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11 octobre 2023

The Cursed

L'histoire de la Bête du Gévaudan me fascine depuis mon plus jeune âge. Plus exactement depuis ce maudit soir où feue ma grand-mère me l'a racontée avec peut-être un peu trop de conviction et de talent. J'ai pas mal lu sur le sujet, je me suis rendu plusieurs fois sur les lieux, j'ai confronté toutes les hypothèses existantes, j'ai versé une larme devant la daube de Christophe Gans. Bref, cette histoire me tient à cœur, alors quand j'ai lu que ce film-là en proposait une nouvelle relecture, j'ai foncé les yeux fermés... Droit dans le mur, comme d'habitude. Mais j'éprouve bien moins d'animosité pour une telle œuvre, aussi anodine soit-elle, que pour un gros truc survendu. Sean Ellis ne cherche pas à mal faire, c'est évident, il est animé de bonnes intentions, il aborde le sujet avec sérieux et un certain classicisme dans la forme. On a presque envie d'y croire, avant de décrocher progressivement face à la prévisibilité et au manque d'originalité du projet, que symbolisent des personnages ennuyeux au possible campés par des acteurs fatigués (Boyd Holbrook, Kelly Reilly), et la redondance de scènes de cauchemars franchement pénibles. 




Le mythe du Gévaudan est donc ici remixé avec quelques ingrédients classiques du folklore entourant la figure du loup-garou. Toutes les idées ne sont pas mauvaises et le film contient notamment une scène d'autopsie qui surprend par sa dégueulasserie. Globalement, hélas, Sean Ellis n'est pas aidé par des CGI franchement pas jojo et une photographie grisâtre comme on en a beaucoup trop vu ces derniers temps. C'est qu'il ne faudrait pas oublier que l'action se déroule dans la campagne française au XIXe siècle... Le scénario nous propose enfin une nouvelle théorie sur la fameuse Bête (attention au spoiler – je préviens au cas où deux ou trois pelés s'aventureraient encore par ici). La Bête du Gévaudan, c'était donc encore un sale coup des gitans ! Un de leurs maudits sorts. Le genre qu'ils jettent sur ta famille et ce pour plusieurs générations si tu as le malheur de les éjecter un poil violemment d'un terrain ne leur appartenant évidemment pas et sur lequel ils ont pris leurs aises. Je sais pas vous, mais moi, j'élimine direct cette théorie de ma longue liste des possibles et retourne à mes recherches.


The Cursed de Sean Ellis avec Boyd Holbrook, Kelly Reilly et Amelia Crouch (2023)

11 février 2014

Le Pacte des loups

Alors que sort demain La Belle et la Bête, trois millième adaptation du célèbre conte, revenons sur le deuxième long-métrage de Christophe "Je suis cinéphile mais pas cinéaste, confondez pas !" Gans, Le Pacte des Loups. Quelle est votre théorie sur la fameuse Bête du Gévaudan ? Un leup ? Plusieurs leups ? Un clébard dressé pour tuer par un taré ? Un animal exotique (lion, hyène, lycaon, panthère, chien de prairie, éléphant) ? Un monstre, tout simplement ? Ou bien n'est-ce qu'une légende sans autre fondement que celui d'avoir été colportée, déformée et transformée avec le temps depuis la Lozère dont on sait que les habitants sont des affabulateurs pathologiques et psychopathes (Franck Mancuso a bien étudié la question dans R.I.F.) ? On ne sait pas mais on déblatère quand même ! Cette histoire fait partie des grands mystères irrésolus qui nous fascinent depuis des lustres, bien au-delà des frontières de notre beau pays. Il y a quelques années, le bien-aimé Patrice Gélinet avait reçu dans son émission phare 2000 ans d'Histoire un pseudo expert en la matière. Selon ce chercheur de pacotille, qui a écrit un bouquin sur le sujet sobrement intitulé "La Bête du Gévaudan", la réponse à cette énigme de près de 300 ans est bien simple : il s'agissait de plusieurs leups, un poil affamés, déviant du comportement habituel de la meute, qui ont commis quelques massacres. Des massacres bien banals à l'époque où ces bestioles féroces hantaient nos sous-bois, mais qui ont fait les choux gras de la presse car ils sont survenus à une période où il n'y avait rien d'autre à se mettre sous la dent dans l'actualité (le milieu du XVIIIème siècle grosso mierdo), un peu comme à Noël dernier quand Schumacher a rencontré un rocher et provoqué des breaking news endiablées sur i>Télé.




Ce même historien mal renseigné avait trouvé le moyen, dans l'émission si respectable de Pat' Gélinet, de placer un petit message écolo à deux euros, en affirmant que les leups n'auraient pas été réintroduits en France par l'homme, mais qu'ils seraient revenus naturellement. Ils ont traversé les autoroutes ! Alors déjà, chacun son taf, à lui l'histoire de France circa 1700, aux écologues et éthologues l'étude des migrations d'espèces sauvages dans notre Europe bardée de macadam à au moins deux voies qui sont autant de frontières pas évidentes à traverser pour nos amies les bêtes. Je n'ai rien contre les leups quelle que soit la façon dont ils ont remis leurs jolis pattes en France, un nouveau super-prédateur dans nos forêts à l'abandon ne peut que rajouter un peu de suspense et de piments dans nos balades dominicales, mais il faut arrêter l'angélisme et admettre que l'homme n'a pas été qu'un observateur discret et passif dans cette affaire. J'aime les animaux, particulièrement les clebs et autres canidés du genre Canis, j'ai aussi un gros faible pour les animaux des genres Ovis et Capra, en particulier le capybara. Mais je préfère les hommes, même si l'homme est un leup pour l'homme. Bref. Si, comme moi, vous êtes un tant soit peu fasciné par cette histoire de Bête du Gévaudan, si celle-ci vous empêche de dormir la nuit comme cela a pu m'arriver dans ma jeunesse (merci Mémé), hé bien écoutez donc cette émission spéciale de la regrettée 2000 ans d'Histoire et, surtout, regardez le maudit film de Christophe Gans, qui parvient à démolir et ridiculiser un mythe vieux de 300 ans. Après ça, vous n'en aurez plus rien à foutre ! Plus rien ! Vous ne voudrez même plus en entendre parler.


Le Pacte des loups de Christophe Gans avec Samuel le Bihan, Mark Dacascos, Émilie Dequenne, Vincent Cassel et la Bête du Gévaudan (2001)