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15 août 2015

Life After Beth

Life After Beth est le premier film de Jeff Baena et espérons que ça soit le dernier. Ce cinéaste de 38 ans a dû se lever un beau matin en croyant avoir une idée de génie puis s'en est allé la partager avec ses amis aussi débiles que lui. "Hé les mecs, imaginez que votre copine soit un zombie ! Ce serait un truc de dingue, non ?!" Non. Eh bien c'est pourtant le pitch de ce film indé qui n'a strictement aucune sorte d'intérêt.

Pas évident de sortir avec une mort-vivante... Celle-ci a la peau bien fragile et craint le soleil. Elle aime recouvrir les murs de sa chambre de boue et a mauvais caractère, imprévisible et lunatique. Tout ça nous vaut de belles scènes de merde. Une seule scène ne nous a pas donné envie d'abandonner le cinoche. Celle où Aubrey Plaza s'en prend violemment à son abruti de mec quand celui-ci sort sa gratte pour lui interpréter une chanson romantique qu'il a écrite spécialement pour elle. En défonçant sa guitare et en couvrant l'apprenti songwriter d'insultes, la zombie agit exactement comme on l'aurait fait.




Aubrey Plaza accomplit l'exploit d'être moins bonne comédienne que son frère Stéphane. Avec des yeux pareils c'est la créature du lagon noir qu'elle aurait dû interpréter et non une zombie. Son partenaire à l'écran, Dane DeHaan, déjà croisé dans le sinistre Chronicle, fait partie de cette jeune génération d'acteurs sans avenir que l'on aimerait voir déjà disparaître. Il ressemble à un Leonardo DiCaprio dont la mère aurait été addict au crystal meth durant sa grossesse. On se demande pourquoi John C. Reilly perd son temps là-dedans, lui qui peut être si drôle... Il fait vraiment peine à voir. Qui le conseille dans ses choix de rôle ? Nous l'avons beaucoup trop vu dans ce genre de films indés vides de tout.




À l'heure de jeu, entre sur le terrain Anna Kendrick dans le rôle d'un personnage qui n'apportera rien de neuf. Cette actrice au bec de lièvre et au teint diaphane a pour seul atout d'avoir des seins qui pointent vers la Lune. Faut-il n'avoir rien d'autre à se mettre sous la dent pour relever ce détail... Quand sa route croise celle de la zombie jalouse, on se demande laquelle des deux actrices nous choisirions d'écraser sous la roue de notre Monster Truck si le choix s'offrait à nous.




De la première minute à la dernière, on n'a rien à secouer de ce qui se passe à l'écran, toujours légèrement agacé par l'idée qu'une telle chienlit ait pu être immortalisée sur pellicule. Le film ne progresse jamais. Il donne envie de revenir dans le passé afin de persuader les premiers hommes ayant commencé à raconter des bobards sur des morts revenus à la vie de la fermer à tout jamais, pour que ce mythe n'ait aucune chance de s'installer dans la culture populaire, tout ceci dans l'unique but d'empêcher que, des milliers d'années plus tard, un fumier nommé Jeff réalise ce film à la mord-oim-le-noeud. A cette époque très reculée, il y avait plusieurs peuplades humaines disséminées de l'Afrique à la Norvège en passant par les steppes d'Asie, le travail de persuasion aurait donc été monumental pour tuer dans l’œuf le sombre projet de Jeff Baena, mais ça en aurait valu la chandelle ! En un mot comme en cent, ce film n'a peut-être pas coûté grand chose et a permis à Jeff Baena de réaliser son rêve mais je trouve que c'est très cher payé pour l'humanité. Envie de se crever les yeux...


