26 juillet 2022
Black Phone
4 mars 2022
Mad Dog and Glory
Je n'avais jamais vu ce film. Je ne savais même pas de quoi il s'agissait. Le titre me parlait bien sûr, on l'entend une fois et on ne l'oublie plus jamais. Mais je l'associais à un obscur film de guerre, ce qui n'avait aucun sens puisque le film de guerre est mon genre cinématographique préféré de très loin, et que je connais absolument tous ses représentants sur le bout des doigts ; je me suis même fait une sorte de playlist, sur un disque dur externe de 10 téraoctets, d'un bon millier de films de guerres en 1080p qui tournent en boucle sur mon home cinema en mode shuffle, emplissant ma maisonnée et mon quartier de bruits incessants de pétarades, de mitraillages, de fusillades, de hurlements de douleur atroces et de bombardements lourds en 5.1 qui ravissent mes voisins, surtout par les temps qui courent, dont certains sont désormais capables de reconnaître le calibre précis d'un flingue qui crache ou le type exact des obus qui pètent dans mon salon H24. Autre bizarrerie, ne jamais avoir aperçu l'affiche du film, pourtant certainement placardée dans tous les vidéo-clubs du temps de ma prime jeunesse, et par conséquent avoir ignoré tout ce temps l'identité des deux acteurs principaux de Mad Dog and Glory, Bob De Niro et Bill Murray, à savoir mes deux acteurs préférés de tous les temps, dont j'ai vu absolument tous les films, sauf Mad Dog and Glory. C'est réparé.
| Mêmes effets spéciaux que pour les hobbits dans Le Seigneur des anneaux pour rapetisser De Niro. |
| Ces deux-là se sont retrouvés il y a deux ans dans The War with Grandpa que je n'ai pas vu. C'est tout ce que j'ai à dire à propos de ça. |
| ? |
Je ne peux
pas croire que cette scène soit simplement gratuite, posée là sans raison. Or j'ai
pu lire, après des recherches à la Bibliothèque Nationale de France, que cette
séquence est une séquence intertextuelle. Après d'autres recherches pour
comprendre ce mot, j'ai compris que la scène mystérieuse faisait référence, allusion,
clin d'oeil, à un autre film... Mais lequel ? Je ne trouve pas. Alors que
j'ai vu et revu toute la filmographie des deux acteurs principaux de ce maudit
film. Comment est-ce possible ? Je deviens malade. Que m'as-tu fait John McNaughton ? (Cf. le
réalisateur du film, dont tous les autres métrages ont dans leur titre
soit le mot "sexe" soit le mot "crime", qu'il a réussi à combiner dans
le titre Sexcrimes, film fétiche de mon frère aîné dans les
années 90, pour les formes de Denise Richards, aux côtés de l'intégrale de Buffy contre les vampires, pour celles de Sarah Michelle Gellar, et de Snake Eyes, pour celles de Gary Sinise). De Niro et une biche... Une biche et De Niro... Je m'avoue vaincu. J'ai pensé,
dois-je le dire, au risque de passer pour un idiot, j'ai pensé à Bambi.
Mais je ne suis pas certain que De Niro ait doublé la biche dans la
version originale du film, n'ayant jamais vu que la VF, où la voix du
petit cervidé éponyme était assurée par le regretté Jacques Frantz, le
doubleur éternel de De Niro justement, de Mel Gibson, John Goodman,
Dolph Lundgren, Nick Nolte ou encore Ron Perlman, et qui nous a quittés
l'an dernier, l'homme aux mille voix, l'homme à la voix unique, l'homme à
la voix reconnaissable entre toutes, l'homme à la voix. RIP Jacques Frantz.
