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13 juillet 2024

Funny Games U.S.

Do you have any cuddly toys? The other day a colleague who had just returned from a stroke explained to us that he had comfort meals in which to take refuge in the event of a hard blow or even a bad cold. He gave us the example of the large dish of buttered spaghetti in a vase plate, topped with a fried egg. And he asked us for our comfort food meals. Obviously we found a couple (lasagna, plowman's soup, seared liver, stuffed oysters, veal roustons), but that's not the subject. We started, on the other hand, and it's more connected to the blog, to wonder if we had any comfort films. What does it mean ? Films where you can find refuge in the event of a major bout of the blues, films where you can find shelter in the event of losing faith in cinema, films where you can reassure yourself in times when life becomes vicious. One title made the consensus for us, like a blinding flash: Funny Games U.S. by Michael Haneke, with Naomi 2,21Gigo/Watts, even if we didn't see it again as adults.
 

 
 
Why this film? No doubt for its unity of place. Very often, closed doors appear to us like potential comfort films, for the comforting side of packing, the feeling of snuggling up in a tight camisole, of curling up in a blanket that smells of incense or damp towels exits from the broken dryer, these film-places, almost film-worlds, where nothing will surprise us, where the space is marked out, under control, known and recognized, well traveled, let's just mention Kitchens and outbuildings, My Night at Maud's, Le Dîner de cons, The Corde, 12 Angry Men, Assault, or the most recent Zone of Pinterest by Jonathan Glazer and his unforgettable lines: "I said left Pignon...". Another advantage of Funny Games U.S. on the comfort side is its total absence of adversity, animosity, tension, or threat. Nothing but reassuring, soothing, neutral and benevolent camera gazes, with the culmination of the famous final wink to the spectator, passed down in the annals of good-natured cinema, and which invites us to bathe in the flow of the film, to become one with the diegesis and to perceive the characters as members of our own beloved family. As we reach the end of this review, there is a small doubt however: not sure that we are really talking about the right film.
 
 
Funny Games U.S. by Michael Haneke with Naomi Watts and Tim Roth (2k7)

10 juillet 2024

Funny Games

Avez-vous des films-doudous ? L'autre jour un collègue fraîchement revenu d'un AVC nous expliquait qu'il avait des repas-doudous dans lesquels se réfugier en cas de coup dur ou même de gros rhume. Il nous citait l'exemple du grand plat de spaghettis au beurre dans une assiette-vase, surmonté d'un œuf au plat. Et il nous demandait nos repas-doudous. Évidemment on a en a trouvé une paire (les lasagnes, la soupe du laboureur, le foie snacké, les huîtres farcies, les roustons de veau), mais c'est pas le sujet. On s'est mis, en revanche, et c'est plus connecté au blog, à se demander si on avait des films-doudous. Qu'est-ce que ça signifie ? Des films où trouver refuge en cas de gros coup de blues, des films où s'abriter en cas de perte de foi dans le cinéma, des films où se rassurer dans les moments où la vie se fait vicieuse. Un titre a fait le consensus pour nous, tel un flash aveuglant : Funny Games de Michael Haneke, avec Bruno Putzulu, même si on ne l'a pas revu étant adultes.
 
 
 
 
Pourquoi ce film ? Sans doute pour son unité de lieu. Très souvent, les huis-clos nous apparaissent comme des films-doudous en puissance, pour le côté réconfortant du packing, le sentiment de se blottir dans une camisole bien serrée, de se lover dans un plaid qui sent l'encens ou des serviettes humides sorties du sèche-linge en panne, ces films-lieux, presque des films-mondes, où rien ne va nous surprendre, où l'espace est balisé, sous contrôle, connu et reconnu, archi parcouru, ne citons que Cuisines et dépendances, Ma nuit chez Maud, Le Dîner de cons, La Corde, 12 hommes en colère, Assault, ou le plus récent Zone of Pinterest de Jonathan Glazer et ses répliques inoubliables : "J'avais dit à gauche Pignon...". Autre avantage de Funny Games côté doudou, son absence totale d'adversité, d'animosité, de tension, de menace. Rien que des regards-caméras rassurants, apaisants, neutres et bienveillants, avec comme point culminant le fameux clin d’œil final au spectateur, passé dans les annales du cinéma bon enfant, et qui nous invite à baigner dans le flow du film, à ne faire qu'un avec la diégèse et à percevoir les personnages comme des membres de notre propre famille adorée. En touchant à la fin de cette critique, petit doute cependant : pas sûrs qu'on parle bien du bon film.
 
 
Funny Games de Michael Haneke avec Bruno Putzulu (1997)

29 octobre 2015

Goodnight Mommy

J'ai eu la sale idée de regarder ce film un dimanche matin, il m'a mis de mauvais poil pour toute la journée ! On se demande bien ce qui anime ce couple d'autrichiens, ce qui les motive à filmer une telle histoire, déjà vue cent fois et dont le maigre secret est éventé dès les premières images, mais l'on reconnaît sans forcer leur influence, leur maître à penser. Avec leur cinéma terriblement austère et froid, Veronika Franz et Severin Fiala s'inscrivent dans la droite lignée de leur compatriote Michael Haneke. Certes, les images apparaissent d'abord chatoyantes, tout semble tellement précis et appliqué, tout est si joliment éclairé, nous pouvons facilement nous laisser prendre et penser que nous tenons-là un film d'horreur au-dessus du lot. Mais faut-il être un sacré maso pour apprécier un tel film...




Les premières minutes nous montrent deux garçons évoluer dans un très beau décor champêtre, jouer à cache-cache dans les champs de maïs, s'aventurer dans des bois sombres et nager dans un lac placide comme pour tuer une de ces longues journées d'été ; l'ambiance est en apparence paisible mais déjà inquiétante. Cette courte introduction est bien le seul moment du film qui dégage un petit semblant de vie, à même de susciter une certaine curiosité. Quand la mère des enfants revient, elle a le visage recouvert de pansements, comme sortie de l'oeuvre de Franju avec laquelle le film de Franz et Fiala ne partage aucun autre point commun, et se comportera de façon étrange avec les jumeaux. Dès lors, Goodnight Mommy ne quittera plus que très rarement l'austère et luxueuse baraque familiale où reste cloîtrée la mère, et s'enfoncera dans une atmosphère glauque et immobile des plus ennuyeuses, jusqu'à une dernière partie particulièrement laide nous proposant un basculement dans la violence perverse dont on se serait volontiers passé. 




A de très rares occasions, Franz et Fiala font preuve d'une belle imagination morbide et retiennent l'attention par des images cauchemardesques ou des micro scènes assez dérangeantes : je repense à cette blatte, déposée sur l'oreiller par les enfants, qui entre par la bouche de leur mère endormie, ou cette même maman, espionnée durant la nuit en train de retirer ses bandages, qui adresse un coup d’œil hideux au jeune voyeur. A part ça, rien à signaler. Goodnight Mommy est cadré, éclairé et filmé avec une rigueur rare et un soin maniaque, mais il est chiant comme la pluie et s'avère même assez détestable dans sa progression méthodique vers une horreur bêtement provocante. La tension ne naît strictement jamais, nous y voyons très clair dans le petit jeu du duo de cinéastes, dans leur scénario elliptique qui se croit beaucoup plus intelligent qu'il ne l'est, et nous nous fichons éperdument de cet énième drame familial marqué par un deuil impossible et une maternité contrariée. C'est environ le millième film d'horreur qui aborde ce sujet et il n'y apporte rien de neuf, si ce n'est son austérité extrême, sa rigueur malsaine et son climax dégueulasse. La longue torture finale de la mère par les deux frères, volontairement filmée dans un style plus brut et "documentaire", finit de nous remplir de mépris envers un couple de réalisateurs dont nous éviterons soigneusement les prochains méfaits. A fuir. 


Goodnight Mommy de Veronika Franz et Severin Fiala avec Susanne Wuest, Elias et Lukas Schwarz (2015)

13 mai 2014

Mr Morgan's Last Love

Ce film pourrait être la suite d'Amour, la Palme d'Or de Michael Haneke. Pour moi, c'est la suite d'Amour. Même décor (un grand appartement parisien), même personnage (un vieillard dépressif et infréquentable, aux portes du trépas), même ambiance (feutrée, silencieuse, la mort qui rôde), même époque (actuelle et déphasée : aucune tablette ni phablette à l'écran), même saison (automne-hiver, mais il fait un temps magnifique sur Paris) même CSP (plutôt le haut du panier, de belles reproductions ornent les murs de l'appartement, un immense piano occupe le salon, autant d'indices qui ne trompent pas, sans compter la penderie démente du vieux schnock). Je pourrai encore allonger la liste tant les points communs entre les deux films sont légion. Rien de plus normal pour une suite directe ! Le cinéaste autrichien et ses acteurs couverts de trophées ont logiquement cédé leurs places. Comment oser, en effet, remettre le couvert après un tel succès ?! Rappelons-le, jamais un film n'avait accumulé autant de récompenses in a row qu'Amour en 2012-2013 :  d'abord la Palme d'Or cannoise, puis, coup sur coup, le Golden Globe, le BAFTA et l'Oscar du meilleur film étranger ainsi que l'European Award et, cerise sur le gâteau, le César du meilleur film, pour ne rien gâcher à la fête ! Du jamais vu ! Aucun cinéaste n'avait réussi cet exploit.




