7 octobre 2011

Superman

Avant d'être traîné dans la boue par Bryan Singer avec Superman Returns, Superman, au cinéma, c'était feu Christopher Reeve dans un film de Richard Donner réalisé en 1978. J'aime ce film d'un amour irraisonné, à peine justifiable, pratiquement indéfendable autrement que par l'affectif. J'ai découvert Superman quand j'étais enfant, il m'a fait rêver (je rêvais d'ailleurs moins de pouvoir voler, d'être invincible et doté d'une force surhumaine que de travailler comme journaliste au Daily Planet), et c'est parce qu'il m'a fait rêver que j'aime énormément ce film. Je peux comprendre ceux qui se moquent de ce blockbuster certes un peu niais, à la gloire du super-héros le plus ridiculement patriote de tous les temps, à l'exception peut-être de Captain America... (à noter en outre que ce premier épisode des aventures de Superman est moins "propagandiste" que celui qui lui a succédé et dans lequel Supermec porte fièrement le drapeau américain pour le planter sur la Maison Blanche reconquise). Je n'en veux pas à ceux qui trouvent l’œuvre de Richard Donner terriblement datée et franchement ridicule. Dans les faits je ne peux que souscrire à ces critiques légitimes et difficilement contre-attaquables. Néanmoins j'aime ce film, entre autres pour sa naïveté, pour sa laideur ponctuelle, oui je l'aime non seulement pour ses qualités mais pour ses nombreux défauts.




Le premier défaut de Superman est certainement sa longueur, voire sa lenteur, surtout au début du film. Quarante cinq minutes (au bas mot) servent à nous présenter, dans l'ordre : le procès par le grand notable Jor-El (le père de Superman, incarné par Marlon Brando s'il vous plaît), du général Zod (Terence Stamp) et de ses sbires, sur la planète Krypton (cette première étape du film introduit en réalité le deuxième volet de la série, beaucoup plus potache, où Superman affronte ces trois criminels de Krypton, et que Richard Donner devait également réaliser mais qui fut malheureusement dirigé par un autre, Richard Lester en l'occurrence) ; le débat qui oppose Jor-El - convaincu que Krypton va exploser sous peu à l'approche d'un soleil - aux autres sages de Krypton, qui quant à eux sont sûrs que leur chère planète va changer d'elle-même la courbe de son orbite, et qui interdisent à Jor-El et aux siens de quitter Krypton sous prétexte que ce départ engendrerait un vent de panique chez les citoyens ; l'organisation secrète de l'évacuation du fils de Jor-El (Superman donc, qui s'appelle en réalité Kal-El) vers la Terre ; la destruction apocalyptique de Krypton ; le voyage vers la Terre à l'intérieur d'une capsule-cristal de Kal-El qui, encore nourrisson, devient progressivement un enfant durant ce trajet dans l'espace, tout en écoutant la voix de son père qui lui apprend tout ce que vous avez toujours rêvé de savoir sur tout ; l'arrivée de Kal-El sur Terre et son accueil par un vieux couple de paysans américains ; son adolescence un peu difficile, où il est contraint de cacher ses dons et incapable de séduire Lana Lang, la pom-pom girl du coin ; la mort de son père d'adoption (Glenn Ford), dont le cœur lâche après que son fils, futur Superman, lui a malencontreusement proposé de faire la course à celui qui arrivera le premier en haut de la côte... ; la découverte d'un cristal vert de Krypton enterré par ses parents adoptifs dans le sol de la grange ; le départ de Kal-El pour le pôle Nord (à pied !) ; l'édification miraculeuse, grâce au cristal vert, d'un temple de glace érigé au milieu de nulle part, où il peut mystérieusement communiquer avec ses parents biologiques, qui apparaissent sur les parois glacées du sanctuaire ; et le choix difficile, après avoir pesé le pour et le contre avec ses ancêtres, de cliver sa personnalité et de créer de toutes pièces le personnage de Superman, qui se révèle alors à nous pour la première fois quand Kal-El apparaît dans son costume (que nous ne l'avons pourtant pas vu coudre pièce à pièce) au fond du temple, avant de s'envoler le poing serré en direction de la caméra, volant à toute allure pour éviter de heurter l'objectif au dernier moment dans un virage contrôlé au millimètre près. Après quoi l'histoire commence enfin, quand Clark Kent nous est révélé à son tour, arrivant au Daily Planet dans son costume trois pièces d'anti-héros qui cache bien (enfin plus ou moins bien) son jeu. L'introduction est donc assez interminable, il faut bien le dire, quoique plaisante.