Mad Dog and Glory de John McNaughton avec Bill Murray, Robert De Niro, Uma Thurman, Mike Starr et David Caruso (1993)
1 avril 2015
Predestination
23 juin 2013
Tape
Tape, sorti en 2001, est un huis clos captivant et bien ficelé adapté d’une pièce de théâtre à succès. Son réalisateur, Richard Linklater, est une figure respectée du cinéma indépendant américain. On lui doit notamment Slacker, un film flâneur mais diablement ingénieux qui eut une influence considérable sur le monde alors en pleine éclosion du ciné indé US, à l'orée des années 90 ; une sorte d'équivalent filmique au Slanted & Enchanted de Pavement, le laisser-aller fauché et décontracté ayant toutefois plus de charme étendu sur les 38 minutes de l'album du groupe culte californien que sur les 97 minutes du film qui fit d'Austin un paradis pour hippies. Richard Linklater est depuis devenu un véritable touche-à-tout, aussi bien capable de torcher des comédies sympathiques tout public (School of Rock) que de produire des films indépendants plus ou moins audacieux, se déroulant souvent en un temps très limité (la trilogie Before Sunrise, Before Sunset, et Before Midnight où son acteur fétiche Ethan Hawke tente de séduire la belle Julie Delpy en 24h) ou employant des méthodes de filmage parfois un peu douteuses ou, au contraire, terriblement ambitieuses (A Scanner Darkly, Waking Life et le futur Boyhood - curieux projet dont le tournage s'est étalé sur douze années). Tape ne déroge pas à la règle de l'unité de temps réduite à un minimum puisque l’action du film se déroule en temps-réel, soit en l'espace d'un peu moins de deux heures. Le film prend entièrement place dans une chambre de motel miteuse qui est le théâtre de l’affrontement psychologique à couteaux tirés entre deux anciens potes de fac, incarnés par l'inévitable Ethan Hawke et l'énigmatique Robert Sean Leonard, un acteur brun ressemblant étrangement à Jim Carrey. L'arrivée d'Uma Thurman, troisième et dernier personnage au cœur d’une intrigue dont je ne vous dirai rien pour ne pas vous gâcher le plaisir, ne survient qu’à la moitié du film.
Tape de Richard Linklater avec Ethan Hawke, Robert Sean Leonard et Uma Thurman (2001)
8 juillet 2012
Bel-Ami
Une semaine avant la sortie de The Amazing Spider-Man, Hollywood nous a livré son adaptation du Bel-Ami de Maupassant. L'imagination ayant totalement foutu le camp chez les scénaristes des grands studios, quand ces derniers ne tournent pas misérablement en boucle sur les pires comics pour adolescents peu exigeants ils s'en prennent à un autre matériau brut, d'une qualité inversement proportionnelle : les grands auteurs classiques. C'est plus rare évidemment, et pour un roman des sœurs Brontë ou de Maupassant taillés en pièces sortent cent films de super-héros, mais le mal occasionné est plus grand. Il est plus grand quand le produit ciné fruit de l'adaptation, d'une qualité médiocre quoi qu'il en soit, massacre un grand texte au lieu de sur-populariser une bande-dessinée déjà populaire et de crétiniser un comic book déjà crétin. La crétinisation du texte de Maupassant s'organise en deux temps. D'abord celui de la mise en scène, d'une banalité sans faille bien qu'essayant vaguement de passer pour maligne, balisée par le cahiers des charges habituel, le guide du routard hollywoodien, le petit futé du film en bois, le manuel illustré d'Alan Smith en personne. Le film de Declan Donnellan et Nick Ormerod (car ils s'y sont mis à deux…), qui se paye pourtant le luxe d'avoir Maupassant pour scénariste, Maupassant l'un des plus grands et des plus efficaces conteurs de l'histoire de la littérature, nous plonge dans un ennui tel (le film est presque aussi excitant que son homonyme Bellamy) qu'on se met à observer les plans concoctés par les deux horlas aux manettes et par mille autres manchots avant eux, à scruter chaque travelling et chaque contre-plongée, et il y a de quoi se rendre nauséeux comme on peut l'être face à un Paris-Brest (même si une tarte à la crème serait plus adaptée) quand on en a déjà bouffé des tonnes, à ceci près que ce film n'a pas le centième de la saveur d'un Paris-Brest. Puis, seconde étape de la crétinisation de l’œuvre originale : les comédiens. Et petit interlude imagé avant d'attaquer le second et dernier (faut pas exagérer) paragraphe de cette critique :Tous les acteurs du film sans exception cabotinent comme des sagouins en donnant à la prose de Maupassant des accents vaudevillesques de théâtre de boulevard. Le cadavre d'Uma Thurman et le squelette de Christina