18 mars 2011

Fair Game

Doug Liman, que la critique juge unanimement prodigieux et indispensable dans la photo de famille de la crème hollywoodienne pour avoir réalisé le premier volet de la trilogie Jason Bourne (dont La Vengeance dans la peau est le dernier opus en date), a livré sur nos écrans le fameux Fair Game en 2010. Ayant comme tout un chacun littéralement fait dans mon froc devant les péripéties d'un Matt Damon survolté et surentraîné, éternellement coiffé de sa sublime coupe au bol et vêtu d'un t-shirt XS fort adapté pour courir entre les voitures, j'étais impatient à l'idée de renouer le contact avec le sacro-saint Doug Liman qui symbolise à lui tout seul l'avenir d'Hollywood, le futur radieux du cinéma d'action, l'essor des grands studios, la prospérité du film de genre. Doug Liman c'est l'espoir vivant de tous les spectateurs avides de sensations fortes et de toutes les femmes de la planète avides de sensations non moins fortes qui craquent pour Matt Damon, le fils américain de Gérard Damon, notre vieillard hexagonal. J'avais la chair de poule à l'idée de découvrir, même avec un an de retard, le dernier bébé bourré de testostérone de Doug Liman. Malheureusement pas un seul coup de feu n'était prévu dans le scénario de ce nouveau film, aucun coup de boule à l'horizon, pas l'ombre d'une clé de bras ne se profile d'un bout à l'autre du film, ni même le soupçon d'une mandale. Voici le triste pitch du film : Valerie Plame (interprétée par une Naomi Watts en pantoufles), agent de la CIA au département chargé de la non-prolifération des armes, dirige secrètement une enquête sur l’existence potentielle d’armes de destruction massive en Irak. Cette histoire, c'est du réchauffé. Ces événements ont déjà eu lieu, on connaît déjà la fin de ton film Doug. Avant le générique les marines auront débarqué à Bagdad, les Irakiens auront déboulonné la statue de Saddam et ce dernier sera pendu à la tété. Très peu intéressé par cette histoire déjà connue de tous, et le subconscient peu accaparé par l'arme de destruction massive nommée Watts qui dans ce film ressemble davantage à un pétard mouillé, j'ai éteint ma lumière au bout d'une vingtaine de minutes, déçu à en mourir. Mais j'ai quand même eu le temps de penser à quelque chose, et c'est le visage omniprésent et inoubliable de Sean Penn qui m'a conduit à ça. Car a priori il manque bel et bien une pièce essentielle du puzzle Fair Game dans ce pitch de potche, comme sur l'affiche du film d'ailleurs, et je veux bien entendu parler de Sean Penn. Regardez mieux ce poster magnifique. Au premier coup d'œil on voit Naomi "10 000" Watts en costume trois pièces et le titre. Et puis en y regardant de plus près on distingue quelque chose sur la droite de l'image, une ombre, un brouillard, the frog, un fantômas qui rôde dont l'attitude complètement décalée contraste avec celle, grave et austère, de Naomi "100 000" Watts, nous interroge et nous fout mal à l'aise : c'est Shaüwn Penn tout sourire qui, en légère surimpression, vient bousiller le climat sérieux et grave que tentait d'asseoir l'afficheur.