Kal-El (je rappelle ici juste en passant que Nicolas Cage a prénommé son fils ainsi, fin de la parenthèse) devient donc à la fois Clark Kent, ce grand dadet maladroit qui travaille au Daily Planet, où il tombe amoureux de Loïs Lane (Margot Kidder), et Superman, le vaillant super-héros généreux et poli qui aide tout le monde, les policiers luttant contre la pègre comme les petites vieilles dont le chat s'est coincé dans un arbre. Rien ne nous est dissimulé du parcours initiatique du personnage et cette lenteur narrative va de pair avec la lenteur certaine des scènes d'action (plus encore dans le deuxième film, qui présente des combats au corps-à-corps où dix minutes séparent chaque coup de poing). On est loin des films de super-héros actuels qui veulent à tout prix commencer en fanfare et sur des chapeaux de roues histoire d'en foutre plein la vue aux spectateurs et de s'assurer d'immédiatement capter leur attention. Ici le film commence d'une très belle façon : un rideau sombre s'ouvre sur un écran de cinéma où des images en noir et blanc nous présentent la main d'un enfant qui tourne les pages d'un comic book. La caméra se rapproche lentement d'une case précise de la bande dessinée qui montre le Daily Planet, et un fondu enchaîné substitue une véritable image filmique du bâtiment au dessin qui le représentait. Ce passage de la bande dessinée au film est accompagné par la voix-off de l'enfant, qui nous plonge tout de suite dans une ambiance bien particulière. Cette ouverture m'en évoque une autre, similaire bien qu'issue d'un film tout-à-fait différent, celle d'Un Pont trop loin de Richard Attenborough, qui commençait également par dévoiler un écran diffusant des images d'archives de la guerre de 39 en noir et blanc commentées par une voix féminine étrange, triste et envoûtante, annonçant le programme du récit à venir. Après la présentation tout aussi captivante et immergeante faite par l'enfant au début de Superman, le générique d'introduction fait éclater l'inoubliable et grandiose musique de John Williams, puis vient donc l'introduction sans fin résumée précédemment.




Superman est un film qui prend son temps, un film qui refuse de considérer le spectateur (enfant ou adulte) comme un abruti avide d'action prémâchée, un film qui ne se prend pas pour autant au sérieux, loin s'en faut, et qui regorge d'ailleurs de petites touches d'humour, notamment grâce au personnage de Lex Luthor, incarné par un Gene Hackman en grande forme, et grâce à son acolyte abruti, Otis, interprété par Ned Beatty. Le film se prend si peu au sérieux qu'il accumule les maladresses, des maladresses moins agaçantes que touchantes, qu'elles soient dues à l'interprétation des deux acteurs principaux (Christopher Reeve et Margot Kidder), pas franchement géniaux dans leurs performances dramatiques quand bien même ils correspondent parfaitement aux rôles, ou à des effets spéciaux quelques fois comiques. Le film échappe cependant au ridicule par la beauté d'autres effets, car il témoigne d'un vrai soin apporté par le réalisateur et l'équipe technique à l'aspect visuel général de l’œuvre, notamment grâce à la photographie de Geoffrey Unsworth (décédé à la fin du tournage et à qui le film est dédié), ainsi qu'à des mate-paintings magnifiques réalisés par des artistes-peintres inspirés à qui on avait laissé du temps, car cette chose-là existait à une autre époque, et l'on n'ignorait pas qu'il en fallût pour accomplir un travail de qualité.




L'autre grande maladresse du film, c'est son dénouement. Nous sommes en présence d'un script aussi bon que mauvais. Le scénario n'est pas dépourvu de qualités, grâce entre autres à l'élaboration d'un méchant original et intéressant, car Lex Luthor n'est pas un gros catcheur ridicule habillé comme l'as de pique qui se contenterait de faire chier son monde, c'est un petit chauve sans muscles, brillant et machiavélique, qui échafaude un plan génial : détourner deux ogives nucléaires pour les lancer sur la faille de San Andreas afin de plonger la Côte Ouest des États-Unis dans l'océan et de voir se bâtir une nouvelle Californie sur le désert adjacent qu'il a au préalable acheté pour une bouchée de pain. Ce plan réclame cependant de neutraliser Superman, pour éviter qu'il ne vienne gâcher la fête. Luthor s'en acquitte grâce à la kryptonite (un cristal particulier de la planète Krypton qui annihile les pouvoirs de Superman), récupérée sur une météorite tombée à Addis-Abeba. Alors se pose à Superman une question de philosophie morale expérimentale comme en raffolent les auteurs de comic books. Beaucoup de films de super-héros aiment en effet à poser ces dilemmes moraux à leurs personnages (et donc à leurs spectateurs), de Spider-Man, qui doit choisir entre sauver une nacelle remplie d'enfants ou sa femme, à Batman, qui doit choisir entre sauver le "héros blanc" de la ville ou son ex-compagne. Spider-Man ne s'emmerde pas à choisir puisqu'il tisse deux toiles, les poignets (et les majeurs) tendus vers le Bouffon Vert, sauvant les gamins et sa meuf en même temps, sans broncher. Batman, que le Joker tente de corrompre (tout comme le Bouffon Vert tente de corrompre Spider-Man... les auteurs de ces scénarios n'allant jamais chercher bien loin), décide de sauver son ex, car au fond il se fout complètement du bien-être de la cité et préfère le sexe entre amis, mais le Joker le trompe et Batman sauve l'avocat qui foutra la merde dans le 2ème épisode. Mauvaise pioche. La femme meurt (le public s'en remet rapidement, car c'est Maggie Gyllenhaal qui joue le rôle), et Nolan assure la part "sombre" de son triste film. En réalité le vrai défi de philosophie morale expérimentale du Dark Knight se trouve dans la scène des bateaux et pourrait se poser en ces termes : est-il moralement acceptable de sacrifier un groupe d'individus criminels condamnés à croupir en taule pour sauver un groupe d'individus sans casier judiciaire ? Nolan évacue cependant la question car elle n'est pas posée "au Batman" mais aux individus des deux camps eux-mêmes, et on veut nous faire croire que les criminels comme les "honnêtes gens" préfèreraient tous mourir ensemble plutôt que de faire du tort à leurs voisins d'en face, ce raccourci bien facile étant le point d'orgue d'un scénario qui a tout de la mascarade absolue.




