28 septembre 2011

Spider-Man

Dans le cadre de notre dossier spécial super-héros, nous avons demandé à l'insaisissable Arnaud, du super-blog Donc Acte !, de traiter le film de son choix, avec sa plume légendaire. Il n'a pas fait ça à moitié puisqu'il s'est emparé à bras-le-corps du cas Spider-Man ! Voici donc le premier volet d'une série d'articles signés par notre très cher confrère :

Réalisateur des trois Evil Dead, de Darkman, de Mort sur le grill et de Mort ou vif, Sam Raimi, qui ne s'était jamais coiffé de sa vie, a sorti le costard pour faire propre sur les tournages des trois Spider-Man. Il voulait être pris en compte par les executives des studios Marvel et Sony pour faire partie de la promotion des films. Auparavant, Sam Raimi était un boucher du cinématographe. Il traînait sur les plateaux en t-shirt, baskets et jean, taché de sang des pieds à la tête ; il aurait pu être confondu avec Ed Gein si ses frères (Ted et Ivan) ne lui avaient pas rappelé qu'il avait une famille à charge (eux) et qu'il valait mieux faire des films gores que planquer des cadavres de femmes sous son lit. Fan de comics, de télé, et déjanté, Sam a mis l'horreur au goût de Tex Avery dans une série de films excités exposant tripes, sueur et cris gutturaux. Sa caméra manquait de peu d'éborgner les acteurs et se perdait souvent toute seule en forêt sur une moto lors d'une pause pipi d'un de ses frangins qui la conduisait. Sam traitait avec passion des thèmes de l'isolement, de forces spirituelles néfastes, d'aliénation poussant au massacre, de découpage de bien-aimées, de sexe avec la nature, de duels en lunettes noires, de Liam Neeson recouvert de bandages, de Bruce Campbell en frimeur se vantant de ses mérites de tueur de démons au supermarché où il travaille et de népotisme. Mais, Sam avait des ambitions. Il voulait filmer Spider-Man ou quelque chose comme ça.



Depuis le milieu des 1990's, Sam a donc tourné trois œuvres pour des spectateurs sains d'esprit et produit deux séries télévisées pour se laver de son infamie des 1980's. Ainsi naquirent un film de base-ball avec Kevin Costner (qui reste 2h15 sur un monticule pour nous expliquer en flash-back comment il est arrivé là depuis le banc de touche), Xena, Hercule, The Gift et Un Plan simple. Ayant prouvé qu'il était bankable et capable de faire croire que Keanu Reeves avait des talents d'acteur, Sam a été choisi par Sony à qui il a donné son nom complet Samuel Marshall Raimi pour signer la trilogie Spider-Man.

David Koaaaap, le boy de Spielby, son go-to-guy (son type chez qui aller), qui lui fait le ménage, sort les enfants, signe les papiers de divorce, fait le tri dans les idées pourries du grabataire tonton et détruit Indiana Jones au passage a été drafté pour signer le script d'un premier opus bancal. Kirsten Dunst, pour son parfait minois de fille d'à côté qu'on rêve tous d'avoir, Vern Schillinger de la série OZ, pour son expérience de l'autoritarisme, et Willem Dafoe pour son sourire plein de dents de cannibale, sont de la partie. Il ne manquait qu'une paire de faux adolescents ayant été adolescent ou ayant joué un adolescent : Tobey Maguire allait nous imprimer sur pellicule sa sale tronche de merde (son expressif air de niais écarquillant ses yeux mouillés, souriant pour dévoiler son énorme pif au bout tout rond, laissant ses oreilles remplir les bordures du cadre cinémascope, traînant sa voix pénible et plaintive, rentrant la tête dans les épaules et ces dernières dans le corps, se tenant les bras longés contre son buste comme s'il prenait trop d'espace) et fut choisi pour incarner l'homme-araignée entre deux longs métrages tournés avec des chevaux ; quant à James Franco, il n'avait rien de mieux à faire. Alvin Sargent a signé un impeccable second script grâce à un superbe vilain, nommé Doc Ock (Alfred Molina) pour les intimes. Sam s'est chargé avec son tâcheron de grand frangin impérialiste Ivan le terrible Raimi et Alvin Sargent de plomber la série avec un troisième opus budgété pour des gosses qui n'en ont pas redemandé depuis.



