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17 juillet 2018

Hostiles

Un rythme lent, une ambiance solennelle, de fort beaux paysages, un casting a priori sympathique et un message pacifique... il n'en fallait visiblement pas plus au western de Scott Cooper pour se faire remarquer à sa sortie. Au début, il y a effectivement de quoi y croire. Le cinéaste et acteur, qui en est à son quatrième long métrage, a voulu bien faire. Son film n'est vraiment pas désagréable à l’œil, le format panoramique est bien exploité, les lumières sont chatoyantes. Scott Cooper prend son temps pour installer ses personnages, notamment celui incarné par Christian Bale, un capitaine de l'armée américaine qui se voit contraint d'honorer une dernière mission : escorter un vieux chef de guerre cheyenne du Nouveau-Mexique au Montana, pour lui permettre de mourir sur ses terres tribales. Le cinéaste ne veut se fâcher avec personne. Il y a des gentils et des méchants des deux côtés, des méchants qui sont finalement plutôt gentils et des gentils qui sont en réalité assez méchants. Il y a des connards de tout bord et, en filigrane, un petit message qui se veut réconciliateur. Scott Cooper a vraisemblablement retenu la leçon de la fin dégueulasse de son très pénible premier film, Les Brasiers de la colère, où l'on voyait Christian Bale (déjà) assouvir enfin sa soif de vengeance en tirant une balle dans la nuque de Woody Harrelson, poussant ensuite un hideux soupir de soulagement. Cooper est un élève appliqué et sa dernière copie a obtenu une bonne note sur IMDb.





Chris Bale est un capitaine chevronné, torturé par ses démons. Il a commis des atrocités durant la guerre. Il a un tableau de chasse impressionnant. Le gars a bien croqué dans le génocide indien mais doit désormais protéger son pire ennemi, un vieux rival qui, en fin de compte, lui ressemble sur bien des points. Bale lute tellement contre lui-même qu'il passe tout le film à tirer une tronche de dix pieds de longs, c'est Batman sans la capuche, en encore moins loquace, le smiley inversé figé derrière sa grosse moustache, les pieds puissamment enfoncés dans le sol, comme condamné toute sa vie à transporter le lourd fardeau des horreurs commises. Quand on lui annonce qu'il n'a pas d'autre choix que de remplir cette ultime mission avant la quille, il s'en va hurler sa détresse dans un champ, au loin, car il faut quand même bien que ça sorte, de temps en temps. Puis il revient faire le taff, la tête haute, car il est d'abord un bon capitaine, un gars fiable qui a des principes. Chris Bale est abonné à ces rôles de bombe humaine, susceptible d'exploser à tout moment, et c'est ici ce que l'on redoute durant toute la promenade. L'acteur choisit de jouer cette partition comme s'il avait la taupe coincée au guichet... Une méthode d'acting bien connue, qui a déjà fait ses preuves et valu quelques Oscars. Il suffit d'éviter les fibres durant le tournage. On gagne en reconnaissance ce que l'on perd en espérance de vie. Mais Bale, habitué à faire du yoyo avec son poids et à suivre des régimes drastiques, n'est plus à ça près. Il l'aura un jour, son Oscar du Best Actor in a Leading Role !





Le bonhomme s'adoucit un brin quand il récupère Rosamund Pike, une blonde plutôt pas mal mais traumatisée par la perte de toute sa famille dans un raid comanche. Car si les cheyennes sont sympas et dociles, les comanches sont de sacrées raclures, des bêtes sauvages capable de scalper à tour de bras et de brûler vif pour récupérer quelques chevaux qu'ils auraient peut-être pu obtenir par la négociation. Bref. La nuance est tout de même là : chez les indiens, il y en a des bons et des mauvais, comme chez les blancs, et même les bons peuvent avoir commis de mauvaises actions. Tout pareil que Christian Bale ! C'est un "type bien", au fond, et c'est ce que Rosamund Pike lui déclare une dernière fois, les larmes aux yeux, sur le quai de la gare, lors d'une conclusion qui schlingue l'eau de rose mais que l'on accueille quand même à bras ouvert tant elle promet, enfin, un coin de ciel bleu à ces pauvres personnages qui ont traversé tant d'épreuves. C'est que ce long film doit aussi pouvoir plaire à tous. Aux amateurs de westerns âpres, aux spectateurs friands d'action (notons quelques fusillades pour nous réveiller de temps en temps) mais aussi à leurs accompagnatrices aux cœurs plus sensibles. C'est en essayant de plaire à tous qu'on finit avec une mixture de ce genre : digeste mais vite évacuée. Tiens, ça ferait du bien à Bale !





Notre petite troupe traverse les paysages, elle est joliment filmée, au coucher du soleil, devant les nuages et les couleurs du crépuscule. Ça donne de chouettes cartes postales. La petite bande doit affronter les trappeurs hostiles et les impitoyables comanches, mais nous ressentons peu le danger. Nous ne vibrons à aucun moment. On attend que ça décolle. En vain. On restera toujours à ras du sol, goûtant simplement la diversité des territoires parcourus. Les feux de camp se suivent et se ressemblent. Nous n'avons aucune idée du temps qui passe, de la longueur du trajet, de la rudesse des épreuves traversées. Le film est à l'image du personnage principal campé par Bale, paralysé par toute cette rage intériorisée. Les cadavres s'accumulent sur la route mais on s'en fiche pas mal. C'est seulement quand ils sont aux portes de la mort que Scott Cooper s'intéresse de plus près à ses personnages. Un peu trop tard pour que l'on s'y attache, malgré tous les efforts des acteurs. C'est à Rosamund Pike que l'on doit les rares moments où percent un peu d'émotion. Et encore, je suis gentil, on pourrait également accuser l'actrice d'en faire trop, de grimacer à outrance.





