10 mars 2011

La Neuvième configuration

À la fin de la guerre du Vietnam, des psychoses sont diagnostiquées chez un nombre inhabituel de soldats. La plupart d’entre eux étaient au combat lorsque ces troubles sont apparus et n'avaient jamais souffert de perturbation mentale auparavant. Le gouvernement américain met alors en place un réseau secret d'études et d’hôpitaux psychiatriques. L’un de ces hôpitaux, installé dans un impressionnant château abandonné au nord-ouest des États-Unis, est hautement expérimental. Un psychiatre militaire y est envoyé pour comprendre l’origine de la folie des internés et pour tenter de les soigner. Voici le point de départ intrigant de La Neuvième configuration, un film encore largement méconnu dans nos contrées qui a parait-il gagné un statut d’œuvre culte au fil du temps et que j’étais donc d’autant plus curieux de découvrir. Il s’agit du premier film de William Peter Blatty, plus connu pour avoir écrit L’Exorciste, qui a cette fois-ci choisi d’adapter lui-même son propre roman. Il s’agit également d’une œuvre maudite existant dans plusieurs versions, inédite en France, dont la sortie américaine et la conception furent véritablement chaotiques, notamment du fait de l’incompréhension des studios. Ces derniers réclamaient en effet à son auteur un nouveau film d’horreur à succès, ce que La Neuvième configuration, bien que longtemps vendu comme tel, n’est clairement pas. C’était ignorer que Blatty a commencé sa carrière dans le cinéma en écrivant des comédies pour Blake Edwards, un registre quant à lui bel et bien présent dans La Neuvième configuration.





Le film nous plonge dès ses premières images dans un univers absurde et fascinant qui captive immédiatement. On se croirait d’abord parachuté dans une œuvre oubliée d'un Terry Gilliam encore en forme et inspiré, dans une œuvre située entre le fantastique et le burlesque. Mais à vrai dire, la comparaison ne tient pas bien longtemps, car le film s’avère totalement inclassable et ne ressemble finalement à aucun autre. William Peter Blatty mêle les genres avec un talent évident et rare, en s’appuyant sur un scénario tout à fait imprévisible et surprenant. Les rires les plus francs se confondent ici avec des questionnements philosophiques et des inquiétudes profondes. Les grands thèmes abordés dans ce film peuvent effectivement être rapprochés de l’incontournable classique de William Friedkin. La Neuvième configuration apparaît surtout comme une sorte de drame métaphysique dont les personnages principaux s’interrogent sur leur foi, sur la bonté de l’homme ou même l’existence de Dieu. Rien que ça !





Le film s’aventure donc bien au-delà de la simple exploration des conséquences de la guerre. Présenté comme ça, il pourrait vous donner l’impression d’être un salmigondis indigeste, mais sachez que tout fonctionne miraculeusement bien. Les acteurs n’y sont pas pour rien, et je pense notamment au personnage principal campé par un Stacy Keach habité et charismatique, un acteur le plus souvent abonné aux seconds rôles dont le visage, habituellement moustachu, vous dira sans doute quelque chose. Il nous livre ici une prestation réellement envoûtante et participe grandement à rendre son personnage inoubliable. Un personnage à l’image de l’ensemble des protagonistes, puisque la plupart des habitants de cet asile sont des individus attachants et drôles. L’un d’entre eux se prend pour Superman et on découvrira avec le sourire qu’il a installé une cabine téléphonique à côté de son lit pour s’y changer. Un autre, brillamment incarné par Jason Miller, est bien décidé à adapter Shakespeare pour les chiens et nous gratifie de quelques répliques terribles déblatérées avec le cœur (“It’s a fucking headache but God damn somebody’s got to do it !”). A vrai dire, tous les acteurs ont l’air ravi de participer à ce petit festival loufoque et je ne vous donne là que deux petits aperçus d’un film qui parvient à amuser plus d’une fois.





La mise en scène n’est pas en reste non plus et tire parfois joliment profit du décor incroyable dans laquelle l’action est située. Ce château au style gothique décalé, perdu dans sa forêt et toujours perché dans les nuages, offre une vision poétique qui symbolise parfaitement la situation de ces personnages coupés du monde, et peut-être même entre deux mondes. Des scènes oniriques étonnantes offrent elles aussi l’occasion au cinéaste de faire preuve de sa capacité à nous offrir des moments d’une extraordinaire beauté surréaliste. Je pense ici à ce moment hallucinant où l’on voit un astronaute poser le drapeau américain sur la Lune et découvrir Jésus sur la croix dans un lent mouvement de caméra tout en apesanteur. 





Dans sa dernière partie, le film prend des allures de thriller psychologique et peut alors curieusement nous faire penser au récent Shutter Island de Martin Scorsese. Mais ce rapprochement n’est pas fait pour vous gâcher une histoire riche et surprenante dont je ferai mieux de vous taire les secrets. La Neuvième configuration est aussi marqué par un rythme assez déconcertant, fait d’ellipses brutales et de longueurs passagères, mais tout cela contribue au bout du compte à l’étrangeté troublante de cette oeuvre parsemée de scènes poignantes. Enfin, on peut également constater un travail vraiment original réalisé sur les voix et le hors-champ, qui participe manifestement à la volonté d'égarer le spectateur. Un film unique et fourmillant d’idées, dont la découverte fut un réel plaisir, et que je vous invite donc chaudement à voir.



La Neuvième configuration de William Peter Blatty avec Stacy Keach, Scott Wilson, Ed Flanders et Jason Miller (1980)

8 mars 2011

The Social Network

Le personnage principal de The Social Network est un jeune homme très fade, légèrement antipathique, au physique peu avenant, probablement intelligent mais doté d'une élocution difficile (comme un gimmick involontaire, ses interlocuteurs lui demandent de répéter tout le long du film). L'histoire, comparée sans intelligence à une tragédie grecque par la plupart des critiques, est celle d'une trahison d'amis sur fond de création de site internet à fort potentiel par des gosses de riches (et au départ destiné aux gosses de riches). Mais quid de trahison d'amis quand on n'en a qu'un seul ? Le film s'ouvre sur un rencard entre ce jeune homme présenté comme malingre et méprisant, Mark Zuckerberg, et une jeune femme plutôt avenante qui semble clairement provoquer chez lui des afflux de sang dans son organe copulateur. Il lui parle malgré tout sans aucun tact, tout en recentrant la conversation sur sa sale gueule burinée par les coups de tatane qu'il a dû se prendre de la part de ses camarades de classe depuis son entrée en maternelle (voir ci-dessous). Suite au monumental et inévitable râteau que sa conduite provoque, ce crétin prétentieux mécontent et vexé court "faire du code" sur son PC pourri et crée un site permettant de noter les filles de son campus après avoir piraté le serveur d'Harvard pour avoir accès aux portraits de ses "victimes". De là lui viendra une idée qui ne vaut probablement pas des milliards de dollars mais plus certainement une série de coups de pieds au cul.


