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26 juillet 2022

Black Phone

Parmi les si nombreuses qualités de notre idole Ethan Hawke, il en est une qui se retourne trop régulièrement contre lui : sa fidélité en amitié. Sur la plage de Coney Island, une journée particulièrement chaude de juillet 2011, Ethan Hawke a rencontré Scott Derrickson, tout à fait par hasard. Le premier, son esprit d'artiste de nouveau perdu dans des divagations poétiques, avait oublié sa crème solaire pour protéger sa peau particulièrement fragile et douce, le second, plus prévoyant et calculateur, était équipé d'un superbe parasol Isotoner flambant neuf doté d'un revêtement argent Anti UV UPF50+ qui bloque au minimum 95% des rayons UV et rafraichit l'ombre de -2 à -3 degrés. Alors qu'il lisait, en diagonale, quelques mauvais scénarios de thrillers horrifiques de seconde zone – sa spécialité –, le cinéaste a levé les yeux, sans doute alerté par une subtile et appétissante odeur de poulet rôti venue de sa gauche, puis a immédiatement reconnu, en tournant ses globes oculaires dans cette direction, l'un de ses acteurs de cœur, en bien mauvaise posture, sis à quelques mètres de lui. Le bel Ethan rougissait à vue d'œil, le dos recourbé sur sa serviette de plage, une vapeur étrange émanant de sa tête baissée reposant en étau entre ses deux genoux violacés, ses longs cheveux dégoulinants d'une sueur épaisse. Scott Derrickson, piètre cinéaste mais être humain recommandable, soucieux de son prochain et sachant réagir en cas d'urgence vitale, a alors immédiatement traîné le corps quasi inerte de Hawke sous son parasol, puis l'a aussitôt hydraté, en lui tamponnant notamment le visage avec sa serviette humide et en lui aspergeant le crâne du seul liquide à sa disposition, du Schweppes Agrumes. Plus tard, en interview, le réalisateur a reconnu être resté un temps figé, impressionné par la beauté d'Hawke, éclatante malgré la situation critique, avant de lui prodiguer les premiers soins. Ces gestes salvateurs, effectués avec maladresse mais beaucoup d'espoir et d'amour, ont scellé l'amitié entre les deux hommes puisque, enfin revenu à lui, Ethan Hawke fit preuve d'une reconnaissance infinie, se passionna pour chaque mot et chaque proposition du réalisateur désireux de nouer une relation amicale et professionnelle prometteuse. C'est ainsi, lors de ce moment de faiblesse, que la star de Bienvenido à Gattaca, aux facultés mentales encore endommagées par une insolation sévère, a consenti de jouer le premier rôle de Sinister, comme pour remercier Derrickson de lui avoir sauvé la vie. Pour le résultat que l'on sait...
 
 
 
 
C'est encore cette loyauté sans faille qui a poussé l'aiglefin du cinéma hollywoodien à accepter ce rôle à contre-emploi de tueur en série et séquestreur d'adolescents à l'exact opposé de sa véritable nature (Hawke aime les animaux, les enfants et les adolescents, dans les limites autorisées par la bienséance). Masqué, l'acteur fait ici son travail, poliment, dignement, comme toujours, sans toutefois sauver le film de la plus crasse médiocrité. Il s'agit de l'adaptation d'une nouvelle de Joe Hill, le fils de Stephen King, qui a donc choisi le même métier que son papa. Sur le papier, et à l'écran, ça ressemble effectivement à une histoire qu'aurait pu inventer un avorton de Stephen King. C'est même typiquement ça. On y retrouve donc un papa ultra violent qui aime picoler dès le p'tit dèj et cravache ses enfants dès qu'ils émettent un son supérieur aux 20 décibels autorisés. L'action se déroule à la fin des seventies dans une de ces banlieues pavillonnaires américaines aux secrets bien enfouis mais que l'on connaît par cœur, cet espace si familier au cinéma US des années 80 qui, 40 ans plus tard, occasionne encore cet inévitable plan, guidé par une nostalgie rance, d'un gamin pédalant sur son Raleigh Chopper pile au milieu des rues lentement parcourues. Parmi les personnages principaux, une gamine, en pleine adolescence, dotée de pouvoirs surnaturels, de rêves et de visions prémonitoires. Enfin, on retrouve aussi là-dedans des ados humiliés par d'autres, des têtes de turc et des terreurs de quartier, des bandes rivales qui s'affrontent lors de bastons d'une violence inouïe où le sang gicle et où les os craquent. En bref, nous sommes en décor archi connu et, ce décor, Scott Derrickson n'en fait donc strictement rien de neuf, s'appuyant surtout, comme pour tous ses autres films, sur ce que des cinéastes infiniment plus doués ont réalisé avant lui, les copiant sans panache, comptant sur la bienveillance d'un public également nostalgique et avide de simples thrillers efficaces. Si le manque criant d'originalité était le seul défaut de Black Phone, ce serait déjà pas mal. Le souci, c'est surtout que ce thriller vaguement horrifique ne captive jamais vraiment, malgré son scénar de séquestration classique pimenté ici de fantastique (les précédentes victimes du serial killer viennent tour à tour en aide au jeune héros par le biais d'un téléphone noire, et sa sœur l'épaule aussi via ses visions prémonitoires) qui aurait pu donner lieu à une série b au minimum accrocheuse. Hélas, Black Phone ne décolle jamais, en dépit de rebondissements saugrenues et trop énormes. Ce nouvel effort de Derrickson dans le genre n'a, au bout du compte et encore une fois, aucun intérêt. Par respect pour son égérie, le fan d'Hawke regarde ça jusqu'au bout, mais difficilement. Que c'est laborieux, que c'est prévisible, que c'est idiot. Du temps perdu, pour le spectateur et pour l'acteur. Non, vraiment, Hawke aurait mieux fait de se casser une jambe le jour où il a croisé la route de Scott Derrickson. Une admission aux urgences pour soigner une déshydratation sévère aurait été une bien meilleure chose pour la carrière de l'acteur aux mille talents...
 
 
 
 
La loyauté joue donc trop souvent de mauvais tours à notre ami Hawke dont la filmographie, tout de même remarquable, en pâtit. C'est la même vertu qui l'a amené à tourner dans huit films de Richard Linklater (huit !), quatre d'Antoine Fuqua (quatre !), trois d'Andrew Niccol (trois !) et deux des frères Spierig (deux !). La petite histoire raconte même que Hawke aurait refusé un rôle chez Stanley Kubrick pour honorer une vieille promesse faite à son ami Andy Niccol. Selon la légende, le couple Ethan Hawke / Uma Thurman devait en effet tenir les rôles finalement échus à Tom Cruise et Nicole Kidman dans Eyes Wide Shut... A la recherche du couple le plus glamour du moment, Kubrick, immense fan du Croc-Blanc de Randal Kleiser, voulait absolument tourner avec le "prodige à gueule d'ange venu d'Austin", il rêvait de le filmer au moins une fois avant de disparaître. On le comprend ô combien... Non, vraiment, que de temps perdu !
 