En fin de compte, Bale finira par piger que le vieil indien qu'il escorte n'est qu'un alter ego aux motivations légitimes, que le sergent haineux ramassé en cours de route n'est que la personnification de cette dark side qu'il tente de refouler, et que Rosamund Pike est son seul salut possible. Vous l'aurez compris, le trait se veut complexe, il est en réalité assez grossier, très lourdement énoncé. Scott Cooper s'améliore, c'est évident, il est sur la bonne voie. Peut-être que son 36ème film sera le bon, mais il faut alors lui souhaiter une longévité digne d'un Woody Allen. On espère de tout cœur qu'il arrivera jusque là. Hostiles est nettement supérieur aux Brasiers de la colère, mais ça n'est pas le grand western que l'on m'a promis et que j'espérais naïvement.


Hostiles de Scott Cooper avec Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi et Rory Cochrane (2018)

21 avril 2018

HHhH

On va d'abord se débarrasser de tout malentendu autour du titre. HHhH est le sigle de la phrase « Himmlers Hirn heißt Heydrich », littéralement « le cerveau de Himmler s'appelle Heydrich » en allemand. C'était déjà le titre du best seller couvert de prix écrit par Laurent Binet et paru en 2010 que Cédric Jimenez, auréolé du bon accueil étonnant réservé à son fade polar La French, a donc choisi d'adapter. Entre les mains du cinéaste marseillais, le film aurait simplement dû s'intituler HiÉ. La French était très surestimé et révélait déjà tout le manque de finesse du réalisateur. On aurait pu espérer que celui-ci réfléchisse davantage et se montre un peu moins lourdingue en traitant le cas Reinhard Heydrich, l'un des plus sombres enfoirés de l'Histoire, et son assassinat, en 1942, organisé par la résistance tchécoslovaque. Que nenni. Cédric Jimenez est définitivement un cinéaste bas du front.




Le film dure deux heures, il est très sommairement construit en deux parties d'une heure chacune. La première nous dresse le portrait de Reinhard Heydrich (Jason Clarke), de son ascension dans le parti nazi qu'il intègre via sa femme Lina (Rosamund Pike) jusqu'au guet-apens fatal, en passant par son rôle décisif dans l'organisation des Einsatzgruppen. La deuxième partie nous dépeint la mise au point par la résistance tchèque de l'opération Anthropoïd. Cédric Jimenez n'ayant strictement aucune rigueur, son film n'a aucune espèce de cohérence. Ainsi, nous retrouvons Reinhard Heydrich dans la deuxième partie, alors que nous pensions l'avoir définitivement quitté lors de cet arrêt sur image navrant qui marque la fin de la première. Incapable de créer du suspense, d'adopter et de choisir un vrai point de vue, sans suite dans les idées, sans idée tout court, Cédric Jimenez échoue dans tous les domaines.




A en juger par son casting international, Cédric Jimenez a semble-t-il eu les moyens pour réaliser cette adaptation. Pourtant, son film ne ressemble franchement pas à grand chose. On se croirait devant un téléfilm TF1 de deuxième partie de soirée, la photographie est hideuse. Côté acteur, on s'amuse de retrouver le fidèle Gilles Lellouche, qui a difficilement appris quelques mots d'anglais pour incarner Václav Morávek, c'est bien logique... Rarement supportable et condamné aux rôles d'enflures à cause de son visage en biais naturellement désagréable, Jason Clarke n'est ici pas trop aidé par la finesse légendaire de Jimenez. Heydrich était colérique ? On nous le montre donc en train de désosser rageusement tous les meubles de sa chambre lors d'une petite crise. Il était sportif et froid ? On le voit s'en prendre de façon particulièrement virulente à ses adversaires à l'escrime. Il savait jouer du violon ?... On ne fait pas dans la dentelle ici. Je sauverai tout de même l'actrice Rosamund Pike, qui incarne Mme Heydrich, elle est bien la seule à proposer une interprétation assez nuancée.




Plus grave encore est la façon dont Cédric Jimenez s'empare de l'Histoire. Son extrême lourdeur et son goût pour les effets minables font encore plus de dégâts. C'est terriblement moche de filmer la Shoah par balles de cette façon-là, avec ces ralentis foireux, ces rajouts hideux de gerbes de sang numériques... Le court passage nous dépeignant rapidos la Nuit des Longs Couteaux est un autre genre de ridicule, on croirait un spot pour le parti d'Hitler, avec ces fondus enchaînés sur des gros plans de mitrailleuses étincelantes nettoyant tout sur leur passage, le drapeau allemand prenant feu en arrière-plan. Bien sûr, on imagine que ça n'est pas l'intention du réalisateur, mais c'est vraiment de très mauvais goût en plus d'être assez douteux. On termine le film avec une nouvelle certitude, celle que Cédric Jimenez est simplement un incapable doublé d'un sacré maladroit.


