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23 mai 2020

À la dérive

Pourquoi ai-je perdu 96 minutes devant ce film ? Là est la question... Ce n'est pas pour Baltasar Kormákur, réalisateur islandais multi-récompensé dans son pays mais dont la carrière américaine (Contrebande, Everest, 2 Guns...) est un véritable gouffre à merde. Ce n'est ni pour le pitch, "basé sur une histoire vraie", où il est de nouveau question de survie sur un voilier à la dérive. Dans le même genre, All is Lost est beaucoup plus efficace, tendu et mieux fichu. Ce n'est pas non plus pour Shailene Woodley, je m'en défends mordicus. Elle ne me plaît pas. Elle apparaît ici très souvent en bikini, révélant un physique svelte et tout ce qu'il y a de plus naturel, les attributs au beau fixe, pointant pour un rien : ses fans les plus libidineux seront comblés. Mais elle est assez mauvaise actrice, désolé. Je l'avais nettement préférée chez Gregg Araki dans White Bird, qui reste son meilleur rôle à ce jour (ce qui donne une idée du niveau de sa filmographie).





À la dérive est un projet qui devait lui tenir à cœur puisque l'actrice, quasi de tous les plans, est également productrice du film. Elle y met beaucoup d'énergie, elle a l'air d'y croire, beaucoup plus que nous en tout cas. Peut-être que le récit de la survivante qu'elle incarne, Tami Oldham Ashcraft, est son livre de chevet ? Allez savoir... "Red Sky in Mourning : A True Story of Love, Loss, and Survival" (en VF : "Poisson Rouge du Matin : une véritable histoire d'amour, de perte et de survie") n'est curieusement pas paru par chez nous. Plus vraisemblablement, Shailene Woodley devait voir dans cette histoire un bon véhicule pour sa notoriété, l'occasion de jouer une femme de caractère dans un film plus sérieux, plus adulte, après avoir été la star de la triste saga pour ados Divergente. Pari manqué puisque À la dérive s'est planté au box office et ne lui a rapporté aucun trophée. Bien fait !




En réalité, À la dérive est plus une love story moisie qu'un énième film de survie. Construit comme une série de flashbacks où tantôt nous voyons Shailene Woodley en chier sur ce qu'il reste de son bateau, tantôt nous découvrons ce qui l'y a conduit (à savoir : son amour pour un tocard de premier plan, barbe de trois jours, yeux couleur océan, campé par Sam Claflin). Leur grand projet est de faire le tour du monde en amoureux. Pour le financer, ils acceptent de transporter un voilier de Tahiti jusqu'à San Diego, en échange de la coquette somme de 10 000$. Il leur faut donc traverser l'océan pacifique, ce que le tocard en chef compte effectuer les doigts dans le nez puisqu'il se targue d'être un navigateur chevronné ayant passé sa vie sur un petit bateau miteux qu'il a lui-même construit. C'était sans compter sur l'ouragan Raymond que nos deux tourtereaux choisissent de prendre de plein fouet. Résultat des courses : un homme à la mer et une jeune femme livrée à elle-même qui fera tout son possible pour regagner la terre ferme... C'est passionnant. D'autant plus que Baltasar Kormákur nous réserve un twist de derrière les fagots mettant à mal le message féministe de son film. En gros, une femme est incapable de s'en sortir par ses propres moyens quand elle n'a pas l'appui d'un homme, aussi mal en point soit-il.




