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29 juillet 2012

Holy Motors

Après treize ans d'absence Leos Carax revient et ouvre son film en s'adressant directement à nous pour montrer le chemin permettant d'entrer dans le film. Il est paraît presque invraisemblable que Carax ait pu monter pareil projet, qu'il ait pu le financer, le réaliser et surtout qu'il ait pu le mener à bien. L'ambition était immense. La séquence d'introduction est sans doute la plus inspirée du film. On croit y rencontrer René Magritte et David Lynch dans ce qui fait penser à la première scène de La Folie Almayer de Chantal Akerman, autre grand film français de l'année. Leos Carax y développe une mise en abyme qui annonce la dimension métatextuelle du film. Des spectateurs immobiles, figés, endormis, hypnotisés, sont assis dans une salle tandis que résonne la sirène ronflante d'un bateau. Un second plan présente un personnage (le cinéaste lui-même) se levant de son lit dans ce qui pourrait bien être la cabine d'un navire et qui semble surtout correspondre à un contrechamp du plan sur la salle de cinéma, autrement dit au film que les spectateurs regarderaient sans broncher (ou ne regarderaient plus...). Le personnage joué par Carax, accompagné par les mêmes bruitages nautiques, se lève et s'approche d'une fenêtre surplombant une ville plongée dans la nuit, révélant qu'il se trouve sans doute en réalité dans un immeuble (bien que les lueurs improbables au loin tendent à faire du lieu une sorte de chambre mentale onirique). Il parcourt un mur dont la tapisserie représente une forêt de troncs d'arbres, y trouve une serrure pour y insérer son majeur en forme de clé (pas une clé anodine, une clé à déboulonner, on n'entre pas là sans effort et sans volonté), ouvre ou plutôt enfonce une porte dérobée, parcourt un couloir et débarque dans la salle de cinéma initiale, derrière la foule des spectateurs.




Dans les allées entre les sièges passent un enfant nu et un chien noir, apparitions fantomatiques ou mythologiques qui sont ici chez elles et bien vivantes. Nouveau plan sur une petite fille derrière une fenêtre ronde en forme de hublot, toujours accompagnée dans la bande son par la sirène du bateau et le reflux des vagues. Avec ces images enfin raccordées à la bande son, sommes-nous finalement devant le film projeté au public statufié ? Oui, mais les bruits s'estompent quand la caméra recule pour dévoiler que la fenêtre circulaire est celle d'une grande villa d'où sort péniblement un banquier à la démarche mal assurée, Denis Lavant, Monsieur Oscar, sur le point de grimper dans sa limousine pour un voyage qui n'aura rien de maritime, sauf à être vécu comme une plongée en apnée dans la fiction, mais qui consistera plutôt en un road movie à travers des cinémas possibles.




La suite du film, dont les toutes premières images furent celles de l'un des premiers muets expérimentaux de Muybridge (ou d’Étienne Jules-Marey) sur le mouvement des corps, nous apparaît en premier lieu comme dédiée à ce qui habite depuis toujours l'espace cinématographique : le corps des acteurs. Denis Lavant qui incarne plusieurs rôles après celui de ce banquier se rendant au Fouquet's. Edith Scob, par qui Carax convoque Georges Franju qui l'aura également inspiré pour le gadget du sas menant à la salle de motion capture et, ultime clin d’œil, quand l'actrice porte un masque à la fin dans une reprise directe des Yeux sans visage. Michel Piccoli, par qui Carax en appelle à tout le cinéma français et au sien, Piccoli ayant tourné avec tout le monde, dont Carax, mais surtout avec Buñuel, l'auteur du Fantôme de la liberté, auquel on pense pour la succession de scènes réalistes et surréalistes sans autre point commun entre elles que les acteurs qui les traversent. La liaison s'opère ici par le seul et suffisant Denis Lavant, auquel Piccoli donne le change dans un dialogue bouleversant où il cite Oscar Wilde pour qui la beauté est dans l’œil de celui qui regarde pour s'entendre répondre un tragique : "Mais si plus personne ne regarde ?". Eva Mendes, actrice définitivement au-dessus de la mêlée ces temps-ci, apparaissant chez Carax après avoir tourné pour James Gray (La Nuit nous appartient) et Werner Herzog (Bad Lieutenant), qui aura su jouer de sa propre image. Kylie Minogue, qui rappelle une héroïne hitchcockienne avec ses faux airs de Tippi Hedren. Et re-Denis Lavant, donc, dont la tâche consiste à incarner tour à tour et sans discontinuer tous les personnages possibles comme Monsieur Oscar incarne un banquier, une mendiante, un tueur, un tué, un père, un accordéoniste - dans un entracte musical -, un homme au foyer, un vieillard mourant ou le fameux Monsieur Merde. Carax filme l'improbable inhérent au métier d'acteur du perpétuel saut vertigineux dans un nouveau personnage et dans une nouvelle vie investie. Les confusions entre réalité et fiction (d'où le rappel du Blanc-seing, le tableau de Magritte, au début du film, et plus généralement toute la première séquence avec son jeu de chausse-trappes dissimulées dans une continuité apparente), sont réunies par cet acteur-personnage qui, quand bien même il enchaîne les rendez-vous pour "la beauté du geste", sans trop croire à la portée de son ouvrage, fait semblant avec un tel acharnement et un tel talent que l'on ne sait jamais quelle est sa réalité.