Mais revenons à Superman, dont la situation est quelque peu différente - de fait le défi ne lui est pas directement posé par Lex Luthor - mais qui, à l'instar de ses camarades super-héros, pousse la philosophie sous le tapis et se torche avec, comme nous allons le voir. Deux têtes nucléaires sont lancées sur deux zones distinctes et éloignées de la faille de San Andreas. Superman a promis à Miss Teschmacher (l'autre acolyte de Luthor, moins idiote qu'Otis et plus responsable), qui vient de sauver le super-héros du joug de la kryptonite, d'arrêter en premier le missile qui se dirige vers la ville où réside sa vieille mère. Mais c'est laisser pisser l'autre missile, qui fuse vers un barrage où Loïs Lane et Jimmy Olsen (jeune photographe au Daily Planet et ami de Clark Kent) font un reportage. Qui sauver ? Tenir sa parole ou privilégier son intérêt personnel ? Si Superman suit son intuition déontologiste en bon lecteur de Kant, il doit tenir sa promesse, ne mentir sous aucun prétexte et laisser Loïs Lane mourir. S'il est au contraire un adepte et piètre applicateur de l'éthique des vertus, il privilégiera son équilibre personnel. Au final Superman est kantien : il part détourner le missile qui menace la maman de Miss Teschmacher, qu'il balance ensuite dans l'espace (pas Miss Teschmacher, le missile), mais étant très fort et très rapide, il part aussitôt réparer les dégâts causés par l'autre missile (qui ne sont que matériels, pas de radioactivité dans les parages) en plongeant sous terre pour soulever la roche et combler la faille agrandie par l'impact. Il crée ensuite un barrage de substitution pour remplacer celui qui vient de céder sous la force des vibrations, sauve un bus rempli d'enfants suspendu sur le rebord du grand pont de San Francisco, etc. Mais il reste une victime dont Superman se rappelle enfin, Loïs Lane, dont la voiture se trouvait pile sur le tracé de la faille et qui meurt, ensevelie, étouffée par la terre et la poussière.




Superman sort le corps de Loïs de l'accordéon de taule froissée qui lui servait de voiture, prend le corps inerte dans ses bras, s'agenouille, hurle, pleure. Il ne peut pas accepter ça, et le spectateur non plus, pas après les avoir admirés tous les deux volant ensemble dans le ciel étoilé de Metropolis, gênés par les pigeons mais tout de même heureux et follement amoureux. Alors Superman s'envole, le poing dressé. Et là vient le climax du film. On voit la Terre, et on voit superman tourner autour de la Terre à toute vitesse. Il fait vingt fois le tour de la planète en moins d'une minute (on se demande pourquoi il a mis un quart d'heure à rattraper chacun des missiles et pourquoi il n'a pas volé aussi vite quand il s'agissait de les détourner...), si bien que sous l'impulsion de sa vitesse la Terre commence à tourner dans l'autre sens. Et là où c'est fort, c'est que du coup le temps va en marche arrière. Superman rembobine la Terre puis refait trois ou quatre tours de planète, dans le bon sens cette fois, à l'endroit, en marche avant, histoire de refaire "lecture" et de revenir à la faille juste avant la mort de Loïs. L'espace et le temps sont à ce point liés qu'en faisant tourner la Terre à l'envers Superman remonte le temps. L'idée est si conne qu'elle en est grandiose. L'absurdité (certains parleront d'un goof) ne s'arrête pas là puisque lorsque Superman revient pour sauver Loïs Lane, il ne s'occupe plus de sauver à nouveau les autres, qui sont saufs néanmoins : remonter le temps a permis d'annuler la mort de Loïs sans annuler le sauvetage de tous les autres. C'est complètement idiot et j'adore ça. J'adore ça parce que ça n'est pas une "erreur" scénaristique à proprement parler, ce n'est pas un goof ni un couac du script, c'est un finale purement absurde, incohérent et débile, voulu comme tel. Il est impossible que les scénaristes, producteurs, réalisateur, membres de l'équipe technique, acteurs et premiers spectateurs n'aient pas perçu la connerie totale de cette dernière séquence. C'est un choix résolument assumé, et avec le sourire en prime ! Richard Donner, qui a réalisé quelques uns des plus grands films pour enfants de l'époque (Les Goonies en tête, mais aussi la série L'Arme fatale), fait un film comme un gamin raconterait une histoire, c'est-à-dire en se foutant éperdument des inconséquences du scénario et de sa conclusion ubuesque. L'idée de faire tourner Superman autour de la Terre pour en changer le sens de rotation et ainsi remonter le temps lui a plu (et c'est une magnifique idée, aussi conne soit-elle !), et il l'a réalisée, nous rappelant un peu ce qu'est avant tout (et sauf à d'extrêmement rares exceptions) l'univers du comic-book et que ne devraient pas oublier certains réalisateurs mégalo de films de super-héros, à commencer par ceux qui se prennent si tristement au sérieux : un amalgame de merveilleux, de grotesque et de connerie voué à faire rêver les gosses. Richard Donner en est un avant tout, que l'on voit dans les bonus du DVD du film raconter sa joie quand il a reçu le coup de fil d'Alexander Salkind (producteur) lui annonçant qu'il dirigerait le film : "J'étais aux cabinets. J'ai tout noté, le projet, le budget, les délais, tout, sur une feuille de PQ, une tranche de papier-cul que j'ai faite encadrer !".


