16 novembre 2010

La Fille du RER

C'est un des pires films d'André Téchiné. En gros c'est une fiction ultra lourde, laide, stupide, chiante et conne sur le fait divers de cette fille qui a prétendu s'être fait attaquer par des antisémites dans le RER y'a quelques années, inventant toute cette histoire pour se faire remarquer suite à un autre cas, véridique celui-là, d'agression xénophobe dans le tromé. Rien que ce résumé de trois lignes c'est déjà une forme de mort, alors imaginez sur une heure et demi et avec toute une fiction autour. Et avec une Émilie Dequenne en petite forme, épaulée d'une flopée de comédiens réellement antisémites quant à eux, autant de seconds rôles détestables. Téchiné aura même osé rouler dans la boue une femme telle que Catherine Deneuve, contrainte de s'échiner à donner la réplique à un Michel Blanc libre comme l'air.



André Téchiné... Il est originaire de ma région mais jamais ça n'en fera mon réalisateur préféré. Tu entends André ? Jamais ! On endure ses films depuis des lustres, sans qu'ils n'obtiennent jamais de véritable succès, et ça semble ne jamais devoir cesser. Ce type, qui a quand même fait des choses moins mauvaises à ses débuts, a un don pour enchaîner des films qui captivent le spectateur malgré lui, prisonnier de récits pénibles et, quoiqu'il arrive, poussé à aller au bout de ces trop longs métrages, en dépit de réticences certaines et d'une lutte spirituelle contre l'esthétique et l'éthique d'un cinéaste envoûtant quoique désormais navrant. Je ne serai jamais ton fan numéro 1 André Téchiné, ne t'en déplaise et nos origines communes n'y feront rien, aussi tentant cela puisse-t-il être.

Question : Sur l'affiche, elle a des collants Dequenne ? Ou elle est juste la seule meuf black de gambas et blafarde du reste ?


La Fille du RER d'André Téchiné avec Emilie Dequenne, Michel Blanc et Catherine Deneuve (2009)

12 novembre 2010

Swing Vote

Je n'ai pas vu ce film. Je ne le verrai jamais. Pourquoi ? Parce que j'en ai rien à foutre, comme tout le monde. C'est sûrement une comédie dramatique sportive comme seuls les ricains en ont le secret, un petit navet des familles destiné à remplir les bacs les plus mal achalandés sur le marché de Moissac le mardi matin, un pur "direct to dvd". Donc je le ne verrai pas et je n'en parlerai pas non plus. Dans ce cas pourquoi l'avoir choisi comme prétexte à cet article en forme d'éloge à Kevin Costner ? Pour son affiche. Visez un peu cette star du troisième âge qui fait la sortie des collèges au volant de sa Fiat Punto pour ramasser tout ce qui bouge. Avec une pareille gueule d'ange on lui donnerait le Bon Dieu sans confession alors que c'est le dernier des taulards. Jetez de nouveau un œil à ce sourire de gendre idéal, de papa poule, de grand-père à tomber par terre. Qui ne rêve pas de coucher avec lui ? Qui n'a jamais rêvé de se l'envoyer ? Moi j'en ai déjà rêvé et j'en rêve encore. J'aimerais me le "faire". Comme tout le monde. Ma petite sœur de 7 ans et ma mémé Visite (c'est son prénom) de 95 balais rêvent idem de se faire marrave par ce mec. Et moi itou. Preum's !