Holy Motors apparaît comme un film sur le cinéma, auquel il adresse une oraison funèbre sur un ton mélancolique et dépité, même si dans la dernière scène, qui rappelle la fantaisie et la malice de la conclusion des Herbes folles de Resnais, Carax sonne le glas avec beaucoup d'humour, un humour bienheureux qui parcourt d'ailleurs tout le film sans rien ôter à la tristesse ambiante. Quand Monsieur Oscar et sa chauffeuse remarquent qu'il leur faut à tout prix un fou rire avant minuit, un oiseau (Judex est là) frappe le pare-brise, Lavant y allant alors d'une réplique périmée digne des films noirs classiques de l'Âge d'or ("Taxi, suivez ce pigeon !") qui fait rire les deux personnages avant que l'ironie de la situation ne les rattrape : ce cinéma-là (déjà salué dans Mauvais sang) n'existe plus que dans la mémoire des anciens et ne se rappelle à eux que sous la forme d'un cliché de longue date digéré, passé dans la culture comme une chose morte. Sauf que contrairement à beaucoup de films qui veulent par exemple prévenir la violence en se vautrant dedans, contrairement à certains réalisateurs qui dénoncent le fascisme en employant ses armes et contrairement à d'autres qui reprochent au monde contemporain une perte de sensibilité et de contact avec la réalité en tournant des films désaffectés, Leos Carax annonce la mort d'un certain cinéma en même temps qu'il tente de le ressusciter à toute force. Il est intéressant de voir le cinéaste entrer de plain-pied et avec chaque scène dans un nouveau film, s'essayant à tous les registres avec la même envie et la même exigence, du film de vengeance chinois au drame familial bien français en passant par le musical mélodramatique hollywoodien quand, vers la fin du film, les grandes lettres blanches de la devanture de La Samaritaine rappellent celles, gigantesques, d'Hollywood Hill. Ces derniers exemples sont marqués par une simplicité de moyens et un réalisme tranquille qui font judicieusement redescendre le film après d'autres séquences plus fantasques et survoltées, telle celle de Monsieur Merde, assurant à l'ensemble un équilibre et préservant le foisonnement général d'un danger corrélatif : l'extravagance foutraque.




Le cinéaste explore l'histoire du cinéma, des premiers essais filmiques à leur pendant contemporain, la motion capture numérique, s'empare de tous les genres, de toutes les tonalités et chaque incursion dans un nouveau monde cinématographique fonctionne, l'effet de fiction nous emportant sans qu'on s'en rende compte. De la même façon qu'on ne s'attarde pas sur les maquillages de Denis Lavant pour être totalement happé par son travail d'acteur, on n'est jamais tenté de sortir du film pour disséquer la manière de filmer de Carax, ses élans ostentatoires, ses abandons à une fluidité transparente, tant on s'engouffre littéralement dans chaque nouvelle immersion fictionnelle. Ni le comédien ni le cinéaste ne sont dans la provocation, dans l'épate ou dans la pose. Leur sincérité est totale, leur travail profond. Carax exploite chez nous cette soif de fiction dont il déplore paradoxalement l'amenuisement, fait feu de tout bois et travaille le cinéma dans toutes ses dimensions, filmant de mille façons, utilisant tous les régimes d'image, de l'infrarouge à l'image thermique en passant par la corruption d'image numérique, le datamoshing, pour des effets qui n'ont rien du tape-à-l'œil mais tout de l'exploration et de l'enthousiasme artistiques.




Quand il filme au ralenti une séance de motion capture où un corps couvert de capteurs luminescents danse et tournoie sur fond noir et qu'il en tire une scène assez envoûtante que tout ajout numérique rendrait hideuse (il le fait pour nous le prouver), c'est un pied de nez au cinéma d'effets spéciaux qui a plus ou moins gagné contre un cinéma artisanal qui filme et regarde ses sujets au lieu de n'en garder que l'armature osseuse pour ensuite l'habiller et remplir le champ de pâté informe. Carax honore un cinéma des "saints moteur" et action, nourri par des acteurs placés devant des caméras, avec quelqu'un pour crier "silence" avant la prise. Il ne prophétise pas la mort absolue du cinéma, mais déclare la mort de ce cinéma-là, matériel, qui se rapproche de l'illusion du cirque (dans sa limousine cinématographique remplie d'écrans le personnage semble aussi être, au choix, en pleine tournée théâtrale ou dans un cirque itinérant, sans compter le transformisme d'Oscar et la contorsionniste de la séance de motion capture), un cinéma qui en retrouve toute la magie primitive, née des artifices les plus simples et restés les plus puissants (l'hommage à Franju et les clins d’œil à Lynch, deux grands magiciens du cinéma, ne sont pas fortuits, et l'affiche n'est pas sans rappeler le dernier film de Weerasethakul...). En faisant clamer à ces machines-là, déjà converties en véhicules de luxe mais pas encore assez miniaturisées, que le cinéma est mort, Carax le rend peut-être un peu plus vivant.