Il est par conséquent tout à fait logique que Michael Haneke se soit écarté de cette suite et qu'il ait même choisi de l'ignorer poliment afin, j'imagine, de ne pas "salir son bébé". Mais si son retrait est compréhensible, il est injuste et cruel d'ignorer un tel film, un tel projet, car il fallait vraiment ne pas avoir froid aux yeux pour s'attaquer au monument de l'austère autrichien ! C'est donc le prestigieux Michael Caine (rien que ça !) qui reprend le rôle lâchement délaissé par Jean-Louis Trintignant, tandis que la dénommée Sandra Nettelbeck, inconnue au bataillon mais dotée d'un courage immense, s'occupe de la mise en scène et du scénario. Le pari est sacrément osé, j'étais donc très curieux de voir ça, d'autant plus que je me devais de régler un souci d'ordre personnel avec le film de Haneke, qui avait occasionné chez moi quelques nuits blanches et des cauchemars terribles. Je devais panser la plaie béante qu'avait laissé en moi son final morbide. Il me fallait revoir tout ce beau monde pour mieux le quitter en de meilleurs termes. L'existence de ce Mr Morgan's Last Love (qui a pour véritable titre Last Love, ce qui fait évidemment sens), a priori sans intérêt, fut donc pour moi un véritable soulagement.




Pour ne pas perdre le spectateur, les premières minutes s'inscrivent dans le prolongement direct du film coup de poing de Mika Haneke avec, en guise d'introduction, un petit rappel des faits, un peu à la manière de la série Walking Dead (on entendrait presque une voix rauque prononcer avec entrain les mots "Previously on Michael Haneke's Amour !"). Après une longue agonie et une ultime échauffourée avec son mari, la vieillarde, qui était au cœur du premier film et le parasitait de bout en bout, n'est plus. Ouf ! Dès le départ, le film de Nettelbeck se déleste ainsi d'un vrai boulet, d'un sacré poids mort. Tout de suite après ça, c'est plus léger, on se sent mieux, on respire enfin un peu d'air pur. D'autant plus que Michael Caine, nouveau veuf, a tôt fait, lui aussi, de tourner la page et de profiter, en tout bien tout honneur, de la situation. On le voit bien pleurnicher quelques secondes, mais il le fait dignement, avec classe, en costard, en se tenant droit comme un I et en séchant ses larmes comme un homme, un vrai (bien que très vieux). On est à des années lumières du petit monde morbide de Haneke, où il est bon de pleurer à genoux en se flagellant, de s'apitoyer sur son sort pendant des lustres, puis d'étouffer un pigeon trop curieux pour marquer le coup.




Fraîchement débarrassé de sa femme, le vieil homme va se remettre progressivement à croquer dans la vie à pleines dents. Dès sa première sortie en ville, il va craquer pour Clémence Poésy croisée au détour d'un trajet en bus. On le comprend, la jeune actrice a un certain charme, une allure juvénile et pleine de vie qui tape forcément dans l’œil d'un homme désireux de repartir à zéro, quitte à défier sa mort certaine et prochaine. La première partie du film, la plus agréable, nous propose donc de suivre Michael Caine, zonant en plein Paris, tel le loup de Tex Avery, sur les traces de la demoiselle, dont il découvre qu'elle est danseuse de métier. Elle enseigne le cha-cha-cha à des individus ayant besoin d'un peu de pétillant dans leurs mornes existences. Là encore, ça tombe à pic ! Et quel beau pied de nez adressé à Michael Haneke... Quel toupet de la part de Sandra Nettelbeck ! Le morceau de piano macabre, mortuaire et funèbre du premier épisode laisse place à la plus joyeuse des danses, pleine de plaisir et d'enthousiasme. Quand il assiste, de loin, aux cours de la jeune fille, Michael Caine revit et nous avec lui. Une bosse se forme sur son pantalon. Quelque chose se réveille.




Sandra Nettelbeck sait toutefois apporter de la nuance à son récit. Tout n'est pas noir ou blanc. Certains passages sont là pour nous montrer que le vieil homme n'est pas tout à fait remis de la disparition de sa femme, qu'il est encore hanté par celle-ci. Je me souviens par exemple de cette très belle scène où, lors de leur premier rendez-vous, Michael Caine est temporairement abandonné, sur un banc, par Clémence Poésy, partie acheter une barbe à papa (là encore, notons que le triste œuf au plat que Trintignant glisse nonchalamment vers la gamelle d'Emmanuelle Riva dans l'une des premières scènes d'Amour est remplacé par une ravissante barbe à papa, attestant du retour en enfance d'un vieillard ravi, revenu à la vie). Se croyant réellement abandonné, ne sachant plus quoi faire, Michael Caine fait son fameux regard de chien battu, inspecte à sa droite, puis à sa gauche, tournant laborieusement la tête, perdu, puis se lève, prostré, et tourne les talons, repart, jusqu'à ce que Clémence Poésy, revenue en toute hâte, interrompe cet accablant moment d'égarement.




Il fallait un sacré acteur pour jouer cette scène sans faire tristement pitié. Michael Caine est impeccable, comme souvent, son élégance typiquement british remporte la mise. On a même aucun mal à croire qu'une chic fille comme Clémence Poésy s'entiche de lui. En outre, notons que durant toute cette savoureuse première partie, Michael Caine arbore une superbe barbe de trois jours (chez lui, comptez plutôt trois heures), qui lui donne un style "bad boy" revisité très enviable, ça lui va fort bien et ça le rajeunit d'une quinzaine d'années. Jean-Louis Trintignant pourrait un temps oublier ses noirs désirs en regardant son collègue britannique et concentrer toute son amertume et son courroux sur sa majestueuse pilosité. Je paierai cher pour avoir cette tronche-là à cet âge, croyez-moi ! Si Michael Caine est parfait dans cette suite d'Amour, rompant joliment la continuité et s'opposant même au marasme plombant du comédien français, il pourrait également assurer et reprendre sans souci son propre rôle dans une séquelle tardive de Get Carter, le film culte de Mike Hodges.




Hélas, le film de Sandra Nettelbeck ne tient pas la distance et s'effondre dans sa deuxième partie. Michael Caine se rase la barbe et tout part en sucette. Je me serais tout à fait contenté d'une petite romance entre un senior et une minette, le premier pouvant alors sereinement s'avancer vers la mort accompagné avec tendresse par la seconde ; cela aurait suffi à me réconcilier avec le film d'Haneke, à cicatriser mes plaies et, surtout, à faire mes nuits comme avant. La réalisatrice croit malheureusement bon d'ajouter à son film une sale histoire de famille très pesante et des plus inintéressantes. Surgit ainsi le fils de Michael Caine, campé par un acteur de seconde zone au profil d'aigle indélicat, Justin Kirk. Chargé de rancœur envers son vieux père, auquel il reproche principalement la mort de sa maman (ça peut se piger s'il a vu le premier film, se positionne contre l'euthanasie et croyait encore en un remède miracle), le fiston va pourrir toute cette deuxième partie. Bien évidemment, le gonze n'est pas insensible au charme typiquement franchouillard de Clémence Poésy, lui qui vit outre-Atlantique, entouré d'obèses.




Une rivalité va donc rapidement apparaître entre le jeune loup aux dents qui rayent le parquet et le vieil ours fatigué mais toujours sur le qui-vive. Leur confrontation s'effectue sous les regards embarrassés de la sœur, personnage totalement transparent incarné par une Gillan Anderson bien plus jolie qu'elle ne l'était en Dana Scully, et de Clémence Poésy, passablement agacée par ce pathétique combat de coqs qu'elle n'espérait pas provoquer. En ce qui me concerne, j'étais à fond pour Michael Caine, comme quiconque faisant preuve d'un peu de bon sens pourrait l'être, mais Nettelbeck choisit l'autre camp, celui du réalisme le plus crasse. Sans doute fan de vautours et autres charognards, Clémence Poésy finit par succomber aux avances du fils et décide de s'engager dans une relation à l'espérance de vie plus raisonnable, qui ne sera pas interrompue par une mort certaine. Dans le même temps, les rapports entre le père et le fils se normalisent, s'apaisent, ce qui donne notamment lieu à une scène intime autour d'une bonne omelette (clin d’œil à Haneke), toute en retenue, qui rappelle les bons moments du début. Tout est bien qui finit bien. Malgré ce gros ventre mou décevant, on retient donc le positif, d'autant plus que Sandra Nettelbeck a le bon goût de nous quitter sur une dernière image assez poétique sous-entendant avec pudeur que le vieil homme a enfin trouvé le repos éternel. Le traumatisant Amour est pratiquement oublié. Ouf !


