20 octobre 2013

Alien la résurrection

En ces temps où Prometheus ne fait déjà plus du tout jaser, il est bon de se rappeler l'état de déliquescence dans lequel se trouvait la saga Alien avant sa sortie, qui n'a fait que l'enterrer plus profond encore. Il a fallu 15 ans après le quatrième film (sorti en 97) pour parvenir à relancer la machine, et pas question de s'inscrire dans sa suite, il fallait revenir en arrière pour ne surtout pas marcher dans les pas de Jeunet. Si Ridley Scott et James Cameron se disputent vaguement la mainmise sur la franchise, et si Fincher lève le doigt une fois de temps en temps pour rappeler qu'il a mis la main à la pâte vite fait, Jeunet quant à lui, la french touch de la série, a été contractuellement invité à fermer sa gueule à tout jamais par la Fox, qui emploie encore aujourd'hui dix gorilles sur Paris pour cerner la rue Lepic afin de veiller au motus du cinéaste français daltonien, convaincu d'avoir filmé tous ses films en rouge et bleu alors qu'ils sont vert et jaune...



Quand on pense à Jeunet on est triste toute une journée. Pourtant ce film-là, lorsqu'il est sorti, en 97, on l'a tous vu en salles. Poulpard avait 47 ans à l'époque et il nous avait emmenés au ciné dans sa Nissan Micra qu'il surnommait "La Taupe" parce qu'elle était aveugle, comprendre sans phares ni essuie-glaces. Nous venions fraîchement d'atteindre l'âge légal pour voir ce film interdit aux moins de 12 ans. Nous étions donc extrêmement impressionnables, et Poulpard le premier. Bref on était tous excités comme des poux à l'idée de voir un épisode de la saga Alien au ciné, réalisé par un frenchy de surcroît. A l'époque nous n'étions que peu regardants sur un scénario signé Joss Whedon, l'auteur de Dawson Creek, pour un film qui devait initialement être réalisé par Danny Boyle, le plus mauvais cinéaste du monde, qui s'est plus tard vengé de ce rencard manqué avec la science-fiction en réalisant Sunshine, le film au script le plus inique ever. Déjà à l'époque, l'idée de ressusciter Ripley, ça nous paraissait un peu fort de café, mais tout comme les scénaristes de Prometheus nous étions prêts à tracer un trait sur 300 ans de Darwinisme pour en prendre plein la vue, prêts aussi à oublier que des scientifiques capables de voyager dans des vaisseaux spatiaux démentiels, de se mettre en hyper-sommeil et compagnie depuis des lustres, puissent en chier des ronds de chapeaux pour torcher un clone humain qui n'ait pas la tronche à la place des pieds et vice versa.



Malheureusement Jeunet avait réuni toute sa fine équipe : Dominique Pinon, Ron Perlman et Yolande Moreau, qui joue le bâtard alien à la fin du film ainsi que certains des clones foirés de Sigourney Weaver (ceux qui ont un nombril sur le front et les panards à la place des oreilles, opération casting payante qui a permis à l'équipe du film d'économiser des milliards de dollars en trucages et maquillage). Côté technique, on retrouvait Darius Khondji, directeur de la photo passionné par le vert bouteille qui avait déjà officié dans Delicatessen et La Cité des morbacs perdus, mais aussi Pitof, le spécialiste des effets spéciaux, acteur porno gay à ses heures perdues, "une couille et une queue" étant son slogan de travailleur du X. Bref, on retrouvait toute la patte Jeunet dans ce film, car c'était l'époque où Hollywood, quand il était de bonne humeur, laissait encore une petite marge de manœuvre aux réalisateurs en général et aux réalisateurs overseas en particulier. Ainsi tous les personnages sont-ils des débiles profonds, y compris quand ils sont généraux ou scientifiques de renom. Ils ont tous une pire tronche en biais et des tricks physiques indésirables : les épaules ultra velues de Dan Hedaya, la tronche enfarinée de l'enfant de la lune Brad Dourif (homonyme de Brad Pitt à quelques lettres près), etc. Et puis il y a les détails inutiles et agaçants, des chaussettes rayées de Winona Ryder au maillot à l'effigie du FC Sochaux Montbéliard de Ron Perlman en passant par les gadgets idiots, qu'il s'agisse pour le général Hedaya de souffler son haleine de chacal sur une porte pour l'ouvrir ou des pistolets du pirate black accrochés à ses poignets, sans compter les gags à tiroir et autres gestes cools, à l'image de Ripley qui joue au basket et tire un panier à trois points en tournant le dos au jeu et en faisant un doigt d'honneur au spectateur, et ainsi de suite... Et puis il y a ce plan vulgaire et inutile sur le cul en bombe de la femme du chef des pirates, Kim Flowers, un garçon manqué qui avait signé là son arrêt de mort sur pellicule, bref tout un tas de choses qui insultent le genre et tant de monde au-delà du genre.



