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31 mai 2026

See no Evil, Hear no Evil

Troisième des quatre collaborations entre Gene Wilder et Richard Pryor, See no Evil, Hear no Evil (devenu en français Pas nous ! Pas nous !) est celle qui a, en son temps, rencontré le plus modeste succès. Si cette comédie réalisée par Arthur Hiller met peut-être un tout petit moment à trouver son rythme de croisière, elle n'en demeure pas moins un buddy movie pur jus, fichtrement agréable de bout en bout et très régulièrement amusant. L'alchimie du duo formé par Wilder et Pryor est si évidente à l'écran que l'on regretterait presque que le film s'embarrasse d'une intrigue, d'un fil conducteur, puisqu'il suffirait de nous montrer les deux hommes interagir pour nous tenir en haleine. Gene Wilder et Richard Pryor incarnent respectivement un sourd et un aveugle tous deux témoins d'un meurtre. D'abord pris pour les coupables par les policiers particulièrement débiles et incompétents de New York, ils vont facilement réussir à s'échapper du commissariat pour mener leur propre enquête afin d'être lavés de tout soupçon, l'un comblant tant bien que mal le déficit de l'autre tout au long de leurs mésaventures. 





A l'ère où la moindre comédie américaine use de filtres et de photographies maussades pour essayer, en vain, de se donner un cachet et des airs chiadés, See no Evil, Hear no Evil a cela de plaisant, quand on le découvre aujourd'hui, d'être particulièrement coloré et lumineux. Cela paraît bête mais pourtant... Avec son générique d'ouverture rythmé par un morceau pop aux relents très eighties, Arthur Hiller annonce d'emblée ses intentions. Les joyeux drilles campés par les deux stars sont immédiatement confrontés, puis sont assez rapidement amenés à faire équipe. Après des débuts un brin laborieux, c'est à partir du moment où Pryor et Wilder sont arrêtés par les flics et contraints à s'entraider que le film décolle tranquillement. Les situations loufoques s'enchaînent, le principe comique basé sur le handicap de l'un et de l'autre fonctionne assez bien. L'intrigue policière prend la place la plus minime possible et ne parasite pas la bonne marche du film. Il est amusant de retrouver Kevin Spacey, avec son kyste d'origine sur la pommette gauche, dans le rôle du salop de service, tout comme Joan Severance assure avec les honneurs celui de la femme fatale, sans parler d'Alan North, très bon en commissaire de police à cran. Si le film ne provoque pas encore l'hilarité, il est déjà très sympathique, grâce à la bonne humeur qu'il propage via son attachant binôme. Les gags se succèdent tranquillement, avec plus ou moins de réussite, et c'est lors de la fuite du tandem qu'ils vont se faire plus nombreux et que le film va nous emballer pour de bon.





Sans rien enlever aux mérites de Richard Pryor, qui a aussi ses moments et lui renvoie toujours parfaitement la pareille, Gene Wilder est ici particulièrement rayonnant. C'est lorsqu'il sort le grand jeu que l'on rit vraiment à gorge déployée. Le plus savoureux moment du film doit être sa touchante déclaration d'amitié à son acolyte alors que, suite à une poursuite en bagnole cocasse où l'aveugle tenait le volant et le sourd indiquait les directions, les deux compères se retrouvent coincés dans leur voiture, bien enfoncée dans une montagne d'ordures après avoir atterri en catastrophe sur un navire transportant des déchets. Le comédien fait parler tout son génie comique, avec sa voix, sa diction et son rythme de parole si maîtrisés. Cet art subtil qui nous pousse à éprouver l'envie irrésistible de revoir ce passage aussitôt après l'avoir découvert, pour encore mieux l'apprécier. Et puis il y a son regard. Les yeux de Gene Wilder. C'est quelque chose... On pourrait craindre, vu son rôle, qu'ils soient ici le plus souvent rivés aux lèvres, qu'il lit pour les comprendre, de ses interlocuteurs, et ainsi limités dans leur capacité d'expression, dans leur pouvoir comique. Il n'en est rien. Toujours pétillants de malice, diffusant une douceur désarmante, une bêtise contagieuse, allumés pour nous faire marrer, ses yeux sont fantastiques. Il y a ceux de Michèle Morgan, d'Elizabeth Taylor, et sans doute bien d'autres, mais la paire de mirettes de Gene Wilder, ses deux billes d'un si tendre azur, réfléchissantes même quand la lumière ne paraît pas avoir été calculée pour, eh bien ces yeux-là ont aussi, selon les miens, une belle place dans l'histoire du cinoche, et en tout cas dans mon panthéon personnel. 


See no Evil, Hear no Evil (Pas nous ! Pas nous !) d'Arthur Hiller avec Gene Wilder, Richard Pryor,  Joan Severance et Kevin Spacey (1989)

27 octobre 2018

Tout l'argent du monde

Je lis ici ou là qu'il a été reproché à Ridley Scott d'avoir réalisé un film "sans âme". N'est-ce pas là le propre des films du cinéaste britannique depuis plus de trente ans ? Alors certes, Tout l'argent du monde n'est franchement pas près d'être un grand film, mais c'est sans doute ce que Ridley Scott a fait de mieux depuis... depuis belle lurette ! Vous aurez compris qu'il s'agit là d'un compliment à relativiser étant donné l'amour que je porte pour la filmographie du bonhomme, à qui l'ont doit surtout de sacrées purges et notamment la mise à mort définitive de la saga Alien. Il nous raconte ici l'histoire vraie du kidnapping de John Paul Getty III, petit-fils d'un magnat du pétrole multimilliardaire, survenu à Rome en 1973. Le hic : le vieux Getty (Christopher Plummer), qui gère son immense fortune d'une main de fer et qui a des putains de mines antipersonnel dans les poches, ne veut pas débourser un seul centime pour récupérer le gosse ! Il va donc être confronté à la ténacité de la maman, incarnée par une très chouette Michelle Williams, bientôt épaulée par un négociant du milliardaire, Fletcher Chace, joué par Marky "Mark" Wahlberg.