Mais ce qu'il y a de pire là-dedans, ce sont bien toutes ces scènes où nous voyons ces deux écorchés vifs se découvrir et tomber amoureux. L'une a choisi de vivre de petits boulots à Tahiti pour fuir sa famille de cassos, l'autre navigue de port en port sur son bateau depuis qu'il a retrouvé sa mère pendue dans le living room à l'âge de 7 ans. Ça fait de belles anecdotes à raconter... Les dialogues sont pitoyables et il faut aussi se taper tous ces moments où Shailene Woodley éructe de bonheur pour un rien. C'est "Waaaaaaaaaahhhh" ou "Wooooooooouhooou", ça dépend. Ça doit être un truc très américain, je ne sais pas. C'est en tout cas typique de ces films où une bande de jeunes exprime sa joie, au moment de partir en vacances, de prendre le large, d'allumer un feu de camp, d'alerter les prédateurs ou que sais-je. Ils font "wooooooooouhooou" tour à tour, généralement quand ils sont sur le départ ou enfin arrivés. Qu'est-ce que c'est pénible ! Shailene Woodley gueule "Woooooooouuhou" avant de plonger dans la rivière puis son copain fait "Waaaaaaaaaaaaaaah" en sautant à son tour pour la rejoindre. "Wooooooooouuhoooouuu, je prends le large sur le voilier". "Wooooooooouuuhou, il se met à pleuvoir et je vais récolter un peu d'eau potable dans mes bassines". "Wooooooouuhouuu, il me reste deux conserves de flageolets". "Wooooooooouuhooouu je joue dans un sacré film de merde".


À la dérive de Baltasar Kormákur avec Shailene Woodley et Sam Claflin (2018)

1 mai 2016

La 5ème vague

Encore une saga pour ados, avec des ados, basée sur une trilogie de bouquins pour ados. Encore un film de studio mal écrit, mal produit, mal filmé et mal joué. Encore un film de science-fiction dans lequel un gros vaisseau alien vient poser son énorme cul dans les nuages pour nous ramasser la tronche. Encore une histoire de destructions massives, d’extraterrestres qui prennent forme humaine et de jeunes gens embrigadés, entraînés, armés, manipulés qui finissent par se rebeller et sauver le monde. La 5ème vague fait suite aux Hunger Games, Le Labyrinthe et autres Divergente, et Chloë Grace Moretz emboîte le pas à Jennifer Lawrence, Dylan O'Brien et Shailene Woodley dans le rôle de la jeune fille qui veut venger ou sauver les siens et qui, devenant une femme, apprend à manipuler tous les genres de gros calibres qu’on peut imaginer. Il ne lui faut d’ailleurs pas bien longtemps pour savoir s’en servir, quitte à en tenir un dans chaque main et à tirer un coup à droite, un coup à gauche.




Le film fait mal par où il passe, cumulant les fautes graves. Quid des gros couacs de scénario : les extraterrestres coupent l’électricité sur toute la planète, ce qui stoppe net toutes les bagnoles, et les personnages se mettent donc à la marche à pied, niant tout simplement l’invention fabuleuse du vélo, et celles, moins admirables mais tout de même honorables, du skate et de la trottinette… On donne aussi dans le placement de produits. Comme il n’y a plus d’eau courante, les maisons ne servent plus à rien, on leur préfère les tentes, et par conséquent tout le film se transforme en un vrai défilé haute-couture pour Quechua.




Le réalisateur, J Blakeson (vous avez bien lu, ce n'est pas "J.", c'est bien "J", la lettre J est donc son prénom, comment voulez-vous filer droit ?), nous gratifie aussi d’œillades maladroites, façon Claude Lelouch, la mitraillette à clins d’yeux de malades. Dans une même scène, celle où Maria Bello (qui a réellement une façade de martienne) montre un soi-disant alien à ses jeunes recrues, le cinéaste convoque à la fois They Live et Alien, deux classiques de la SF qui, s’ils en avaient l’occasion, répondraient à cet appel du pied par un gros direct du droit sur la glotte. Ne serait-ce que pour ces ralentis atroces sur le visage viandeux de Chloë Grace Moretz en train de cavaler (elle ajoute une ligne à raturer d’urgence sur son CV, qu’elle a pris l’habitude d’imprimer sur planche d’ébène à force de s’entendre dire qu’il était « en bois »). Liev Schreiber (ce con), nous fait plus d’effet. Sans parler des effets spéciaux qui nous rappellent que s’il y a un Dieu, il a bel et bien juré de ne pas intervenir sur le monde qu’il a créé, en en particulier chez les infographistes morts-nés de chez Sony International Torture.