Le clou du film c'est le "fils" alien, né du nouveau système reproductif de la reine alien devenue mammifère via son jumelage avec Ripley. Le rejeton de ce nouveau mode de gestation, verdâtre lui aussi, est une sorte d'alien humanoïde à gueule de fouine, avec un nez retroussé ridicule au dernier degré et des yeux chassieux insupportables. Spielberg s'était paraît-il inspiré de son chat pour décrire E.T. au marionnettiste Carlo Rambaldi, en charge de le façonner, et assez fier de lui Jeunet s'est inspiré de son propre sexe au repos pour enfanter cette créature ignoble, qui chiale pendant des heures devant sa maman Ripley et finit absorbé par une fuite dans la coque, qui lui fabrique une second trou du cul in extenso. A la fin, on voit le vaisseau de Ripley et de ses potes idiots s'approcher de la planète Terre, de Paname plus précisément, de la tour Eiffel (en faisant pause et zoom on peut voir Amélie Poulain en train de graver MMM sur le sommet), et on se dit qu'on peut voir dans cette scène sans doute imposée par la prod une allégorie du retour express de Jeunet en France, expédié en colissimo recommandé après le crash annoncé de son film en bois. On prie pour que personne ne fasse jamais un numéro 5 ou alors en niant sciemment et consciencieusement la participation de Jeunet à cette saga, qui n'aura été qu'une vaste mascarade. Il y a 15 ans que le film est sorti et personne n'a trouvé la pirouette permettant de poursuivre la franchise sans devenir fou. Il a fallu rebrousser chemin, et ça aura donné Prometheus (LOL).


Alien la résurrection de Jean-Pierre Jeunet avec Sigourney Weaver, Dominique Pinon, Winona Ryder, Ron Perlman, Gary Dourdan et Dan Hedaya (1997)

11 commentaires:

  1. Ca reste le meilleur Jeunet cela dit, pour la seule raison que c'est le moins pire.

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    1. Je respecte vos goûts mais vous avez de drôles de sales goûts !

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  2. Le Chat de Chester20 octobre 2013 à 17:48

    Moi, j'avais bien aimé... La réflexion sur le "monstre" m'a bien plu. Si j'en garde encore l'émotion sans l'avoir revu depuis sa sortie ciné, c'est que c'est plutôt positif en ce qui me concerne. Quand tu parles de "Sunshine", là, je suis d'accord pour ce qui est de la daube. Je hais ce film parce qu'il m'a fait perdre mon temps.

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  3. Joss Whedon auteur de Dawson Creek ?

    Sinon, oui, Alien 4 c'est bien de la merde (encore que j'aime bien la BO)

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    1. Ouais c'est Buffy contre les vampires, mais c'est pareil au final, c'est de la merde.

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  4. C'était le début de la fin pour Winona Ryder quand on y repense..

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  5. Juliette Boniche10 mai 2014 à 08:12

    Jeunet se livre en interview :
    http://cinephilia.fr/blog/interview-de-jean-pierre-jeunet-je-defends-le-cinema-francais-en-tournant-en-france/

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    1. La gueule du blogueur en fin d'interview...

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    2. J'ai lu ça en partie hier soir, ça m'a plombé la soirée...

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