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29 juillet 2023

Mission : Impossible – Dead Reckoning Partie 1

La saga Mission : Impossible, c'est un peu comme les Jason, on finit par avoir un mal de chien à les identifier, à les dissocier les uns des autres. C'est un bon test cognitif pour soi-même. Le premier, c'est facile, c'est celui de De Palma où Tom Cruise joue encore collectif, avec Jean Reno, Béart et compagnie. Le TGV dans le tunnel sous la Manche, la goutte de sueur qui menace de déclencher l'alarme. Ok, facile, on a pu en causer ici sans souci en s'appuyant seulement sur nos très vagues souvenirs. Je l'ai revu depuis dans le cadre de ma réhabilitation personnelle de Brian de Palma et je considère toujours que ce film est loin de faire partie de ses meilleurs et qu'il correspond hélas au début du déclin de l'auteur de Body Double. Quant à Mission : Impossible II, la bande-annonce, à l'époque laborieusement téléchargée en 56k, m'avait scotché : on y voyait Tom Cruise escalader en solo intégral une falaise verticale et se mettre en danger de mort inutilement suite à une glissade, pour mieux se rattraper à une corniche dans un geste impossible, nous montrer ses muscles saillants et nous adresser un regard-caméra plein de défi. J'étais alors facilement impressionnable et le remix du fameux thème musical de la série, plutôt chiadé, jouait aussi son rôle. Le reste était à chier. John Woo et ses quelques envolées de colombes. Tom Cruise et ses cheveux longs qui le rapetissent encore davantage. Thandie Newton aux abois. Bref, un raté. 


Représentation abstraite de ma mémoire à l'évocation d'un Mission : Impossible ? Non, représentation signée McQuarrie de l'Éntité, l'intelligence artificielle malfaisante du film. Mouais...

Dès le troisième opus, ça se corse davantage, ma mémoire me joue des tours, et je ne peux pas lui en vouloir. Je ne garde quasi aucun souvenir de l'épisode signé JJ Abrams (comme  tout ce qu'a fait cet homme-là), si ce n'est de brèves images de Phil Seymour Hoffman sous-exploité en vilain, de Michelle Monaghan en épouse éplorée, et de Tom Cruise glissant arme au poing dans les lens flares. Peut-être le pire. À partir du 4, l'amalgame nous tend encore plus les bras. Peut-être parce que Christopher McQuarrie, le lieutenant de Tom Cruise, passe aux commandes, d'abord au scénario. Ghost Protocol, c'est un générique en CGI en forme de clin d’œil à la maison Pixar dont est issu Brad Bird, le réalisateur embauché par la gigastar pour redonner du peps à sa saga. Une escapade à Dubaï, la robe fendue de Paula Patton, une apparition délicate de Seydoux. Voilà tout ce qui m'en reste. Le 5, le 6 et à présent le 7 forment dans mon esprit une seule et même bouillie. Tout à fait digeste mais sans réelle saveur. Il y a une grosse baston dans des toilettes, peut-être dans le 6. Une course à motos, peut-être dans le 5. Et aussi le 6. Je ne sais plus. L'arrivée de Rebecca Ferguson, un atout non-négligeable, sacrifiée bêtement cette année, est à noter. Et encore et toujours les mêmes pesants défauts. Malgré cela, les M:I demeurent légèrement au-dessus du lot. Faut dire que quand la concurrence se nomme Fast & Furious XII, c'est pas si difficile.


Il y a à peu près la même ambiance dans la voiture quand je prends le volant sur les routes des vacances...

Cette fois-ci, Tom Cruise et sa bande sont donc à la recherche d'une clé ridicule qui permettrait de désactiver une intelligence artificielle aux idées de grandeur de plus en plus inquiétantes. Cette quête mène l'autoproclamé sauveur du cinéma de divertissement hollywoodien aux quatre coins du monde, comme d'habitude. Toujours aidé par les fidèles Simon Pegg (ici adorable) et Ving Rhames (en mode moins j'en fais, mieux je me porte), il s'associe à une pickpocket professionnelle, incarnée par Hayley Atwell, une recrue bienvenue : c'est bien simple, quand ce n'est plus elle qui dicte le tempo du film, celui-ci retombe dans la médiocrité. Les antagonistes que Tom Cruise croise sur son chemin sont, principalement, deux agents de la CIA au courant de rien, une mystérieuse mercenaire nommée Paris parce qu'elle est française, et un individu malfaisant surgi du lointain passé du héros. Ce soldat zélé au service de l'IA est le grand vilain du film et l'on peut s'étonner qu'il soit incarné par un latino a l'air goguenard, le teint hâlé, en chemise pastel légère et pantalon blanc en lin, on dirait un touriste qui profite d'un moment de tranquillité, débarrassé de femme et enfants. Tom Cruise doit être fan de La Bamba, c'est comme cela que j'explique qu'il ait pu filer ce rôle à Esai Morales, la co-star de Lou Diamond Phillips dans le biopic de Ritchie Valens. Vous l'aurez compris : il est l'un des boulets du film. Bien sûr, on ne sait rien de ses motivations personnelles, ce qui ne comble donc en rien le manque de charisme de ce vilain de pacotille.


Quand Tom Cruise prend le train, ça finit souvent sur le toit...