La 5ème vague de J Blakeson avec Chloë Grace Moretz, Liev Schreiber, Alex Roe, Nick Robinson, Maïka Monroe et Maria Bello (2016)

15 mars 2015

Divergente

Adapté d'un gros bestseller pour adolescents, et bourré lui-même d'adolescents (Shaïlene Woodley, qui jouait dans The Spectacular Now ; Zoë Kravitz, fille du célèbre chanteur René Kravitz, qui jouait dans X-Men Le Commencement ; Ansel Elgort, qui jouait dans Carrie, La Revanche ; Miles Teller, qui jouait du tamtam dans Whiplash ; Ben Lloyd qui jouait dans Tormented (?) ; et Theo James, qui jouait dans sa chambre), Divergente a été confié en toute connaissance de cause à un cinéaste pas terrible mais très au fait des goûts des jeunes gens de notre époque : Neil Burger. Comme son nom l'indique, l'homme n'a pas peur de tout ce qui est gras et lourd, et il nous le prouve à chaque instant de ce film, qui nous dépeint pendant 2h30, dans un Chicago dystopique rebaptisé le Grand Chicago Bold Bbq, une société divisée en factions, c'est-à-dire en cinq catégories "sociales" auxquelles les gens appartiennent en fonction de leur aptitudes : les érudits, les fraternels, les altruistes, les sincères et les audacieux. 


Sur cette photo de tournage on peut voir que la production hésitait jusqu'au bout entre deux titres, "Divergent" ou "Catbird", au point d'utiliser deux claps pour chaque scène. (Entre parenthèses, on remarque aussi que cette scène a nécessité 18 354 409 prises. Seriously ?)

La première scène, qui nous expose la situation et nous présente chaque faction avec l'aide d'une petite voix off, est éloquente : les érudits sont intelligents, ils savent tout, ils bossent dans des buildings tout de costards/tailleurs bleus vêtus, mais ils ont l'air de s'emmerder royalement. Les fraternels sont des cultivateurs habillés en orange, ils font pousser des patates et des carottes à longueur de journée mais sont tout le temps heureux. Les altruistes s'occupent des autres, n'ont pas le droit de se regarder dans un miroir plus de 30 secondes et sont habillés avec des loques grises. Les sincères ne peuvent pas mentir, mais on ne les voit pas des masses, il faut croire que tout le monde s'en fout et d'ailleurs ils n'ont aucun rôle dans la société. Quant aux audacieux, en gros c'est la police, ils assurent la sécurité et sont un peu foufous (ils courent souvent dans la rue, sans raison, et ils ne descendent pas du métro, ils sautent directement sur le quai en faisant un roulé-boulé), ils sont intrépides, peur de rien peur d'un chien, et ils font drôlement rêver la jeune héroïne, fille d'un couple d'altruistes qui s'emmerde sec à aider les autres. Et puis il y a les sans-factions (ceux qui ne sont ni intelligents, ni courageux, ni généreux, ni honnêtes, ni communistes, et qui du coup sont des clochards).


"Ça les gars, c'est un crayon à papier, un criterium... Répétez après moi, "cri-te-rium"... Bon laissez tomber, toute façon vous jouez pas des érudits. Allez, foutez-moi le camp..."

On vient de passer les 3 premières minutes du film, il en reste 292. Deux possibilités : soit on est audacieux et on est allé se fracasser le cerveau sur ce film au cinéma, soit on est assez érudit pour ne pas s'infliger ce spectacle sur grand écran ; quoi qu'il en soit, à ce stade, on cherche un miroir pour se regarder soi-même en chien de faïence. On se dit que forcément le film va nuancer son propos, remettre en cause ces clichés gerbants. Alors bien sûr, l'héroïne va se révéler être une "divergente", c'est-à-dire que, d'après un test effectué en deux temps trois mouvements, elle cumule diverses aptitudes et correspond par conséquent à plusieurs catégories. Le personnage contribue donc à remettre en cause le principe d'une société cloisonnée en castes. N'empêche qu'on ne croisera qu'une paire de "divergents" dans le film, évidemment présentés comme des surhommes extrêmement rares qui cumulent toutes les qualités (retour du héros des années 80, c'est Rocky version barbie-acné trempée dans une fondue savoyarde), alors que les clochards bons à rien pullulent. Les personnages complexes, comprendre qui possèdent plus d'une facette, ne courent pas les rues de Grand Chicago Bacon Classic.