Mais il y parvient parce que son film ne fait pas que rendre un culte funéraire pessimiste au cinéma, c'est aussi une célébration de l'art. Exemplairement, la séquence de motion capture montre deux corps érotiques qui s'emmêlent, se touchent, se lèchent dans un échange de souffles et un froissement de matières et de tissus organiques face auquel les mêmes mouvements habillés par un ordinateur pour se transformer en d'hideuses créatures surnaturelles ne peuvent que perdre en force d'imprégnation. Carax a d'ailleurs l'idée de mettre en contraste l'image déréalisée de l'acteur réduit à des points de lumière se déplaçant au ralenti dans l'image et la lourde réalité du corps concret qui atterrit bruyamment sur les tapis de sol via la bande son. Holy Motors n'est pas une mise en abyme métadiscursive ironique et détachée, sans vie et sans amour, c'est un film habité par des et surtout par un corps qui, à force de travail, d'implication, et après de longues séances de maquillage que le cinéaste filme avec fascination, invente une myriade de personnages et leur donne vie à l'écran pour raconter des histoires d'humains, par quoi l'on en revient au premier aspect du film, l'hommage aux acteurs en tant que forces d'impression et d'identification et comme vecteurs de fiction. Mais ce cinéma-là est condamné à mort si plus personne n'est là pour le regarder, c'est l'avertissement lancé par Holy Motors, comme par superstition, pour mieux prévenir l'accomplissement de cette peur, tout en tâchant de l'infirmer à l'image. Carax nous dit qu'il faut croire à ceux qui inventent et qui jouent pour nous, qu'il est urgent de réapprendre le goût du beau (ce beau que le film interroge violemment dans la scène où Monsieur Merde enlève Eva Mendes, et que le cinéaste réimagine lui-même de bien des façons), qu'il faut accepter de voir à nouveau, que le cinéma se mérite, qu'il faut pousser les portes là où il n'y en a pas, créer les clés en soi pour y accéder et de ne pas dormir devant les images (ou pour en fabriquer d'autres), ne pas être figé, aveugle face à leur déferlement. Alors voyons.


Holy Motors de Leos Carax avec Denis Lavant, Edith Scob, Eva Mendes, Kylie Minogue, Michel Piccoli, Jeanne Disson et Elise Lhomeau (2012)

22 mai 2012

Contrebande

J'ai regardé le début de ce film hier soir, avant de me coucher, et je me suis réveillé avec une conjonctivite à l’œil droit. Je ne pense pas que ça soit lié, mais tout de même, par précaution, je n'y toucherai plus. Et puis à quoi bon ? Dès les premières secondes, j'avais l'impression d'avoir déjà vu ce film une petite centaine de fois, tant il ressemble à n'importe quel thriller américain lambda voire à n'importe quelle série d'action. Face à un spectacle si indigent, une seule question m'est apparue : que fais-tu Mark Wahlberg ? Que fais-tu Marky Mark, toi qui commences à peine à te forger une vraie crédibilité d'acteur avec des films comme The Fighter, Les Infiltrés et La Nuit nous appartient auprès de ces spectateurs qui, jusque-là, associaient logiquement ton nom à de ridicules films d'action ? Que fais-tu Marky Mark, toi qui, grâce aux films précédemment cités et tes collaborations récentes et futures avec Will Ferrell, occupais déjà une place à part dans mon hall of fame personnel ?




Avec un film tel que ce Contrebande, tu ruines un peu tous tes efforts passés. Qu'est-ce qui a bien pu te faire accepter un tel rôle ? Ce rôle archiconnu de malfrat légendaire, rangé des bagnoles, mais contraint à replonger dans le grand banditisme pour régler une affaire très personnelle. Était-ce l'envie de jouer aux côtés de Kate Beckinsale ? Toi qui es habitué à partager l'affiche avec des bombes comme Eva Mendes, Charlize Theron et Amy Adams, tu dois pourtant savoir que tu vaux infiniment mieux que ça. Elle ne leur arrive même pas à la cheville, à tous les points de vue... Alors peut-être avais-tu apprécié le film original islandais et senti un fort potentiel pour faire un carton ? Hé oui, parce qu'en plus, Contrebande est un pâle remake, réalisé par l'acteur principal du film initial (et il n'y a d'ailleurs bien que ça d'un peu original dans ce triste projet). Non, vraiment, je ne te comprends pas, Marky Mark. Mais bon, je ne t'en veux pas. Tu m'es toujours sympathique et j'ai hâte de te revoir dans un film digne d'intérêt. En attendant, Contrebande est à éviter.


Contrebande de Baltasar Kormákur avec Mark Wahlberg, Kate Beckinsale, Ben Foster et Giovanni Ribisi (2012)

4 août 2011

Bon à Tirer (B.A.T.)

J'ai "regardé" ça un soir avec Poulpard, je mets entre guillemets parce qu'on n’était pas toujours dedans, mais c'est bien grâce à cela que nous avons tenu tout le film. Pour tout vous dire, nous étions occupés à répondre à un lecteur surexcité. Il s’agit donc du dernier film des frères Farrelly, avec comme souvent un pitch qui se veut plus ou moins accrocheur. Les deux personnages principaux du film sont deux meilleurs amis, Owen Wilson et Jason Sudoku, obsédés sexuels et constamment attirés par les minettes qui passent sous leurs yeux pervers. Ils sont pourtant mariés, l’un à Jenna Fischer et l’autre à Christina Applegate, mais leurs vies sexuelles ne sont plus ce qu’elles étaient. Se rendant bien compte de l’état alarmant de la libido de leurs compagnons, véritables bombes à retardement frustrées par la vie, elles prennent une décision commune : donner un "bon-à-tirer" (expression ô combien affreuse, traduction malheureuse de "hall pass") à leurs maris, pour que leur obsession du cul disparaisse, l'interdit de l’infidélité étant temporairement levé. Pendant une semaine, nous suivons donc les pérégrinations pathétiques de ce triste duo sans relief, guidé par sa seule envie d'enfin réussir à tirer un coup salvateur...


