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9 novembre 2022

Chérie, j'ai rétréci...

Tout au long de sa vie de savant fou, Rick Moranis en a fait des belles. De belles conneries. Les plus mémorables ont été immortalisées sur grand écran, à travers une série de longs métrages aux titres un brin répétitifs mais qui ont tout de même le mérite d'exister. Je veux bien évidemment parler de la série des "Chérie, j'(en ai fait une belle)". Le premier, Chérie, j'ai rétréci les gosses, sorti en 1989 et signé Joe Johnston, génie des effets spéciaux à qui l'on doit Jurassic Park 3, a marqué tous les esprits. C'est un incontournable pour les gamins qui ont grandi dans les années 90 et dont nous faisons partie. On se souvient tous de la fourmi géante, de la grande sœur et... c'est à peu près tout. Mais petit, on était bien scotchés devant ça, 1h30 de tranquillité garantie pour nos parents et, depuis, on a eu la chic idée de s'en tenir éloigné pour en conserver un doux souvenir. Avec un peu de recul, nous pouvons affirmer aujourd'hui sans prendre un grand risque qu'il doit s'agir d'une variation divertissante de la célèbre histoire de Richard Matheson, L'Homme qui rétrécit, qui avait déjà donné lieu à un chouette film de Jack Arnold en 1957.




La suite des gaffes de Moranis, mise en boîte trois ans plus tard par un dénommé Randal Kleiser, a quelque chose de beaucoup plus traumatique. C'est cette fois-ci le bébé qui a été rendu gigantesque par cet abruti de Rick Moranis ! En cela, le titre du film, Chéri, j'ai agrandi le bébé, est un peu trompeur, il devrait s'intituler "Chérie, j'ai fait du gosse un putain de freak de 500 mètres de haut". Cette séquelle est hélas beaucoup moins palpitante, bien plus laborieuse. Pourquoi ? La réponse est simple, logique. Nous ne suivons plus une bande de gosses (dont la grande sœur...) transformés en lilliputiens réduits à devoir survivre dans un banal jardin devenu jungle impénétrable et menaçante, mais un immense gosse tout-puissant qui a l'air encore plus débile et dangereux avec sa monstrueuse tronche de cake dépassant tous les buildings. L'enfant roi par excellence, celui que l'on a envie de claquer d'entrée. Et que peut-il arriver à un énorme môme dominant la ville du haut de ses 2 ans d'âge mental et de ses 36 étages de peau graisseuse ? Pratiquement rien... Ceux qui sont en-dessous, en revanche, ont les foies de leurs vies ! Ils passent 89 minutes à esquiver les affreuses godasses maladroites et les mains baladeuses du bébé qui, pour ne rien gâcher, se situe en plein dans l'âge où l'on porte tout connement à la bouche pour vérifier si ça se digère et quel goût ça a. Et puis un gosse de 18 mois, ça n'arrête pas de se vautrer sur le cul : je vous laisse visualiser mentalement ce que représente, pour l'honnête citoyen arpentant la ville, la perspective de mourir écrasé par un gigantesque cul de bébé emmitouflé dans une couche garnie à ras-bord de fientes xxl...




En dehors de l'heure et demie de torture douce que constitue cette suite ratée, il y a un autre aspect du film qui torture l'esprit après coup, des années plus tard. Car petit, je n'y pensais pas, mais désormais, si. Nous y avons pourtant tous songé devant L'Attaque de la femme de 50 pieds, le cerveau masculin est ainsi fait : notre imagination galopante s'aventure forcément vers les attributs gigantesques de la dame, ses seins comme deux montagnes laiteuses et sa teucha comme un antre fascinant, réplique exacte de la grotte de Chauvet. Mais, pour le garçonnet... Vous avez pensé à tout ça ? Imaginez la mini-teub géante du môme... C'est à vous glacer le sang... Pour ne rien gâcher encore, rappelez-vous que l'enfant est aussi dans cette période compliquée où l'on se paie des mini gaules gratis et difficiles à apaiser à la moindre marque d'attention maternelle. Or, pour rappel, sa mère passe tout le film à lui faire des signes, à lui rappeler qu'elle est là et qu'on va trouver une solution pour le rapetisser. Heureusement que l'élastique tient bon... Grâce à lui, ou malgré lui, nous restons dans la pure horreur suggestive, celle qui titille notre imaginaire malade et nous fait sursauter en pleine nuit, tout suant. Entre 1989 et 1992 mes cauchemars ont changé, passant de la mort en boucle de la fourmi géante, trauma encore innocent, à la micro-érection surdimensionnée du bibendum-nourrisson...




