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4 août 2020

Jurassic World : Fallen Kingdom

Maté ! Faisons le point sur JFK aka Jurassic world Fallen Kingdom, le royaume déchu du monde jurassique. Ce cinquième volet des aventures de Jurassic part bille en tête avec trois thématiques a priori intéressantes : la génétique et ses dérives, les droits des animaux, et l'extinction des dinosaures. Le premier thème avait déjà été abordé par Monsieur Steven Spielberg en 1993 mais il y avait moyen d'aller plus loin encore puisque le scénario de ce dernier opus nous cause de croisements entre espèces et on y retrouve même une petite fille clonée ! Le deuxième thème avait également été abordé par Spielby dans l'épisode numéro 2 mais il y avait encore moyen d'aller plus loin puisque l'on s'intéresse ici à l'attachement affectif entre un humain et un dinosaure singulier. Le troisième thème n'avait quant à lui jamais vraiment été abordé. A partir de ce constat, je me lançais à corps perdu dans le film de Juan Antonio Bayona, un cinéaste qui avait déjà été très lourdement associé à tonton Spielberg à la sortie du pourtant très mauvais The Impossible.




A la sortie de la séance, je fais le bilan. Outre que le film est hyper mauvais et traite super mal tout ce qui est rythme, timing, suspense, mort des méchants et création de tension dramatique, il laisse hélas ces trois thématiques très intéressantes s'abîmer dans un océan de merde noire. La génétique n'est abordée qu'incidemment et, au final, on n'a aucun dilemme moral réel et aucune véritable remise en question des expérimentations. Les droits des animaux ne sont pas davantage traités : il y a simplement le dialogue "On ne peut pas les laisser mourir" qui revient deux fois, toujours suivi d'un haussement d'épaules et, à la fin, on les laisse tous s'échapper dans la nature. L'extinction des dinos, à la limite, donne lieu à une séquence catastrophe à la Roland Emmerich suivie par un plan façon Kapo où l'on voit un brachiosaure brûler sur un quai, la lave l'ayant rattrapé avant l'arrivée salvatrice du train ("sortez vos mouchoirs !"). A part ça, on a droit aux poncifs : il y a un enfant insupportable qui fait chier tout son monde, les méchants capitalistes finissent par se faire bouffer par leurs créations monstrueuses (à la différence des producteurs de cette énième saloperie), et les geeks sont encore une fois bien utiles aux aventuriers. A fuir.


Jurassic World : Fallen Kingdom de Juan Antonio Bayona avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard et Rafe Spall (2018)

15 octobre 2015

La Maison des Ombres

La Maison des Ombres (The Awakening en VO) est un film fantastique anglais réalisé par le jeune Nick Murphy, qui signe-là son premier long métrage. Porté par l'actrice Rebecca Hall, il nous raconte l'histoire d'une chasseuse de fantômes professionnelle appelée à enquêter sur la mort mystérieuse d'un petit garçon dans un pensionnat réputé hanté. L'action se déroule en 1921 dans une Angleterre où les fantômes les plus envahissants sont ceux des soldats tombés sur le champ de bataille. La medium est une jeune femme très marquée par les événements récents puisqu'elle y a perdu son époux. Assez austère et aigrie, elle est bien déterminée à prouver qu'il n'existe pas de phénomènes paranormaux et que la mort ne laisse rien derrière elle, si ce n'est un vide cruel et étouffant. Respectant le schéma très classique d'un film de maison hantée lambda, les convictions scientifiques et rationnelles de l'héroïne seront évidemment mises à rude épreuve par les expériences qu'elle sera amenée à vivre dans le pensionnat pour garçons qu'elle est chargée d'inspecter à l'aide d'un attirail dernier cri.




Doté d'une interprétation solide, d'une réalisation assez soignée et d'un scénario plutôt costaud mais tardant beaucoup trop à nous révéler ses secrets, La Maison des Ombres n'est pas vraiment désagréable à regarder. On tient là un titre horrifique clairement supérieur à la moyenne et qui s'inscrit du côté de ce cinéma fantastique d'un classicisme affirmé, récemment ravivé par des réalisateurs espagnols, et bien éloigné des plus pénibles modes actuelles (torture porn, temps réel, vue subjective, possessions diaboliques, remakes en série, et j'en passe). Hélas, il manque tout de même au film de Nick Murphy un cachet particulier et, surtout, une vraie originalité pour qu'on ait réellement affaire à un bon film de genre. On s'ennuie parfois un peu devant la banalité des évènements qui nous sont dépeints, jusqu'à un final plutôt bien mené, mais tout de même un peu tiré par les cheveux, où d'un seul coup tout s'éclaircit, par l'intermédiaire de flashbacks trop démonstratifs et ma foi assez faciles. Peut-être le réalisateur avait-il trop confiance en son scénario très alambiqué et en son twist programmé, tant et si bien qu'il prend bien trop son temps pour nous en dévoiler les petites ficelles et qu'il nous perd un peu en cours de route. Dommage... Plus dommage encore, le film n'a semble-t-il pas été jugé suffisamment bon pour bénéficier d'une sortie en salles dans notre beau pays. Si l'on s'amuse au petit jeu des comparaisons avec les productions du genre qui, quant à elles, jouissent de sorties en grande pompe, cette décision apparaît bien stupide.




