23 juin 2009

American Beauty

J'étais persuadé d'avoir téléchargé American Booty, le fameux film introuvable, indisponible à la BU, emprunté depuis des lustres à MediaPorn, la médiathèque Porno de Toulouse. C'est l'affiche qui m'a trompé. C'était osé de la part de l'équipe marketing du film de coller un gros trou du cul (certes impeccable) à côté d'une rose sur le poster du film. Finalement c'était donc American Beauty, pour lequel Sam Mendes a obtenu l'Oscar du meilleur film. C'est d'autant plus fort que c'était le tout premier film réalisé par Sam Mendes. Cette année-là American Beauty était en concurrence avec Sixième sens pour l'ultime récompense de ce cinéma hollywoodien moribond depuis près de 15 ans. Ces deux films ont en commun d'avoir engendré, ou d'avoir ravivé des modes tout à fait détestables, insupportables aujourd'hui. Concernant Sixième sens : le film fantastique pour tout public, ambitieux et modeste, ainsi que l'usage abusif du twist final perçu comme la clé d'un succès assuré ; sans oublier le retour sur le devant de la scène des enfants autistes, personnages aussi fascinants que têtes à bouffes (Haley Joel Osment, aujourd'hui condamné à donner sa voix aux films Pixar, tant l'adolescence s'est avérée pour lui l'équivalent d'une guerre mondiale, rivalisait dans ce domaine avec Sean Penn).



Concernant American Beauty, de Sam Karman Mendes, qui nous intéresse aujourd'hui, il a peut-être fait pire, car plus sournois. En effet American Beauty c'est l'épanouissement d'un certain genre de films indépendants, pasteurisés, demi-écrémés, sans sucre ajouté, dénués d'apports journaliers. Si ce film était un produit de consommation ce serait de l'Actimel, un petit truc qui ne sert à rien mais qui fait le bonheur de ces dames. Ma phrase n'a aucun sens puisque American Beauty EST un pur produit de consommation. Sam "Je suis Sam" Mendosa a lancé toute une vague de films indés manufacturés, produits à la chaîne, ayant pour sujet la petite famille américaine et ses petits tracas, pleine aux as mais rarement épanouie. Toujours le même père de famille en pleine crise de la cinquantaine, déconnecté de ses gamins, plus vraiment excité par sa femme, aigri par son boulot (le sempiternel "bureau"), attiré par de nouvelles sensations de type pédophiles et désireux de rattraper sa jeunesse perdue. Toujours la même mère désintéressée de ses enfants, encore bonne mais totalement asséchée, qui rêve d'un gang-bang avec dix blacks fraîchement échappés de taule, d'une sorte de gros nettoyage de printemps. Toujours la même fille à la sexualité récemment inondée, aux seins qui poussent plus vite que la musique, brillante au lycée mais peu motivée, en guerre contre ses parents et avec sur les écoutilles un discman diffusant The Shins en boucle. Elle aussi rêve d'un gang-bang avec dix blacks fraîchement échappés de taule (même si sur sa liste de noël elle précise qu'un seul suffirait, dans une lettre adressée à un Santa Claus qui fondra sur place en lisant ses mails). Toujours le même petit-ami mal vu par les parents, car synonyme d'une virginité bientôt rencardée au rang de souvenir pour leur progéniture, un type sombre, cynique, torturé, vêtu de noir, qui fait un peu de cinéma avec sa Super 8, qu'est fan de Lynch, qui a toujours les volets tirés et qui sait révéler sa conne de copine à elle-même en employant parfois des ustensiles de cuisine.



Sam Mendosa, avec tous ces ingrédients de merde, a pondu le prototype de ce cinéma qui nous pourrit la vie depuis quinze longues années. Ce prototype c'est un film d'une banalité confondante, con comme ses pieds, qui croit dénicher l'Amérique dans ses petits secrets, filmé le plus platement et le plus scolairement possible (Dawson Creek n'est pas loin), avec un fond de chansons sympas, et parfois une touche soi-disant provocante ou "osée", tandis que Kevin Spacey se branle sous la douche de dos en nous saoulant de sa voix-off la moins inspirée. L'acteur reconnaîtra plus tard avoir davantage pris son pied en doublant Monsters Inc., le bébé de Pixar. Encore cette semaine sortait Smart People, un film directement calqué sur ce prototype affreux lancé par Sam Mendes. La seule originalité dans ce dernier film c'est le personnage du tonton qui rêve de s'enculer sa nièce.