Le héros de The Social Network quelques secondes avant de se prendre un gros râteau, alors qu'il ne s'en doute pas encore et affiche une confiance en lui rédhibitoire

Je viens de vous "pitcher" le début du film, le tout début, le premier quart d'heure. 15 minutes durant lesquelles ça a plus parlé que dans l'intégralité de la filmographie de Jean-Claude Van Damme. Un premier calvaire pour le spectateur déjà en train de littéralement bouffer son fauteuil. Et c'est exactement l'état d'esprit dans lequel j'étais devant cette daube infâme. Ce n'est pas seulement l'antipathie d'un personnage coiffé d'un yorkshire qui est mise ici en exergue comme raison de mon courroux face à ce film, mais la platitude de l'oeuvre et son manque d'intérêt total. Une tragédie grecque ça ? Heureusement pour moi, j'ai eu la chance de voir ce déni de film en compagnie de mon ami et mentor (notamment pour certains aspects cruciaux de la Vie, en particulier ceux qui ont trait aux femmes et à la reproduction), Konrad O'Toole, que je surnomme affectueusement le Tank. Mon intérêt pour le film m'a donc rapidement fui et celui-ci s'est de suite recentré sur les conseils, anecdotes et leçons de vie du Tank.

Je vous ai déjà récemment parlé du Tank. Un homme qui a vécu mille existences tout en frôlant la mort mille fois. Le véritable "Man vs Wild", c'est lui. J'ai donc vu The Social Network en sa compagnie car ça lui tenait à cœur de "se flinguer" toute la filmographie de Fincher. Panic Room l'a laissé de marbre mais l'a empêché de dormir pendant une semaine, The Game l'a littéralement tétanisé pendant trois jours tandis que Alien 3 ne l'a pas impressionné pour deux sous, même s'il a vu son meilleur ami mourir lors de la projection. Il a refusé Benjamin Button car il se refuse à regarder tout biopic depuis Forrest Gump qui lui a rappelé ses pires souvenirs du Viet-Nam. Il a aussi renoncé à Zodiac car il est traumatisé par les films de bateaux depuis qu'il a vu Lame de fond de Ridley Scott. C'est aussi à cause de ce film qu'il a décidé de boycotter Jeff Bridges (qu'il appelle dorénavant Jean-François Ponts, apparemment pour se moquer de lui).


Voici le seul cliché connu du Tank avant la perte de quatre doigts de sa main droite consécutive à une lutte sans merci avec un anaconda géant dans les confins du Nicaragua. Sur cette photo, le Tank avait 25 ans et revenait marqué à vie du Viet-Nam.
 
On a donc lancé Social Network chez moi, moi sur mon canapé et le Tank sur son fauteuil roulant, une Amsterdammer à portée de main. Mon attention pour le film a définitivement cessé au bout de 15 minutes en raison d'une demande du Tank car il voulait que cette fois j'aille lui chercher une Pils, sa bière préférée depuis qu'il a participé au Printemps de Prague côté soviétique. Le Tank non plus n'a pas tenu, il me l'a fait comprendre en vidant sa Pils en 7 secondes, alors que d'habitude il la savoure plus que de raison. En posant sa bière avec fracas, il a alors déclaré "Plutôt que de continuer à se faire chier devant cette grosse daube, cette histoire de jeune con qui plume d'autres jeunes encore plus cons et plus riches que lui, laisse-moi te raconter des histoires que seuls moi et celui qui est tout là-haut connaissent". Le mystique, c'est pas quelque chose que le Tank traite à la légère. Au départ, il ne croyait pas à la présence d'un être supérieur capable de régenter et de surveiller nos moindres fait et gestes. Sauf que le Tank a frôlé la mort à plusieurs reprises. Il a même eu une expérience extra-corporelle, qu'il décrit de la façon la plus simple : "J'étais là à regarder mon cadavre allongé dans une rizière vietcong. Une lumière blanche aveuglante a surgi devant moi dévoilant mon grand-père tué pendant la Grande Guerre, qui me proposait de le suivre. J'ai refusé de partir. J'aurais peut-être dû". Depuis cette expérience parmi tant d'autres, le Tank considère les manifestations paranormales très au sérieux, selon le fameux adage "expérience vaut leçon, leçon vaut coup de bâton", qu'il me répète à tout bout de champ quand je fais des conneries, en particulier avec mon flingue. Bref, peut-être qu'en vous racontant l'histoire du Tank vais-je trahir le sceau de la confidence. Et peut-être plus rien ne sera pareil entre moi et le Tank. Mais j'en ai gros sur la patate là. Et cela vaut bien mieux que de vous narrer cette saloperie qu'est The Social Network.


Le régiment du Tank (cercle rouge), quelques jours avant l'embuscade fatale

Le plus grand traumatisme du Tank a été et restera le Viet-Nam. L'Indochine pour être plus précis, car il y a débarqué en novembre 1951 sous les ordres du général de Lattre de Tassigny. C'est là qu'il a acquis son surnom en raison de sa grande résistance à toute sorte de choc, notamment le choc éthylique. Par contre, c'est là aussi que sa véritable identité a disparu. Et, à part un mystérieux cliché de lui avec sa mère qu’il m’a montré rapidement une fois, il n'y a aucune preuve ni aucun élément attestant de l'existence du Tank avant cette guerre qui se terminera dans les larmes à Điện Biên Phủ. "Et je te dirai rien de plus de ma vie avant le Viet-Nam, parce que quand j'y repense ça cogite trop là" m'affirme le Tank en pointant son seul index valide vers son occiput. C'est aussi là qu'il a fait la connaissance de son meilleur ami, surnommé Bullet-Proof pour les mêmes raisons que le Tank, qui mourut malencontreusement 37 jours après leur rencontre dans une embuscade Viet à laquelle seul le Tank réchappa. Et, malheureusement, pas sans séquelles : "On a été parachuté dans une rizière près de Saigon sans aucun appui logistique. Des viets nous attendaient, habilement camouflés sous des touffes de riz. Ils n’ont pas fait dans le détail. J'ai été laissé pour mort et quand j'ai repris conscience, je me suis aperçu que j’avais perdu mon bras gauche, peut-être à cause de la grenade que j’ai tenté de dégoupiller avant de me prendre cette balle dans le foie. Mais j'en suis plus trop sûr, ma mémoire me joue des tours. J'ai peut-être perdu mon bras en Colombie, je ne me rappelle plus, tout est flou soudain...".