On connaît l'ambition de Tom Cruise d'écraser la concurrence quand il sort un nouveau film de sa saga fétiche, d'où son goût pour des scènes d'action interminables qui en offrent toujours plus. Cela donne ici lieu à quelques bons moments, il faut bien le reconnaître, mais ceux-ci sont parfois bien planqués, coincés entre deux passages plus fastidieux, déjà vus et revus, ou refoulés à l'issue d'une longue séquence d'action assommante, sans grand intérêt. On se tape ainsi une énième baston peu emballante sur le toit d'un train lancé à pleine vitesse, où Cruise et son ennemi font toujours bien attention à se balancer à tour de rôle dans le sens de la longueur, triste moment qui atteste de nouveau l'incapacité de McQuarrie à filmer convenablement les bagarres quand celles-ci ne se déroulent guère dans des teuchios (auparavant, des échauffourées dans les ruelles et sur les ponts étroits de Venise auront eu le temps de nous saouler). Mais, à la suite de cette bagarre minable, Cruise et Atwell se retrouvent prisonniers de wagons dont ils doivent s'extirper un à un avant qu'ils ne chutent dans le vide, et cela devient enfin très plaisant. Je retiendrai deux autres scènes où McQuarrie semble s'être sorti les doigts (excusez cette expression familière). Je pense d'abord à la longue séquence de l'aéroport d'Abou Dabi où l'on suit une double filature (Tom Cruise pourchassant la pickpocket tandis qu'il est lui-même marqué à la culotte par la CIA) parallèlement à la désactivation, par l'astucieux Pegg (ne me demandez pas pourquoi, je l'aime bien là-dedans, il sue tout le temps, panique, s'énerve, pète les plombs, il est le seul à paraître humain), d'une bombe nucléaire cachée dans un des bagages qui transite en sous-sol. Tous les événements s'enchaînent agréablement via un montage efficace. On ressent alors le plaisir que l'on était venu chercher en consentant de passer le seuil de la porte vitrée du multiplexe inhumain. Et il y a ensuite la course-poursuite en voiture, en deux temps, dans les rues de Rome, qui prend une tournure comique et amusante à partir du moment où, menottés, Atwell et Cruise conduisent ensemble une Fiat 500 jaune étonnamment pimpée. On y casse pas mal de matériel, ce qui est toujours une chose appréciable. 


Du jamais vu, même à la SNCF !

Dans les 163 minutes que comptent cet épisode, il y en a donc bien 20 de bonnes, ce qui est déjà pas mal quand on espérait rien. Le reste est soit passable, plombé par un scénario qui perd progressivement en limpidité, soit carrément médiocre, flingué par le manque d'imagination et d'audace de l'équipe réunie autour du projet, pilotée de trop près par un acteur démiurge qui uniformise à présent tout ce dans quoi il tourne, ne laissant plus leur chance à des cinéastes qui n'obéiraient pas au doigt et à l'œil. Dans le pire de Dead Reckoning, il y a cette longue et lourde scène de discussion dans une boîte de nuit vénitienne : la tension est aux abonnés absents et l'on ne peut s'empêcher de trouver criante de pauvreté la façon du réalisateur de filmer, sous des angles ridicules et entre une succession de gros plans usants sur des tronches qui bavardent, les écrans et projections d'images virtuelles abstraites qui décorent la pièce, ceci afin de rendre palpable et menaçante la présence de l'intelligence artificielle malveillante, qui cernent littéralement les personnages (on préfère l'Entité de Sidney J. Furie). Le pari était certes compliqué sur le papier et, sans surprise, McQuarrie, en bon artisan limité qu'il est, n'a pas su le relever. Heureusement, il y a là-dedans une petite touche d'humour, d'autodérision, qui participe pour beaucoup à notre indulgence. Éternel héros, de plus en plus pris de vitesse mais toujours là de justesse, Tom Cruise veut nous amuser et nous divertir, il n'y parvient que trop rarement, par intermittence, mais, dans le contexte actuel du gros cinéma hollywoodien, c'est déjà ça. 


Mission : Impossible – Dead Reckoning Partie 1 de Christopher McQuarrie avec Tom Cruise, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Esai Morales et Hayley Atwell

28 novembre 2021

Dune

Devinette : qu'est-ce qui est long, lisse, froid, orange et gris, dépourvu de vie et du moindre grain de folie ? Dune, bien entendu. C'est du Villeneuve quoi. Sans surprise. J'en attendais pas grand chose et je n'ai pas été déçu. J'ai même fini par pioncer, c'est dire ! J'ai loupé le dernier quart d'heure, grosso mierdo. J'ai émergé lors du générique de fin, réveillé par ce je-ne-sais-quoi... C'est vrai ça, c'est toujours un mystère : on ne sait jamais pourquoi on se réveille pile poil quand commencent à défiler les premiers noms du générique, alors qu'on dormait à poings fermés durant les longues minutes qui précédaient. Des minutes pourtant forcément plus bruyantes car, à ce propos, Hans Zimmer envoie les grosses basses tout le long et c'est bien pénible (ce type-là devrait arrêter, ça suffit, on n'en peut plus de lui, stop). J'ai donc refait surface dans un drôle d'état, ayant zappé toute la partie finale dans le sable, animé de sentiments flous et contradictoires à mon égard. J'éprouvais un mélange d'irritation et d'indulgence vis-à-vis de moi-même : je m'en voulais un peu de ne pas avoir tenu jusqu'au bout, après avoir encaissé près de 90% du métrage sans moufter, mais j'étais aussi très conscient de toutes les bonnes intentions qui m'animaient auparavant, et même plutôt satisfait de mon attitude tout à fait neutre et posée tout au long d'une séance que je qualifierais de studieuse, du moins jusqu'à ce que Morphée rapplique... Durant le film, je n'ai fait qu'un seul commentaire, récurrent certes, sur la ressemblance troublante entre la starlette Timothée Chalamet et l'animateur Eric Zemmour... Voir en notre Lisan al-Gaib le sosie rajeuni, et bien sûr embelli, d'Eric Zemmour, allié à l'incapacité patente de Villeneuve à nous rendre un brin intéressant son personnage, ça n'invite pas spécialement à l'adorer, à se projeter en lui, à suivre ses mésaventures avec entrain. Bon, j'avoue, je n'ai pas pu m'empêcher de pouffer lors des fameuses visions de notre héros... Paul Astéroïde fait des rêves plus ou moins prémonitoires (parfois ils se réalisent, parfois pas, ça ne l'aide pas beaucoup) : on y voit une jeune fille, portant un voile orange qui virevolte dans le vent, marcher en tongs dans le désert, avancer vers nulle part, filmée de dos (on voit ainsi très bien ses tongs, des Havaianas roses, et ça fait pitié, j'ai bloqué là-dessus). Celle que l'on devine être l'élue future du cœur de notre élu, incarnée par le mannequin taille enfant Zendaya, finit par se retourner face à la caméra et nous adresse un regard bleu (typique des Fremen) du genre langoureux, dans ce qu'on croirait être une pub pour parfum insérée là par erreur. Bref, des visions vraiment ridicules, sans doute ce qu'il y a objectivement de plus raté dans ce terne film. Même la maman de Denis Villeneuve fait la moue devant ça, « Didi, c'est du sérieux ? »


