7 octobre 2008

Old Joy

Le dernier opus de la saga du réalisateur coréen Park Chan-Wook a de quoi surprendre. Qu'on me dise tout de suite si je me trompe mais il me semble que Park Chan-Wook est LE metteur en scène contemporain de la vengeance, et chez qui la vengeance est un plat qui se mange congelé. À tel point que dans son déjà célèbre Sympathy for Mrs Devil, la vengeance n'a jamais lieu, le film pourtant long de 4 heures étant trop court pour que la vengeance ait le temps d'arriver. Qui n'attend pas un hypothétique Sympathy for Mrs Devil 2, histoire d'enfin voir la vengeance tant préparée dans le premier ? De la même manière, pendant toute la durée d'Old Joy, le nouveau film de notre cinéaste coréen préféré, on attend que la vengeance arrive, mais rien ne suscite jamais la moindre possibilité d'une vengeance.



Deux amis se perdent dans les bois et aucun des deux n'a de ressentiment envers l'autre, aucun des deux ne prend l'autre en grippe, même si l'ambiance n'est quand même pas géante. Et pourtant, on tend à penser, connaissant sur le bout des ongles la carrière de Park Chan-Wook et son penchant pour les vengeances les plus sanglantes, que quelque chose est pourri dans ce couple d'ami, peut-être quelque chose qui s'est passé hors champ, peut-être quelque chose qui s'est dit en off, peut-être quelque chose du passé qu'aucun flashback ne nous aura dévoilé, à nous de bosser sur notre imagination, pas de twist final en vue. On en vient à espérer que Will Oldham assassine le clebs de son meilleur ami en représailles d'une partie de cartes qui aurait mal tourné dans leur jeunesse... Tout est bancal, tout est suspect, jusqu'à la musique de Yo la tengo dont chaque accord se termine sur ce qu'on appelle en musique un "canard", une fausse note ô combien désagréable. La scène cruciale arrive enfin dans les bains d'eau chaude. Will Oldham s'approche dangereusement de son ami et entame un massage des épaules langoureux. D'une minute à l'autre la noyade peut arriver. Mais non, rien ne se passe. Sinon le début d'une relation entre deux pédés qui ne s'ignorent plus tout à fait.



À la fin du film, lors de l'interminable voyage du retour, j'étais persuadé que Will Oldham allait enfin se débarrasser, par pur et simple esprit de vengeance, de son pseudo-ami en s'emparant du volant pour propulser leur voiture dans un arbre, ayant au préalable constaté que lui seul serait protégé par un airbag. J'ai pensé que peut-être le personnage évite ce stratagème pourtant malicieux en pensant au petit chien endormi sur la banquette arrière qui aurait pu finir tanqué dans sa nuque. Et puis le générique de fin se déroule, et je regarde en arrière, inquiet de l'après-midi passée devant ce film, et je me rends compte que je n'ai vu ni vengeance, ni rien d'autre. Rien que quelques arbres et un acteur principal que je qualifierais de "frontal" en la personne du chansonnier Will "Terrible Forehead" Oldham. Dans le front de cet homme est caché le spindle contenant tous les cds qu'il a prévu de sortir dans les prochaines années. En guise de conclusion je reprocherais volontiers à Park Chan-Wook de surfer sur la vague du succès pour sortir sur grand écran et sur galettes son dernier film de vacances à la montagne en compagnie de deux américains très moyens.


Old Joy de Park Chan-Wook avec Will Oldham (2008)

3 commentaires:

  1. Je trouve ça ultra fendard ! :D

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  2. La première image, c'est un plan typique de Chan-Wook. Il cadre souvent comme ça, j'ai remarqué, à ras du gosier, et à ras des sourcils. Là il a fait d'une pierre deux coups. C'est signé.

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