Pour boucler la boucle, lors du troisième film de la saga, Rick Moranis se rétrécit lui-même avec sa femme et un couple d'amis innocents, venus simplement passer un dimanche en leur compagnie, dans une sorte de remake inavoué du premier opus. Réalisé par Dean Cundey, le brillant dirlo photo des plus grands (Carpenter, Spielberg, Zemeckis et, plus récemment, Sandler), Chérie, nous avons été rétrécis fut diffusé directement à la télé en été 1997 histoire de ne pas provoquer la colère tenace des spectateurs et éviter tout échauffourée en salles. Rick Moranis et sa chérie finissent encore une fois dans un bol de cheerios à faire de grands gestes ridicules avec leurs bras, prêts à être gobés tout rond par Mila Kunis, dans un de ses premiers rôles filmés. On a de la peine pour eux et on est bien contents d'apprendre que le quatrième film n'a jamais pu voir le jour, Rick Moranis ayant ce coup-ci rétréci toute l'équipe de tournage... Con de Moranis !


Chérie, j'ai rétréci les gosses de Joe Johnston avec Rick Moranis et Marcia Strassman (1989)
Chérie, j'ai agrandi le bébé de Randal Kleiser avec Rick Moranis, Daniel et Joshua Shalikar (1992)
Chérie, nous avons été rétrécis de Dean Cundey avec Rick Moranis et Mila Kunis (1997)

23 août 2012

Jumanji

A la mi-août, quand on a déjà fait tous les trucs sympas à faire pendant les vacances et qu'on se retrouve un peu à court d'idées, on finit souvent autour d'un jeu de plateau. Paradoxalement c'est cette activité-là qui nous fait le plus suer alors qu'on vient de passer l'été à jouer au beach soccer, à faire des parties de ping-pong endiablées et à essayer de cacher sa gaule sur la plage. Lors de ces après-midi où le temps paraît s'être arrêté et où le soleil semble coincé à son zénith, bien décidé à nous griller la caboche, on a tous forcément rêvé d'échanger notre gros monopoly (aux billets de banque marqués au feutre par un tonton un peu à part qui a essayé de faire des mauvais coups à la boulangerie du coin) contre le jeu de plateau ultime : Jumanji (à prononcer "You-man-yee"). Quel est le nom du messie qui a réalisé le film du même nom et premier "film de plateau" de l'histoire du cinéma ? Est-ce que quelqu'un est capable de citer son patronyme sans chercher nulle part ? Nous on misait sur Chris Columbus, le yesman des 8/12 ans. En réalité ne cherchez pas c'est Joe Johnston, un saint homme, un sous-Columbus, un gros colombin. Homme de main de Spielberg, Johnston, contrairement à Robert Zemeckis, n'est pas à proprement parler son "poulain", Joe Johnston c'est de la pure main-d’œuvre, un ouvrier à la petite semaine, de la chair à canon. Spielberg l'envoie toujours sur les projets les plus bancals, et parfois banco ! Comme là.


Quelle famille, sur la route des vacances, ne s'est pas arrêtée sur le bas-côté pour boucler vite fait une partie de jeu de plateau ?

En 1995 on allait au cinéma deux fois l'an, une première fois pour mater Madame Doubtfire (le saviez-vous : le film devait d'abord s'intituler "Mademoiselle Doubtfire" pour coller au titre original "Misses Doubtfire", mais quand les distributeurs français ont maté le scénario de plus près pour s'apercevoir que c'était une vieux trans pédophile qui jouait le rôle ils ont viré de braquet pour mettre "Madame", ce qui ne change certes strictement rien), une autre pour voir Jumanji (combien de "i" et combien de "j" dans "Jumanji" ?). Quand les deux séances ciné de l'année c'est le Madame Doubtfire de Chris Columbo et le Jumanji de Joe Johnston, on peut parler d'une année noire et surtout se demander comment on a pu devenir les cinéphages numéro 1 de la région PACA après ça... En revanche rien d'étonnant à ce qu'on soit devenu des fanas de Robin Williams, qui était sur le toit du monde à l'époque.


Robin Williams était loin de se douter à l'époque que cette image du film résumerait bientôt son propre engloutissement dans une filmographie d'outre-tombe.