Mr Morgan's Last Love de Sandra Nettelbeck avec Michael Caine, Clémence Poésy, Justin Kirk, Jane Alexander et Gillian Anderson (2013)

27 mai 2013

We Need to Talk About Kevin

Je croyais que la double-peine avait été abolie dans ce pays, apparemment non puisqu'après avoir vu ce film, vous vous apprêtez à en entendre parler. Je pourrais copier-coller la critique de Sleeping Beauty en changeant le titre du film, et en rajoutant peut-être un gros zeste de colère et d'effarement, mais ça ne suffirait pas. Nous avons là affaire à un autre film sûr de lui et de sa malignité, un film suffisant qui se veut subtil mais qui n'est que facilités, raccourcis, bêtise crasse, et se révèle idéologiquement puantissime. Proposant un discours nauséabond servi par une esthétique aléatoirement dispensable ou insupportable, We Need to Talk About Kevin pousse le vice jusqu'au racolage en faisant tenir son spectateur par un suspense morbide, comme s'il souhaitait à toute force le rendre aussi crétin et voyeur qu'il l'est lui-même. Nous citons le film de Julia Leigh mais on peut aussi penser à Haneke, au Haneke de Funny Games notamment (mais pas seulement), puisque le film, qui fait le portrait d'un jeune tueur, coupable d'un massacre de masse au sein de son lycée, tâche de nous asséner sa thèse et de nous rendre coupables de ce qu'il est : voyeuriste et malsain. C'est ce que tente par exemple Lynne Ramsay quand la mère du tueur (Tilda Swinton) regarde une interview télévisée de son fils après le drame, où ce dernier s'adresse au spectateur (de l'émission et du film) en affirmant que seuls les gens comme lui intéressent les autres et que tout le monde aurait déjà zappé sur une autre chaîne s'il était sympathique et doué à l'école. La brillante mise en abyme nous incrimine directement : vous-mêmes, spectateurs, regardez mon œuvre parce que je filme un cas psychologique aberrant et séduisant, nous dit Lynne Ramsay, et vous vous régalez. Nous sommes faibles, nous sommes médiocres, Lynne Ramsay le sait et nous le reproche. Elle nous pervertit et nous accuse de l'être dans le même temps. Si l'on regarde son film jusqu'au bout c'est en partie parce que le point de vue porté sur ce cas psychologique est si gênant qu'il interroge (on ne peut pas y croire, on attend un revirement, qui viendra bel et bien, et on regrettera de l'avoir souhaité), mais c'est aussi parce que la cinéaste met tout en œuvre pour qu'on soit fasciné par ce personnage improbable, par les atrocités qu'il a commises et qui tardent à nous être présentées. Ou quand le suspense cinématographique ne sert qu'à faire trépigner les foules avec une bonne dose de sensationnalisme morbide à la clé. Un peu comme dans Sleeping Beauty, le film repose sur une étrange fascination pour son acteur vedette juvénile, au physique si particulier, bizarrement aussi beau que laid , Ezra Miller (qui semble-t-il prêtait déjà ses traits à un personnage équivalent dans Afterschool en 2008, que je n'ai pas vu) ; et fonctionne sur l'attente de l'horreur macabre à laquelle ce drôle de personnage au physique ambivalent va se retrouver mêlé. Mais en vérité ce film est plus détestable encore que celui de Julia Leigh.


Voici la mère de Kevin, l'imbuvable Tilda Swinton, dans une fête de la tomate, figure à la fois christique et souillée par le sang du Diable. C'est un des premiers plans de ce film qui sera donc placé sous le sceau du symbolisme le plus lourd du monde.

Pendant tout le film, on tient uniquement grâce à l'attente du carnage et de la clé du mystère, la solution à l'énigme Kevin. Pour résumer l'histoire que nous raconte Lynne Ramsay, la vie du couple formé par Tilda Swinton et John C. Reilly (que fout-il là mon Dieu...) bascule à la naissance de leur petit garçon, un trublion XXL bien décidé dès son premier jour à leur cramer l'humeur, en particulier celle de sa mère complètement désarçonnée face à tant de haine gratuite (on la comprend). Le finale consiste en une tuerie dans un lycée qui nous sera dévoilée à rebours et au compte-goutte au travers les réminiscences fragmentaires d'une mère démolie. On est donc dès le début du film placé dans l'esprit de Tilda Swinton, mais la réalisatrice Lynne Ramsay, qui nous transporte à intervalles réguliers depuis le présent post-massacre de cette mère traumatisée à son passé remémoré, organise les souvenirs du personnage dans un ordre chronologique bien respecté : la mère se rappelle régulièrement le fil des événements menant de la naissance de son fils à son emprisonnement, sauf qu'à chaque fois qu'elle s'est interrompue dans son roman intérieur, pour dormir ou autre, elle reprend gentiment le film de sa vie là où elle l'avait laissé, comme un magnétoscope humain. Mieux, la maman a la bonté d'interrompre ses pensées toujours au bon moment, ellipses idéalement distillées pour qu'on doive attendre la fin des deux heures que dure le supplice avant de savoir ce qu'a réellement fait son sale gosse. Une scène du film résume bien les effets de ce procédé narratif : on voit dans un premier gros plan la main de la mère qui aligne des cotons-tiges pleins de pus avec lesquels elle nettoie l’œil mort de sa fille (sans doute crevé par Kevin, ou avec son aide, on l'ignore, la très subtile Lynne Ramsay ayant encore une fois placé une ellipse au moment crucial), puis le plan suivant montre la mère de dos, placée devant la fille et cachant l’œil crevé de celle-ci, et on attend et on craint de voir une cavité purulente dès que la mère va bouger, sauf que quand elle le fait on ne voit qu'un pansement. La réalisatrice nous a foutu sur les nerfs en nous préparant un déballage horrible et finalement ne montre rien. Tant mieux. Mais alors pourquoi nous faire croire qu'elle allait nous le montrer ? Voilà un condensé de Lynne Ramsay. La réalisatrice se plaît à instaurer un suspense répugnant voué à nous scotcher à l'écran avec une suite de scènes anxiogènes et manipulatrices. C'est l'intégralité du projet du film que cette séquence résume. On ne supporte ce trop long métrage jusqu'au bout que pour découvrir ce qui s'est passé, de la même manière qu'on approche sur l'autoroute d'un accident qu'on ne veut pas regarder mais qu'on regarde quand même. Pourtant il n'y a strictement rien à voir. Les incessants flashbacks sur l'enfance du meurtrier ne sont là que pour présenter toujours le même problème immuable, qui n'évolue jamais, Kevin étant une ordure sans nom et sans raison dès le départ, et chaque retour en arrière enfonce le clou, nous rapprochant du dérapage, c'est-à-dire du massacre, que l'on espère voir quand même, tant qu'à faire... Lynne Ramsay ne veut pas s'embêter à tenter de montrer ce qu'est réellement un tel personnage, elle veut nous montrer un monstre commettant des forfaits toujours plus sordides, et le film fonctionne donc comme n'importe quel thriller présentant les crimes toujours plus sanglants d'un individu maléfique. We need to talk about Kevin ne veut ni voir ni comprendre, il veut séduire avec un monstre séduisant par nature, car forcément mystérieux. Voici la grande idée de Lynne Ramsay, ou son aveu d'impuissance : parce qu'il est impossible d'expliquer un personnage comme Kevin, il faut du coup selon elle se complaire dans cet impossibilité en faisant du personnage un être inhumain, ce qui dès lors résout l'équation, puisque le mystère est résolu sans l'être. Si c'est impossible à comprendre autant rendre la chose définitivement incompréhensible, et comment s'y prendre mieux qu'en faisant de Kevin un alien ? Cqfd.


Dans cette séquence, qui se situe après le massacre commis par son fils, la mère, postée devant douze mille boîtes de sauce tomate rouge sang qui en disent long sur la finesse d’exécution de Lynne Ramsay, est évidemment coiffée comme un balais à chiottes et maquillée comme un cadavre, mais, étant mal dans sa peau, elle porte en outre un immense imperméable gris qui la recouvre jusqu'aux chevilles, un imper que même le tueur de Seven n'oserait pas porter...