Au vu des conditions de tournage, le cadreur a décidé de n'en faire qu'à sa tronche.

Toujours est-il que Shailaide Woodley va devoir choisir sa case, et comme elle est gaga des audacieux, qui ont l'air si cools, elle va renier sa famille d'altruistes et partir faire ses classes en tant qu'initiée chez les têtes brûlées. Et c'est peut-être là que ça continue à puer mortellement. En gros : un audacieux c'est une espèce de connard qui n'a peur de rien et qui n'utilise son cortex cérébral qu'avec parcimonie. On est audacieux quand on choisit d'entrer dans la police, quand on n'a pas peur de se jeter dans le vide, quand on sait se battre, quand on ne craint pas de tuer, quand on fait de la tyrolienne en prenant son pied et quand on se fait tatouer. Sic. Aux inconscients idiots et violents le privilège de l'audace. Mais comme un audacieux est aussi un con, l'héroïne doit parfois se montrer un peu plus bête qu'elle n'est, sous peine de passer pour une érudite et donc de se faire virer de chez les audacieux (pour se retrouver sans-faction). Véridique. Le film est très long, très long, mais pour vous épargner 2h30 de pathos, d'incohérences et de débilités profondes, voici un résumé rapide du fin mot de l'histoire : les érudits (qui luttent contre l'instinct humain, les émotions) se servent  de leur intelligence pour manipuler les cons (les audacieux/la police) dans le but d'exterminer les gentils (les altruistes). Plus belle la vie. Plus simple aussi.


Le jeune comédien Miles Teller, récemment à l'affiche de Whiplash, aime l'autorité. Il est en train de se construire une jolie filmo à base de percu' et d'armes à feu.

Pas de coup de Tipp-Ex, de rature dégueulasse ou de petite astérisque apportés à la séquence d'ouverture, les traits de caractère associés à chaque "aptitude" ne sont pas démentis ni nuancés.  Les catégories sont bien là, les intellos sont chiants, et accessoirement des ordures manipulatrices dépourvues d'émotion ; les altruistes sont des victimes faiblardes ; les audacieux un troupeau de connards punks sans peur et sans reproche ; les cultivateurs des imbéciles heureux ; les gens sincères, sans intérêt ; et les clochards des incapables dépourvus de toutes les qualités humaines essentielles. Belle vision de l'humanité pour les adolescents de l'an 2010, et jolie leçon de vie délivrée par ce récit d'apprentissage qui certes prône l'affirmation de soi et le libre-arbitre, mais n'oublie pas d'envelopper ces belles valeurs dans l'esprit de compétition, les défis crétins, la boxe thaï et les décalcomanies. Vous serez forcément une meilleure personne et un adulte accompli si vous sautez la tête la première et sans parachute du 92ème étage d'un building de Chicago Chicken Mythic. La suite, Divergente 2 : l'insurrection, sort dans quelques jours, puis viendront deux autres films, Allegiant part 1 et Allegiant part 2. Sur place ou à emporter ? Ça ira, merci.


