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21 novembre 2022

Vortex

C'est long 2h22, surtout en compagnie de deux vieux croulants. Je pense que cela aurait pu durer deux fois moins longtemps (voire juste un quart d'heure), Gaspar Noé aurait quand même eu le temps de caler ses deux idées et de nous faire compatir avec ce couple en fin de vie. Son idée du split screen n'est pas mauvaise, en soi, elle a du sens, mais je ne la trouve pas toujours bien pensée (pourquoi le split screen persiste quand on quitte temporairement le duo Argento/Lebrun ?) et très facile, finalement. On sent le cinéaste regarder son propre dispositif avec un petit sourire en coin, très satisfait de lui-même. Le duo d'acteurs est irréprochable, les approximations d'Argento en français collent bien à la situation et le choix de l'improvisation porte ses fruits en procurant un sentiment de vérité assez saisissant par moments. M'enfin, tout ça me laisse tout de même bien circonspect. Après le succès retentissant d'Amour, auquel Vortex ressemble évidemment, force est de constater que cela paye drôlement bien de s'intéresser ainsi à la mort, vu l'accueil critique et les récompenses dont a bénéficié Gaspar Noé… 




...un succès à nuancer, vu le nombre d'entrées ridicule, m'indique-t-on en coulisse. Mon regard était sans doute biaisé par ma propre expérience toulousaine : un dimanche après-midi grisâtre, ma compagne et moi allions au ciné pour une séance programmée pile au même moment que l'avant-première de Vortex en présence de Gaspar Noé. Il y avait un monde de dingue, j'avais jamais vu ça, et principalement des jeunes. La file d'attente s'étendait sur toute la rue et même au-delà. L'effervescence était telle que nous avions des difficultés à nous frayer un chemin vers notre propre salle. Et en essayant de me faufiler dans le ciné par des voies détournées, quitte à contourner les cordons de sécurité spécialement mis en place pour contenir toute l'excitation autour de cet événement grandiose, j'ai failli percuter à deux reprises Gaspar Noé himself ! Il avait son fameux bonnet, son bouc et son regard fuyant, mais il ne m'a pas eu l'air si antipathique. Il y en a bien d'autres qui, dans une telle situation, m'auraient au moins lancé un regard noir. Je n'avais rien à faire là et ce n'est pas à une mais à deux reprises que j'ai été à deux doigts de le percuter de plein fouet par inattention. Cela m'a aussi fait réaliser à quel point sa fanbase est relativement jeune, ou en tout cas que je pourrais carrément y correspondre… Sauf que non. Repenser à cette interminable file d'attente et à toute cette ambiance bouillonnante m'amuse encore plus après avoir vu le film. Un tel enthousiasme pour ça !




A posteriori, je crois qu'il s'agissait de ma plus intense interaction avec une vedette internationale d'une telle envergure depuis mon échange de regard avec le serial buteur Lilian Laslandes lors d'un mémorable TFC-Bordeaux (score final 0-3) de la saison maudite 98-99 (celle qui vit le sacre des Girondins au détriment de l'armada phocéenne coachée par Courbis et comptant dans ses rangs Köpke, Lolo Blanc, Pirès, Duga, Florian Maurice et toute la fine clique, équipe qui avait évidemment ma préférence et à laquelle le titre aurait dû être décerné d'office le soir d'un Montpellier-OM gravé dans toutes les mémoires de footix). J'ai le sentiment d'avoir réellement touché du doigt la vraie personnalité de Gaspar Noé, sa nature profonde, celle qu'il tente en vain de nous dissimuler derrière son crane si lisse, sa moustache épaisse et son regard torve, pour essayer de passer pour un artiste ténébreux et torturé. Sa personnalité est en réalité douce et bienveillante, apaisée. Je n'aime pas ses films, mais il ne mérite peut-être pas que j'en parle ainsi, avec une telle négligence, je me rattrape donc en affirmant que Gaspar Noé me semble être une personne recommandable et sympathique, d'agréable et saine compagnie. Un gentil.