 
 
Aucun rêve de mon côté, je dormais d'un sommeil sans nuage, comme un bébé... A mon réveil, j'ai donc dû demander – parce que quand même, on sait jamais – et on m'a raconté la conclusion, qui n'en est pas une, car on ne tient là que la première partie introductive d'une saga (« It's just the beginning » nous annonce paraît-il Chalumet au bout de ces trois premières heures de film), bref, j'ai donc demandé, en articulant à peine, comment ça se terminait, n'étant de toute façon pas en état de recevoir la moindre information trop compliquée. Et on m'a raconté ça en deux phrases, sans la moindre passion, aucune émotion, rien qui dépasse, du propre, d'une voix monocorde que je ne saurai même plus à qui attribuer, très factuellement, très platement, et j'ignore encore si c'était par fidélité envers le style Villeneuve ou par simple pitié à mon égard. Dans tous les cas, j'ai apprécié. La fin de ce film-là est vraiment pas mal, j'ai rien à ajouter.


 
 
Je dois donc le reconnaître : je n'ai pas correctement fait mon travail de blogueur ciné. Pas en entier. Au bout d'un moment, je me suis calé la tête contre l'épaule de ma chère voisine, qui a gentiment accepté de la supporter (ce n'est pas si courant, elle pèse lourd, presqu'autant que celle d'un Harkonnen). J'étais bien rangé, au fond du canapé, avec le gros chat de mes amis qui était venu s'étaler de tout son long contre moi et me tenait chaud (cette énorme bestiole, plus impressionnante qu'un ver des sables, doit bien peser 12 kilos, et tant qu'on ne lui touche pas le ventre ou d'autres zones aléatoires de son gros corps tout doux, on n'a pas trop d'emmerde avec elle). J'étais bien, et j'ai progressivement laissé tomber mes paupières (j'avais pourtant fait une bonne sieste dans l'après-midi !). Jusque-là je regardais Dune sans souffrir ni rien, soyons honnête, certes bien aidé par le saladier de Kit Kat Ball's généreusement mis à ma portée, mais avec un désintérêt quasi total pour l’œuvre en tant que telle projetée face à moi. En soi ce n'est peut-être pas vraiment mauvais, je l'ignore ; je ne savais même pas quelle note mettre sur SensCritique, pour vous dire à quel point cela m'a laissé indifférent... Je savais que ça n'aurait pas la moyenne car je n'allais pas me forcer, comme pour ne pas faire de vague, à filer la moyenne à un truc insipide qui m'a si peu captivé, subissant l'influence d'autres notes excessives elles-mêmes dictées par les médias, l'effet de masse ou que sais-je, mais je trouvais qu'un 2 était tout de même sévère, un 4 généreux, donc bam 3, pour rétablir un semblant d'équilibre global et de vérité en ce bas monde (et, surtout, parce que je me tape complètement de Denis Villeneuve – dont le visage ressemble à la filmographie, sans tomber dans le  délit de sale gueule, mais c'est vrai quoi, regardez-le, attardez-vous sur sa figure plus de vingt secondes, comme personne ne le fait, pas même lui ni sa propre maman : il est si fade et quelconque, il a l'air niais, le pauvre...).


 
 
Comme je joue aujourd'hui la carte de l'honnêteté, je vais tout vous dire et même procéder à mon auto-critique. Je constate que j'ai un mal fou à accrocher à tout ce qui relève de cette branche importante, car symbolique et populaire, de la science-fiction qu'est le space opera (et ce même en littérature, après m'être essayé à des classiques, alors que je peux être très client d'une SF autre). Le space opera est un genre périlleux mais a priori très cinégénique, un genre que Denis Villeneuve, par son approche si sérieuse, figée et glacée, me semble bien loin de transcender. Cette SF-là au cinéma ne me semble pas faite pour les élèves trop appliqués, pour les premiers de la classe, à moins d'être un génie, de s'appeler Kubrick. Il faut y mettre du cœur, oser, y aller franco, quitte à se planter, avoir quelque chose à dire, et non se contenter de raconter platement une longue histoire, qui se veut pourtant épique et parfois complexe, en donnant l'impression que l'on est surtout soucieux qu'elle puisse être comprise de tous. Bref, tout ça pour vous dire que je n'étais pas le meilleur client pour ce Dune, dont le nom du réalisateur m'inspire depuis longtemps une indifférence polie, comme celui de son ami Nolan, et dont même l'affiche, montagne de tronches classique, est rebutante d'emblée. Un tel film me semble complètement hermétique et cela m'étonnera toujours qu'il puisse bénéficier d'un tel accueil, que tant de monde aille le voir, que la majorité des critiques applaudisse (« Monumental », vous dites ? Ornemental, au mieux...). C'est si difficilement accessible à mes yeux... Et malgré ça, toute la famille, belle-famille incluse, va le voir au cinéma, la fleur au fusil, ressortant très satisfaite du spectacle, de ce long spectacle inhumain, interminable et assommant.