Divergente de Neil Burger, avec une grande frite et un coca zéro, et aussi avec Shaïlene Woodley, Theo James, Kate Winslet, Zoë Kraviz, Ansel Elgort, Miles Teller, Jai Courtney et Maggie Q (2014)

13 janvier 2014

The Spectacular Now

James Ponsoldt, retenez ce nom ! Et surveillez-le de près. Il pourrait, un jour, réaliser un bon film. The Spectacular Now est son troisième long métrage et on y trouve des qualités trop rares dans le cinéma indépendant américain actuel. Je veux parler ici de ce cinéma adoubé par Sundance, et c'est le cas de ce film, couronné chez Bob Redford. Smashed laissait déjà entrevoir ces modestes qualités. Le film était porté par la prestation étonnante de la mignonne Mary Elizabeth Winstead dans la peau d'une irrécupérable alcoolique. James Ponsoldt, vous saurez écrire son nom convenablement après avoir lu cet article, est un directeur d'acteurs certainement assez doué. Ou plutôt, un directeur d'actrices doué. Dans son nouveau film, c'est la jeune Shailene Woodley, déjà vue dans The Descendants, qui apporte un peu de fraîcheur et de vérité à son personnage. Son partenaire, Miles Teller, sorte de sosie du Chandler de Friends (période bouffi par la coke), est clairement en deçà, et c'est dommage, car il incarne le personnage central d'un film qui pourrait porter son nom : Sutter.




Sutter est un adolescent drôle et charmant (vous me signalez quand ça se voit trop que je copie directement le pitch d'Allociné) qui ne vit que dans l'instant présent. Sa perception du monde évolue tout doucement lorsqu'il rencontre Aimee, une jeune fille timide totalement différente de lui, dont il sera le premier amour. Hélas, leur relation est gâchée par le manque d'amour propre et l'attitude autodestructrice de Sutter, très porté sur la boisson... Les plus vigilants d'entre vous l'auront déjà remarqué : James Ponsoldt a un problème personnel avec l'alcool. Cela fait trois films de suite qu'il accorde à la bibine une place prépondérante dans l'histoire racontée. Son premier film, Off the Back (Back off out of my back en VF), mettait en scène le vétéran Nick Nolte, et je pourrais m'arrêter là, car l'acteur ne jouait pas vraiment un rôle de composition. Son second film nous narrait donc la lutte de la très sympathique MEW contre un alcoolisme qui mettait son couple en péril.




Dans The Spectacular Now, l'alcool est simplement l'épée de Damoclès que le personnage principal trimballe du début à la fin au-dessus de sa vieille ganache. L'expression de "vieille ganache" n'est pas gratuite puisque l'acteur approche tout de même de la trentaine et joue ici un élève de Terminale S (je déduis qu'il s'agit de la filière scientifique en raison du rôle décisif joué par le prof de maths bigleux, incarné par un étonnant Manu Katché). C'est un peu gênant, mais personne ne l'a remarqué tant nous nous sommes tristement habitués à cela dans les films américains. Enfin quand même... Dans notre cher pays, on a au moins le mérite de choisir une actrice qui n'a même pas encore obtenu son bac pour interpréter une jeune femme découvrant son homosexualité, pour assurer des scènes hot sans souci, avant de devenir une institutrice expérimentée, sans que l'on ne cesse d'y croire, 3 heures durant. Là, dès qu'on voit le dénommé Miles Teller se balader dans les couloirs de son bahut, on commence à tiquer. Son sac à dos à l'air tout riquiqui par rapport à l'envergure de ses épaules ! On n'est pas taillé comme ça à 18 piges ! A moins d'avoir du sang wallisien... Shailene Woodley est bien plus crédible, elle qui n'a que 22 ans en réalité. L'actrice devrait toutefois s'inquiéter de son acné...




Par ailleurs, sachez que James Ponsoldt a de bons goûts et aime les étaler. Mais il le fait tout de même assez discrètement, car il est plus élégant et subtil que la plupart de ses congénères indie. On entend seulement l'introduction de la sympathique chanson de Kurt Vile, Wakin' on a pretty day, aussitôt coupée net, James Ponsoldt se contentant d'avoir su la glisser-là. Nous avons donc au moins un artiste en commun sur nos comptes Last.fm et ça me fait une belle jambe. De la chillwave quelque peu obsolète occupe le reste de la bande son, mais ce n'est jamais rien d'autre qu'une tapisserie sonore et seules les plus fines oreilles sauront tagguer les chansonniers concernés.