HHhH de Cédric Jimenez avec Jason Clarke, Rosamund Pike et Gilles Lellouche (2017)

10 juin 2017

Clones

L'idée est simple et elle a le mérite d'être exposée en deux minutes chrono pendant le générique d'ouverture du film : tous les hommes et toutes les femmes sur terre ont désormais un double, une sorte d'avatar personnel robotique en tout point identique à son original de chair et de sang bien que plus beau et plus perfectionné, une sorte de substitute, comme Vikash Dorazoo. Le sportif français, souvenez-vous, qui a filmé en Super 8 ses propres potes plus balèzes que lui balle au pied, qui gagnaient le mondial à sa place pendant qu'il cirait le banc de touche avec les coiffeurs et son nouveau pote, Fred Poulaga. Il paraît que dans la vraie vie, quand ses collègues commentateurs sportifs sont sur M6 le dimanche à une heure du matin, le vrai Vikash fait des passements de jambes avec leurs compagnes et compagnons, et se paie le luxe de filmer ces scènes en 35 mm. Razodoo mate M6 chez eux en se substituant à ses collègues de boulot dans leur canapé et en substituant au programme foot l'ancien film érotique qu'il transforme en nouveau porno.




Les gens du film ont donc un substitut qu'ils trimballent par téléguidage neuronal grâce à un genre d'ordinateur cérébral personnel, tout en restant le cul vissé à la casbah, afin que leur double accomplisse toutes les tâches de la vie quotidienne qui les font chier. C'est une idée simple comme bonjour et qui nous faciliterait bien la vie si ça existait vraiment. On pourrait s'en servir pour aller pointer au pôle-emploi, cet endroit qui fout la gerbe, ou pour faire un saut chez Lidl et mettre la main sur un gros lot de rouleaux de papier-cul au dernier moment (et une ou deux bouteilles de Yop, toujours !). Pour les tâches plus agréables, comme faire des roulés-boulés sur le plumard, là adios le substitut et welcome la vie. C'est une bonne idée de scénario donc. On pense beaucoup à Minority Report devant ce film, sauf que c'est infiniment moins bien. En revanche c'est plus simple, parce que Minority Report est cool mais compliqué ! Je le pige un peu moins à chaque fois que je le revois. Autre différence notable entre le film de Spielberg et celui de Mostow : ce n'est pas le Giant Coocoo de la scientologie qui mène la danse ici mais l'inaliénable Bruce Willis (cet homme si beau). Pour ne rien gâcher, à un moment il s'habille en Prada, comme dans Pulp Fiction, quand il retourne chercher sa montre aux mécanismes encore incrustés de fientes paternelles chez lui pour trouver Travolta sur les cabinets, avec ce "blue jeans" plus "blue" que "jeans" tellement il est blue, d'un blue ciel qui rappelle que si le ciel avait cette couleur on serait aveugles, heureux mais aveugles, et ce jean blue clair surmonte une paire de reebok blanches pour un assortiment des plus tonitruants : il n'est que Bruce qui puisse porter ce cocktail explosif dignement, et qui le porte à merveille.




Clones (qu'il convient de prononcer "Clonès", en hommage à son intitulé d'origine mexicaine : "Surrogatès") bénéficie en outre d'un scénario dans lequel il ne se passe pas tant de choses que ça, contrairement au rapport minoritaire assez touffu de Philip K. Dick, et ce n'est pas un mal, Mostow étant toujours plus à l'aise quand le script est vide. Au rayon des influences, le film fait aussi penser à They Live de Carpenter, via les faux-semblants, la tentative de réellement voir ce qui se trame autour de soi, avec aussi ce groupe de rebelles à priori plus clairvoyants que la moyenne, qui vivent dans une sorte de bidonville et qui sont guidés par un oracle noir à dreadlocks fan de reggae. En effet, Clones évoque, par sa modestie, quelques films d'action des 90s, et, par son aspect, certains fleurons du cinéma des 70s, sans atteindre la cheville des meilleurs opus parmi les uns comme parmi les autres. On le préférera néanmoins, et sans difficulté, au très médiocre Looper, qui lorgnait récemment dans la même direction avec là encore le bulbe de Bruce Willis en crâne d'affiche.




Le film de Jonathan Mostow est pas mal du tout même si évidemment il n'est pas génialement filmé, interprété, monté, étalonné et diffusé. Son plus gros défaut, ce sont ces quelques plans un peu trop penchés sur le côté sans raison (tic qui s'était généralisé dans l'instant classic Batterfield Earth, et se veut bizarrement encore très actuel puisqu'il est utilisé jusqu'à la nausée dans Star Trek ou Thor). On est ici loin tout de même de la mise en scène 24 Heures Chrono, avec une caméra portée qui s'astique dans tous les sens et qui zoome insupportablement tous les 24 millièmes de seconde chrono. En somme il faudrait parler de sobriété pour éviter de dire que le film est filmé le plus simplement du monde, comme une merde. Non le vrai défaut du film c'est un certain manque d'humour. D'ailleurs Bruce Willis, quoique superbe comme à son habitude, est un peu éteint, et il y a fort à parier pour que ce soit dû au trait tiré au marqueur indélébile par Jonathan Mostow sur le légendaire esprit potache qui caractérisait jusqu'ici la plupart des (grands) rôles de l'acteur. Son personnage est même très lisse ! Pour prendre la défense du condamné d'office Mostow, ce n'est certes pas sans rapport avec le propos du film, car ce manque de personnalité ou de caractère est là pour appuyer l'idée que tant d'années passées à se cacher derrière un double parfait et inintéressant ont affadi les hommes dans leur for intérieur. Il aurait semblé peu logique que le double de Bruce Willis soit le seul être humain au monde à se montrer caractériel, marrant et original, à l'image de son personnage mémorable dans Le Dernier samaritain. C'est juste un mec qui a envie de revoir sa vraie femme (Rosamonde Pike), parce qu'il sait qu'elle souffre et qu'elle se drogue derrière ses aspects substitutifs d'américaine moyenne propre sur elle aux traits copiés collés sur ceux de Vikash Dorazoo.