 
Black Phone de Scott Derrickson avec Ethan Hawke (2022)

4 mars 2022

Mad Dog and Glory

Je n'avais jamais vu ce film. Je ne savais même pas de quoi il s'agissait. Le titre me parlait bien sûr, on l'entend une fois et on ne l'oublie plus jamais. Mais je l'associais à un obscur film de guerre, ce qui n'avait aucun sens puisque le film de guerre est mon genre cinématographique préféré de très loin, et que je connais absolument tous ses représentants sur le bout des doigts ; je me suis même fait une sorte de playlist, sur un disque dur externe de 10 téraoctets, d'un bon millier de films de guerres en 1080p qui tournent en boucle sur mon home cinema en mode shuffle, emplissant ma maisonnée et mon quartier de bruits incessants de pétarades, de mitraillages, de fusillades, de hurlements de douleur atroces et de bombardements lourds en 5.1 qui ravissent mes voisins, surtout par les temps qui courent, dont certains sont désormais capables de reconnaître le calibre précis d'un flingue qui crache ou le type exact des obus qui pètent dans mon salon H24. Autre bizarrerie, ne jamais avoir aperçu l'affiche du film, pourtant certainement placardée dans tous les vidéo-clubs du temps de ma prime jeunesse, et par conséquent avoir ignoré tout ce temps l'identité des deux acteurs principaux de Mad Dog and Glory, Bob De Niro et Bill Murray, à savoir mes deux acteurs préférés de tous les temps, dont j'ai vu absolument tous les films, sauf Mad Dog and Glory. C'est réparé.


Mêmes effets spéciaux que pour les hobbits dans Le Seigneur des anneaux pour rapetisser De Niro.

J'ai donc vu Mad Dog and Glory, qui n'est pas un film de guerre, plutôt une sorte de comédie policière ma foi pas désagréable du tout, voire fort sympathique, qui joue la carte du contre-emploi. Contre-emploi pour De Niro, qui incarne ici Wayne Dobie, un flic-photographe, plus photographe que flic, chargé de faire des clichés de toutes les scènes de crime de la ville, bonhomme affable mais timoré et peu téméraire, portant l'ironique sobriquet de Mad Dog, qui rêverait de ressembler à son partenaire, interprété par David Caruso, un vrai bonhomme qui ne chie pas dans son froc devant un gros débile baraqué, un molosse prêt à refermer ses crocs sur ses jarrets ou deux canons de flingues Magnum vissés dans ses narines (les deux dernières situations évoquées n'adviennent pas dans le film, et je le regrette). 
 
 
Petit rôle pour Mike Starr, dans le personnage pour le coup très habituel pour lui de l'homme de main d'un mafieux, qui partage le comptoir avec De Niro le temps d'un déca, avant d'en partager un, mémorable, avec Jim Carrey dans Dumb and Dumber, un an plus tard.
 
Autre contrepied dans le petit filet, le rôle de Frank Milo attribué à Bill Murray, à la fois à contre-emploi, puisque l'homme qui se rêvait moine bouddhiste joue ici un ponte de la mafia, mais aussi à emploi, puisque Frank Milo, chef de gang criminel, mène une carrière parallèle de mauvais stand-uper dans ses propres cabarets. Or, Bill Murray étant un fameux humoriste, et non le piètre comique qu'il incarne (c'est le personnage de De Niro qui lui souffle ses "meilleures" vannes), cette partie à emploi de son rôle est finalement aussi à contre-emploi, c'est donc un double contre-emploi. Toujours est-il qu'au début du film De Niro se retrouve impliqué dans un braquage sans l'avoir vu venir et sauve, un peu malgré lui, la vie de Bill Murray, le gros mafioso, qui dès lors se sent redevable et veut devenir son ami. C'est l'aspect le plus touchant du film, cette terrible envie des personnages d'aimer et leur profonde misère affective, besoin d'aimer une femme pour De Niro, un pote pour Bill Murray. Au point d'envoyer à son ange-gardien une serveuse de son troquet, plus vraisemblablement une entraîneuse, la jeune et fringante Glory, interprétée par une Uma Thurman alors moins à contre-emploi, malheureusement.
 
 
Ces deux-là se sont retrouvés il y a deux ans dans The War with Grandpa que je n'ai pas vu. C'est tout ce que j'ai à dire à propos de ça.

Le "cadeau" de Frank Milo met Mad Dog dans l'embarras, qui, flic de son état, se retrouve avec une prostituée chez lui, envoyée par un truand de la ville, auquel il est donc redevable, et dont il tombe amoureux (de Glory, pas de Milo). Outre deux longues scènes de baston (l'une opposant Mike Starr à David Caruso, l'autre De Niro à Murray), qui pourraient toutes deux plus ou moins se loger dans la catégorie des bonnes scènes de baston amicale hardcore si cette catégorie existait quelque part, catégorie dont la scène-reine serait à trouver dans le They Live de John Carpenter, très loin au-dessus de celles de Mad Dog and Glory, l'une des meilleures séquences du film est celle où Mad Dog, après une première nuit d'amour avec Glory, se rend sur une scène de crime sordide dans un restaurant et photographie toute la boucherie, la barbaque étalée au sol encore fraîche, en chantant Just a Gigolo de Louis Prima et en dansant tout sourire, complètement refait. Mais une autre scène a retenu mon attention. Il s'agit de ce bref moment, vers le milieu du film, où De Niro s'arrête en pleine rue et montre à sa douce un carrefour où il prétend avoir vu, là, un matin, halluciné, une biche, égarée en plein centre-ville, au milieu de la chaussée, et le montage de nous opposer sa vision (si mes souvenirs sont bons)...


?

Je ne peux pas croire que cette scène soit simplement gratuite, posée là sans raison. Or j'ai pu lire, après des recherches à la Bibliothèque Nationale de France, que cette séquence est une séquence intertextuelle. Après d'autres recherches pour comprendre ce mot, j'ai compris que la scène mystérieuse faisait référence, allusion, clin d'oeil, à un autre film... Mais lequel ? Je ne trouve pas. Alors que j'ai vu et revu toute la filmographie des deux acteurs principaux de ce maudit film. Comment est-ce possible ? Je deviens malade. Que m'as-tu fait John McNaughton ? (Cf. le réalisateur du film, dont tous les autres métrages ont dans leur titre soit le mot "sexe" soit le mot "crime", qu'il a réussi à combiner dans le titre Sexcrimes, film fétiche de mon frère aîné dans les années 90, pour les formes de Denise Richards, aux côtés de l'intégrale de Buffy contre les vampires, pour celles de Sarah Michelle Gellar, et de Snake Eyes, pour celles de Gary Sinise). De Niro et une biche... Une biche et De Niro... Je m'avoue vaincu. J'ai pensé, dois-je le dire, au risque de passer pour un idiot, j'ai pensé à Bambi. Mais je ne suis pas certain que De Niro ait doublé la biche dans la version originale du film, n'ayant jamais vu que la VF, où la voix du petit cervidé éponyme était assurée par le regretté Jacques Frantz, le doubleur éternel de De Niro justement, de Mel Gibson, John Goodman, Dolph Lundgren, Nick Nolte ou encore Ron Perlman, et qui nous a quittés l'an dernier, l'homme aux mille voix, l'homme à la voix unique, l'homme à la voix reconnaissable entre toutes, l'homme à la voix. RIP Jacques Frantz.