Jouer tout un film les mains dans les poches, c'est une belle performance de la part de Wilson. Mais ça en dit long sur l'implication de l'acteur dans un projet mort-né.

Au-delà du fait que les Farrelly essaient manifestement de cacher leur flagrant manque d’inspiration sous un gros tas de vulgarités et de dialogues très gras dignes du pire de Judd Apatow, l’une des choses qui frappent le plus dans ce pauvre film est la tronche et l'allure pitoyables que trimballe Owen Wilson d’un bout à l’autre. On le sait dépressif et suicidaire, je ne m’acharnerai donc pas sur lui, mais c’est tout de même un peu problématique quand cela transparaît à l’écran dans des films supposés être drôles et légers. Ici, l’acteur ressemble à un vieillard convalescent qui a évité de peu la faux et qui depuis n’arrive plus à retrouver goût à la vie. Le pauvre, il fait vraiment peine à voir. Quant à son acolyte, que dire ? Il parvient à nous faire pouffer une petite fois, lorsque la vulgarité du film est poussée à son paroxysme (la scène du pet qui repeint la baignoire) et qu’il nous offre un regard consterné, apparemment conscient de l’horreur de la situation. Ça reste assez peu en 105 minutes de film, car à l’instar de la plupart des autres œuvres des frères Farrelly, Bon à Tirer a le défaut de durer une bonne demi-heure de trop...


Jenna Fischer est souvent méconnaissable, rendue hideuse par des séances d'U.V. intensives que la blancheur anormale de ses dents met en avant. Quant à Applegate, j'ai eu du mal à la reconnaître, elle a à nouveau changé de tronche !

Habituellement dans les films des Farrelly, il y a au moins une jolie actrice qu'ils mettent plutôt bien en valeur. Dans Fous d'Irène, ils parvenaient presque à rendre Renée Zellweger charmante, ce qui relève du miracle étant donné la façade décrépie de cette comédienne biélorusse (et encore, notez bien que j'ai dit "presque"). Ils ont entre autres filmé Gwyneth Paltrow et Eva Mendes, mais aussi Vanessa Angel (celle qui a émoustillé tous les fans de la série Code Lisa, à commencer par notre bon Poulpard). Dans Bon à Tirer, ils ont Jenna Fischer sous la main, mais ils préfèrent se focaliser sur une pouffiasse australienne blonde sans intérêt apparemment nommée Nicky Whelan. Je parle des comédiens, du fait que c'est pas drôle, etc, vous pourrez penser que c'est pas très poussée comme critique, mais je ne préfère pas m'attarder sur le reste. Y'a que dalle à dire sur ce film, dont même la morale puritaine est affligeante. C'est d'autant plus attristant quand on se dit que les deux personnages principaux sont bien entendu les avatars des frères metteurs en scène. Enfin bref, les Farrelly ne ressortent pas du tout grandis de ce film très souvent abject, bien au contraire. Un film qui confirme l'état déliquescent des ciboulots du duo de Providence après le déjà ridicule Les Femmes de ses rêves... Si ces deux-là donnent enfin une suite à Dumb & Dumber, ils ont tout intérêt à confier les rênes du projet à Jim Carrey, car s'ils se loupent, ils seront numéro un ex-æquo sur ma Most Wanted List !


Bon à Tirer (B.A.T.) de Peter et Bobby Farrelly avec Owen Wilson, Jenna Fischer, Jason Sudeikis, Nicky Whelan et Christina Applegate (2011)

6 juin 2011

Deux en un

Si je parle de ce film aujourd'hui c'est parce que j'ai passé quatre heures devant et je veux pas avoir paumé une nuit de ma vie pour rien. Et comme je considère qu'écrire sur ce blog c'est mon travail, rémunéré par la CAF, j'estime qu'un article c'est un accomplissement qui fait passer la pilule. Des Farelly j'ai adoré Dumb & Dumber, j'ai apprécié Fous d'Irène et j'ai maudit tout le reste. Je me les suis quasiment tous farcis, toujours dans l'espoir de tomber sur une pépite comme Dumb & Dumber (vu au moins 50 fois), mais même leur plus grand succès, Mary à tout prix, m'a plombé. Deux en un contribue à étayer ma théorie selon laquelle les frères Farelly ne font des films drôles qu'à la condition d'embaucher des acteurs comiques drôles. Or, exit les Ben Stiller, Owen Wilson, Matt Dillon et autres Jack Black : on a dit "drôles". Il n'y a qu'avec Jim Carrey et Eddie Murphy (mais ça c'est juste une hypothèse vu qu'ils n'ont jamais tourné avec l'acteur, au chômage technique depuis le début des années 90) que ces deux gros tocards peuvent nous faire marrer.


Imaginez ce que donneraient Jim Carrey et Will Ferrell à la place de ces deux-là. Pour le premier c'est pas dur vu que Matt Damon est justement coiffé comme l'était Jim Carrey dans Dumb & Dumber. D'ailleurs avec ses cheveux longs et pisseux et sa grimace terrible Greg Kinnear n'est pas sans rappeler Jeff Daniels dans le rôle d'Harry, old buddy old pal...

