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25 octobre 2014

Edge of Tomorrow

Je viens de regarder ce film dans le train et je m'apprête à le critiquer dans la foulée. Deux heures de trajet gagnées contre 30% de batterie perdue, le deal était plutôt honnête. Et j'avais hâte de savoir si ma théorie sur les films avec Tom Cruise allait se vérifier. Cette théorie est toute simple : Tom Cruise, acteur tout-puissant, serait l'une des rares stars américaines à encore nous proposer des blockbusters matables, disons au-dessus de la moyenne, pas complètement débiles. J'avais apprécié son sens de l'autodérision dans Jack Reacher, thriller old school ayant le chic de ne pas vraiment se prendre au sérieux. Oblivion n'était pas géant, bien sûr, mais je l'ai vu au cinéma, j'ai survécu et j'en suis ressorti sans mal de crâne. Si j'avais subi Pacific Rim, Godzilla ou Transformers 6 sur grand écran, je ne sais pas du tout si je pourrais en dire autant. Quant à ses Missions Impossibles, je ne les reverrai pour rien au monde mais il s'agit selon moi du haut du panier actuel en terme de film d'action US. J'applique donc la politique du pire et je sais que ça n'a rien de glorieux, mais tout de même... C'est ma théorie : quand un film est piloté par Tom Cruise, on se dit qu'il y a quelqu'un au volant, quelqu'un qui nous prend un peu moins pour des demeurés, dont on sent qu'il a fréquenté quelques pointures.




Je vous l'annonce tout de suite : Edge of Tomorrow, film i-dé-al pour un voyage en train à écourter, n'a pas contredit ma petite théorie. C'est pas génial mais ça passe à l'aise ! J'ai lancé ce film alors que ma voisine d'iDTGV, une vieillarde à la mine peu commode, venait de se taper un énorme sandwich bien dégueu. Deux tranches généreuses de pain de campagne rustique renfermant difficilement du jambon de pays et des œufs durs bien craspecs. En la matant savourer tout lentement ce sandar de dingue, prenant son pied comme jamais, comme pour me narguer, j'avais la haine. Je me répétais intérieurement "Pas de scandale même si t'as la dalle ! Reste zen, pas de crime de haine !". Étant donné l'heure, il s'agissait simplement de son goûter, imaginez donc la tronche de ses petits dej' ! La vieille a enchainé en tombant une tablette entière de chocolat au lait Lindt extra fin. Peut-être risque-t-elle un AVC mais pour mener une vie pareille, ça valait le coup ! C'est donc aussi pour la calmer que j'ai sorti mon matos et maté Edge of Tomorrow, m'isolant sans scrupule, la privant du son et essayant de lui cacher au maximum mon écran.




Les premières minutes du film, petit condensé de news itélé, nous apprennent rapidement que l'humanité est en guerre : une invasion extraterrestre a mis la planète à feu et à sang. Pendant une (longue) seconde, François Hollande apparaît à l'image, en gros plan. Peut-être un signe de solidarité entre nains de 1m66 de la part de Tom Cruise ? En tout cas, c'est une chose que l'on pourra ajouter au bilan de son triste mandat : une apparition dans un film dépassant la note de 8/10 sur iMDB ! Sans doute est-il le seul président de la Vème république à avoir accompli cet exploit. Mais passons. Tom Cruise incarne ici un commandant de l'armée, persuadé que les aliens sont désormais prenables grâce aux super tenues robotiques conçues pour les soldats. Suite à un malentendu, il est envoyé sur le front pour combattre en armure. Tom Cruise se retrouve bloqué dans une boucle temporelle et le voilà condamné, tel Bill Murray, à revivre sans cesse la même journée. À chacune de ses morts sur le champ de bataille, il se réveille 24h plus tôt, à son arrivée au camp, accueilli par le revenant Bill Paxton. Bien sûr, il va profiter de cette faille temporelle pour sauver l'humanité, trouvant une alliée de poids en la personne d'Émily Blunt, qui fut elle aussi coincée dans une même boucle lors d'une bataille précédente mais a depuis perdu le mojo.




Comme presque tous les films avec aléas temporels, Edge of Tomorrow est sans doute une montagne de goofs. Déjà, comment expliquer que seul Tom Cruise, en clamsant, fasse remonter le temps à l'humanité et au monde tout entier ? Ne pourrait-il pas s'agir de sa seule perception ? Un autre soldat ne peut-il pas connaître le même sort que lui ? Après tout, les conditions ne semblent pas si rudes à réunir... Le film ne s'interroge pas là-dessus. Il ne cherche qu'à nous divertir efficacement. Ses intentions ont au moins le mérite d'être clairement affichées. Le phénomène de boucle temporelle nous est tout de même rapidement expliqué : il serait dû à certains aliens bleutés directement reliés à un gros cerveau alien contrôlant tout, temps compris, et ayant élu refuge sous le musée du Louvre. Bon... Je vous l'avoue tout net, pour apprécier ce film, j'ai honoré le fameux dicton d'Igor d'Hossegore : cherche pas, t'as tort. C'est une bonne solution pour suivre un tel film sans mettre en pause toutes les deux minutes pour s'assurer de comprendre tous les aspects du scénario ou relever ses moindres couacs. On peut quand même se demander comment cela se fait qu'Hollywood paraisse aujourd'hui incapable de produire des films de SF aux pitchs cohérents, simples mais originaux...