 

Mad Dog and Glory de John McNaughton avec Bill Murray, Robert De Niro, Uma Thurman, Mike Starr et David Caruso (1993)

1 avril 2015

Predestination

Ce film est probablement le plus gros mindfuck de l'histoire des histoires. Amateurs de spoilers, réunissez-vous autour de cet article. Que nous racontent les frères Spierig en adaptant ce texte de Robert Heinlein ? Au départ, on se croirait dans un caper movie de base. Le héros, interprété par un Ethan Hawke de retour du diable vauvert, est censé être renvoyé dans le passé pour empêcher le so called "Feu follet", surnom d'un terroriste dynamiteur, de faire sauter un bâtiment. On nage donc, littéralement, en plein caper movie. Mais très vite, une scène de troquet sous influence pagnolesque, qui dure une bonne demi heure, brise l'horizon d'attente d'un spectateur en quête de repères, qui a depuis un bail entamé une séance de rameur devant sa télé. On apprend dans cette scène, grâce à l'inénarrable Ethan Hawke, passé de démineur à serveuse le temps d'un raccord, lancé dans une discussion à bâtons rompus avec Leonardo DiCaprio, que le film a largué les amarres et préférera la réflexion à l'action. Les frères Spierig en ont sous la godasse, et semblent vouloir nous dire : "On va moins vous faire suer des barres que vous tuer l'esprit".


Face à face entre deux éphèbes des années 90 : Leonard DiCaprio trinque avec Ethan Hawke. Quand il mate le film, Brad Pitt se demande pourquoi il n'a pas été invité.

Qu'en est-il, au fond, de Predestination ? C'est l'histoire d'une personne qui est tout à la fois, sans le savoir, sa propre mère et son propre père, ainsi que son propre amant, puis son propre enfant, et enfin son propre chien, du fait de plusieurs boucles temporelles imbriquées. Si vous avez du mal à y croire et à comprendre, ne regardez pas le film, car il ne va pas vous aider du tout, mais relisez simplement notre résumé, qui est clair comme de l'eau de roche. Si Bob Heinlein le lisait, il opinerait sans doute du chef, comme un vieux sage, avançant une lippe satisfaite, heureux que des années de travail soient aussi bien résumées. Voyageurs du temps, touristes de l'horloge, prenez garde à également tracer la route dans l'espace, à voyager verticalement et horizontalement, sous peine de tomber amoureux de vous-mêmes, de vous interpénétrer, de vous accoucher et de vous tenir en laisse. Les frères Spierig, qui sont sans doute eux-mêmes un seul et unique individu, ont le mérite de donner un nouveau souffle à toutes les réflexions engendrées par ce type de récits de science-fiction philosophique. Ils ont en revanche le tort d'avoir pondu une sacrée daube. Face à ce film, on se demande sans cesse si c'est du génie ou de la pure infamie, et pas mal de scènes font pencher la balance du mauvais côté. 


Ethan Hawke stipule dans chacun de ses contrats qu'il viendra avec ses propres habits et qu'il s'habille chez GrouchO: friperie RetrO, 39 rue Peyrolières.

Saluons tout de même le courage des deux kamikazes qui ont réalisé ce film, quitte à en sortir cramés et fâchés à vie avec la dynastie Heinlein. Ces deux connards ont toute notre sympathie. Et leur acteur-star, Ethan Hawke, a plusieurs pieds-à-terre intra-muros chez les auteurs de ce blog. On tient quand même à réparer une injustice. Celui qu'on a surnommé le Cary Grant des années 90 grâce à Bienvenue à Gattacca, où il marche sur l'eau, et au Cercle des poètes disparus, où il est beau comme un cœur, essuie aujourd'hui plusieurs quolibets. Beaucoup d'anciens fans le maltraitent, faisant de lui un exemple d'acteur ayant mal vieilli. Il a vieilli, certes, admettons. Mal ? Uma Thurman aimerait pouvoir en dire autant. Peu de starlettes des années 90 trimballent encore autant de classe qu'Ethan Hawke. Prenez les actrices de Friends, Courteney Cox, Jennifer Aniston, l'actrice préférée des américains, donc du monde entier, voire Matthew Pery. Toutes sont devenues des armoires à pharmacie ambulantes. Mais Matthew Perry, on le laisse tranquille, simplement parce qu'il n'est plus under the radar. A contrario, rappelons qu'Ethan était l'an passé à l'affiche de Boyhood, neuf nominations aux Oscar et film préféré de Barack Obama... Qui dit mieux ? 


 Drôle de scène post-générique où Ethan Hawke étreint une grosse aubergine, qui n'est autre que lui-même devenu légume.

Certes, il n'est pas toujours irréprochable. Par exemple dans The Purge, où il porte la moustache, sauf dans une scène... Un matin, Ethan s'est présenté sur le plateau rasé à blanc, un sourire d'écolier en bandoulière, l'envie de bien faire au rendez-vous. Le producteur l'a dévisagé et a pointé son index sous son nez l'air de dire : "What the fuck ? Qu'est-ce que tu nous as fait ? Trente ans de carrière, jamais vu ça !" Mais comment lui en vouloir ? Quand on tourne quatre films par an, dont deux de Richard Linklater et deux des frères Spierig, on ne peut pas toujours s'y retrouver et apporter le bon cartable. Sans compter qu'Ethan Hawke a un autre job à temps plein, celui de plaque tournante. Il sert de parabole entre le Mexique et le continent nord-américain. Voisin de Dick Linklater à Austin, les deux hommes partagent une passion envahissante pour tout ce qui fume et qui rend jouasse. D'ailleurs, tout le monde s'est esbaudi du projet Boyhood, film tourné sur quinze ans, alors que le tournage s'adaptait simplement au planning-maison de Linklater et à son rythme de vie très "cool". Nul doute que la ganja tournoyait aussi sur le plateau de Predestination. A ce propos, oubliez Las Vegas Parano et Inherent Vice, vous tenez là THE stoner movie.