Je repense, enfin, au titre du film, Vortex. Ok, ça claque. Un seul mot, qui se termine en x, comme le précédent Noé, Climax, y'a pas à dire, ça sonne ienb, et c'est important pour ce cinéaste, à l'évidence. Mais après avoir vu le film, je lis vortex et je le prends au pied de la lettre : cela m'évoque tout simplement le tourbillon de la chasse d'eau, de ces chiottes dans lesquels Françoise Lebrun, ne sachant plus ce qu'elle fait, vide la poubelle, puis balance les écrits de travail d'Argento, ces chiottes banales et laides devant lesquelles Lebrun finit aussi par passer un long moment, pour y jeter tous ses médocs, s'amusant ensuite à mélanger le tout, dans un tourbillon orangeâtre sordide et peu ragoûtant. Je lis Vortex et je pense donc à des chiottes. Et je me dis que ce titre-là ne claque pas tant que ça, finalement.


Vortex de Gaspar Noé avec Françoise Lebrun, Dario Argento et Alex Lutz (2021)

3 juin 2009

Jusqu'en Enfer

Il m'a saoulé ce film. Ca fait deux fois que je paye pour le voir et deux fois qu'il me saoule. Mais comme ça au moins j'aurai vu deux Sam Raimi au cinéma. Je suis un contemporain de Sam Raimi ma parole ! Dans cent ans les gens m'envieront. Je ferai partie des chanceux qui auront vu un Sam Raimi au cinéma. Et quel Sam Raimi... Le jeune prodige a convoqué son frère Ivan Raimi pour accoucher à quatre mains du scénario le plus lamentable qu'on puisse concocter. Ce film d'horreur, comme plus ou moins tous les films d'horreur depuis Scream, ne fait jamais peur. Par contre il fait sursauter, à grand renfort de bruits stridents qui accompagnent invariablement chaque apparition supposée effrayante, qui s'avéreraient tout à fait inoffensive le son en moins. Aucune idée intéressante à l'horizon, pour ne pas dire aucune idée tout court. Aucune atmosphère n'est créée, aucun ressort dramatique ne suscite le moindre intérêt. C'est juste une histoire à peine digne d'un feuilleton minable à diffuser sur M6 entre 2 et 3h du matin, tristement incrustée dans le contexte de crise actuel comme pour donner une crédibilité au projet, qui apparaît in extenso comme l’œuvre d'un "artiste de son temps" pour les critiques les plus sérieux. Ce type de sous-texte très "de son temps" mérite à la rigueur d'être relevé quand ça se glisse sous un scénario de qualité, sans ça c'est une facilité de plus dans un film médiocre et abrutissant. Surtout quand, à la fin du film, l'héroïne regrette de n'avoir pas accordé de prêt à une femme uniquement parce que c'est une gitane et qu'elle l'a envoûtée pour lui pourrir la vie. Tu parles d'une morale... Ce film est donc littéralement consternant, et atrocement bruyant.



Que Sam Raimi soit un nullard passe encore. Comment lui reprocher d'être un gros bourricot dénué de talent ? C'est peut-être pas complètement de sa faute... En revanche on peut le condamner tout entier pour deux choses. La première c'est son manque sidérant et navrant d'ambition. Pour le comparer à un autre cinéaste de l'horreur, et à un des grands maîtres du genre tant qu'à faire, John Carpenter - que Raimi doit admirer et auquel il doit certainement s'identifier - a plus ou moins toujours aspiré à de grandes choses, qu'il les ait accomplies ou non. Carpenter a toujours affiché une certaine volonté de créer des œuvres intelligentes et cohérentes en s'inspirant des plus grands et en tâchant de se hisser à leur niveau pour créer une tension puissante, un univers cinématographique riche et singulier et échafauder des séquences toujours tendues vers une certaine excellence, et ce sans pour autant oublier la qualité du genre dont il s'était érigé en maître, voué à être estampillé "bis" et à être en porte-à-faux permanent entre une certaine rigueur et un sens assumé du grotesque. Mais encore faut-il avoir l'humour de son talent.