Beaucoup ont été bouleversés par ce film souvent décrit comme la dernière pépite du cinéma indépendant US. A ceux-là, il ne faudrait pas montrer La Vie d'Adèle, ils risqueraient de ne jamais s'en remettre... Peut-être ai-je un cœur de pierre, je ne sais guère, mais je ne pense pas. La preuve : je dois reconnaître avoir marché dans la combine pendant une petite demi-heure, je dirai, et c'est déjà pas rien. Durant cette première partie, où James Ponsoldt se concentre sur la romance naissante entre ces deux personnages, le film atteint son but, évite la plupart des clichés et dégage une certaine fraîcheur, pas déplaisante, il faut bien l'avouer. Quand il aborde le thème du premier amour, le film fonctionne à plein régime et son efficacité est bien réelle. On est très loin de l'infâme 500 Days of Summer, écrit par les mêmes scénaristes et mis en avant sur l'affiche. On se dit donc que le cinéaste n'y est pas pour rien. Celui-ci nous montre des choses inhabituelles, que l'on croise rarement sur grand écran. La mise en place du préservatif, lors du premier rapport sexuel des deux tourtereaux, par exemple. C'est hors-champ, mais c'est tout de même bien long et on entend des bruits que j'aimerais oublier. Il y aurait d'ailleurs une thèse à écrire sur le rôle du hors-champ dans le cinéma de James Ponsoldt. En général, est hors-champ ce que le cinéaste ne veut guère nous montrer. Dans l'exemple évoqué, cela lui permet d'éviter la censure ou le classement dans la catégorie "film pornographique". C'est donc très habile de sa part. Il y a d'autres moments qui étonnent un peu, et devant un tel film, il est toujours agréable d'être étonné. Cela arrive une ou deux fois, mais au point où on en est, ça suffit pour être relevé...




Quand, ensuite, le cinéaste se focalise entièrement sur le personnage de cet adolescent en crise se lançant à la recherche de son père disparu (lui aussi alcoolo, vous l'auriez deviné), le film se désagrège complètement. Tout devient très attendu, médiocre, tout tombe à plat. On finit même par prendre sérieusement en grippe cette enflure de Sutter capable d'éjecter sa douce girlfriend de sa bagnole au beau milieu de l'autoroute. Celle-ci finit logiquement par se faire emporter par la première voiture qui passe, lors d'une scène qui provoque, bien malgré elle, des éclats de rire nerveux. C'est là que l'on se rend compte du fossé qui sépare le début du film, où l'on souriait presque vaguement devant ces deux lycéens qui se tournaient autour puis se découvraient, de cette dérive lamentable, où l'on a très hâte d'en finir. Le Bukowski du ciné indé espère alors muer en Salinger en tentant de saisir le profond mal-être adolescent. Ça se règle en deux bouffes que le garçon reçoit sans moufeter, plaqué par sa mère (Jennifer Jason Leigh, méconnaissable !) contre le gigantesque frigo de la cuisine, et c'en est terminé.




Sérieusement, il y a d'infimes chances pour qu'un jour, James Ponsoldt réussisse un film. Il a 36 ans tout juste, il a donc encore du temps devant lui, pour apprendre et se perfectionner. Serai-je encore parmi vous quand sortira son chef d’œuvre ? Je l’ignore, je suis son cadet mais j'ai bien des soucis. Son 30ème film sera peut-être le bon. En attendant, il faut faire preuve de patience. En ce qui me concerne, j'éviterai sans doute ses 29 prochains films. Je vais laisser pisser un moment, si vous le voulez bien...


The Spectacular Now de James Ponsoldt avec Miles Teller, Shailene Woodley, Brie Larson, Jennifer Jason Leigh, Kyle Chandler et Mary Elizabeth Winstead (2014)