Je sais que cette image est déjà sur l'affiche mais on ne s'en lasse pas

Takeshi Kitano, qui se fait surnommer "Beat" et qui porte remarquablement bien ce surnom ici en France, est un réalisateur japonais célèbre pour avoir une coquetterie dans l’œil unique en son genre, et adoré de tous pour avoir réalisé deux ou trois films "mignons" parallèlement à deux ou trois films de "baston". Et bien qu'il soit au départ le Vincent Lagaf japonais, présentateur de jeux télévisés dignes d’Inter-ville en son pays, les critiques de cinéma n'ont de cesse de l'aduler et de lui poser de brillantes questions. Parmi celles-ci, l'incontournable : "Quel est votre cinéaste préféré ?" En réponse, Takeshi "Beat" Kitano n'a de cesse de dire et de répéter que son metteur en scène favori est le grand Akira Kurosawa. Pour Beat Kitano, Kurosawa c'est le modèle absolu. Pourquoi ? Parce que dans un film de Kurosawa chaque plan est composé comme un tableau. Mieux, chaque image pourrait en soi et pour elle-même constituer un splendide tableau de grand maître. Le spectateur peut librement s'amuser à figer l'image à n'importe quel moment d'un film de Kurosawa pour obtenir devant soi une peinture magnifique, dixit Beat. On peut ne pas être d'accord avec cette conception du "cinéma idéal" selon Kitano, et préférer les théories de Koulechov ou par exemple les préceptes de Robert Bresson qui voulait qu'un plan n'ait aucune valeur ni aucune beauté propre séparé de ceux qui le précèdent et le suivent. Toutefois l'idée de Kitano, qui tend à rapprocher très étroitement l'art cinématographique de l'art pictural, se tient, et peut même dans une certaine mesure se vérifier dans les films de son maître Kurosawa. De sorte qu'il ne serait pas complètement absurde de juger de la beauté plastique d'un film selon de tels critères. Aussi ai-je envie, de façon arbitraire et gratuite, de mettre le film de Doug Liman à l'épreuve des balles. Faisons le test de Kitano, le "beat test", avec Fair Game. J'ai fait pause aléatoirement à quatre reprises, au hasard, en baladant mon curseur tout le long de la barre de lecture de mon lecteur divX, et voici les quatre arrêts sur image que j'obtiens réunis par mes soins à la palette graphique :


Cliquez sur l'image et admirez ces quatre faciès caoutchouteux en grand format, ça vaut son pesant de cacahuètes.

L'expérience est sans appel : le film de Doug Liman ne passe pas le "test Kitano". Il échoue même lamentablement à ce crash-test de tous les diables. Visez-moi un peu la ganache carbonisée qui systématiquement s'imprime dans l'image et la piège de l'intérieur. Chaque image du film est un terrain miné, une horreur visuelle, un sacerdoce de la rétine. Si l'on devait en tirer une peinture ce serait du crépit pour tapisser des chiottes. Ou alors c'est une forme d'art encore inconnue, qui va au-delà du cubisme et de l'abstraction, au-delà de Jérôme Bosch et d'Egon Schiele, bien plus loin que Lucian Freud et Francis Bacon dans le goût des tronches fondantes et décrépies, dans la passion des gueules brisées et des faces dégoulinantes. Shawn Penn semble arborer dans ce film un masque d'Onibaba, un couvre-chef de vieillard hideux, terriblement expressif et mystérieusement pacifique, blanchâtre de chevelure et de teint, qui n'est autre que sa véritable tête, laquelle fait mystérieusement tourner celle des femmes. Croyez-le ou non, ce visage bouffi de couenne et caffi de peau fait tourner la tronche de ces demoiselles. Sean Penn est un sex-symbol avec sa fraise de clopeux lépreux et son énorme navet de vétéran de la guerre de Corée. Où va le monde ?... En attendant j'ai sans doute passé plus de temps à faire ce montage photo que Doug Liman n'en a passé à monter son film, et ça m'a pris cinq minutes. Car en réalité si vous faites pause au hasard à n'importe quel moment du film vous tomberez certainement 9 fois sur 10 non pas sur un bout de peau de Naomi Watts mais sur un pan de mur, un bout de tête en amorce, ou un acteur décapité par le bord du cadre. De quoi composer une galerie de non-tableaux ultra conceptuels et proprement hideux. Car Doug Liman a cru brillant de porter sa caméra à l'épaule pour bouger dans tous les sens au gré de la conversation de ses comédiens, comme s'il n'avait pas lu dix fois le script et ne savait pas lequel allait s'exprimer à tel ou tel moment. L'effet recherché est celui d'un reportage télé débordant de suspense dont le cadreur ignore ce qui va se passer, mais à l'image ça donne une caméra qui balaye entre deux personnages ridés et maussades sans choisir lequel filmer, s'interrompant dans sa course pour retourner à toute vitesse vers le dernier qui a parlé, mais déjà l'autre a répondu et le cadreur doit faire demi-tour, souffrant d'un torticolis affreux que l'on ressent par-delà l'écran et pour lequel on n'éprouve aucune compassion... L'effet reportage télé aurait pu fonctionner mais dans les faits c'est complètement raté, et le résultat c'est un banal effet série télé, le réalisateur ne sachant quoi filmer alors qu'il est la plupart du temps dans une bagnole deux places, posté face à un couple de connards qui s'échangent des remarques fades dont on se fout éperdument. Voila qui fait de Douggybag Liman, que l'on nous vend comme le meilleur espoir d'un cinéma américain depuis longtemps défroqué, un beau crétin. 