Après s'être séparé du groupe Take That (prononcez "Tik Tak"), Robin Williams a enchaîné les tubes et les hits au hit parade et au box office. En 91 il joue la fée clochette dans Hook de tonton Spielby, en 92 il obtient le Golden Globe du meilleur acteur pour son rôle de pécheur à la ligne dans Fisher King, la même année, celui qu'on appelait "la voix de génie" prête sa voix au génie d'Aladdin pour rester à jamais connu pour sa voix du génie. En 93 il explose dans Doubtfire où il ridiculise Pierce Brosnan d'un coup de pied dans le cul qui propulse James Bond droit dans l'eau, en 95 il s'écroule en jouant dans Neuf mois aussi, le remake ricain du chef-d’œuvre de Patrick Bradoué, mais il refait surface aussi sec dans un projet à priori peu engageant, basé sur un jeu de plateau, qui finira pourtant par emporter le morceau, j'ai nommé le fameux Jumanji. Il sombre après ce succès en prêtant ses "rides du rire" au prequel precog inversé de L’Étrange histoire de Benjamin Button dans le Jack de Coppola, mais se relève avec l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle grâce à Will Hunting avant de définitivement manger la poussière avec Flubber, le biopic américain de Gustave Flaubert, mais aussi avec Docteur Patch et mille autres films où on voit bien que l'acteur y met du cœur, sauf qu'au bout d'un moment ça ne suffit plus pour sauver les meubles.


La fameuse séquence de l'attaque des singes ! On ne s'en rend pas bien compte aujourd'hui mais ça à l'époque c'était le renouveau des effets spéciaux. Même s'il fallait faire un petit effort pour y croire, cf. ci-dessus.

Jumanji a également offert son premier gros rôle à Kirsten Dunst dans le rôle du dé à coudre sur le plateau de jeu. Pour incarner la vieille godasse trouée, un jeune acteur, Bradley Pierce, qui depuis joue encore à Jumanji mais sans caméras autour de lui, seul dans son grenier, matez sa page allociné, y'a de quoi faire déprimer un mort. Feu cet acteur connaît par cœur les règles du jeu de Jumanji, et pour cause puisque comme le personnage principal du film il est coincé dans un monde parallèle en pleine jungle, attendant que quelqu'un daigne jeter le dé et faire un six. Tout comme lui, nous attendons que Joe Johnston ou un autre trimard de base à son image relance les dés et nous ponde le Jumanji 2 que la fin très ouverte de l'original laissait espérer et que nous attendons depuis 17 ans maintenant. Selon google la suite existe bel et bien, réalisée par Jon Favreau, et s'intitule Zathura. Si c'est vrai, quelle idée de changer le nom ?! C'est comme si un type tournait la suite d'Avatar et l'appelait "Gros Bâtard", ou si le deuxième Memento s'intitulait "Agenda". C'est du Favreau dans toute sa splendeur... Bref, pour revenir au film et en dire quand même quelques mots, sachez que si on attendait à ce point une suite c'est qu'on l'avait forcément kiffé au ciné. On ne l'a pas revu depuis l'âge de huit ans mais à l'époque on avait pris un pied terrible. A cette époque où on ne voyait la lumière du jour que deux fois par an et où nos parents nous faisaient crécher dans le grenier, accrochés à un piquet avec une gamelle d'eau pour tout hobby et les côtes du jambon hebdomadaire pour tout amuse-gueule, croyez-nous, on attendait la suite de Yu-man-yee. J'espère qu'on vous a bien fait ressentir à quel point on avait aimé ce film, pas juste parce qu'il était sympa du coup, aussi parce que c'était un peu de lumière.


Jumanji de Joe Johnston avec Robin Williams et Kirsten Dunst (1995)

3 mars 2008

Jurassic Park III

Quand il a reçu le scénario de ce troisième volet des aventures du Parc Jurassique dans un colis Fedex, Steven Spielberg a décidé de ne pas donner sa réponse par voie postale comme il en avait l'habitude mais de plutôt se rendre directement au Studio Dreamworks à pied pour faire comprendre à voix haute qu'il était absolument hors de question qu'il colle une fois de plus, une fois de trop, la main à la patte pour s'enliser dans une trilogie qui aurait raison de sa longue carrière : "There is no way I'm gonna commit this film !" a-t-il hurlé à ses employés avant de se rendre compte que c'était bien lui le patron de cette boîte et que personne ne le forçait. Steven Spielberg a alors fait appel à Joe Johnston, un des yesmen les plus côtés d'Hollywood Boulevard, pour foutre en l'air sa trilogie. Et face au chèque indécent que Spielberg a fait miroiter sous ses yeux globuleux, Joe Johnston n'a pas tardé à récupérer son épreuve du script dans sa corbeille à papier.