Ricci s'appliquent à foutre en l'air tous leurs dialogues et se rengorgent de vomir ici ou là un mot en français, y compris le titre du film et de l’œuvre source, qui risque d'en pâtir à jamais. La palme revient peut-être à Robert Pattinson, qui minaude d'un bout à l'autre comme la dernière des starlettes glam-rock en mal d'amour (le magazine Glamour donne d'ailleurs 4 étoiles au film comme nous l'apprend une affiche rose-bonbon proprement hideuse, en affirmant : "Les Liaisons Dangereuses pour une nouvelle génération", c'est juste dommage qu'ils aient confondu les deux livres). Pattinson en fait des tonnes à coup de froncements de sourcils inopinés et de mouvements de lèvres en tous sens, supposés chavirer les dames. L'acteur se sait boloss et fait tout pour l'être à chaque seconde où il est à l'image (ça fait un paquet de secondes d'auto-masturbation), n'ayant pas encore
compris que c'est en évitant de la quêter que la beauté apparaît. Pattison inverse sous nos yeux le paradigme mathématique selon lequel moins par moins égale plus : plus il en fait des tonnes moins il nous convaincra et si je ne parle que de ce tocard c'est vous dire qu'il n'y a rien à retenir de cet affadissement malingre du roman de Maupassant. Dans les toutes premières scènes le film semble bénéficier malgré lui de la richesse du texte qu'il adapte mais très vite Hollywood dans ce qu'il a de pire reprend ses droits et une superficialité accablante vient martyriser l'écrivain français. Le vrai drame c'est que pour quelques années la couverture de l'édition poche de Bel-Ami sera à l'effigie vulgaire de ce naveton de premier choix.Bel-Ami de Declan Donnellan et Nick Ormerod avec Robert Pattinson, Uma Thurman, Christina Ricci et Kristin Scott-Thomas (2012)
16 mai 2011
Stone
En ce moment, il est de bon ton de cirer les pompes de l'acteur Robert De Niro. L'actuel président du 64ème Festival de Cannes est le véritable Dieu de la Croisette. Profitant de l'occasion, tout le monde y va de son petit éloge adressé à l'acteur bicentenaire. Je ne suis pas là pour remettre en question son statut de légende vivante du 7ème Art, loin de moi cette idée, je ne me permettrais pas. En outre, je le considère également comme un très grand acteur, bien entendu. Que ce soit dans S1m0ne ou, plus récemment, dans 88 minutes, l'acteur m'a plus d'une fois mis sur le cul. Je n'écris pas non plus ces lignes pour rappeler que la carrière de la star est en chute libre depuis le début du nouveau millénaire, ce qui commence à faire un petit bout de temps. Non, ce serait trop facile, et j'estime qu'à 60 ans passés et avec le statut qui est le sien, on peut tout à fait se permettre de foutre en l'air sa propre carrière. C’est bien légitime. Non, c'est d'un sujet plus léger, plus terre-à-terre mais néanmoins assez tristounet dont je veux aujourd'hui vous dire deux mots.
Il emmagasine, il emmagasine, sa grosse ride entre les sourcils en dit long... A force, il va finir par imploser !
Quand il se force à sourire, ça donne ça ! La partie gauche de son visage est irrémédiablement figée par le courroux tandis que la partie droite lutte encore pour sourire, mais plus pour longtemps.
L'ambiance n'était pas non plus au beau fixe sur le plateau, à en juger le regard assassin qu'un Ed Norton à fond dans son rôle adresse au caméraman (qui aurait déclaré qu'il ne faisait que son boulot).
Je sais ce qu'il me reste à faire si ma meuf menace de foutre les voiles : la même chose, mais avec le chat
L'intrigue du film résumée en un fan-art. Pour chaque film que je mate, je crée un montage de cet acabit, avec le titre au milieu. Ça me permet de me rappeler du film en cas de trou noir. Je range tout ça sur mon Iphone 3GS et je peux consulter mon album-souvenir à ma guise pour mieux discuter ciné avec mes amis. C'est très utile pour les films de merde comme celui-ci. On voit que Guy Pearce fait pareil dans la version uncut de Memento. A ce propos, ça fait six mois que je planche sur le fan-art d'Inception, que je n'arrive décidément pas à résumer de cette façon.
Une posture proposée par l'actrice pour charmer son partenaire. Milla Jovovich est l'indice permettant normalement se savoir à l'avance que l'on a affaire à une saloperie de film. Je l'ai compris qu'après-coup. Sur ce plan, elle me donne presque envie de reconsidérer mon orientation hétérosexuelle.
Ce gros plan mortel survient après un travelling en apesanteur accompagné d'une musique ambient sinistre. C'est la Grande Faucheuse qui nous contemple droit dans les yeux.