C'est de lui dont je veux parler et quitte à trouver un film étendard pour en causer autant prendre Swing Vote, dont le poster met si bien Costner en avant. Kevin Costner est une des mes idoles, et elles se comptent sur les doigts de la main. Je dirais que si mon majeur est Mel Gibson, l'idole parmi mes idoles, mon annulaire doit être Kevin Costner. Le reste de mes crayons se partagent la vedette entre Eric Rohmer, Marcel Proust et Shaggy. Si j'ai choisi le majeur et l'annulaire pour Mel Gibson et Kevin Costner, c'est que ces deux doigts-là sont particulièrement liés. Essayez de remuer votre majeur sans faire trembler votre annulaire : impossible. Ne le faîtes pas trop longtemps quand même, c'est l'erreur qu'a commise Claude Lelouch et depuis ses mirettes continuent de faire l'aller-retour. Pour en revenir à mes crayons, Mel Gibson a droit au plus grand de mes doigts, certes, celui que je tends à qui mieux mieux, mais Costner s'en tire avec le doigt qui porte l'alliance, et quand je parle de Costner je pense carrément à l'Allianz Arena, le stade multicolore du Bayern München. Si Gibson et Costner sont liés, c'est qu'ils ont suivi sensiblement le même parcours. D'abord stars de cinoche addicts aux tapis rouges qu'ils ont l'habitude de fouler en high heels, objets de tous les fantasmes sexuels de la planète, véritables godes humains, ils ont ensuite su passer à la mise en scène, et avec audace. C'est chose rare... Qui d'autre ? Clint Eastwood ? Michel Blanc ? Clint Eastwood ? Dany Boon ? Guillaume Canet ? Mais dans le cas de Gibson/Costner, ça n'est pas vain. Parce que leurs films, joués ou réalisés, sont de petits voire de grands chef-d'œuvres.



Kevlar Costner... Tout ce que je peux dire c'est wow. Kevin Costner définit le mot "acteur". Je veux dire, jetez un œil à ses sept derniers chef-d'œuvres. Il est LARGEMENT meilleur que n'importe quel autre acteur. Je supporterais pas d'être n'importe quel autre acteur quand Kevin est à l'affiche. Il a mis un sacré paquet de gens au chômage après une si belle carrière. Et le petit roi du comeback fracassant frappe encore ! J'ai pas vu Swing Vote mais sa performance dans Coast Guards était clairement sa meilleure depuis Waterworld. Ce film m'a fait aimer les gardes-côtes comme Bodyguard m'avait fait aimer les noirs. Souvenez-vous de la phrase de Hugh Grant sur le tapis rouge, qui déclarait : "Je vous demande de faire chapeau bas devant un professionnel prêt à jouer avec ces gens-là". Une fois par mois, je grille une après-midi de clebs devant les 4h30 de la version longue de Dances with wolves. J'allume un feu de camp au milieu de mon appart', j'éparpille un peu de foin autour de moi, je m'assieds sur une cagette et je laisse venir. J'admire Kevin dans ce film plus que dans tout autre, tantôt barbu tantôt lisse comme une couille, sympathisant avec les natifs Sioux et autres Pieds-tendres du Nord de l'Amérique. Costner a eu l'idée de ce film en renversant une famille d'indiens (la famille de Wes Studi) avec le pare-choc pare-buffles de son 4X4 Cherokee lors d'une virée de pêche à la grenade sur le territoire sacré d'une réserve d'Apaches. Le résultat, c'est une fresque inoubliable sur la conquête de l'Ouest et sur le génocide des indiens d'Amérique avec la musique inoubliable de John Barry pour requiem. Avec son premier film derrière la caméra, Costner s'inscrivait directement dans la lignée d'Howard Hawks et sa Captive aux yeux verts, à la suite du Little Big Mac d'Arthur Penn, dans la course à la vérité historique sur le massacre sans procès des Indiens par l'envahisseur blanc violent et xénophobe. Peut-être le plus beau film de l'histoire du cinéma ? Sept oscars à la clé, de quel droit le Titanic en méritait-il quatre de plus ? De quel droit ? D'où ?



Que dire qui n'ait pas déjà été dit sur Postman ? Tout, puisque rien n'a jamais été écrit sur ce film. Et pourtant c'est un excellent film. Pour sa seconde réalisation, Costner fait encore plus ambitieux puisqu'après s'être retourné avec brio sur la genèse d'une nation ("birth of a nation", en anglais) il s'aventure dans l'anticipation futuriste d'un monde où l'homme se fait rare et où un général d'armée auto-consacré gouverne en despote. Tel est le pitch de Postdam. Sur fond de décor futuriste et apocalyptique à la Mad Max, Kevin Costard nous raconte en fait une fois de plus la naissance d'une nation, la sienne, avec l'invention à retardement du Pony Express. Kevin "hard-boiled" Costner a encore frappé. Je sais que je dois être le seul, mais j'aime Postamn.