Et quel script. Après un voyage de plaisance sur une des îles aperçues dans les épisodes 1 et 2, Téa Léoni est dans l'avion du retour aux côtés de son époux, elle sirote un cocktail avec un masque de nuit sur les yeux et les doigts de pieds en éventail sur le tableau de bord quand soudain c'est le flash, ils ont oublié leur fils Kevin, 1m32, 8 ans et demi, toutes ses dents, sur l'île infestée de dinosaures. Mais ça ils ne le savent pas encore puisque par un heureux hasard ils n'ont jamais fait la rencontre fortuite de la moindre trace de dinosaure sur cette minuscule péninsule durant la totalité de leurs 6 mois de vacances. Parfois le hasard fait bien les choses. Parfois pas, comme quand le hasard a voulu que cette jeune maman pense à foutre son clebs dans l'avion du retour et pas Kévin, son fils unique. Ou quand ce même hasard a voulu que l'actrice pense à foutre un short pour le tournage. Ni quand le hasard a fait que, par souci d'économie, le couple de vacanciers a décidé de ne pas engager de pilotes pour piloter l'avion, préférant le programmer à l'avance et le laisser les guider jusqu'à Seattle en pilotage automatique. C'est ce hasard-là qui empêchera le couple de faire demi-tour pour récupérer le gamin. Six ans plus tard jour pour jour, les deux amants ont réuni assez de fonds pour se payer un second voyage et enfin remettre la main sur leur cher et tendre. Mais pas question d'y aller seuls, ils doivent se munir d'un spécialiste en dinosaures au cas où il y en aurait sur l'île (ce qu'ils ne savent pas encore à ce moment du film, c'est une pure spéculation, une simple précaution). Ce spécialiste c'est Alan Grant (Sam Neill), le personnage principal du premier Jurassic Park.



S'ensuit une scène de 39 minutes dans un bar, un bouge du Bouroundi, belle région d'Afrique, dans laquelle Alan Grant refuse catégoriquement leur offre. Il réfute tous leurs arguments. Il affirme même "s'en battre l'œil" de leur enfant chéri. Plus jamais il ne remettra un pied sur une île possiblement peuplée de dinosaures, il en a trop chié dans le premier numéro de la série, il a failli y perdre ses guiboles plus d'une fois, ils peuvent insister à jamais il n'y a aucune sorte de chance pour qu'il accepte leur requête. Et puis, 39 longues minutes plus tard, il suffira que le père de Kévin aligne son chéquier sur la table et lui offre 100 dollars pour qu'Alan Grant se ravise et accepte de venir avec eux. D'après Steven Spielberg cette séquence d'envergure serait une allégorie du repas qu'il aurait fait avec Sam Neill quelques jours avant le tournage pour le convaincre de jouer dans le film. À la suite de cette séquence couperet on retrouve Alan Grant dans le jet privé qui conduit les trois protagonistes vers l'île de malheur. Alors, pour nous donner une idée de la terreur qui envahit le professeur Grant à l'approche de l'île des T-Rex, Joe Johnston a recours à un vieux truc, le cauchemar. Sauf que faute de moyen, ou pris de génie, Joe décide de ne pas nous montrer le cauchemar, il se contente d'un long plan fixe sur Sam Neill qui gigote en dormant dans son fauteuil avant de se réveiller en sursaut. L'effet est garanti, on est dans le feu de l'action.



Et pas des moindres puisque dès le débarquement sur l'île, c'est l'arrivée du fameux tyrannosaure Rex. On a déjà vu ça dans le 1 et dans le 2 me direz-vous. Eh bien Josh Johnston a pensé comme vous. Alors arrive un autre dinosaure, bien plus laid et un poil plus grand, et qui après un sauvage combat terrasse le Tyrannosaurus, celui qui autrefois nous fit tant rêver (comme s'il fallait décidément briser tout ce que le premier film de Spielberg avait bâti, avec pour ligne de mire la loi du "bigger, stronger, uglier"). Et, encore une fois par manque de financements, Dennis Muren, le chef des effets spéciaux attitré de Spielberg, a décidé de reprendre de vieilles maquettes technétroniques pour créer cette bête. C'est ce qu'avait fait Jean-Pierre Jeunet dans Alien 4 où il avait récupéré la reine Alien en plastique grandeur nature qui avait servi dans l'épisode 2 par esprit d'économie. Sauf qu'ici il ne s'agit pas de réutiliser une bête déjà filmée mais bien d'en créer une nouvelle. Qui s'étonnera donc que Dennis Muren ait assemblé des morceaux du T-Rex de Jurassic Park 1 avec des bouts de "Bruce", le gros requin animatronique des Dents de la mer, ce grand requin hideux que Spielberg, contrairement aux gens d'Amblin, surnommait "La grande merde blanche". Les plus aguerris sauront aussi distinguer dans ce grand merdier qu'est ce nouveau dinosaure de pacotille le crochet du capitaine Crochet dans Hook, l'arche perdue d'Indiana Jones à la recherche de l'arche perdue, retrouvée au dernier moment dans le cagibi de Vilmos Zsigmond, le directeur de la photo de la trilogie Indiana Jones, mais aussi le fauteuil à bascule de Woopy Goldberg dans La Couleur pourpre ou encore la voiture rouge en panne de Duel.