De nombreuses études ont été menées pour savoir si les gens accepteraient de vivre dans un monde factice et virtuel (dans lequel ils seraient projetés grâce à des électrodes branchées à leur cerveau), un monde agréable où ils seraient riches et heureux, tout en sachant leur enveloppe charnelle "réelle" en parfaite sécurité, dans un monde concret où leur personne a contrario serait pauvre et déprimée. A cette question les gens répondent majoritairement qu'ils ne resteraient pas dans le monde "faux", par pur et simple refus du virtuel… Un choix édifiant qui démontre bien la portée de cette vaste question, passionnante en soi, que le film pose en passant, et je l'en remercie. Merci monsieur Mostow.




Pour poursuivre sur les qualités du film, on peut regretter tout de même quelques petites bizarreries dans le scénario. Comme l'idée qu'un seul gringalet, le créateur de tout ce bordel, puisse contrôler tous les substituts du monde, épaulé par un gros geek, obèse et affublé de cheveux gras, d'un front huileux, d'un vieux bouc, d'un nez retroussé et de grosses lunettes, comme tous les geeks représentés au cinéma. Autre point positif, le tout manque peut-être d'ampleur, notamment à la fin, dans la scène où tous les clones s'écroulent d'un seul coup, séquence qui aurait pu être grandiose, mais le film semble étonnement guidé par une volonté farouche d'humilité, se rangeant avec modestie dans la lignée des petits films de genre qui ne laisseront pratiquement aucun souvenir, mais qui n'écorchent pas la rétine, et ce en refusant notamment l'imparable gouverne de l'effet spécial tout-puissant. Si le film est bien d'aujourd'hui, comme en témoigne son absence un peu cruelle d'humour, il est par ailleurs, et comme nous l'avons déjà dit, marqué d'un style très années 70. Or, alors que le scénario le réclamait presque, les "robots" ne sont pas réalisés en images de synthèses, ils sont incarnés par les acteurs eux-mêmes, simplement maquillés pour sembler plus parfaits, plus lisses et plus laids, et ressembler à Vikash, ce qui renforce la parenté entre le clone et son original et favorise la crédibilité des substituts. Automatiquement on y croit bien davantage qu'à tous ces films hideux qui ne jurent que par la motion capture, ce qui est très finement vu de la part de Mostow. Il y a bien des effets spéciaux dans le film, mais ils sont justifiés puisque celui-ci a précisément pour sujet l'invasion du quotidien par "l'image fausse" : une fois de plus, excellente idée de sieur Mostow. Autant d'arguments qui donnent envie de célébrer cette œuvre simple, modeste, et réussie (bien que non-exempte de défauts énormes qui le rendent parfaitement secondaire et totalement oubliable), surtout quand on la compare au marécage puant qu'est le cinéma d'action américain actuel, que Jonathan Mostow incarne à lui tout seul avec panache et distinction.


Clones de Jonathan Mostow avec Bruce Willis, Radha Mitchell, Ving Rhames et Rosamund Pike (2009)

12 octobre 2014

Gone Girl

Même si j'essaierai de dévoiler le moins possible de l'intrigue particulièrement retorse du nouvel opus de David Fincher, je conseille d'emblée de passer leur chemin à ceux qui comptent le voir bientôt et désirent se réserver un maximum de surprises. Pour ma part, j'ignorais totalement où le cinéaste allait me mener et c'était très bien comme ça, cela m'a permis de passer un chouette moment. Je savais simplement que Ben Affleck allait se retrouver dans la tourmente suite à la mystérieuse disparition de sa femme, incarnée par Rosamund Pike. C'est tout. Et c'est bien tout ce que nous dépeint tranquillement la première partie du film durant laquelle Ben Affleck, mari infidèle que toutes les preuves accablent, se retrouve progressivement pris dans l'étau. Une première partie prenant son temps, un peu longue, mais nécessaire pour nous faire mordre à l'hameçon avant que la mécanique perverse ne se mette en marche...




Je diviserai en effet ce long métrage (2h25 au compteur) en deux grandes parties, légèrement déséquilibrées mais bien distinctes : le début, autrement dit la première partie, assez courte mais qui paraît longue, puis tout le reste, c'est-à-dire la deuxième partie, nettement plus longue mais qui paraît courte, dont je situe le début, le commencement, à partir du moment où la disparue refait surface. C'est là que le film prend une nouvelle tournure, une autre dimension, que sa construction s'alambique, se disjoint, tout en restant parfaitement limpide et cohérente. Il y a pourtant bien un moment charnière délicat où David Fincher joue avec le feu et où j'ai failli perdre pied. Ce passage durant lequel Rosamund Pike, en voix off, nous éclaire considérablement le script et change radicalement notre perception des événements passés. C'est bien l'un des seuls moments où notre as de la caméra tombe un peu dans la facilité, à coups de monologues et de flashbacks explicatifs, procédés assez maladroits mais bien pratiques pour se dépêtrer d'une scénario tordu au possible.