La pire scène du film reste celle où le petit ami de Thora Birch lui montre un des milliards de torchent-cul (qu'il appelle des "films") qu'il a capté avec sa caméra Super 8, il lui présente celui qu'il préfère. Dans ce film il tente de capter toute la beauté du monde en filmant un sac plastique qui flotte et virevolte au gré d'un petit tourbillon du vent dans une rue de banlieue. C'est Mendes qui nous parle à travers ce personnage auquel il s'identifie sûrement. Ce même Mendes qui en 1999 a vécu une "année noire" malgré son Oscar puisqu'il s'est fait plaquer par sa femme et ses dix gosses, tragédie qui lui a inspiré le triste métrage qui aura fait son succès. Il veut nous rappeler que la vie n'est pas toujours très gaie mais qu'un sac plastique ça reste beau. Avec cette scène (littéralement) au ras du sol, Mendes donne sa définition du cinéma et résume en une séquence cette tendance actuelle qui consiste à vénérer la médiocrité et l'insignifiance.



Au final Kevin Spacey a obtenu un oscar en laissant libre cours à sa libido endiablée le temps d'un tournage. Les regards qu'il lance à ce poiscaille qu'est Mena Suvari, c'est tout ce qu'on lui demande, mais ils n'ont rien d'artificiel. C'est l'acteur qui zieute à ce moment-là. Sam Mendes a la curieuse habitude de nettoyer ses lunettes avec son calebarre, il ne s'étonne plus d'avoir les yeux qui puent la queue. Depuis ce film il s'est vautré dans Les Sentiers de la perdition. Et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour ne jamais tomber sur Jarhead Leto. Tout dernièrement il a eu la brillante idée de réunir Kate Winslet et Dicaprio, sans même être au courant que les deux acteurs s'étaient déjà noyés ensemble dans le Titanic. Un sacré coup marketing inconscient ! Ceci dit la petite histoire ne raconte pas qu'aujourd'hui Mendes est plongé dans son manuel du Droit de la Propriété Intellectuelle, et il essaye de "coincer" un James Cameron plutôt intouchable sur ce coup, puisque c'est bien lui qui a eu l'idée de créer ce couple en premier, et dix années d'écart entre les deux films donnent raison à Cameron. A la barre seront appelés les dix piges et les milliards de témoins ayant fait de James Cameron le Picsou des temps modernes, le maître du monde.


American Beauty de Sam Mendes avec Kevin Spacey, Mena Suvari et Annette Bening (2000)

9 commentaires:

  1. Le constat de ce genre de misérabilisme est sans appel et me fout les glandes.
    Cependant, j'aimerais que vous chroniquiez Jarhead (le Caméléon).

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  2. Ca y est, ce film est enfin chroniqué dans ces colonnes. Maintenant, place à Mesrine !

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  3. Hé ! Regardez ! Rémi a ENCORE fait une critique dans laquelle il fait des jeux de mots avec les noms des réals/acteurs !

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  4. Chenapan, toujours le mot pour rire, toujours la remarque qui cherche à taper sous la ceinture.

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  5. la caricature, comme tu la décris si bien, de ces personnages caricaturaux noyés dans leur pathétisme n'est qu'uèn prétexte. Et à mon humble avis, c'est même une volonté du rélisateur justement pour en extirper une choçose indicible au dessus de cette morfonde banalité. la force de ce film est tout autre, il décris le choquant dans l'empathie, ce qui est choquant ne l'est plus (je parle, entre autre de cette snene de NON-sex, voilà toute la subtilité, entre le père et la copine ) . Voilà toute l'âme de ce film. Et je pense que tu es passé à côté.

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  6. En fait je me rends compte que je ne pense vraiment pas être "passé à côté" (soit dit en passant, voici là une bien triste expression toujours très utile pour s'expliquer qu'un film a pu être reçu différemment et systématiquement employée par les personnes à court d'argument) d'American Beauty, étant donné que toutes les évidences dont tu parles, Thiebauld, Sam Mendes nous en fait part en les surlignant au stabylo, ce qui ne fait certainement pas de son film une oeuvre "subtile", bien au contraire...

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  7. Je pense que vous n'avez pas saisi le sens réèl du film. C'est en fait une fine caricature aux airs grossiers de l'échec du soit-disant rêve américain, une dénonciation des standards et une remise en question de notre société consumériste. Ce film, sans rebondissements ou trame accrocheuse tel un Batman avec Christian Bale, n'en demeure pas moins un chef d'oeuvre. Il amène à la réflexion sur le véritable sens de la vie et toutes les beautés du monde cachées par le culte commun de la superficialité et du "parfait". Un film qui amène à la réflexion de manière déroutante. Parfait dans son pathétique.

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    1. Une œuvre qui nous dit, sans jamais bousculer nos attentes, au contraire, avec un aspect séduisant à souhait, très confortable, presque publicitaire, avec les armes de ce qu'elle dénonce, que le bonheur n'est pas dans la consommation, dans l'argent et dans le matériel, mais bien dans les petites choses de la vie, un sac plastique qui tournoie dans le vent par exemple, ou une adolescente excitante aux yeux d'un quadra en pleine crise existentielle et sexuelle, est digne d'un roman de Marc Levy. On peut aimer Marc Levy. D'ailleurs beaucoup de gens l'aiment.

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