Le seul cliché existant de Paï...

Après ce désastreux épisode qui l'a marqué pour le restant de ses jours, le Tank a décidé de déserter l'armée française. Il a ensuite vécu clandestinement dans ce pays hostile tout en passant beaucoup trop de temps dans les bordels vietcongs à dépenser ses quelques dongs âprement gagnés. "C'est là que j'ai compris qu'une vie ne valait pas tripette" me concède t-il en me demandant d'aller lui chercher une bière "costaud" parce qu'il commençait à avoir mal aux articulations de son membre amputé. "Il va pleuvoir", c'est ce qu'il dit à chaque fois qu'il ressent des douleurs au niveau de son coude fantôme. Je ne cherche pas à le contredire parce qu'il a rarement tort dans ses prédictions. Dans les bordels vietmins, le Tank a trop souvent joué avec sa vie. Mais un jour il a eu la chance de rencontrer Paï, une jeune prostituée cambodgienne avec qui il comptait fonder une famille. Malheureusement, comme le dit si bien le dicton, le bonheur est éphémère : Paï expira son dernier souffle quelques mois seulement après leur rencontre en exerçant son métier, sous les assauts de dix blacks fraîchement échappés de taule et qui avaient pris perpète, alors que le Tank s'était mis à travailler pour pouvoir rentrer au pays et vivre son idylle avec sa bien-aimée. La vie du Tank fut littéralement mise en miettes. Mais avant de sombrer dans la déprime, il s'est enfoncé dans un délire paranoïaque de vengeance pour débusquer et faire la peau à chacun des dix blacks qui avaient attenté à la vie de Paï avec leurs énormes mastodontes. Après cette histoire, le Tank est devenu un véritable control freak, et ça n'a tenu qu'à un fil qu'il ne sombre dans la folie.

Ezekiel Ralston (ici avec sa femme), le héros qui a sorti le Tank du guet-apens vietnamien

Et alors qu'il s'enfonçait petit à petit dans l'alcool frelaté, il se mit à participer avec fureur à des jeux d'argent dangereux et illégaux tels que la roulette russe, le Go Gobang et les petits chevaux viets. Le Tank a toujours catégoriquement refusé de me dire comment il s'en est sorti. Ni comment il a perdu ses deux jambes et son oeil gauche. Mais je soupçonne Ezekiel Ralston, le plus fameux road-triper vivant, père du non moins fameux Aron Ralston, de l'avoir sorti des bas-fonds de Ho Chi-Min, quand il débarqua en tonneau au volant de sa Méhari toute neuve en septembre 1972, pendant son plus célèbre road-trip qu'il a raconté dans son best-seller "Nervous breakdown in Southeast Asia".
C'est à ce moment-là que le Tank s'est assoupi. Je lui ai mis une couverture sur ses jambes amputées, j'ai repris le cadavre de bière qu'il tenait encore fermement dans sa seule main valide, puis j'ai éteint la lumière et je suis allé me coucher en repensant au Viet-Nam. J'ai préféré repenser à cette sale guerre qui a presque eu la peau de mon ami plutôt qu'à The Social Network, film tout simplement profondément inintéressant, bavard et mis en scène comme un téléfilm de TF1 du lundi soir. Que Fincher n'ait pas reçu l'Oscar du réalisateur pour ça, ce n'est que justice, même si le type qui l'a reçu à sa place ne vaut peut-être pas plus cher.


The Social Network de David Fincher avec Jesse Eisenberg, Andrew Garfield et Justin Timberlake (2010)

7 mars 2011

Thunderbolt and Lightfoot

Parmi les films qui ressortent en ce moment dans les salles d'art et essai, nous avons la chance de (re)découvrir le tout premier long métrage réalisé par Michael Cimino en 1973 : Thunderbolt and Lightfoot (Le Canardeur, en français). Je ne l'avais jamais vu, je n'en avais même jamais vraiment entendu parler et ma surprise fut d'autant plus grande et belle. Le film commence par nous présenter ses deux personnages éponymes dans un montage alterné très rythmé. D'un côté nous avons Thunderbolt, interprété par un Clint Eastwood au sommet de sa forme, fraîchement sorti de L'Inspecteur Harry et déjà cinéaste en herbe, apparaissant ici dans un costume de pasteur au fond d'une petite église isolée de l'Amérique profonde. Mais le costume ne lui sied par particulièrement bien et très vite notre homme se voit forcé de quitter les lieux pour échapper à un type venu le dézinguer à coups de gros calibre. De l'autre côté, le réalisateur nous présente Lightfoot, sous les traits du jeune et fringuant Jeff Bridges affublé d'un costume génial de baba-cool tendance hippie, qui tire une bagnole dans une concession et s'éclipse à toute berzingue sur les routes rectilignes de la vieille Amérique. C'est dans leurs fuites parallèles que les deux personnages se rencontrent, Thunderbolt grimpant non sans difficulté dans le bolide fou de Lightfoot pour échapper à son meurtrier. Le road-movie est déjà lancé.




