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13 octobre 2018

Welcome Back

Suite à un Jerry Maguire qui l'avait propulsé sur la A-List d'Hollywood, Cameron Crowe avait mis le monde à ses pieds en mettant en boite Presque Célèbre, un film quasi-autobiographique sur un apprenti journaliste musical dans les années 70 qui avait l'opportunité de suivre un groupe de rock lors d'une tournée évidemment très sex, drugs & rock'n roll et tous les clichés qui l'accompagnent... En somme, un film facile et facilement devenu culte pour quelques illuminés car surfant sur cette fameuse nostalgie de ces années idéalisées à outrance par notre génération. Depuis, Crowe surfe sur la vague de cet improbable double succès pour réaliser des films sans intérêt ou des films de commande, ou les deux à la fois. Il existe des fans de ce réalisateur, ils sont peu nombreux, mais solidaires entre eux et véhéments. Heureusement pour le cinéma Cameron Crowe n'est pas très productif et il n'a réalisé que quatre autres longs métrages depuis son grand succès de l'An 2000. Welcome Back (Aloha en version originale) est donc le dernier en date et il s'apparente bien à une tentative de la part de Cameron Crowe de réaliser un retour fracassant parmi l'élite avec un casting 4 étoiles et une histoire pleine d'amour, d'émotions et de bons sentiments.




Ayant travaillé et retravaillé son script pendant près de cinq années avant de le porter à l'écran, on s'attendait à ce que Cameron Crowe nous livre quelque chose de solide, évidemment parce que ce genre de films, la comédie romantique, a besoin d'un scénario en béton armé et d'acteurs talentueux et convaincants pour captiver les spectateurs. Malheureusement pour lui, c'est totalement raté, l'histoire partant en couille dès la première minute pour continuer dans des spirales de goofs et de contre-sens, à tel point que même les exécutifs de chez Sony avaient déjà des gros doubt. Les acteurs sont en roue libre, ils ont surtout l'air d'être en vacances, profitant d'Hawaï au maximum. C'est dommage car ce sont des personnes a priori sympathiques avec la plupart desquelles on voudrait bien passer une soirée à se fendre la tronche (ou autre, s'il s'agit de Rachel McAdams...). Malgré tout, faire reposer une grosse partie de la réussite de son film sur le sex-appeal supposé irrésistible de Bradley Cooper, au point de le rendre si séduisant qu'il ne faut que quelques heures à Emma Stone pour avoir envie de faire "guili-guili" avec lui, c'est quand même risqué et couillu. Quand on sait que le rôle principal devait initialement être joué par Ben Stiller, on se dit tout de même qu'il y a du mieux...




Bradley Cooper incarne ici un dénommé Brian Gilcrest, j'ai même retenu le nom (c'est facile, on dirait une marque de rasoirs), les autres personnages le répètent très souvent, comme pour le faire exister. Brian Gilcrest est une sorte d'ancien militaire multi-décoré dont le travail consiste désormais à faire le lien entre des sociétés privées et l'armée pour négocier quelques contrats juteux et entuber de pauvres gens. Il se rend à Hawaï pour convaincre les autochtones de se faire doublement endoffer : ils doivent accepter de céder une partie de leur territoire pour construire une nouvelle rampe de lancements pour satellites et, en plus, assurer  la bénédiction traditionnelle de l'endroit choisi. Pour remplir cette passionnante mission, Brian Gilcrest est épaulé par une militaire nommée Ng (?) campée par Emma Stone. Le choix de cette actrice est une preuve évidente de l'invalidité du projet puisqu'elle est censée jouer un personnage 1/4 chinois, 1/4 hawaïen (ce qu'elle répète une dizaine de fois dans le film), Crowe pensait peut-être que son exophtalmie allait donner le change. Bref.




Ng n'approuve guère la démarche cynique et dénuée d'éthique de son collègue. La mission de Gilcrest est également compliquée par ses retrouvailles avec son ancienne petite amie, Tracy (Rachel McAdams, dont la première apparition en petite robe d'été constitue le meilleur moment du film), désormais maman de deux enfants de 10 et 12 ans et mariée à un pilote d'avion taciturne (le toujours très mauvais John Krasinski). Grâce à un retournement de situation totalement attendu par quiconque a déjà subi une romcom hollywoodienne, Gilcrest saborde le projet (qui s'avère être une base de lancement de satellites dotés de têtes nucléaires dirigées tout droit vers les ennemis de l'Amérique financée par Bill Murray qui joue un milliardaire à la gâchette facile) au dernier moment et retrouve l'admiration de la jeune militaire qui en pince pour lui. Bisous bisous partout, et ils vécurent heureux blablabla. Voilà je vous ai épargné 1h45 de perte de votre vie. Ne me remerciez pas.




Pour finir, dernière remarque sur le "titre" français : on passe donc de Aloha à Welcome Back. On est vraiment tenté de se demander ce qui est passé par la tête du distributeur français pour en venir à une décision aussi bête. Bien que ce soit un grand classique en France (ce site en recense un certain nombre), retitrer ainsi en anglais ce film déjà mauvais, c'est comme frapper un homme à terre : c'est mesquin et lâche en plus d'être idiot. Et ça n'a aucun intérêt. C'est aussi une marque probable de l'intérêt et de l'espoir que le distributeur montrait pour ce film qu'il a directement sorti en VOD sans passer par la case cinéma. Cameron Crowe continue son petit bonhomme de chemin. Qu'il marche à l'ombre et loin de nous !


Welcome Back de Cameron Crowe avec Bradley Cooper, Emma Stone, Rachel McAdams, John Krasinski, Bill Murray, Alec Baldwin... (2015)

6 avril 2014

Le Casse de Central Park

Je vous le dis tout net, j'ai regardé ce film d'un seul œil ! Mon autre œil et même tous mes autres sens étaient obnubilés par le plat de spaghettis bolognaise que nous nous étions préparés, mon frère et moi, en ce vendredi soir que nous avions choisi de passer ensemble, si possible devant un film sympa. Spaghettis, knackis, sauce tomate, devrais-je plutôt dire. Mais c'était fameux, croyez-moi ! Face à un tel plat, le film n'avait pas forcément à être une tuerie... Oh non, loin de là. Nous faire sourire une ou deux fois au cours des vingt premières minutes, soit le temps de finir de racler nos assiettes, ça nous aurait amplement suffit à tenir. Hélas... Une fois ce laps de temps écoulé, on a vite coupé le film et rebranché la console ! L'impitoyable test dit "des vingt premières minutes" avait rendu son verdict, sans appel. Quelle tristesse...


De gauche à droite : Ben Stiller, Eddie Murphy, Matthew Broderick et Téa Leoni (si ses collègues ont gagné quelques cheveux blancs, c'est peut-être cette dernière qui a le plus changé depuis les glorieuses années 90). 

Pour ressusciter Eddie Murphy, les exécutifs hollywoodiens ont jugé qu'il n'y avait rien de mieux à faire que de ressusciter les comédies d'action pourries des années 80-90. Triste idée. Cela a simplement pour effet d'enfermer encore davantage l'acteur dans cette époque, avec ce film qui, bien qu'il veuille traiter en douceur de la crise économique, sent le renfermé et semble tout droit venir du passé. Ce n'est pas non plus avec ce film que Ben Stiller gagnera ma sympathie. Il passe tout son temps à rouler des mécaniques, se prenant pour le beau gosse qu'il n'est vraiment pas et oubliant l'essentiel : nous faire marrer. Parmi ses acolytes, on retrouve aussi Casey Affleck, ce jeune acteur que j'aimais plutôt bien jadis et qui a perdu tout crédit auprès de moi depuis sa sale blague intitulée I'm Still Here. On croise également un autre fantôme du siècle dernier en la personne de Matthew Broderick, au visage bouffi, presque méconnaissable. Et puis Léa Téoni, dans le rôle de la belle meuf du film, comme pour nous signaler qu'il s'agit bien d'une comédie au rabais en laquelle même les producteurs ne croyaient pas vraiment. A oublier !