Superman de Richard Donner avec Christopher Reeve, Margot Kidder, Gene Hackman, Marlon Brando, Glenn Ford, Ned Beatty et Terence Stamp (1978)

6 octobre 2011

Batman

Aujourd'hui nous accueillons Joe G., rédacteur en chef de l'outstanding webzine musical C'est entendu, pour nous parler avec passion, enthousiasme et tranchant (comme toujours avec Joe G. et sa gouaille franglaise sans pareille) du premier Batman, celui de Tim Burton.

En dehors du port-de-boucain lambda, l'homme de la rue trépané du ciboulot, le gros gros idiot que l'on nomme souvent "tout-un-chacun" pour ne pas dire "personne" qui a toujours préféré Batman & Robin parce que selon lui George Clooney est un acteur connu, à la différence de Michael "Caine ? Non." Keaton et Val "de Marne" Kilmer qu'il n'a jamais vu dans les rétrospectives "people" de M6 ; en dehors de cet individu un peu con, tout le monde préfère Batman : le Défi, le deuxième film réalisé par Timur Burton, plutôt que le premier, "Batman 1, LE Batman, Da prem's Batman, le first, avec Keaton dans le rôle de Bruce Wayne, mais le premier de Burton pas le 2, le 1. Ba1man, Batone, el primero uno". Je comprends et respecte ce choix parce qu'il est vrai qu'à l'opposé du premier film, le scénario du "Défi" semble plus alambiqué, et on a droit à plusieurs personnages opposés à le Batman : Catwoman, le Pingouin et Chris Walken (aka "le notable pire que les freaks").


Je ne dis pas ça parce que la photo vient de la scène du restaurant, ni parce que j'aime pas les croquettes, mais y'a définitivement plus à bouffer ici que chez Selina Kyle

Mais je crois que c'est justement la raison pour laquelle je préfère le premier épisode. Ça et puis il faut dire que la plastique de Kim Basinger me convient mieux que la maigreur de Michelle Pfeiffer. Ca joue ! Le premier volet de la saga d'avant le reboot est celui qui pour moi symbolise le mieux l'esprit des bandes dessinées d'avant-guerre. C'est même, avec le film Dick Tracy et peut-être le moins connu Rocketeer, l'un des tous meilleurs exemples de mise en métrage de ces comic books d'antan et de leur idéalisme américain sur fond de corruption, de violence et de roman noir.


Le lieutenant Max Eckhardt, gros lard corrompu tout droit issu de l'imaginaire du Chicago d'Elliott Ness

Dans Batman, il n'y a qu'un seul ennemi et c'est celui qui compte : le Joker. C'est lui qui a tué les parents de Bruce quand il était gamin, c'est un mec complètement fêlé et il permet l'association des deux aspects qui rendent le film si réussi à mes yeux : la caricature du roman (graphique) noir et le grotesque amusant des années 80. Rappelons-le, Batman a paru en 1989 et sa bande-son est signée Prince. C'est important.


Le Joker en critique terminale des Reaganomics, le vol de l'argent public par l'élite blanche (la couleur de la peau du gangster nouveau qu'est le Joker) d'une Amérique décomplexée et corrompue entre 1980 et 1988

Si l'on a envoyé tant de fleurs à feu-Heath Ledger pour son interprétation cinglée du Joker, c'est en partie il faut le reconnaitre parce qu'il a fallu à cet acteur surpasser la performance de Jack Nicholson, grand parmi les grands, qui offre là un personnage haut en couleurs. Si le Joker complètement timbré et franchement marrant de ce film est indéniablement un bon méchant avec des répliques mémorables (en VF les fameuses : "Il faudrait voir à pas trop me prendre pour une POIRE" après avoir flingué Bruce Wayne ou le "T'es mort et c'est chouette !" chanté après avoir fait frire l'un des chefs de la pègre) mais c'est surtout l’ambiguïté de son personnage qui le rend si intéressant puisque l'on peut voir au début du film le Jack Napier d'avant le bain d'acide. Et là, Nicholson est fidèle à lui-même, tout en sourires en coin, dans un séduisant costume de gangster, un chapeau baissé sur les yeux et il a l'air vraiment dangereux. Davantage que le Joker, qui n'est qu'imprévisible et fou. Ma scène préférée est peut-être celle où il hèle le lieutenant corrompu symbolique d'un "Hey Eckhart !" avant de le flinguer. C'est exactement comme ça que je fantasme les personnages de pulps noirs, pile entre James Cagney et un cliché de bande dessinée. Et puis après ça la réactualistion du mythe du Joker peut se laisser aller à toutes les excentricités permises par la fin des années 80, avec les publicités télévisées pour les produits esthétiques qui tuent de rire, la parade mortelle dans Gotham à la fin, et même cette cathédrale immense, improbable dans une ville américaine, et absolument fantasmatique, dont les gargouilles gigantesques sont à l'image du film : un anachronisme voué au ravissement de l'imagerie rêvée.

"Est-ce qu'il t'arrive de vouloir danser avec mes bastos au clair de lune ?"