Predestination des frères Spierig avec Ethan Hawke, Sarah Snook et Noah Taylor (2014)

23 juin 2013

Tape

Tape, sorti en 2001, est un huis clos captivant et bien ficelé adapté d’une pièce de théâtre à succès. Son réalisateur, Richard Linklater, est une figure respectée du cinéma indépendant américain. On lui doit notamment Slacker, un film flâneur mais diablement ingénieux qui eut une influence considérable sur le monde alors en pleine éclosion du ciné indé US, à l'orée des années 90 ; une sorte d'équivalent filmique au Slanted & Enchanted de Pavement, le laisser-aller fauché et décontracté ayant toutefois plus de charme étendu sur les 38 minutes de l'album du groupe culte californien que sur les 97 minutes du film qui fit d'Austin un paradis pour hippies. Richard Linklater est depuis devenu un véritable touche-à-tout, aussi bien capable de torcher des comédies sympathiques tout public (School of Rock) que de produire des films indépendants plus ou moins audacieux, se déroulant souvent en un temps très limité (la trilogie Before Sunrise, Before Sunset, et Before Midnight où son acteur fétiche Ethan Hawke tente de séduire la belle Julie Delpy en 24h) ou employant des méthodes de filmage parfois un peu douteuses ou, au contraire, terriblement ambitieuses (A Scanner Darkly, Waking Life et le futur Boyhood - curieux projet dont le tournage s'est étalé sur douze années). 


Tape ne déroge pas à la règle de l'unité de temps réduite à un minimum puisque l’action du film se déroule en temps-réel, soit en l'espace d'un peu moins de deux heures. Le film prend entièrement place dans une chambre de motel miteuse qui est le théâtre de l’affrontement psychologique à couteaux tirés entre deux anciens potes de fac, incarnés par l'inévitable Ethan Hawke et l'énigmatique Robert Sean Leonard, un acteur brun ressemblant étrangement à Jim Carrey. L'arrivée d'Uma Thurman, troisième et dernier personnage au cœur d’une intrigue dont je ne vous dirai rien pour ne pas vous gâcher le plaisir, ne survient qu’à la moitié du film.




Tape met peut-être quelques petites minutes à démarrer, le temps que l’on saisisse les tenants et les aboutissants de ce thriller psychologique. Les premiers dialogues sont donc un peu assommants, il faut d'ailleurs souligner que le film est ultra causant, mais il améliorera votre anglais tant vous serez très vite découragé à l'idée de lire des sous-titres défilant à toute vitesse. Passée cette mise en place indispensable et un peu laborieuse, Tape se mate avec un grand plaisir et nous propose une étude de caractères très prenante et crédible. Le trio d'acteurs est impeccable, tout particulièrement ceux qui formaient alors un couple glamour à la ville : Ethan Hawke et Uma Thurman. C'est d'ailleurs l'un des films où cette dernière m'a le plus convaincu. Quant au metteur en scène, il parvient avec brio à s'affranchir de la difficulté de tourner tout un film dans une même petite piaule et il réussit parfois avec audace à faire grimper la tension. Pas mal du tout donc, et certainement idéal pour un dimanche soir !


Tape de Richard Linklater avec Ethan Hawke, Robert Sean Leonard et Uma Thurman (2001)

8 juillet 2012

Bel-Ami

Une semaine avant la sortie de The Amazing Spider-Man, Hollywood nous a livré son adaptation du Bel-Ami de Maupassant. L'imagination ayant totalement foutu le camp chez les scénaristes des grands studios, quand ces derniers ne tournent pas misérablement en boucle sur les pires comics pour adolescents peu exigeants ils s'en prennent à un autre matériau brut, d'une qualité inversement proportionnelle : les grands auteurs classiques. C'est plus rare évidemment, et pour un roman des sœurs Brontë ou de Maupassant taillés en pièces sortent cent films de super-héros, mais le mal occasionné est plus grand. Il est plus grand quand le produit ciné fruit de l'adaptation, d'une qualité médiocre quoi qu'il en soit, massacre un grand texte au lieu de sur-populariser une bande-dessinée déjà populaire et de crétiniser un comic book déjà crétin. La crétinisation du texte de Maupassant s'organise en deux temps. D'abord celui de la mise en scène, d'une banalité sans faille bien qu'essayant vaguement de passer pour maligne, balisée par le cahiers des charges habituel, le guide du routard hollywoodien, le petit futé du film en bois, le manuel illustré d'Alan Smith en personne. Le film de Declan Donnellan et Nick Ormerod (car ils s'y sont mis à deux…), qui se paye pourtant le luxe d'avoir Maupassant pour scénariste, Maupassant l'un des plus grands et des plus efficaces conteurs de l'histoire de la littérature, nous plonge dans un ennui tel (le film est presque aussi excitant que son homonyme Bellamy) qu'on se met à observer les plans concoctés par les deux horlas aux manettes et par mille autres manchots avant eux, à scruter chaque travelling et chaque contre-plongée, et il y a de quoi se rendre nauséeux comme on peut l'être face à un Paris-Brest (même si une tarte à la crème serait plus adaptée) quand on en a déjà bouffé des tonnes, à ceci près que ce film n'a pas le centième de la saveur d'un Paris-Brest. Puis, seconde étape de la crétinisation de l’œuvre originale : les comédiens. Et petit interlude imagé avant d'attaquer le second et dernier (faut pas exagérer) paragraphe de cette critique :




Tous les acteurs du film sans exception cabotinent comme des sagouins en donnant à la prose de Maupassant des accents vaudevillesques de théâtre de boulevard. Le cadavre d'Uma Thurman et le squelette de Christina Ricci s'appliquent à foutre en l'air tous leurs dialogues et se rengorgent de vomir ici ou là un mot en français, y compris le titre du film et de l’œuvre source, qui risque d'en pâtir à jamais. La palme revient peut-être à Robert Pattinson, qui minaude d'un bout à l'autre comme la dernière des starlettes glam-rock en mal d'amour (le magazine Glamour donne d'ailleurs 4 étoiles au film comme nous l'apprend une affiche rose-bonbon proprement hideuse, en affirmant : "Les Liaisons Dangereuses pour une nouvelle génération", c'est juste dommage qu'ils aient confondu les deux livres). Pattinson en fait des tonnes à coup de froncements de sourcils inopinés et de mouvements de lèvres en tous sens, supposés chavirer les dames. L'acteur se sait boloss et fait tout pour l'être à chaque seconde où il est à l'image (ça fait un paquet de secondes d'auto-masturbation), n'ayant pas encore compris que c'est en évitant de la quêter que la beauté apparaît. Pattison inverse sous nos yeux le paradigme mathématique selon lequel moins par moins égale plus : plus il en fait des tonnes moins il nous convaincra et si je ne parle que de ce tocard c'est vous dire qu'il n'y a rien à retenir de cet affadissement malingre du roman de Maupassant. Dans les toutes premières scènes le film semble bénéficier malgré lui de la richesse du texte qu'il adapte mais très vite Hollywood dans ce qu'il a de pire reprend ses droits et une superficialité accablante vient martyriser l'écrivain français. Le vrai drame c'est que pour quelques années la couverture de l'édition poche de Bel-Ami sera à l'effigie vulgaire de ce naveton de premier choix.