Dans une interview accordée au JDD, Ridley Scott a affirmé : « Au-delà du fait divers, cette histoire possède tous les ingrédients d'une tragédie moderne. C'est un drame shakespearien qui soulève de nombreuses questions philosophiques sur le pouvoir, la filiation et surtout la puissance corrosive de l'oseille. » En effet. En voyant son film, on se dit qu'entre les mains d'un Sidney Lumet de la belle époque, d'un cinéaste de cette trempe en pleine possession de ses moyens, on aurait pu avoir droit à un vrai classique, aussi haletant que passionnant. On en est donc bien loin. Mais soulignons tout de même que le père Scott s'avère un brin plus inspiré quand il filme cette histoire que lorsqu'il nous sert des préquels honteux d'Alien (je l'ai toujours en travers...).




Son dernier film se mate sans trop de souci. Ses acteurs y sont pour beaucoup, à commencer par l'excellente Michelle Williams, dont le jeu échappe aux clichés redoutés et qui parvient à donner vie à un personnage intéressant. Mark Wahlberg n'est quant à lui pas folichon là-dedans, mais il fait sagement le taff et il a droit à son petit moment de gloire quand il dit ses quatre vérités au vieux milliardaire. Celui-ci a donc été campé, au pied levé, par le fringant Christopher Plummer, impeccable et régulièrement glaçant dans un rôle en or massif. On ne peut pas s'empêcher de se dire que c'est sans doute une très bonne chose qu'il ait eu à remplacer Kevin Spacey, car ce dernier aurait sans doute beaucoup plus cabotiner (sans parler des couches de maquillage nécessaires pour le vieillir). Notons aussi un étonnant Romain Duris : sa présence pourrait prêter à sourire puisque l'acteur français a été engagé pour incarner un kidnappeur italien, mais son personnage ambivalent constitue l'un des points forts du film. Il amène une touche d'humour et de légèreté bienvenue. Bien ouèj Duris !




Pour le reste : R-Scott est en roues libres. Aucun effort particulier, rien à signaler. Vite fait, pas si mal fait (pour une fois). Il a dû laisser le taff à sa seconde équipe et venir chécker le boulot accompli une fois par quinzaine pour mieux consacrer ses forces restantes à imaginer une nouvelle suite à Alien et ainsi continuer son saccage de la saga, ce à quoi il a vraisemblablement décidé de consacrer ses derniers jours (ma rancune est tenace !). La photographie étonne par moments, avec cette teinte sépia assez moche, au début du film, lors de quelques scènes d'intérieur, comme pour nous rappeler que l'histoire se déroule bien dans le passé. La BO (les Stones, les Zombies) vient également renforcer cet effet. C'est pas finaud du tout mais c'est efficace. C'est signé Scott quoi.




On suit ça sans déplaisir, parfois d'un seul œil, je dois le reconnaître, car c'est long, ça dure trop longtemps, ça dépasse les 2 plombes, pas de beaucoup, mais ça les dépasse, j'ai vérifié et, surtout, je l'ai senti ! Le film a toutefois le bon goût de nous quitter en beauté : par un ultime gros plan sur Michelle Williams, confrontée à une sculpture à l'effigie du milliardaire fraîchement décédé. L'actrice met le paquet, elle nous sort la total : menton grelottant, regard mystifié, elle ne laisse pas indifférent. Elle nous rappelle une dernière fois que c'est bien elle le principal intérêt du film, et le petit bout de femme tenace qu'elle a su faire exister malgré un scénario paresseux. En bref, on tient là un film du dimanche soir tout à fait passable, que je me suis autorisé à regarder un mardi...


Tout l'argent du monde de Ridley Scott avec Michelle Williams, Mark Wahlberg et Christopher Plummer (2017)

13 mars 2015

Birdman

Cette année, bonne limonade, l'Oscar du meilleur film a leaké avant son sacre et sa sortie officielle en salles. Qualité bluray. Merci à Yify. Sous-titres impec'. Ni trop longs, ni trop concis, qui permettent de bien se concentrer sur la mise en scène maraboutante du fou volant Alejandro Gonzalez Iñarritu. On peut dire (si vous connaissez le blog, vous le savez) qu'on ne l'aime pas, malgré beaucoup d'intérêt pour la péninsule ibérique, la paëlla, la civilisation maya, le Machu Picchu, les empañadas, sa sainteté Popocatépetl, le Quetzatcoatl, Fernando Pessoa, Pablo Ñeruda, Brazilia la ville-avion et les bruits de Recife. On a pourtant vu absolument tous les films du génie des favellas de Mexico (sauf Amours de chiennes, plus vieux fichier sur notre disque dur, preuve d'un nez creux, quand même, et d'un certain feeling, en prime).