Quand je vois les films de Carpenter, je sens un type qui adore ce qu'il fait et qui respecte infiniment son travail et son public, qui a une très haute ambition dans ce qu'il crée, bien qu'il fasse des films fantastiques souvent condamnés à un regard condescendant de la part du public. On sent que le bonhomme est influencé par des grands types (Howard Hawks en tête), par des classiques. Mais quand on voit ceux de Raimi, on se dit quoi ? Qu'il a bouffé des téléfilms toute sa vie sans rien mater d'autre ? Que c'est un plouc ? J'espère bien que ces deux réalisateurs se détestent sans même se connaître, ou bien seulement que Carpenter soupire sous sa moustache quand on lui cause de Sam Raimi, et qu'il réclame un cinquième verre de scotch. Vous allez me dire : Raimi veut faire du divertissement, il est hyper généreux dans ce qu'il fait blabla, il a le même amour que Carpenter pour le ciné fantastique et d'horreur. Hé ben putain... On peut aimer la même chose de deux façons bien différentes, qui rendent l'une ou l'autre haïssable. J'espère que Carpenter ne va pas aller voir Drag me to Hell au cinoche, j'aimerais pas qu'il crève d'une crise cardiaque avant l'heure ce salop, et que sa mort prématurée soit simplement due aux effets sonores à la con... Pour avoir peur devant ce film, il faut simplement être un gitan, et redouter le regard des autres à la sortie de la salle.



Car c'est là l'autre excellente raison de condamner Raimi. On le savait pro-Bush mais personnellement j'ignorais que ce type était un raciste notoire et peu discret. Son film dresse un portrait infamant des étrangers de tous horizons. Les arabes, les hindous, les chinois et les espagnols sont tous des rapaces cupides, maniganceurs et détestables, quand ils ne communiquent pas directement avec les démons dans leur langue maternelle. Quant aux gitans, Sam Raimi nous les décrit comme des êtres hideux, puants, affreux, sales et méchants, de connivence avec le Diable et toujours prêts à envoûter le quidam qui leur marche sur les pieds pour le promettre aux enfers. Il va même plus loin puisqu'il les déshumanise carrément. D'après lui ces gens-là, contrairement aux autres, ne meurent jamais vraiment, âmes en peines errantes et ensorcelées, en quête d'innocents américains à faire chier. Que de tels boucs émissaires aient pu faire les choux gras de films de série B complètement débiles il y a trente ans, c'est une chose, qu'un réalisateur aussi populaire que le papa de la saga Spiderman se lâche comme ça en 2009 dans un film finalement tout public, c'est légèrement plus gênant. Tourner un film d'horreur, quand on a trois idées morbides qui tournent en rond dans son crane, enrobées de tout un tas d'idées puantes, ça donne l'un des films les plus merdiques sortis récemment. C'est une vraie honte qu'une merde pareille soit sélectionnée à Cannes seulement parce qu'elle est estampillée Sam Raimi. Pourtant, matez un peu la filmographie de ce type, et chialez un bon coup.



On peut penser qu'il n'est au fond pas nécessaire de s'énerver contre un tel film, si immensément et entièrement ridicule. Mais le film de Sam Raimi n'est pas seulement misérable, il est détestable et vraiment craignos. Au festival de Cannes, il me semble avoir entendu Frédéric Beigbeder parler du dernier Tarantino (ou bien était-ce du film de Lars Von Trier ? Je ne sais plus, aucune importance), pour en dire avec son éternel air crétin : "Il ne mérite même pas le scandale". Beigbeder est du genre très con mais après tout peut-être n'avait-il pas tort. Parfois on se dit qu'il n'est pas forcément nécessaire de s'emporter pour si peu. L'ennui c'est quand plus aucun film ne semble mériter le scandale, quand tous les films sont applaudis de la même façon, du dernier Resnais au dernier Von Trier, d'Almodovar à Gaspar Noé en passant par Haneke et Jan Kounen. Plus rien ne fait de vague ni ne suscite le mépris, l'indifférence est maîtresse de cérémonie à Cannes. S'habituer à la médiocrité ou à la bêtise est une triste affaire. S'emporter ou se révolter contre des artistes abrutis et insultants a finalement peut-être du bon.



Je crois que si l'on fait les comptes, à plus de sept reprises dans le film un personnage se fait cracher des choses à la gueule, ou bien se fait pénétrer par la bouche : une mouche hideuse (échappée des studio Pixar) entre dans la bouche de l'héroïne, la vieille gitane qui l'ensorcelle lui vomit dessus, lui bave dans la bouche, y enfonce son bras, l'héroïne elle-même pisse du sang dans la bouche de son patron avant de voir les yeux de son ensorceleuse lui gicler sur le visage et ainsi de suite et j'en oublie beaucoup. Le réalisateur a un avenir tout tracé dans le porno. Ça fait de Sam Raimi le cinéaste du cumshot, et ça lui fait une belle médaille à la con.