Gone Girl trouve ensuite son agréable rythme de croisière et réussit à surprendre très régulièrement, gardant toujours un léger temps d'avance sur nous. On se laisse ainsi manipuler et prendre au jeu avec un plaisir évident. Deux personnages évoluent alors en parallèle, l'un, en solitaire, lancé dans sa folie effrayante et entièrement calculée, l'autre, très entouré, guidé par sa volonté tenace et tout aussi réfléchie de se défendre coûte que coûte. Deux trajectoires qui parviennent à intéresser tout autant. On rigole même à l'occasion, surtout dans la dernière partie (car oui, on pourrait aussi scinder tout ça en trois, avec un ultime chapitre correspondant au retour au bercail de la disparue...), où le grotesque de la situation paraît totalement assumé. On nage alors en plein délire, comme lors de cette scène d'interrogatoire improvisé à l'hôpital, dominée par l'actrice fraîchement réapparue, intouchable, sur son nuage. 




David Fincher s'amuse et nous avec lui. Il délaisse les effets de style outranciers et souvent agaçants de ses précédents films pour une mise en scène élégante et fluide, ne se lâchant que le temps d'une scène de meurtre particulièrement gore et graphique, bien de son cru, qui intervient dans ce qui pourrait être considéré comme une sous-partie au sein de la deuxième partie (dans le cadre de ma théorie des deux grandes parties uniques). Le générique d'ouverture, d'une sobriété et d'une simplicité rares pour un Fincher, annonce bien le style. La bande originale signée par l'habituel duo Trent Reznor et Atticus Ross ne gâche rien à la fête, elle contribue grandement à donner au film son atmosphère détachée de la réalité, aérienne, survolant des bulles déconnectées de notre monde, habitées par des égos improbables. Le savoir-faire de David Fincher permet de nous faire avaler un scénario compliqué, écrit par un malade complet sans doute très malheureux en ménage. Gone Girl trouve également son salut dans une ironie et un cynisme sous-jacents qui permettent d'accepter le comportement et le caractère tout à fait invraisemblables de personnages empêtrés dans leurs nombreuses contradictions, leur narcissisme sans limite et leur désir souverain de sauver les apparences, car il n'y a bien que ça qui compte désormais, les apparences. 




Et quand je parle de personnages invraisemblables, je fais bien sûr surtout allusion à celui campé par la blonde Rosamund Pike qui entre directement au Panthéon des plus grandes timbrées jamais filmées. L'actrice, qui n'avait jusqu'alors pas prouvé grand chose et s'était le plus souvent contentée de promener sa beauté lisse et glacée devant la caméra, est vraiment remarquable dans ce rôle impossible qu'elle participe à teinter d'un humour mordant par ses expressions chafouines et son charme ambivalent. Un personnage qui risque de longtemps lui coller à la peau... Car s'il y a bien une image qui reste en mémoire, c'est celle de son regard indéchiffrable, à la fois doux, menaçant, fragile et supérieur. Troublant. Quant à l'inénarrable Ben Affleck, dont on pouvait légitimement se demander s'il était à même de porter un tel projet, l'inertie terrible qu'il dégage dans la première partie agace d'abord, avant de totalement faire sens avec son personnage de léger tocard, d'homme piégé, dépassé par les événements et, finalement, infantilisé, prisonnier, coincé. Flasque, nonchalant, indécis, atone, comme à son habitude, l'acteur, qui dit s'être inspiré du cas Michael Peterson, assure malgré tout, son jeu ne donne pas l'impression d'être très travaillé tant son aura naturel est parfaitement exploité. Ben Affleck apparaît idéalement choisi et trouve peut-être son plus grand rôle. Big up !




Sans rentrer dans une analyse approfondie du regard que porte notre ami Fincher sur l'amour, le mariage, les médias, ou que sais-je, sans resituer précisément le film dans sa filmographie pour mieux en souligner les nombreux liens et récurrences thématiques (je tiens tout de même à reconnaître que j'ai été sensible à la présence, en guise de clin d’œil réconciliateur, du fameux chat roux d'Alien, que le réalisateur avait injustement évincé de sa suite par pure insolence juvénile, provoquant la colère des fans), je dirai simplement que Gone Girl est un thriller haut de gamme, jubilatoire, maîtrisé et bien fichu, comme on en voit, hélas, trop rarement. Il s'agit sans doute du meilleur film de son auteur. A vrai dire, l'un des seuls qui m'ait pas foutu à cran !


Gone Girl de David Fincher avec Ben Affleck, Rosamund Pike, Kim Dickens, Carrie Coon, Neil Patrick Harris, Tyler Perry et Patrick Fugit (2014)

10 décembre 2013

Jack Reacher

Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas ressenti ce plaisir-là devant un film d'action américain de ce genre. Ce plaisir bien connu, qui m'était devenu familier grâce à quelques films des années 80 et 90, mais que j'éprouve bien trop rarement depuis, facile, une décennie. Ce plaisir, pourtant tout simple, que l'on peut typiquement éprouver devant un divertissement hollywoodien sympa, car ne se prenant pas véritablement au sérieux, qui assume son second degré, qui est véritablement teinté d'humour et dont on ne rit donc pas à ses dépens. Et je ne parlerai pas de "plaisir coupable", comme il est apparemment de coutume de le faire quand on défend ce film, tant les personnes derrière tout ça semblent avoir pleinement conscience de l'aimable spectacle qu'elles nous proposent humblement. A commencer par Tom Cruise, le grand instigateur du projet, qui a refilé le scénario, adapté d'une série de best sellers du roman policier, à son diligent ami Christopher McQuarrie.