Dès la séquence qui suit, un dialogue à battons rompus s'engage entre les deux personnages. Quoique leurs tempéraments diffèrent, l'humour, la gouaille et un sentiment chevillé au corps de liberté les réunissent immédiatement. Puis très vite Cimino améliore son road-movie déjà haletant en le doublant d'un buddy-movie savoureux. Le cinéaste refuse de faire croire à un lent rapprochement des deux protagonistes, il met les pieds dans le plat lorsque Lightfoot, dans un échange très authentique et très fameux, demande littéralement à Thunderbolt d'être son ami. Ses arguments sont simples : ils ont l'air de bien s'entendre et ils pourraient réaliser de sacrés trucs ensemble. Le film n'a débuté que depuis quelques minutes et déjà les personnages nous ont mis dans leur poche. Nous sommes d'emblée curieux de suivre leurs aventures et de les voir changer de bagnole avec la même rapidité et le même goût de l'arbitraire qui les guide quand ils draguent les filles. Nous voilà sous le charme d'un vétéran taciturne de la guerre de Corée et d'un jeune chien fou gentiment bouffon, un tandem de choc lancé à toute vitesse sur les routes pour fuir à l'unisson un duo de tueurs sans scrupules, et au fil de leurs péripéties musclées, le film déploie un humour franchement délectable, avec une énergie détonante.




Sur fond de nostalgie pour une Amérique en pleine transformation, le film s'inscrit absolument dans la plus pure tendance du cinéma américain des années 70. On ne peut pas dire des deux héros du film qu'ils sont réfractaires à toute forme d'autorité, car en réalité aucune forme d'autorité n'apparaît dans le film. Ils ne sont donc pas vraiment des anarchistes puisque ni l'État, ni la loi, ni rien de tout ça ne semble exister dans leur monde, ou du moins Thunderbolt et Lightfoot ignorent-ils consciencieusement ces possibles freins à leur liberté entièrement consommée. Nos deux charmants héros font ce qui leur semble bon, ni plus ni moins. Et le film bat son plein lorsqu'il s'éprend de cette liberté qui caractérise ses personnages. Qu'il s'agisse de la mise en scène, qui alterne plans séquences et longs travellings, se permettant ainsi de filmer les vastes étendues américaines avec ses champs à perte de vue et, dans le fond, les sommets montagneux sublimes du Montana ; ou qu'il s'agisse de la narration, lorsqu'au beau milieu du film le récit prend un tournant surprenant et réjouissant, abolissant la course-poursuite pour réunir les poursuivants et donner une impulsion nouvelle à l'histoire vers le pur film de braquage, d'une manière ou d'une autre la liberté est au principe même de cette œuvre électrisante.




Mais si le film se veut bourré de rebondissements, d'humour et de légèreté, il n'en dresse pas moins un constat amer. Une scène particulièrement déjantée cumule ces deux sentiments, lorsque Thunderbolt et Lightfoot sont pris en stop dans un gros bolide piloté par un fou furieux accompagné d'un raton-laveur en cage. Le taré fait des zigzags sur la route, descend à pleine vitesse dans les fossés, puis finit par pousser sa bagnole sur le côté, laquelle enchaîne les tonneaux et finit défoncée dans un champ. Le psychopathe du volant descend alors de sa tire, empoigne un fusil, ouvre son coffre rempli de lapins blancs, les jette à terre et se met à essayer de leur tirer dessus à bout portant. Cette courte séquence, un peu à part dans le film, est à la fois très drôle et assez dérangeante. On tangue un instant entre le loufoque et le choquant. Et c'est ce drôle de ton que le film reprendra bien plus tard, en sa fin, après une séquence de braquage captivante, pour affirmer la suprématie de l'individualisme et la chute annoncée des innocents.




Réalisé quatre ans après le film-phare du Nouvel Hollywood, Easy Rider (1969), deux ans après l'un de ses plus beaux fleurons, Macadam à deux voies (1971), et la même année que L'épouvantail (1973), le premier film écrit et réalisé par Michael Cimino, s'il ne peut pas se vanter d'offrir la même radicalité que celui de Dennis Hopper ou la même invention formelle que celui de Monte Hellman, en cela plus proche de l'élan romanesque du film de Schatzberg et de son portrait humaniste d'une amitié improbable, se conclut lui aussi sur une note âcre, et se place idéalement dans l'Histoire du grand cinéma américain mordant et désenchanté des années 70. Film d'une profonde liberté, le premier opus de Cimino se joue avec humour et intelligence des genres, des attentes du spectateur et de tous les tons, passant du comique au tragique en un clin d'œil avec un effet soufflant sur le spectateur. Encore loin de la maestria surpuissante des grands chefs-d'œuvre de son auteur, Voyage au bout de l'enfer et La Porte du paradis, ce premier film était néanmoins annonciateur d'un immense talent et fut la rampe de lancement, que je vous recommande de tout cœur, d'un cinéaste hors-pair.


Thunderbolt and Lightfoot (Le Canardeur) de Michael Cimino avec Clint Eastwood et Jeff Bridges (1973)

5 mars 2011

La Mort de Dante Lazarescu

Je replace tout de suite les choses dans leur contexte. J'ai découvert ce film par l'intermédiaire de son affiche anglo-saxonne (voir ci-dessous), croisée à l'angle d'une rue en Saxe (Allemagne). Cette affiche a eu sur moi l'effet escompté : j'étais d'un seul coup débordant de curiosité et d'envie, je voulais mater ce film sur le champ. Mettez sur un poster, autour du titre du film, des palmes et tout en tas de récompenses, accompagnées de morceaux choisis de critiques élogieuses, et vous aurez un spectateur garanti en la personne de ma vieille ganache crédule. Je suis en effet naïf et bien facile à convaincre. Dans ma cuisine, ouvrez mes placards, et vous y trouverez toutes les "Saveurs de l'année" depuis 2002 date à laquelle j'ai commencé à avoir de l'argent de poche. Et pourtant Dieu sait que ce label convoité n'est pas toujours gage de qualité... Je ne suis par exemple pas prêt de finir la pâte à tartiner goût Speculoos, dont la moitié du pot m'a tout de même permis de colmater toutes les brèches de mon vieux toit. Il peut pleuvoir, ça ne passe pas, c'est diablement efficace, je le recommande à tous les apprentis maçons. Mais bon sang ne tartinez pas ça sur du pain, et encore moins sur du pain de mie Lidl. Je ne suis pas allé à la selle pendant 3 mois. Pendant tout ce temps, quand on me demandait "ça va ?" je répondais "ta gueule, et toi ?". 
 