21 grammes, Babel, depuis ses débuts Iñarritu alterne le moins bon et le moins bon, et Birdman ne déroge pas à la règle. Sacrer ce film est une erreur historique de la part de l'Académie des Sciences et des Oscars, historique ! Comme chaque année. Ceux qui s'étaient indignés de voir Kevin Spacey recevoir l'Oscar du meilleur acteur au nez et à la barbe d'Haley Joel Osment (et pour quel résultat ? deux carrières brisées net...), ont encore de quoi chialer avec ce braquage organisé par un sylphe bigleux venu nous cracher toute sa prétention au visage dès les premières images. S'inspirant de Truffaut et de Cassavetes pour mieux tringler leurs fantômes, Iñarritu change de registre et veut définitivement s'installer dans le paysage du cinéma contemporain. Jusqu'à présent gens du voyage, le cinéaste à la réussite insolente semble avoir décidé de planter sa tente et de camper dans le salon d'Hollywood. Il s'achète une respectabilité avec Birdman. Sur le papelard, on a tous bavé : Michael Keaton dans un métafilm, incarnant un acteur sur le retour hanté par des succès passés (sommes-nous les seuls à avoir fait le rapprochement entre "Birdman" et "Batman" ? à ce jour nous ne l'avons lu nulle part. So obvious...). Le personnage de Michael Keaton essaie lui aussi de s'acheter une crédibilité dans le film, en montant une pièce de Raymond Carver à Broadway. Il s'entoure d'une galerie de personnages censés nous délivrer un message sur l'industrie du rêve, ce qui nous vaut un défilé d'acteurs qui nous imposent tour à tour leur ptit numéro : Edward Norton, Naomi Watts, Zach Galifianakis ou Emma Stone.




Edward Norton parlons-en. Voilà quelques années qu'il est là. Souvent dans des films qu'on ne regarde pas. Vive les roux. On n'a rien contre les taches de rousseur ni contre le teint diaphane. Les yeux chassieux ne nous répugnent pas spécialement. Mais Edward Norton est la preuve sur pattes qu'on peut tout à fait correspondre aux tags cochés pour aboutir à un résultat rageant. Invitez-nous dans une banque du sperme, proposez-nous deux supports pour remplir la mission, l'un est une photo de plain pied d'Edward Norton, l'autre un portrait A4 de Morgan Freeman : notre choix est fait. On préfèrera toujours partir de la base Morgan Freeman, quitte à ce que notre imagination doive franchir quelques haies. L'acteur de Fight Club a son moment de bravoure, soit une scène où il hurle ses quatre vérités à son père, Michael Keaton, en tirant une tronche pas possible, à tel point que le spectateur inattentif croira qu'Iñarritu a tourné la scène en fish-eye. Sur le plateau seule Emma Stone possède des fish eyes.




Un mot, au passage, sur la mise en scène d'Iñarritu. Tout le film se présente comme un seul et unique plan-séquence, qui se veut une mise à sac du spectateur éberlué, un tour de force admirable et monumental. On a repéré les coupes (là encore, sommes-nous les seuls cons à avoir ponctué l'avant-première au Grand Rex en hurlant toutes les cinq secondes : "Là ça a dû couper ! Là ça a dû couper !"). Ne jetons pas bébé avec l'eau du bain, Iñarritu a une petite idée sympa (on en compte toujours une dans la copie des purs cancres), celle de ménager des ellipses étonnantes comme autant de coutures temporelles improbables dans la supposée continuité de ses longs plans-séquences. Mais quitte à ne pas jeter bébé, on peut dire qu'il a globalement une sale tronche. Les mouvements de caméra incessants et tape-à-l’œil nous épuisent rapidement, d'autant qu'ils sont au service d'un discours très lourd et d'acteurs peut-être sympathiques mais qui en font somme toute des caisses. On a par exemple déjà hâte de réhabiliter Zach Galifianakis et Naomi Watts, même si on commence à perdre espoir pour la seconde. Quant à Norton, sa fameuse baston en slip ne fait pas le buzz par chez nous. Nous ne sommes pas dans ton délire Edward, pas plus que dans celui d'Iñarritu, qui était plus à l'aise dans ses baskets quand il bossait chez Taco Bell | Your Destination for Tacos and Burritos All Day.


Birdman d'Alejandro Gonzalez Innaritu avec Michael Keaton, Edward Norton, Naomi Watts, Emma Stone, Zach Galifianakis et Amy Ryan (2015)

15 décembre 2011

Comment tuer son boss ?

Tandis que la Grèce nous refait le même coup que lors de l'Antiquité, c'est-à-dire s'effondrer et laisser derrière elle ruines, désolations et guérillas, moi je me suis lancé Comment tuer son boss ? en bouffant un kefta arrosé de tzatziki ! Le pitch, en quelques mots. On a là trois mecs qui veulent se débarrasser de leurs patrons respectifs. Jason Bateman, soit littéralement "l'homme chauve-souris", doit subir le diktat d'un supérieur lunatique et violent : Kevin Spacey, qui tient à bout de bras les quelques scènes réussies de ce pauvre film. Jason Sudeikis est quant à lui l'employé préféré de son patron, Donald Sutherland, et tout va comme sur des roulettes. Son avenir est tracé, son patron lui ayant déjà promis sa place. Le dernier, Jason Day, se fait tout simplement assaillir de propositions indécentes de la part de Jennifer Aniston. Les trois compères décident de signer un pacte en se promettant de s'entraider à se débarrasser de leurs boss respectifs.