Deux en un vérifie bel et bien cette idée, puisque même si Matt Damon et Greg Kinnear, qui sont de bons acteurs, affichent une belle complicité dans ce film, ce dernier ne décolle jamais et manque cruellement de gags. Le peu de blagues à l'écran apparaissent comme autant de situations incontournables offertes par le pitch du film. Quid de Kinnear qui tire un coup à côté d'un Matt Damon impassible ayant bien du mal à se concentrer sur son bouquin, quid de cette scène où Kinnear monte dans le bus et se rend compte après que celui-ci a démarré que son frère siamois est resté québlo sur le marche-pied... Je pourrais bien en trouver une paire d'autres mais si j'ai du mal en m'en rappeler sans réfléchir ça prouve bien qu'elles ne m'ont pas marqué. Ce qui manque c'est des vannes improvisées, inattendues et sinon déjantées du moins plus osées. Et pour obtenir ça il faut des acteurs comiques dans l'âme, qui n'aiment rien tant que faire rire et qui ont ça dans le sang, comme un don des Dieux. On peut citer les inévitables Jim Carrey et Will Ferrell. On pourra nous répondre qu'un film comme Deux en un a d'autres qualités, voire d'autres ambitions, comme par exemple dépeindre une belle fraternité surmontant le handicap. On imagine qu'il y a derrière tout ça une touche d'autobiographie de la part d'un couple de cinéastes siamois qui partagent réellement le même corps. Mais qui va voir un tel film, aussi platement filmé, pour être ému ou pour se voir délivrer un message d'amitié déjà entendu ailleurs mille fois ? Non, on y va pour se marrer avant tout, et surtout pour ne jamais s'ennuyer. Or c'est leur sujet humaniste que les Farelly mettent à l'honneur, et ça passe au-dessus de la comédie, or ce choix est forcément regrettable, d'autant plus quand le film dure 2 heures. Une comédie réussie qui dure deux plombes c'est un défi rarement relevé.


Quand même...

Pour finir et pour contenter nos plus fidèles lecteurs, c'est-à-dire nos propres frères, quelques mots sur le phénomène Eva Mendes. J'avoue, j'ai un temps vociféré sur cette actrice dont le charme n'agissait pas sur moi et que j'associais inconsciemment à Rosario Dawson, à Jada Pinkett, à Michelle Rodriguez et à J-lo, bref à tous ces latinos en vogue condamnées au rôles de garçons manqués. J'ai récemment retourné ma veste sur le cas Mendes, et uniquement sur le sien. Quand je dis retourner ma veste je suis carrément à poil car j'ai aussi retroussé mon fut. C'est grâce à La Nuit nous appartient, Bad Lieutenant et The Other Guys, que j'ai revu l'actrice à la hausse. Voilà comment de bons choix de carrière peuvent révéler une beauté toute naturelle et pimpante. La meuf joue avec James Gray, Werner Herzog et Will Ferrell, rien que ça. Dans Deux en un, même si le film est tout à fait oubliable, elle rayonne néanmoins de mille feux dans un rôle périlleux de pute arriviste, dont elle a vite su se détacher.


Deux en un de Peter et Bobby Farrelly avec Matt Damon, Greg Kinnear et Eva Mendes (2004)

16 janvier 2011

Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans

Contre toute attente j'ai aimé ce film. Je n'ai pas vu l'original de Ferrara mais Herzog non plus. En tout cas c'est ce qui se dit... Difficile à croire, mais soit. En tout cas Herzog n'a pas voulu faire un "film sur le film", ou s'il l'a fait d'une manière détournée (après tout je l'ignore), il ne s'est pas consacré à un respectable exercice méta-discursif et, loin de se cloîtrer dans une analyse maniériste, il a réalisé un film à part entière. Un film qui n'est qu'un vague remake de celui de Ferrara dont il ne reprend apparemment que la trame narrative : un flic véreux sur le retour et en proie à une forte addiction à la cocaïne doit résoudre une enquête. Pas très alléchant à priori, au point d'ailleurs que même en appréciant l'œuvre le spectateur peut y demeurer quelque peu extérieur. Ce sentiment d'être tenu à notre place d'observateur, et ce en dépit d'une mise en scène très immersive qui nous réserve une place de choix dans la subjectivité exacerbée du protagoniste, nous le devons aussi à l'acteur en présence en mode godlike, qui nous condamne à être simultanément envoûté et tenu à distance par son jeu outstanding et qui par sa démonstration nous laisse littéralement spectateurs, ahuris, absorbés par son génie de la comédie, complètement gaga devant ce numéro d'artiste en roues libres. Car c'est un film avec Nicolas Cage. Or là aussi il y avait de quoi douter a priori. Un film avec Nicolas Cage a neuf chances sur dix d'être complètement pourri, il suffit de jeter un œil averti à la filmographie pestilentielle de notre acteur préféré pour s'en attrister. Bad Lieutenant Port of Call New Orleans avait donc toutes les chances d'être raté, d'autant qu'il raconte somme toute une histoire de flic corrompu et drogué, soit typiquement le genre de récit qui au premier abord n'a rien pour m'intéresser. Eh bien il n'en est rien. J'ai aimé ce film.