Jusqu'en Enfer de Sam Raimi avec Alison Lohman et Justin Long (2009)

24 mai 2009

Babel

J'ai enfin vu Babel (prononcez "Babeul-è"), le chef-d’œuvre de Alejandro González Iñárritu, réalisateur d'Amours chiennes, que je n'ai pas vu mais que j'aime déjà comme un gros chien, et de 21 grammes, qui ne pesait pas plus lourd que ça. En fait je l'avais déjà vu ce Babel. C'est le seul film que Félix m'ait raconté plan par plan. Au début j'ai cru qu'il me faisait le coup du Psycho de GVS, mais pas du tout. C'était un résumé fidèle et complet, pas une réécriture, de la paraphrase parfaitement chiante. Il m'a raconté le film dans sa totalité et dans les détails. Et le film dure cent trente cinq minutes. J'ai vraiment cru que notre amitié s'éteignait sous mes yeux impuissants. On était comme les deux doigts de la main depuis une belle et longue année quand il a commencé à me faire ce résumé IRT ("In Real Time"). Arrivé à la moitié du script je me faisais tellement chier que j'ai commencé à m'épiler les jambes avec une pince, pour faire passer le temps et puis pour déplacer la douleur. C'est ce jour-là que j'ai commencé à me raser les guiboles, depuis je continue, pour éviter que ça ne repousse encore plus dru. J'ai commencé à ressembler à une femme précisément ce jour-là. Aujourd'hui tandis que j'écris ces lignes, j'en suis à chercher sur un autre onglet l'adresse d'un site de vente en ligne d'implants mammaires. Je rêve de faux nibards. Je ne vais pas non plus m'éterniser là-dessus, vous aurez compris le mal qui me rongeait les sens en écoutant le récit machinal et envoûtant de mon meilleur ami. J'avais des papillons dans l'estomac. Mais malgré tout j'ai décidé, plus de trois ans après, de voir ce film de mes yeux vu. Je suis un peu comme ça, je dois l'avouer... Tantôt je vais me plaindre corps et larmes à l'idée d'enjamber la dune du Pyla, tantôt je vais me lancer à l'assaut de l'Everest en slip avec une demi bouteille d'eau non-potable.



Mais bon... comme je dis souvent, dans la vie on n'a que les plaisirs qu'on se donne. Cette philosophie-là c'est un peu l'apanage des violeurs de gosses et des braqueurs de banques, mais c'est aussi la mienne. Je me suis donc lancé à corps perdu dans le Babeulè d'Iñárritu. Je n'ai pas été surpris par la façon de filmer du Mexicain, digne des pires sitcoms américaines. Le cadreur est à n'en pas douter celui qui officie sur la série Heroes, ou d'ailleurs sur n'importe quelle autre série télé vu qu'elles sont toutes filmées par des fèces humains. Je n'ai pas non plus été surpris par son montage ahurissant, comme quand il filme des enfants arabes qui viennent de tirer sur des touristes et qui fuient dans les montagnes de sable pour raccorder sur des enfants américains qui jouent à cache-cache et courent se cacher derrière les canapés en marbre de leurs parents. C'est très fin, c'est très malin, c'est moins que rien, c'est d'un niveau sous-marin, c'est le degré zéro du cerveau humain, c'est le cinéma à la portée des chiens. Mais c'est très efficace pour montrer ce qui tient tant à cœur à Alejandro González Iñárritu. Il n'a jamais filmé que ça : les liens tacites mais ténus entre les gens du monde entier, l'unicité du monde, l'Histoire et les histoires comme une boucle bouclée. Le film montre plusieurs tableaux qu'apparemment tout distingue et qui sont en réalité tous intimement liés par quelque chose d'infime et de précis.