Doug Liman nous propose finalement un blockbuster correct dont les références, les influences sont plus à chercher du côté du jeu vidéo qu'ailleurs. Comment, en effet, ne pas penser à un jeu vidéo lambda quand on voit le personnage de Tom Cruise mourir et revivre à l'infini pour réessayer sa mission ? Les dialogues fourmillent également de références vidéoludiques, Tom Cruise parlant de "game over" si tel ou tel mouvement n'est pas exécuté au bon moment, au bon endroit. Les brèves discussions de Blunt et Cruise entre les scènes de bataille nous donnent d'ailleurs aussi la vive impression de voir deux gamers réfléchir entre eux, sur leur canapé, pour décider de la meilleure stratégie à adopter pour passer un niveau à la difficulté particulièrement relevée. Certains plans semblent tout droit sortir d'un FPS (first-person shooter) à la Duke Nukem, Quake ou Call of Duty (rayer les titres inutiles selon votre âge), avec ici le point de vue de Tom Cruise. Ce choix, allié à un certain savoir-faire et une légèreté affirmée, permet à Edge of Tomorrow d'avoir un côté ludique pas déplaisant, mais il réduit aussi considérablement les enjeux d'un film, ma foi, très anecdotique. À la toute fin, après avoir ôté mon casque, la passagère au délicieux sandar sise à coté de moi et qui avait suivi tout le long en lisant les sous-titres, m'a tapé du doigt sur l'épaule avant de me faire une longue énumération de tous ces goofs que j'avais choisi d'ignorer. Je lui ai éternué au visage.


Edge of Tomorrow de Doug Liman avec Tom Cruise, Emily Blunt et Bill Paxton (2014)

6 août 2011

The Ghost Writer

On débarque après la tempête sur ce coup. On peut pas toujours être sur la brèche, écrire sur les films à même les accoudoirs des fauteuils UGC, on fait ça bénévolement, c'est une passion, un loisir, on peut pas tout couvrir. Ceci dit on l'a quand même vu au cinéma à sa sortie sur écran géant. Et c'est peut-être pas pour rien qu'on n'en parle que 16 mois après la bataille. Néanmoins on se sent obligés d'en parler, et on doit le faire maintenant parce qu'après on s'en souviendra plus du tout. Là, déjà c'est limite... Faut dire qu'on fait tout pour l'oublier et que le film n'a pas les armes pour s'imposer. Pourtant on en attendait beaucoup, comme avant toute sortie d'un nouveau film de Polanski, on y allait la fleur au fusil, la bouche en cœur, les bras en croix et la tête sur les épaules. Quelle déception que de tomber nez-à-nez sur ce thriller politique ultra bavard, laborieux, jamais excitant, morne, gris, fade et voué à élaborer un suspense qui ne décolle jamais ! Vers la fin du film, quand McGregor essaie d'échapper à ses poursuivants en montant sur un ferry avant d'en ressortir difficilement, il manque de tomber à l'eau et on aimerait presque qu'il glisse, qu'il se prenne le pied dans un cordage et passe par dessus le bastingage. On n'a vraiment rien à foutre du destin de ce personnage et on se fout encore plus de ceux qui l'entourent, de cette intrigue pseudo-politique bourrée d'échos autobiographiques et de références à l'actualité (notamment à Tony Blair Witch). Ce qui a valu tous les honneurs, une palanquée de récompenses, une presse unanimement élogieuse et un César à Polanski, c'est non seulement son âge avancé et sa gloire passée mais surtout sa situation judiciaire nauséabonde au moment du tournage. Rappelons que Polanski lui-même a affirmé : "J'ai fini le montage en taule entre deux co-détenus qui s'intéressaient plus à la face cachée de ma lune qu'à mon métrage".


LA scène d'action du film, qui implique un héros, un ferry et une grosse paranoïa

L'absence du metteur en scène au stade terminal de la confection de ce film explique peut-être sa qualité douteuse et sa fin en dents de scie. Dans la dernière séquence du film, McGregor résout une énigme digne du jeu Les Chevaliers de Baphomet (fabuleux jeu de Playstation au scénario tortueux signé par le Père Fourras), il vient à bout d'un casse-tête chinois hardcore qui consiste à construire une phrase clé à partir d'un bouquin de 300 pages à l'aide d'un indispensable stabylo et d'un tippex (c'est pas vraiment du blanco, c'est un de ces correcteurs très pratiques, roulants car doté d'un système de poulie ingénieux, qui a le mérite d'être précis, discret, de ne pas faire de grumeaux et de pouvoir être recouvert d'encre tout de suite après application si on n'appuie pas trop fort, et ça déroule une fine bande blanche de béton très dilué ; j'ignore le nom de cet appareil de rêve indispensable à tout fournisseur de fournitures de bureaux, qui fait rêver les étudiants et qui ne finit pas une journée de collège en un seul morceau), tippex que le héros déroule de façon frénétique sur 99% du pavé qu'il s'est échiné à ghost writer pour n'en garder que les malheureux mais précieux termes de la phrase mystère dans une scène digne de Joao César Monteiro. Fort de sa découverte, il la soumet à la femme du Prime Minister, dont il était le nègre et qui s'est fait descendre, car c'est elle que cette découverte incrimine, chose dont on se doute dès le moment où cette dame se met à poil dans le lit du héros sans aucuns pourparlers préalables dès la 37ème minute du film.