Open Range, le film suivant de notre étoile, m'a complètement largué. J'ai adoré le gameplay de Max Payne mais adapté au far west et sans pouvoir prendre les manettes je n'ai pas été séduit outre mesure. En fait ce qui me déçoit dans ce film c'est que Costner retourne à ses premières amours, le western, mais son nouvel opus fait très pâle figure comparé à son tout premier masterpiece. Et pourtant y'a Bob Duvall au casting. Néanmoins, même quand il foire complètement, Costner sait ravir ses fans et je suis le premier sur la liste. Au beau milieu du film il y a une scène d'averse dans la petite bourgade où nos cow-boys séjournent le temps de siffloter une bière bien tassée et sans faux col à la terrasse du saloon. Il pleut, il pleut et les chemins de terre qui servent de rue sont vite détrempés pour se transformer en énormes torrents de boue. Un fleuve rouge remplace alors les petites artères calmes du bourg et nos héros sont contraints de démonter le saloon pour en récupérer les planches qui leur serviront de ponts afin de passer d'un trottoir à l'autre sans se noyer dans le fleuve merdeux créé ex-nihilo par une averse imprévue qui sépare désormais les deux côtés de la rue pour aller se jeter directement dans le pacifique. Costner est si inventif ! Il est si débordant d'imagination que c'est une folie furieuse de création qui s'empare de lui à la moindre occasion. Ou quand une simple averse permet à Costner de faire un remake déguisé du célèbre Et au milieu coule une rivière, réalisé quelques années plus tôt par son rival et modèle dans la conquête du cœur des dames et des mecs : Robert Redford. Mais la séquence nous évoque aussi Titanic. Encore et toujours l'ombre de ce vieux James Cameron qui plane sur notre idole, l'enflure qui a volé 4 oscars à Costner en 1990.



Kevin Costner est mon idole. Je n'ai pas encore vu Modoc, son dernier rejeton, qui n'est pas encore sorti. Il s'agirait d'un biopic sur la vie du peintre Pollock. Ed Harris (autre grand acteur/réalisateur), ayant déjà tourné le biopic de l'artiste-peintre, Kevin Costner a semble-t-il décidé de ne pas renoncer et de mettre en scène sa vision personnelle de la vie du fameux artiste qui peignait avec ses doigts en changeant le titre pour de simples questions de copyright. Ou bien s'agit-il d'un préfixe semblable à celui de "mocumentaire" ? Costner aurait mis en scène une charge contre l'illustre peintre qui peignait littéralement avec ses mokos ? Autre exemple de la hardiesse de Costner, il choisit le titre "Modoc" malgré les conseils de ses distributeurs français, qui l'ont averti des dangers de choisir un titre pareil, triste synthèse des mots "Médoc" et, précisément, "Moko", jugés par le CNC comme faisant partie des 10 mots les moins vendeurs en tête d'affiche des cinémas multiplexes de l'hexagone, juste derrière "vié", "teuch" et "zgegos" (aux États-Unis une enquête prouve que les mots bannis des frontons des multiplexes sont "black", "booty" et  "on wheels").



Je vous demande de vous lever pour cet icône du cinématographe, cet homme qui résume à lui seul le 7ème Art, ce prix nobel du sexe et de la paix : Cabin Costner, l'homme qui, dernière défiance, ose tourner le dos et son gros cul d'enfer (taffé en salle de muscu pour être immortalisé dans le plus beau plan de Danse avec les leups) à ce cinéma-là qui l'a fait, pour se consacrer corps et âme à sa gratte, à son banjo et à son gros micro.


Swing Vote de Joshua Michael Stern avec Kevin Costner (2008)

Synecdoche New-York

C'est le dernier film en date de Charlie Kaufman, qui a pour meilleur ami Spike Jonze (Kaufman a écrit pour lui les scénarios d'Adaptation et Dans la peau de John Malkovitch), et pour concubin Michel Gondry (il a aussi écrit Human nature et Eternal Shoeshine). Or s'il est vrai que vos amitiés en disent long sur vous, ce que vous accouchez quand on vous calfeutre devant une feuille blanche finit de dresser votre portrait. Et que dire de l'autoportrait ultra vitriolé que nous adresse ainsi régulièrement Karlie Chaufman... Une pluie de "mind fuck" et d'histoires à pioncer debout, un imaginaire souffreteux de geek attardé, une suite de mises en abîmes oniriques et de personnages moribonds. Sauf que là il parachève son œuvre : Synecdoche New-York, c'est son bébé à lui, tout entier à lui, écrit ET réalisé par lui. Donc j'avais les foies en m'apprêtant à le mater. Kaufman a certes peut-être parfois de bonnes idées de départ mais il écrit toujours des scripts qui s'avèrent foireux "au finish", et qui donnent systématiquement lieu à de grosses enculades cinématographiques. Néanmoins j'étais curieux à l'approche de ce film-là, principalement à cause du pitch, que je vous copie-colle ci-dessous en direct de Wikipédia.