Le Casse de Central Park de Brett Ratner avec Ben Stiller, Eddie Murphy, Téa Léoni, Casey Affleck et Matthew Broderick (2011)

28 mars 2014

La Vie rêvée de Walter Mitty

Après plus de quatre ans de blogging ciné on commence à avoir une petite expérience et à reconnaître de loin les critiques qu'on aura un mal fou à coucher sur papier glacé. Elles peuvent concerner des films qui nous ont touchés au plus profond, émus jusqu'aux tréfonds, ces films plus qu'aimés, ces moments charnières dans nos existences de cinéphiles, de Lady Chatterley à La Vie d'Adèle en passant par L’Épouvantail, qui a une résonance toute particulière dans notre parcours commun. Mais cela concerne aussi l'autre extrémité de la chaîne alimentaire du cinévore, ces films qui scient les jambes, qui lacèrent le cœur tout en nouant l'estomac et en prenant à la gorge, ces longs métrages qui nous font emmagasiner un trop plein de haine avec lequel on ne parvient à vivre qu'en optant pour le déni, pour le black-out volontaire. L'exemple-limite, jusqu'ici, c'est Inception. D'autres ont posé le même problème, comme Les Petits mouchoirs, qui nous a fait annuler quelques retrouvailles amicales, afin d'éviter que la simple question de le critiquer revienne sur la table pour la millième fois. Et puis un jour, on a trouvé l'angle... La vie rêvée de Walter Mitty rejoint aujourd'hui Les Petits Choirmous dans la catégorie de ces films épouvantables qui auraient pu rester intraités, être enfouis à tout jamais dans nos entrailles, nous remuer l'estomac jusque sur nos lits de morts (où nous nous voyons déjà levant une main tremblotante en murmurant "Caneeeeeet" dans un dernier râle, ou, pourquoi pas, "Stilleeeeeeer").




Mais contrairement à l'horreur de Canet, La Vie rêvée de Walter Mitty bénéficie malgré lui d'une critique à chaud. La réaction dans l'instant, au sortir de la projo, favorise l'expulsion de ces critiques plus qu'acerbes : écrire tout de suite, aussitôt sorti de l'enfer, du trauma, pour témoigner. Si on laisse passer cette impulsion, si on rate le coche dit de "l'éruption de haine", ça peut ne jamais revenir. C'est typiquement ce que nous avons eu la chance de faire pour Polisse, Dark Knight Rises ou Amour. A chaque fois, on est rentrés du ciné comme Taz le diable de Tasmanie, en mode toupie humaine. Incapables de pioncer, secoués de spasmes terrifiants, la tension grimpée à 12 (sachant que d'habitude on est réputés "calmes", nos tensions respectives voltigeant plutôt entre 2 et 3), nous n'avions pas d'autre choix que de pulvériser le clavier dans un torrent de mots peut-être mal fagotés mais salvateurs. Soyons honnêtes, il existe aussi des films qui longtemps après cette éruption vitale et douloureuse, cet accouchement par forceps, peuvent encore provoquer quelques répliques sismiques : des jours plus tard (et vaut mieux que ce soit le week-end quand on est salarié et qu'on a un "statut social"...), on se voit soudain propulsé hors de son lit comme par un défibrillateur invisible, et on constate que nos ongles ont poussé de six bons centimètres d'un coup, que nos poils ont doublé de volume et sont hérissés, tous nos nerfs sont contractés, notre mâchoire se met à tirer, sans oublier la grosse gaule nuptiale qui couronne le tout, le genre d'érection qui pourrait satisfaire un troupeau de brebis entier et qui fout mal à l'aise notre compagne ordinaire, réveillée en sursaut, et qui demande : "Mais qu'est-ce qui t'arrive aujourd'hui ? Tu m'avais caché ce truc. Pourquoi ça fume à ce point ?" Il faut aussi avouer qu'à chaque fois que cela nous est arrivé, nous avons découvert, en allant prendre l'air, poussés dehors par un réflexe animal, que c'était toujours des soirs de pleine lune. Du coup on est peut-être juste deux loup-garous.




Bref, revenons sur le cas Walter Mitty. Faire la liste des scènes qui nous donnent des envies de meurtres sauvages est impensable. On parle de ce genre de meurtres qui pourraient retourner le bide du plus rôdé des profilers à la retraite du FBI, confronté chaque jour de sa chienne de vie aux pires ordures de cette terre, obligé d'avouer devant notre forfait, en larmes : "Ça je l'avais peu vu ! Ce souci du détail-là, ce perfectionnisme dans la charcuterie fine, j'avais pas fait encore. Ces mecs ont dû jouer dix heures avec le cadavre, alors que la victime est forcément morte au bout de cinq minutes maxi vu la façon dont ils ont commencé leur affaire, vu comment ils ont entamé le dialogue..." C'est pile poil ce qu'on aimerait pouvoir faire dire à un type comme Fox Mulder, cet homme persuadé que la vie est ailleurs et qui s'est fait tatouer "Believe" sur la cheville (histoire que même en tongs aux Bahamas il puisse se rappeler que la vie n'est putain de pas que là), quand on endure les facéties d'un Ben Stiller en mode Zlatan mais sans jambes. Imaginez Francis Llacer qui la ramènerait comme Christiano Ronaldo. Stiller se filme pendant des heures sur un skate, à la Tony Hawk, les bras en croix, couché dans les virages sur une route norvégienne sinueuse, caressant l'asphalte la paume ouverte, le sourire jusqu'aux feuilles. Ou jouant au foot chez les Mongols, en compagnie d'un Sean Penn plus laid que jamais, fier de débiter le plus sérieusement du monde des répliques qui, placées dans la bouche de Will Ferrell, deviendraient des sommets d'humour, le tout sur fond de coucher de soleil tapageur et de chansons pop élégiaques qui donnent envie de maudire tous les autistes impliqués dans cette horreur filmique. Mais c'est bien Ben Stiller le coupable, lui dont le nom occupe seul l'affiche et dont la tronche imbitable sur-occupe chaque parcelle de plan de ce long métrage gerbant. Le pire est atteint quand l'un de ses vis-à-vis, un second rôle avec qui il dîne au resto après son retour du Pérou, l'un des pays où notre héros a "commencé à vivre" (...), lui avoue en pleine extase qu'il ressemble à un "Indiana Jones qui pourrait aussi être le chanteur des Strokes"… Ce spectacle laisse sans voix.




Cette publicité éhontée de soi-même rappelle les plus belles heures du règne de Staline, à ceci près que le veule Ben Stiller est son propre Mikhaïl Tchiaoureli. En bon opportuniste et en pure enflure, Stiller surfe sur la génération facebook qui aime à s'auto-congratuler, à résumer sa propre vie rêvée en quelques lignes indigentes griffonnées sur un carnet de chez Ben et soi-disant mignonnes à croquer, qui se régale de faire tourner ses petits films de voyages super cool tournés à la 1ère personne du singulier, de poster ses polaroids misérables témoignant de trips existentiels égoïstes à la mords-moi-le-noeud et prétendant que la vraie vie commence forcément sur une planche à roulette ou sous un parachute dans un pays étranger, cette génération friande d'égotrips risibles bâtis sur de fausses rencontres et composés de très gros zooms à la chaîne sur l'auteur fait sujet, prompt aux plus pathétiques autocélébrations. La Vie rêvée de Walter Mitty est peut-être le premier selfie de deux heures (une heure trois quarts en fait, on nous assène une fois de plus un générique de dingue qui dure bien ses dix minutes) avec des millions de dollars de budget. Au final, toutes ces aventures grotesques que vit le personnage ne l'amènent qu'à rentrer chez lui pour séduire enfin sa voisine de pallier, et heureusement, parce que sans ça on aurait vu Ben Stiller finir en ciseaux, en train de s'auto-pomper dans un finale rocambolesque et rebutant quoique parfaitement cohérent.