Au fond du dernier plan de ce film qui vous prend littéralement par le cou pour ne plus vous lâcher la carotide, vous pouvez apercevoir ce qu'il reste de notre héros trop arrogant : sa chaussure en plein vol plané.

Après cet exploit, le héros roule des mécaniques et tord du cul vers la sortie d'une réception mondaine en claquant la porte dans son dos à la manière de Jacquouille dans Les Visiteurs. Là, plan fixe sur une rue de New-York (New-Jersey), McGregor passe, fier comme Artaban, devant le champ avec son manuscrit sous le bras, les mains tout au fond des poches de son baggy, au niveau des genoux, et il s'éclipse hors-cadre, apparemment doté d'un sentiment du devoir accompli exacerbé au vu de l'érection qu'il a du mal à cacher sous son falzar taille basse manifestement pas assez large ; puis dans le fond du champ apparaît une Peugeot Safrane noire qui met soudainement la gomme dans un crissement de pneus tétanisant : le dernier son qu'entendra McGregor, littéralement cueilli par le pare-buffle d'un assassin peu discret et connu par ses amis pour être un peu lourd en soirée. Après avoir déjoué toutes les machinations criminelles fomentées contre lui, notre héros se fait avoir en marchant au milieu de la route. Le plan s'achève sur toutes les pages du manuscrit qui s'envolent une à une, le genre de truc qui te fout la rage si ça t'arrive quand t'es encore vivant, une chance pour le personnage d'être mort donc. C'est nous qui avons le déplaisir de voir ces milliers de feuilles se faire la malle en désordre dans un plan-séquence de haut vol. De quoi nous mettre sur le cul. Sauf qu'après deux heures de léthargie, perso j'avais pas le cœur à me laisser éblouir. Tout ça pour dire que le contexte difficile dans lequel Polanski a terminé son film aurait dû permettre à la critique d'en pointer les grandes faiblesses tout en dédouanant le cinéaste septuagénaire que nous aimons tant. Au lieu de ça on a pu assister à un phénomène de masse inversement proportionnel qui consista à cirer les bottes de Polanski et à s'émerveiller devant ce film ma foi fort anodin. Le genre de film que j'attribuerais volontiers à Doug Liman. Sauf que si c'est lui qui l'avait fait je l'aurais pas vu, mais ce serait un joyau dans sa filmo entre Jumper et Fair Game.


The Ghost Writer
de Roman Polanski avec Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Olivia Williams et Kim Cattrall (2010)

19 juin 2011

L'Agence

Il existerait donc des types, tout de costards gris vêtus et couverts d’un indispensable stetson, qui, obéissant avec diligence à une force omnisciente et bienveillante (Dieu ?), veilleraient sur l’Humanité pour éviter que celle-ci ne fasse de trop grosses conneries. Ces « agents » interviendraient par de petits gestes tout bêtes (les « ajustements » du titre original) pour qu’aucun malheur irréversible ne survienne et pour remettre les gens dans le droit chemin qu'ils leur ont concocté. Une clé oubliée ? Un portable égaré ? Un lacet défait ? Un chat passé par la fenêtre ? Un jean taché ? Une chaussette trouée ? Une tasse à café renversée ? Les agents farceurs du bureau d’ajustement sont derrière tout ça ! Et c’est par ces petits gestes apparemment anodins, mais qui font le piquant de nos existences, que ces agents interviennent en toute discrétion pour nous rendre la vie meilleure. Dormez tranquille. On est très loin du thriller parano que l’affiche laissait présager. On nage ici en plein bonheur. Matt Damon a beau courir dans tous les sens et suer comme un bœuf, il devrait rester tranquille, tout finit par s’arranger. Qui sait, ce sont peut-être ces agents ajusteurs qui ont mis dans les pattes de DSK une femme de chambre irrésistible et adepte des libations oro-péniennes ? L'Agence pose plus de questions qu’il ne donne de réponse. C’est à cela que l’on reconnaît les grands films (je plaisante). Une chose est sûre : l’Holocauste, les deux guerres mondiales, le sale état de la couche d'ozone, le Moyen-Âge, et j'en passe : tous ces évènements pas spécialement glorieux qui ont marqué l’Histoire correspondent tout simplement à des périodes où ces personnes si bien intentionnées avaient laissé l’humanité agir à sa guise. Par contre, la Renaissance, les Lumières, Rome (sic), tous ces trucs plutôt positifs, c'est eux, c'est signé ! C’est dit dans le film, mot pour mot. Croyez-moi. Matez la scène. C’est l’un des meilleurs passages, avec celui où l'on explique à Matt Damon comment s'y prendre pour ouvrir une porte et pour que celle-ci offre un raccourci magique vers l'endroit que l'on souhaite (d’où le stetson, car c'est lui qui permet d'avoir ce super-pouvoir !).


Ces gens nous veulent du bien. Le film se joue ainsi des codes habituels du thriller parano. Tu parles !