On pense encore à Sleeping Beauty (désolé d'y revenir... les deux films sont sortis presque en même temps et inspirent le même agacement terrible) pour le symbolisme lourd à mourir de Lynne Ramsay, notamment l'usage de la couleur rouge, la pierre angulaire de l'échafaudage symboliste du film, qu'il s'agisse d'un souvenir de bain de tomate de la mère, des éclaboussures de peinture jetée gratuitement par Kevin sur les murs fraîchement tapissés par sa génitrice (qui, entre parenthèses, décore son bureau avec un patchwork de cartes de géographie grisâtres, révélant par cet acte une forme de folie qui expliquerait en partie celle du gosse, affublé d'un antécédent psychologique certain) à l'aide d'un pistolet à eau, arme qui préfigure le déferlement de violence ultérieur de Kevin alors qu'il n'a encore que 4 ans, ou qu'il s'agisse encore de notre étrange gamin salop devenu ado qui porte un t-shirt à taches rouges quand ses parents le sermonnent pour avoir laissé - ou poussé - sa sœur à se griller un œil avec du Destop. Il y a aussi ce plan, au supermarché (cf. photogramme ci-dessus), où Swinton Tilda, que j'ai envie de rebaptiser Sweeney Todd, est tétanisée devant un rayon de boîtes de conserves de jus concentré de tomate… L'utilisation du rouge atteint son comble quand la mère nettoie son porche, que des voisins ont maculé de peinture pour la faire chier et l'incriminer façon Scarlet Letter. Ramsay, scénariste dont les talents d'écriture font décidément froid dans le dos, étend cette séance de nettoyage à tout le film, Swinton lessivant son passé par un travail de mémoire tout en faisant son ascèse en souffrant d'abord - cheminement obligatoire pour se mettre dans la peau de son fils (qui ronge ses ongles et les aligne sur la table du parloir comme elle mange de la coquille d’œuf et en aligne les copeaux sur le bord de son assiette dans un montage parallèle fort délicat) - en nettoyant le sang déversé aussi, ou ce qui le représente (la peinture rouge si vous suivez), accédant ainsi au pardon et compagnie. Sweeney Todd atteint carrément dans le dernier plan la lumière de Dieu, ouvrant la porte du parloir où son fils vient de la prendre dans ses bras pour sortir dans un grand halo de lumière aveuglante qui s'éteint pour laisser place au générique... Ce n'est pas lourd du tout.


Malgré sa posture et sa tronche en biais, ce n'est pas César, le singe numérique star de La Planète des singes : les origines, mais bien Kevin, un être tout aussi "programmé", qui vient de flinguer la tapisserie et les vitres de sa mère gratos. César, d'apparence simiesque, avait une intelligence humaine. Pour Kevin c'est l'inverse.

Tout ce "travail" narratif et iconographique porte en prime un discours dégueulasse à souhait : le film nous révèle que le ver est dans la pomme, que le mal est là dès le départ, que la violence est toute génétique (ce film devrait plaire à quelques personnes, qui furent notamment à la tête de notre beau pays récemment...), et que les meurtriers le seraient par nature. L'enfant du film n'est pas un enfant, c'est Damien la malédiction, un monstre pur et simple, un diable, un salopard machiavélique, cruel, inhumain, qui calcule son coup depuis la naissance. Sa mère l'aime, quand bien même elle pète un plomb après l'accouchement, car l'enfant ne cesse de pleurer, mais Kevin est convaincu du contraire, aussi n'aime-t-il personne et encore moins sa mère. Il tarde volontairement à parler, chie dans sa couche jusqu'à neuf ans pour embêter sa maman, ne sourit jamais, ne rit jamais, n'a aucun ami, lance des regards de tueur depuis le berceau et finit par trucider amis et proches de sang froid. C'est Belzébuth réincarné. La réalisatrice égrène rapidement d'autres causes à la folie meurtrière de son personnage, qu'elle balaye cependant tout aussi rapidement, tels le jeu vidéo violent, la passion pour le tir-à-l'arc, une jalousie consécutive à la naissance de sa petite sœur, voire peut-être une homosexualité refoulée, le héros dégingandé et au regard presque maquillé ne portant que des t-shirts qui lui arrivent au nombril et des pantalons treize fois trop étroits pour lui (au point qu'il reste moins de tissu sur son corps qu'à l'intérieur)... voire encore un complexe d’œdipe king size. Mais contrairement à l'entreprise van santienne dans Elephant de présenter toutes les explications possibles à un tel geste pour en montrer les limites et pour dire à quel point elles ne peuvent suffire à comprendre les agissements meurtriers de jeunes personnages humains (trop humains, pour reprendre un titre nietzschéen) et filmés avec humanité, Lynne Ramsay, qui ne manifeste aucun amour pour ses marionnettes ni aucun respect pour l'intelligence et la sensibilité de son spectateur, écrase ses propres tentatives d'explications et les réduit à néant tant Kevin est présenté depuis sa conception comme une créature maléfique irrécupérable née pour faire le mal. La réalisatrice nous l'a très vite signifié avec un plan magnifique sur un spermatozoïde de John C. Reilly contaminant un ovule de Tilda Swinton - on pense aux plans in utero, ou in cerebro, difficile à dire, de La Guerre est déclarée, qui pointent l'origine du mal chez l'enfant - durant la première copulation du couple d'amants, bourrés comme des coings, éclairés par un néon rouge durant toute l'étreinte jusqu'à ce que le père éjacule à minuit pile, heure du crime (un réveil filmé en gros plan nous l'a bien indiqué, et non, ce n'est pas l'ébauche d'une quelconque piste de scénario fantastique). Cet enfant est le Diable sur Terre, et il est venu foutre la merde. Voilà la seule et unique explication, tous les autres facteurs n'ayant eu aucune influence sur le cours de l'existence de Kevin puisque l'enfant affiche le même comportement depuis son premier cri.


Pour moi John C. Reilly ne joue pas dans ce film. C'est dit. Foutez-moi la paix, ça me fait du bien.

Du coup la démonstration de Ramsay se mord sans arrêt la queue et se contredit. Les parents sont incriminés, car la mère est maladroite, ne parvient pas à communiquer avec son enfant et ne lui montre pas suffisamment d'affection, tandis que le père est aussi absent qu'aveugle, mais ils ont ensuite une petite fille avec qui tout se passe à merveille, un vrai petit ange, aussi ne sont-ils pas responsables d'avoir engendré le démon. A force de dire tout et son contraire, de montrer la mère comme une Rosemary moderne, innocente et coupable à la fois (puisqu'elle casse quand même le bras de son bambin, mais je ferais pareil si j'avais ce truc à la maison H24, je le jure, foutez-moi en taule si c'est mal, makkash !), à force de confondre qui plus est sentiment de culpabilité et culpabilité, bref avec cet indigeste gloubi-boulga psychologique le film n'assied finalement qu'une seule option : Kevin est né monstrueux. Cette idée, récurrente dans le cinéma fantastique, devient, dans un drame résolument réaliste et qui entend donner un éclairage sérieux sur des faits divers actuels à peine détournés, aussi ridicule que franchement douteuse.


Immédiatement après la scène du coït alcoolisé sous néon rouge écarlate, ce plan in utero révélant la contamination, la propagation du virus, l'origine du Mal.

Le film n'assume même pas ce postulat aussi audacieux que stupide puisque dans la dernière minute Lynne Ramsay rachète son personnage monstrueux, qui tout d'un coup ne se rappelle plus pour quelle raison il a fait tout ça, pourquoi il a passé l'intégralité de ses 16 premières années de vie à pourrir celle de sa mère et de ses proches, y compris en prévoyant dès la prime enfance de la détester et de faire semblant d'adorer son père juste pour la faire suer (puisqu'il n'aime pas non plus son père, qu'il tuera sèchement à la fin d'une flèche tirée dans le dos, en même temps que sa petite sœur, meurtres principalement voués à faire éructer la maman et commis à domicile avant d'aller massacrer les étudiants du lycée avec le même arc de compétition offert par un papa poule) ; y compris aussi en préparant un cd gravé sur lequel il écrit "I Love You", que sa mère pique dans sa chambre un jour où il est absent pour le lire sur son ordinateur afin de comprendre son enfant, découvrant en fait un virus vieux de dix piges qu'elle était la seule à ne pas connaître et qui crame son PC en deux secondes... et la mère dépitée d'aller voir Kevin dans sa chambre le soir venu, qui, sans la regarder, lui lance de sa voix éraillée : "Alors ? Ton ordi est mort ?", fier comme Artaban que son énième piège ait fonctionné à merveille. La loi de l'emmerdement maximum que pratique Kevin depuis le plus jeune âge et chaque jour que Dieu fait passe aussi par de plus menues actions, comme coincer le hamster de sa sœur dans le siphon de l'évier de la cuisine, ou bouffer (avec les doigts bien sûr) un énorme poulet rôti fermier, de la tête au croupion, juste avant d'aller au resto avec ses parents (il y a quand même du génie chez ce gosse).