C'est pas la dernière des déceptions dans ce film. Très vite les sauveurs retrouvent leur enfant, qui depuis six ans n'a pas grandi d'un centimètre et vit terré sous une racine de peuplier, se nourrissant exclusivement de terre et sortant régulièrement vainqueur des assauts répétés des dinosaures les plus carnassiers et les plus féroces qui s'acharnent de génération en génération à l'extirper de son abri de fortune à coups de bec. L'ayant enfin retrouvé, ses parents, toujours accompagnés du Professeur Grant, s'invitent dans son trou à rat. Le gosse, serein, s'extasie de rencontrer Alan Grant dont il a lu tous les bouquins sur les dinosaures, qui l'ont passionné. Parce que la passion de ce gosse c'est les dinosaures et ces six années de merde passées sous une grosse branche d'arbre à repousser les gueules pleines de crocs de ses nouveaux potes carnivores du bout de ses tennis Adidas n'ont pas suffi à le détourner de son goût pour le Jurassique. Alors pour coller au budget draconien imposé par Spielberg, Joe Johnston décide de copier coller des scènes de Jurassic Park 1 où le petit Timmy faisait chier Grant avec ses bouquins sur les dinos, et on n'est pas dupes. On aimerait être dupe, on aimerait fermer les yeux là-dessus, mais ça n'est pas possible parce que ça fusille les paupières avant de fumer la rétine. C'est gros comme le nez au milieu de la façade.



Et on n'est pas arrivé au bout de ses surprises. Vient une scène d'action interminable quoique haletante dans laquelle les 4 personnages sont repérés au bord d'une falaise par des ptérodactyles à cause de la sonnerie du mobile de Téa Léoni. Attention, pas le téléphone portable du personnage, qui n'est pas censé en avoir un à ce moment là du film, on parle bien ici du téléphone cellulaire de Téa Léoni l'actrice. Certains parleront de goof, je resterai mesuré. Bref, encore une fois Dennis Muren n'a pas eu les fonds nécessaires alloués habituellement aux effets numériques de post-production et l'on est consterné d'admirer ces ptérodactyles, certes nouveaux dans la série Jurassic Park, mais désespérément inachevés. On a sous les yeux l'armature informatique des ptérodactyles, leur ossature numérique vert fluo, des barres vertes supposées reliant les contours des animaux pour coordonner leurs mouvements informatiquement. Mais l'habillage n'a pas été finalisé et il part en guenilles. Point de texture, point de peau pour donner corps à ces bestiaux sur nos écrans, point de vraisemblance. C'est un fiasco.




Je vous épargnerai la suite des évènements. Dîtes-vous simplement que pour marquer une évolution dans la trilogie Joe Johnston a décidé de doter ses raptors d'un don qu'ils n'ont jamais eu et ça tous les livres d'histoire s'accordent à le dire : la parole. Ainsi vous faudra-t-il accepter de voir ces vélocipédiques entamer des discussions durables dans un français irréprochable. De même seuls les plus coriaces d'entre vous tiendront jusqu'au bout pour voir plusieurs divisions de l'armée des États-Unis débarquer sur l'île pour sauver nos quatre daredevils. Seuls les plus naïfs d'entre vous ne reconnaîtront pas la séquence d'ouverture de 39 minutes d'Il faut sauver le soldat Ryan et son débarquement sur la plage Omaha le 6 juin 44 collée là discretos. Seuls les plus cons ne s'étonneront pas de voir Tom Hanks et Vin Diesel tuer des soldats de la Wehrmacht avec leurs mitraillettes Tompson en guise de conclusion à ce sombre épisode d'une trilogie qui aura décliné d'épisode en épisode pour partir du sommet et arriver à des frasques sans pareilles dans l'histoire du tout hollywood.

Je viens d'apprendre que Joe Johnston prépare le 4ème film de ce qui sera donc tragiquement une tétralogie.


Jurassic Park III de Joe Johnston avec Sam Neil et Téa Léoni (2001)