Bon, allez, faisons preuve de bonne volonté. Fermons les yeux un instant et admettons à coeur ouvert cette histoire de SF de derrière les fagots. Soyons fous ! Hélas, ce film est un tel tas d'inepties que même avec la meilleure volonté du monde, il est impossible de ne pas être terrassé. Parce qu'il faudrait être drôlement doué pour tirer un bon film d’une histoire pareille, ce que George Nolfi n’est évidemment pas. Pas même une seconde. Selon moi, il faudrait surtout se limiter à l’essentiel pour que tout ça ait une petite chance de fonctionner. Il vaudrait mieux en dévoiler le moins possible sur un scénar qui apparaîtra de toute façon bidon quand on en dévoile trop. Il faudrait peut-être simplement garder cette idée plutôt rigolote de ces personnages condamnés à « ajuster » la vie des gens par ces petit gestes anodins mais qui changent tout, et faire un film quasi conceptuel, avec une vraie économie de moyens, mais une ambition au beau fixe. Malheureusement ici, on a bien entendu droit à tout l’inverse. Le film débute de telle façon et sur un rythme si soutenu que je pensais avoir téléchargé la bande-annonce ou un spot de campagne électorale. J’aurais dû sentir l’anguille en matant le nom du réalisateur derrière tout ça : George Nolfi. Si ça c’est pas un pseudo… Le type aurait dû aller au bout de son idée et signer sous le nom "Nolife". Le couple d'acteurs vedette se démène, mais c'est plus pathétique qu'autre chose. Emily Blunt, un genre d’Emmanuelle Devos mainstream, fait tout pour mettre le spectateur dans sa poche en arborant des jupes ras-la-teuch et des décolbards indécents. Mais ça ne prend pas, rien n'y fait. Notre attention reste fixée sur le menton en galoche et le regard infiniment stupide et revêche de l'actrice. Seul Matt Damon voit rouge et l'embrasse fougueusement 30 secondes chrono après l'avoir rencontrée pour la première fois. Les mystères de l'amour. Un Matt Damon qui est plutôt crédible dans son rôle de jeune politicard survolté, constamment collé aux basques par un conseiller joué par Eric Woerth en personne, qui vient d'ajouter une bien sombre ligne à son CV...


Franco, je préfère Devos.

Hey Matt Damon, quand tu reçois un tel scénar, t’as pas mille questions à poser à celui qui l’a écrit ? Parce que moi, devant ton film, j’ai à nouveau 5 piges, je retourne à cet âge où on est un insupportable moulin à questions, je demande sans arrêt : « Et pourquoi ci et pourquoi ça ». Mais ça tombe bien, car mieux vaut que je retombe à cet âge-là, sinon je ne tiendrais pas une minute devant un si triste spectacle. Bon, Matt, quand tu lis une saloperie pareille, ça te chatouille pas un peu sur le sommet de ton crâne couvert de brins de paille filasse ? Tu te dis quoi exactement ? Comme j’aimerais être à tes côtés pendant ces moments-là ! En plus je t’aime bien, avec ta grosse tronche, ton front gigantesque et ton air gentil, tu me fais penser à mon frère aîné. Je t’adore Matt. T’es un peu de ma famille. Mais même si t’étais vraiment mon bro’, je ne me ferais certainement pas prier pour te dire que tu tournes dans de la merde. Réveille-toi mec, tu files un mauvais coton. Tu voulais sûrement jouer dans un divertissement sympa. Je te vois venir à 20 kilomètres. Entre deux films d’auteur ou deux films indés, tu te dis qu’il est bon pour ton image d’être en tête d’affiche d’un gros blockbuster hollywoodien de divertissement facile et méga bête. C’est le genre de choix qui peaufine et cultive ton image de star assez à l’aise pour jouer sur tous les tableaux. Tu espères ainsi que les amoureux de Gus Van Sant comme ceux de Doug Liman te porteront toujours dans leurs cœurs malgré ta filmographie à cors et à cris. Une carrière finalement très classique. Ils font à peu près tous ça, et c'est souvent des bons potes à toi. C’est pas original pour un sou, mais faut croire que ça marche. Mais t’es demeuré Matt, tu paumes ton temps. Tu n'es pas à ta place dans cette histoire sans queue ni tête tirée de Philip K. Dick, à l'origine de quelques bons films de SF mais aussi de belles saloperies. Une réussite pour mille saloperies, j’ai calculé. Souvenez-vous de Paycheck. D'ailleurs, en tournant dans L’Agence, Matt Damon a peut-être cherché à adresser une belle et grande preuve d’amitié à son pote Ben Affleck. En s’obligeant à traverser la même épreuve que son ami Affleck a jadis affrontée bien malgré lui : être le héros d’une adaptation terriblement bête de l’écrivain le plus connu d'Hollywood après Stephen King. C'est beau Matt, mais tu aurais pu t'en passer, et plutôt proposer à ton collègue de faire un truc ensemble, comme au bon vieux temps.


"Je te jure c'est écrit dans le script ! - Mais dis pas nawak !"