 
Là vous me direz "Mais Jason Sudeikis jouit d'une position fort enviable, non ?". Sauf que, ironie du sort, son patron, après lui avoir adressé un clin d’œil, a succombé à une heart attack et c'est malheureusement son fils, interprété par un Colin Farrell qu'on avait pas vu aussi survolté depuis Daredevil, qui reprend légalement les rênes de l'entreprise. Sauf que cet homme-là est un érotomane, cocaïnomane et qu'il a une dent contre Jason Sudeikis (father and son relationship problems). Conclusion : nos trois gus n'ont plus qu'une seule envie, se débarrasser de leurs boss. Vous vous rendez compte que ça fait trois fois que je répète qu'ils veulent se débarrasser de leurs boss, et c'est bien là le problème de ce film : dès le moment où ils décident ensemble qu'ils veulent se débarrasser de leurs boss, il ne se passe plus rien !


Et la question qui me vient, c'est : pourquoi vouloir se débarrasser de Jennifer Aniston ? Je comprends la logique dans l'envie d'éliminer Colin Farrell ou Kevin Spacey qui ont bien fait comprendre à leurs subalternes qu'ils leur feraient la peau à la moindre incartade, mais pourquoi Aniston, qui ne réclame, après tout, qu'un coup de vous-savez-quoi ? Je conçois tout à fait la légitimité de rester fidèle à sa bien-aimée mais mettons-nous dans la peau du personnage interprété par Jason Day : quand une telle situation se présente, l'ado de 15 ans qui est en toi te hurle de réaliser séance tenante un acte sexuel bref, violent et culpabilisant avec cette femme au regard, aux manières et au parler salaces. Certes, Jennifer Aniston est une érotomane qui submerge sa victime de propositions outrageusement indécentes, mais c'est loin d'être l'ordure hyper violente fan de Beethoven incarnée par les deux autres boss. Quel homme hétérosexuel normalement constitué viendrait lui jeter la pierre ? Et c'est bien ce dont les producteurs se sont rendus compte puisqu'ils ont décidé de faire s'entretuer Kevin Spacey et Colin Farrell tandis qu'ils laissent la vie sauve à Jennifer Aniston. Pendant ce temps, nos trois Jason s'en tirent les mains dans les poches, les pieds au guidon. Là je viens de vous spoiler le film. Je viens de vous épargner 1h40.

 
Pour clore ma chronique, je citerai un anonyme croisé sur internet : "Jennifer Aniston drove me nuts. Biggest tease ever ! Let's face it though, any married man would still fuck her if he had the chance." En effet. Moi qui espérais pouvoir apprécier les derniers atouts charmes de Jennifer Aniston avant sa date de péremption (11. 02. 2012), je m'estime floué. Les uniques répliques et plans grivois se trouvent dans la bande-annonce, disponible gratuitement sur Youtube (faut dire que le film intégral est aussi disponible gratuitement depuis un moment...). Là résidait l'argument numéro 1 qui m'a convaincu à entre guillemets aller au cinéma ou, si vous voulez, à "acheter le dvd" (on se comprend !). Je suis très amer et déçu.


Comment tuer son boss ? de Seth Gordon avec Jason Sudeikis, Jason Bateman, Charlie Day, Kevin Spacey, Colin Farrell et Jennifer Aniston (2011)

2 juillet 2011

Superman Returns

Superbe man est de retour dans ce film sorti tout droit de l'imagination bédévore et limitée de Bryan Singer. La genèse de ce film est tout simplement hallucinante et mérite d'être racontée avec précision, plus que le film en tout cas, que je n'ai pas vu et que je ne compte certainement pas voir. Cette genèse a commencé dans le métro de New-York à une heure de pointe, la veille de Noël. Alors dans le creux de la vague, Bryan Singer n'a plus les moyens de s'offrir un chauffeur, ni même le taxi ! Alors il prend le métro comme tout le monde, et se retrouve assis à côté d'un mec manifestement atteint d'une gastro-entérite fulgurante, au teint blême et produisant durant le voyage quelques pets huileux sans équivoque. Évidemment, le lendemain Singer ressent quelques remous dans son système gastro-intestinal et décide de prendre un ticket longue durée pour le trône au grand dam de sa famille, littéralement "prise en otage" par les diarrhées incontrôlées de notre réalisateur favori. Obligé de rester sur le trône des heures et des heures en attendant que son colon se vide de toute son eau et de toutes ses Escherichia coli nocives, le seul passe temps possible pour Singer : lire ses comics préférés, car Bryan a toujours 9 ans d'âge mental.


Manifestement, notre homme n'arrive pas à faire comprendre sa "vision"