 
Le symbolisme de Lynne Ramsay n'a pas de limites, la métaphore visuelle, c'est son grand dada. Ce plan est augmenté d'un lent zoom sur le centre de la cible reflétée et contenue dans la pupille de Kevin, constitutive de son regard, partie prenante de son être tout entier, la violence et le meurtre étant comme inscrits dans son empreinte génétique profonde.

A la fin, Kevin tombe donc finalement dans les bras de sa mère pour un rachat improbable par lequel la cinéaste croit se dédouaner des aberrations et autres horreurs scénaristiques déployées dans les 119 minutes qui précèdent et qui se sont acharnées à nous détruire l'humeur à petit feu. De la même manière qu'il n'y avait aucune cause autre que génétique et innée à sa monstruosité, Kevin redevient humain sans préavis, le libre arbitre, le travail de conscience, l'éducation n'y sont pour rien, son regain potentiel de bonté, voire d'humanité, en passe par un déclic involontaire, chimique, risible. "Il faut qu'on parle de Kevin"... Très bien mais pour en dire quoi ? Il n'y a plus rien à dire après l'exposé de Lynne Ramsay. Plus rien à dire des tueurs de Columbine, d'Aurora et d'ailleurs : ce sont des tueurs-nés irrécupérables à moins d'une improbable épiphanie cérébrale miraculeuse, qu'on ferait aussi bien non pas d'envoyer à la chaise électrique mais de dépister in utero, ou au pire dans les crèches et les cours de récré, pour en débarrasser le monde illico. Ne regardons pas l'éléphant qui trône au milieu de la pièce, ou alors supprimons-le ni plus ni moins. Fin du débat.


We Need To Talk About Kevin de Lynne Ramsay avec Tilda Swinton, Ezra Miller et John C. Reilly (2011)

2 février 2013

The Impossible

Attention, chaud devant ! Tous aux abris ! Grosse merde en vue ! La bande-annonce laissait présager d'un film larmoyant au possible et vraiment insupportable. Ne me demandez donc pas pourquoi je m'y suis risqué. Pure curiosité mal placée de blogueur ciné. En fin de compte, le film est moins affreux que je ne l'imaginais, mais il est tout de même très mauvais et ne présente surtout à mes yeux aucune sorte d'intérêt. Nous sommes fin décembre 2004 et la petite famille d'Ewan McGregor et Naomi Watts a donc la chic idée de s'envoler pour la Thaïlande pour passer des fêtes de Noël bien tranquilles, au soleil, sous les palmiers. Dans l'avion, la jolie Naomi s'inquiète : "Es-tu sûr d'avoir bien mis en marche l'alarme avant de partir, chéri ?" demande-t-elle à Ewan McGregor, rassurant, le brushing impeccable, la mèche bien relevée sur le côté, nickel. L'espagnol Juan Antonio Bayona nous montre d'emblée une maman qui s'inquiète d'un petit souci banal du quotidien, nous qui savons bien que ce quotidien sera bientôt totalement bouleversé par un raz-de-marée sans précédent. A leur arrivée dans leur superbe résidence de vacances, Naomi, intransigeante, refuse une canette de Coca à l'un de ses fils, pourtant pas bien gros, et lui conseille de se contenter d'un verre d'eau, c'est meilleur pour la santé. Là encore, nous aurons facilement compris l'allusion. Quand ils auront tous reçu une gigantesque vague d'eau sur la tronche, on se dit que la sévère Naomi regrettera d'avoir privé son fils de ce petit plaisir sucré. C'est fin, c'est bien senti, c'est signé Bayona, merci.




Tout le début du film est de cette eau-là. Cela suffit sans doute à titiller les cordes sensibles des spectateurs les plus faciles, impatients de sortir les kleenex, désireux de verser leur petite larme hebdomadaire. En ce qui me concerne, j'étais déjà passablement agacé, me demandant très tôt ce qui m'avait poussé devant un spectacle si pauvre, si convenu et prévisible. C'est qu'on la sent drôlement venir cette vague... Bayona ne fait pas dans la dentelle. Son film, d'une lourdeur sans nom, ne flotterait pas, il coulerait à pic. Il baigne dans la plus totale médiocrité. Et je vais arrêter là mes jeux de mots minables. L'idole de Bayona, sa principale influence ici, est sans conteste Steven Spielberg. Il tente, comme le papa d'ET a déjà pu le faire quelques fois, de nous proposer un drame familial poignant, larger than life, ponctué de quelques scènes spectaculaires et d'autres intimistes, mêlant les deux registres dans un alliage qu'il espère réaliser avec la même habileté que son modèle. Mais Bayona n'est pas tonton Spielby, et comment ! The Impossible ne ressemble même pas à un side project qu'aurait mené un Spielberg fatigué et en mode pilote automatique, car occupé à tourner deux autres films plus ambitieux en même temps.




Que dire de la scène tant attendue, celle dite de la grosse vague bleue ? On ne peut pas dire qu'elle soit ratée. On la mate les yeux grands ouverts, saisis, il est vrai, mais non sans trouver assez ridicules les poses  prises par chacun des personnages voyant arriver la flotte déchaînée, déjà visibles dans l'affreux trailer. Ceci dit, quel est réellement le talent du réalisateur espagnol là-dedans ? Tous les films catastrophe, même les plus mauvais (et ils le sont trop souvent !), ont ce pouvoir d'attraction sur le spectateur lors des scènes chocs. On aime tellement quand tout pète et explose dans tous les sens ! Même à la télé, aux infos, on attend que ça, un petit tremblement de terre ou, plus inoffensif et agréable à l’œil, une mignonne éruption volcanique. Notons que les effets spéciaux sont ici très bien faits, le mélange entre images réelles et ajouts de synthèse fonctionne parfaitement, on n'y voit que du feu. Pour le reste, le petit suspense mis en place par Bayona consiste à voir à quel point il va oser s'en prendre à son actrice vedette, par des plans aquatiques où nous voyons son corps fragile agressé par des branchages et autres détritus déchaînés par la vague.




Naomi Watts passe ensuite 80% du film en position allongée, recouverte d’hématomes et de blessures en tous genres, à demander dans quel état est sa jambe la plus amochée les rares fois où elle trouve la force de prononcer quelques mots. C'est donc aujourd'hui ce qui suffit à être en position de favorite pour l'Oscar de la Meilleure Actrice. Hollywood aime décidément les femmes, de préférence séduisantes, qui osent s'amocher méchamment pour les besoins d'un rôle taillé sur mesure. C'est pour cela qu'il n'aurait pas du tout été étonnant de retrouver à nouveau Marion Cotillard parmi les nominées, pour son rôle de cul-de-jatte dans l'atroce De Rouille et d'os. On se réjouit de son absence ! Naomi Watts aura toutefois fort à faire face à Emmanuelle Riva, également en lice pour la prestigieuse récompense en toc, et qui la dépasse largement en terme de souffrances subies par Amour pour le sage tyran Haneke.




Mais revenons à l'Impossible. Quand la famille, déchirée par la vague, se découpe en deux, nous sommes sans doute supposés attendre avec le cœur serré qu'ils se retrouvent enfin. Personnellement, je n'avais qu'une hâte : que la sympathique Watts retrouve ses guibolles et aille piquer une ou deux têtes en monokini ! Non en réalité, je n'étais pas si naïf, j'attendais tout simplement qu'on en finisse, que le papa ours retrouve enfin maman ours, et que leurs trois petites enflures de gosses puissent enfin s'embrasser à nouveau, en chialant en harmonie, avant d'aller jouer au ballon en attendant la rentrée. Ça a bien fini par arriver, mais je dois vous avouer que j'ai eu eu recours à un dispositif particulièrement pratique, de taille réduite, fonctionnant par infrarouge ou ondes radio, permettant d'assister aux pires catastrophes sans perdre son temps, le séant bien enfoncé dans son fauteuil. Faut dire que j'en avais ras-le-cul !