Une fois n'est pas coutume, Nicolas Cage met son talent de surdoué au service d'un cinéaste talentueux qui parvient à rendre l'histoire d'un flic ni bon ni mauvais mais camé au dernier degré parfaitement convaincante et remarquablement prenante. On pouvait craindre que le réalisateur de Fitzcaraldo se coule dans le moule pour réussir son incursion Hollywoodienne, or au contraire le cinéaste fait un pied-de-nez fabuleux à cet Hollywood qu'il infiltre avec une rare intelligence. Tous les clichés du film de flic Hollywoodien sont réunis et pourtant Werner Herzog plane à cent mille au-dessus de la masse. Durant deux heures Nicolas Cage est de tous les plans, et nous observons ce lieutenant de police déjanté régler ses affaires avec malice, tirant toutes les couvertures à lui sans crainte apparente du danger, comme rompu à cet exercice qu'il semble maîtriser de longue date et dont il distribue les cartes en triste héros cabossé, complètement désaxé par un mal de dos terrifiant et par un état d'overdose permanente. Notre bonhomme s'en tire toujours à moindre frais, il se retrouve immanquablement dans la position de celui qu'il faut éviter de faire chier, il côtoie du reste une dame que beaucoup lui envient interprétée par Eva Mendes, et même après avoir maltraité des vieilles, après avoir violé une jeune fille sous peine de la coffrer, après avoir fait chanter une star de la NFL, après avoir humilié le fils d'un ponte haut placé et après avoir incarcéré de dangereux malfrats avec qui il venait de pactiser, après autant d'horreurs contrebalancées par quelques plus rares démonstrations de sympathie, après tout ce merdier le héros sort vainqueur, blanc comme neige et haut gradé. Il semble très heureux de ce qu'il fait, et d'ailleurs incapable de faire autre chose, mais fait terriblement pitié.



C'est donc toute une mythologie de la flicaille américaine qu'Herzog foule aux pieds dans les traces de Ferrara, mais aussi et surtout tout un système cinématographique. Aucune machinerie impressionnante ne se substitue à l'acteur tout-puissant, aucune course-poursuite, aucune fusillade ni aucune sorte de violence patente ne viennent relancer l'intérêt d'un spectateur néanmoins captivé par les moindres faits et gestes de ce type dont on attend la fin inévitablement atroce sans qu'elle n'arrive jamais, le récit brisant de fait notre confortable horizon d'attente. Et c'est la puissance de la simplicité qui se rappelle à notre bon souvenir lorsque l'image change de régime ou lorsqu'un lézard apparaît au premier plan d'un cadre légèrement bousculé au fond duquel Nick Cage, complètement camé, est le seul à observer ce triste caméléon qui interrompt littéralement le film en lui faisant opposition. C'est l'évidence du réel qui surprend enfin à nouveau quand l'âme d'un macchabée danse au-dessus de son corps représentée par un danseur de smurf tournoyant sur sa propre tête, les quatre fers en l'air, face à un Nicolas Cage hilare.



C'est cette simplicité de moyens, ce foisonnement d'idées, cette vivacité de mise en scène qui font de ce film un bon film réalisé envers et contre toute une triste actualité du cinéma américain. Mais il ne faut pas oublier de dire l'autre pilier de cette œuvre : Nicolas Cage. Dieu sait que nous avons déjà dit et répété sur ces pages l'amour que nous portons à cet acteur, et dans de vibrants éloges immodérés de sa personne. Je vous renvoie notamment à Benjamin Gates et le livre des secrets. Néanmoins je ne peux m'empêcher de redire combien j'aime cet homme. Comment ne pas l'adorer ? Comment ne pas s'agenouiller devant la tronche de Nicolas Cage, écrasée sur les deux cotés, oblongue dans le prolongement du nez, l'inénarrable nez, toute ramassée dans le sens de la marche comme si un médecin bodybuildé lui avait filé deux énormes baffes à la naissance. Sa chevelure, c'est comme du shampooing sec. Les pores de sa peau sont bouchés, comme des points noirs mais blancs. Et ses mirettes ! Ses yeux de teckel Irlandais, qui gerbent sur son trop long nez dont ils sont jaloux parce qu'on ne voit que lui, l'ineffable blair. Que dire de ses yeux fâchés pour toujours depuis que l'un a dit merde à l'autre. Et cet air du type qui a fait le Vietnam et qui depuis refait chaque soir le Vietnam, chaque nuit le même cauchemar : les obus, la boue, le sang, les mecs qui se tiennent le bide, qui se retiennent les tripes, qui gueulent. MAMAN ! Mais dès le matin il a tout oublié, ou plutôt il s'est rappelé qu'il est né en pétant dans la flanelle, et la banane reprend le dessus. Nicolas Cage n'entre pas dans une pièce, il arrive en coup de vent, en glissant. Parfois il entre les pieds devant car les semelles de ses mocassins collent au plancher mais peu importe. On a l'impression de le connaître par cœur et de l'avoir toujours connu. On aurait presque envie de se repasser le film de notre vie pour vérifier s'il n'est pas là, dans le coin de chaque image, en train de nous observer... Il ne faut pas oublier ce crane clairsemé, toujours plus clairsemé... Il pourrait s'appeler Ducon on l'aimerait quand même, même s'il s'appelait Ducon. Mais il s'appelle Cage Nicolas, il est le tonton de Coppola, et c'est le plus grand acteur alive.


Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle Orléans de Werner Herzog avec Nicolas Cage et Eva Mendes (2010)

23 juin 2009

American Beauty

J'étais persuadé d'avoir téléchargé American Booty, le fameux film introuvable, indisponible à la BU, emprunté depuis des lustres à MediaPorn, la médiathèque Porno de Toulouse. C'est l'affiche qui m'a trompé. C'était osé de la part de l'équipe marketing du film de coller un trou du cul (certes impeccable) à côté d'une rose sur le poster du film. Finalement c'était donc American Beauty, pour lequel Sam Mendes a obtenu l'Oscar du meilleur film. C'est d'autant plus fort que c'était le tout premier film réalisé par Sam Mendes. Cette année-là American Beauty était en concurrence avec Sixième sens pour l'ultime récompense de ce cinéma hollywoodien moribond depuis près de 15 ans. Ces deux films ont en commun d'avoir engendré, ou d'avoir ravivé des modes tout à fait détestables, insupportables aujourd'hui. Concernant Sixième sens : le film fantastique pour tout public, ambitieux et modeste, ainsi que l'usage abusif du twist final perçu comme la clé d'un succès assuré ; sans oublier le retour sur le devant de la scène des enfants portant la coupe au bol, personnages aussi fascinants que têtes à bouffes (Haley Joel Osment, aujourd'hui condamné à donner sa voix aux films Pixar, tant l'adolescence s'est avérée pour lui l'équivalent d'une guerre mondiale, rivalisait dans ce domaine avec Sean Penn).



Concernant American Beauty, de Sam Karman Mendes, qui nous intéresse aujourd'hui, il a peut-être fait pire, car plus sournois. En effet American Beauty c'est l'épanouissement d'un certain genre de films indépendants, pasteurisés, demi-écrémés, sans sucre ajouté, dénués d'apports journaliers. Si ce film était un produit de consommation ce serait de l'Actimel, un petit truc qui ne sert à rien mais qui fait le bonheur de ces messieurs dames. Ma phrase n'a aucun sens puisque American Beauty EST un pur produit de consommation. Sam "Je suis Sam" Mendosa a lancé toute une vague de films indés manufacturés, produits à la chaîne, ayant pour sujet la petite famille américaine et ses petits tracas, pleine aux as mais rarement épanouie. Toujours le même père de famille en pleine crise de la cinquantaine, déconnecté de ses gamins, plus vraiment excité par sa femme, aigri par son boulot (le sempiternel "bureau"), attiré par de nouvelles sensations de type pédophiles et désireux de rattraper sa jeunesse perdue. Toujours la même mère désintéressée de ses enfants, encore belle mais totalement asséchée par le manque d'intérêt de son époux, qui rêve d'une sorte de gros nettoyage de printemps. Toujours la même fille à la sexualité récemment épanouie, aux seins qui poussent plus vite que la musique, brillante au lycée mais peu motivée, en guerre contre ses parents et avec sur les écoutilles un discman diffusant The Shins en boucle. Elle aussi rêve d'une partie de Twister avec dix beaux garçons en quête d'exercices de motricité (même si sur sa liste de noël elle précise qu'un seul suffirait, dans une lettre adressée à un Santa Claus qui fondra sur place en lisant ses mails). Toujours le même petit-ami mal vu par les parents, car synonyme d'une virginité bientôt rencardée au rang de souvenir pour leur progéniture, un type sombre, cynique, torturé, vêtu de noir, qui fait un peu de cinéma avec sa Super 8, qu'est fan de Lynch, qui a toujours les volets tirés et qui sait révéler sa copine à elle-même en employant parfois des ustensiles de cuisine.



Sam Mendosa, avec tous ces ingrédients, a pondu le prototype de ce cinéma qui nous pourrit la vie depuis quinze longues années. Ce prototype c'est un film d'une banalité confondante qui croit dénicher l'Amérique dans ses petits secrets, filmé le plus platement et le plus scolairement possible (Dawson Creek n'est pas loin), avec un fond de chansons sympas, et parfois une touche soi-disant provocante ou "osée", tandis que Kevin Spacey se branle sous la douche de dos en nous saoulant de sa voix-off la moins inspirée. L'acteur reconnaîtra plus tard avoir davantage pris son pied en doublant Monsters Inc., le bébé de Pixar. Encore cette semaine sortait Smart People, un film directement calqué sur ce prototype affreux lancé par Sam Mendes. La seule originalité dans ce dernier film c'est le personnage du tonton qui rêve s'enfiler la vierge Marie.



La pire scène du film reste celle où le petit ami de Thora Birch lui montre un des milliards de torche-cul (qu'il appelle des "films") qu'il a capté avec sa caméra Super 8. Il lui présente celui qu'il préfère. Dans ce film il tente de capter toute la beauté du monde en filmant un sac plastique qui flotte et virevolte au gré d'un petit tourbillon du vent dans une rue de banlieue. C'est Mendes qui nous parle à travers ce personnage auquel il s'identifie sûrement. Ce même Mendes qui en 1999 a vécu une "année noire" malgré son Oscar puisqu'il s'est fait plaquer par sa femme et ses dix gosses, tragédie qui lui a inspiré le triste métrage qui aura fait son succès. Il veut nous rappeler que la vie n'est pas toujours très gaie mais qu'un sac plastique ça reste beau. Avec cette scène (littéralement) au ras du sol, Mendes donne sa définition du cinéma et résume en une séquence cette tendance actuelle qui consiste à vénérer la médiocrité et l'insignifiance.