Retour sur l'épisode précédent des Aventures de Superman (à prononcer "Chopeumèèè" en anglais). Après avoir botté les culs des cosmonautes belliqueux dans le fameux Superman 4, le superhéros décida de tirer sa révérence pour plusieurs raisons dont une chute de cheval en montrant son doigt à Lois Lane parce qu'il avait le mal du pays. Et là l'idée du siècle ! Singer, sur son trône, entre deux pets fumeux annonçant la fin d'une session caca de 20 minutes, a l'idée de faire revenir Superman. La première question qui se posait c'était celle de l'acteur à engager pour incarner le héros. Qui choisir puisque Christopher Reeves avait les deux pieds dans le plâtre ? Singer a fait le choix d'engager le propre fils de sa babysitter : Brandon Woolf. Faut dire que la plastique de l'acteur, musclé du poitrail comme il se doit pour incarner Clark Kent, avait de quoi séduire un cinéaste ayant fraîchement retourné sa veste sexuellement parlant. Deuxième question : qui pour jouer Lois Lane ? Il fallait une brune aux yeux bleus, Singer a choisi une blonde aux yeux noisette en la personne de Kate Bosworth. Troisième question : qui dans le rôle du méchant, Lex Luthor ? Singer a opté pour Kevin Spacey, son meilleur ami depuis Usual Suspects. L'acteur voyait là une bonne occasion de faire le buzz en se rasant le crane pour les besoins du personnage. Il espérait qu'on dise, comme pour Natalie Portman dans V pour Vendetta : "Putain même chauve elle est trop bonne". Spacey croyait trouver là une belle occasion de se faire sauvagement sodomiser par un bel étalon noir. Hélas, buzz il n'y eut pas, mais il y eut beaucoup de "bzzzz" autour du comédien car une armée de mouches prirent son crane pour un aérodrome.


Ci-dessus, Kevin Spacey. Il joue aussi le rôle de Loïs Lane, car l'actrice prévue a eu le malheur de choper la diarrhée de Singer

De retour sur Terre après avoir boudé quelques années dans son HLM de glace, Superbe Man ne retrouve pas le monde tel qu'il l'a laissé : sa femme se fait tirer par un autre. Sa femme se fait tirer par un autre ! En effet elle ne l'a pas attendu pendant ses deux années d'absence. Comme quoi la fidélité reste une belle illusion, y compris dans le petit monde des comic books. Où va-t-on si même un type comme Superman se fait larguer au bout d'une semaine de voyage d'affaires, au cours de laquelle il a tiré par erreur l'homme invisible. C'est la fameuse blague avec l'homme invisible qui démonte Wonderman en missionnaire quand Superman vient la défoncer à son tour et défonce l'homme invisible en levrette à sa place. Singer a cru bon dans son Ford à conduite intérieure de mettre en scène cette vieille plaisanterie qui circulait sur le plateau. Toujours est-il que la reconquête de sa dulcinée mènera Supermec des fonds de l'océan à des milliers d'années lumière de notre galaxie en passant par la fosse des Mariannes et l'Olympus Mons, le trou de balle de la Lune.
Avant d'écrire cette critique, j'ai conspué Franco la fleur à la guitare, durant pas mal d'années, durant pas mal d'années, mais faut dire qu'entre nous deux, simple petit détail, y'avait les Pyrénées.


Superman Returns de Bryan Singer avec Brandon Routh et Kevin Spacey (2005)

30 juin 2011

X-Men

En l'an 2000 sortait sur nos écrans le tsunami X-Men. Depuis, la saga a fait florès et compte pas moins de 4 films, sans compter les spin-offs passés ou à venir sur Wolverine et consorts. Mais je vous en ai déjà longuement parlé précédemment à l'occasion de la sortie récente de X-Men Le Commencement, inutile de remuer le couteau dans la plaie. En revanche il est temps de revenir sur le point de départ d'une épidémie. En 2000 j'avais 14 ans, j'étais ultra con, et il m'arrivait de feuilleter un ou deux comics entre deux bouchages de chiottes (ces trucs-là se lisent aux cabinets). Mon père est resté fasciné que de si grosses torpilles puissent sortir d'un si petit corps, il en a même gardé certaines. Comment conserver de la merde ? C'est la question que vous vous posez tous en ce moment. En ce qui concerne X-Men c'est très facile il suffit de garder le dvd. Retour au film qui en 2000 a secoué la planète ciné. Depuis dix ans maintenant, on ne bouffe plus que du film de super-héros et ça participe de l'abrutissement ambiant par le divertissement ricain clairement destiné aux adolescents attardés. Je vous replace dans le contexte de ces comic books incontournables : il existerait des mutants. En voila un qui passe à travers les murs, un autre qui est obligé de porter des Ray-Ban sous peine de faire cuire son appart, tel autre qui chie des roses, une telle qui fait tomber la pluie, quid ce celui qui peut se geler ses propres couilles... Et laquelle est-ce qui est condamnée à garder ses mains dans ses poches ? Et puis il y en a un, le roi des cons, qui s'appelle Magnéto. C'est le chef des méchants, méchants qui combattent les gentils. Parmi les gentils, le plus fameux reste Wolverine, qui n'a jamais besoin de fourchettes, véritable ustensile humain à barbecue. Mais revenons sur mon préféré, Serge Magnéto, disque dur vivant renfermant toutes les archives audiovisuelles du monde depuis la nuit des temps. A côté de lui le site web de l'INA c'est du pipi de chat. Le mutant ayant C'est pas sorcier, Va savoir et Il était une fois la vie dans sa base de données, il est bien-sûr d'une grande intelligence. Osons le dire, Ian McKellen est à Singer ce que De Niro est à Scorsese. Il est tellement habité par le rôle qu'il se balade dans sa tenue de Magnéto sur les chars de toutes les gay-parades du monde.