Un mot sur Batman, puisqu'il s'agit tout de même de lui, aussi. Contrairement au premier volet du reboot de Nolan, on ne nous bassine pas ici pendant des plombes avec le passé et la psyché de Wayne, et c'est tant mieux ! Ce film est à l'image de la bande dessinée, un pur produit de consommation populaire mêlant fantastique, action et humour noir. Il n'y a pas de place là-dedans pour de la psychologie à deux sous. On voit certes les parents de Wayne mourir mais ça n'a pour but que de servir l'établissement du mobile de vengeance qui amènera au duel final entre Wayne et Napier. Malgré tout le respect que j'ai pour Michael Keaton et pour ses talents (aperçus notamment dans Beetlejuice, Multiplicity ou Desperate Measures ou plus récemment son second rôle dans The Other Guys), il faut avouer qu'il est ici plus ou moins transparent mais c'est un trait qui me parait en fait être partie du personnage de Batman/Wayne et que l'on retrouve chez tous ses interprètes (Clooney, Kilmer, Bale). Batman est une idée, un costume, un étendard, un fantôme. C'est exactement la raison pour laquelle l'étude de sa psychologie, de ses sentiments, telles qu'elles ont par exemple été montrées, poussées à l'extrême dans Batman Begins n'ont aucune sorte d'intérêt. On n'étudie pas les sentiments d'un costume. Ses idylles éternellement renouvelables dans la première série (Basinger, Pfeiffer, Kidman, qui d'autre ?) ne sont qu'un coup de pinceau dans le tableau qu'est ce personnage, représentant de l'idée selon laquelle le mal crée le mal, cette notion de la transformation karmique glamorisant le chevalier gris (et non pas noir), luttant pour le bien avec les armes des méchants. Timur Burton, jamais avare de métaphores fantasmagoriques, avait réalisé son film le plus abouti en 1989 et si seulement quelqu'un avait pu l'en informer, on n'en serait pas aujourd'hui à se demander où est passé le talent supposé de Johnny Depp.


Batman de Tim Burton avec Michael Keaton, Jack Nicholson et Kim Basinger (1989)

5 octobre 2011

Blade II

Est-ce qu'on peut dire que Blade 2 est un film de super-héros ? Le héros est un vampire, il a des super-pouvoirs, il fout la race à tout le monde et il a un costard, ça se tiendrait. Pour moi la question ne se pose pas, tout film avec Wesley Snipes est un film de super-héros. Que dire sur ce film sinon qu'il est vraiment pas terrible et qu'il jouit d'une réputation usurpée uniquement parce que c'est Guillermo Del Toro qui l'a réalisé, contrairement au premier qui avait été signé par un inconnu. Tout le monde aime Del Toro parce que c'est un gros chicano qui ressemble à un burrito et qui fait des pures tortillas, il est vrai. En réalité ce film est un condensé indigeste d'action non-stop filmée dans une boîte de nuit, et il fout la gerbe quand il ne rend pas taré. Le seul bled où Blade 2 est ridiculisé comme il se doit, c'est le Sud-Ouest de la France, au pays du cassoulet, des ballons ovales et des péquenauds pégueux qui prononcent le titre, deux fois d'affilé car personne ne comprend, "Blèdeuh 2".


Blade II de Guillermo Del Toro avec Wesley Snipes (2002)

4 octobre 2011

Iron Man

Ce film est un prétexte. Je vous l'annonce tout de suite. Bien sûr, je l'ai vu. Je capte TF1 sans souci, et j'ai donc déjà foutu en l'air un de mes dimanches soirs devant ce thriller comme le cinéma américain en produit par centaines chaque mois. Iron Man, c'est un prétexte pour vous parler de Robert Downey Junior. Et si cela vous étonne que je parle de "thriller" pour ce film de super-héros, c'est parce qu'au départ ma critique prenait pour prétexte le film Copycat. J'étais en effet persuadé que Robert Downey Jr jouait dedans et je viens de me rendre compte que ça n'est pas du tout le cas. J'ai dû le confondre avec Harry Connick Junior. Bref. Poursuivons sur le cas Downey, cet acteur adoré de tous dont le plus grand rôle a été... Non, ne cherchez pas. Vous ne trouverez pas. Lui, le roi des caméos et des tapis rouges, a reçu sa première nomination aux Oscars il y a deux ans, pour son rôle comique dans Tropic Thunder où il est grimé en sergent afro-américain. Il imite l'accent noir. Une performance plutôt ridicule qui l'amène directement aux sommets d'Hollywood. Allez comprendre...



Autre détail sur le bonhomme : Bob Downey Jr se plaît à se rendre aux avant-premières en tongs, vêtu d'un bermuda beige et d'une chemise hawaïenne, pour ainsi peaufiner "sa cool attitude". Il était particulièrement rayonnant lors de la projection d'Iron Man, justement, le film qui lui a apporté son premier premier rôle depuis un fameux bail, une vraie réussite pour certains amateurs indulgents de films adaptés de comic book, rien du tout pour tous les autres. Bob Junior était là, tout sourire, bras dessus bras dessous avec Gwyneth Paltrow (le salop !). Il portait ce jour-là une chemise rouge à carreaux vichy ("pétainiste" devait-on plutôt dire le concernant), l'une de ces chemises dont on se sert comme d'une nappe lors des pique-niques, le genre qu'on jette sans arrière-pensée à la fin du casse-croûte, avec toutes les miettes dedans. Ces nappes-là on les secoue pas, on les jette directement. Ou bien on leur fout le feu, et deux jours plus tard des randonneurs écolos retrouvent les traces carbonisées en se plaignant d'à quel point les gens sont des gros dégueulasses.