Bon, reparlons plus précisément du film. J'aimerais revenir sur deux choses qui me tiennent à cœur, deux détails qui ne provoqueront sans doute pas la même réaction chez le spectateur lambda, mais qui personnellement me révoltent ! L’Agence véhicule une très affreuse idée, que l’on croise hélas dans un trop grand nombre de films. Je vous situe le contexte : pendant pratiquement tout le film, Matt Damon se démène comme un diable pour retrouver Emily Blunt, celle qui lui a tapé dans l’œil dès la première scène du film et qu'il ne parvient plus à oublier. Quand Matt Damon réussit enfin à mettre le grappin sur l'élue de son cœur, c'est pour rester avec elle une petite paire d’heures à peine, tout juste le temps de niquer rapidos, d’échanger quelques politesses et de fumer une clope la tête basse, avant d’être à nouveau séparés par le bureau d'ajustement. Avant la très laborieuse dernière partie du film, Matt Damon retrouve Blunt pour de bon, après une séparation longue de 3 ans durant laquelle celle-ci s’est rabibochée avec son ex et s’apprête même à se marier ! Mais quand Damon et son gros menton débarquent, ni une ni deux, Blunt oublie le contrat de mariage qu’elle s’apprêtait littéralement à signer. De cette façon, L'Agence entre dans cette vaste catégorie de films miteux où seule l'histoire d'amour vécue par le héros a de la valeur, les autres comptant forcément pour du beurre. Et c'est lamentable, car ça n'aide certainement pas à rendre la romance de nos héros plus poignante, bien au contraire. Le film le plus connu dans cette catégorie est l'inévitable Titanic. Petit rappel des faits : dans Titanic, Kate Winslet passe à peine une paire de jours en compagnie de Leo DiCaprio, le véritable amour de sa vie. Ok il est beau gosse, il dessine bien, c'est un artiste. Mais ils passent seulement deux jours ensemble. Et moi on me répond que je suis ridicule quand je raconte ma relation passionnelle de trois ans avec ma chatte siamoise nommée Marguerite, qui a tragiquement trouvé la mort suite à une opération de stérilisation administrée par un boucher. Bref. Si l’on suit bien le film Titanic, on comprend facilement que le personnage incarné par Kate Winslet a malgré tout connu un autre homme après avoir survécu au naufrage qui fut fatal à DiCaprio. Un homme avec lequel elle a passé toute sa vie et fondé une famille, dont est issue la jeune femme blonde que l’on voit au début du film. Une belle histoire donc. De bien jolies noces j'imagine. Mais quand la vieillarde crève à la fin du film, après avoir si bêtement jeté à la flotte un caillou d’une valeur inestimable dans un geste ponctué d’un « oups » abominable, hé bien c’est Leo DiCaprio qu’on la voit rejoindre dans ce qui semble être le paradis qu’elle s’imagine. Leo DiCaprio ! Ce con d'arriviste qui a forcément été parfait puisqu'il a seulement passer 48 heures et des brouettes avec elle. Pas le temps de péter ni de roter, pas le temps de se laisser-aller dans ces petits écarts qui tuent l'amour au quotidien. Mais hé ! Et le type qui s’est fait chier à lui faire des gosses et à gaspiller sa vie avec elle, à crever d'une crise cardiaque en lui creusant une piscine, alors, il compte pour du beurre ? C'est ça ? C’est l’évènementiel, le pur accident, qui prime ici sur la durée tangible, solide et vraie. C’est l’éphémère effet du coup de foudre qui balaie 40 ans de mariage. C’est le romantisme le plus crétin qui dégomme le plus vieux des couples. En filmant ça, James Cameron est indéfendable. Il pousse toutes les femmes à l’infidélité, les confortant dans le romantisme le plus idiot, et il pousse tous les maris au plus grand désarroi possible. Une idée qui m’agace tout particulièrement, car vous l'aurez compris, moi je m'imagine plutôt dans le rôle du tocard qui se fait avoir. Bon, je dis ça, mais j’adore Titanic. A l’époque où Winslet pesait 90 kg, c’était une tuerie. Et avec Speed, c'est un de mes films favoris des nineties.


"- T'es timbré, mec - Je sais. On me la sort à chaque fois."