Le film nous annonce fièrement dès le générique d'ouverture qu'il se base sur ce qu'a réellement vécu une famille espagnole ayant miraculeusement survécu au tsunami du 26 décembre 2004 qui a ravagé l'Asie du Sud Est. Dans un souci de rendre l'histoire du film plus universelle et donc encore plus dénuée d'identité propre, la nationalité espagnole des protagonistes a été purement et simplement gommée. Nous savons que le fantomatique Ewan McGregor (qui garde sa chevelure parfaite avant, pendant et après le tsunami !) bosse au Japon, mais qu'il a le mal du pays, et la famille projette de déménager, on ne sait où, et à vrai dire, on s'en fout. C'est une famille sans charme, sans attache, sans identité, sans caractère, incarnée par des acteurs plus lisses que jamais nageant dans un film qui leur ressemble affreusement. On préférait Bayona orphelin.


The Impossible de Juan Antonio Bayona avec Naomi Watts, Ewan McGregor et des gosses sur lesquels je ne mise pas un kopeck (2012)

12 janvier 2013

Bilan 2012



Du 1er janvier 2012 à zéro heure au 31 décembre 2012 à minuit, nous avons épié l'actu ciné. Plus qu'hier et moins que demain, le cinéma a rythmé nos vies. Profitant d'une situation de demandeurs d'emploi jouissive, nous avons pu caler quelques séances de salles obscures entre deux rendez-vous avec des conseillers Pôle-Emploi malheureusement trop peu cinéphiles. A défaut de pouvoir partager nos passions avec eux, nous l'avons fait avec vous pour la quatrième année consécutive, et toujours avec autant de plaisir. Que le débat se poursuive dans les commentaires ou sur les réseaux sociaux à la mode, l'essentiel est de communiquer avec vous nos enthousiasmes, nos déceptions et nos dégoûts, et surtout de découvrir les vôtres. Connectés à Facebook et à Twitter, nous avons pu échanger tout au long de l'année sur les films qui sortaient chaque semaine et sur ceux, plus vieux, que nous découvrions sur le tard. Nous nous sommes également servis de ces réseaux pour tenter d'entrer en contact avec la petite famille du cinéma, de solliciter des retweets sympathiques de Marina Hands et Frédérique Bel ou des retweets haineux de Leïla Bekhti, Géraldine Nakache, Charlotte le Bon, Emma de Caunes, Mouloud Achour et Romain Levy, sans obtenir ni des uns ni des autres de réponses satisfaisantes. Soucieux d'être envahis un jour ou l'autre par le GIGN, nous avons tenté de provoquer à coups de "Lov' ur chest. Pleazzze RT" et autres "RT mes Nike fluo Mouloud, moi aussi je possède des sneakers pourries !", en vain. Bref nous avons voulu être un grain de sable inattendu dans le petit monde confortable du ciné. Mais rien de trop croustillant à raconter en matière d'anecdote de chantier, donc revenons sur ce qui nous a vraiment intéressés, c'est-à-dire échanger avec vous. Comparer nos préférences, défendre les films que nous aimons, puis connaître vos cinéphilies singulières et entendre ce que vous avez à en dire, c'est encore le but de nos grands articles bilans annuels, qui comme vous le savez réservent toujours une place à vos classements. Ainsi succédera à nos petites listes personnelles votre grand bilan collectif, avec d'un côté les dix films que vous avez préféré en 2012 et de l'autre ceux que vous avez le plus détesté.


Holy Motors de Leos Carax

De notre côté si on fait le bilan on peut être satisfaits de nous-mêmes : nous avons publié 176 articles dans l'année, soit deux par jour. Parmi ces articles figurent la majorité des films que nous avons aimés et surtout les principales sorties de 2012, à l'exception, pour l'instant du moins, de The Hobbit et L'Odyssée de Pi (nous n'avons pas pris en compte le mois de décembre), Skyfall (on l'a vu au ciné et on avait toute la critique dans la tronche en sortant de la salle, mais on n'avait pas de calepin et le lendemain : trou noir), Astérix au service de sa majesté (ici on ne tire pas sur les ambulances), Hunger Games (on attend le jeu de plateau), Argo (on ne maîtrise déjà pas le verlan), Starbuck (on l'a pas vu mais on y est souvent allés, tout comme nous sommes souvent allés manger au Subway alors que nous n'avons toujours pas vu le film de Luc Besson, highlight de 1985), MIIIB (on n'avait pas vu MIIB), The We and the I et Camille redouble (trop de mauvais souvenirs de ce bahut qu'on essaye de quitter depuis plus de dix piges), Blanche-neige et le chasseur (Chris Hemsworth joue dans le film et nous n'aimons pas que des trisomiques soient exposés sur un écran) ou Le Lorax (on n'avait pas compris que c'était un film). Ces gros titres ne se retrouveront donc pas dans nos Tops malgré notre envie de surprendre.


Les Chants de Mandrin de Rabah Ameur-Zaïmeche

Nous n'avons peut-être pas tout vu mais dès le mois de mars, quand nous avons commencé à trier nos préférences, à hiérarchiser la catégorie socio-professionnelle "cinéaste", nous avons déjà entraperçu les grandes lignes directrices de nos classements à venir. Dès le premier film de l'année vu au cinéma, Take Shelter, c'était un souci de moins. Un blogueur ciné commence chaque année avec 10 soucis, les 10 films qu'il doit trouver à mettre dans son Top. Or là, paf, dès la première quinzaine de janvier un souci d'éradiqué. A l'orée du mois de juillet, nous avions la certitude de passer nos vacances au frais avec un Top 10 bien entamé, fait de bric et de broc mais déjà solide, et tout de même l'envie tenace d'éjecter quelques titres. Mi-décembre, grosse gueule de bois au réveil. Nuit de noël sans lune, sur dix œuvres intouchables dans ton Top il ne t'en reste qu'une. Emprunts à la médiathèque à gogo, achat de cartes de visites illimitées au cinéma Le Cratère et au Gaumont Pathé, abonnement à Vidéo-Futur, si ça existe encore, et passage à la fibre pour rattraper le retard et sauver les meubles. On a fini le mois de décembre avec des yeux comme des boules de bowling, incapables de distinguer la réalité de la fiction, paumés dans un univers lynchéen au possible (notre fidèle Poulpard a quant à lui passé son réveillon à éplucher Rotten Tomatoes et Metacritic pour terminer l'année avec un petit Top 4 dont il est bien fier). Et vu que l'année fut chargée en films de qualité, dresser des Tops 10 sans faire l'impasse sur quelques titres aimés s'est avéré compliqué. Nous nous y sommes pourtant pliés, au prix de fêtes de fin d'années passées entre quatre murs face à des écrans diffusant en simultané nos films préférés, à la recherche du moindre défaut. Sans plus attendre voici donc nos Tops 10 par ordre de préférence (ici et plus bas, cliquez sur les affiches pour accéder aux critiques) :


NOS TOPS
(Félix/Rémi, par ordre de préférence)
















































































http://ilaose.blogspot.com/2014/02/la-baie-des-anges-le-feu-follet-oslo-31.html






























Au-delà de l'évidente profusion de grands films, que nos classements nous semblent révéler (bien qu'ils soient avant tout le simple reflet de nos cinéphilies particulières), on se réjouit du vent de fraîcheur, d'audace et de nouveauté qui aura soufflé sur le cinéma cette année. Certes nos chouchous sont là, même si Olivier Assayas et son Après mai manquent à l'appel faute de place - cruauté du Top 10... - ainsi qu'Abbas Kiarostami faute d'avoir pu découvrir Like Someone in Love en salles, où il n'est resté à l'affiche que deux heures montre en main. On retrouve malgré tout des valeurs sûres, des cinéastes incontournables dont on attendait les films de pied ferme et qui ne nous ont pas déçus, à l'image d'Alexander Sokurov (Faust), d'Alain Resnais (Vous n'avez encore rien vu) ou de Werner Herzog (Into The Abyss). A côté de ça, des cinéastes en pleine croissance et en pleine confiance, déjà remarqués mais qui gagnent peu à peu en maturité, ont confirmé un talent exceptionnel, ce sont Rabah Ameur-Zaïmeche (Les Chants de Mandrin), Jeff Nichols (Take Shelter) ou Hirokazu Kore-Eda (I Wish). Et puis il y a eu quelques surprises, des cinéastes rares revenus d'outre-tombe sur le devant de la scène pour nous épater, Leos Carax (Holy Motors) d'un côté, Chantal Akerman (La Folie Almayer) de l'autre, et Abel Ferrara (Go Go Tales et 4h44 Dernier jour sur Terre) aux États-Unis. Hasard du calendar, ce dernier s'est retrouvé deux fois à l'écran en France, pour deux chefs-d’œuvre, partageant le haut de l'affiche de 2012 avec le prolifique et déjà très grand Hong Sang-soo (The Day he Arrives et In Another Country). L'autre poule aux œufs d'or - mais les siens sont pourris - de l'année, avec également deux films au compteur, n'est autre que Steven Soderbergh, auteur de Piégée et Magic Mike, qui nous ont tous deux piégés sans aucune magie... En revanche et pour terminer, nous avons fait quelques heureuses découvertes, quelques cinéastes viennent d'éclore sous nos yeux, dont nous attendons les prochains films avec, dans certains cas, un peu d'appréhension, mais globalement avec beaucoup d'optimisme, ils se nomment Ben Wheatley (Kill List), Joachim Trier (Oslo 31 août), Guillaume Brac (Un monde sans femmes), Nick McCarthy (The Pact) et Alex Ross Perry (The Color Wheel). Parmi ces noms se trouve peut-être bien la relève de demain !


