16 octobre 2014

Allons voir Ayer...



Connaissez-vous David Ayer ? Rassurez-vous, vous n'êtes pas les seuls. Cinéaste au look de skinhead, David Ayer s’est fait remarquer par des films troués d’éclats de violence d’un réalisme très cru et parfois gratuit. Son premier film, le plus amusant, Bad Times (Harsh Times en anglais), se présentait comme une adaptation non-officielle du jeu vidéo best-seller GTA San Andreas, avec Christian Bale dans le premier rôle, celui du teubé à la démarche chaloupée et aux fringues impossibles, un tantinet colérique et impulsif, que tout joueur de GTA a conduit au meurtre de masse (c’était pas vraiment un rôle de composition pour celui que ses proches surnommaient déjà le Dark Knight bien avant la naissance de Michael Keaton). De ce film, on se souviendra surtout du beau personnage de Toussaint, un dealer lunaire et attachant, ne rechignant jamais à la tâche et fidèle en amitié, aux dialogues particulièrement soignés. A coup sûr, le plus remarquable personnage de la "galaxie Ayer".




Le second film d’Ayer, le plus sérieux, Au bout de la nuit (Street Kings en anglais, soit « Les rois de la nuit »…), était un néo-polar mettant Keanu Reeves aux prises avec une bande de flics corrompus, menés par un Forrest Whitaker comme toujours reptilien. On se souviendra de ce film (à éviter) comme de l’un des rôles les moins ridicules de notre ami Keanu Reeves dans sa période post-Néo. Véritable development hell, scénar sous forme de post-its égarés dans différentes pièces (dont certaines verrouillées de l’intérieur), ce policier donnait l’impression d’un gâchis aimable, fait avec naïveté par un nostalgique des pires films des années 90. Il s’agit sans doute du film le moins rentable d'Ayer (à raison). Il y a donc une justice, contrairement à ce qu’affirme le film. On se souvient de cette dernière image cruelle de Keanu Reeves baignant dans son sang et n’ayant pas pu nettoyer sa ville de la pègre.




Son troisième film marquait une rupture nette en termes simples de qualité dans la filmographie d’Ayer. Tandis que les autres culminaient à respectivement 3,25/5 et 3/5, End of Watch accrochait péniblement 1,5 étoiles (dont une étoile bonus pour le passif sympathique d’un réalisateur qui a longtemps été dans notre « under the radar list »). Le réalisme est poussé au plus fort dans ce film qui nous met dans le froc de deux flics ayant sacrifié leur vie pour une « war on drugs » dans les bas-fonds miséreux de Los Angeles (une scène = une bavure), pour un documentaire fort moche tourné caméra au poing, agrippée au dos bodybuildé du duo Michael Pena et Jake Gyllenhaal (méconnaissable dans un rôle d’écorché vif, littéralement). Ce troisième opus d’Ayer nous a longtemps fait repenser au film culte d’Edouard Baer : Akoibon. Il nous laissait avec un mal de crâne massif, des céphalées persistantes et une douleur de tête accablante.




Le retour raté de Schwarzy épisode 3. Pendant le premier quart d’heure de Sabotage, nous avons considéré ce film comme un petit plaisir coupable. Ce quart d’heure passé on se sent seulement très coupable. Schwarzy (anagramme de Sarkozy, dont on espère qu’il ratera au moins trois fois son retour lui aussi) a cru bon de mettre entre les mains de David Ayer cette nouvelle tentative de come-back. Il devait apprécier et tenir en haute estime la filmographie dudit Ayer, dont le quatrième opus est pour le moins étonnant, qui parvient à condenser strictement tous les défauts des précédents, en laissant au congélo leurs maigres qualités. Pour la première fois le spectateur commence à sérieusement douter du look de David Ayer, qui n’a peut-être pas que le crâne de ras. Le cinéaste devient une parodie de lui-même avec sa fameuse touche personnelle qui prend ici la forme de tics idiots et totalement décoratifs, si on peut appeler décoratif un cycliste littéralement rincé par un bolide lancé à fond la caisse. David Ayer croit bon de se différencier de ses collègues abrutis en glissant dans une scène d’action, en l’occurrence de course poursuite, un imprévu qu’il croit puissant de par sa dimension crédible et son originalité. Dans le car chase final, qui se veut épique et marquant, une bagnole empègue tout à coup un anonyme à vélo, qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment, et qui passera l’intégralité de la scène collé au pare-brise, en sang. On se persuade qu’il jouera un rôle dans la scène puisqu’il apparaît dans un recoin de chaque plan, dans une sorte de caméo macabre et de longue durée. On attend le bon mot qui viendra justifier sa présence, ou au contraire l’expression d’un regret de la part du conducteur. Mais non. C’est juste un cadavre de plus, gratos, qui fait dire que le monde est putain de con. Une constante chez Ayer. Peut-être le vrai fil rouge de sa filmographie, qu’on a essayé ici de vous défricher un peu. Car c’est quand même assez touffu, plus en tout cas que le « crâne de peau » de David Ayer, son Crystal Skull renfermant les pires horreurs et les pires dommages collatéraux (clin d’œil ici à son omniprésent et omnipotent acteur principal, Arnold Schwarzenneger, star qui n’en finit pas de décliner et qui offre ici à son personnage "badass" - puisque c'est le terme qui revient dans toute pseudo-critique de ce film - une de ces sorties grandiloquentes dont il a le secret).




Bientôt sortira le cinquième film de David Ayer, Fury, avec Brad Pitt et Shia LeBeouf, qui se sont bien accrochés durant le tournage pour une sombre histoire d’hygiène corporelle et d’odeurs de pompes envahissantes. On attend le résultat forcément explosif de cette ambiance de plateau à se damner, et surtout le prochain « mort pour la France » de David Ayer.


Bad Times de David Ayer avec Christian Bale et Eva Longoria (2005)
Au Bout de la nuit de David Ayer avec Keanu Reeves et Forest Whitaker (2008)
End of Watch de David Ayer avec Jake Gyllenhaal et Michael Pena (2012)
Sabotage de David Ayer avec Arnold Schwarzenegger et Sam Worthington (2014) 

4 commentaires:

  1. J'adore ta critique tout en finesse du second film, que d'ailleurs j'ai l'impression vague d'avoir vu, tout comme le premier, mais en fait j'en sais rien. Si je les ai vus, je n'en ai gardé trace.

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  2. À propos d'Arnold « Développement durable » Schwarzenegger, je pose la question : quel est le bilan carbone moyen de ses films ? L'électricité consommée par le moindre de ses blocs bustiers doit pouvoir faire tourner une ville française de taille moyenne pendant plusieurs mois...

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