c'est le talent immense des acteurs, y compris de Kiberlain ou, tenez-vous bien, d'Aure Atika, eh oui. J'aurais donné sans hésiter le César du meilleur acteur à Vincent Lindon pour ce rôle, comme chaque année.


Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain et Aure Atika (2009)

21 février 2009

Le Code a changé

"Si je devais buter quelqu'un dans le milieu du cinéma, ce serait Danièle Thompson". Voilà ce que m'a dit un pote un peu étrange l'autre soir. "Je ne souhaite pas sa mort ! Attention, loin de moi ce genre de bassesses. Je ne veux pas qu'elle meure ni lui faire le moindre mal. Je ne veux pas qu'elle souffre, surtout pas, tout au plus je voudrais qu'elle arrête de tourner. Je suis au-delà du ressenti, du mépris, de la colère. Je suis zen. Remarque y'a Dany Boon aussi. Entre les deux je ne sais pas lequel je buterais si j'étais contraint et forcé de tuer quelqu'un dans le showbizz." J'avais posé ce défi à ce pote (on s'en pose souvent l'un l'autre quand on s'emmerde) : qui tuerais-tu dans le milieu du ciné si t'étais obligé d'en fumer un ? Il a choisi Thompson sans trop se creuser. "Si le décès de Danièle Thompson devait endeuiller son fils au point qu'il stoppe toute activité professionnelle liée de près ou de loin au cinoche, alors, à choisir, je buterais Danièle Thompson" a-t-il ajouté. Dîtes Klapisch/Thompson et vous avez nommé le mal du cinéma Français. Ces deux-là, et d'autres, dans la même veine, sont en train d'accumuler des films toujours plus merdiques. Le pire c'est que ces malades s'appliquent à faire des cartes postales de Paris complètement minables, des sortes de pubs de la capitale, pour mieux s'exporter à l'étranger. Ils réunissent tout le gratin de l'actorat hexagonal et convoquent un style, un ton, qu'ils veulent typiquement Français et qui sent la mort. Ils font du grand film choral, de la fresque sociétale, le portrait de toute une génération, de plusieurs générations même, dressent des destins entiers, plus ou moins brisés, et au fond du fond ils ne disent strictement rien. Leur ambition s'arrête au casting long comme le bras qu'ils savent s'offrir. Ou plutôt, concernant Thompson, son ambition s'arrête à la folie avec laquelle elle ose fabriquer les couples les plus impossibles, à savoir et rien qu'ici : Dany Boon en couple avec Karin Viard ET Emmanuelle Seigner, puis Patrick Chesnais avec Marina Hands. Qu'une réalisatrice imagine sans se poser de questions de telles idylles morbides me dépasse.


T'as raison, occupe-toi des fleurs séchées et autres vases en marbre, dirige l'équipe décoration au lieu de diriger ton film, c'est bien vu...

Et puis on voit le micro entrer dans le cadre par le haut, à plusieurs reprises, le perchman étant sans doute court sur pattes on voit le micro flotter entre les acteurs... Ça va bien maintenant... Ces films-là coûtent des centaines de bâtons, des milliers de briques, ils coûtent la vie au cinéma français et on voit le micro entrer dans le cadre par le haut... Ils ne refont pas le plan même quand on voit dix centimètres de micro dans l'image. Ils sont 600 à bosser sur ces films et y'en a pas un qui a vu que le micro entrait dans le champ une dizaine de fois ? Pas un seul ? Thompson n'est peut-être pas présente lors du montage de son film, mais quand même, y'en a bien un ou deux parmi les 600 techniciens à l’œuvre qui auront repéré ce goof à répétition, ce gag à tiroir, cet imbroglio visuel. Avec les milliards qu'elle a la banque, Thompson ne prend pas cinq minutes pour refaire les plans en évitant de foutre un nain à la perche, même quand elle voit en projection-test que Pierre Arditi repousse fréquemment le micro qui lui colle au front en plein gros plan décisif ?


I <3 Chesnais.

Matez les films, matez Paris ou Le code a changé, et ne vous étonnez plus que certains jeunes particulièrement alertes s'en prennent aux rétroviseurs de vos bagnoles en sortant de leur dimanche soir cinéma. Par contre si vous aimez Patrick Chesnais (prononcez "Chaisse-nez", il le corrige à longueur d'interview), c'est un festoche Patrick Chesnais ce film. Mon pote, lui, il a demandé à être interné dans un hosto. Il se repose.


Le Code a changé de Danièle Thompson avec Dany Boon, Patrick Chesnais, Karin Viard, Pierre Arditi, Marina Hands, Emmanuelle Seigner, Patrick Bruel, Marina Foïs (2009)