La star incarne de nouveau un rôle de surhomme insaisissable et précognitif, aux répliques foudroyantes et aux poings fulgurants, ou l'inverse, un héros invincible et assuré de sa supériorité, irrésistible aux hommes comme aux femmes. Mais cette fois-ci, Tom Cruise le joue avec un sens de l'autodérision jubilatoire ! Il faut le voir proposer calmement à ses assaillants de décamper fissa avant qu'il ne leur brise tous les os, il faut l'entendre promettre à un vendeur de supérette récalcitrant de lui faire visiter l'intérieur d'une ambulance s'il n'accepte pas sa requête, il faut l'admirer tordre avec peu d'effort les doigts d'un ennemi insouciant et lui demander poliment s'il peut emprunter sa voiture en lui faisant pendre les clés au nez (et celui-ci de répondre "oui oui, prends-la autant de temps que tu veuuuuuuuuuuuuux, considèèèèèèèèèère qu'elle est à toiiiiiiiiiiii, les papiers sont dans la boîte à gaaaaaaaaaaaaaants")... C'est un véritable festival !




Son personnage, un ancien officier de police militaire à la réputation légendaire, un véritable mythe au passé trouble, dont on ne sait pratiquement plus rien car disparu dans la nature suite à son retour au pays après quelques faits glorieux commis lors des différentes guerres qu'il a marquées de son empreinte, Jack Reacher, donc, est ici appelé à enquêter sur un quintuple assassinat perpétré par un sniper. Un coupable que toutes les preuves accablent a rapidement été arrêté par les flics. Il semble évident que le tireur a choisi ses victimes au hasard, emporté dans son délire criminel et sa folie furieuse. Mais les preuves sont trop énormes et ces cinq meurtres cachent quelque chose. Il y a anguille sous roche, et ça, Jack Reacher en est immédiatement persuadé ! Il va donc aider une élégante avocate campée par Rosamund Pike, une blonde aux seins tous azimuts, à rétablir la justice. Sa justice.




Une scène particulièrement risible veut nous faire réaliser l'effet encore dévastateur de Tom Cruise sur la gent féminine. L'acteur est dans sa chambre d'hôtel, torse nu, les poumons remplis d'air, le dos bien droit, le ventre rentré. L'avocate est face à lui, considérablement troublée à la vue de ses saillants pectoraux et de son buste constellé de cicatrices impressionnantes. Ayant par conséquent du mal à discuter avec lui normalement, à trouver les mots justes dans toute cette émotion, elle le supplie d'enfiler sa chemise. Reacher refuse, prétextant qu'il n'en a aucune de propre. Puis avance vers elle, la domine totalement, et l'avocate, incrédule, bouche bée, n'en croyant pas ses yeux, s'offre totalement à lui, comme une évidence, avant de découvrir qu'il voulait simplement lui transmettre un objet quelconque. La scène se termine par Rosamund Pike sortant de la chambre toute émue, chancelante, puis s'arrêtant un instant sur le perron pour retrouver ses esprits, en s'éventant pratiquement le visage avec les mains. On se croirait presque devant les aventures de Ron Burgundy ! Tom Cruise s'amuse, et nous avec lui.




Tom Cruise n'est pas le seul à se faire plaisir. Dans le rôle de Zec, le génie du mal, nous avons l'agréable surprise de retrouver le grand Werner Herzog, à la tronche plus patibulaire que jamais. Ce dernier prend vraisemblablement un pied incroyable à débiter avec une application malsaine et son délicieux accent teuton des dialogues incroyables de cruauté. Un autre moment fort correspond à cette scène terrible où le cinéaste allemand explique à sa victime, en sortant une main salement amochée de sa poche, qu'il a survécu au Goulag en bouffant ses propres doigts. Le pauvre type en face est ensuite sommé d'en faire autant pour prouver qu'il tient réellement à la vie. En vain. Nous avons également le plaisir de retrouver Monsieur Robert Duvall, dans le rôle d'un vendeur d'armes dévoué. Il participera pleinement à la fusillade finale, en faisant preuve d'une précision très aléatoire... Et puis il y a Richard Jenkins, dans le rôle du district attorney. Toujours un plaisir de croiser Dick Jenkins dans un film. C'est un ami.




On se fiche un peu des détails de l'histoire et de la sombre affaire que s'échinent à résoudre Reacher et l'avocate. Tout ce qui compte, ce sont les coups d'éclats de l'acteur vedette, qu'on avait rarement vu aussi décontracté. On compte au moins trois grandes scènes, où il nous laisse goûter un talent comique que l'on aimerait mieux connaître : celle dite du bar, où Cruise finit par affronter cinq types dans la rue après leur avoir balancé une série de répliques cinglantes en sirotant stoïquement sa bière ; celle de la supérette, évoquée précédemment, où tout se joue dans les regards et l'attitude de l'acteur, sa façon de poser tranquillement des menaces mortelles et démesurées ; et celle où deux malabars ont la sale idée de s'en prendre à lui à l'aide de battes de baseball (Cruise finit par littéralement prendre l'un pour taper sur l'autre !). L'ultime scène nous montre Jack Reacher dans un bus le menant on ne sait où, prêt à s'évaporer de nouveau dans la nature après avoir rétabli son expéditive justice. A l'arrière du véhicule, on entend un homme maltraiter sa femme. Agacé, Tom Cruise se lève soudainement. Écran noir. Générique. Nous le quittons, alors qu'il est sur le point d'à nouveau exploser à sa façon ! Ce final m'a laissé tout frustré. Je réclame une suite des aventures de Jack Reacher !