On se rappellera longtemps du costume à la gouache de Rebecca Romijn-Stamos, même si perso j'aurais préféré voir John Stamos dans le même appareil, j'en suis gaga

N'y allons pas par quatre chemins, j'ai toujours trouvé ces films de super-héros ultra cons. Certes X-Men et les films dans son genre sont autant d'allégories du Bien et du Mal, avec message de tolérance à la clé et réflexion métaphysique sur la notion de responsabilité et de justice. N'empêche qu'à l'image on a une bande de cons en costumes trois pièces qui se frappent les uns sur les autres jusqu'à ce que l'un dise : "Pouce, on reprendra notre baston dans la suite", ou alors : "Ok tu m'as foutu la rouste mais t'auras affaire à mon fils dans le numéro 2". C'est débile à souhait mais faut avouer qu'on se laisse facilement prendre au jeu, en tout cas quand le réalisateur fait son travail honnêtement comme c'est tout de même le cas ici avec notre ami Bryan. A partir du moment où on n'est pas totalement réfractaire au film de super-héros en lançant le film, on peut facilement aller au bout grâce à des personnages moins creux que de coutume, une mise en scène sobrement efficace et un résultat global qui n'est pas bâclé et qui du coup se laisse mater. X-Men premier du nom a le bon goût de ne pas trop se prendre au sérieux tout en évitant miraculeusement le ridicule des costumes ou des chorégraphies de combat qui enterrent le genre. Sans être géant, le film se défend dans une catégorie qui a tendance à sentir la mort.


Matez un peu ce que la mutation peut engendrer, ce type est capable de former un rectangle avec ses doigts

Pour finir, quelques mots sur Bryan Singer, ce golden-boy rendu célèbre par son breaktrough Usual Suspects, avec son twist final de malade mental qui nous révélait que Kevin Spacey avait habilement fait semblant de boiter pendant tout le film, et n'était pas réellement victime d'un pied-bot. Cet ex-futur Spielberg s'est très vite révélé être un élève pas très doué puisque son meilleur niveau a été atteint avec X-Men. Question à dix mille euros : citez-moi le titre de son dernier film (sans quitter cette page web, juste de tête).


X-Men de Bryan Singer avec Hugh Jackman, Halle Berry et Ian McKellen (2000)

27 juin 2011

Usual Suspects

Je marchais dans la rue et je repensais à tous les films qui m'ont troué le cul. Celui-là en fait partie. Il se pose là dans la liste des films qui m'ont botté le cul. Si j'emploie cette expression avec insistance c'est parce que c'est mon cousin qui m'a conseillé de voir ce film en me répétant : "Ça m'a foutu sur le cul", mais moi je préfère "trouer des culs". Bref. Tout le monde a vu ce film, tout le monde connaît le fin mot de l'histoire. Du coup je ne ferai pas de spoiler cette fois-ci. Inutile de rappeler qu'à la fin du film on découvre que Kevin Spacey ne boitait pas réellement. C'est le film fétiche des gérants de vidéo-club et c'est entre autres pour ça que ce business est en train de sombrer tel le Titanic, qui lui aussi a fait les beaux jours de ces commerces de proximité dorénavant moribonds.


Je ne vous dis rien, mais il se peut que le suspect mesure entre 5'00 et 6'00m... 

On a tous vécu ça : tu vogues dans les rayons, espérant que personne ne vienne te conseiller, tu zieutes sans relever la tête vers les plus hautes étagères garnies de pornos la teub en alerte, et là le gérant s'adresse à des néophytes et leur lance à la cantonade : "Et sinon y'a Usual Suspects qui va méchamment vous démolir le cul". Moi c'est Bryan Singer qui m'a mis le cul à sac. Pendant tout le film il nous force à nous demander qui est Keyser Söze. Il a juste oublié un détail, c'est qu'au début du film, dans le générique d'ouverture, le nom des acteurs accompagne celui de leurs personnages, et en face de Kevin Spacey on peut lire "Keyser Söze", ce qui donne un petit indice.


Kaïssa Saussé, sur le toit du monde !

Le vrai Kaiser Sauzée je l'ai trouvé moi, en fait il s'appelle Franck Sauzée, il a joué au Panathinaïkos, à l'Atalanta, et surtout il a gagné la Ligue des Champions avec l'OM, aux côtés de Dédé "Philipe Guildaz" Deschamps, Eric "la giro-broyeuse" DiMeco, Basile "No woman, no cry" Boli, David "Ziggie Stardust" Bowie, Rudy "Le Renard" Völler, "Fabulous Fab" Barthez, "Haleine de chacal" Boksic, Le Roi Pelé, Jocelyn Angloma, Marcel "Des Milliards de saillies" Desailly, Juan-Jack Eydelie, etc.... Et en face y'avait qui ? Le AC Milan. Et y'avait qui au AC Milan ? Y'avait JPP "Le traître" Papin, le Éric Besson du ballon rond, celui-là même qui a déclaré la veille du match : "Je quitte l'OM, je trace au Milan, je veux gagner la Coupe d'Europe des clubs champions", et qui le lendemain se faisait enculer par ses amis d'hier. Il a quitté les amoureux du Ricard pour rejoindre ce tocard de Frank Rijkaard. Frank Sauzée est bel et bien un suspect usuel dans la cité phocéenne, et certes il boîte à cause d'une carrière faite de béquilles et de tacles au-dessus de la carotide, car même si c'est lui qui les exécutait ça l'empêchait pas de boiter systématiquement après. Du coup rien à voir avec le vrai Kaiser, aka Franz non pas Sauzée mais Beckenbauer, le Lolo Blanc des Balkans.