 
 
La fin d'année approche, les fêtes avec elles, et on devra en reparler, c'est sûr. Je sais ce qui m'attend et j'ai une réputation à ne pas ternir (notamment auprès de la belle-famille, les autres c'est mort, ils savent), celle d'un gars fiable, calme et mesuré. Si je sors juste un « Franchement, rien à foutre de Dune » pour couper court et passer vite à autre chose, ça va pas le faire, ça va choquer et jeter un froid... Faut que j'adopte un discours diplomate, fait de petites phrases peinardes qui passent nickel, et que je la joue finaude, en prenant garde de ne froisser personne. Je travaille là-dessus depuis quelques jours déjà, je pense même avoir commencé à y réfléchir pendant le film. Je ne veux pas décevoir, ni passer pour snob ou que sais-je. Mais à l'oral, sous le coup du stress, ou pris par surprise, je peux être moins à l'aise... Et voilà, je sais comment ça va se finir, je vais bafouiller un truc qui ressemblera à rien et sans doute un peu à ça : « Ouais – je démarre par une note positive, toujours – les effets spéciaux sont pas mal, très cleans, sans bavure, y'a du taff de pro là derrière, ça se voit. Les vaisseaux sont énormes, pas évident à garer j'imagine ! – p'tit trait d'humour, j'enchaîne – Et j'ai remarqué un truc marrant : les persos sont soit à pied comme des cons, soit dans d'énormes vaisseaux hideux, y'a jamais d'entre-deux, la bagnole ou les deux-roues, ils connaissent pas en l'an 10191, c'est chelou... – flop assuré, bon, j'essaie de me rattraper en montrant que j'ai suivi le truc quand même – Quoique si, y'a les fameux hélicos 2 places qui ressemblent à des libellules, ouais ouais c'est pas mal ça, c'est LA création visuelle du film que j'ai kiffée. Ça vient du bouquin ? Ah, tu sais pas non plus ?... Il t'est tombé des mains toi aussi ? – hop, y'a de la complicité là, alors je peux glisser quelques piques, tranquille – Bon, par contre, pas ouf le plan répété sur les tongs de la zonarde dans le désert là... Ça faisait un peu tâche, j'ai trouvé. Et la BO, un poil relou, non ? Ils ont vu du sable et du soleil, alors ils ont mis des tam-tams et des chants africains, quand c'est pas les grosses basses habituelles... Brillant. Puis j'ai pas compris le ver des sables... C'est sa bouche ou son trou de balle ? – je suis clairement allé trop loin, j'essaye de remonter la pente, mais ça va être compliqué... – En revanche, j'aime bien Rebecca Ferguson, la daronne de Paulotréïde, mais c'est purement physique, ça va pas plus loin entre nous. Si j'étais lui, j'aurais un gros crush sur ma propre daronne, ça craindrait ! – je m'enfonce là, c'est clair – Ah, et les intérieurs m'ont fait kiffer aussi, bon, ils ont l'air de s'y emmerder comme des rats, mais y'a de sacrées pièces, de beaux volumes, rarement très éclairé, bizarre ça, puis une déco minimaliste, des meubles gigantesques : leur longue table de réunion notamment, elle est dingue, pas vrai ? Tu peux réunir quoi, 50-60 personnes tout autour ? Bien pratique d'avoir ça chez soi sur une planète où ils sont 12 à tout casser ! – j'en trouve des choses à dire sur ce film, mine de rien, mais c'est mal reçu, à l'évidence, ça passe pas, alors je rame, je rame – On pige mieux la taille des vaisseaux hein ? – je suis au fond du trou, et malgré ça, on me relance, par politesse peut-être... – Chalamet ? Ouais il est mimi... Bon, on verra dans 20 ans hein, dans 20-30 ans je dis pas, perso j'ai bien ma p'tite idée sur la tronche qu'il finira par se trimballer avec l'âge, mais on verra, qui sait, la nature peut surprendre... – ah non, je ne prononcerai pas le nom de Zemmour, pas à Noël, un Noël sans Zemmour, par pitié ! – Pour l'instant il est un peu malingre mais au moins ça nous change des gros costauds sans front, puis il va forcément s'épaissir dans les suites, non ? Il va grandir, prendre des épaules... Il a quoi, 14 ans ? – aïe... erreur fatale – Mais... – gros blanc – j'sais pas, j'ai eu du mal à m'intéresser vraiment au film, j'ai pas grand chose d'autre à répondre là-dessus... C'est vraiment tout ce que j'ai à dire sur ce sujet. »

Dune risque de tomber aux repas de Noël, préparez-vous aussi.
 