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Oslo 31 août de Joachim Trier

Se dégagent des films que nous avons préféré quelques idées communes, une même urgence à se saisir de l'actualité sans lourdeur, à la différence de cinéastes comme Jacques Audiard ou Cédric Kahn, qui nous ont torché leurs petits films sociaux misérabilistes pour se sentir bien dans leurs souliers tout en nous foutant la rage. Les cinéastes de 2012 que nous aimons partagent un regard humaniste portant l'homme au centre de toutes les attentions, et insufflent coûte que coûte la vie à leurs œuvres (y compris quand elles évoquent la peine de mort, chez Herzog, ou la fin du monde). C'est d'ailleurs sur ce point que le très froid, théorique et désaffecté Cosmopolis, film important sur la crise, n'a pas retenu notre intérêt au même titre que les œuvres de Jeff Nichols ou d'Abel Ferrara entre autres, qui quant à eux ont su se placer au cœur des enjeux angoissants de notre monde contemporain tout en aimant leurs personnages et en leur accordant une chance de bonheur et de salut non-négligeable. Certains auteurs l'an passé s'interrogeaient sur l'absence de guide à suivre les yeux fermés, et se projetaient avec doute et anxiété vers un futur incertain (La Dernière piste de Kelly Reichardt, Habemus Papam de Nanni Moretti, etc.). Cette année en revanche les cinéastes se sont souvent entendu à relier le présent au passé ou à le lire selon ses enseignements, pour constater la pérennité de la soif de lutte et de liberté (Les Chants de Mandrin), pour dénoncer le retour en arrière violent impacté par la crise et la politique de rigueur (Gebo et l'ombre, critique de l'immobilisme mortifère, que rejoignent sur ce point des films comme Faust ou La Folie Almayer), ou tout simplement pour questionner l'actualité du cinéma et de l'art en général. C'est une dimension primordiale des projets très différents que furent Vous n'avez encore rien vu et Holy Motors, mais aussi Tabou, trois films convoquant les origines du cinéma et leurs fantômes tout en jouant avec la modernité des techniques nouvelles pour les rendre plus poétiques que jamais (même si le film de Miguel Gomes ne nous a pas séduits, bien qu'il ait occupé nos soirées en famille, où l'on aime bien faire une partie de Tabou 1982, celui où il faut faire deviner Eddy Mitchell sans dire "dernière séance" ni "chaussettes noires").


Faust d'Alexander Sokurov

Dans les films de Carax et de Gomes, que beaucoup s'accordent à placer conjointement au sommet des sorties de l'année, mais aussi dans ceux de Resnais ou de Hong Sang-soo, on perçoit ainsi une envie de jouer avec l'outil cinéma (comme d'autres jouent avec le spectateur, à l'image de l'étonnant Kill List). L'énergie déployée par ces cinéastes pour sublimer leur art et créer des images poétiques fascinantes excelle à démontrer la puissance du cinéma même le plus modeste. Beaucoup de films pauvres nous ont éblouis, des Chants de Mandrin à Un monde sans femmes et de Kill List à I Wish en passant par les films fauchés de Ferrara, Oslo 31 août de Joachim Trier, The Color Wheel d'Alex Ross Pery ou Gebo et l'ombre de Manoel de Oliveira. L'économie (forcée ou consentie) de moyens (on pourrait aussi penser à Twixt, même si le film ne nous a pas convaincus), conjuguée à des efforts toujours plus grands pour réaliser des films magistraux dans un sincère élan ludique et joyeux (car même si cet adjectif ne serait peut-être pas le premier venu pour parler des films de Carax et Resnais, il se dégage une profonde joie de leurs films aussi libres que majestueux), dénote enfin un besoin de croyance et une injonction à croire en ses rêves et en son art, à faire jouer son imagination, à s'exprimer librement, y compris dans les temps difficiles que nous traversons, et c'est ce que traduisent des films aussi différents que I Wish, Go Go Tales, 4h44 dernier jour sur Terre, The Color Wheel, The Day He Arrives, In Another Country ou Un Monde sans femmes.


In Another Country de Hong Sang-soo

Mais ne tardons pas davantage à découvrir ensemble le visage de votre propre bilan, élaboré à partir de vos classements personnels réunis par un très ingénieux système de points (à raison de 10 points attribués au 1er de chaque liste, 9 aux seconds, 8 aux troisièmes et ainsi de suite). Voici donc votre Top 2012 suivi de votre Flop de l'année :


VOTRE TOP
(Par ordre de préférence)




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VOTRE FLOP
(Par ordre de répugnance)












Quel fier bilan que voilà. Un top qui nous ressemble, un top qui nous assemble... Mais au large les contagieux ! Parce qu'alors Wes Anderson, c'est déjà un gros malentendu qu'il ait eu droit à son papelard positif dans nos colonnes. Quant à Cosmopolis, nous l'avons vu, et ne nous l'offrez pas en dvd merci ! Et puis il y a le couac nommé Tabou, dont on a déjà parlé et sur lequel nous reviendrons dans un futur article.


I Wish de Hirokazu Kore-Eda

On notera dans notre classement (comme dans le vôtre plus ou moins) la relative timidité du cinéma américain, et l'absence totale de films hollywoodiens, puisque les seuls cinéastes nommés chez nous (Jeff Nichols, Abel Ferrara, Alex Ross Pery) sont des artistes indépendants, et pas qu'à moitié, on parle de films pauvres, certains tournés en DV (The Pact), d'autres réalisés au prix d'une lutte constante pour contourner les contraintes du système (Ferrara). Ce n'est ni calculé de notre part, ni faute d'avoir regardé des films à gros budgets sortis des grands studios, y compris en espérant sincèrement passer du bon temps. On a donné cher de notre peau, et la majeure partie d'entre vous aussi, en voyant et en critiquant pas mal de gros morceaux tels que Avengers, The Dark Knight Rises, Prometheus (ces deux-là arrivent en tête de vos haines annuelles - et sans doute des nôtres) ou Looper, soit la preuve par 1000 que le cinéma américain ne sait plus divertir intelligemment et poursuit son infantilisation macabre. Avengers est peut-être le plus triste succès de l'année puisque tandis que la mode du reboot et des super-héros commençait à s'enrayer, le carton phénoménal du film de Josh Whedon a relancé la machine à fric en réunissant bêtement une pléiade de personnages connus dans un délire pyrotechnique orchestré par un enfant turbulent et débile. Mais Avengers n'est venu, après un flot ininterrompu de médiocres films de super-héros, que comme l'affreux couronnement d'une entreprise bien rodée et depuis longtemps malsaine, tandis que les films de Rian Johnson, de son modèle Christopher Nolan et de l'idole de ce dernier, Ridley Scott, ont scié en deux les maigres espoirs que l'on pouvait encore placer sur la science-fiction grand public à l'américaine. On n'attendait rien du golden boy Nolan, plus grand chose du vieillard sénile Scott, mais on pouvait croire une seconde dans la soi-disant pépite à ne pas louper qu'était Looper, film encensé à droite à gauche et porté par une relique du cinéma américain populaire de qualité nommée Bruce Willis. Sauf que le film ne fut qu'une mascarade de plus, au goût particulièrement amer. Mais oublions ces dérapages industriels à des années lumières du cinéma qu'on aime. En est-ce encore vraiment ?