Il faut tout de même relever qu'il y a dans ce film une assez belle idée qui nous offre une scène tout bonnement remarquable, ce qui est, si l'on pratique encore la politique du pire, déjà pas si mal dans ce sous-genre si balisé qu'est le film de maison hantée. Alors qu'elle est à la poursuite du fantôme dans les couloirs du pensionnat, Rebecca Hall se dirige vers l'imposante maquette miniature du bâtiment, seule attraction d'une pièce laissée à l'abandon. Elle découvre alors que les scènes les plus marquantes du film, c'est-à-dire celles des apparitions du mystérieux fantôme, sont reproduites en taille réduite dans chacune des pièces du pensionnat où elles ont eu lieu, avec des petites poupées représentant chaque personnage. L'héroïne découvre chacune de ces scènes dans leur ordre chronologique et remonte ainsi le temps jusqu'à orienter son regard vers le présent, qui se déroule donc dans la pièce où elle est actuellement et où elle découvre une petite version d'elle-même en train d'inspecter la maquette dans la maquette, tandis qu'un spectre se tient nonchalamment derrière elle... Avec cette scène ultra tendue qui survole nettement tout le reste du film, La Maison des Ombres nous rappelle à nouveau la récente vague fantastique espagnole. Des œuvres en général très inégales mais souvent capables de surprendre par le biais de quelques idées simples mais lumineuses qui laissent un souvenir durable dans la mémoire du spectateur amateur de cinéma d'horreur. Je pense par exemple à L'Orphelinat de Juan Antonio Bayona et à ce passage très réussi où la très gentille Belén Rueda organise une partie improvisée d'Un Deux Trois Soleil avec les fantômes des enfants hantant la demeure. Ces seules scènes me suffisent amplement à défendre de tels films et m'invitent même à espérer un avenir plus radieux pour leurs auteurs.


La Maison des Ombres (The Awakening) de Nick Murphy avec Rebecca Hall et Dominic West (2012)

2 février 2013

The Impossible

Attention, chaud devant ! Tous aux abris ! Grosse merde en vue ! La bande-annonce laissait présager d'un film larmoyant au possible et vraiment insupportable. Ne me demandez donc pas pourquoi je m'y suis risqué. Pure curiosité mal placée de blogueur ciné. En fin de compte, le film est moins affreux que je ne l'imaginais, mais il est tout de même très mauvais et ne présente surtout à mes yeux aucune sorte d'intérêt. Nous sommes fin décembre 2004 et la petite famille d'Ewan McGregor et Naomi Watts a donc la chic idée de s'envoler pour la Thaïlande pour passer des fêtes de Noël bien tranquilles, au soleil, sous les palmiers. Dans l'avion, la jolie Naomi s'inquiète : "Es-tu sûr d'avoir bien mis en marche l'alarme avant de partir, chéri ?" demande-t-elle à Ewan McGregor, rassurant, le brushing impeccable, la mèche bien relevée sur le côté, nickel. L'espagnol Juan Antonio Bayona nous montre d'emblée une maman qui s'inquiète d'un petit souci banal du quotidien, nous qui savons bien que ce quotidien sera bientôt totalement bouleversé par un raz-de-marée sans précédent. A leur arrivée dans leur superbe résidence de vacances, Naomi, intransigeante, refuse une canette de Coca à l'un de ses fils, pourtant pas bien gros, et lui conseille de se contenter d'un verre d'eau, c'est meilleur pour la santé. Là encore, nous aurons facilement compris l'allusion. Quand ils auront tous reçu une gigantesque vague d'eau sur la tronche, on se dit que la sévère Naomi regrettera d'avoir privé son fils de ce petit plaisir sucré. C'est fin, c'est bien senti, c'est signé Bayona, merci.