 
Dune de Denis Villeneuve avec Timotée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac et Zendaya (2021)

2 février 2020

Doctor Sleep

Vous vous souvenez de cette scène du Dîner de Cons et, plus précisément, de ce que Pierre Brochant pense du Petit cheval de manège ? "Très mauvais, quelle importance ?" Eh bien Doctor Sleep, c'est pareil. Vu l'intonation de Thierry Lhermitte et sa façon de répondre du tac-o-tac à Jacques Villeret, nous ne doutons pas une seconde de la valeur de son jugement : Le Petit cheval de manège est un très mauvais bouquin, un truc insignifiant. Le livre de Stephen King ne doit pas valoir beaucoup mieux. "Si le bouquin est mauvais, pourquoi acheter les droits ?!", demande Villeret après un temps de réflexion nécessaire. Ah, ça... c'est ici une toute autre histoire. Faire une suite à Shining, dans un contexte de panne d'inspiration globale du cinéma de genre américain, c'est drôlement osé et idiot, mais forcément tentant. Et les adaptations de King ne sont jamais passées de mode, elles ont même été relancées il y a peu par le succès retentissant du premier chapitre de Ça. N'allons pas chercher plus loin. En 1980, Stanley Kubrick s'était considérablement éloigné du livre d'origine, provoquant l'ire de l'écrivain, un désaveu de notoriété publique. Cette fois-ci, le but était de livrer une adaptation fidèle à la suite du roman parue en 2013, tout en s'inscrivant dans la continuité du classique de Kubrick. Le résultat, cette séquelle bâtarde et indigeste qu'est Doctor Sleep, prouve que la réconciliation était difficilement possible et que ce n'est jamais une bonne idée de chercher à vouloir contenter tout le monde. Mike Flanagan aurait dû trancher en rompant clairement avec Shining, ou choisir de ne pas adapter aussi littéralement cette histoire lamentable de King, car disons-le tout net : qu'est-ce que c'est con ! Sur le papier, je dis pas, mais à l'écran, c'est franchement navrant. Les fans de l'auteur sauront néanmoins apprécier l'effort, Stephen King himself montera au créneau pour défendre son poulain, beaucoup feront preuve d'indulgence envers un réalisateur courageux de s'être attelé à une telle tâche, mais la grande majorité méprisera ce film, s'en contrefichera ou l'oubliera très vite. Dans quelques années, il n'en restera rien, tout juste une anecdote entre cinéphiles qui se plairont à se rappeler, comme c'est le cas pour 2001 l'Odyssée de l'espace, qu'il existe bel et bien une suite à Shining.




Nous n'avons même pas le temps d'y croire un peu. C'est raté d'entrée. L'espoir est liquidé dès les premières minutes et cette introduction moisie qui nous présente le personnage campé par Rebecca Ferguson, la grande méchante de ce monde ultra manichéen. Elle est la meneuse d'un clan qui parcourt les États-Unis en caravane à la recherche d'enfants disposant du don afin de se repaître de la vapeur qu'ils relâchent à leur trépas, tels les vampires suçant le sang pour prolonger leur existence marginale. Danny, de son côté, a bien grandi et a désormais les traits avantageux d'un Ewan McGregor atone, les bras toujours légèrement écartés du corps. Nous le retrouvons au plus bas, alcoolo, comme son père. Il décide de se soigner et de repartir de zéro dans une petite bourgade du New Hampshire où il trouve un boulot d'aide-soignant. Dans le même temps, nous suivons également une adolescente qui découvre qu'elle est dotée du shining, ce qui lui permet de coller des cuillères au plafond mais aussi d'entrer en relation avec Danny. Durant près de deux heures, ces trois fils narratifs sont très laborieusement déroulés par Mike Flanagan, via un montage sans rythme et paresseux, avant un dernier acte minable où les trois protagonistes sont enfin réunis dans ce qu'il reste de l'Overlook Hotel. L'ennui pointe très vite tant tout paraît bête et manque terriblement de souffle. On a l'impression de tourner sans envie les pages du pavé de Stephen King, mises en image le plus platement possible par une personne trop soucieuse de bien faire et sans idée propre valable. Pour animer un peu tout ça, on se paie une bande-son lourdingue qui revient très souvent et imite les battements d'un cœur de plus en plus rapprochés. La tension est pourtant aux abonnés absents, il est donc très pénible d'entendre ces pulsations s'emballer sans raison, ce n'est pas contagieux pour un sou, et ce sont les soupirs que nous alignons.




Je ne suis pas un fan de Mike Flanagan. Et cela se confirme de film en film. Sa série, que je n'ai pas vue, doit être ce qu'il a fait de mieux, car le travail de cet homme-là n'est pas fait pour être projeté sur grand écran. Il devient très désagréable à l’œil dès qu'il s'affiche sur une surface dépassant les 32 centimètres de diagonale. C'est mon ressenti. Sa mise en scène est terriblement télévisuelle, limitée, pauvre. Et il nous ressert systématiquement cette photographie insipide, cette image numérique sans éclat, très vraisemblablement étalonnée en post-prod, avec ce filtre qui rend toutes les couleurs ternes, fades, dégueulasses. On se croirait vraiment devant un épisode de série beaucoup trop long auquel la piteuse équipe technique aux manettes s'imagine donner du cachet en usant des plus tristes artifices. Quand Flanagan prend plus de risque et essaie de représenter le shining via des effets spéciaux simples, presque naïfs, qui nous donnent à voir des corps dans les étoiles, voler au-dessus des nuages, ce n'est pas là qu'il se plante le plus : on est alors quelque part entre la gêne et l'indifférence, bien loin de la sidération visée. En fin de compte, seules les images directement calquées sur le film de Stanley Kubrick sortent du lot, ne rendant que plus criante la nullité absolue du reste. Là encore, la rupture non-assumée et seulement partielle avec Shining s'avère bien cruelle pour Mike Flanagan. A titre d'exemple, l'affrontement final dans les escaliers de la grande salle de l'hôtel, qui reproduit la fameuse scène originale en inversant les positions, est désespérante de nullité, de platitude. C'est ça, la conclusion de ce film d'horreur de près de 3 plombes ?! Dans le même ordre d'idée, il était suicidaire de faire apparaître Jack Torrance en sollicitant pour cela un avorton ridicule de Nicholson. Cela fait partie de ces nombreux pièges qui étaient tendus à Flanagan et dans lequel celui-ci a sauté à pieds joints. Doctor Sleep a tout de même fini dans les tops annuels de Quentin Tarantino et... Stephen King ! Mais si c'était gage de qualité, ça se saurait... Je reconnais un mérite à ce film : il donne envie de revoir Shining en vitesse pour mieux le chasser de sa mémoire. 