Babel, film multiculturel, multi-ethnique, film couteau-suisse des nations unies, présente donc plusieurs planches. D'abord deux enfants berbères dont le père achète un fusil pour le leur confier afin qu'ils tirent sur les chacals qui menacent son troupeau de chèvres. Puis Brad Pitt et Cate Blanchett en vacances dans un pays Arabe, pour peut-être reconstruire leur couple. Leurs enfants gardés par une bonniche mexicaine. Gael Garcia Bernal qui conduit comme un chauffard parce qu'il est en retard pour l'anniversaire de son chien. Robin Williams qui rate systématiquement la date de son mariage pour terminer ses expériences dans son laboratoire scientifique et qui finit par créer une substance pleine d'énergie et indestructible qu'il nomme le "Flubber". Une adolescente Japonaise sourde qui rêve de perdre sa virginité. Et ainsi de suite.



Au début du film les deux petits Arabes s'amusent à tirer au fusil sur un bus, et sans trop le vouloir ils blessent gravement Cate Blanchett à l'épaule. Les répercussions vont toucher tous les protagonistes. Exceptée la petite japonaise, dont l'histoire n'a strictement rien à voir avec le reste du film. Mais à la fin du "métrage", comme on dit quand cherche un synonyme du mot "film" et qu'on a un cerveau putréfié, Alejandro González Iñárritu nous montre le fusil vendu au paternel des deux petits arabes accroché au mur chez le père de l'adolescente nippone en quête de verges. C'est ce maudit Japonais qui a vendu son 22 long rifle au Touareg, et la belle et innocente Américaine de passage est évidemment victime de ce commerce d'armes à feu qui a lieu sur le vieux continent, loin du grand pays de l'Oncle Sam. Tout est donc bel et bien lié. Tout se recoupe. C'est d'ailleurs dommage qu'Iñárritu n'aille pas au bout de son idée en racontant aussi l'histoire du type qui a vendu le fusil au Japonais, celle du type qui a fabriqué le fusil, du gars qui a fabriqué la cartouche précise qui a blessé Blanchett, des trois cents bonhommes qui ont fabriqué les trois cents cartouches vendues avec le fusil aux éleveurs de chèvres arabes. C'est dommage de s'arrêter en si bon chemin... Sans doute une question de temps, et d'argent.



En tout cas voilà qui est vraiment passionnant. C'est l'idée fixe d'Alejandro González Iñárritu. Son truc c'est de relier les gens par un objet. Son dada c'est le film choral dont les protagonistes sont rapprochés sinon physiquement en tout cas dans leurs destinées, et toujours par un objet singulier. Dans le premier court métrage du Mexicain c'était un pétard, un joint, qui circulait entre plusieurs individus dont le dernier chopait un gros herpès et des hallucinations surpuissantes dues au mélange de la ganja qu'il avait fumée et du champignon hallucinogène qui venait de lui pousser sur la lèvre et qu'il grignotait sans s'en rendre compte. Dans 21 grammes c'était un cœur, encore sanglant et encore battant, que Sean Penn, Naomi Watts et Charlotte Gainsbourg se refilaient de main en main comme une patate chaude. Dans Babel, c'est un fusil qui soude les destins inévitablement tragiques des protagonistes aux quatre coins du globe. La rumeur circule comme quoi Alejandro González Iñárritu ferait en réalité une partie géante de Pyramide. Il nous fait deviner des mots. En deux, non en quatre ! Joint, cœur, fusil, et à la fin des fins tous les mots réunis feront une phrase qui nous révélera les véritables intentions du plus fameux des metteurs en scène portugais, le très chouette Alejandro González Iñárritu. Peut-être veut-il simplement énumérer les éléments les plus importants de sa vie. Ce qui fait de lui un camé cardiaque et meurtrier.


Babel a obtenu le Prix de la mise en scène ainsi que le Prix du Jury Œcuménique au festival de Cannes. J'ignorais qu'il y avait à Cannes un jury composé exclusivement de châtrés. Qu'on y crée un jury d'handicapés ne m'aurait pas surpris. Après tout ça aurait un peu fonctionné comme les jeux Para-lympiques, ou les compétitions d'Handisport. Sauf qu'on aurait parlé d'Handicinéma, ou de Handifilms, ou encore de Handigarcia. Ils auraient pu juger les films de certains handicapés notoires, comme Michel Gondry, Quentin Tarantino ou Gaspar Noé. Mais un jury d'eunuques je trouve ça chelou. Bref ! Ce film fut aussi le 31ème film remaké par Steven Soderbergh, surnommé à l'époque à Hollywood "L'assassin qui crèche au 31", et qui renomma le projet Bubble, remplaçant les acteurs par des poupées, choix qui s'avéra très probant vu que ça reste vachement plus facile de faire se croiser des poupées sur un coffre à jouets que des acteurs payés au lance-pierre venus de tous les pays du globe.