Revenons à L’Agence. Ce film véhicule une autre idée, peut-être encore plus détestable que la première. Tenez-vous bien. Je sais que mon texte est indigeste, et si vous avez tenu jusque-là, c'est un miracle ; mais j’en suis désolé, c’est ce film qui m’a mis dans un état d’ébullition incroyable. Le personnage de Matt Damon est un sénateur promis à un brillant avenir politique. Pour faire plus simple : il est le futur Président des États-Unis, carrément. Et c’est un poste qui, dans ce film, est évidemment le plus important du monde, celui qui permet d’éviter à l’humanité de sombrer, tout bonnement. Soit, ne nous attardons pas davantage sur cette considération de bas étage. Mais le destin de Matt Damon vers la présidence est tout tracé si, ET SEULEMENT SI ce con-là ne tombe pas dans les griffes d’Emily Blunt, cette jeune femme qui le fait littéralement disjoncter dans son slip et oublier son ambition politique dès qu’il la croise ! C’est dire si l’homme est une bestiole politique ! Tu parles d’un guignol. François Hollande a fait une croix sur Ségolène pour s’ouvrir les portes de l’Elysée, ou du moins espérer (moi j'y crois ! je suis hollandais !), et on peut pas dire que ça soit le roi des scrutins. Et Royal, elle envoie plus que Blunt, avis perso. Mais là encore, passons ! Tout cela, on le sait donc parce que ce sont les agents du bureau du titre qui racontent tout à Matt Damon pour le persuader de ne pas se détourner de son si brillant chemin. Bien évidemment, les agents ne se demandent pas un seul instant si le fait de tenir informé Matt Damon de son futur ne changera justement pas ses agissements ! Ce serait trop compliqué. De son côté, Emily Blunt a également un destin radieux qui s’offre à elle : elle va devenir « la danseuse et la chorégraphe la plus connue du monde », rien que ça ! C’est le pauvre Terence Stamp qui nous l’annonce, vieil acteur classieux tristement embarqué dans cette galère qui campe ici le rôle d’un agent très haut placé. Il prévient donc aussi Matt Damon que si Emily Blunt se met en couple avec lui, elle finira par "enseigner la danse à des gosses de 6 ans (sic !)". Quelle tragédie ! Je m’attendais à ce qu’on annonce à Damon qu’elle allait se casser une patte, finir en chaise roulante, ou un truc comme ça, mais non, elle va juste devenir prof, et c'est franchement dégueulasse, faut bien le reconnaître. Pour faire simple, le message de ce film est donc le suivant : l’amour détruit nos carrières professionnelles, tenons-nous en éloigné ! Amoureux, et donc heureux, on en oublie nos objectifs professionnels, forcément les plus importants, c’est bien connu. Ça me troue le cul. C’est abominable comme message, mais tristement d’actualité. Dans son happy-end ignoble, le film retourne sa veste et démontre que l’amour finit par l’emporter. Mais quel amour ? Pourquoi l’un, celui du héros, vaut-il mieux que l’autre, celui du pauv’ type qui se fait voler sa femme au moment de lui mettre la bague au doigt sur les marches de la mairie ? Et à quel prix ? A quel prix ?! Surtout, rappelons qu’avant cela, c’est-à-dire pendant tout le film, c’est God himself qui a essayé par tous les moyens de détourner Matt Damon d’Emily Blunt, attirés l’un par l’autre comme deux chiens en période de chaleur. Ça ne change donc pas grand-chose à l’affaire.


Le film ne dit pas si c'est l'Agence qui a provoqué l'élection d'Obama, mais on peut aisément le penser.

Blague à part : pour ma part, je vais bientôt déménager dans la Creuse parce que ma copine a trouvé un super poste là-bas (en gros, elle est médium spécialisée dans les vieillards aux portes de la mort). Je vais vivre là-bas avec elle, je la suis par amour, et je n’hésite pas une seconde à le faire. Une fois que j’aurai atterri dans ce coin paumé, terre promise de la Grande Faucheuse, j’essaierai de trouver un job de merde ou bien je serai carrément chômeur. Plongé dans le désarroi le plus total, je finirai même par abandonner le blog. C’est écrit. Alors qu’en restant là où je vis actuellement, l’avenir me réserve sûrement autre chose, c’est certain. Le message du film est donc vrai, me concernant. Et ça me fout d’autant plus les boules. Franco ce film voit juste. Chapeau bas. C’est balèze. J’ai les boules je vous dis. Je suis intenable.


A droite Eric Woerth, à nouveau dans de beaux draps après avoir été trainé dans la boue suite à l'enlèvement d'Ingrid Bétancourt. Notez que sans lunettes, il a déjà moins l'air con !

Pour finir, sachez que j’aurais préféré un film sur des gars réellement chargés d’ajuster des trucs, dans le sens le plus terre-à-terre du terme. Des gars qui s’invitent chez les gens pour replacer un meuble d’un centimètre vers la droite pour qu’il soit parfaitement aligné avec le rebord de la fenêtre. Des gars sympas capables de remettre le téléphone bien en place quand on l’a posé de travers et que sa batterie se vide progressivement en douce. Des gars qui nous coupent le gaz avant le départ pour les vacances histoire d’éviter de retrouver Mamie grillée à notre retour. J’aurais préféré. Franchement, j’aurais adoré. Vous pensez que je peux envoyer le scénar à Matt Damon ?


L'Agence de George Nolfi avec Matt Damon, Emily Blunt, Terence Stamp et Eric Woerth (2011)