 
Revenons à cette affiche. J'ai rarement vu une affiche aussi éloignée du film et aussi menteuse. Lumineuse, pleine d'espoir, avec les achs qui attendent d'être caressés... Et ces extraits de critiques si élogieux... Si La Mort de Dante Lazarescu est une "comédie" pleine d'humour, aussi subtilement noir puisse-t-il être, alors les frères Dardenne sont également de grands comiques troupiers qui, à chacune de leur sortie, ameutent tout spectateur qui a envie de se fendre la gueule à coups de hache. A cause de cette conne d'affiche, j'imaginais donc un film assez léger, qui me ferait passer une bonne soirée en compagnie de mes parents. Résultat des courses : mon père a très vite été à cran, littéralement, et après avoir répété 36 fois le mot "glauque", il s'est assoupi jusqu'à la fin. La Mort de Dante Lazarescu n'est donc pas drôle mais alors pas drôle du tout. 
 
Mon padre tirait à peu près la même tronche au début du film... 
 
Nous voici là en présence d'un film roumain nous dépeignant de façon très réaliste et précise la dernière nuit d'un vieil homme réduit à l'état de simple corps dépérissant, trimballé d'un hôpital à l'autre par deux ambulanciers qui sont à peu près les seuls à se soucier un peu de lui. La mise en scène de ce film est plutôt impressionnante, tourné caméra à l'épaule, presque en temps réel, naviguant avec une aisance incroyable dans ce qui semble être réglé comme une horloge. Le début du film, où l'on est coincés pendant près d'une demi-heure dans l'appartement du vieillard malade et ses trois chats, est peut-être un poil trop long et il pourrait facilement refroidir. Mais une fois passée cette première épreuve, les deux heures restantes de ce long-métrage se suivent sans difficulté et même avec entrain. Car il y a très souvent dans ce film une intensité assez rare, qui tient véritablement en haleine. Et lorsqu'il se termine, on garde vraiment une drôle d'impression qui met bien du temps à se dissiper. 
 
...mais 1/4 d'heure plus tard, c'était plutôt ça.
 
Pour finir, sachez que La Mort de Dante Lazarescu est le dernier des films que je conseillerais à quelqu'un amené à fréquenter le milieu hospitalier régulièrement ou tout simplement qui y travaille. Ce monde et la hiérarchie qui y règne nous est dépeint avec précision, réalisme, et c'est peu ragoutant, car on se dit que même si on est en Roumanie, ça doit fonctionner partout pareil, la portée du film étant très universelle. Ce film mérite vraiment d'être vu. Surtout parce qu'il nous dit et nous transmet bien des choses au-delà de celles qu'il nous montre véritablement. C'est un excellent film et là-dessus, heureusement, l'affiche ne mentait pas. 
 
 
La Mort de Dante Lazarescu de Cristi Puiu avec Ioan Fiscuteanu, Doru Ana et Dragos Bucur (2005)

4 mars 2011

Morning Glory

Que deviens-tu tonton Harrison ? Harrison Ford, toi qui nous as tant faits rire, pleurer, aimer... Toi qui nous as transportés dans une galaxie fort lointaine dans ton costume de Chewbacca, planqué sous une tonne de poils. Toi que je prenais pour un pénitent immortel après ton rôle dans le miraculeux Indiana Jones et la Dernière Croisade. Toi toi mon toi, toi toi mon tout mon roi. Toi qui es ensuite allé mendier la résurrection de ton rôle le plus mythique pour un pitoyable quatrième opus d’Indiana Jones où tu étais bien le seul à surnager au milieu de cet océan de médiocrité. Je m’arrête là car je me rends compte que j’ai la mémoire qui flanche. Une chose est sûre : Harrison Ford était l’acteur au top, le nec plus ultra d’Hollywood et l’un des mes petits chouchous. Celui auquel je rêvais de ressembler, au point de me scarifier le menton avec fougue pour avoir la même cicatrice, qui s’est depuis transformée en une hideuse seconde bouche.


L'âge d'or d'Harrison.

Triste nouvelle : Harisson Ford n’est plus. L’acteur est aujourd’hui réduit à se singer dans Morning Glory. Dans ce terrible film de Roger Michell, il incarne une légende de la téloche sur le déclin, un reporter enfermé dans les frontières de la ville de New-York, un as du scoop dont les cheveux blancs sont condamnés à terme à tomber les uns après les autres pour notre plus grand effroi. Je vous l’avoue sans honte : j’ai découvert avec ce film la véritable voix de mon idole putride. Son génial doubleur français m’avait persuadé que ma star fétiche devait en réalité avoir une voix d’ange. Quel ne fut pas mon étonnement lorsque je l’ai entendu prononcer ses premières lignes de dialogues en remuant ses vieilles lèvres pâteuses dans ce terrible film que j’ai eu la sale idée de regarder en version originale à plein volume ! Le vieux bonhomme a failli faire exploser mon installation 5.1 achetée à prix d’or chez Lidl. Sa voix de basse vient des Enfers. Il ne parle pas, il grogne, il gronde, il fait trembler les murs. Je n’avais jamais entendu un son si grave. Et pourtant, quand j’étais gosse, je me trouvais en première ligne lors de l’explosion de Tchernobyl. Quelle idée d'aller promener mon chien Flocon sur un affluent du Dniepr encore gelé ! Je me suis pris le fameux nuage en plein dedans, j’en ai bouffé. Je dis « bouffer » car on pouvait littéralement croquer les atomes d'iode 131 et de césium 137, et à l’époque, moi qui adorais les odeurs suspectes et particulièrement tout ce qui schlinguait la Mort, j’allais pas faire le difficile quand une énorme masse noire au goût d'outre-tombe se présentait d’elle-même face à ma tronche enfarinée et à la truffe de mon fidèle Flocon, aussi taré que moi sur ce coup-là. Si je mate tant de films, c’est parce que j’ai quatre paires d’yeux réparties tout autour de ma tête. Ma famille me surnomme affectueusement « l’Araignée », mes amis m’appellent respectueusement Spider-Man, mais dans la rue, c’est plutôt des « Tarentula » ou des « Veuve noire » qu’on me lance à tout bout de champ en m'attaquant à coups de balai. Et ce, malgré le port d’une casquette Umbro qui cache trois de mes yeux. Trois sur huit, c’est pas mal, mais pas assez, je reste un freak. Bref. Je m’égare, et revenons plutôt au cas Ford, le mien étant déjà réglé et consigné par les chercheurs du laboratoire Ecolab de Toulouse. Pour moi, le fameux mystère du grand bloop n’en est plus un. Ce son d’origine inconnu et d’une puissance inédite que les sous-marins américains ont enregistré au large de l’Atlantique durant l'été 1997 n’était autre que ce bon vieil Harrison qui venait de se refermer une porte sur les doigts après avoir créé un puissant courant d'air dans sa maison pour tenter d'évacuer l'odeur pestilentielle d'un de ses pets avant que Calista Flockhart ne revienne des courses.


