13 février 2008

Big

On est en 1987. Penny Marshall, illustre réalisatrice de L'Opération Shakespeare et de rien d'autre, met en scène le jeune Tom Hanks, à peine reconnu pour son rôle dans Splash, film qui portait bien son titre onomatopéique puisque, alors qu'il était destiné aux pré-adolescents, on y voyait Daryl Hannah à moitié nue d'un bout à l'autre. Tom Hanks était encore loin de tourner le très mauvais Philadelphia et d'ainsi connaître la gloire. Son film suivant fut d'ailleurs Turner et Hooch, pour vous donner une meilleure idée de l'état peu avancé de la carrière du jeune comédien à cette époque-là, réduit à tourner avec un chien. Le scénario du film est assez cool : Josh Baskin (David Moscow/Tom Hanks) est un jeune garçon de 12 ans passionné de jeux vidéos qui a du mal à faire son trou auprès de la gent féminine. Il est relativement petit pour son âge, et n'intéresse donc pas le moins du monde la jolie blonde dont il est amoureux. Il ne s'en rend pas compte, mais cette jolie blonde possède en réalité un charme équivalent à celui des toilettes d'une Taverne Bavaroise un jour de pluie. Une choucroute blonde est d'ailleurs entièrement plaquée sur une de ses joues. Donc Josh est amoureux de cette jeune fille hideuse. Et ça n'est pas son ami Billy (Jared Rushton), encore plus petit que lui, qui va l'aider à se faire remarquer.




D'ailleurs je fais un nouvel aparté ici, parce que son ami Billy, n'est pas que petit, il a également le nom de famille le plus géant de l'univers. Billy Kopeche. S'il vous plaît. Et ça ne se prononce pas comme ça s'écrit. Ni Kopèche, ni Kopeuche, mais bien Kopèké. Un peu comme Popècké, le comique troupier. Enfin bref, il s'appelle Kopèké. J'en reviens à mon résumé. Donc Josh en chie des ronds de chapeaux avec sa bien-aimée. Ses parents l'emmènent dans une fête foraine pour lui remonter le moral mais c'est rien qu'une occasion de plus pour Baskin de passer pour un con devant la fille d'Eraserhead. Mais il trouve une vieille machine, un automate magicien qui répond au doux nom de Zoltar. En échange d'une pièce, son vœu sera exaucé. Josh tente donc sa chance, il veut grandir. A cet instant crucial, un travelling vertical qui vous fera faire dans votre froc nous révèle soudain que l'automate n'était pas branché. Surprise, suspense, mystère.



Le lendemain matin, Josh Baskin a pris les traits de Tom Hanks. Il est toujours le même Josh de 12 ans, mais dans un corps de trente piges, et l'énorme paquet ramolli qui dépasse de son caleçon taille Extra Small ne laisse planer aucun doute là-dessus. Quand sa mère appelle les flics et menace de lui trancher la gorge avec un couteau de boucher, Josh est contraint de quitter le foyer familial. Il va donc se faire reconnaître de Billy (Kopèké) en lui chantant leur chanson idiote qu'ils sont seuls à connaître:

"Shimmy, shimmy, cocoa pop. Shimmy, shimmy, rock. Shimmy, shimmy, kopèké. Shimmy, shimmy, ro-ock..."

Puis Josh va devoir trouver du travail, pour survivre aux six mois de délai nécessaire pour obtenir la liste des fêtes foraines de sa ville et retrouver Zoltar afin d'annuler le vœu. Il devient finalement membre de l'équipe créative d'une entreprise de jouets et amasse donc tout un tas de fric qu'il investit dans un gigantesque loft qu'il s'empresse de remplir de distributeurs de canettes, d'un baby-foot, de jeux électroniques, de peluches, de jouets, d'un trampoline et d'un lit superposé. C'est la gloire, et avec la gloire viennent les femmes. Et c'est là qu'est le génie du film. Avec son air idiot, son hyperactivité enfantine et ses idées fraîches, Josh séduit Susan Lawrence (Elizabeth Perkins), membre éminent de la boîte où il travaille.



Susan doit avoir entre 30 et 40 ans. Disons 35 ans. Elle est à peine plus jeune que la mère de Josh, mais elle tombe amoureuse de lui, et ils baisent. Un garçon de 12 ans fait l'amour avec une femme de 35 ans, qui pourrait être sa mère. La même chose avec une fille plongée dans le corps d'une femme à la place de Tom Hanks et un jeune trentenaire pour la déflorer, et le producteur du film finissait au trou. C'est carrément une relation pédophile qui se déroule sous les yeux des jeunes spectateurs que nous étions. Pédophile mais méga consentie. Et tout ça se déroule sous couvert de film pour enfants des années 80 sans que personne n'y voie rien à redire. Et le plus beau c'est qu'un garçon qui voit le film rêverait d'être à la place de Josh non seulement quand il devient grand, quand il trouve ce super job, quand il s'achète cet immense appart' et tout le tintouin, mais aussi quand il s'envoie la dame. C'est très beau parce qu'on a tous été amoureux de nos maîtresses d'école ou de la mère de notre pote, et on aurait tous aimé savoir ce que c'est qu'un vagin dès l'âge de 12 ans.



Après ça, Josh commence à se prendre au jeu, et ne songe même plus à recouvrer sa véritable apparence. Il a sa vie d'adulte plus que bien entamée. Un grand loft, une fiancée, des responsabilités, un projet de bande-dessinée interactive qui va faire un carton. Tout va bien. Mais Billy Kopèké le ramène à la réalité par ces mots: "asshole". Finalement, Josh redeviendra le petit garçon qu'il était en retrouvant Zoltar et quittera sa vie d'adulte avec amertume (laissant son gigantesque appart derrière lui, qu'il aurait pu revendre pour se bâtir une enfance de malade, mais non). Désormais, son amie blonde des jeunesses hitlériennes maquillée comme une bagnole volée ne pourra plus lui faire faux bon, parce que Josh est le premier petit garçon à avoir perdu sa virginité à douze ans, avant sa première érection donc, d'où le titre.


Big de Penny Marshall avec Tom Hanks et Robert Loggia (1988)

3 commentaires:

  1. J'ai toujours eu du mal à encaisser la gueule de Tom Hanks (un des plus laids rictus que je connaisse), mais je me souviens lointainement de 'Big' comme d'un bon moment, en effet. En plus, qui sait s'il n'a pas inspiré le très bon 'Dans la peau d'une blonde' de Blake Edwards, sorti trois ans plus tard ?

    « La fille d'Eraserhead » : z'étiez déjà très en forme, en 2008 !

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    1. Six piges que cet article attendait son premier commentaire. Heureux qu'il vienne de toi !

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    2. Vieux motard que j'aimais !

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