Bel-Ami de Declan Donnellan et Nick Ormerod avec Robert Pattinson, Uma Thurman, Christina Ricci et Kristin Scott-Thomas (2012)

16 mai 2011

Stone

En ce moment, il est de bon ton de cirer les pompes de l'acteur Robert De Niro. L'actuel président du 64ème Festival de Cannes est le véritable Dieu de la Croisette. Profitant de l'occasion, tout le monde y va de son petit éloge adressé à l'acteur bicentenaire. Je ne suis pas là pour remettre en question son statut de légende vivante du 7ème Art, loin de moi cette idée, je ne me permettrais pas. En outre, je le considère également comme un très grand acteur, bien entendu. Que ce soit dans S1m0ne ou, plus récemment, dans 88 minutes, l'acteur m'a plus d'une fois mis sur le cul. Je n'écris pas non plus ces lignes pour rappeler que la carrière de la star est en chute libre depuis le début du nouveau millénaire, ce qui commence à faire un petit bout de temps. Non, ce serait trop facile, et j'estime qu'à 60 ans passés et avec le statut qui est le sien, on peut tout à fait se permettre de foutre en l'air sa propre carrière. C’est bien légitime. Non, c'est d'un sujet plus léger, plus terre-à-terre mais néanmoins assez tristounet dont je veux aujourd'hui vous dire deux mots. 
 
Il emmagasine, il emmagasine, sa grosse ride entre les sourcils en dit long... A force, il va finir par imploser !
 
Malgré les applaudissements interminables qui suivent l'acteur partout où il passe depuis l'ouverture du Festival (applaudissements auxquels il répond systématiquement "It's ok, it's ok" le dos voûté et les épaules bien basses), il ne vous aura certainement pas échappé, si vous êtes bon observateur, que l'homme affiche une mine peu réjouie, disons même une très sale tronche fort peu avenante. De Niro a l'air véritablement à cran. Las. Dégoûté. Vénèr. C'est un type au ras des pâquerettes que Cannes semble s'efforcer de fêter en grandes pompes comme pour tenter d'éluder l'inéluctable déclin de son festival. Aux multiples rides présentes sur son front d'homme mûr est venue s'ajouter une autre ride, quelques centimètres plus bas, comme figée, attirée par le bas des deux côtés, et autrement plus cruelle car elle est formée par ce qui habituellement lui sert de bouche. Pas spécialement connu pour sa loquacité en temps normal, Robert de Niro est tout simplement muet comme une tombe depuis mercredi dernier. Il n'en lâche pas une, et ça commence à la foutre mal. Vraiment. Surtout quand on est amené à croiser mille journalistes à la minute, à donner son avis sur tout un tas de films et à échanger avec un jury susceptible composé de professionnels de la profession. On pourrait penser que l'acteur prend vraiment à cœur son rôle de président du jury et fait valoir le fameux droit de réserve. Ou bien qu'il est agacé par la triste blague remise à la mode par le Petit Journal de Canal+ (toujours là quand il s’agit d’entretenir le culte de la vanne pourrave) consistant à lui demander s'il est bel et bien en train de nous parler et s'il a réellement baisé notre femme. Cette parodie des deux scènes les plus mémorables de sa carrière ne le fait plus rire depuis environ 30 ans, et ça se comprend complètement. Mais ça n’est pas ça, sinon l’acteur aurait pété les plombs plus tôt. Alors pourquoi ? Pourquoi Monsieur le Président tire la gueule ? 
 
Quand il se force à sourire, ça donne ça ! La partie gauche de son visage est irrémédiablement figée par le courroux tandis que la partie droite lutte encore pour sourire, mais plus pour longtemps.
 
J'ai mon explication. Elle vaut ce qu'elle vaut, mais elle est d'une logique imparable. Si l'acteur est imbuvable et d’une humeur exécrable depuis son arrivée sur le sol français, c'est tout simplement parce que celle-ci coïncide avec la malhabile sortie en salles de Stone, un film dont il n’est pas très fier, et il y a de quoi ! Un film dont la sortie fait clairement tache à l’heure où l’on vante tour à tour la brillante carrière de Robert de Niro. Et l’acteur est le premier à en avoir conscience. Un mauvais timing de la part de Metropolitan Filmexport qui croyait faire là le coup marketing de l'année, et dont même Télérama a su relever le côté malavisé et nauséabond ! Car Stone est une horreur, un navet XXL, un monument de comique absurde et involontaire, une véritable ignominie. 
 
L'ambiance n'était pas non plus au beau fixe sur le plateau, à en juger le regard assassin qu'un Ed Norton à fond dans son rôle adresse au caméraman (qui aurait déclaré qu'il ne faisait que son boulot).
 
La première scène du film donne le ton et annonce la couleur. On nage en plein ridicule involontaire, qui pourra faire rire les amateurs de daubes et qui agacera tous les autres, moins patients. Alabama. Années 60. Il fait une chaleur à crever. Un jeune homme est affalé devant la télé. Une grosse pustule sur sa joue droite le fait vaguement ressembler à une caricature juvénile de Bob de Niro. Sa femme lui apporte de la bière sans qu’il la remercie ni lui adresse le moindre regard. Son visage désabusé en dit long : elle est au bout du rouleau, elle n’en peut plus de ce gros beauf fan de Formule 1 et qui préfère regarder le Superbowl plutôt que de fêter l'anniversaire de leur fille. Elle se rappelle leurs jeunes années et se demande à quel moment tout à basculé. Était-ce le jour où elle a refusé que son mari passe par "l'entrée de derrière" un jour qu'il était plus polisson que de coutume ? Sur ces interrogations, elle monte dans la chambre où dort leur petite fille, s’assoit au bord du lit, dégoutée, et se met à réfléchir profondément tout en contemplant une mouche en train de lutter pour sa survie, emprisonnée entre la fenêtre et la moustiquaire. C’est une métaphore subtile de sa propre situation. La jeune femme prend alors son courage à deux mains et descend au rez-de-chaussée pour dire ses quatre vérités à son con de mari. « Tu me fais chier, j’en ai marre, j’ai eu ma dose, j’étouffe, je veux me barrer, je te quitte, tu m’as fait chier, en plus tu pues quand tu rentres du boulot et tu ne te laves même pas avant d'aller te coucher. Je dois changer les draps tous les trois jours et par conséquent les laver, et comme on n'a pas de machine à laver parce que Monsieur estime que ce sera moins bien lavé qu'avec l'huile de mon coude, c'est bibi qui va encore s'y coller et ça a le don de me pourrir chacune des journées qui jalonnent mon existence ! ». Sur le coup, le jeune De Niro ne semble pas réagir mais, après quelques secondes de brainstorming intense, il bondit soudainement de sa chaise et file à son tour dans la chambre. La jeune femme le rejoint effrayée et le découvre au bord de la fenêtre grande ouverte, la petite fille dans ses bras, menaçant de la jeter dehors et par conséquent de la tuer. « Si tu me quittes, je la laisse tomber. Tu penses que j’en suis pas capable ? Tu te fous le doigt dans l’œil ! I swear to God, I swear to God ! ». Sous le choc, la femme le rassure et lui promet qu’elle restera avec lui. Le battant de la fenêtre se referme sur la mouche, morte instantanément par coup du lapin son destin est scellé, celui de la jeune femme rousse aussi, la métaphore est subtile. Le réalisateur John Curran est au sommet de son art. Le couple se rabiboche et même se bécote, emporté par l’émotion (pendant que leur fille, témoin de la scène vient de signer pour 20 ans de psychanalyse). Problème réglé, et brillamment s’il vous plaît. On pense que le film est terminé. Mais non, ça n’est que la scène d’introduction. Encore 1h40 de nawak ! 
 