L'âge de plomb. Quelle plante illégale faut-il fumer pour transformer son organe vocal en un tel instrument de malheur ? Que faut-il boire pour être condamné à ne pisser que du scotch ?

Dans ce film, Harrison Ford incarne donc un vieux présentateur télé à la dérive auquel une jeune productrice propose de retourner au métier en animant son émission matinale. Pour renouer avec le succès et faire grimper l'audience de cette émission, rien de mieux selon elle que de remettre au goût du jour une légende urbaine de la petite lucarne. Cette jeune femme est incarnée par Rachel McAdams à deux voies. Et quand on y pense, son personnage se retrouve un peu dans la même situation qu’un Raymond Domenech en 2005, réduit à faire appel à Zidane et ses sbires pour réussir à qualifier les Bleus en Coup'dum'. Sauf que cette fois-ci, c’est pas du tout du toof et pas de festoche zizou à la clé ; c’est que de la téloche et c’est ultra chiant. Le personnage principal de ce triste film, c’est cette jeune femme insupportable, hyperactive et surexcitée. Son seul objectif et son plus grand rêve ? Percer dans le monde du petit écran. Belle. Accessoirement, elle ne dirait pas non à un homme qui accepterait d’avoir des rapports sexuels bestiaux réguliers avec elle. C’est elle-même qui le dit de cette façon, avec ces mots-là, mais plus vulgairement puisqu'en anglais. Cette femme ne recherche pas l’amour. Non non, certainement pas, c’est bien trop démodé, et ça risquerait de faire correspondre le film au genre « comédie romantique » auquel il est bêtement associé sur les sites spécialisés. Non, son personnage veut simplement un compagnon d'infortune sexuelle, concept apparemment à la mode, pour qu’elle puisse se dire très égoïstement que sa propre sexualité est épanouie, et que donc tout va bien pour elle si l'on ajoute à cela son inévitable réussite professionnelle. Il faut aussi nécessairement que son compagnon de jeu ait l’air profondément idiot, soit tanqué comme une baraque à frites, n’ait aucun charme et possède un visage lisse comme un cul de bébé. Le dénommé Patrick Wilson correspond à la description, alors quand ce playmobil vivant débarque à l’écran, le clitoris de McAdams ne fait qu’un tour : elle a trouvé son étalon. En aparté, si cet acteur insipide sans doute aperçu dans tout un tas de séries et de films médiocres plaît effectivement à la majorité des femmes, alors moi, mes 12 yeux et mes 11 testicules, on abandonne.


S'il a besoin de sourcils, je peux lui en prêter.

Sur un rythme effréné et une musique omniprésente, on suit donc notre héroïne en tailleur se démener pour faire de sa matinale une émission phare de la télé américaine et de son vagin une autoroute à quatre voies. L’actrice est surmontée d’une coupe de cheveux ridicule, avec une frange faite de mèches molles qui tombent disgracieusement sur son petit visage cafi de grains de beauté disgracieusement disposés, et vers laquelle elle n’arrête pas de souffler pour y voir plus clair. On dirait une vieille jument fatiguée. Elle porte souvent des mini-jupes et se trimballe parfois en culotte après s’être amusée avec son mâle, mais comme le réalisateur doit plutôt s’appeler Michèle Roger que Roger Michell, sachez qu’on ne voit jamais rien d'intéressant à l’écran. Amateurs de culs rebondis, de cuisses ciselées et de mollets galbés, passez votre chemin. Pourtant, "Morning Glory", je crois bien que c'est comme ça que l'on désigne la fameuse gaule du matin chez les anglosaxons. D'où le titre de l'album mythique d'Oasis, (What da ?!) Morning Glory, qui est une référence à une célèbre anecdote de tournée du groupe, mettant en scène le surprenant mastodonte du chanteur Noel Gallagher et une groupie crédule. Je m'attendais donc à un film un peu plus ouvert sur ce point-là. Mais j'étais drôlement naïf pour attendre cela de la part de l'auteur du platonique Coup de foudre à Notting Hill et du Diable s'habille en Prada col roulé.


De l'art de faire du placement putride de produit. Combien de pommes distinguez-vous dans cette image ?

Évidemment, McAdams parvient à ses fins, et réussit dans tout ce qu’elle entreprend, ce qui après s’être tuée à la tâche pendant 1h30, était tout de même bien mérité. Mais au bout du compte, le film nous apprend que l’important, ça n’est pas le boulot et la réussite sociale, mais la famille, les proches, et le simple bonheur de vivre en général, quitte à ne pas gagner des dizaines de milliers de dollars par mois. C’est le personnage d’Harrison Ford qui apprend la nouvelle à notre héroïne à la toute fin du film dans un plan séquence de 10 minutes qui a fait vibrer mon immeuble, au point qu'il a reçu le label de résistance aux séismes d'une amplitude de 7 sur l'échelle de Richter, alors que le film nous a martelé tout l'inverse pendant presque deux plombes. Il lui sort sa petite leçon de vie avec sa voix d’outre-tombe qu’on a plutôt envie d’écouter. A ce moment-là Ford, sans doute agacé d’être dans ce long-métrage où il ne manie jamais le fouet, fout véritablement les j’tons. Avec ses mille et une rides, sa serpillère blanche en déliquescence sur la tronche, sa bouche de travers et tout son visage qui tomberait s'il n'était pas simplement retenu par la force de ses cordes vocales, l’acteur impressionne et tétanise. Je finirai en m’adressant à lui : Harrison Ford, tu appartiens au siècle passé. Et ta voix renferme en elle toutes ses tragédies. Tu es le Prince des Ténèbres.