The Color Wheel d'Alex Ross Pery

On peut par contre noter l'absence totale, dans une sorte d'indifférence polie, des world acclamated directors que sont Steven Spielberg (Cheval de guerre), Tim Burton (Dark Shadows), David Fincher (Millenium, l'homme qui allumait des feux de paille) ou Clint Eastwood (J. Edgar). Cités nulle part, ni dans les Tops ni dans les Flops, ces noms célèbres échouent à marquer l'année, au contraire de certains de leurs camarades plus encensés, les Cronenberg (Cosmopolis), Coppola (Twixt) et autres Friedkin (Killer Joe), qui ont su aux yeux de certains d'entre vous trouver un second souffle ou une originalité faisant défaut aux exercices mollassons des premiers. Mais que leurs fans se rassurent, ces dinosaures-là reviennent chaque année tels de véritables marronniers avec une nouvelle fournée à faire croquer. On a maté Lincoln, le nouveau Spielberg, on a maté Frankenweenie, le nouveau Burton, on a même maté La Dernière chance, énième Eastwood en mode fin de vie, et on s'empéguera forcément le prochain Fincher, à notre corps défendant...


Un monde sans femmes de Guillaume Brac

Pour rester une minute de plus sur le dos du cinéma américain, que dire de l'anomalie Bellflower. Pourquoi consacrer un paraphet à ce film qui n'est rien ? Parce qu'il a été fait avec cœur, c'est indéniable, mais par quel connard ! C'est comme si votre cousin schizophrène vous montrait un film qu'il aurait mis quinze jours à tourner mais trois années à monter entre deux énormes taffes de beuh, l'esprit détraqué et démultiplié, à la Hal Ashby de Festes-St-André. Aurait-on vraiment envie de profiter des bilans annuels pour tirer une balle dans le dos d'un individu déjà pas loupé par la vie ? Personnellement non. Mais il faut croire qu'Evan Glodell a poussé le bouchon un peu trop loin pour les plus rancuniers d'entre vous, à l'image de notre collaborateur Paul-Emile Geoffroy, qui envisage de passer ses vacances à Houston juste pour "se faire" le vidéaste amateur. C'est ainsi que l'anonyme Glodell se retrouve derrière les grands noms de Ridley Scott, Christopher Nolan et Michael Haneke dans la liste de vos têtes de turcs favorites, et ce n'est pas pour nous déplaire.



On remarque aussi que cette année fut profitable à notre cher cinéma français, même si "français" ne rime pas toujours avec "prendre son pied", surtout quand on repense aux râles morbides de la pauvre Emmanuelle Riva, poussée dans ses derniers retranchements par un détraqué dans Amour, le snuff movie le plus récompensé et acclamé de l'histoire du 7ème Art, lauréat de la Palme d'Or et légitimement bien placé dans vos coups de gueule de l'année. Michael Haneke, l'homme aux deux palmes et à l'humour so british, en a semble-t-il énervé pas mal, nous y compris. Son pensum sur la peine de mort nous a laissés froids. Représentatif d'un cinéma qui nous glace le sang, nous détruit l'humeur, nous écrase de bêtise, nous sommes heureux d'avoir découvert ce film à un âge où l'on peut faire la part des choses, et s'imaginer qu'après chaque prise Trintignant buvait des verres de schnaps en écoutant du Bob Marley pour décompresser. Nous nous sommes plaints du cinéma américain mais le cinéma français et francophone nous a aussi donné du fil à retordre. Haneke n'est pas seul à la barre des accusés, bien qu'il soit en tête de gondole avec son bouc traînant sur l’échafaud. Derrière lui se tient notamment Jacques Audiard, menotté pour De Rouille et d'os, que nous avons également détesté comme nous avons détesté Bullhead, polar agricole d'une lourdeur bovine sans précédent et autre film porté par l'acteur belge Matthias Schoenaerts. Un amour au quotidien ce Schoenaerts par contre, l'homme qui vient toujours filer un coup de main, le brave jeune, qui croyait flamber à Cannes (où il s'est surtout fait remarquer quant à son comportement auprès des petits fours), et qui est reparti avec un gros coup de pied au cul, l'emprunte de godasse de Gilles Jacob, pourtant pas bien costaud mais pas mal énervé, imprimée à jamais sur la raie.


Into the Abyss de Werner Herzog

On a souffert aussi du côté des comédies à succès, avec Le Prénom, Radiostars ou Nous York, respectivement portés par Patrick Bruel, Manu Payet et Géraldine Nakache, que nous considérons ouvertement comme des usurpateurs de malheur. On pourrait aussi parler de films comme Dépression et des potes, Plan de table, Marsupilami et tant d'autres, au point que nous avons consacré un certain temps à nous lamenter et à pointer du doigt les principaux auteurs de ces private joke misérables distribuées sur 500 copies et omniprésentes sur les plateaux de nos pires émissions télé. Sur ce point, c'est l'Amérique et ses comiques sans foi ni loi qui nous sauvent et nous offrent nos seules chances de rire bien franchement devant un écran. Will Ferrell dans The Campaign et Adam Sandler dans Jack et Julie et Crazy Dad ont marqué l'année de leurs facéties et des éclats de rire qu'ils nous ont fournis. Adam Sandler a pourtant été crucifié par la critique, et on ne vous remerciera jamais assez d'avoir quant à vous choisi d'épingler des grosses cylindrées et des grands noms qui le méritaient tellement plus.


La Folie Almayer de Chantal Akerman

Revenons en vitesse sur quelques tendances plus farfelues, qu'on aimerait voir dégager à tout jamais. Nous regrettons par exemple la mode des titres en "Dark" (Dark Shadows, Dark Horse, Dark Knight Rises, Dark Hairy Pussy), autant de films à fuir comme la peste, ainsi que la vague des films de l'est portant des prénoms de femmes en "a" (Elena, Aurora, Barbara, Vahirua, Valbuena, Pauletta, Bernarbia, etc.), films austères, graves et chiants.



En priant pour ne plus avoir affaire à ce type de titres, on espère que 2013 sera aussi riche en découvertes, en surprises et en plaisirs cinématographiques que 2012. En ce qui nous concerne on a la barre au beau fixe. Cette année on va continuer à bouffer ciné, à pioncer ciné et à halluciner, parce qu'on n'est pas encore vaccinés. Nous continuerons bien sûr à critiquer les nouvelles sorties qui nous inspireront et à revenir sur de plus vieux films aimés depuis longtemps ou à peine découverts. Peut-être que quelques nouveautés viendront animer le blog, en attendant nous poursuivrons sur notre lancée, par exemple en vous proposant bientôt un nouveau dossier consacré, on vous le donne en mille, aux westerns ! Tarantino oblige... On commençait notre bilan 2011 par lui et on finit par lui celui de 2012. D'ailleurs on lui dit "à dans onze mois !", pour voir s'il n'aura pas définitivement pété un plomb d'ici là, étant donné que d'année en année on le trouve physiquement de plus en plus sous tension.


 
Kill List de Ben Wheatley

Pour finir, nous souhaitons remercier chaleureusement tous ceux qui nous suivent de près ou de loin mais surtout ceux qui ont généreusement participé à ce grand bilan en nous faisant parvenir leurs préférences par mail (on vous invite d'ailleurs à les poster en commentaire), et notamment quelques collègues cinéphiles : Gendar (toujours fidèle au poste) ; Olivier Père (de mes enfants) ; Fredastair (pour toi nous changerons de sexe) ; Nightswimming (à quand une analyse des couv' France Foot ?) ; Le Cinéphobe (dont acte !) ; Ca flim (figure de proue du snuff movie bruxellois) ; Une fameuse gorgée de poison (méfiez-vous de ses fameux cocktails) ; C'est entendu (on attend un nouvel article depuis bientôt 6 mois !) ; Thibault (notre dirlo photo) ; Christoblog (666 gravé sur le front) ; TeddyDevisme (dont on a bien pris en compte les 16 tops succesifs) ; Pausanias (qui n'a pas participé mais que l'on salue amicalement car nous avons une passion commune : les grosses aréoles) ; FredMJG (même si un bogue nous a privés de son top) ; AdrienClem (ton gros boule de black, ma main : they should meet) ; Gondebaud (que trépasse si je faiblis !) ; JeanCalin (pour lequel nous n'avons pas de link, mais beaucoup de think) ; Thibault Fleuret (bon courage pour ta recherche de films) ; Josette K. (la sœur de Joseph Kessel) ; Pierre Morin (dans l'annuaire, entre "Pierre Morin" et "Pierre Morin") ; Sylvain Métafiot (mets ta cagoule !) ; Guillaume A. (côté de la plaque - sans rancune !) ; pierreAfeu (on a respecté jusqu'à la typologie de son blaze, toujours utile en ces temps sombres) et les autres ! (si nous avons oublié quelqu'un qu'il se manifeste et veuille bien nous excuser). Avec un petit clin d’œil à Pathé pour nous avoir fait pendre au nez un procès juste parce qu'on avait mis en lumière un film d'animation obsolète qui avait bien du mal à démarrer au box-office...

Merci encore à tous et à très bientôt pour de nouvelles aventures cinéphiliques !