Babel de Alejandro González Iñárritu avec Brad Pitt, Cate Blanchett et Gael Garcia Bernal (2006)

23 mai 2009

Las Vegas Parano

Toucher à ce film-là c'est pas un projet. C'est comme s'attaquer à Se7en, Usual Suspects ou Fight Club. C'est bien simple tout le monde est fan. C'est un coup à se foutre sa propre famille à dos, un coup à se faire "remercier" par son patron, un coup à voir son bail arriver à terme au bout d'un an au lieu de trois. Au bout d'un moment je me suis demandé si la raison pour laquelle j'avais du mal à m'intéresser à ce film, ou à ne pas le détester, n'était pas mon manque de connaissance du sujet, pour ne pas dire mon manque d'expérience du sujet. J'ai jamais pris de coke, mea culpa, mais je me fais un bang en écrivant ces lignes pour réparer mon erreur, dans cinq minutes je vais fumer les champignons qui poussent entre mes doigts de pieds, j'ai un saladier de ganja entre les genoux et deux rails, soit un chemin de fer de blanche qui va de mon fauteuil à mon plumard. Ce soir je serai camé, je serai pété au Mountain Dew, je roterai des nuages de poudreuse et je pisserai des caillots de sang et des copeaux de bois. Je serai en allant me coucher un gros toxico over-dosé. Demain je pourrai revoir le film si je ne meurs pas, ou bien s'ils autorisent les téléviseurs en centres de désintoxication. Plus sérieusement j'ai jamais pris de drogues, j'ai jamais mis la main sur la moindre drogue dure ni le moindre psychotrope.




Il semblerait qu'avoir une certaine expérience de la drogue, disons des drogues hallucinogènes, soit nécessaire pour apprécier le film. Il faut avoir fait l'expérience de drogues propices à une rêverie et à des divagations aussi immédiates que totales, pour ne pas dire violentes, pour pénétrer dans le film et y reconnaître des sensations familières. Amateurs de vin rosé et autres paradis artificiels de Baudelaire, tracez vos routes. On cause moins de cannabis que de cocaïne ici. Tout ça pour dire qu'il semble indispensable d'avoir fait l'expérience de ces errements, de ces visions distordues, colorées et fantasmagoriques qu'imposent aux sens les parents durs de la Marie-Jeanne et du haschisch, pour se retrouver dans le film de Terry Gilliam, lui-même grand consommateur de tazs et de trips, grand dealer devant l'éternel, et se laisser emporter dans l'euphorie du LSD et des ecstas.




N'ayant jamais fait cette expérience, je suis sur le bas-côté, laissé pour compte par Terry "Stone" Gilliam. De la même façon je ne me suis jamais battu et me sens écarté par David Fincher et son Fight Club. Je n'ai violé personne et tant que je ne serai pas passé à l'acte je demeurerai distant de l'Irréversible de Gaspar Noé. Je n'ai jamais tué et resterai à jamais exclu du Tueurs Nés d'Olivier Stone, un autre grand amateur de morphine et d'herbes de provence, lui qu'on appelle "Le Druide" dans le métier, moins pour sa sagesse que pour sa connaissance empirique des plantes. Je ne suis pas consommateur de café et ne fais pas partie de ceux qu'on qualifie de "clopeux", aussi serai-je à tout jamais indifférent au Coffee and Cigarettes de Jim Jarmusch. Je ne suis pas non plus un fin gourmet et je n'ai jamais rien pigé au Cuisine et dépendances de Philippe Muyl. C'est d'ailleurs pour ça que ma dvdothèque se compose à 95% de gros films pornos : je suis totalement clean, mon casier judiciaire est vierge et je sais pas me faire cuire un oeuf mais j'ai tiré un coup dans tous les coins du monde.


Las Vegas Parano de Terry Gilliam avec Johnny Depp et Benicio Del Toro (1998)