Le premier opus traite du cas de Spidy de superbe façon. Il est opposé au bouffon vert. Les films de super-héros ont besoin d'un super-vilain ; la qualité de l'ouvrage en dépend. Dans Spider-Man, Spider-Man est évidement la superstar. Son évolution est réussie (faut-il supporter le faciès de Maguire). L'emphase est totale envers Parker. Malheureusement, la schizophrénie de Osborn est sacrifiée aux convenances du calendrier de l'homme araignée. Sur la première demi-heure, les traitements alternant les parcours de l'adolescent studieux et du scientifique poussé à bout se valent jusqu'à ce que l'évolution de Peter Parker soit privilégiée. Le bouffon vert reste alors en attente, comme s'il attendait que Spider-Man soit à la hauteur pour l'affronter. Une profonde bêtise et de nombreuses incohérences s'ensuivent :

  1. La schizophrénie du bouffon vert aurait pu donner lieu à des attaques plus violentes et imprévisibles. Cette psychose aurait pu créer une formation intéressante lors d'un combat pour un Spider-Man encore tendre.
  2. Le bouffon vert tente pitoyablement de corrompre Peter en se la jouant cool et fun sur un toit de New York. Ils ont apparemment élevé les cochons ensemble. Bouffy raconte à Spidy que les peuples brûlent leurs idoles. C'est son seul argument. Bouffy compte sur la peur d'un vaillant héros pour le faire tomber. C'est pas brillant. Bouffon vert est le pauvre pendant de Jekyll & Hyde façon combinaison verte mouleboule dont le masque tient sur un haut de fauteuil et il est le versant couillon du riche scientifique qui l'a vu naître.
  3. Pour représenter sa folie, Willem Dafoe parle à un fauteuil. Même Abel Ferrara, David Cronenberg, Alan Parker et Lars von Trier ne lui ont pas demandé chose aussi étrange en tant qu'acteur.
  4. D'où sort Bouffy dans le building en feu ? Comment savait-il que Spidy passerait par là ?
  5. Le repas de Thanksgiving est une farce : Peter, nerd qui passe son temps le nez dans les bouquins, annoncé futur prodige en science, ne comprend pas la réaction d'Osborn quand il voit la coupure sur son bras. Réaction qui dévoile pourtant totalement l'identité de Bouffy à Spidy... mais, heureusement pour Bouffy/Osborn/Dafoe, il faut que sa tante soit attaquée pour que Parker comprenne que le bouffon vert connait son identité, même s'il ne fait pas le raccord neuronal pour soupçonner Osborn d'être le méchant.
  6. La fin : Bouffy tient une nacelle remplie d'enfants dans une main et Mary-Jane Watson dans l'autre. Il propose un choix idiot pour corrompre Spidy en comptant sur l'échec de sauvetage d'un des deux partis lâchés qu'il tient à deux mètres de distance l'un de l'autre. Là où Nolan dans The Dark Knight mettait Batman face à un tel choix (Harvey Dent et l'ex de Bruce Wayne), le joker avait l'intelligence de mettre quelques kilomètres entre les deux points où ils étaient retenus captifs. Spidy, qui tire des toiles d'araignée de ses poignets, sauve donc les enfants et son amour secret.

Ce premier opus manque cruellement d'un bon méchant. Dans Spider-Man 2 l'équipe du film a travaillé à l'élaboration d'un sublime vilain, comme nous le verrons dans un prochain article !


Spider-Man de Sam Raimi avec Tobey Maguire, Kirsten Dunst et Willem Dafoe (2002)

8 commentaires:

  1. Chouettos articulos! Je l'ai vu y'a longtemps ce filmo, donc je te crois sur parole, vu que je me souviens pas du tout du méchant. Dans mon souvenir lointain c'était un chat du nom de Sylvestre qui se faisait appeler "Grominet", mais je pense me planter de film du coup. Mais bon article!

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  2. le bouffon vert pue du cul oué!

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  3. Merci folks ;) Dans 2Spider2Man2, Sam Raimi fait du service-aprés-vente :D

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  4. que penses tu de Darkman, Arnaud?

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  5. Très cool article, Arnaud, vivement la suite !

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  6. @ anonyme -> je ne l'ai pas vu depuis longtemps ... j'aimerais le revoir ... tics de mise en scène de Raimi mis de côté, j'avais un peu de peine pour Liam Neeson et ses aléas même si le méchant était un peu mou.

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