Usual Suspects de Bryan Singer avec Kevin Spacey, Gabriel Byrne, Benicio Del Toro et Stephen Baldwin (1995)

13 mars 2011

Seven

J'ai toujours fait un blocage sur ce film pourtant culte. Je sais que c'est un chef-d'œuvre. Dès le générique on sait qu'on est dans un film qui a fait date et qui en a engendré pas mal de bien puants. Je ne vais donc pas dire ce qui a déjà été dit mille fois. A part peut-être un truc, que nous avons déjà dit ici mille fois mais qu'il faut redire, concernant le titre du film dans son orthographe exacte : Se7en. Si 7 c'est un V, alors 3 est un W, pourtant en général le 3 sert plutôt à représenter un E, comme dans 3nterrements de Tommy Lee Jones. Donc je suis paumé avec ce titre... Comment faut-il le prononcer ? Si l'on veut s'emparer de ce titre de façon scrupuleuse il faudrait appeler le film : Sé-sept-en, à la française. En anglais : Se-seven-en. En espagnol : Se-siete-en. En allemand : Se-sieben-en, et ainsi de suite. Ce titre est donc un véritable mindfuck. Et sous prétexte que monsieur s'appelle Fincher, on ne lui a rien dit, alors que quand tu t'appelles Rouve, Foïs, Pef, pue-le-pipi ou Larnicol, on vient te faire chier pour un simple RRRrrrr. Et que dire du futur Scream 4, véritablement intitulé "SCRE4M". Comment avoir l'air fin en invitant une meuf à aller voir "Screu-quatre-mhh" ? On dit souvent : "Meuf qui rit à moitié dans ton lit", pour moi ça ne s'est jamais vérifié, j'ai jamais eu la bonne moitié dans mon pieu en tout cas.


"C'est putain de pas moi !" s'écrie Morgan Freeman pendant tout le film, accusé des 7 crimes par ses collègues blancs parce qu'il est noir

Mais pour parler de ce film sous un angle plus personnel et plus novateur, je vais vous parler de mon blocage perso vis-à-vis du scénario. On a fait de John Doe, le méchant de l'histoire (incarné par un Kevin Spacey alors débutant), l'une des pires figures du Mal du septième Art. Alors que dans les faits il n'est jamais coupable que de sept assassinats. Mieux que ça : il annonce, il a la politesse de prévenir, c'est pas tout le monde qui ferait ça. Du coup ce qui m'a toujours empêché d'apprécier ce film à sa juste valeur, c'est ce si petit chiffre de sept. Le film se passe à New-York, les enquêteurs, Brad Pitt et Morgan Freeman, savent que sept individus vont être tués sur disons quelques huit millions trois cent mille habitants. Donc ça fait moins d'une victime sur un million de personnes. Et ils se font chier pour ça ? Alors que le vélo, le scooter, tuent peut-être dans le même temps mille fois plus de personnes ? Pourquoi alors ne pas foutre en cage les deux roues ? A-t-on dit à Pitt et Freeman que la chute dans les escaliers est la première cause de mortalité dans le monde ? Surtout dans LEUR monde, fait de buildings et de gratte-ciels. Du coup je me demande mordicus pourquoi ils ne se disent pas : "Mettons-nous à l'abri dans nos cages de béton armé, on a une chance sur un million que ça tombe sur nous, et au bout de sept macchabées on sera sortis d'affaire. On a autant de chance de se faire avoir par ce fameux John Doe que de se faire bouffer par un alligator en plein Wall Street. Pas de quoi fouetter un chat". Et vous appelez ça un chef-d'œuvre du thriller ?


Brad Pitt termine le film avec une sale entaille sur le nez.

Expliquez-moi pourquoi on dit Seven, et pourquoi on dirait pas Twelve hommes en colère ? Pourquoi ce titre est-il passé à travers les mailles ? Croyez-moi que si le film était sorti en France sous le titre "Sept", il n'aurait pas fait une seule entrée, et le monde ne s'en porterait que mieux. Ça vaut pour tous les Fincher. Si Alien 3 s'était appelé "Etranger 3", si Panic Room s'était appelé "Chambre de panique", si Zodiac s'était appelé "Bateau", et si Social Network s'était appelé "Réseau social", ma foi on ne serait pas là pour en causer.


Seven de David Fincher avec Brad Pitt, Morgan Freeman et Gwyneth Paltrow (1996)

23 juin 2009

American Beauty

J'étais persuadé d'avoir téléchargé American Booty, le fameux film introuvable, indisponible à la BU, emprunté depuis des lustres à MediaPorn, la médiathèque Porno de Toulouse. C'est l'affiche qui m'a trompé. C'était osé de la part de l'équipe marketing du film de coller un trou du cul (certes impeccable) à côté d'une rose sur le poster du film. Finalement c'était donc American Beauty, pour lequel Sam Mendes a obtenu l'Oscar du meilleur film. C'est d'autant plus fort que c'était le tout premier film réalisé par Sam Mendes. Cette année-là American Beauty était en concurrence avec Sixième sens pour l'ultime récompense de ce cinéma hollywoodien moribond depuis près de 15 ans. Ces deux films ont en commun d'avoir engendré, ou d'avoir ravivé des modes tout à fait détestables, insupportables aujourd'hui. Concernant Sixième sens : le film fantastique pour tout public, ambitieux et modeste, ainsi que l'usage abusif du twist final perçu comme la clé d'un succès assuré ; sans oublier le retour sur le devant de la scène des enfants portant la coupe au bol, personnages aussi fascinants que têtes à bouffes (Haley Joel Osment, aujourd'hui condamné à donner sa voix aux films Pixar, tant l'adolescence s'est avérée pour lui l'équivalent d'une guerre mondiale, rivalisait dans ce domaine avec Sean Penn).