A l'école, ses camarades de classe le surnommaient Le Cerf-volant (cerveau lent). Robert Downey Junior était un véritable fils-à-papa, un gosse de riche qui rata son bac deux fois de suite. Comme il était nul, ses parents l'ont inscrit dans une grande école d'informatique (alors que c'était une grosse quiche) et il put se payer un diplôme d'ingénieur. Il pouvait facilement trouver du boulot, avec des salaires de plus de 5000€ net, mais il préféra la taule et les cures de désintox. Jusqu'à ce qu'il décide d'être acteur... Bref, encore un bel exemple de la réussite par le travail. A part ça, Bob Junior est assez sympathique au quotidien, il a toujours bonne humeur vu qu'il est trop con pour saisir l'état déplorable du monde actuel et pour que cela influence son karma. C'est un doux abruti un peu rêveur. Il a une belle gueule, des cheveux terribles, un sourire irrésistible. Il mange des Corn-Flakes à tous les repas.



Aujourd'hui, Robert Downey Jr crève l'écran. On l'apprécie sans doute pour sa transparence et sa médiocrité. On l'aime parce qu'il est abonné aux seconds voire aux troisièmes rôles, parce qu'il est là sans jamais être trop là, parce qu'il ne fait jamais que passer, tout en gardant une attitude apparemment "cool". Il donne ainsi à sa médiocrité un air totalement assumé. C'est ça qui nous rassure et c'est pour ça qu'on l'aime. Il est l'acteur idéal dans notre société qui ne supporte plus l'excellence. C'est attristant. Si on me donnait le défi de me retenir de péter, à partir de maintenant, en m'assurant qu'un jour je croiserais Downey Jr et que je pourrais alors tout lui lâcher d'un seul coup, je le ferais. Ce serait long et douloureux, parfois frustrant, mais je le ferais, et avec un grand sourire collé sur mon visage émacié.


Iron Man de Jon Favreau avec Robert Downey Jr, Gwyneth Paltrow, Jeff Bridges et Terrence Howard (2008)

3 octobre 2011

The Green Hornet

Quand, en 2011, la star féminine de ton film c'est Cameron Diaz, révélée en 1995 dans The Mask, c'est que t'es un gros fumier.

Quand, en 2011, la "bonnasse" de ton film c'est Cameron Diaz, c'est que t'es un gros enfoiré.

Quand, toujours en 2011, le héros de ton film de super-héros c'est Seth Rogen, t'es au 36ème dessous.

Quand l'affiche de ton film, en 2011, elle ressemble à la saloperie ci-à gauche, t'es une raclure de bidet.

Quand, en 2011, le caméo de ton film n'est autre que James Franco, t'es une sous-merde.

Quand, en 2011, tu sors un film de super-héros "buddy-movie décalé" qui prend en dérision le genre, c'est que t'es un gros retardé de 30 ans.

Et c'est ce triste sire de Michel Gondry qui, en 2011, a été invité à donner des leçons de cinéma à tout Cannes ? C'est lui qui est acclamé comme un nid à idées hors pair par toute la critique ? Let me laugh ! Make me feel bad ! Touch me when I come closer !


The Green Hornet de Michel Gondry avec Seth Rogen, Cameron Diaz et Christoph Walz (2011)

2 octobre 2011

Spider-Man 3

Aujourd'hui nous accueillons à nouveau Arnaud, le blogueur décalé et fin limier du blog ciné Donc Acte !, pour une dernière intervention dans ce dossier à propos du troisième volet des aventures de Spider-Man. A cette occasion nous nous joignons à lui pour donner nous aussi notre avis sur cet ultime épisode. Suite et fin d'un article-ricochet sur la saga de Sam Raimi !


Arnaud :

Le troisième opus au budget pharaonique rassemble la tyrannie Raimi. Sam et Ivan Raimi ont creusé leur cerveau commun pour trouver l'histoire et ont réengagé Alvin et les Chipmunks pour l'écrire. Ils se sont renvoyés la balle devant un Alvin Sargent dépité. Ils répétaient à tour de rôle lors de l'écriture du scénario automatique : "c'est toi mon double", "non c'est toi mon double", "non c'est toi mon double", "non, c'est toi mon double". Quand ils en avaient marre, ils inversaient : "c'est moi ton double", "non, c'est moi ton double", "non, c'est moi ton double !"... et ainsi de suite. Alvin Sargent reprit donc le script du second opus. Il s'est dit que les deux frères n'y verraient que du feu s'il inversait juste les pôles évolutifs de Parker et de Watson.

Tout repart comme au début de Spider-Man 2. Sauf que, cette fois, tout roule pour Peter et rien ne va pour Mary-Jane. Harry en veut toujours à Spider-Man/Peter d'avoir tué son psychopathe de paternel. Alvin Sargent a rajouté des doubles ; l'influence des Raimi s'est faite sentir. Ainsi Mary-Jane a une rivale. Peter a un rival. Vénom existe en double. Harry reprend le rôle de bouffon vert de son père. Deux nouveaux méchants au compteur : Vénom (un méchant vraiment très con) et l'homme-sable (le méchant qui nous tire une larme) qui reprend la fonction de Dr. Octopus.