18 mars 2011

Fair Game

Doug Liman, que la critique juge unanimement prodigieux et indispensable dans la photo de famille de la crème hollywoodienne pour avoir réalisé le premier volet de la trilogie Jason Bourne (dont La Vengeance dans la peau est le dernier opus en date), a livré sur nos écrans le fameux Fair Game en 2010. Ayant comme tout un chacun littéralement fait dans mon froc devant les péripéties d'un Matt Damon survolté et surentraîné, éternellement coiffé de sa sublime coupe au bol et vêtu d'un t-shirt XS fort adapté pour courir entre les voitures, j'étais impatient à l'idée de renouer le contact avec le sacro-saint Doug Liman qui symbolise à lui tout seul l'avenir d'Hollywood, le futur radieux du cinéma d'action, l'essor des grands studios, la prospérité du film de genre. Doug Liman c'est l'espoir vivant de tous les spectateurs avides de sensations fortes et de toutes les femmes de la planète avides de sensations non moins fortes qui craquent pour Matt Damon, le fils américain de Gérard Damon, notre vieillard hexagonal. J'avais la chair de poule à l'idée de découvrir, même avec un an de retard, le dernier bébé bourré de testostérone de Doug Liman. Malheureusement pas un seul coup de feu n'était prévu dans le scénario de ce nouveau film, aucun coup de boule à l'horizon, pas l'ombre d'une clé de bras ne se profile d'un bout à l'autre du film, ni même le soupçon d'une mandale. Voici le triste pitch du film : Valerie Plame (interprétée par une Naomi Watts en pantoufles), agent de la CIA au département chargé de la non-prolifération des armes, dirige secrètement une enquête sur l’existence potentielle d’armes de destruction massive en Irak. Cette histoire, c'est du réchauffé. Ces événements ont déjà eu lieu, on connaît déjà la fin de ton film Doug. Avant le générique les marines auront débarqué à Bagdad, les Irakiens auront déboulonné la statue de Saddam et ce dernier sera pendu à la tété. Très peu intéressé par cette histoire déjà connue de tous, et le subconscient peu accaparé par l'arme de destruction massive nommée Watts qui dans ce film ressemble davantage à un pétard mouillé, j'ai éteint ma lumière au bout d'une vingtaine de minutes, déçu à en mourir. Mais j'ai quand même eu le temps de penser à quelque chose, et c'est le visage omniprésent et inoubliable de Sean Penn qui m'a conduit à ça. Car a priori il manque bel et bien une pièce essentielle du puzzle Fair Game dans ce pitch de potche, comme sur l'affiche du film d'ailleurs, et je veux bien entendu parler de Sean Penn. Regardez mieux ce poster magnifique. Au premier coup d'œil on voit Naomi "10 000" Watts en costume trois pièces et le titre. Et puis en y regardant de plus près on distingue quelque chose sur la droite de l'image, une ombre, un brouillard, the frog, un fantômas qui rôde dont l'attitude complètement décalée contraste avec celle, grave et austère, de Naomi "100 000" Watts, nous interroge et nous fout mal à l'aise : c'est Shaüwn Penn tout sourire qui, en légère surimpression, vient bousiller le climat sérieux et grave que tentait d'asseoir l'afficheur.


Je sais que cette image est déjà sur l'affiche mais on ne s'en lasse pas

Takeshi Kitano, qui se fait surnommer "Beat" et qui porte remarquablement bien ce surnom ici en France, est un réalisateur japonais célèbre pour avoir une coquetterie dans l’œil unique en son genre, et adoré de tous pour avoir réalisé deux ou trois films "mignons" parallèlement à deux ou trois films de "baston". Et bien qu'il soit au départ le Vincent Lagaf japonais, présentateur de jeux télévisés dignes d’Inter-ville en son pays, les critiques de cinéma n'ont de cesse de l'aduler et de lui poser de brillantes questions. Parmi celles-ci, l'incontournable : "Quel est votre cinéaste préféré ?" En réponse, Takeshi "Beat" Kitano n'a de cesse de dire et de répéter que son metteur en scène favori est le grand Akira Kurosawa. Pour Beat Kitano, Kurosawa c'est le modèle absolu. Pourquoi ? Parce que dans un film de Kurosawa chaque plan est composé comme un tableau. Mieux, chaque image pourrait en soi et pour elle-même constituer un splendide tableau de grand maître. Le spectateur peut librement s'amuser à figer l'image à n'importe quel moment d'un film de Kurosawa pour obtenir devant soi une peinture magnifique, dixit Beat. On peut ne pas être d'accord avec cette conception du "cinéma idéal" selon Kitano, et préférer les théories de Koulechov ou par exemple les préceptes de Robert Bresson qui voulait qu'un plan n'ait aucune valeur ni aucune beauté propre séparé de ceux qui le précèdent et le suivent. Toutefois l'idée de Kitano, qui tend à rapprocher très étroitement l'art cinématographique de l'art pictural, se tient, et peut même dans une certaine mesure se vérifier dans les films de son maître Kurosawa. De sorte qu'il ne serait pas complètement absurde de juger de la beauté plastique d'un film selon de tels critères. Aussi ai-je envie, de façon arbitraire et gratuite, de mettre le film de Doug Liman à l'épreuve des balles. Faisons le test de Kitano, le "beat test", avec Fair Game. J'ai fait pause aléatoirement à quatre reprises, au hasard, en baladant mon curseur tout le long de la barre de lecture de mon lecteur divX, et voici les quatre arrêts sur image que j'obtiens réunis par mes soins à la palette graphique :


Cliquez sur l'image et admirez ces quatre faciès caoutchouteux en grand format, ça vaut son pesant de cacahuètes.