Caden Connard, metteur en scène de théâtre, est en train de monter une nouvelle pièce. Mais travailler pour un public de petits vieux aux portes de la mort dans l'obscur théâtre attaqué par les mites d'une banlieue de New York assez malfamée lui paraît bien terne. Tu m'étonnes. Sa femme, Adele, l'a quitté pour poursuivre sa carrière de peintre en bâtiment à Berlin, emmenant avec elle leur petite fille, Toundra. Madeleine, sa psy, est plus occupée à faire la promo de son nouveau livre "essentiel" (dit-elle) sur les huiles essentielles qu'à soulager ses angoisses. Suite à toutes ces déconvenues, Caden a quand même eu une aventure, mais sa liaison avec une belle et naïve jeune femme, nommée Eden Hazard, a tourné court. Et il est rongé par une mystérieuse maladie douloureuse et incurable qui s'attaque directement à son système nerveux.

Pressé par la peur de mourir prématurément, peur légitime car il va bel et bien mourir prématurément, Caden décide alors de tout quitter. Aspirant à créer une œuvre d'une intégrité absolue, il rassemble quelques comédiens dans un entrepôt de New York. Il les met en scène dans une célébration de l'ordinaire, demandant à chacun de vivre une vie artificielle dans une maquette de la ville.



Il faut être un beau con pour se laisser attirer par un script pareil. J'ai maté vingt minutes du film au bas mot. J'ai donc seulement vu la partie en gras du résumé, la partie émergée de l'iceberg, suffisamment terrifiante et déprimante pour me faire virer de bord de peur de m'empaler sur la partie immergée du merdier avant de couler à pic comme un vieux paquebot. La seconde partie est pourtant censée être un peu plus lumineuse, d'après le résumé, d'après l'affiche (j'ai rien vu de tout ça, et franchement je doute que ce soit dans le film), mais pour y avoir droit il faut passer outre la première demi heure qui s'acharne à pousser le spectateur à la dépression la plus carabinée qui soit. C'est in-sou-te-nable.



On passe trente interminables minutes à fixer du regard le gros Philip Seymour Hoffman, doté d'une voix venue des tréfonds de son propre slip sale, qui baragouine lentement des mots incomplets, lesquels ont bien du mal à trouver un chemin non-obstrué hors de son corps, et on écoute ses inepties la mort dans l'âme, confondu par le spectacle dévoyant de cet acteur qui incarne sans forcer un personnage à qui il n'arrive que merdes sur merdes dans son pavillon triste, hanté par sa femme et sa fille qui le font sans cesse chier à force d'être ultra connes et lourdes à mourir, mais qui ont le mérite d'être près de lui quelques heures encore, avant de foutre le camp pour le laisser seul avec son cancer. Et Seymort Offman va d'hôpital en hôpital pour apprendre qu'il est malade et qu'il va crever sous peu, pense donc à la mort, et explique à sa fille endormie les veines et le sang, et les maladies, et la mort qui frappe ensuite... C'est un Woody Allen plus que sombre que la moyenne et sans la moindre vanne à l'horizon, si vous préférez, ou un Bergman sans personne derrière la caméra, sans idées et sans talent. Y'a de quoi crever en matant ce truc. J'ai senti naître deux ou trois ulcères au fond de mon estomac en une trentaine de minutes, et j'ai plein de grains de beauté sous les aisselles depuis que j'ai éteint ma télé. Je pisse aussi cramoisi. J'en ai parlé à mon médecin, je lui ai dit que mes selles étaient bleu blanc rouge, il m'a dit que j'allais voter Le Pen alors que pas du tout, je dois juste être très malade. En tout cas je vais pas au top.