Morning Glory de Roger Michell avec Rachel McAdams, Harrison Ford, Patrick Wilson et Diane Keaton (2011)

3 mars 2011

Tamara Drewe

Je veux vous parler de ce film brutal, violent, chamboulant. Un film qui vous assomme volontairement. Qui vous frappe, vous secoue, vous remue, un film qui affiche clairement la volonté d'ouvrir les plaies et de ne pas les refermer. Un film choc ! Tamara Drewe est un pur électrochoc pour le spectateur non-averti. C'est un film miné, réalisé par un homme dont l'ambition affichée est de vous ébranler en véritable sismologue des âmes fragiles, il vous bouleversera via une terrible onde de choc vouée à meurtrir le regard en vue d'un impossible apaisement. Soyez prêts à tomber dans un précipice que vous ne connaissez pas. Préparez-vous à un soubresaut inoubliable : on en sort ravagé, moralement déboussolé, en perte totale de repères. C'est une expérience capable de vous faire tourner de l’œil. Malgré les apparences je ne vous parle pas de Délivrance ou de Voyage au bout de l'enfer, mais c'est tout comme. Il faut s'accrocher pour ne pas céder face à une terrible sensation de trop-plein. Y jeter un œil c'est y jeter les deux, on en sort aveuglé à jamais. Nous voilà ni plus ni moins poussés dans nos derniers retranchements. Et ce sentiment naît du vide intersidéral qui règne ici.


Toute la bande-annonce reposait sur cette image. J'ai moi aussi cédé à la tentation en me commandant le même mini-short en jean sur Sarenza.com. J'ai une sacrée dégaine là-dedans.

Que dire sinon que c'est une "comédie pastorale légère" comme l'affirme fièrement Stephen Frears lui-même. Je suis obligé d'aller vérifier le nom de ce réalisateur après l'avoir écrit car j'ai toujours un doute. Je confonds Stephen Frears et Brendan Fraser quand je ne le confonds pas avec Mike Leigh, autre réalisateur anglais plus très frais, auteur de comédies acides sans intérêt. J'essaie de justifier cet amalgame que je fais systématiquement alors que franchement je n'ai aucune raison valable. Je les confonds, c'est tout. Je confonds aussi Mike Leigh et Spike Lee, Spike Lee et Spike Jonze, Spike Jonze et Fredéricks/Goldman and Jones. Du coup je confonds Stephen Frears avec une grosse noire et deux guitaristes de variété... Je souffre probablement d'un grave problème psychiatrique et c'est pas toujours facile de m'y retrouver.



Que filme Stephen Frears ? Un lavabo ou les nichons de Gemma Arterton ? On sent que le réalisateur n'a pas su choisir.

Stephen Frears c'est Héros malgré lui, un film sympa avec Dustin Hoffman mais qui remonte à 1993, c'est High fidelity, le navet préféré de tous les zicos manchos, et c'est The Queen, avec une Helen Mirren grabataire pour incarner Lady Di, soit la pire erreur de casting de l'Histoire du cinéma. Fort de ce C.V. en contreplaqué, Stephen Frears a voulu adapter le célèbre roman graphique du même nom racontant l'histoire de cette fameuse Tarama Drue : "avec son nez refait, ses jambes interminables, son derrière de rêve, son job dans la presse people, ses aspirations à la célébrité et sa facilité à briser les cœurs, Tamara Drewe est l'Amazone londonienne du XXIe siècle". Cette dernière formule n'est pas de moi et j'en remercie le Ciel. Voilà pour le pitch de ce bien triste film tel que tiré de son dossier de presse, film pas très drôle, caricatural au possible et qui se conclut sur une espèce de morale piteuse lorsque le personnage du mari adultère est "puni" par un troupeau de vaches qui le piétine jusqu'à ce que mort s'en suive. C'est donc un gros veau-de-ville raté, qui se prend pour du Chabrol mais qui se retrouve dans la lignée des fours de Jean Lefebvre : à chier. "Mais j’aime bien dire aussi que Tamara Drewe est une comédie pastorale !", insiste Stephy Frears à longueur d'entretiens. Soit, Steven, dis-le si ça te fait du bien. Le cinéaste ne dit d'ailleurs pas que ça, il dit aussi qu'il a réalisé un film "à la Clint Eastwood", ce qui donne une meilleure idée du délabrement de la carrière de ce dernier. Stephen Frears, comme feu Eastwood, est désormais bon pour le bûcher des vanités.


Tamara Drewe de Stephen Frears avec Gemma Arterton, Roger Alam et Bill Camp (2010)

1 mars 2011

Tout va bien ! The Kids Are All Right

Ce film insipide a eu droit à sa petite nomination à l'Oscar du meilleur film. Chaque année ou presque, c'est la même chose, un ou deux petits films typiquement "indés" sont nommés pour la récompense suprême de ce cinéma américain en perdition mais qu'il est visiblement de bon ton d'aduler et de regarder avec envie dans les médias français. Les exemples de ces films indés dont on se souvient le mieux sont Juno et Little Miss Sunshine. Mêmes ingrédients, même recette, même succès. Ces films doivent également avoir pour modèle ultime le sinistre American Beauty de Sam Mendes, un véritable Academy Award Winner de bien triste mémoire qui nous a tous, un jour ou l'autre, pourri deux heures de notre vie, et que nous avions déjà bien épinglé dans nos pages. Mais revenons donc à ce film de Lisa Cholodenko, une cinéaste qui ne ressemble aucunement au mannequin slave que son patronyme nous laisse espérer et qu'on imagine aisément homosexuelle. Cholodenko s'intéresse effectivement dans son dernier rejeton à une petite famille recomposée de lezbdos des suburbs californiens.


Lisa Cholodenko nous montre fièrement le nombre d'idées qu'elle a déjà eues

Au début du film, alors que notre patience et notre espoir sont encore gonflés à bloc, on se dit que cette histoire de père biologique (Ruffalo) dont l'arrivée bouleverse la vie d'une petite famille homoparentale (Julianne Moore, Annette Bening et leurs deux ados) va peut-être donner quelque chose de drôle, de surprenant, d'original, d'amusant. Que nenni que diable ! Tout est cousu de fil blanc, et il ne se passe jamais rien ! Rien ! Nenni ! Alors certes, le couple de lesbiennes est assez crédible, ce qui est déjà pas mal dans un film ricain merdeux et ce qui a également valu une nomination à l'Oscar pour Annette Bening cette année. Certes (en trivia de tous les diables), la propre fille de Steven Spielberg a un petit rôle dans ce film. Mais à part ça... A part ça ! On retrouve évidemment beaucoup des tics habituels des films "indés", dont bien entendu de la musique omniprésente avec, en tête, David Bowie, décidément très en vogue dans ce genre de films, mais aussi des choses plus récentes comme Deerhoof, Fever Ray ou Tame Impala. Quiconque peut donc, comme d'habitude, s'amuser à prendre ce film pour un blind-test long d'une heure et demie. Là où cela devient moins amusant, c'est lorsque ces références se font plus directes, avec notamment une scène de repas tétanisante où Annette Bening et Mark Ruffalo reprennent en chœur Joni Mitchell. "Ow no how pinkeuzoïde, if you some gafftasste some grododendron, yé". Si vous vous êtes envoyé cette scène, vous pouvez tranquillement considérer que vous avez survécu à ce qui doit être l'un pires moments de cinéma de l'an passé. At ease !