Je sais ce qu'il me reste à faire si ma meuf menace de foutre les voiles : la même chose, mais avec le chat
 
Par la suite, Stone prend des allures de thriller sous Prozac mélangé à du Tranxen 200, mêlant les pires ingrédients du « legal drama » aux plus tristes poncifs chers aux films dits « de taule ». On y voit un Edward Norton dans la peau d’un taulard à la coupe de cheveux improbable qui, pour obtenir le droit de sortir de taule plus tôt, fout sa jolie petite amie (Milla Jovovich dans un rôle taillé sur mesure) dans les pattes de celui qui doit décider de sa liberté conditionnelle (De Niro). Manipulée par son boyfriend dont elle est éperdument amoureuse, Milla Jovovich doit donc procéder à du chantage sexuel, user de ses charmes tout relatifs pour amadouer Robert De Niro, évidemment à « deux jours de la retraite » avant d’être plongé dans cette sale affaire (comme Morgan Freeman et Danny Glover dans tous leurs films). 
 
L'intrigue du film résumée en un fan-art. Pour chaque film que je mate, je crée un montage de cet acabit, avec le titre au milieu. Ça me permet de me rappeler du film en cas de trou noir. Je range tout ça sur mon Iphone 3GS et je peux consulter mon album-souvenir à ma guise pour mieux discuter ciné avec mes amis. C'est très utile pour les films de merde comme celui-ci. On voit que Guy Pearce fait pareil dans la version uncut de Memento. A ce propos, ça fait six mois que je planche sur le fan-art d'Inception, que je n'arrive décidément pas à résumer de cette façon.
 
Tout cela nous donne d’abord droit à un terrible duel d’acteurs, dans la même veine que la confrontation à couteaux tirés entre Anthony Hopkins et Alec Baldwin dans le film éponyme. Ed Norton campe à nouveau un personnage mi-ange mi-démon et cabotine comme c’est pas permis. Il nous offre ainsi quelques passages très plaisants aux dialogues savoureux. Face à lui, Robert De Niro fait déjà parler sa mauvaise humeur naturelle et ne se laisse pas impressionner par l’argumentaire pourtant brillant du taulard dont il n’est pas du tout convaincu de la rédemption. Et qu’il est donc bien décidé à garder sous clé encore quelques temps, au moins le temps qu'il parte à la retraite, soit dans deux jours si vous avez tout suivi. Quand il sera ensuite confronté au jeu de séduction de Milla Jovovitch (c'est un non-sens), ce sera une autre paire de manches, et le grand De Niro finira par succomber. Avant cela, nous aurons tout de même pu voir l’acteur se mordre les lèvres jusqu’au sang, les yeux rivés sur le plat postérieur de sa partenaire, lors de scènes terrifiantes de vérité inavouable. 
 
Une posture proposée par l'actrice pour charmer son partenaire. Milla Jovovich est l'indice permettant normalement se savoir à l'avance que l'on a affaire à une saloperie de film. Je l'ai compris qu'après-coup. Sur ce plan, elle me donne presque envie de reconsidérer mon orientation hétérosexuelle.
 
Hélas, Stone est surtout un drame humain dépeint à coups de hache et ultra glauque, le fil rouge de toute cette histoire demeurant la relation pénible et malsaine qu’entretient De Niro et sa bonne femme. Bien que hautement déprimant, c’est tout de même cet aspect du film qui nous vaut la scène la plus énorme, la plus inattendue, celle que je me suis repassée 3-4 fois de suite et qui m’a fait hésiter une seconde avant de supprimer le .avi. Le pire, c’est que ce moment d’anthologie échappe pratiquement aux mots. J’aimerais pouvoir vous le raconter, mais je m’en sens incapable. Il faut l’avoir vu. Ça restera comme un des grands moments de cinéma de l’an de grâce 2011, et je tâcherai de m’en souvenir quand le moment des rétrospectives et des bilans sera venu. Dans cette scène, où le ridicule du film atteint son paroxysme, l’actrice jouant la vieille femme de De Niro pète littéralement un câble. Après s’être envoyé l’équivalent d’un jerrican de rouge derrière la cravate, elle se met à baragouiner des horreurs sans nom dans sa barbe, aux côtés d’un De Niro en tongs sur sa chaise-longue, plus occupé à finir son sudoku et qui préfère d’abord faire comme si de rien n’était. Quand la vieille rouquine l’invite à aller sucer des queues en Enfer, dans un clin d’œil déroutant à L’Exorciste, c’en est trop, et De Niro, à son tour, sort de ses gonds. Se retrouvant coincé dans une impasse avec deux acteurs disjonctés prêts à s’étriper, le réalisateur s’extrait de cette scène très difficilement, la rendant d’autant plus grotesque. 
 
Ce gros plan mortel survient après un travelling en apesanteur accompagné d'une musique ambient sinistre. C'est la Grande Faucheuse qui nous contemple droit dans les yeux.
 
On a en effet connu John Curran un peu plus inspiré dans Le Voile des Illusions, où il filmait déjà Ed Norton, nettement plus convaincant dans la peau d’un docteur bien décidé à éradiquer le choléra et épris de la belle Naomi Watts de manière alternative. Ici, le cinéaste livre un des films les plus plombant qu’il m’ait été donnés de voir. Les deux derniers plans du film, qu’il vous faut à tout prix voir également, sont à vous glacer le sang, littéralement. On a notamment droit au regard caméra le plus foudroyant de l’Histoire. Et que dire de cette scène tragi-comique où un Edward Norton oubliant qu’il est filmé apparaît ravi d'avoir enfin compris le double-sens derrière le slogan des barres chocolatées Twix ? Qu’est-ce que ça vient faire là ? 
 
Olivier Assayas est plus que déçu par l'attitude de la star
 
Ce film est la raison pour laquelle Bob De Niro enchaîne scotch sur scotch sur les terrasses cannoises à l’heure qu’il est, la tronche bourrée de Doliprane et de Vicodin introduite illégalement sur le territoire français, le tout sous un soleil de plomb n’arrangeant rien à l’affaire. Ce n'est pas bon de mélanger l'alcool et les médicaments. C’est à cause de Stone qu’un climat de haine sans précédent règne parmi les membres du jury, une ambiance irrespirable instaurée par le Président, à grands renforts de soupirs méprisants qui en disent longs, de mains posées "par inadvertance" sur le cul de Uma Thurman, et de doigts d’honneur sans équivoque. Le plus triste, c’est que je viens de vous résumer ses trois seuls modes de communication. En coulisses, il se dit qu’un remake sanglant de Shining se prépare dans les décors clinquants du Grand Palais et dans les loges VIP putrides du Grand Journal…On imagine déjà un torrent d'hémoglobine se déverser sur les fameuses marches et finissant par noyer quelques starlettes à la manque... 
 