Quand le film se termine, phénomène étrange, on se surprend à faire défiler TumblR avec pour tag "Ben Stiller", zieutant des millions de photographies de ce zonard qu'on vient de subir la mort dans l'âme pendant deux plombes dans un authentique film de propagande mis en scène comme la dernière pub Google, donc en tous points ignoble. Et puis on finit par se rendre compte qu'on est en train de prendre un mauvais pli, et qu'on se met à méchamment ressembler à ces vigilantes dont la famille a été carbonisée par un taré et qui passent des jours entiers à regarder le visage de leur ennemi juré sur quelques clichés fatigués d'être manipulés, pour être sûrs de parfaitement photographier la tronche de l'enflure en question, histoire de pas le rater le jour où ça se présentera. On ferme lentement sa tablette dans un "clap" définitif, avec un nouveau but dans la vie, le regard dans le vide. On se rend compte alors que l'on distingue parfaitement tous les objets qui nous entourent alors qu'on est assis dans le noir complet, que l'on parvient à sentir la moindre odeur à plusieurs kilomètres à la ronde, et notamment celle du Kébab de la rue Saint-Jérôme qui nous a fait tant de "jours de foot", et que les poils sur notre torse ne forment plus un simple V bien taillé à la pince à épiler mais un putain d'abécédaire de Deleuze complet. Soudain la tête nous tourne, on perçoit un manque d'afflux sanguin en direction de notre cerveau, car la moitié au moins de notre sang est dirigée vers une zone plus basse de l'anatomie humaine, plus sensible, prête à réagir comme une soupape de cocotte minute. Encore un mauvais soir de pleine lune à passer...


La Vie rêvée de Walter Mitty de Ben Stiller, avec Ben Stiller, à la gloire de Ben Stiller (2014)

7 septembre 2012

Moi, député

C'est avec un peu d'appréhension, comme toujours quand on va voir un film de notre idole, celui dont on attend monts et merveilles, que nous sommes allés découvrir Moi, député en salles. On craignait un film trop balisé, sous cloche, un film à la Ben Stiller, où rien ne dépasse et rien ne se passe, où l'humour passe après le script à cause des impératifs d'un budget trop conséquent. On craignait un film où notre star aurait à jouer avec le frein à main et nous apparaîtrait malheureuse, comme Jim Carrey dans certains films récents qui ne laissaient pas suffisamment de place à son génie, ou comme un Zizou menotté et obligé de faire la passe à Stéphane Guivarc'h. Cette crainte n'était pas tellement justifiée tant il est vrai que Ferrell est habitué à brûler les planches y compris dans des films à priori plus sages que les siens et où il se contente d'un rapide caméo (rappelez-vous sa brève mais divine apparition dans le par ailleurs assez fade Wedding Crashers). Mais crainte il y avait, et principalement à cause des récents opus du grand comique américain (Land of the lost (2009) The Other Guys (2010)) qui, sans être totalement ratés, ne nous avaient pas autant fait rêver que ses principaux chefs-d’œuvre : Anchorman (2004), Ricky Bobby (2006), Semi-Pro (2008), et Step Brothers (2008). On peut être fan au dernier degré et rester critique envers les films mineurs, ainsi de Old School en 2003 (où Ferrell n'a pas assez d'importance malgré de grandes scènes), Blades of Glory en 2007 (film trop écrit, même si encore une fois il y a une paire de scènes à retenir), et puis surtout Casa de mi padre cette année, pour lequel on peut vraiment parler de ratage complet et de souvenir douloureux. Heureusement Moi, député est venu juste après et l'a vite fait oublier, nous rassurant immédiatement sur la santé de celui avec lequel on rêverait de passer ne serait-ce qu'un petit quart d'heure, notre quart d'heure de gloire warholien, pour le serrer dans nos bras et lui assurer qu'en France aussi, et malgré un mépris généralisé de la critique et d'une grande partie du public, il a au moins un putain de pied-à-terre.



Comme tous les Ferrell, et c'est une leçon que beaucoup d'auteurs de comédies devraient retenir, le film démarre tout de suite et très fort quand Cam Brady (notre cher Ferrell) répète les mots "America, Jesus and Freedom" avant un speech, en avouant qu'il n'a aucune idée de ce que cela signifie mais que ça marche à tous les coups. Puis l'histoire part immédiatement sur des chapeaux de roue quand le même candidat se trompe de numéro et laisse un message des plus craspecs destiné à sa maîtresse à une famille de catholiques bigots pour ensuite s'en justifier ridiculement auprès des médias. Le rythme du film ne baisse pas d'un iota et l'humour ne se fait pas attendre quand on passe à la présentation du personnage de Zach Galifianakis, acteur en grande forme ici et qu'on espère revoir aux côtés du Dieu de la comédie. Il parvient à camper un personnage évidemment grotesque, comme celui de son binôme en or, qui prend vie et corps dans le récit et qui crève l'écran. L'un et l'autre acteur se mettent idéalement au service de leurs protagonistes (pourtant pas faciles à tenir), si bien que l'on n'a jamais le sentiment de regarder des comédiens faisant leur petit numéro : ce sont bien des personnages qui s'inventent sous nos yeux et que l'on suit avec intérêt et en riant presque sans discontinuer, d'un rire franc et entier.



La satire politique est aussi franche et massive que notre rire et ne fait pas dans la dentelle, mais jamais au détriment de l'humour du film et de son ton léger (contrairement à The Other Guys qui se voulait une comédie sur la crise et s'en voyait pénalisé lourdement par un scénario inutilement chargé). Seul le dernier quart d'heure retombe un peu, et l'humour s'y voit davantage forcé, résolution d'intrigue et conclusion moraliste obligent vis-à-vis d'un sujet forcément un peu contraignant. Mais jusque là on a ri sans cesse devant un film sans retenue et on a retrouvé avec délectation la marque de fabrique des comédies de Will Ferrell dans de nombreuses scènes mémorables qu'on brûle déjà de se repasser en boucle. Nous sommes aujourd'hui des fans comblés regardant sereinement droit devant, vers l'avenir de notre step bro Will Ferrell, dont la longévité fait figure d'exception et dont la carrière compte déjà un nombre conséquent de pépites, avec la certitude qu'il y aura longtemps quelqu'un au volant et qu'on n'a pas fini de se marrer devant les prouesses de ce sacré bonhomme.


Moi, député (The Campaign) de Jay Roach avec Will Ferrell et Zach Galifianakis (2012)

6 juin 2011

Deux en un

Si je parle de ce film aujourd'hui c'est parce que j'ai passé quatre heures devant et je veux pas avoir paumé une nuit de ma vie pour rien. Et comme je considère qu'écrire sur ce blog c'est mon travail, rémunéré par la CAF, j'estime qu'un article c'est un accomplissement qui fait passer la pilule. Des Farelly j'ai adoré Dumb & Dumber, j'ai apprécié Fous d'Irène et j'ai maudit tout le reste. Je me les suis quasiment tous farcis, toujours dans l'espoir de tomber sur une pépite comme Dumb & Dumber (vu au moins 50 fois), mais même leur plus grand succès, Mary à tout prix, m'a plombé. Deux en un contribue à étayer ma théorie selon laquelle les frères Farelly ne font des films drôles qu'à la condition d'embaucher des acteurs comiques drôles. Or, exit les Ben Stiller, Owen Wilson, Matt Dillon et autres Jack Black : on a dit "drôles". Il n'y a qu'avec Jim Carrey et Eddie Murphy (mais ça c'est juste une hypothèse vu qu'ils n'ont jamais tourné avec l'acteur, au chômage technique depuis le début des années 90) que ces deux gros tocards peuvent nous faire marrer.


Imaginez ce que donneraient Jim Carrey et Will Ferrell à la place de ces deux-là. Pour le premier c'est pas dur vu que Matt Damon est justement coiffé comme l'était Jim Carrey dans Dumb & Dumber. D'ailleurs avec ses cheveux longs et pisseux et sa grimace terrible Greg Kinnear n'est pas sans rappeler Jeff Daniels dans le rôle d'Harry, old buddy old pal...