8 janvier 2011
The Killer inside me
Dieu seul sait pourquoi j'ai regardé ce film, mais même le Tout-Puissant, dans Son infinie sagesse, doit ignorer pourquoi je l'ai maté jusqu'au bout... The Killer inside me, réalisé par Michael Winterbottom, raconte l'histoire d'un jeune shérif nommé Lou Ford et interprété par Casey Affleck, qui bosse dans une petite bourgade rétrograde du Texas et qui est chargé d'aller à la rencontre d'une putain sédentaire incarnée corps et âme par une Jessica Alba très à l'aise dans son rôle. Notre Shérif Lou Reed est censé l'expulser de la ville fissa. Mais cette péripatéticienne professionnelle s'en prend tout de suite à lui, alors qu'il ne lui a rien fait, et le gifle violemment à plusieurs reprises jusqu'à ce qu'il la force à s'aplatir sur le lit de sa vieille cambuse et lui pulvérise le cul à grand renfort de coups de ceinturon. La "pouffiasse", y'a pas d'autre mot, prend son pied à deux mains tandis que son fessier bulbé se met à méchamment ressembler à un jacuzzi bouillant. Sur ce, les deux débiles s'envoient en l'air à cent à l'heure, et c'était le début du film. Pourquoi aller plus loin ?
Mais pourquoi pas ? C'est ce qu'on se dit. On a tort de se dire ça mais on se le dit quand même. C'est typique avec ce genre de polar psychologique à trois euros. Pourquoi et pourquoi pas ? Va savoir avec Gérard Klein... Ça nous fait ni chaud ni froid. On s'en tape carrément à vrai dire. Mais on va au bout du tunnel. Le tunnel justement c'est quoi ? C'est l'histoire de ce shérif complètement taré qui est en réalité un tueur sadique, machiavélique au dernier degré et très peu malin à la fois. Pour empocher du blé et régler une obscure affaire de vengeance, il tue la pute dont il avait entre-temps fait sa maîtresse à plein temps, ainsi qu'un autre type qu'il connaissait depuis toujours et qui apparemment lui avait jadis fait une crasse ou que sais-je. Toujours est-il que cet ex-camarade d'école est assassiné sèchement, abattu de quatre balles tirées à bout portant dont une dans le front. En revanche, Jessica Alba subit un sort moins appréciable. La scène où Lou Ford Madox Ford la tue est assez rude, assez rugueuse oui...

Sans crier gare et sans que la jeune femme ne s'y attende, sans même qu'elle comprenne ce qui lui arrive, le shérif, après l'avoir baisée une énième fois, enfile des gants et se met à pincer le nez de sa roulure préférée, à lui coller quelques gifles, ce à quoi elle ne réagit pas puisqu'elle est habituée à se faire destroy pour le plaisir. Mais rapidement il se décide à lui envoyer d'énormes tampons dans la tronche, de plus en plus fort, tout en lui parlant, au point de finalement la coller au mur pour frapper dans son visage sans interruption et de toutes ses forces, longuement, fondant sur ce joli minois défragmenté comme une sauce carbo fond dans la bouche d'un fin gourmet. La fille ressemble à un steak haché depuis un bon bout de temps mais il continue encore à la tabasser, et rien ne nous est épargné ni de la violence des coups, dont témoignent entre autres les bruits secs du poing qui s'écrase sur ce bel hamburger osseux qui servait encore de faciès à Jessica Abats-de-veau cinq minutes plus tôt, ni dudit Big Tasty qui dégouline contre le mur et se brise en miettes. C'est donc une scène peu banale, qui rappelle vaguement, en mille fois plus violent et dérangeant, une scène du Doulos de Melville où Belmondo foutait une branlée avec gros pacson de baffes à la clé à une prostituée blonde pour la faire parler. Non en fait ça n'a pas grand chose à voir... Ça rappelle plutôt la scène d'Irreversible où Dupontel détruit la tête d'un type avec un extincteur, ou le flash-back de Kill Bill qui voit Uma Thurman se fait ramasser dans une église, et davantage encore cette séquence de Fight Club dans laquelle Edward Norton s'acharne sur le visage d'un blondinet avec distribution de pins dans la gueule au menu, au point de l'éclater en petits morceaux. C'est une scène peu banale donc... Vue, vue, vue et revue. Mais jamais vue par Michael Winterbottom, qui n'a peut-être rien vu de tout ça et qui a dû trouver cette idée non seulement originale mais brillante. A moins qu'au contraire il n'ait vu tous ces films, ce qui tendrait à l'enterrer encore plus profond.