Je défie quiconque de lancer ce film sans être pris d'un cafard de tous les diables, d'un bourdon à crever la gueule ouverte. Je tends mon doigt à Charlie Kaufman et à son Sinecdochié New-York. C'était mon troisième film estampillé Kaufman et comme par hasard c'est la troisième fois que je bats le record d'apnée dans ma baignoire, sans que personne ne le sache. Je file un mauvais coton.


Synecdoche New-York de Charlie Kaufman avec Philip Seymour Hoffman (2009)

11 novembre 2010

The New Daughter (Instinct de survie)

A coup sûr, ce film aura bientôt une place de choix dans un coffret dvd estampillé "Les Indispensables K COSTNER", aux côtés de Bodyguard et de Dragonfly. L'acteur est ici à son apogée. Pour tous les fans du bonhomme, The New Daughter est un immanquable. Costner y incarne un écrivain en manque d'inspiration, fraîchement divorcé, qui se retrouve seul avec ses deux gosses dans une immense maison de 4 étages et 950m², en pleine cambrousse, non loin d'une butte funéraire maléfique. Sans jamais quitter ses lunettes à cordon et son blue-jean défraîchi, il devra gérer sa fille (jouée par la jeune actrice du Labyrinthe de Paname en plein âge ingrat), une ado à problèmes qui, consécutivement au déménageot, commence à avoir un comportement très chelou.




Il faut vraiment voir Costner essayer d'être le papa modèle, partir à la recherche d'un chat disparu, courir sous la pluie en évitant chaque gouttes... Il faut l'admirer lorsqu'il tente de gérer son fils qui a trouvé un gros fusil dans un placard ou quand, poussé dans ses derniers retranchements, il enrage contre sa fille, tout en retenue, en se contentant de foutre de surprenants coups de poings ou de tête dans murs et embrasures de portes (dont on se demande s'ils ne sont pas simplement les gestes d'humeur d'un acteur qui ne se sent pas à sa place). Il faut aussi le contempler en train de naviguer de pages wikipédia en pages wikipédia, comme une âme en peine, après avoir entré une série de mots dans google à vous glacer le sang, exprimant son mal-être de père incompris, lors d'une terrible scène réalisée tout en jump-cuts surprenants ; mais aussi faire la vaisselle, la cuisine, avec un torchon sur l'épaule qui le gène clairement dans chacun de ses gestes, etc...




C'est un véritable festival Kevin Costner. Il est de tous les plans, et tout le long du film il traine sa tronche d'acteur andropausé à cause de prouesses sexuelles qu'il regrette amèrement maintenant qu'il regarde son gland irréversiblement abimé. Il porte ses lunette de presbyte comme pas deux, tel un fardeau d'une vie trop remplie, tel un totem lors de ses déplacements erratiques dans la forêt désolée entourant sa maison isolée, tel un mojo. Ce film a tout du film alimentaire, mais il lui a volé trois mois de sa vie et ce constat se lit sur son visage, à chaque plan, sur chacune de ses rides, sur chacun des rares cheveux qui poussent encore sur le sommet de son crâne. On a là un aperçu terrible du quotidien d'un acteur à la dérive, dont les seules passions se trouvent désormais loin des caméras, à savoir : sa gratte, son sombrero et son micro.


The New Daughter (Instinct de survie) de Luis Berdejo avec Kevin Costner et Ivana Baquero (2010)