Deux en un vérifie bel et bien cette idée, puisque même si Matt Damon et Greg Kinnear, qui sont de bons acteurs, affichent une belle complicité dans ce film, ce dernier ne décolle jamais et manque cruellement de gags. Le peu de blagues à l'écran apparaissent comme autant de situations incontournables offertes par le pitch du film. Quid de Kinnear qui tire un coup à côté d'un Matt Damon impassible ayant bien du mal à se concentrer sur son bouquin, quid de cette scène où Kinnear monte dans le bus et se rend compte après que celui-ci a démarré que son frère siamois est resté québlo sur le marche-pied... Je pourrais bien en trouver une paire d'autres mais si j'ai du mal en m'en rappeler sans réfléchir ça prouve bien qu'elles ne m'ont pas marqué. Ce qui manque c'est des vannes improvisées, inattendues et sinon déjantées du moins plus osées. Et pour obtenir ça il faut des acteurs comiques dans l'âme, qui n'aiment rien tant que faire rire et qui ont ça dans le sang, comme un don des Dieux. On peut citer les inévitables Jim Carrey et Will Ferrell. On pourra nous répondre qu'un film comme Deux en un a d'autres qualités, voire d'autres ambitions, comme par exemple dépeindre une belle fraternité surmontant le handicap. On imagine qu'il y a derrière tout ça une touche d'autobiographie de la part d'un couple de cinéastes siamois qui partagent réellement le même corps. Mais qui va voir un tel film, aussi platement filmé, pour être ému ou pour se voir délivrer un message d'amitié déjà entendu ailleurs mille fois ? Non, on y va pour se marrer avant tout, et surtout pour ne jamais s'ennuyer. Or c'est leur sujet humaniste que les Farelly mettent à l'honneur, et ça passe au-dessus de la comédie, or ce choix est forcément regrettable, d'autant plus quand le film dure 2 heures. Une comédie réussie qui dure deux plombes c'est un défi rarement relevé.


Quand même...

Pour finir et pour contenter nos plus fidèles lecteurs, c'est-à-dire nos propres frères, quelques mots sur le phénomène Eva Mendes. J'avoue, j'ai un temps vociféré sur cette actrice dont le charme n'agissait pas sur moi et que j'associais inconsciemment à Rosario Dawson, à Jada Pinkett, à Michelle Rodriguez et à J-lo, bref à tous ces latinos en vogue condamnées au rôles de garçons manqués. J'ai récemment retourné ma veste sur le cas Mendes, et uniquement sur le sien. Quand je dis retourner ma veste je suis carrément à poil car j'ai aussi retroussé mon fut. C'est grâce à La Nuit nous appartient, Bad Lieutenant et The Other Guys, que j'ai revu l'actrice à la hausse. Voilà comment de bons choix de carrière peuvent révéler une beauté toute naturelle et pimpante. La meuf joue avec James Gray, Werner Herzog et Will Ferrell, rien que ça. Dans Deux en un, même si le film est tout à fait oubliable, elle rayonne néanmoins de mille feux dans un rôle périlleux de pute arriviste, dont elle a vite su se détacher.


Deux en un de Peter et Bobby Farrelly avec Matt Damon, Greg Kinnear et Eva Mendes (2004)

8 mai 2011

It's Kind of a Funny Story

Les films « indés » américains actuels, j'en ai ma claque et je l'ai déjà dit ici plus d'une fois. Rappelez-vous de la haine que j'ai pu déverser sur des saloperies comme Greenberg ou The Kids are all right. En général, ces films ont ma peau, mais je reste tout de même devant jusqu'au bout, comme paralysé par l'écœurement qu’ils provoquent chez moi et l’énervement qui bout en mon for intérieur. Je n'en peux plus des petits codes de ces films, du fait qu'ils se ressemblent tous comme deux gouttes de flotte et qu'ils soient quasi systématiquement acclamés par le pire de la critique. Pourtant, je continue à en regarder. Allez savoir pourquoi. Peut-être suis-je désespérément à la recherche d'un nouveau Sideways ou d'un nouveau Station Agent, deux de mes films de chevet, le "diptyque maudit" comme aime à l'appeler mon collègue Rémi auquel j'ai très tôt infligé ces deux classiques du cinoche indé, duo incontournable de ma modeste dvdthèque. Je me suis donc récemment envoyé It's Kind of a Funny Story, sans trop y croire. Et, contre toute attente, ce fut une agréable surprise.


Le rôle d'une vie pour le jeune autiste assis sur votre gauche

Soyons clairs : contrairement aux œuvres cultes d'Alexandre Payne et Thomas McCarthy, ce film est loin de rentrer dans le cercle pas si fermé que ça de mes all-time favorite. Mais je reconnais avoir passé un très bon moment à le regarder, sous le charme bien connu que peut dégager un film de cet acabit quand il est bien exécuté et, surtout, quand il est autre chose que le simple véhicule d'un acteur minable qui cherche à démontrer son talent dramatique dans une histoire chiante pleine de personnages insupportables couverts de problèmes merdiques et qui pensent pouvoir les régler en se regardant le nombril (c'est une allusion à Ben Stiller mais ça marche avec plein d'autres) ou en baisant comme des otaries.


Ci-dessus, on peut se rendre compte que Zach Galifianakis maîtrise réellement le ping-pong, son revers étant terriblement authentique. Par contre, l'autiste en face est mal barré. Si le revers est smashé, il n'a aucune chance.

Le personnage principal est ici un jeune ado dépressif et suicidaire qui choisit de se rendre de son propre chef dans un institut psychiatrique pour se refaire une santé, persuadé que sa place est là-bas. Le film est le récit de son séjour dans cet hôpital, où le jeune homme est amené à faire des rencontres qui lui ouvriront un peu les yeux et lui permettront de remonter la pente. Il croisera notamment la route d'un quadragénaire désespéré (Zach Galifianakis) et d'une charmante jeune fille de son âge également dépressive (Emma Roberts vue dans le déplorable Scre4m), deux individus qui auront un impact décisif sur sa perception des choses. Le premier de ces deux personnages offre effectivement à un acteur habituellement abonné aux rôles comiques l'occasion de prouver qu'il peut briller dans un autre registre. Et Zach Galifianakis y parvient tout à fait, je dirai même que sa présence est l'un des atouts majeurs de ce petit film sympatoche. Jusqu'alors, j’avais toujours vu ce comédien à la tronche d’ours mal luné dans des rôles de types gentiment débiles et allumés (Very Bad Trip), parfois même infréquentables (Date Limite, Dinner for Schmucks), sans qu'il parvienne jamais à me faire vraiment marrer. Il nous offre ici un très bon numéro d'acteur, bien plus subtil qu’à l’accoutumée, grâce à ce personnage assez singulier, dont l'humour pince-sans-rire lui va comme un gant, qu'il réussit à rendre crédible et attachant.


Trivia : ce plan du film est un plan volé de Zach Galifianakis en train de refuser de jouer dans Very Bad Trip 2 avant que son interlocuteur n'ajoute un 0 à son paycheck.

Avec sa galerie de personnages plus ou moins atteints mentalement et le lieu particulier dans lequel se déroule toute l'action du film, It's Kind of a Funny Story peut aisément rappeler Vol au-dessus d'un nid de coucou, dont il serait une sorte de version teens, allégée, garantie sans idée noire. On pourrait en effet quasiment qualifier le film de « feel good movie », étant donné le déroulement très optimiste de l’histoire. Le sort réservé au personnage principal est ainsi à mille lieues de celui que connaît le personnage inoubliable incarné par le génial Jack Nicholson dans le chef d’œuvre de Milos Forman. La similitude entre les deux films est donc finalement assez superficielle.


Emma aux gros Roberts...