Petit aperçu d'une de ces interminables "scènes de bouffe" dans lesquelles rien ne nous est épargné, ni même le "moment cure-dent"

D'ailleurs, à propos de scène "de repas", il faut aussi savoir que ce film en est tout particulièrement farci. Ça doit être un record. Du jamais vu ! On voit sans arrêt les protagonistes bouffer leurs plats dégueulasses tout en échangeant des banalités confondantes. Doit bien y avoir six scènes "de repas" et Dieu sait que c'est insupportable d'admirer tous ces acteurs qui font semblant de mastiquer et de retourner leurs langues dans leurs bouches de la même façon. C'est vraiment à se demander s'ils ont déjà bouffé un jour pour se rendre compte que ça ne se passe pas comme ça et qu'on ne ressemble certainement pas à ça quand on mange... Et merde, on ne mange pas la bouche ouverte ! Mes cousins me le font encore, et c'est une tragédie de bouffer face à eux depuis tout ce temps. Voir ça dans ce film me rappelle ces moments terribles. Il y a aussi dans ce terrible film deux ou trois scènes dites de "brossage de dents" et, comme d'habitude, sans dentifrice, mais les personnages font tout de même semblant de cracher leurs glaires dans le lavabo à la fin. Je ne sais pas vous, mais moi, face à ce triste spectacle, je vois en infra-rouge ! Évidemment, on ne ferait pas attention à ces détails s'il se passait par ailleurs des choses intéressantes à l'écran. Mais comme il ne se passe quasiment rien, on se surprend à se mettre en boule pour des atrocités qu'on a déjà vues et subies mille fois ailleurs. Ce film, qui se veut très profond, ne vaut pas mieux qu'un épisode quelconque de Desperate Housewives qu'on aurait rallongé d'une heure.


L'acteur de gauche a l'air de mater son assiette en se disant "Ras-le-bol de ces plats bio végétalo-lezbdos, quid de ma virilité ?"

Non content d'être un bon gros tas de fumier, The Kids are All Right se termine aussi de façon assez hideuse en prônant une morale tristement douteuse. En gros : une famille se doit nécessairement de rester recroquevillée sur elle-même pour survivre. Mark Ruffalo est donc bien gentiment prié d'aller voir ailleurs, alors que tout le monde s'est pourtant véritablement attaché à lui, au point que chacun a pu goûter à son mastodonte d'irrésistible latino du middle-west. Enfin, comment parler de ce film sans évoquer ce terrible plan sur les gambas flétries de Julianne Moore ? La plus célèbre des actrices rouquines hollywoodienne perd ici le peu de sex-appeal qui lui restait à l'orée de ses 70 balais, et elle va sans doute traîner comme un boulet cette image effroyable tout le reste de sa carrière. Une image qui n'est pas près de me quitter. Si vous m'avez bien suivi jusque-là, vous avez pu deviner que Julianne Moore incarne une lesbienne. Or, c'est bien connu : les lesbiennes ne font pas gaffe à leurs corps, se négligent totalement, s'habillent comme des loques et ne s'épilent pas. CQFD Josée Dayan ! Cela semble être un fait mais c'est tout de même étonnant qu'une lesbienne (Cholodenko) dresse un tel portrait de son propre camp. Elle se tire une balle dans le pied, soit. Pour Lisa "2 de QI" Chodolenko, lorsqu'on ne s'épile pas, nos jambes se putréfient littéralement et deviennent immanquablement d'une couleur violacée, tout en se recouvrant d'abjects poils noirs, chose d'autant plus étonnante chez une pure redhead comme Roger Moore. Très franchement, c'est un des trucs les plus laids que j'ai vus de ma vie.


Argh !!!

Film indé oblige, on a aussi droit à quelques scènes de baise assez explicites entre Marco Ruffalo et Michael Moore, où les deux acteurs semblent littéralement "prendre leurs pieds", violacés pour Julianne, couvert de poils crépus pour Marco. Au tout début du film, on devine aussi Moore administrer ce que l'on appelle communément un "cuni lingus" à une Annette Bening qui n'en demandait pas tant et qui semblait encore ignorer être une "femme fontaine" de premier ordre. Après plus de 20 ans de vie commune, ça laisse pantois quant à l'amour que se portent ces deux personnages incapables de savoir que l'une a des mollets violets et que l'autre fait du "glorious rain" dès qu'on la titille un peu. Face à tout ça, on se réjouit forcément d'être dans un film "indé" ricain. C'est dingue ce qu'ils osent faire, montrer, suggérer. Moi qui suis abonné à BangBros, ForcedBabySitters et SpankWire, je n'en croyais pas mes mirettes. Tu parles... Crève Lisa Cholololenko, retourne jouer au tennis ! Toi et tes deux idées, vous pourrez même pas faire un double !


Vraisemblablement surpris par son propre cobra et l'intensité du plaisir ressenti, Mark Ruffalo "descend du train en marche" afin de ne pas indisposer l'actrice pas tout à fait ménopausée par un jet malencontreux

Je terminerai ma critique par une petite trivia de derrière les fagots, en constatant qu'il est plutôt paradoxal qu'Annette Bening joue une lezbdo, elle qui est en réalité mariée au plus gros "serial queutard" du tout Hollywood en la personne de Warren Beatty. Warren Beatty, cet acteur redoutable qui affirme à longueur d'interviews qu'il a dégommé plus de 3000 femmes et enfants tout au long de sa vie, and counting. Glaçant...


Tout va bien, The Kids Are All Right de Lisa Cholodenko avec Annette Bening, Julianne Moore et Mark Ruffalo (2010)