3 mai 2008

Benjamin Gates et le Livre des Secrets

Arrêtons-nous sur le cas Nicolas Cage, de son vrai nom Nikos Coppola. Je sors de deux heures de Benjamin Gates et je me demande plus que jamais comment on peut être fan ou ne serait-ce que spectateur d'un aventurier portant les traits de Nicolas Cage. Le visage de cet acteur est comme un grand gland fatigué, éreinté, surmonté d'une chevelure touffue et hasardeuse bleue marine et comme échappée dans un élan vers l'arrière d'un urètre invisible. Sans parler des quatre centimètres largement dégagés autour de chaque oreille, ces deux périmètres de crane rasé qui font rejaillir les esgourdes de Cage hors de sa longue tête plate. Alors certains émettront l'hypothèse que Nicolas Cage pourrait bien être le dernier acteur hollywoodien a se coiffer d'une perruque pour chaque tournage, les grosses productions s'étalant parfois sur six mois, afin que sa coiffure ne bouge pas d'un poil et soit toujours raccord. Toujours est-il qu'à l'image on a droit à un hommage posthume à Pablo Picasso puisque Nicolas Cage s'avère posséder un visage tel que de face on puisse apprécier ses deux profils voire, selon l'éclairage, l'arrière de sa nuque. Son visage est comme étalé sur la page d'un bouquin et on lit à livre ouvert dans son terrifiant jeu d'acteur.



Pour se recentrer un peu sur le film il convient de mettre en lumière quelques séquences assez représentatives de l'ensemble de l'œuvre. J'en veux pour preuve cette longue scène où Nicolas Cage découvre qu'il doit fouiller un buffet qui se trouve dans le bureau du président, à la Maison Blanche. À ce moment-là son acolyte demande, incrédule : "notre président ?", à quoi Diane Kruger, enfin décidée à ne pas chier un dialogue, répond : "malheureusement oui". Satire sociale, quand tu nous tiens. Jon Turteltaub, le réalisateur du film, se met ainsi tout l'électorat démocrate dans la poche tandis que les WASPs républicains lui étaient déjà acquis grâce à la présence à l'écran de Jon Voight (qui s'appelle en réalité Jon Jolie mais qui a changé de blaze à la naissance de sa fille Angelina pour cesser d'être associé à elle). Voilà donc Nicolas Cage et Diane Kruger infiltrés dans la Maison Blanche, to the west wing. Ne me demandez pas comment, apparemment il suffisait de soudoyer un garde. Et là Diane Kruger feinte d'avoir paumé une boucle d'oreille pour demander au garde de l'aider à la retrouver dans le canapé pendant que Nicolas Cage déclare sur un ton désinvolte "moi je vais jeter un œil du côté de l'intérieur du buffet". Pour maintenir l'attention du garde, Diane Kruger n'hésite pas à user et abuser de ses charmes, se penchant en avant pour ouvrir son décolleté de malade, se penchant en arrière pour dévoiler son pubis chargé de poils blonds, lui roulant une pelle d'enfer, et finalement laissant le garde agripper violemment sa tignasse pour entamer un coït immonde avec hargne et acrimonie. Pendant ce temps, nous avons droit à quelques plans de coupe sur Nicolas Cage, levant un sourcil distrait vers son ex-femme en train d'encourager un malheureux garde à la violer avec fureur, et matant carrément le spectacle tout en crochetant la serrure d'un des tiroirs du buffet avec ses clés de bagnole.



Très vite on retourne sur Diane Kruger qui entame une vieille branlette espingouine avec difficulté au vu de son ridicule bonnet B à un garde toujours aussi médusé mais condamné au 7ème ciel, tandis que de l'autre côté de la pièce, Nicolas Cage surfe sur le web et crée patiemment un compte facebook au président des États-Unis d'Amérique tout en enculant résolument le 7ème art. Après de longues minutes, et alors que Diane Kruger subit un cumshot misérabiliste en tirant grimace, Nicolas Cage se faufile hors de la pièce, dans le dos du garde de toute façon peu concerné par les affaires de la White House, et faisant signe à son ex-épouse de le rejoindre à la sortie quand elle aura terminé. Diane Kruger ajoute son blaze à la longue liste des jeunes comédiennes qui se sont faites sodomiser dans le bureau ovale. Après le Monica Gate, quid du Diane Gates, épouse Benjamin, dont la preuve ne consistera pas en une timide tache de sperme sur une robe bleu ciel, mais bien en un sofa détrempé.



Autre séquence. En pleine course poursuite de bolides dans Londres, Benjamin Gates, qui possède un bout de bois que son ennemi juré aimerait posséder de même, et qui sait pertinemment que le seul moyen d'arrêter le massacre de piétons occasionné par cette poursuite en dragsters consiste à prêter ce morceau de châtaigner à son pire ennemi, décide de le faire mais, avant ça, de le prendre en photo pour conserver les informations cruciales qu'il recèle. Alors il grille un feu rouge à toute allure et se laisse prendre en photo par un radar, le bout de bois en mains, tenu en évidence au-dessus du volant, et souriant très bêtement à la caméra, histoire d'avoir un souvenir dudit morceau de bambou où est inscrit le reste du script sans lequel le film devra s'arrêter. Et puis, très calme, il conjure son acolyte d'infiltrer le forum de la police londonienne afin de télécharger la photo du radar. Son pote, armé d'un ordinateur portable dernier cri et pourtant dénué d'une webcam qui aurait permis de photographier plus simplement le bâton de Cage, se lance dans l'opération sur son PC, tandis que la caméra dévoile le bel APN que le personnage gardait chevillé au corps, accroché au cou par une lanière en cuir.