Alors certes It's Kind of a Funny Story possède bel et bien toutes les manies habituelles du petit cinéma indépendant américain actuel. On y trouve notamment des références musicales extrêmement appuyées et même une bande-originale clairement conçue pour plaire au public visé, faite de morceaux qu'il saura reconnaître sans mal. En outre, le film est parasité par des petits effets de mise en scène assez lourds mais heureusement peu envahissants, par une voix off trop présente et pas toujours utile, et peut-être par un trop plein de bons sentiments à la fin. Mais malgré cela, le film fonctionne, et ce, y compris assez miraculeusement lors de moments très périlleux et osés comme la reprise fantaisiste d'Under Pressure, le tube de Queen featuring David Bowie. Ce petit film m’a donc vraiment plu. La jeune Emma Roberts, qui parvient avec charme à contrôler son terrible strabisme du début à la fin, peut donc déjà se targuer d'avoir dans sa maigre filmographie de débutante un meilleur film que tous ceux qui composent la carrière de son imbuvable tante Julia, a.k.a. "la jument". Quoique y'a Hook. Il est cool Hook. Enfin, toutes proportions gardées.


It's Kind of a Funny Story de Ryan Fleck et Anna Boden avec Keir Gilchrist, Zach Galifianakis, Emma Roberts, Zoë Kravitz et Aasif Mandvi (2011)

28 mars 2011

Mon beau-père et nous

Pourquoi diable ai-je essayé de regarder Mon beau-père et nous ? Troisième opus de la franchise soi-disant comique qui réunit Ben Stiller et Robert De Niro, Little Fockers en VO ne relève pas le niveau de ses prédécesseurs, loin s'en faut. J'ai lancé ça parce qu'après une longue journée de boulot j'avais envie de me délasser devant une comédie idiote, sympathique et légère. Je savais bien que je ne m'attaquais pas à un chef-d'œuvre et que j'allais probablement être déçu, mais j'avais juste envie d'une comédie pas trop désagréable avec trois gags aux bons moments et une histoire à peu près honnête. Au bout de 45 minutes et alors que l'histoire était à peine lancée après une introduction laborieuse de trois plombes, j'ai tout coupé avec un cafard gros comme ça et l'envie de plomber tout le monde dans un rayon de 10 kilomètres. Comment peut-on être si peu drôle ? C'est la grande question. On était deux devant ce film, or il paraît que le rire est communicatif, c'est d'ailleurs pour ça que les films des frères Coen font pisser de rire les deux frères jumeaux au moment où ils les font alors qu'ils plombent leurs fans une fois sur deux sur dvd. En 45 minutes nous n'avons pas ri une fois. Nous n'avons pas même souri ou esquissé le début d'un rictus qui ne fut pas la manifestation physique de la douleur et de la haine. Rester 45 minutes devant une comédie sans parler, sans plisser les yeux, en ayant même complètement oublié qu'on possède des zygomatiques, est une tragédie.


J'ai volontairement choisi des images de basse qualité pour illustrer ce sale film, c'est ma vengeance à moi, ridicule mais assumée.

Le pitch de ce nouvel épisode, le voilà : Bob De Niro sent qu'il va clamser et délègue le patriarcat rigoureux et austère de la famille à son beau-fils, Greg Focker (Ben Stiller) qui bien-sûr, en tant que gros tocard de service, s'avère inepte à reprendre le flambeau de son gros fumier de beau-papa, vétéran de toutes les guerres et conséquemment débile profond qui dirigeait la maison d'une main de fer. Par-dessus le marché les jeunes mariés Fockers ont désormais des gosses et, comme tous les gens qui ont des gosses apparemment ils ne baisent plus. D'où un gros quiproquo quand De Niro croit que son gendre trompe sa fille avec Jessica Alba, qui n'est en réalité qu'une collègue infirmière de Greg Focker, lui-même infirmier. Elle passe tout le film à l'appeler "Nurse Focker !", ravie de déclamer un jeu de mot lamentable qui devient vite insupportable quand le scénariste nous le rabâche toutes les cinq minutes pour remplacer les vannes qu'il n'a pas écrites. C'est vraiment un mikado de saloperies et de coups bas ce film. Mais on respire quand débarque Owen Wilson. Mon idole. Les deux couilles que forme son nez deviennent les nouvelles stars du film, lequel nez est saucissonné en son milieu comme par la ficelle qui sépare deux boudins blancs chez mon boucher. Débarque avec lui à l'écran l'immense trou du cul qui sépare sa lèvre inférieure de son maüs-menton. Sans oublier son beau bulbe rachidien hypertrophié recouvert par la peau de son front, ce frontispice que certains anciens combattants comparent au Front de la Marne et qui est sublimé par ce jet vers l'arrière de cheveux blonds hirsutes et poisseux. Sans compter le nid-de-poule croisé avec un cul de poule qui lui sert de bouche. Cet acteur, que j'aime entre tous, a tant de proéminences sur le faciès, autant de bosses, falaises, parapets, rocs, buttes, coteaux, monticules et tertres, que les alpinistes du globe rêvent de l'escalader en rappel pour planter leur étendard au sommet de son crane.


La moue dégoûtée qu'affiche Robert De Niro est celle des gens devant ce film.

Normalement faire rire c'est une envie propre à l'humain, qui en tire même une certaine fierté, si bien que l'humour devient parfois orgueilleux et que rien n'est plus douloureux que de savoir qu'on ne fait pas rire les autres, qu'on en est incapable. Tout le monde a déjà éprouvé ça, moi le premier, et tout le monde aspire à faire marrer autrui. Y compris les types qui sont derrière ce film, qui en ont carrément fait leur métier, leur business. Du réalisateur aux scénaristes en passant par les acteurs et les producteurs, tous ceux qui ont mis la main à la patte sur ce projet sont tendus vers cet unique but lorsqu'ils réalisent une comédie, un film comique. Alors comment se démerdent-ils pour être à ce point impuissants à faire rire ? Il y a mille manières de faire rire, de la phrase la plus raffinée au gag le plus gras, de l'acrobatie linguistique à la Raymond Devos au gros pet huileux à la Michel Leeb. Pourtant ceux qui ont fait ce con de film en sont incapables, ils sont infoutus de décrocher un smiley à leur spectateur, d'aucune manière que ce soit, et pour moi c'est un putain de mystère. Comment peut-on travailler en groupe pendant des mois à cet unique but, faire rire, avec tout le blé nécessaire pour se sustenter et financer toutes les farces possibles et imaginables, et aboutir à ce film ultra nul, ce fiasco complet, déprimant et désespérément dépourvu d'humour ? Je l'ignore. Mais cette question est une souffrance pour moi. Elle m'a vraiment foutu mal pendant toute une soirée. Désolé de me soulager ici.


Mon beau-père et nous de Paul Weitz avec Ben Stiller, Robert De Niro, Harvey Keitel, Dustin Hoffman, Barbra Streisand, Jessica Alba et Owen Wilson (2010)

27 mars 2011

Mademoiselle Chambon

Ça fait un bail maintenant que j'ai vu ce film. Si j'en parle aujourd'hui c'est en partie pour parler d'autre chose que du film que j'ai vu hier soir, Mon beau-père et nous. Or comme mon souvenir remonte pas mal je suis partagé entre mon impression du moment et ce que je ressens maintenant en y repensant... Je me souviens qu'au début du film j'ai eu un peu de mal à me laisser prendre par l'histoire, sans doute à cause du rythme, mais rapidement j'étais dedans. Je me suis déchaussé et j'ai laissé Stéphane Brizé faire sa pli. En parlant de Stéphane Brizé, je dois dire que ce film m'a plus touché que Je ne suis pas là pour être aimé, même si j'ai du mal à dire pourquoi. Peut-être que c'est dû à l'histoire : le violon au lieu du tango et Vincent Lindon qui s'éloigne d'Aure Atika pour Sandrine Kiberlain au lieu d'Anne Consigny qui s'éloigne de son mari pantouflard, Lionel Abelanski, pour le vieux Patrick Chesnay. Pat Chesnay je l'adore, je lui voue même un culte, d'ailleurs il l'ignore mais je le considère comme mon oncle, mais sa moustache jaune-orangé devrait logiquement être un rempart au sentiment amoureux d'une femme. En tout cas sur le moment j'ai trouvé Mademoiselle Chambon assez beau et émouvant.