Mr. Nobody

Ok c'est de la merde. Oui c'est de la merde. Vous le pensez, je le pense, nous le pensons. On sait tous que ce film à trois milliards de dollars la minute a plongé le monde dans la crise. Une crise sans précédent. Bien sûr le résultat, ce pensum anti-vieux ultra léché, n'est pas à la hauteur des promesses. Bien sûr qu'on a tous détesté. Évidemment qu'à Cannes ça n'a pas fait le foin escompté. Pour sûr que c'est le pire film flamenco-états-uniens. Mais bordel, mais putain de bordel, on est là en présence du premier long hollywoodien réalisé par un authentique handicapé mental. Jaco Van Dormael est de source sûre le premier déficient mental à s'être vu offrir dix années de tournage et trente milliards de dollars de budget pour torcher un film à la noix. J'ai bien un cousin trépané (Antoine de son prénom, mais on le surnomme J-P), qui vieillit dans le bel asile de Montfavet, et pour qui on organise régulièrement des "ateliers artistiques", où il s'agit le jeudi après-midi de gâcher des toiles en peignant avec ses mokos, façon Pollock dégénéré (le mardi, un jour sur deux, est consacré à l'art de la sculpture et en général ça se termine avec une demi douzaine de moules de bites en glaise en guise de porte-cigare). Bon, c'est pas mal, ça permet de canaliser les gens comme lui, et de focaliser leur énergie de dingue sur des trucs pas trop cons. Je suis pour. J'ai un cousin dans ce cas de figure, je côtoie le problème de près, ça me touche, ça me concerne, je me sens concerné et je prends parti. Je défends les handicapés à ma petite mesure. Mais laissons-là mon cousin et revenons au cas Jaco Van Dormael (mon cousin, qui en est fana, prononce son nom Jacbo Ban Bordel sans omettre de cracher sur tout ce qui l'entoure avec son élégance naturelle de génie pas fini), pour en revenir à lui donc, l'atelier artistique a pris des proportions inédites, de celles qu'on réserve aux seuls gosses de riche du tout Hollywood. Que vient foutre un belge bercé à même le mur à la tête d'une telle entreprise ? Je l'ai adoré quand il a joué son propre rôle dans Le Huitième jour, son film, son bébé, je l'adore, c'est pas la question. Mais qu'on ait osé filer autant de blé à un déficient, ça ne laisse pas d'étonner... Quelque part c'est magnifique et ça redonne foi en l'humain.



Bien sûr, ça reste pas mal comme film, ça reste louable, quand on sait que c'est un invalide de guerre qui l'a réalisé. Mais à quoi bon, diront certains. Pour quoi faire ? A qui ça profite au final ? A part rendre heureux deux secondes un homme difficilement capable de faire la part des choses. Néanmoins c'est déjà beaucoup, et c'est quasi un chef-d'œuvre dans le monde parallèle de Montfavet. Je les ai vus se lever à la fin de la projo et applaudir, certains des deux pieds ! C'est une référence de choix dans l'éventail des "retard movies", il trône au milieu des œuvres de Canet, Tarantino et Nolan. Un autre Belge lui vole cependant la vedette : Denis Podalydès, avec sa trilogie des chambres vertes, jaunes et bleues. Enflure.


Mr. Nobody de Jaco Van Dormael avec Jared Leto (2010)

10 novembre 2010

Black Dynamite

On m'a dit : "Va le voir !". J'y suis pas allé. J'ai sagement attendu qu'il sorte en dvd-rip. On m'a dit : "C'est le genre de film à mater avec plein de potes, noirs de préférence, et avec plein de bières !". Je l'ai maté seul, blanc-bec, sobre comme un chameau, sans boire une goutte d'eau. Résultat des courses, je me suis pas pris au jeu, je me suis pas poilé et j'ai trouvé ça à chier. J'aurais dû le mater dans les conditions adéquates, c'est de ma faute. Je m'en veux. On tient là la meilleure comédie du siècle, une comédie de fou, un film déjà culte avant d'être réalisé, une référence ! Et j'ai pas été foutu de me foutre dans les conditions sine qua none pour l'apprécier. Guilty as charged de pas avoir le moindre copain black, ni la moindre connaissance basanée, et de préférer le thé vert et la Contrex à la Kro. Ce film fait résolument partie des films "à voir avec...".