Concernant American Beauty, de Sam Karman Mendes, qui nous intéresse aujourd'hui, il a peut-être fait pire, car plus sournois. En effet American Beauty c'est l'épanouissement d'un certain genre de films indépendants, pasteurisés, demi-écrémés, sans sucre ajouté, dénués d'apports journaliers. Si ce film était un produit de consommation ce serait de l'Actimel, un petit truc qui ne sert à rien mais qui fait le bonheur de ces messieurs dames. Ma phrase n'a aucun sens puisque American Beauty EST un pur produit de consommation. Sam "Je suis Sam" Mendosa a lancé toute une vague de films indés manufacturés, produits à la chaîne, ayant pour sujet la petite famille américaine et ses petits tracas, pleine aux as mais rarement épanouie. Toujours le même père de famille en pleine crise de la cinquantaine, déconnecté de ses gamins, plus vraiment excité par sa femme, aigri par son boulot (le sempiternel "bureau"), attiré par de nouvelles sensations de type pédophiles et désireux de rattraper sa jeunesse perdue. Toujours la même mère désintéressée de ses enfants, encore belle mais totalement asséchée par le manque d'intérêt de son époux, qui rêve d'une sorte de gros nettoyage de printemps. Toujours la même fille à la sexualité récemment épanouie, aux seins qui poussent plus vite que la musique, brillante au lycée mais peu motivée, en guerre contre ses parents et avec sur les écoutilles un discman diffusant The Shins en boucle. Elle aussi rêve d'une partie de Twister avec dix beaux garçons en quête d'exercices de motricité (même si sur sa liste de noël elle précise qu'un seul suffirait, dans une lettre adressée à un Santa Claus qui fondra sur place en lisant ses mails). Toujours le même petit-ami mal vu par les parents, car synonyme d'une virginité bientôt rencardée au rang de souvenir pour leur progéniture, un type sombre, cynique, torturé, vêtu de noir, qui fait un peu de cinéma avec sa Super 8, qu'est fan de Lynch, qui a toujours les volets tirés et qui sait révéler sa copine à elle-même en employant parfois des ustensiles de cuisine.



Sam Mendosa, avec tous ces ingrédients, a pondu le prototype de ce cinéma qui nous pourrit la vie depuis quinze longues années. Ce prototype c'est un film d'une banalité confondante qui croit dénicher l'Amérique dans ses petits secrets, filmé le plus platement et le plus scolairement possible (Dawson Creek n'est pas loin), avec un fond de chansons sympas, et parfois une touche soi-disant provocante ou "osée", tandis que Kevin Spacey se branle sous la douche de dos en nous saoulant de sa voix-off la moins inspirée. L'acteur reconnaîtra plus tard avoir davantage pris son pied en doublant Monsters Inc., le bébé de Pixar. Encore cette semaine sortait Smart People, un film directement calqué sur ce prototype affreux lancé par Sam Mendes. La seule originalité dans ce dernier film c'est le personnage du tonton qui rêve s'enfiler la vierge Marie.



La pire scène du film reste celle où le petit ami de Thora Birch lui montre un des milliards de torche-cul (qu'il appelle des "films") qu'il a capté avec sa caméra Super 8. Il lui présente celui qu'il préfère. Dans ce film il tente de capter toute la beauté du monde en filmant un sac plastique qui flotte et virevolte au gré d'un petit tourbillon du vent dans une rue de banlieue. C'est Mendes qui nous parle à travers ce personnage auquel il s'identifie sûrement. Ce même Mendes qui en 1999 a vécu une "année noire" malgré son Oscar puisqu'il s'est fait plaquer par sa femme et ses dix gosses, tragédie qui lui a inspiré le triste métrage qui aura fait son succès. Il veut nous rappeler que la vie n'est pas toujours très gaie mais qu'un sac plastique ça reste beau. Avec cette scène (littéralement) au ras du sol, Mendes donne sa définition du cinéma et résume en une séquence cette tendance actuelle qui consiste à vénérer la médiocrité et l'insignifiance.



Au final Kevin Spacey a obtenu un oscar en laissant libre cours à sa libido endiablée le temps d'un tournage. Les regards qu'il lance à Mena Suvari, c'est tout ce qu'on lui demande, mais ils n'ont rien d'artificiel. C'est l'acteur qui zieute à ce moment-là. Sam Mendes a la curieuse habitude de nettoyer ses lunettes avec son calebarre, il ne s'étonne plus d'avoir les yeux qui sentent la bite. Depuis ce film il s'est embourbé dans Les Sentiers de la perdition. Et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour ne jamais tomber sur Jarhead Leto. Tout dernièrement il a eu la brillante idée de réunir Kate Winslet et Dicaprio, sans même être au courant que les deux acteurs s'étaient déjà noyés ensemble dans le Titanic. Un sacré coup marketing inconscient ! Ceci dit la petite histoire ne raconte pas qu'aujourd'hui Mendes est plongé dans son manuel du Droit de la Propriété Intellectuelle, et qu'il essaye de "coincer" un James Cameron plutôt intouchable sur ce coup, puisque c'est bien lui qui a eu l'idée de créer ce couple en premier, et dix années d'écart entre les deux films donnent raison à Cameron. A la barre seront appelés les dix piges et les milliards de témoins ayant fait de James Cameron le Picsou des temps modernes, le maître du monde.


American Beauty de Sam Mendes avec Kevin Spacey, Mena Suvari et Annette Bening (2000)