Autre scène, autre lieu, autres mœurs. Nicolas Cage vient de kidnapper le président. Ils font une ballade pédestre dans une forêt de Washington quand, après un débat houleux, Benjamin Gates déclare tout de go au président : "De toute façon mon président préféré, c'est Abraham Lincoln". Ce à quoi le président répond : "Y'a que toi et le chien de Philippe !" Puis, après quelques minutes de marche à bavasser entre collègues, le président, harassé par les questions de Gates, finit par lui dire : "Allez, à toi je peux bien le dire, après tout je peux déroger à la règle une fois ou deux, à un pote je peux le raconter, allez, de toute façon ça me pèse". Et c'est alors que le président dévoile sans broncher l'existence d'un livre secret contenant la vérité sur toutes les énigmes et autres grands mystères de l'Histoire des États-Unis, de Roswell Zone 51, à NCIS portés disparus, en passant par l'assassinat de Kennedy, Appolo sur la lune et autres Kyle XY. Après quoi, il lui confesse, tant qu'à y être, l'emplacement du livre, tout connement la bibliothèque du Congrès, puis la côte du bouquin afin qu'il puisse l'emprunter librement :

"X, P, E, WINDOWS, ÉDITIONS FAMILLE GALLIMARD, 00, 7 À DEUX POUR BORDEAUX, 9, 45, 6, 40-A ÉGALITÉ JEUX BALLE ET MATCH, 13, 52 pour les Spurs de San Antonio, 6, 7, 129, CUMSHOT, FACIAL, HORSE-RIDING, BABBYSITTER FORCED SEX, 45, 69, 12".

Ce à quoi Benjamin Gates répond : "Ok très bien, j'ai". Mais c'est sans compter sur le président qui lui tape sur l'épaule et lui dit :

"Attends, c'est pas tout : 26, 1, 7-6, FORCLOSURE, MUC72, RESOLUTE, TWINS, TWIN TOWERS, AUSTIN POWERS, 12, 36547, 4, PORN PHPBB, http://WWW.COM, WORDPAD.DOC, 1, 2, 7".

Benjamin Gates, serein, acquiesce, et se retourne prêt à partir emprunter ledit bouquin, quand le président lui frappe à nouveau l'épaule à coup de tête, pour ajouter : "Attends au fait Ben, on s'entend bien, je te file mon 06, t'as de quoi noter ? Allez j'enchaîne : 06-27-30-22-21". Et à ce moment crucial, Benjamin Gates se plaque très fort la paume de la main contre sa gueule déjà tristement aplatie en hurlant : "Eh j'ai tout perdu ça y est t'as foutu le bordel j'avais tout bon, je suis quén". Finalement, le président lui répète la combinaison au complet et cette fois-ci Benjamin prend des notes sur un calepin. La scène est longue, digne d'un Béla Tarr en pleine forme. Et puis notre aventurier intrépide laisse le président en plan dans le sous-bois et se barre vers de nouvelles aventures. Alors on voit le président faire du stop sur une route de campagne le doigt levé. Un type s'arrête, le reconnaît, l'emmène par le bras vers le fossé et le roue de coups jusqu'à ce que mort s'en suive. Quelques scènes plus loin, tandis que Benjamin Gates résout de nouvelles énigmes, il est arrêté par un flash info à la télé où l'on voit le meurtrier du président interviewé par des journalistes, et voila ce que le pauvre bougre nous raconte : "Je suis un type lambda, tout à fait normal et sain d'esprit, je n'appartiens à aucun parti politique, je ne me réclame d'aucun groupuscule, je ne fais partie de rien. Je suis tout à fait banal et heureux. J'ai même voté pour ce type. Simplement je passais par là dans mon camtard GeneralMotors quand ce bonhomme m'a fait arrêter. Alors comme je suis un type honnête et sympathique au demeurant, j'ai stoppé ma camionnette pour le prendre, et quand j'ai vu que c'était le président j'ai estimé logique et opportun de lui ruiner la gueule, de le conduire dans le fossé et de le défoncer, de le cogner jusqu'à ce qu'il crève, j'estime, je considère que c'est la moindre des choses quand on croise le dirlo des états-unis de lui crever la gueule, ça reste un bon moyen efficace de se faire un nom, de se tailler une place au soleil et de marquer l'histoire de son pays, c'est simplement pour ça que je lui ai explosé la paillasse, je l'ai laissé pour mort, vous pouvez y aller il est toujours dans le ravin, je l'ai laissé en place, il est complètement raide, je l'ai ruiné. J'étais là seul à seul avec le président, l'occasion était trop unique et trop belle, lui qui est toujours encadré par six gorilles. J'ai fait ce que tout le monde d'un tant soit peu concerné par l'Histoire de son pays, aurait fait. T'es seul avec le président, tu le quén. Il peut pas en réchapper. Faut qu'il y passe. C'était naturel de le destroy. Je l'ai foncedé et ça vous passera avant que ça me revienne. Je vais en taule, à plus !"



À ne pas voir si vous n'avez pas vu le 1, à ne pas voir si vous avez vu le 1, dans tous les cas tenez-vous loin du 2.


Benjamin Gates et le Livre des Secrets de Jon Turtletaub avec Nicolas Cage, Diane Kruger, Jon Voight, Harvey Keitel et Ed Harris (2008)

4 commentaires:

  1. La bonne grosse poilade Jon Jolie !

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  2. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

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  3. Très beau commentaire. L'argumentation est vive et pleine d'esprit, les mots sont parcimonieusement choisis et triés sur le volet.

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  4. Revu hier soir. Enfin d'un oeil hein. En tout cas, les scènes décrites dans ce texte sont à peine exagérées par rapport à la réalité.

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