L'expérience est sans appel : le film de Doug Liman ne passe pas le "test Kitano". Il échoue même lamentablement à ce crash-test de tous les diables. Visez-moi un peu la ganache carbonisée qui systématiquement s'imprime dans l'image et la piège de l'intérieur. Chaque image du film est un terrain miné, une horreur visuelle, un sacerdoce de la rétine. Si l'on devait en tirer une peinture ce serait du crépit pour tapisser des chiottes. Ou alors c'est une forme d'art encore inconnue, qui va au-delà du cubisme et de l'abstraction, au-delà de Jérôme Bosch et d'Egon Schiele, bien plus loin que Lucian Freud et Francis Bacon dans le goût des tronches fondantes et décrépies, dans la passion des gueules brisées et des faces dégoulinantes. Shawn Penn semble arborer dans ce film un masque d'Onibaba, un couvre-chef de vieillard hideux, terriblement expressif et mystérieusement pacifique, blanchâtre de chevelure et de teint, qui n'est autre que sa véritable tête, laquelle fait mystérieusement tourner celle des femmes. Croyez-le ou non, ce visage bouffi de couenne et caffi de peau fait tourner la tronche de ces demoiselles. Sean Penn est un sex-symbol avec sa fraise de clopeux lépreux et son énorme navet de vétéran de la guerre de Corée. Où va le monde ?... En attendant j'ai sans doute passé plus de temps à faire ce montage photo que Doug Liman n'en a passé à monter son film, et ça m'a pris cinq minutes. Car en réalité si vous faites pause au hasard à n'importe quel moment du film vous tomberez certainement 9 fois sur 10 non pas sur un bout de peau de Naomi Watts mais sur un pan de mur, un bout de tête en amorce, ou un acteur décapité par le bord du cadre. De quoi composer une galerie de non-tableaux ultra conceptuels et proprement hideux. Car Doug Liman a cru brillant de porter sa caméra à l'épaule pour bouger dans tous les sens au gré de la conversation de ses comédiens, comme s'il n'avait pas lu dix fois le script et ne savait pas lequel allait s'exprimer à tel ou tel moment. L'effet recherché est celui d'un reportage télé débordant de suspense dont le cadreur ignore ce qui va se passer, mais à l'image ça donne une caméra qui balaye entre deux personnages ridés et maussades sans choisir lequel filmer, s'interrompant dans sa course pour retourner à toute vitesse vers le dernier qui a parlé, mais déjà l'autre a répondu et le cadreur doit faire demi-tour, souffrant d'un torticolis affreux que l'on ressent par-delà l'écran et pour lequel on n'éprouve aucune compassion... L'effet reportage télé aurait pu fonctionner mais dans les faits c'est complètement raté, et le résultat c'est un banal effet série télé, le réalisateur ne sachant quoi filmer alors qu'il est la plupart du temps dans une bagnole deux places, posté face à un couple de connards qui s'échangent des remarques fades dont on se fout éperdument. Voila qui fait de Douggybag Liman, que l'on nous vend comme le meilleur espoir d'un cinéma américain depuis longtemps défroqué, un beau crétin. 


Fair Game de Doug Liman avec Sean Penn et Naomi Watts (2010)

24 juin 2008

Jumper

J'ai vécu un truc de malade ! Ce matin j'ai bouffé un peu innocemment (c'est mon pote qui m'a poussé) une plaquette entière de pastilles de vitamines C, après avoir bu quelques verres de jus d'ananas (un cubi), tout ça pour être en alerte rouge devant ma feuille de partiel. Donc j'ai passé une journée démente, à péter le feu, à chier de partout, enfin bref la journée bizarre qu'on peut attendre d'un mélange aussi explosif ingurgité au petit matin. Et là je viens de mater Jumper. Et ça m'a autant surpris que ça vous sautera à la gueule en me lisant, mais je vous assure que c'est vrai, j'ai causé aux morts pendant le film. Je voyais des macchabées tout autour de moi, et j'ai discuté avec eux un certain temps. Pendant tout le film en fait. Comme une séance de spiritisme sauf que je n'ai convoqué personne dans mon salon. Les gars crevés sont entrés sans frapper. Et du début à la fin de Jumper j'ai causé à des morts. Sans doute un moyen mis en place par mon subconscient pour éviter de voir ce film de merde. Oh ça vous paraîtra peut-être étrange mais dîtes-vous bien que ce n'est rien comparé au film.


Hayden Christensen peut se téléporter où il veut et il en profite pour aller étendre son linge devant les pyramides d’Égypte, sans oublier d'emporter avec lui son précieux lecteur cd portable.

Dans ce film un type se rend compte qu'il a le pouvoir de se téléporter, et la seule chose qu'il décide d'en faire c'est de passer d'une pièce à l'autre en sautant la porte. À un moment il perd son pouvoir et en pleine course poursuite il galère trop pour tourner une poignée. Son pire ennemi lui crie dessus qu'ouvrir une porte ce n'est pas comme faire du vélo, ça s'oublie... Enfin voila, le film aussi est bizarre. Mais ma soirée putain je ne suis pas près de l'oublier. J'ai causé à des gens méga morts. J'ai causé à un arrière-grand-père paternel qui m'a raconté comment il avait engrossé mon arrière-grand-mère maternelle, c'était vachement intéressant. En tout cas on était bien 50 dans mon salon, moi et 49 morts, et y'a quand même un grand cousin éloigné dans le tas qui m'a dit avoir kiffé Jumper.


Jumper de Doug Liman avec Hayden Christensen, Samuel L. Jackson et Jamie Bell (2008)