Tout le début du film est de cette eau-là. Cela suffit sans doute à titiller les cordes sensibles des spectateurs les plus faciles, impatients de sortir les kleenex, désireux de verser leur petite larme hebdomadaire. En ce qui me concerne, j'étais déjà passablement agacé, me demandant très tôt ce qui m'avait poussé devant un spectacle si pauvre, si convenu et prévisible. C'est qu'on la sent drôlement venir cette vague... Bayona ne fait pas dans la dentelle. Son film, d'une lourdeur sans nom, ne flotterait pas, il coulerait à pic. Il baigne dans la plus totale médiocrité. Et je vais arrêter là mes jeux de mots minables. L'idole de Bayona, sa principale influence ici, est sans conteste Steven Spielberg. Il tente, comme le papa d'ET a déjà pu le faire quelques fois, de nous proposer un drame familial poignant, larger than life, ponctué de quelques scènes spectaculaires et d'autres intimistes, mêlant les deux registres dans un alliage qu'il espère réaliser avec la même habileté que son modèle. Mais Bayona n'est pas tonton Spielby, et comment ! The Impossible ne ressemble même pas à un side project qu'aurait mené un Spielberg fatigué et en mode pilote automatique, car occupé à tourner deux autres films plus ambitieux en même temps.




Que dire de la scène tant attendue, celle dite de la grosse vague bleue ? On ne peut pas dire qu'elle soit ratée. On la mate les yeux grands ouverts, saisis, il est vrai, mais non sans trouver assez ridicules les poses  prises par chacun des personnages voyant arriver la flotte déchaînée, déjà visibles dans l'affreux trailer. Ceci dit, quel est réellement le talent du réalisateur espagnol là-dedans ? Tous les films catastrophe, même les plus mauvais (et ils le sont trop souvent !), ont ce pouvoir d'attraction sur le spectateur lors des scènes chocs. On aime tellement quand tout pète et explose dans tous les sens ! Même à la télé, aux infos, on attend que ça, un petit tremblement de terre ou, plus inoffensif et agréable à l’œil, une mignonne éruption volcanique. Notons que les effets spéciaux sont ici très bien faits, le mélange entre images réelles et ajouts de synthèse fonctionne parfaitement, on n'y voit que du feu. Pour le reste, le petit suspense mis en place par Bayona consiste à voir à quel point il va oser s'en prendre à son actrice vedette, par des plans aquatiques où nous voyons son corps fragile agressé par des branchages et autres détritus déchaînés par la vague.




Naomi Watts passe ensuite 80% du film en position allongée, recouverte d’hématomes et de blessures en tous genres, à demander dans quel état est sa jambe la plus amochée les rares fois où elle trouve la force de prononcer quelques mots. C'est donc aujourd'hui ce qui suffit à être en position de favorite pour l'Oscar de la Meilleure Actrice. Hollywood aime décidément les femmes, de préférence séduisantes, qui osent s'amocher méchamment pour les besoins d'un rôle taillé sur mesure. C'est pour cela qu'il n'aurait pas du tout été étonnant de retrouver à nouveau Marion Cotillard parmi les nominées, pour son rôle de cul-de-jatte dans l'atroce De Rouille et d'os. On se réjouit de son absence ! Naomi Watts aura toutefois fort à faire face à Emmanuelle Riva, également en lice pour la prestigieuse récompense en toc, et qui la dépasse largement en terme de souffrances subies par Amour pour le sage tyran Haneke.




Mais revenons à l'Impossible. Quand la famille, déchirée par la vague, se découpe en deux, nous sommes sans doute supposés attendre avec le cœur serré qu'ils se retrouvent enfin. Personnellement, je n'avais qu'une hâte : que la sympathique Watts retrouve ses guibolles et aille piquer une ou deux têtes en monokini ! Non en réalité, je n'étais pas si naïf, j'attendais tout simplement qu'on en finisse, que le papa ours retrouve enfin maman ours, et que leurs trois petites enflures de gosses puissent enfin s'embrasser à nouveau, en chialant en harmonie, avant d'aller jouer au ballon en attendant la rentrée. Ça a bien fini par arriver, mais je dois vous avouer que j'ai eu eu recours à un dispositif particulièrement pratique, de taille réduite, fonctionnant par infrarouge ou ondes radio, permettant d'assister aux pires catastrophes sans perdre son temps, le séant bien enfoncé dans son fauteuil. Faut dire que j'en avais ras-le-cul !




Le film nous annonce fièrement dès le générique d'ouverture qu'il se base sur ce qu'a réellement vécu une famille espagnole ayant miraculeusement survécu au tsunami du 26 décembre 2004 qui a ravagé l'Asie du Sud Est. Dans un souci de rendre l'histoire du film plus universelle et donc encore plus dénuée d'identité propre, la nationalité espagnole des protagonistes a été purement et simplement gommée. Nous savons que le fantomatique Ewan McGregor (qui garde sa chevelure parfaite avant, pendant et après le tsunami !) bosse au Japon, mais qu'il a le mal du pays, et la famille projette de déménager, on ne sait où, et à vrai dire, on s'en fout. C'est une famille sans charme, sans attache, sans identité, sans caractère, incarnée par des acteurs plus lisses que jamais nageant dans un film qui leur ressemble affreusement. On préférait Bayona orphelin.


The Impossible de Juan Antonio Bayona avec Naomi Watts, Ewan McGregor et des gosses sur lesquels je ne mise pas un kopeck (2012)