Kiberlain ravive en moi le fantasme de la maîtresse d'école qui se rappelle qu'elle est une femme et qu'elle a des besoins un peu cracra comme tout le monde.

En y repensant aujourd'hui j'avoue ne plus très bien me souvenir du film, comme s'il n'avait rien de réellement très marquant. On l'oublie un peu facilement et on doute de le revoir un jour. Rien n'est moins sûr. Il faut dire que le film a quelques défauts. C'est vrai que le couple adultère manque un peu de conversation pour qu'à la fin, quand Lindon s'immobilise dans le hall de gare, on soit véritablement saisi par son doute et sa douleur. Mais les deux personnages sont quand même liés par beaucoup plus (la musique, leurs passions et quelques paroles) que dans la majorité des films actuels dont les amants s'unissent follement en se débarrassant de leurs époux et épouses respectifs sans être liés par autre chose qu'une simple fringale sexuelle (un triste exemple parmi d'autres : le Partir de Catherine Corsini). Et puis tout au long du film de Brizé on voit que les sentiments des personnages les rendent discrets, muets, un peu autistes : ils ont toujours beaucoup de mal à faire des phrases, il y a des blancs dans leurs échanges. C'est la conséquence de leur amour naissant et interdit et ça les empêche inévitablement d'avoir de longs dialogues. Donc l'un dans l'autre tout cela tient debout et se regarde sans déplaisir, notamment grâce à une nouvelle interprétation hallucinante de Vincent Lindon.


 Même quand il a fini de bosser il est encore au boulot.

En général voir les personnages d'un film pratiquer leur soi-disant métier est assez superficiel et superflu, à part quand il s'agit d'un polar où il est assez nécessaire que l'on suive le héros dans son boulot de flic. Mais il n'est pas rare que les réalisateurs insèrent dans leur film une ou plusieurs séquences uniquement vouées à nous représenter l'acteur dans l'exercice des fonctions du personnage qu'il incarne quand cela n'a pourtant pas d'intérêt probant. Pire, ça sonne généralement terriblement faux. Mais quand l'acteur c'est Vincent Lindon, rien n'est plus pareil, et l'on sent une protubérance germer en-dessous de notre ceinture en le voyant dégonder une fenêtre et changer un carreau. Car son personnage travaille chez Carglass et tombe comme un cheveu sur la soupe quand Kiberlain a besoin de changer la fenêtre de son appartement. Alors on sent le poids de l'expérience, l'odeur de la sueur, on voit la couleur du talent lorsque Lindon, qui s'est entraîné à la chose selon les méthodes radicales de l'Actors Studio et de Stanislavski, change une fenêtre. Une fenêtre qui n'oubliera jamais ce moment privilégié et le contact délicat des mains calleuses du bellâtre. Cet homme est un Dieu de l'acting, c'est un éphèbe doublé d'un putain de génie.


Lindon fait naître en moi le fantasme du maçon bourru au grand cœur, aussi tendre que puissant, aussi doux que fêlé. Jean Gabin peut aller se rhabiller.

Le film se conclut sur une chanson de Barbara. De la même façon que Barbara chantait de la variété avec une élégance et une délicatesse qui élevaient ses chansons un peu au-delà des basses prétentions de la chanson populaire habituelle, le film de Stéphane Brizé est un petit film, d'une modestie absolue, d'une simplicité biblique, parfaitement lisible, mais qui s'élève sereinement au-dessus de sa condition par son brin d'intelligence, et par l'effet bienheureux d'une certaine grâce qui naît en de timides instants : comme quand la caméra subjective se substitut au regard de Vincent Lindon quand il s'approche de la porte de la chambre où Sandrine Kiberlain est endormie. Le cadre reste un certain moment sur le visage de la femme avant ce tant attendu mouvement de caméra descendant le long du corps de l'actrice au gré de ce chaste désir de l'homme qui l'admire. Ou comme cette attente avant qu'il ne finisse par lui prendre la main alors qu'ils écoutent le morceau de violon ; ou encore la larme brillante et discrète qui se suspend sur l'œil de l'acteur (on rêverait alors d'être soi-même une petite larme salée ou n'importe quel filet de morve pendu au blair de Lindon) puis qui coule le long de sa joue quand il est dans la voiture, à la fin, et qu'elle l'attend sur le trottoir. Il faut dire aussi que ce qui fait une grande partie de la modeste réussite de ce film, de sa justesse (à tous niveaux), c'est le talent immense des acteurs, y compris de Kiberlain ou, tenez-vous bien, d'Aure Atika, eh oui. J'aurais donné sans hésiter le César du meilleur acteur à Vincent Lindon pour ce rôle, comme chaque année.


Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain et Aure Atika (2009)

10 novembre 2010

Greenberg

L'affiche n'est pas truquée : c'est bel et bien un gros dog allemand dans le coin en bas à droite de l'encadré du titre, aux côtés des trois autres seconds rôles qui entourent la starlette Ben Stiller* dans ce film démoniaque qui vient littéralement de me "tenir en otage" pendant toute une soirée en solitaire dont j'aurai hélas bien du mal à me remettre. Parce qu'il faut savoir que, dans ce film, Ben Stiller, qui a un rôle à contre-emploi taillé sur mesures (il joue un énorme connard dépressif et torturé, égoïste et imbuvable, une merde humaine à l'état pur comme le ciné indé ricain en regorge -finalement, il se joue himself), eh bien Ben Stiller passe ici le plus clair de son temps à nous l'obscurcir en tentant de sauver un clebs dont il doit assurer la garde pendant l'été (et auquel il doit également construire une niche digne de ce nom, mais ça c'est plutôt une intrigue secondaire de ce film, tout comme la garde de la baraque qui va avec). C'est le pitch que je ferai de ce film. Quand 85% d'un long-métrage se joue entre un clebs à moitié mort et 12 personnes affairées autour de lui pour le soigner, je considère que c'est grosso modo le pitch.


Un plan véritablement poignant comme ce film en regorge...

Évidemment, ça n'est pas tout : dans le même temps, Ben Stiller s'enfonce dans sa connerie en se comportant comme un chien, lui aussi, notamment vis-à-vis d'une blonde quelconque (Greta Gerwig) dont le simili-cinéaste est visiblement fasciné par le profil en dents de scie. Pour choquer un peu, on nous montre même Ben Stiller pratiquer sur elle un cuni lingus dès le premier rencard, sans trop prévenir, après avoir tout juste échangé un premier bécot. "Hurted people hurt people" est la réplique-clé du film, la seule qui fait se taire la zik quand elle est prononcée, plusieurs fois de suite, par deux acteurs visiblement ravis de dégueuler des dialogues d'une telle profondeur. Parce que la zik est évidemment omniprésente, tout comme l'ensemble des clichés très chers à ce genre de films indépendants américains, à gerber. Et pas n'importe quelle zik, c'est James Murphy aka LSD Soundsystem qui s'y est collé, avec aussi des cameos de Gainsbourg, Galaxie 500, Karen Dalton, que des trucs "méga cools" qui attestent des goûts supers du réalisateur à travers son personnage principal minable. Y'a même Ben Stiller qui prépare une mixtape à cette meuf pour rattraper son cuni lingus un peu trop précipité, et en faisant une screencaps de son itunes ma parole on peut voir de quoi cette compil' est faite et on serait prêts à se l'arracher !


Ben Stiller ne va pas jusqu'à lui faire un artwork de son cru à la Stanley Donwood, par peur de passer pour un malade...