Doctor Sleep de Mike Flanagan avec Ewan McGregor, Rebecca Ferguson et Kyliegh Curran (2019)

29 septembre 2018

Life : Origine inconnue

Sorti en avril 2017 quelques semaines avant Alien : Covenant et souvent présenté comme supérieur à l'énième méfait du vieux Ridley Scott, Life : Origine Inconnue est un nouveau film de monstre venu de l'espace. L'histoire est simple : des astronautes de la station spatiale internationale réceptionnent une sonde revenant de Mars. Celle-ci contient un micro-organisme a priori inoffensif qui est la première preuve tangible d'une vie extra-terrestre. D'abord accueilli par des hourras, cet organisme douchera rapidement les espoirs de toute l'équipe quand il révélera sa vraie nature : une belle saloperie, grossissant à vue d’œil et bien décidée à fumer tous les membres de l'équipage les uns après les autres, en commençant bien entendu par le black. C'est du jamais vu dans l'histoire du cinéma d'horreur et de science-fiction !




Disons-le tout net : Life est un film bête comme ses pieds qui cherche simplement à nous captiver pendant 1h30. L'oeuvre de Daniel Espinosa a la seule qualité de ne pas chercher à être autre chose, mais c'est aussi sa grosse limite, évidemment. Nous n'en garderons pas le moindre souvenir, malgré une ou deux scènes plutôt efficaces. Je pense surtout à la première confrontation entre Ryan Reynolds et la bestiole, devenue une pieuvre blanchâtre vicelarde, fatale à l'acteur. Cette scène est réussie pour deux raisons : le suspense y fonctionne assez bien et c'est toujours un vrai plaisir de voir Ryan Reynolds mourir (ici plutôt atrocement puisque l'alien lui entre dans le corps par la bouche pour mieux le faire vomir du sang et crever lentement de l'intérieur). A part ça, rien à signaler. Même le titre moisi est révélateur du manque d'inspiration criant qui caractérise le projet. La créature, point important de ce genre de films, n'est pas complètement ratée mais elle n'est pas marquante du tout ni particulièrement flippante, à l'image de tout l'ensemble.




Les personnages, bien qu'incarnés par des acteurs connus (Jake Gyllenhaal, Ryan Reynolds, Rebecca Ferguson, Fabrice Santoro), sont des pions sans âmes ni charisme, des fantômes minables auxquels on ne s'intéresse à aucun moment. Lesdits acteurs ont l'air très peu concerné, simplement là pour encaisser un chèque de paie sans trop d'effort. Jake Gyllenhaal, d'une fadeur terrible, a d'ailleurs avoué en interview qu'il avait accepté le rôle pour passer quelques semaines "en apesanteur" en compagnie de son vieil ami Ryan Reynolds "sans se prendre la tronche" (sic). D'ordinaire habitué aux rôles exigeants l'amenant régulièrement à perdre du poids et à appliquer les méthodes strictes de l'actor's studio, la vedette explique qu'il voulait se "vider [sa] tête pleine de merde" (sic). Des aveux qui en disent long de la part d'un acteur qui ne connaît pas la langue de bois...




Life se déroule presque toujours à gravité zéro, ce qui permet à ses stars de flotter autour d'une caméra qui navigue entre eux, explorant les recoins de la station spatiale, parfois lors de plans-séquences qui se veulent impressionnants mais qui n'ont rien de vraiment remarquables. On sent bien que l'ambition réelle de Daniel Espinosa est de signer le pendant horrifique du Gravity d'Alfonso Cuaron mais nous n'en avions pas besoin. Le film est si pauvre que quelques spectateurs désemparés ont échafaudé toute une théorie faisant de l'oeuvre d'Espinosa (qui, contrairement à ce que son nom laisse à penser, est un cinéaste suédois et non coréen) une sorte d'histoire originel expliquant la symbiote de Spider-Man 3. C'est dire s'ils étaient désireux de donner du corps à un scénario honteux et à un film terriblement famélique... Life serait tout juste un honnête téléfilm de deuxième partie de soirée, un dimanche soir, sur TF1, et je comprends la rage immense des honnêtes gens qui ont payé de leurs propres sous pour assister à ce triste spectacle sur grand écran.


Life : Origine Inconnue de Daniel Espinosa avec Jake Gyllenhaal, Rebecca Ferguson et Ryan Reynolds (2017)

4 septembre 2018

Mission : Impossible - Fallout

Dans cette suite directe de Mission Impossible : Rogue Nation, l'équipe menée par Ethan Hunt court après des boules de plutonium qu'une société anarchiste menace de faire sauter sous le prétexte qu'une "grande souffrance amène une grande paix" et que "plus grande est la souffrance, plus grande est la paix" (c'est la phrase que l'on entend le plus souvent dans le film, je l'ai donc retenue, c'est elle qui justifie tous les méfaits des méchants, dont on a d'ailleurs tôt fait de deviner l'identité réelle). Ce nouvel épisode a l'avantage de ne se consacrer qu'à une seule intrigue, il ne cherche guère à imbriquer plusieurs mini-aventures les unes dans les autres, ce qui est déjà mieux que le précédent. A partir du moment où l'on a compris que Tom Cruise et sa bande sont à la recherche de ces boules maudites qu'ils ont connement laissé filer dès la première scène, on peut voir venir et passer une séance pas si désagréable que ça.