On en connaît tous un rayon de ces films "à voir avec...". On a tous des potes qui nous disent : "Ah t'as pas aimé ?? Ouais mais moi je l'ai vu avec...". Exemple : en février dernier, un ami de retour de Chamonix me causait de Shining. Un film que j'ai trouvé assez surfait. Immédiatement mon collègue lève le doigt : "Je t'arrête. Moi je l'ai vu dans un hôtel immense à la montagne, et mon père a littéralement grillé un câble le week-end où on a été interdits de chasse-neige par une tempête de tous les diables. Il s'en est pris physiquement à chaque employé de l'hôtel. Puis à maman. J'ai eu les foies de ma vie. Et rebelote en matant ce film de dingue du coup, le dimanche soir avant de plier les voiles". Petit désaccord entre nous. J'ai jamais obtenu ma première étoile et mon père a toujours été schizo : à l'ouest rien de nouveau pour moi. Faut dire aussi que le désaccord était peut-être finalement plus profond que ça. Quand mon ami m'a causé d'un dénommé Jacques Nicholson, j'avoue avoir été semé dans la conversation. La vérité c'est que je me suis planté de torrent et j'ai téléchargé la version writer's cut supervisée par le King himself : Elvis Presley, l'auteur du fameux roman, qui n'avait pas apprécié la version du dénommé Kubrick, cinéaste apparemment célèbre dont mon tepo m'a appris l'existence, version en réalité officielle et soi-disant magnifiée par le Jacques Nicholson en question. Petit anachronisme supplémentaire : son "Shining" à lui ne prend qu'un N, le mien je crois bien qu'il en compte deux. "Shining", "Shinning", la différence est maigre et je me suis laissé prendre au piège des faux-amis.




Autre exemple, autre époque. Je suis au collège, retour au bahut. 1996 : Speed enflamme les grands écrans, mais me laisse de marbre. Dans la cour de récré en revanche, c'est LE film à voir. Et l'un de mes potes a été particulièrement bouleversé, pour ne pas dire traumatisé, par ce long métrage tout feu tout flamme. Imbroglio entre nous. J'ai détesté ; il est marqué, physiquement même, par les traces du film de Jan de Bont. Faut avouer que quand il l'a vu son slibard contenait autant de traces de frein qu'il y en a dans le film, mais tout le monde n'a pas eu la chance de mater ce film dans un bus à grande vitesse à deux doigts de cramer.




Idem pour 7 piges au Tibet. Qui peut se targuer de l'avoir maté dans un bivouac, le cul suspendu face à un précipice de six kilomètres de profondeur ? C'est ce qu'il faut pour apprécier. Sans ça, on reste extérieur à la magie du cinéma. Et le top c'est que lorsqu'on parvient à réunir de telles conditions, on peut presque se passer du film, parce que mater la mort droit dans les yeux, c'est aussi une sacrée expérience.




Un dernier exemple pour la route : Délivrance, de John Boorman, un patronyme qui aurait très bien convenu à mon tonton Rolland. Le jour où j'ai maté ce film sans rémission, ce film de ceux qui laissent les plaies ouvertes, et qui ont la volonté de ne pas permettre le deuil, mon tonton Rolland m'a enculé. Donc on peut dire que j'étais "dedans". J'arrêtais pas de gueuler : "Chuis dedans !". Depuis c'est mon film de chevet. Et il a un pouvoir immersif de taré, si je l'avais vu en 3D c'était tout comme. Faîtes-vous enculer par vos oncles et matez-le, je vous garantis le pied.


Black Dynamite de Scott Sanders avec Michael Jai White et Tommy Davidson (2010)

Greenberg

L'affiche n'est pas truquée : c'est bel et bien un gros dog allemand dans le coin en bas à droite de l'encadré du titre, aux côtés des trois autres seconds rôles qui entourent la starlette Ben Stiller* dans ce film démoniaque qui vient littéralement de me "tenir en otage" pendant toute une soirée en solitaire dont j'aurai hélas bien du mal à me remettre. Parce qu'il faut savoir que, dans ce film, Ben Stiller, qui a un rôle à contre-emploi taillé sur mesures (il joue un énorme connard dépressif et torturé, égoïste et imbuvable, une merde humaine à l'état pur comme le ciné indé ricain en regorge -finalement, il se joue himself), eh bien Ben Stiller passe ici le plus clair de son temps à nous l'obscurcir en tentant de sauver un clebs dont il doit assurer la garde pendant l'été (et auquel il doit également construire une niche digne de ce nom, mais ça c'est plutôt une intrigue secondaire de ce film, tout comme la garde de la baraque qui va avec). C'est le pitch que je ferai de ce film. Quand 85% d'un long-métrage se joue entre un clebs à moitié mort et 12 personnes affairées autour de lui pour le soigner, je considère que c'est grosso modo le pitch.


Un plan véritablement poignant comme ce film en regorge...