Fair Game de Doug Liman avec Sean Penn et Naomi Watts (2010)

11 commentaires:

  1. J'applaudis de mes 4 pattes de chien des quais cet article ambitieux ravageur !

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  2. Mon nom gravé sur mon cul que ce film est AWESOME, littéralement !

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  3. A New-York Massassuchets, la vie couley comme de l'eau. Un matin j'ai pris perpète en écoutant la radiooooo. Ca s'appelait rock n'Roll (toum toum), et ça me rendait folle (ouw ouw). Mais c'que j'ai pas pu dire, c'est que j'étais folie, j'étais come back every-day.

    Et ça fait UN DEUX TROIS bloody mama (ow yé), QUATRE CINQ SIX anis (ou ou ou ou ou), SEPT HUIT NEUF kantérimeuf, DIX ONZE DOUZE et ringadzeublues.

    Et c'était comme une histoire intime, un problème de discrétion-hon, une religion laïqueu, une autre façon de dire NON !

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  4. J'ai de la glace sur les tétons parce que je me suis fait un tatouage de dingue, mais putain que ça fait mal ! Je ne peux littéralement plus m'allonger sur le ventre. Mais si je me mets sur le dos, ma femme me frappe ! J'ai décidé d'arrêter de dormir en attendant que l'encre sèche !

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  5. Ah désolé, je croyais que c'était une critique du film Chloé avec Amanda Seyfrid. Au temps pour moi les gars, je passe commande et je me barre !

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  6. J'ai une énorme télé chez moi, à tel point que j'empêche mon chien d'entrer dans le salon pour ne pas qu'il me la pourrisse. Mais sur mon écran LCD 3D qui m'a couté autant que le PIB du Bangladesh, jamais je ne mettrai Fair Game. Du moins après avoir lu cette critique qui foule du pied tous les principes de la partialité.

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  7. Senn Pean, que j'appréciais peu, devient d'un seul coup amplement sympathique. Ces 4 screencaps, 5-05-06.23:45:34.png, 5-05-06.23:45:47.png, 5-05-06.23:46:17.png, et 5-05-06.23:48:20.png. Quel fabuleux concours de mimiques, surtout celle en bas à gauche. Typiquement la tête du gars qui bosse en cherchant un truc dans ses papiers tout en lachant un petit pet silencieux que la personne de confession nègre qui se trouve derrière ne devrait pas tarder à sentir, exprimant par là son dégout à son voisin "je cwois que quelqu'un a pété non? Je ne rêve pas ?"

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  8. Mon boss a vu que je visitais ce blog et il m'a viré à cause du header, j'espère que tu es content espèce de sale fils de pute !

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  9. Insomniax l'ami de Triviax22 avril 2015 à 01:16

    Pas vu ce film. Pourtant j'ai adoré Sailor Lula! Qu'est-ce que j'attends??

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  10. Reviens on l'a changé!
    Dsl pour tout.

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  11. De trouver un lien entre les deux films ? :D

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