Jack Reacher de Christopher McQuarrie avec Tom Cruise, Rosamund Pike, Richard Jenkins et Werner Herzog (2012)

10 novembre 2012

La Colère des Titans

Nous recevons Joe G., l'un de nos rédacteurs de poche, pour épingler de sa verve socratique le gros navet du jour. Les afficheurs, qui ont opté pour la tagline "Redoutez la colère", auraient dû redouter celle de notre invité, et le réalisateur du film, Jonathan Liebesman, littéralement "Jonathan Amour-d'homme", ne s'attendait sans doute pas à recevoir ce type de gifle pour son film :

Pourquoi s’embarrasser de coller à la légende, aux légendes, aux mythes, puisque pour le bien de « la suite », on ne s’embarrasse déjà plus beaucoup de l’histoire, du sens, de la vérité ? Ainsi renvoie-t-on Persée (Sam « aint worth-a-damn » Worthington) en quête de tout et de rien, de ce qui vient, de ce qu’il subsiste de mythe dit « grec » dans l’inconscient collectif et que l’on a tout loisir de déloger, de réinsérer et de peroxyder comme bon semblera à quelque scénariste bien peu soucieux de papy Hérodote ou du fantôme d’Appolonios. Est née La Colère des Titans


Depuis Avatar Sam Worthington a retrouvé l'usage de ses deux gambas mais toujours pas celui de son cervelet, lui qui n'a jamais eu la saine curiosité, pourtant commune à pas mal d'acteurs, de taper "méthode Stanislavski" sur google...

La Colère des Titans c'est autre chose que leur Choc, c’est plus méchant, plus définitif, plus tout ce qu’on voudra : c’est une suite. Pourquoi sont-ils colère, ces Titans ? Les humains ne croient plus du tout. Pas en les Titans. En les Dieux. Du coup, ces Dieux (dits « de l’Olympe ») perdent leur pouvoir et Cronos (père de Zeus, Poseidon et Hadès, Titan en chef) risque de s'échapper du Tartare, une gigantesque prison-roche souterraine, où ses rejetons l'ont enfermé il y a des lustres. Cronos (le seul Titan du film, d’ailleurs, Hollywood devait avoir une promotion sur les « s ») a donc une bonne raison d’être irascible.


C'est Renée Zellwegger qui a fait le con en refusant le rôle du Minotaure.

Alors (car le lien de cause à conséquence est aussi simple que ça) Persée, cette fois coiffé de bouclettes et plus souriant qu’à ses débuts, retrouve Andromède (qu'il finira par niquer, et qui est jouée par Rosamund Pike) et son cousin Agénor, le fils de Poséidon, personnage faire-valoir démolissant par sa seule non-présence tout ce que le premier film avait pu essayer de bâtir d’esprit de camaraderie (c’était l’une des rares envies à en sauver). Afin de sauver la Terre menacée par le réveil de Cronos, tout ce beau monde part donc affronter en vrac cyclopes, Minotaure (la scène la plus affligeante du film) et demi-bro Arès, le Dieu de la Guerre (joué par Edgar Ramirez, le Carlos d'Assayas). Hadès (Ralph Fiennes) finira par regretter d'avoir trahi Zeus (Liam Neeson) et à la fin du film, Hadès et Zeus enverront moult boules de feu et moult éclairs sur leur paternel mécontent (de la taille d'un mont).


Cronos, furax, à peine sorti de son trou volcaneux, fait l’aumône. De là à y voir une métaphore de la canaille socialiste révolutionnaire qui vit aux crochets des puissants, il n’y a qu’un pas (de titan).

Ce film rate le peu qu’il avait entrepris (ne reparlons pas d’imagination, ne mentionnons plus le respect des mythes, n’abordons même pas la question de l’esthétique) ; il est très laid et très bête mais il y a quelque chose dans le fond qui m'a frappé. Contrairement au premier film, celui de 1981, qui montrait les Dieux comme des tout-puissants snobinards et lourdement arrogants, la nouvelle franchise nous dépeint la fin de l'âge des Dieux. Une suite est d’ores et déjà prévue mais Zeus, Arès, Poseidon, Cronos : tous ceux-là sont morts, et Hadès n'a plus aucun pouvoir. Il est bien évidemment quelque peu débile d’avoir amené à un terme l’essence-même du titre et du contexte de la franchise dès la fin du second volet. Que faire jouer à Persée après ça ? Une guerre médique ? On n’est pas à une incohérence historique près puisque d’un point de vue historico-mythologique les grecs n'ont pas tué leurs Dieux si tôt. Il aura au moins fallu attendre les évangiles de Platon pour que la chute des Olympiens soit positivement entamée, mais il faudra surtout que le Christianisme renchérisse sur la Philosophie pour que les Dieux de l'Olympe disparaissent vraiment (ils étaient encore vénérés sous la domination de Rome, bien qu’ils portassent d'autres noms). Alors quoi ? On aurait tué les Dieux et leur géniteur par simple bêtise ? Les scénaristes de cette chose auraient cassé leur jouet sans connaitre l’histoire, sans connaitre les mécanismes de la franchise cinématollywoodienne (tuer des héros, oui, détruire l’entier contexte, non) ? Je n’y crois pas.


En 1981, non seulement ils faisaient de plus beaux effets spéciaux, mais ils faisaient aussi de plus belles Andromèdes.

Je refuse de croire à la seule bêtise. Ça me semble révélateur d'autre chose. Voir dépeinte ainsi la mort de Dieux m'a rendu le film beaucoup plus intéressant parce que je me suis trouvé choqué de voir des hommes détruire une statue gigantesque de Zeus (dans « Le Choc ») ou de voir Zeus et Poseidon disparaître à tout jamais (dans « La Colère »). Je serais curieux de discuter théologie, Nietzsche et espoir avec les scénaristes (que par optimisme j’éviterai donc de nommer couillons) de ces deux films qui restent malgré tout de sacrées merdes.