Après ça le shérif est traqué par d'autres flics plus avisés que lui qui le soupçonnent lourdement car ses alibis ne tiennent pas debout (rappelons que notre anti-héros adoré n'a pas la lumière à tous les étages, et qu'il est même relativement con). Il poursuit donc ses pérégrinations, tuant un témoin puis assassinant sans raison sa propre épouse à coups de bottes dans l'estomac, alors qu'il comptait l'épouser, et aussi un autre type qui le faisait chanter... Et tout au long de cette intrigue nous suivons Casey Affleck, certes bon acteur, charismatique, et plutôt confortable dans ce rôle de doux dingue, mais qui n'a de cesse de déblatérer en voix-off, avec une voix bien à lui et proprement insupportable, des inanités, et dont le personnage se souvient régulièrement d'une enfance atypique. Abandonné très tôt par sa mère, le jeune Lou Ford a dû négocier avec un frère adopté par son paternel et susceptible de pomper une partie de son héritage, avec une belle-mère avide de roustes qui lui demandait de lui cuire le cul pour faire comme papa et qui lui donnait des photos d'elle cuisseaux grands ouverts sur la vallée de la mort, et enfin avec sa propre libido déjantée dès l'âge de 7 ou 8 ans, soulagée sur de plus petits enfants que lui qu'il violait dans des bagnoles. Typiquement le genre de type dont mon père dirait avec une triste moue : "Il est pas trop tranquille, ce jeune". Pierre Perret a fort justement dit : "T'en fais pas mon p'tit Lou, c'est la vie, ne pleure pas, t'oublieras mon p'tit Lou, ne pleure pas". Dans le mille Pierre Paul Jack. Et toute cette saloperie d'enfance, mêlée à un commentaire en off presque neutre de la part du meurtrier, ainsi qu'à quelques sourires diaboliques de Casey qui cèdent le pas à un visage inexpressif ou innocent, font du héros de ce film un gros malade mental, victime d'une société pourrie, reflet du fin fond de l'Amérique que l'introduction du film présente comme un monde impitoyable qui veut que l'on soit gentleman ou rien, et qui sous couvert de valeurs absconses livre les hommes à eux-mêmes et étouffe leur passions pour les voir rejaillir exacerbées et salement névrotiques en dehors des limites de la raison et de la loi. Or quand on parle du Lou, on en voit la queue...

A la fin du film on apprend que les flics savaient tout depuis le début car la fille de joie massacrée des premières scènes (Jessica Alba) n'était pas vraiment décédée, contrairement à ce qu'on a fait croire à Lou Ford Fiesta et au spectateur. Et donc, bien vivante, elle a pu l'inculper dès la fin des trois premiers quarts d'heure du film. Mais la flicaille texane s'est contentée de titiller le grand méchant Lou sans l'arrêter, lui permettant de buter trois autres personnes. Et à la fin de la fin, après l'avoir emprisonné sans lui dire pourquoi, les flics le relâchent, le ramènent dans sa maison et se barrent, l'abandonnant à son sort, seul toute une journée, lui laissant le temps d'imbiber la baraque du sol au grenier d'essence et d'alcool. Les policiers ne refont surface que quelques heures après avec la pute défigurée pour coincer le psychopathe et le mettre face à ses démons, incapables cependant de renifler l'odeur infecte des litrons de sans-plomb et de gazole que l'autre allumé a répandus dans toute la casbah, mélangés en sus à du bourbon. Ainsi, pour conclure le film, Lou Diarra Ford, après lui avoir fait un tacle à la ceinture régulier, va planter un coutelas dans le bide de la prostituée, voyant quoi les flics rassemblés derrière le couple à nouveau réuni par un énième coup bas du héros, littéralement un coup de canif dans l'estomac, ouvrent le feu et embrasent la baraque qui explose aussitôt dans une scène aux effets spéciaux très très spéciaux... Si je croise Michael Winterbottom, je ne lui dirai ni bonjour ni merde. Enfin si je lui dirai merde, mais pas bonjour, compte pas là-dessus Michel. Je vous dis merde à toi et à ton film, qui m'a pris le chou ! A toi qui as mis en scène ce scénario cousu de fil blanc que seul un artisan bancal a pu accoucher et qui ne résiste pas un centième de seconde au moindre spectateur curieux de la logique et des ressorts narratifs crédibles. A toi qui as filmé dix minutes durant l'anéantissement d'une femme réduite en lambeaux à coups de poings avec un intérêt mal dissimulé...