Retour au résumé : après avoir attaqué Parker dans une ruelle, Harry subit un choc à la tête. Commotion cérébrale. Il ressort dans la journée, devient le type le plus gentil du monde et peint des natures mortes. Pendant ce temps, Vénom, entité néfaste extra-terrestre, s'accroche au vélomoteur de Parker (en présence de Mary-Jane Watson). Double opportunité ratée d'infecter du monde. Peter passe faire un tour chez sa tante. Encore raté pour Vénom. Il traîne dans l'appartement de Parker et a l'occasion d'infester Peter et Mary-Jane (alors qu'ils sont seuls) sans le faire. Il préfère se planquer dans le placard et y rester deux jours. Il en ressort lorsque Spidy fait son cauchemar. Songez que si Peter n'avait quelque responsabilité dans la mort de son oncle, Vénom se serait installé confortablement dans une penderie et y serait encore. Vénom a donc décidé de tourner en dérision le photographe. Sous son influence, Peter se plaque une mèche de cheveux sur le front. Il se trouve un nouveau costume de héros tout noir. Lorsqu'il marche dans la rue, il adopte une démarche de frimeur et pointe du doigt les filles. Peter dévoile l'imposture de son rival en photographie (ce qui n'est pas un crime) et se fait apprécier de son proprio (quelle mauvaise influence ce Vénom !). Certes, Spidy finit ses combats plus violemment qu'à l'accoutumée : il croit tuer l'homme-sable et fait exploser une bombe près du visage d'Harry... rappelons que dans le premier opus, Peter avait déjà laissé tomber de quelques étages celui qu'il croyait être le meurtrier de son oncle. Peter joue au méchant dans une scène où il essaie de ridiculiser Mary-Jane dans un café-bar tout acquis à sa cause (elle ne se laisse pas faire ; le mal n'est pas bien grand). Ce qui constitue d'ailleurs le retour en grâce de Parker qui a des remords et se débarrasse de la boue pétrolifère à coup de sons de cloche (dans un clocher d'église). Bref, toute l'affaire se finit sur un chantier de construction (étape que le script de Spider-Man 3 n'a jamais connue).



Même si Spidy the Third s'est avéré rentable financièrement, les studios Marvel et Sony ont préféré relancer la franchise du départ (un reboot) plutôt que de signer avec la même équipe pour un Spider-Man 4. On peut espérer que les méchants ne soient plus aussi naïfs que dans la trilogie de Raimi (Doc Ock excepté). Mais les studios ont choisi le pote au compte bancaire et au long pif du "héros" de The Social Network pour incarner Peter Parker, ce fameux nerd fan de sciences et merdier humain le jour qui se transforme en justicier arachnide la nuit. Le casting de Peter Parker n'est pas chose aisée mais il ne faut pas non plus s'avouer vaincu. Un jour peut-être, on pourra espérer un acteur qui n'a pas un visage ridicule à afficher sur grand écran. Heureusement, ils portent un masque la moitié du temps.


Rémi :

Je n'ai pas vu ce film au cinéma parce que je refuse de donner mes rares euros aux salops qui font ce genre de sale boulot. C'est un énorme tas de fientes, ce film, "un gros tas de merde" pour reprendre l'expression de Jeff Goldblum dans Jurassic Park. Parmi les scénarios les plus ridicules jamais montés à Hollywood, et pourtant... A ceux qui se demandaient encore : "Sam Raimi est-il un nullard ?", en se frottant la tempe, le réalisateur répond lui-même "Oui !" avec ce film. Tobey MacGuire et le comédien qui joue le bouffon vert (je ne le nommerai pas) ne sont pas supportables. Après, oui, je dînerais avec eux, Kirsten Dunst et Brice Dallas Howard avec un sourire en zigzag jusqu'aux lobes des oreilles, parti de Yaoundé pour rejoindre Adis-Abeba en passant par Rouffiac d'Aude. On entend dire des choses extraordinaires sur Spider-Man 3 : "C'est l'épisode le plus sombre de la série", "Beaucoup d'autodérision", "Tobey MacGuire devient émo et c'est fun". Vaaaaaaaaaaaaaaaaa chier... Les scènes d'action maintenant, elles sont censées être superbes et sont hideuses, stricto sensu. Pas un plan qui soit tourné sans ces effets venus le rendre plus joli, et pourtant c'est affreusement laid, pire, on ne croit à rien. Le passage avec la grue... que je ne résumerai certainement pas pour la simple raison que je n'en garde aucun souvenir : je vous défie d'y croire et de prétendre sans croiser les doigts de pieds dans votre dos : "Oui j'y ai cru, c'était impressionnant". Plus ils ont les moyens de faire "beau", plus c'est laid, et plus on se croit devant notre télé à écran bombé et à tube cathodique branché sur notre console Xbox pendant une scène cinématique de Hunter The Reckoning Wayward. Et les scènes de combat, par pitié épargnez-moi ça. Des scènes qui durent dix minutes avec deux tristes types qui se tapent sur la gueule alors qu'ils savent très bien qu'ils n'arrivent pas à se faire mal. Et puis ce qui n'a pas marché pendant tout le film finit par tuer le méchant à la fin, dieu sait pourquoi. Allez vous faire foutre Monsieur Raimi. Votre film est en-dessous de tout ce qui se trouve déjà en-deçà du niveau de la merde. Monsieur Sam Raimi je vous fous mon pied au cul, avec les orteils en éventail.