Avec les Mission Impossible, c'est toujours le même problème : on ne sait pas quelle échelle de valeur utiliser ni à quoi l'on peut se référer pour les juger. Car il est tout de même nécessaire de relativiser ce que l'on vient de voir, d'abord pour essayer de comprendre l'engouement autour de la saga pilotée par Tom Cruise sans avoir envie de se pendre. En effet, si l'on va voir ces films en cinéphile naïf qui espère passer un vrai bon moment de cinoche, on peut en ressortir avec une boule au ventre terrible. Non, les Mission Impossible gagnent énormément à être confrontés aux autres productions du moment et du même genre. Face aux blockbusters US actuels, ce nouvel opus est encore une fois un cran au-dessus du lot. Fallout vaut mieux que la plupart des gros films d'action hollywoodiens du moment, il y a peu de doute là-dessus. Si Tom Cruise a des milliards de défauts et surtout un melon incroyable qui se manifeste par le besoin irrépressible de faire de lui un surhomme infaillible, il lui reste encore suffisamment de neurones pour ne pas transformer sa franchise personnelle en une déchetterie à ciel ouvert comme Die Hard ou d'autres saloperies du même acabit, souvent saccagées par leur propre vedette devenue sénile (ex : Bruce Willis).




A côté d'une saga comme Fast & Furious, les Mission : Impossible passeraient presque pour des films d'intellectuels destinés aux spectateurs exigeants... Et si l'on pense à une saga encore plus similaire comme James Bond, Tom Cruise remporte le duel haut la main, puisque c'est là encore beaucoup moins con. Pas (trop) de machisme bas de plafond ici. Ethan Hunt, comme cela est d'ailleurs souligné dans cet épisode, n'a connu que deux femmes qui ont réellement compté dans sa vie : Julia (la fraîchement liftée Michelle Monaghan) et Isla (l'agréable Rebecca Ferguson). Bien qu'il soit au moins aussi irrésistible pour la gent féminine que son alter égo des services secrets britanniques, Ethan Hunt ne s'amuse pas à répandre son sperme aux quatre coins du globe ni à compléter son tableau de chasse impressionnant à chaque nouvel épisode. C'est déjà ça. Pas de "Mission Impossible Girl" comme on parle de "James Bond Girl", même si une starlette comme Léa Seydoux peut avoir tenu sensiblement le même rôle dans les deux franchises. Pas de fétichisme pour les belles bagnoles non plus. Tom Cruise est bien sûr un as du volant mais il se fout pas mal de ce qu'il conduit, il est capable de semer n'importe qui en pilotant et manœuvrant n'importe quoi, en laissant lui aussi des épaves derrière lui mais en préservant autant que possible les centres historiques des plus belles villes du globes (007 devrait en prendre de la graine).




Et si l'on ouvre encore davantage l'éventail comparatif, un Mission : Impossible sera toujours plus supportable, à mes yeux, qu'un film de super-héros comme il en sort à la chaîne depuis près de 20 ans, quand bien même le personnage campé par Tom Cruise n'a pas grand chose à envier à ces tocards indestructibles en spandex. Enfin, si l'on compare ce Fallout aux autres titres de la saga, il ne s'agit clairement pas du pire. Il se tient bien mieux que Rogue Nation, qui était très laborieux, mais s'avère moins amusant et léger qu'un Ghost Protocol, qui reste sans doute mon "préféré". Notez que je ne me suis pas amusé à les revoir tous pour établir un classement définitif, une fois suffit. Notez aussi l'emploi des guillemets pour rappeler l'amour tout relatif que je porte à cette série dont, au fond, je me contrefous royalement. Je fais simplement là mon travail de blogueur ciné. Je me suis rendu au multiplexe comme on va à l'usine, j'ai pointé, et je n'y serais jamais allé si des amateurs moins regardant ne m'y avaient pas amicalement convié.




Ce M:I-6 est l'occasion de constater que Tom Cruise a semble-t-il définitivement abandonné l'idée de confier la réalisation de chaque chapitre de sa saga fétiche à un cinéaste différent, un vrai, à la patte reconnaissable. Il préfère désormais faire ça avec son faiseur attitré, le docile Christopher McQuarrie, déjà impliqué dans sept films de la star, en tant que réalisateur, scénariste ou producteur. McQuarrie n'a aucun style particulier, il travaille plutôt proprement, il n'est pas moins doué qu'un autre pour filmer une course-poursuite dans les rues de Paris (qui ne marquera en rien l'histoire des courses-poursuites au cinéma), il est un peu plus inspiré quand il s'agit d'une scène de baston dans les teuchios du Grand Palais. Ce M:I-6 n'est qu'une succession de scènes d'action (courses à pied, en moto, en bagnole, en hélico ; chute libre ; combat au couteau, mano a mano, à l'aide des éléments du décor ; fusillade, impasse mexicaine, etc, tout y passe), le rythme est enlevé, mais il n'y a rien de mémorable. Tout est beaucoup trop exagéré pour que ça fonctionne. L'ultime poursuite en hélicoptère, où Tom Cruise s'empare de l'appareil sans souci avant de s'en servir façon kamikaze pour rattraper son ennemi, est par exemple bien trop longue et improbable.




Mais le fond est touché lorsqu'on délaisse l'action pour se consacrer un court instant à des personnages lamentables dont nous nous fichons éperdument des petits problèmes existentiels. Quand Ethan Hunt retrouve enfin son ancienne femme, nous avons ainsi droit à une scène d'un ridicule achevé où Michelle Monaghan regarde Tom Cruise comme s'il s'agissait d'une apparition divine, sourire béat, yeux de merlan frit, tout cela devant son nouveau mari, séduit lui aussi par la grande star, à deux doigts de lancer tout haut "Please, bang my wife !". Autre moment d'émotion, autre sommet de ridicule : quand le tout bouffi Vingh Rhames raconte, les larmes aux yeux, les déboires amoureux de son copain Tom Cruise à une Rebecca Ferguson très émue à son tour. Quoi de particulier en dehors de ça ? Un générique d'ouverture particulièrement hideux qui est une sorte de bande-annonce minable de tout ce que l'on s'apprête à voir, un thème musical qui n'inspire vraiment plus rien d'intéressant, et voilà, c'était le dernier épisode en date d'une franchise qui profite de la médiocrité ambiante du cinéma de divertissement américain pour se faire remarquer. Il ne faut vraiment pas attendre grand chose de la Vie pour en faire un superbe film d'action... 