Alors à quoi bon ? Pourquoi mater ça ? Je m'énerve mais ça ne le mérite même pas... D'ailleurs ça ne m'a pas spécialement énervé, beaucoup moins peut-être que les derniers films de Fincher ou de Tarantino, puisque j'ai cité ces deux-là précédemment. On s'habituerait à voir ça ? Non je crois juste que ce film n'est pas si détestable, il est juste bidon, sans intérêt et tristement improbable. Mais pourquoi l'ai-je regardé d'un bout à l'autre ? Je sais pourquoi. Je tarde à vous le dire. Je remets à plus tard. Mais je le sais. Je sais très bien que je l'ai maté sans broncher parce que j'étais immobilisé sur mon pucier par un tord-boyaux de tous les diables. J'avais les crocs vers seize heures, en général c'est l'heure à laquelle on a les crocs. Je les avais et j'ai décidé de me faire un gueuleton sympa, à savoir des pâtes carbonara. C'est mon péché mignon, mon sésame. La carbo ça me rend dingue, ça et les pâtes c'est ce qui me rend fou. Le hic c'est que j'avais que les pâtes et qu'il me manquait justement la carbo. Je bosse pas en ce moment et j'ai pas tant d'argent que ça mais je venais de penser "Carbo" et quand j'ai pensé à la carbo, quand j'y ai pensé faut que je m'en boulotte sinon je fais un malheur et je suis capable de tout casser, de tout foutre en l'air chez moi et chez mes voisins. Donc je me suis mijoté ça rondo, pour les oignons j'ai mis du poireau, c'est idem, c'est la même en couleur. Et pour les lardons, comme j'aime pas ça (je trouve que ça a un goût de semelle), j'ai découpé en copeaux une vieille semelle de pompes qui m'allaient plus puisqu'elles taillent du 39 alors que moi je taille du 43, des Gallapagos, une horreur de godasse. J'ai vu Charlot bouffer ses grolles, donc normalement c'est ok de faire ça. Au goût effectivement j'avais des pâtes carbo, pas de doute là-dessus, je me suis régalé, le poireau a fait l'effet de l'oignon puisque j'ai chialé ma race d'un bout à l'autre du repas, et la semelle m'a rappelé la saveur si désagréable des lardons. J'étais dans mes petits souliers.
C'est après coup que mon estomac s'est rebiffé. Après une heure et demi de souffrances devant ce film, j'ai mis une goutte d'huile essentielle de camomille sous ma langue et c'est enfin passé, même si je l'ai mise sur ma langue plutôt qu'en-dessous parce que j'arrivais plus à la relever, ma langue, vu qu'à ce moment-là elle avait pris exactement la forme d'une main. J'avais une main dans la gueule, imaginez ! Mais même posée sur la langue, la goutte d'HE camomilius a fait son effet. Les huiles essentielles ça fait des miracles. On m'a offert ça pour Noël et depuis j'en bouffe dès que j'ai un creux. Il paraît que ça assainit, purifie, désinfecte tout ce que ça touche : l'air, les poignées de porte si on est méticuleux chez soi, et j'ose avouer que j'espère en secret que ces gouttes puantes feront disparaître ce mini-moi qui vit dans mes entrailles et que j'entends susurrer à mon oreille toute la journée... J'ai aussi regardé ce film en espérant qu'il allait me rencarder sur ce double en moi, ce killer inside me, cet alger-ego intestinal qui me fait du mal, qui me bute à petit feu et qui pourrait bien être un genre de ténia, un ver solitaire capable de m'entretenir la conversation ça reste peu probable mais quoi d'autre ? Ma douleur stomacale était passée pour de bon grâce à la camomille mais je me suis quand même fait un lavement dans l'évier de ma salle à manger parce que de toute façon j'adore ça. L'idée d'être clean comme un sou neuf de l'intérieur, ça me fait délirer. Tu manges comme un cochon et pourtant c'est comme si t'avais pissé dans un violon, c'est le top du top de la propreté même si ça a comme inconvénient de devoir se mettre une pomme dans le cul. Mon père dit de moi que j'ai "un grain". Ma copine, qui est restée bloquée, dit que je "crains". En tout cas manger de la chaussure c'est just, faîtes-le pas.