Félix :

Ça y est, je voue une haine tenace à cet imposteur de Sam Raimi. A vrai dire, je me rends compte que si j'ai pu apprécier un peu ce type, c'était seulement à cause de la VF d'Evil Dead 3, autant dire qu'il n'y était déjà pas pour grand chose. Car avec du recul, les deux premiers Evil Dead sont deux grosses bouses largement surestimées dont j'ai jamais pigé le statut de film culte. Voir le premier s'apparente à une torture, et quand on sait que le second en est un remake déguisé avec plus de moyens, ça fait pas rêver. Quant au reste de sa filmographie, ça pue la merde à 10km à la ronde et c'est pas son frère Ivan qui se bougera le cul pour acheter du Fresh Air. En plus de ça, les frères Raimi sont des proches amis des frères Coen, avec lesquels ils partagent l'art de faire des films chiants que la majorité des gens apprécient beaucoup. Cette même majorité qui a foutu Copernic derrière les barreaux après avoir lu en diagonale sa thèse intitulée "De la place du soleil dans l'univers". Bref. Spider-Man 3. D'ores et déjà estampillé "pire film vu Rue du Rempart", alors qu'il y a pourtant une sacrée concurrence. La meilleure chose de Spider-Man 3, c'est la fille de Ron Howard. Je n'imaginais vraiment pas dire ça un jour. Le film m'a littéralement emboucané l'esprit. Il appartient à cette catégorie de films tellement détestables que, plus tard, je ferai tout pour que mon futur gosse n'ait jamais la sale idée de le voir. En étant optimiste et en espérant que ce film ne m'ait pas rendu stérile, car je suis en effet persuadé que quelque chose d'aussi débile, c'est forcément contagieux. C'est rempli d'idées crétines et tout est ignoblement laid. C'est tout récent mais déjà extrêmement vieux. Avec un tel scénario c'est dingue d'avoir filé du fric pour le tourner. Et c'est encore plus dingue que tant de monde aime et aille payer pour voir ça. Creusez. Les frères Raimi ont déjà bien commencé et ont malheureusement trouvé un sacré paquet d'oseille.


Spider-Man 3 de Sam Raimi avec Tobey Maguire, Kirsten Dunst et Bryce Dallas Howard (2007)

1 octobre 2011

Meteor Man

A dossier spécial, film spécial. Film obscur, film rare, film oublié, j'ai nommé Das Meteor Man, de Bob Townsend, avec Bob Townsend, ex-guitariste des Who. Tout le monde croit à tort que le rôle-titre de ce film était tenu par Eddie Murphy, un habitué aux rôles de blacks dans les comédies ricaines de cette époque, l'amalgame se comprend d'autant plus que c'est lui sur l'affiche (alors qu'il ne joue aucun rôle dans le film) et qu'un des acteurs s'appelle Eddie Griffin. Mais c'est bien Bob Townsend qui joue le premier rôle de son petit bébé de film. Bob Townsend a littéralement étalé ses roustons sur la table avec ce film, et d'ailleurs ça n'a pas marché, le film a fait un four terrible ! Mais pas dans notre cour de récré de CM2. Avec nos camarades de classe on jouait aux super-héros entre midi et deux et chacun devait se choisir un avatar célèbre. On se bastonnait tous pour être Meteor Man, et le plus con de la classe finissait avec Spider-Man.



Autre paragraphe autre paraphé. Rappel des faits. Bob Townsend, grand amateur d'astronomie et d'astrologie, nous raconte l'histoire d'un homme frappé par une minuscule météorite et qui se retrouve doté de supers pouvoirs. Il peut maîtriser l'information pendant dix minutes. Ce qui signifie ? Il peut faire dire n'importe quoi à Poujadas par la force de sa pensée et le trainer dans le ridicule. Il peut aussi voler bien qu'ayant peur du vide. Et enfin, le Graal de ses nouvelles capacités, il peut voir à travers les fringues. Mais attention, pas toutes les fringues, puisque les sous-vêtements et autres calebars lui résistent. Le héros passe donc le plus clair de son temps à reluquer sous les pulls et jupes des femmes mais sa vision extralucide s'arrête aux soutifs et petites culottes. Ça reste un film pour enfants et il n'était pas question de nous dévoiler des tas de teuchs et de teubs à longueur de temps, surtout que le film se passe à Harlem, ce qui implique qu'on aurait eu droit à un tétanisant défilé de mastodontes (no offense).



Ce film nous a d'autant plus parlé que pour nous à l'époque ce super-pouvoir était plutôt une malédiction. Nos grands frères respectifs, j'ai nommé Poulpard (aka Brain Damage) et Joe (aka Lester Gang Bangs), nous ont très tôt - et quand on dit très tôt on parle d'un âge qui aurait pu leur valoir la réclusion à perpétuité - initié aux pornos les plus craspecs que diffusait Canal en ce temps-là. Ils n'ont pas fait ça pour nous impressionner ou pour nous faire croquer, non non non, c'était par pure stratégie finement réfléchie. Le but de la manœuvre c'était de nous mettre dans leur sac, de nous salir pour éviter qu'on les dénonce aux parents en cas de baston. Bref on s'est retrouvé à deviner bien malgré nous les formes les plus intimes des femmes qui nous entouraient, à voir toute femme à poil qu'elle soit habillée ou non, et à l'époque les seules meufs qu'on voyait c'était la famille ou la maîtresse d'école sexagénaire. Merci du cadeau empoisonné. Poulpe et Joe sont appelés à la barre des accusés.


Meteor Man de Robert Townsend avec Robert Townsend, Eddie Griffin et Marla Gibbs (1993)