Le pire, c'est que je l'ai maté connement, parce que c'était lui ou moi, Greenberg ou ma pomme, parce que l'un de nous devait y passer. Voir ce film était comme l'une de ces épreuves inutiles que l'on s'impose sans raison pour se dire qu'on est tout de même courageux bien qu'ultra cons. Je finis pas mes boîtes de Coco Pops mais je m'oblige à aller au bout de ces films, allez comprendre. Je suis une daube. Hélas, je ne m'attendais pas du tout à ce que ce film à la con me fasse un terrible coup de Trafalgar à la toute fin, vu que de fin, justement, il n'y en avait pas. Mon .avi abandonne le film en cours de route, comme le vieux clébard qu'il est. Je l'avais senti venir pourtant, je matais le film avec le compte à rebours affiché sur l'écran depuis la 14ème minute, et plus ça approchait de la fin, plus je me disais qu'elle devait être méga abrupte pour que le temps restant soit crédible. Cette fin prématurée était à la fois une délivrance et un vrai coup de pute. Je m'étais juré d'aller au bout, juré ! Et voilà que je quitte un Ben Stiller en chaussettes, encore pendu au téléphone, essayant une dernière fois de rattraper toutes ses saloperies.


Le cinéaste a flashé sur Greta Gerwig et nous sommes les malheureux témoins de ce triste coup de foudre...

Ce film est réalisé par un avorton de Wes Anderon nommé Noah Baumbach déjà coupable du terrible Les Berkman se Séparent, où l'on se souvient seulement d'une scène de tennis de table sauvage où Jeff Daniels impressionnait la galerie. Greenberg a été co-écrit par lui-même et sa femme, Jennifer Jason Leigh, qui n'a donc pas fini de nous dégueuler son mal-être sur écran géant suite à la mort tragique de son père Vic Morrow et le procès qu'elle ne gagnera jamais contre le vieux John Landis. Son infâme trouvaille "hurted people hurt people" n'est rien d'autre que sa ligne de conduite, sa marche à suivre coûte que coûte. C'est réussi. Leur film m'a fait du mal, il m'a déjà rendu méga con alors que y'avait pas besoin.



*Comme vous l'avez remarqué, il y a bien une gueule de chien sur l'affiche, or, vous avez aussi pu voir qu'on y trouve tous les noms des connards d'acteurs, mais pas celui du clebs. Pourtant, c'est bien lui la pierre angulaire du film, et à ce propos, les maîtres de ce chien ont intenté un procès à la 20th Century Fox. Suite à une longue bataille judiciaire qui fit l'objet d'un court reportage dans 30 Millions de Sacs à Merde, nous verrons bel et bien le nom du berger boche sur les futures jaquettes du dvd. Il répond au doux nom de Gdansk.


Greenberg de Noah Baumbach avec Ben Stiller, Greta Gerwig et Jennifer Jason Leigh (2010)

14 mai 2009

Step Brothers

Il y a fort longtemps que Félix et moi souhaitions vous parler de Will Ferrell. Cet homme fait partie de ces gens-là que nous avons mis du temps à aimer. Il fait partie de ces gens qui réclament de la patience, de l'attention et un abandon total. Un peu comme, en musique, le groupe Nine Inch Nails, qu'on exècre aux premières écoutes et qui finit par nous prendre à revers, à rebours. Au départ nous haïssions réellement Will Ferrell et puis tout d'un coup nous avons saisi l'homme et la noblesse de son humour vibrionnant, pour aussitôt regretter amèrement nos premiers jugements hâtifs. Désormais nous portons un amour et une admiration sans limites à cet homme. Avec Jim Carrey (dans Dumb & Dumber, Ace Ventura, Disjoncté ou Fun With Dick & Jane), Will Ferrell est notre plus grande passion comique du cinoche américain contemporain. Peut-être même que Ferrell est en train de dépasser Carrey, ou de le remplacer (quid du déclin de l'ancien roi du rire dans Yes Man). Il faut dire que Will Ferrell a les moyens de se surpasser, lui qui est entouré d'une troupe solide de joyeux drilles hilarants (Will Arnett, Paul Rudd, Steve Carell ou encore David Koechner, pour ne citer que les plus célèbres), ainsi que d'une équipe de production fidèle et d'un réalisateur attitré en la personne d'Adam McKay. Là où Carrey faisait son chemin en solitaire et ne pouvait que se répéter avec ici et là de vagues digressions dans un jeu d'acteur particulier soumis à des univers très différents, Will Ferrell semble davantage impliqué dans le choix et la récurrence de thèmes suggérés par lui-même et toute sa bande de bras cassés au fil d'improvisations continues. Parce que Ferrell travaille avant tout en équipe, il ne monopolise jamais les caméras. Une de ses grandes qualités c'est aussi son talent pour faire jouer les autres et pour les faire briller, parfois à sa place, tandis qu'on le voit dans le cadre s'effacer un moment, sourire mal réprimé, pour permettre à ses camarades de s'exprimer et de faire rire à leur tour. C'est un mec en or !



Au point que de film en film son travail se fait de plus en plus précis, efficace et génial. Les temps morts des premières œuvres disparaissent, l'humour se fait plus permanent et se veut d'une liberté absolue. Ferrell semble toujours opter pour l'essentiel, l'évident, et il pousse les situations à leur maximum avec une finesse de jeu et une justesse de mise en scène qui confinent au raffinement le plus total. Les mêmes thèmes reviennent sans radotage et les personnages, fondus sur le même moule de grands enfants fondamentalement bons et redoutablement grossiers, prennent chacun leur tour des couleurs et des traits uniques pour façonner une galerie de portraits inoubliables. Il y a en somme un esprit Will Ferrell, commun à tous ses films. Un esprit très fin dans sa grossièreté (car il ne s'agit pas de vulgarité) apparente. Aucune bassesse dans ces films. Will Ferrell est un gosse de deux mètres de haut doté d'un torse anormalement velu et il la tronche de Ron Perlman. Il est si laid qu'il en est beau. Un peu comme son acolyte John C. Reilly qui, après une demi-carrière de seconds rôles sérieux dans des films plus ou moins bons, s'est laissé aller à faire ce qu'il fait apparemment le mieux : rire. Je parle surtout de Will Ferrell mais si ces deux-là continuent de jouer côte à côte (Talladega Nights et Step Brothers jusqu'ici), on pourra parler du plus grand duo comique sur grand écran depuis un fameux bail. J'ai un amour inconditionnel et aveugle pour ces deux cons !



Je considère Will Ferrell comme un auteur, dont l'œuvre, cohérente à souhait, est à considérer dans son ensemble. C'est le plus grand cinéaste américain actuel, même s'il n'a jamais mis les pieds derrière une caméra, trop occupé à crever l'écran en se plaçant devant. J'exagère peut-être (quoique...). Will Ferrell, auquel sied mieux qu'à personne l'expression "trop con, trop bon", incarne dans chacun de ses films des personnages touffus, fouillés, entiers, très différents et à la fois toujours attachants, qu'il respecte immensément. Il fait des films véhiculant toujours un message sincère et simple, aussi discret qu'évident, glorifiant l'amitié et l'enfance. Le souffle de vie de Will Ferrell, qui crée des personnages auxquels on s'identifie toujours, dont on a envie d'être l'ami intime, l'oppose à bien d'autres soi-disant comiques du moment. Je pense par exemple à Ben Stiller. J'ai bien envie de terminer cet éloge de Will Ferrell par un pet rapide et fulgurant sur Ben Stiller. Ben Stiller est à Will Ferrell ce que Daniel Moreira est à Didier Drogba. Il est à Ferrell ce qu'un pigeon voyageur aveugle et amputé d'une aile est à MSN live messenger. Ben Stiller est à Will Ferrell ce que mon relevé de banque est à mon relevé de notes, et si je suis bon élève niveau finances je suis vraiment à payole !