Au final Kevin Spacey a obtenu un oscar en laissant libre cours à sa libido endiablée le temps d'un tournage. Les regards qu'il lance à Mena Suvari, c'est tout ce qu'on lui demande, mais ils n'ont rien d'artificiel. C'est l'acteur qui zieute à ce moment-là. Sam Mendes a la curieuse habitude de nettoyer ses lunettes avec son calebarre, il ne s'étonne plus d'avoir les yeux qui sentent la bite. Depuis ce film il s'est embourbé dans Les Sentiers de la perdition. Et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour ne jamais tomber sur Jarhead Leto. Tout dernièrement il a eu la brillante idée de réunir Kate Winslet et Dicaprio, sans même être au courant que les deux acteurs s'étaient déjà noyés ensemble dans le Titanic. Un sacré coup marketing inconscient ! Ceci dit la petite histoire ne raconte pas qu'aujourd'hui Mendes est plongé dans son manuel du Droit de la Propriété Intellectuelle, et qu'il essaye de "coincer" un James Cameron plutôt intouchable sur ce coup, puisque c'est bien lui qui a eu l'idée de créer ce couple en premier, et dix années d'écart entre les deux films donnent raison à Cameron. A la barre seront appelés les dix piges et les milliards de témoins ayant fait de James Cameron le Picsou des temps modernes, le maître du monde.


American Beauty de Sam Mendes avec Kevin Spacey, Mena Suvari et Annette Bening (2000)

23 août 2008

U.V.

U.V. est le premier film de l'histoire du cinéma entièrement tourné en violet & blanc, d'où son titre, qui est l'abréviation d'"ultra-violet". Cette première, on la doit au jeune cinéaste français Gilles Paquet-Brenner, tout droit sorti de l'ESAV, et qui avait à cœur de démontrer toute son ambition artistique dès sa première véritable oeuvre personnelle, après avoir taffé sans passion sur la saga des Gomez & Tavarez. Dans U.V., toutes les couleurs sont saturées, ce qui explique leur absence quasi totale, au profit du blanc et de différents tons de violet. C'est du jamais vu. C'est le premier film qui nécessite non pas des lunettes spéciales 3-D mais bien des lunettes de soleil pour pleinement l'apprécier et, pour les peaux sensibles, un tube de crème solaire. On est ici face à mille gammes de violet, et certaines sont là uniquement pour nous cramer les rétines. U.V. est tout simplement l'œuvre artistique qui rend le mieux hommage à cette couleur souvent mal considérée par la plèbe. Dans U.V. on y a droit à toutes les sauces : cela va du gland violacé de l'exhibitionniste Pascal Elbé au visage rendu mauve par la fatigue d'un Jacques Dutronc à cran, en passant par le bikini couleur lavande qu'arbore Laura Smet avant de se jeter dans une piscine aux reflets curieusement pourpres. Vous l'aurez donc compris, le violet règne en maître dans tous les plans de ce film, mais le sens du titre ne s'arrête pas là. Derrière U.V. se cache également l'abréviation de bien d'autres expressions, comme par exemple "ultra violent", pour le passage où Pascal Elbé, pourtant habitué aux rôles de gendre idéal, massacre la belle gueule de Nicolas Cazalé à coups de rame après l'avoir assommé à l'aide d'un mât lors d'une scène navale qui vous glacera le sang. 
 
 
U.V. est donc un film très riche sur le plan thématique, à tel point que je préfère ne pas tout vous dévoiler. U.V. est un film qui se veut hitchcockien mais qui fait davantage penser à Hitch, ce navet hollywoodien où Will Smith, autoproclamé maître de la séduction, tente par tous les moyens de s'envoyer Eva Mendes. Un autre de ces films qui laisse le spectateur à la fois songeur et perplexe, dont je ne serai surement pas amené à vous parler prochainement. 
 
 
U.V. de Gilles Paquet-Brenner avec Jacques Dutronc, Pascal Elbé, Laura Smet et Nicolas Cazalé (2007)

11 février 2008

La Nuit nous appartient

J'avais vu que Little Odessa de James Grax. On me l'avait vendu comme un truc géant à l'époque et en fait c'était pas mémorable. La Nuit nous appartient en revanche est plutôt pas mal. Eva Mendes est radieuse dans ce film, Mark Wahlberg montre plus de talents que dans La planète des singes ou Les rois du désert où il n'en montrait aucun. Joaquin Phoenix joue vachement bien, enfin surtout dans la première partie du film, après ça il se cantonne un peu dans le cliché du gars qui va mal mais qui encaisse. Robert Duvall fait un très bon truc aussi de son côté et c'est sans doute son dernier rôle donc appréciez-le jusque dans la moindre réplique. L'histoire est pas plus intéressante que ça mais c'est plutôt bien fait, consciencieusement, calmement. Je trouvais même le film très bien jusqu'à ce que Gray tombe dans un travers très commun, l'odieuse manie d'envoyer les violons sur fond de gros ralenti quand il estime que le spectateur se doit d'être ému. C'est un peu trop grossier pour un film par ailleurs bien chaloupé. C'est dommage. Ceci étant ça reste quand même jouable comme film, surtout dans la généralement triste catégorie des films de flics.


La Nuit nous appartient de James Gray avec Joaquin Phoenix, Eva Mendes, Mark Wahlberg et Robert Duvall (2007)