Évidemment, ça n'est pas tout : dans le même temps, Ben Stiller s'enfonce dans sa connerie en se comportant comme un chien, lui aussi, notamment vis-à-vis d'une blonde quelconque (Greta Gerwig) dont le simili-cinéaste est visiblement fasciné par le profil en dents de scie. Pour choquer un peu, on nous montre même Ben Stiller pratiquer sur elle un cuni lingus dès le premier rencard, sans trop prévenir, après avoir tout juste échangé un premier bécot. "Hurted people hurt people" est la réplique-clé du film, la seule qui fait se taire la zik quand elle est prononcée, plusieurs fois de suite, par deux acteurs visiblement ravis de dégueuler des dialogues d'une telle profondeur. Parce que la zik est évidemment omniprésente, tout comme l'ensemble des clichés très chers à ce genre de films indépendants américains, à gerber. Et pas n'importe quelle zik, c'est James Murphy aka LSD Soundsystem qui s'y est collé, avec aussi des cameos de Gainsbourg, Galaxie 500, Karen Dalton, que des trucs "méga cools" qui attestent des goûts supers du réalisateur à travers son personnage principal minable. Y'a même Ben Stiller qui prépare une mixtape à cette meuf pour rattraper son cuni lingus un peu trop précipité, et en faisant une screencaps de son itunes ma parole on peut voir de quoi cette compil' est faite et on serait prêts à se l'arracher !


Ben Stiller ne va pas jusqu'à lui faire un artwork de son cru à la Stanley Donwood, par peur de passer pour un malade...

Le pire, c'est que je l'ai maté connement, parce que c'était lui ou moi, Greenberg ou ma pomme, parce que l'un de nous devait y passer. Voir ce film était comme l'une de ces épreuves inutiles que l'on s'impose sans raison pour se dire qu'on est tout de même courageux bien qu'ultra cons. Je finis pas mes boîtes de Coco Pops mais je m'oblige à aller au bout de ces films, allez comprendre. Je suis une daube. Hélas, je ne m'attendais pas du tout à ce que ce film à la con me fasse un terrible coup de Trafalgar à la toute fin, vu que de fin, justement, il n'y en avait pas. Mon .avi abandonne le film en cours de route, comme le vieux clébard qu'il est. Je l'avais senti venir pourtant, je matais le film avec le compte à rebours affiché sur l'écran depuis la 14ème minute, et plus ça approchait de la fin, plus je me disais qu'elle devait être méga abrupte pour que le temps restant soit crédible. Cette fin prématurée était à la fois une délivrance et un vrai coup de pute. Je m'étais juré d'aller au bout, juré ! Et voilà que je quitte un Ben Stiller en chaussettes, encore pendu au téléphone, essayant une dernière fois de rattraper toutes ses saloperies.


Le cinéaste a flashé sur Greta Gerwig et nous sommes les malheureux témoins de ce triste coup de foudre...

Ce film est réalisé par un avorton de Wes Anderon nommé Noah Baumbach déjà coupable du terrible Les Berkman se Séparent, où l'on se souvient seulement d'une scène de tennis de table sauvage où Jeff Daniels impressionnait la galerie. Greenberg a été co-écrit par lui-même et sa femme, Jennifer Jason Leigh, qui n'a donc pas fini de nous dégueuler son mal-être sur écran géant suite à la mort tragique de son père Vic Morrow et le procès qu'elle ne gagnera jamais contre le vieux John Landis. Son infâme trouvaille "hurted people hurt people" n'est rien d'autre que sa ligne de conduite, sa marche à suivre coûte que coûte. C'est réussi. Leur film m'a fait du mal, il m'a déjà rendu méga con alors que y'avait pas besoin.



*Comme vous l'avez remarqué, il y a bien une gueule de chien sur l'affiche, or, vous avez aussi pu voir qu'on y trouve tous les noms des connards d'acteurs, mais pas celui du clebs. Pourtant, c'est bien lui la pierre angulaire du film, et à ce propos, les maîtres de ce chien ont intenté un procès à la 20th Century Fox. Suite à une longue bataille judiciaire qui fit l'objet d'un court reportage dans 30 Millions de Sacs à Merde, nous verrons bel et bien le nom du berger boche sur les futures jaquettes du dvd. Il répond au doux nom de Gdansk.


Greenberg de Noah Baumbach avec Ben Stiller, Greta Gerwig et Jennifer Jason Leigh (2010)