Je n'ai pas beaucoup parlé de Step Brothers en tant que tel. Mais que dire sinon résumer l'histoire que raconte le film, parler de l'immense drôlerie du script et des situations déployées et énumérer les scènes qu'on se repassera en boucle pendant des lustres en riant toujours aussi franchement. Que dire enfin sinon clamer le talent fougueux et racé de Will Ferrell et de son acolyte de rêve John C. Reilly.


Step Brothers d'Adam McKay avec Will Ferrell, John C. Reilly, Richard Jenkins et Mary Steenburgen (2008)

6 novembre 2008

Tonnerre sous les Tropiques

Sans doute touché par les intempéries qui ont ravagé la Nouvelle-Orléans (État d'origine de sa famille), Ben Stiller a cru bon de réaliser un film là-dessus, sobrement intitulé Le tonnerre des tropiques. Ce film fait aussi écho aux continuelles inondations qui frappent régulièrement certains villages Français à proximité de nos grands fleuves. En ce moment même, 4 départements sont en alerte rouge sur Bison Futé : la Loire menace d'emporter la moitié du pays. Moi ce que je ne pige pas c'est tous ces paysans qui s'installent dans les lits des fleuves. Ils bâtissent leurs villages au beau milieu des cours d'eau, avec des maisons pas étanches et aucun système d'évacuation des eaux usées. Tu m'étonnes que les assurances refusent de leur rembourser leurs taules insalubres pour cause de catastrophe naturelle. Quand tu parles à ces gens-là et qu'ils te décrivent leur village sous-marin avec amour, ils disent, fiers d'eux : "au milieu coule une rivière", en versant une larme comme si y'avait pas suffisamment d'eau dans leur bled. Quelle idée d'aller vivre sous un fleuve et de se plaindre quand il déborde. Votre terroir de merde, il prend l'eau mes amis, il est grand temps de faire votre baluchon et de nourrir les rangs de l'exode rural. À côté de ces deux mois de l'année où ils sont un peu emmerdés par la météo et qu'ils passent les pieds dans la boue, la gueule à ras l'écume, période durant laquelle on note un taux d'adultères ruraux impressionnant vu que les pompiers se payent les paysans du coin en guise de médailles, les mêmes paysans, que je respecte à mort, se font des couilles en or en vendant leurs poivrons et leurs tomates importés de Hollande et d'Espagne à 6 bâtons le kilo.
 
  
Alors que les recettes de Tropic Thunder devaient aller tout droit dans la poche des sinistrés de l'Alabama et du Gard, et conscient de cet état de fait, j'ai fièrement téléchargé le film sans dépenser un kopeck. Je ne suis pas meilleur qu'un autre, mais faut pas abuser. Je suis sorti du film fou de joie. En fait c'est un film de guerre, d'action, et comique. C'est le meilleur film de Ben Stiller. Sur 10 je lui mettrais 1. Le début est bien. Ben Stiller a pour seul mérite de ridiculiser la scientologie en faisant du générique de fin une lap dance maléfique de son plus fidèle et dévoué représentant en la personne de Tob Cruise.  
 
 
Tonnerre sous les Tropiques de Ben Stiller avec Ben Stiller, Jack Black, Robert Downey Jr, Tom Cruise, Steve Coogan, Nick Nolte et Matthew McConaughey (2008)

15 février 2008

Fun with Dick & Jane

Je l'avais déjà vu y'a deux ans et j'en gardais pas un excellent souvenir. Je l'ai revu avec Rémi, qui lui le découvrait complètement car il en avait strictement jamais entendu parler. Et en fait c'est un très bon film ! Jim Carrey assure le spectacle, il est hilarant à plusieurs reprises, transforme des scènes banales en sommet d'humour terre-à-terre et pourtant si rarement osé et réussi. Téa Léoni, dans le rôle de sa femme, est bonne dans tous les sens du terme. Ce film marque également le grand retour de la dynastie Baldwin dans le cinéma qui sort sur grand écran avant de sortir en dvd. Alec Baldwin a un rôle de gros connard et l'interprète à merveille, il est bluffant, il prend visiblement beaucoup de plaisir dans ce film.




L'histoire est toute simple : Jim Carrey vient d'être nommé vice-président de l'énorme firme dans laquelle il travaille et suggère donc à sa femme de quitter son job. Le lendemain Carrey est envoyé dans une émission télé par son patron, ce qui s'avère être une embuscade puisqu'il apprend que sa firme ferme ses portes et qu'il est donc à la rue. Après avoir cherché du boulot en vain et vendu tous ses meubles, lui et sa femme décident de faire des braquages pour payer les factures qui s'accumulent et éviter l'expulsion. Tout ça nous vaut des scènes cocasses où Jim Carrey nous fait pisser de rire comme à son habitude. L'un des seuls hommes capables de nous faire marrer comme des baleines en jouant avec des interrupteurs et une rampe d'escaliers. Il y a plus d'une scène d'anthologie qui perdraient à être décrites. En voyant le talent et l'aisance éclatante de l'acteur dans ce genre de films, on regrette qu'il ne tourne pas plus souvent, sans s'égarer dans des daubes comme Nombre 23. On regrette surtout de ne pas le retrouver à la place de vauriens comme Ben Stiller, de scélérats comme Owen Wilson, de crapules comme Vince Vaughn ou d'escrocs comme Anne Roumanoff dans des films qui deviendraient magiques s'il était là. Grand Monsieur. Ce type-là est sans égal.




Fun with Dick and Jane de Dean Parisot avec Jim Carrey, Téa Léoni et Alec Baldwin (2005)

11 février 2008

Wedding Crashers (Serial Noceurs)

Le plot outline aka le scénario, l'intrigue, mon petit résumé de la storyline : Vincent Wolsvageen et Ben Stiller sont deux avocats de renom dont la réputation n'a pas d'égale outremanche. Le premier mesure 3m10 et possède le charisme d'une voiture allemande bon marché. Le second est aveugle à 95% à cause de ses cheveux et son nez mesure 3m10. Pendant environ 45 mn, il n'y a pas vraiment de film, on voit juste de courts extraits de mariages miteux sur fond de musique juive, un hommage timide à la première moitié de Voyage au bout de l'enfer, avec en prime des chutes de blagues, seulement les chutes, ce qui diminue vivement l'effet comique, du type: "Et là la pute elle lui dit et toi t'as vu ton cul !", ou encore: "Hé, pour ce prix là tu voulais pas des gambas ?", mais encore "T'es sûr que les arabes et les noirs on quitté le pays, bon alors je prendrai juste un coca". Le tout en voix off, pendant que Wolzwaggen se trémousse comme un veau sur le dancefloor.




Bon après y'avait Panique à Yucca City sur mon canapé alors j'ai pas bien vu, mais en gros j'avais chopé la version director's cut, unrated without any control of the parents, et du coup j'ai bien vu 4 ou 5 paires de nichons gonflés au gruyère et une fillette de quinze ans prenant littéralement dans ses doigts le sexe informe de Wolzwaggen en total self control of the pants. Après ça le Warren Wilson tombe amoureux d'une fille assez manifestement laide, il va vers sa chambre, elle va vers la sienne. À ce moment là j'enchaînais les roulés boulés sur le canapé. La fille sort de sa chambre dans un pyjama vert que même George Beller n'a jamais imaginé, et le réalisateur, assez brillant, zoome sur ses pieds salis par le parquet, pile au moment où je suis passé à deux doigts de coller mon 43 sur la joue de Félix qui, d'un réflexe animal, m'a éjecté du canapé des deux mains. J'ai fini par terre, la tête à l'envers, un bol brisé sous le pied et une hanche abandonnée sur le coin de notre table rouge ikéa.




Là, après 3h30 de film et d'efforts intenses de concentration, j'ai lancé mes vieilles chaussures sur le dvd pour tenter de l'éteindre sans m'approcher de l'écran de télé où le Charlie Wilson trimballait toujours son nez et ses cheveux sales.


Wedding Crashers de David Dobkin avec Owen Wilson et Vince Vaughn (2005)