 
Stone de John Curran avec Robert De Niro, Edward Norton et Milla Jovovitch (2011)

8 janvier 2011

The Killer inside me

Dieu seul sait pourquoi j'ai regardé ce film, mais même le Tout-Puissant, dans Son infinie sagesse, doit ignorer pourquoi je l'ai maté jusqu'au bout... The Killer inside me, réalisé par Michael Winterbottom, raconte l'histoire d'un jeune shérif nommé Lou Ford et interprété par Casey Affleck, qui bosse dans une petite bourgade rétrograde du Texas et qui est chargé d'aller à la rencontre d'une putain sédentaire incarnée corps et âme par une Jessica Alba très à l'aise dans son rôle. Notre Shérif Lou Reed est censé l'expulser de la ville fissa. Mais cette péripatéticienne professionnelle s'en prend tout de suite à lui, alors qu'il ne lui a rien fait, et le gifle violemment à plusieurs reprises jusqu'à ce qu'il la force à s'aplatir sur le lit de sa vieille cambuse et lui pulvérise le cul à grand renfort de coups de ceinturon. La "pouffiasse", y'a pas d'autre mot, prend son pied à deux mains tandis que son fessier bulbé se met à méchamment ressembler à un jacuzzi bouillant. Sur ce, les deux débiles s'envoient en l'air à cent à l'heure, et c'était le début du film. Pourquoi aller plus loin ?




Mais pourquoi pas ? C'est ce qu'on se dit. On a tort de se dire ça mais on se le dit quand même. C'est typique avec ce genre de polar psychologique à trois euros. Pourquoi et pourquoi pas ? Va savoir avec Gérard Klein... Ça nous fait ni chaud ni froid. On s'en tape carrément à vrai dire. Mais on va au bout du tunnel. Le tunnel justement c'est quoi ? C'est l'histoire de ce shérif complètement taré qui est en réalité un tueur sadique, machiavélique au dernier degré et très peu malin à la fois. Pour empocher du blé et régler une obscure affaire de vengeance, il tue la pute dont il avait entre-temps fait sa maîtresse à plein temps, ainsi qu'un autre type qu'il connaissait depuis toujours et qui apparemment lui avait jadis fait une crasse ou que sais-je. Toujours est-il que cet ex-camarade d'école est assassiné sèchement, abattu de quatre balles tirées à bout portant dont une dans le front. En revanche, Jessica Alba subit un sort moins appréciable. La scène où Lou Ford Madox Ford la tue est assez rude, assez rugueuse oui...




Sans crier gare et sans que la jeune femme ne s'y attende, sans même qu'elle comprenne ce qui lui arrive, le shérif, après l'avoir baisée une énième fois, enfile des gants et se met à pincer le nez de sa roulure préférée, à lui coller quelques gifles, ce à quoi elle ne réagit pas puisqu'elle est habituée à se faire destroy pour le plaisir. Mais rapidement il se décide à lui envoyer d'énormes tampons dans la tronche, de plus en plus fort, tout en lui parlant, au point de finalement la coller au mur pour frapper dans son visage sans interruption et de toutes ses forces, longuement, fondant sur ce joli minois défragmenté comme une sauce carbo fond dans la bouche d'un fin gourmet. La fille ressemble à un steak haché depuis un bon bout de temps mais il continue encore à la tabasser, et rien ne nous est épargné ni de la violence des coups, dont témoignent entre autres les bruits secs du poing qui s'écrase sur ce bel hamburger osseux qui servait encore de faciès à Jessica Abats-de-veau cinq minutes plus tôt, ni dudit Big Tasty qui dégouline contre le mur et se brise en miettes. C'est donc une scène peu banale, qui rappelle vaguement, en mille fois plus violent et dérangeant, une scène du Doulos de Melville où Belmondo foutait une branlée avec gros pacson de baffes à la clé à une prostituée blonde pour la faire parler. Non en fait ça n'a pas grand chose à voir... Ça rappelle plutôt la scène d'Irreversible où Dupontel détruit la tête d'un type avec un extincteur, ou le flash-back de Kill Bill qui voit Uma Thurman se fait ramasser dans une église, et davantage encore cette séquence de Fight Club dans laquelle Edward Norton s'acharne sur le visage d'un blondinet avec distribution de pins dans la gueule au menu, au point de l'éclater en petits morceaux. C'est une scène peu banale donc... Vue, vue, vue et revue. Mais jamais vue par Michael Winterbottom, qui n'a peut-être rien vu de tout ça et qui a dû trouver cette idée non seulement originale mais brillante. A moins qu'au contraire il n'ait vu tous ces films, ce qui tendrait à l'enterrer encore plus profond.




Après ça le shérif est traqué par d'autres flics plus avisés que lui qui le soupçonnent lourdement car ses alibis ne tiennent pas debout (rappelons que notre anti-héros adoré n'a pas la lumière à tous les étages, et qu'il est même relativement con). Il poursuit donc ses pérégrinations, tuant un témoin puis assassinant sans raison sa propre épouse à coups de bottes dans l'estomac, alors qu'il comptait l'épouser, et aussi un autre type qui le faisait chanter... Et tout au long de cette intrigue nous suivons Casey Affleck, certes bon acteur, charismatique, et plutôt confortable dans ce rôle de doux dingue, mais qui n'a de cesse de déblatérer en voix-off, avec une voix bien à lui et proprement insupportable, des inanités, et dont le personnage se souvient régulièrement d'une enfance atypique. Abandonné très tôt par sa mère, le jeune Lou Ford a dû négocier avec un frère adopté par son paternel et susceptible de pomper une partie de son héritage, avec une belle-mère avide de roustes qui lui demandait de lui cuire le cul pour faire comme papa et qui lui donnait des photos d'elle cuisseaux grands ouverts sur la vallée de la mort, et enfin avec sa propre libido déjantée dès l'âge de 7 ou 8 ans, soulagée sur de plus petits enfants que lui qu'il violait dans des bagnoles. Typiquement le genre de type dont mon père dirait avec une triste moue : "Il est pas trop tranquille, ce jeune". Pierre Perret a fort justement dit : "T'en fais pas mon p'tit Lou, c'est la vie, ne pleure pas, t'oublieras mon p'tit Lou, ne pleure pas". Dans le mille Pierre Paul Jack. Et toute cette saloperie d'enfance, mêlée à un commentaire en off presque neutre de la part du meurtrier, ainsi qu'à quelques sourires diaboliques de Casey qui cèdent le pas à un visage inexpressif ou innocent, font du héros de ce film un gros malade mental, victime d'une société pourrie, reflet du fin fond de l'Amérique que l'introduction du film présente comme un monde impitoyable qui veut que l'on soit gentleman ou rien, et qui sous couvert de valeurs absconses livre les hommes à eux-mêmes et étouffe leur passions pour les voir rejaillir exacerbées et salement névrotiques en dehors des limites de la raison et de la loi. Or quand on parle du Lou, on en voit la queue...