La Colère des titans de Jonathan Liebesman avec Sam Worthington, Liam Neeson, Ralph Fiennes, Edgar Ramirez et Rosamund Pike (2012)

13 août 2011

Le Monde de Barney

Je peux vous le spoiler ? Bon, alors je vous préviens : ce film est la mise en image des souvenirs d’un type (Paul Giamatti) atteint de la maladie d’Alzheimer, un homme qui ignore être au crépuscule d’une vie bien remplie durant laquelle il a connu trois mariages et qui se souvient donc de ces différentes aventures. Le titre original, Barney’s Version, est un peu plus éclairant que sa version française, "Le Monde de Barney", puisque tout ce que l’on voit dans le film, c’est en effet la fidèle retranscription de la mémoire défaillante du personnage principal. C’est la version des faits de Barney ! C’est ce que j’ai dit tout haut à la fin du film, en ayant bien l’air con en plein cinoche, entouré de vieillards pas commodes, vraisemblablement près à de nouveau voter pour Sarkozy l’an prochain et qui s’étaient entassés dans une salle climatisée pour survivre à la canicule. Croyez-moi !




C’est donc seulement à la fin du film, quand on voit la maladie du héros se déclarer et s’aggraver progressivement, que l’on comprend enfin que l’on vient de voir une série de gros flash-back pas forcément vrais, mais pour la plupart déformés par le cerveau HS de Barney. C’est une idée intéressante, en soi, et le metteur en scène derrière tout ça a le mérite de ne pas chercher à nous duper, puisque le film nous est immédiatement présenté comme l’introspection de Barney, ce cinquantenaire un brin dépressif, devenu producteur de films pornographiques, qui fait le point sur sa vie. Une idée tout de même assez plombante car, ayant vu la bande-annonce, je dois avouer que je m’attendais à toute autre chose et j’espérais plutôt un feel-good movie autrement plus léger, taillé sur mesures pour mon idole Paul Giamatti. Je suis la carrière de cet acteur de très près depuis sa prestation à couper le souffle dans Sideways, mon film de chevet. Dans le chef d’œuvre viticole d’Alexander Payne, Paul Giamatti est tout bonnement excellent, il étale tout son répertoire fait de menton tremblotant, de regards de chien battu, de voix grave vacillante et d’allure bedonnante ô combien sympathique. Tout Giamatti en un seul film, un festival, un véritable Giamattionnaire comme j'aime l'appeler. L’acteur ressort tous ces classiques dans Barney’s Version, mais avec hélas moins de bonheur. De plus, cette réincarnation vivante d'Homer Simpson apparaît assez peu crédible dans ce rôle d’homme à femmes qui s’envoie consécutivement Rachelle Lefevre, Minnie Driver et Rosamund Pike, des actrices jamais complètement moches (mention spéciale pour la dernière, dont j’ignorais l’existence et qui a un petit charme bien à elle), même s’il faut évidemment garder à l’esprit que seuls ses propres souvenirs sont à l’écran et que le personnage enjolive peut-être son histoire. J’ai beau adorer Giamatti, être le président et seul membre de son fan-club français, je suis le premier à reconnaitre qu’il n’a pas le physique d’un playboy, je le considère plutôt comme le sosie de mon grand frère Glue 3, celui qui me laisse des menaces de mort sur mon portable tous les jours, à 8h01 précise. Flippant...




Paul Giamatti apparaît également quelque peu éclipsé par le grand Dustin Hoffman. Ce dernier, à n’en pas douter, s’amuse comme un fou dans ce rôle d’obsédé sexuel excentrique qui lui va comme un gant et qui nous rappelle un peu celui qu’il tenait dans la première suite pourrie de Mon Beau-père et moi. L'acteur est véritablement en roues libres et c’est à lui que l’ont doit les rares scènes drôles du film. Un autre moment drôle survient lorsque Paul Giamatti, au zénith de sa vie avec celle qui est son seul véritable amour (incarné par l'élégante Rosamund Pike), découvre celle-ci en petite tenue allongée sur le lit. Giamatti saute alors littéralement sur sa proie dans un bond prodigieux. L’image s’arrête sur ce plan ci-dessous, et la star apparaît dans toute sa splendeur. Une scène qui, comme vous l'aurez remarqué, décore cet article.




Ce film est aussi le théâtre de cameos de choix, puisque David Cronenberg et Atom Egoyan, le gratin des cinéastes canadiens, font des petites apparitions en tant que réalisateurs de porno, aux ordres de Giamatti. Des clins d’œil sympathiques et amusants pour le cinéphile averti qui saura les reconnaître, mais qui n’apportent strictement rien au film et ne sont même pas l’occasion de scènes véritablement comiques. Personnellement, j'avoue avoir dû compter sur l'aigle des montagnes Poulpard pour m'indiquer tous ces cameos. Après quelques clics sur la Toile, je découvrais une fois le film terminé que Barney’s Version n'est autre que l’adaptation d’un best-seller, l’autobiographie, semble-t-il, de l’écrivain auquel le film est dédié. Je ne me sens donc pas coupable de vous avoir dévoilé le scénario d’un film que l’on doit peut-être davantage apprécier quand on en connaît la clé, disponible dans toutes les bonnes librairies et autres halls de gares ! Découvrir le secret de ce film après 2h30 ne sera pas donné à tout le monde. N'est pas fana de Giamatti qui veut !


Le Monde de Barney de Richard J. Lewis avec Paul Giamatti, Dustin Hoffman, Scott Speedman et Rosamund Pike (2011)