Mission Impossible : Fallout de Christopher McQuarrie avec Tom Cruise, Simon Pegg, Henry Cavill et Rebecca Ferguson (2018)

3 septembre 2015

Mission : Impossible - Rogue Nation

Quand on sort d'un Mission Impossible, c'est comme quand on vient de voir un James Bond ou un autre film de ce genre issu d'une franchise hyper codée : on se pose systématiquement les mêmes questions. Toujours légèrement sonné par un spectacle bruyant et sans temps mort, on cherche ainsi simplement à évaluer notre niveau de satisfaction suite à la consommation consentie d'un produit très calibré. D'abord, et c'est le plus important pour un tel film, les scènes d'action valent-elles le coup ? Mouais... Aucune ne ressort véritablement du lot. L'ouverture du film, où Tom Cruise doit s'accrocher à un avion en plein décollage et dont le tournage a alimenté les réseaux sociaux, est plutôt amusante mais ça ne va guère plus loin. La volonté de démarrer si fort a fait oublier à la toute-puissante vedette et à son docile cinéaste qu'il valait mieux que l'on soit tenu par une certaine forme de suspense pour qu'un tel morceau de bravoure puisse être efficace. Cette introduction, des plus gratuites, se résume donc à l'effet produit sur internet, nous sommes priés d'opiner du chef face aux énièmes prouesses physiques d'un acteur toujours au top et adorant se mettre en avant.




Quoi d'autre ? La poursuite en moto est décevante, ses différents protagonistes se contentant de foncer tout droit et de bien négocier quelques virages après un rapide slalom entre trois voitures. La scène en apnée dans le bain de refroidissement d'une centrale nucléaire, en plus d'être assez moche visuellement car en grande partie réalisée en CGI, voit son intérêt être totalement annihilé par le fait que nous savons pertinemment que Tom Cruise est immortel et qu'il résistera bien à dix minutes sans oxygène. Au milieu de tout ce bazar, le passage à l'opéra de Vienne, avec ses cascades cartoonesques, semble le plus réussi, mais nous repensons tout de même avec nostalgie à la difficile escalade de la plus haute tour de Dubaï dans le précédent épisode.




Et est-ce qu'on se marre un peu au moins ? S'est-on déjà réellement marré devant un Mission Impossible ?! Si vous appréciez les facéties de Simon Pegg, vous sourirez peut-être une ou deux fois, mais l'humour est assez rare et toujours forcé. Tom Cruise ne fait quasiment jamais preuve de ce sens de l'autodérision qui faisait tout le sel de Jack Reacher du même Christopher McQuarrie, et c'est bien dommage. Ses fameuses mimiques charmeuses se comptent sur le doigt de la main. Bon ok... et l'intrigue dans tout ça, elle est accrocheuse ? C'est surtout là que le bât blesse, selon moi. Ethan Hunt est ici supposé démanteler un vaste réseau terroriste agissant à l'échelle mondiale, à la source de drames terribles que personne ne songerait à relier les uns avec les autres. Un tel postulat, s'il était correctement exploité, devrait inspirer une certaine paranoïa chez le spectateur. Que nenni ! Le scénario paraît assez confus et ne tire aucun avantage de cette idée certes peu originale mais pas mauvaise qui devrait nous faire douter de chaque agent, potentiel terroriste infiltré, puisque c'est chez les forces spéciales des différents pays que recrute le grand vilain. A propos du méchant, sa voix flippante rattrape un peu sa vieille tronche de fouine à binocles, mais nous sommes étonnés de le découvrir si tôt et nous l'aurons bien vite oublié. Sa capture finale fait l'effet d'un ballon de baudruche.




Abordons à présent une question cruciale : l'actrice vedette est-elle une véritable bombe ? On ne va pas se plaindre, Rebecca Ferguson a un charme classique très appréciable qui dénote un peu des canons actuels, mais je dois bien avouer que, dans l'épisode précédent, Paula Patton m'avait fait plus d'effet. Ces considérations sont bien primaires, certes, il serait cependant malhonnête de les ignorer. L'actrice star de Mission Impossible est désormais un choix aussi important que celui de la James Bond Girl. On devine que les castings s'effectuent directement sous la supervision de Tom Cruise et que celui-ci est tombé sous le charme du petit minois hautain et du fessier rebondi de la comédienne suédoise. Notons néanmoins que si ce joufflu est la star d'un fugace mais véritable money shot, le plantureux booty de Paula Patton allumait quant à lui une scène entière du quatrième opus... Bref, là encore, on reste sur un sentiment d'inachevé.




Ce Mission Impossible 5 apparaît au bout du compte comme une sorte d'épisode de transition, une étape peut-être utile dans la saga pour la reformation de l'équipe, comme l'atteste la capture du méchant, encerclé par les différents agents menés par Tom Cruise enfin réunis. Bien sûr, cela reste honnête comme film d'action relativement aux débilités qui sortent en fanfare sur nos écrans. Mais c'est une déception, et si vous n'aviez pas aimé le 4, nettement plus divertissant, passez donc votre chemin, vous apprécierez encore moins celui-ci !


Mission : Impossible - Rogue Nation de Christopher McQuarrie avec Tom Cruise, Rebecca Ferguson, Simon Pegg et Jeremy Renner (2015)