A la fin du film on apprend que les flics savaient tout depuis le début car la fille de joie massacrée des premières scènes (Jessica Alba) n'était pas vraiment décédée, contrairement à ce qu'on a fait croire à Lou Ford Fiesta et au spectateur. Et donc, bien vivante, elle a pu l'inculper dès la fin des trois premiers quarts d'heure du film. Mais la flicaille texane s'est contentée de titiller le grand méchant Lou sans l'arrêter, lui permettant de buter trois autres personnes. Et à la fin de la fin, après l'avoir emprisonné sans lui dire pourquoi, les flics le relâchent, le ramènent dans sa maison et se barrent, l'abandonnant à son sort, seul toute une journée, lui laissant le temps d'imbiber la baraque du sol au grenier d'essence et d'alcool. Les policiers ne refont surface que quelques heures après avec la pute défigurée pour coincer le psychopathe et le mettre face à ses démons, incapables cependant de renifler l'odeur infecte des litrons de sans-plomb et de gazole que l'autre allumé a répandus dans toute la casbah, mélangés en sus à du bourbon. Ainsi, pour conclure le film, Lou Diarra Ford, après lui avoir fait un tacle à la ceinture régulier, va planter un coutelas dans le bide de la prostituée, voyant quoi les flics rassemblés derrière le couple à nouveau réuni par un énième coup bas du héros, littéralement un coup de canif dans l'estomac, ouvrent le feu et embrasent la baraque qui explose aussitôt dans une scène aux effets spéciaux très très spéciaux... Si je croise Michael Winterbottom, je ne lui dirai ni bonjour ni merde. Enfin si je lui dirai merde, mais pas bonjour, compte pas là-dessus Michel. Je vous dis merde à toi et à ton film, qui m'a pris le chou ! A toi qui as mis en scène ce scénario cousu de fil blanc que seul un artisan bancal a pu accoucher et qui ne résiste pas un centième de seconde au moindre spectateur curieux de la logique et des ressorts narratifs crédibles. A toi qui as filmé dix minutes durant l'anéantissement d'une femme réduite en lambeaux à coups de poings avec un intérêt mal dissimulé...




Alors à quoi bon ? Pourquoi mater ça ? Je m'énerve mais ça ne le mérite même pas... D'ailleurs ça ne m'a pas spécialement énervé, beaucoup moins peut-être que les derniers films de Fincher ou de Tarantino, puisque j'ai cité ces deux-là précédemment. On s'habituerait à voir ça ? Non je crois juste que ce film n'est pas si détestable, il est juste bidon, sans intérêt et tristement improbable. Mais pourquoi l'ai-je regardé d'un bout à l'autre ? Je sais pourquoi. Je tarde à vous le dire. Je remets à plus tard. Mais je le sais. Je sais très bien que je l'ai maté sans broncher parce que j'étais immobilisé sur mon pucier par un tord-boyaux de tous les diables. J'avais les crocs vers seize heures, en général c'est l'heure à laquelle on a les crocs. Je les avais et j'ai décidé de me faire un gueuleton sympa, à savoir des pâtes carbonara. C'est mon péché mignon, mon sésame. La carbo ça me rend dingue, ça et les pâtes c'est ce qui me rend fou. Le hic c'est que j'avais que les pâtes et qu'il me manquait justement la carbo. Je bosse pas en ce moment et j'ai pas tant d'argent que ça mais je venais de penser "Carbo" et quand j'ai pensé à la carbo, quand j'y ai pensé faut que je m'en boulotte sinon je fais un malheur et je suis capable de tout casser, de tout foutre en l'air chez moi et chez mes voisins. Donc je me suis mijoté ça rondo, pour les oignons j'ai mis du poireau, c'est idem, c'est la même en couleur. Et pour les lardons, comme j'aime pas ça (je trouve que ça a un goût de semelle), j'ai découpé en copeaux une vieille semelle de pompes qui m'allaient plus puisqu'elles taillent du 39 alors que moi je taille du 43, des Gallapagos, une horreur de godasse. J'ai vu Charlot bouffer ses grolles, donc normalement c'est ok de faire ça. Au goût effectivement j'avais des pâtes carbo, pas de doute là-dessus, je me suis régalé, le poireau a fait l'effet de l'oignon puisque j'ai chialé ma race d'un bout à l'autre du repas, et la semelle m'a rappelé la saveur si désagréable des lardons. J'étais dans mes petits souliers.




C'est après coup que mon estomac s'est rebiffé. Après une heure et demi de souffrances devant ce film, j'ai mis une goutte d'huile essentielle de camomille sous ma langue et c'est enfin passé, même si je l'ai mise sur ma langue plutôt qu'en-dessous parce que j'arrivais plus à la relever, ma langue, vu qu'à ce moment-là elle avait pris exactement la forme d'une main. J'avais une main dans la gueule, imaginez ! Mais même posée sur la langue, la goutte d'HE camomilius a fait son effet. Les huiles essentielles ça fait des miracles. On m'a offert ça pour Noël et depuis j'en bouffe dès que j'ai un creux. Il paraît que ça assainit, purifie, désinfecte tout ce que ça touche : l'air, les poignées de porte si on est méticuleux chez soi, et j'ose avouer que j'espère en secret que ces gouttes puantes feront disparaître ce mini-moi qui vit dans mes entrailles et que j'entends susurrer à mon oreille toute la journée... J'ai aussi regardé ce film en espérant qu'il allait me rencarder sur ce double en moi, ce killer inside me, cet alger-ego intestinal qui me fait du mal, qui me bute à petit feu et qui pourrait bien être un genre de ténia, un ver solitaire capable de m'entretenir la conversation ça reste peu probable mais quoi d'autre ? Ma douleur stomacale était passée pour de bon grâce à la camomille mais je me suis quand même fait un lavement dans l'évier de ma salle à manger parce que de toute façon j'adore ça. L'idée d'être clean comme un sou neuf de l'intérieur, ça me fait délirer. Tu manges comme un cochon et pourtant c'est comme si t'avais pissé dans un violon, c'est le top du top de la propreté même si ça a comme inconvénient de devoir se mettre une pomme dans le cul. Mon père dit de moi que j'ai "un grain". Ma copine, qui est restée bloquée, dit que je "crains". En tout cas manger de la chaussure c'est just, faîtes-le pas.


The Killer inside me de Michael Winterbottom avec Casey Affleck, Jessica Alba, Kate Hudson, Bill Pullman, Elias Koteas et Ned Beatty (2010)