Life After Beth de Jeff Baena avec Dane DeHaan, Aubrey Plaza, John C. Reilly et Anna Kendrick (2015)

7 septembre 2014

Nos Pires Voisins

Cet article sera une charge contre Seth Rogen. Comment imaginer qu'on puisse mettre en couple Seth Rogen et Rose Byrne ? Le pire de l'homme et le meilleur de la femme, bien qu'ils aient un point commun : ils sont piètre acteurs tous les deux. Dans la vie réelle, il faudrait une série incalculable de malentendus et de quiproquos pour qu'un mec comme Seth Rogen et une meuf comme Rose Byrne parviennent à un coït avec assentiment mutuel. De là à faire un bébé... C'est de la science-fiction. Ce film peut être classé dans la catégorie Folio SF, entre le Cycle de Fondation et celui des Princes D'Ambre. Seth Rogen n'est pas tout à fait humain. On dirait le résultat d'une expérience scientifique ratée au cours de laquelle on aurait voulu croiser un cochon, un ours et les restes de Toumaï, le plus vieil être humain découvert qui s'avère, d'après les dernières analyses, avoir de nombreux chromosomes en trop. Cela fait quelques années que Seth Rogen hante le cinéma entre guillemets "comique" américain et certaines personnes n'ayant pas froid aux yeux lui ont même permis de réaliser un film. Dans cas-là, la seule question est "Pourquoi ?".




Les rares films que j'ai supporté de voir jusqu'au bout avec le nom de Seth Rogen au générique m'ont permis de l'admirer sous toutes les coutures. Ses poils de culs filasses restent gravés sur ma rétine. Le pire chez cet homme est peut-être son dos. Normalement, un dos est quelque chose de plutôt simple et esthétique... Il faut noter aussi que Seth Rogen a tendance à vomir dans chacun de ses films. Il a essayé de se rendre beau : il lui a été conseillé de perdre du poids. Mais ce régime a rendu sa mâchoire et son nez encore plus proéminents, faisant rapprocher sa gueule de celle d'un animal sauvage. Si on mettait des lunettes à un babouin, il aurait plus de classe que Seth Rogen. A chaque fois que je vois cet acteur, je retrouve la même sensation éprouvée lors de ma rencontre avec un véritable freak, à l'université, qui avait décidé de me montrer des photos dites sensationnelles sur son ordi : étalage de tumeurs diverses et variées ainsi que des actes sexuelles entre humains et animaux. Quand je vois Seth Rogen, j'ai ce même dégoût. Mais au moins, cet ancien camarade de classe a pris du plaisir à rechercher ces photos, ces vidéos et à les collectionner. Alors que les parents de Seth Rogen ont d'abord pensé à une blague faite par les sages-femmes, sachant qu'il est né un 1er avril, ça se tenait. Seth Rogen est à l'être humain ce que le Freeway Cola est au Coca-Cola. C'est à dire que c'en est pas un sauf que l'emballage y correspond grossièrement.




Nos pires voisins est la comédie de l'été aux États-Unis. 18 millions de dollars de budget, 150 millions de recette au box office. Le jackpot. Après avoir vu le premier quart d'heure et éteint ma télé en lançant rageusement ma télécommande sur l'écran, je me suis demandé comment c'était possible qu'autant de gens aient pu aller voir une telle merde. Vu que Seth Rogen n'en est pas à son premier méfait (les gens sont prévenus), on peut penser que la variable Zac Efron explique l'intérêt qu'a suscité ce film outre-Atlantique. N'en ayant pas vu assez pour vous parler de Zac Efron, je m'arrêterai là à son sujet. Le garçon a la tête d'un enfant prépubère mais les épaules d'Hercule, il paraît que ça plait aux filles. Tant mieux. Avec ce film, on pose à peine le cul sur son fauteuil qu'on est embarqués dans la spirale de la débauche et de la décadence telle que les jeunes américains la kiffent (Projet X, le phénomène Spring Break, MTV, Nicky Minaj, mélange de cannabis et d'alcool, schizophrénie, piscine avec maillot de bain facultatif, trous noirs, gros gobelets rouges d'un litre rempli de substances nocives pour la mémoire, maison dévastée, démissions parentales...).




Seth Rogen et Rose Byrne finissent par se lier d'amitié avec leur voisin, qui n'est pas l'ado décérébré que l'on imaginait au départ. Tout le quartier accepte enfin cette bande de jeunes fêtards qui met un peu d'ambiance dans une zone urbaine frappée de plein fouet par la crise des subprimes. Zac Efron propose à tous ses voisins de leur tondre la pelouse gratuitement et de leur faire les menus travaux de manutention dont ils ont besoin comme remplacer une tuile sur le toit, nettoyer les gouttières, sortir les chiens, regonfler les chats des enfants, retrouver les vélos perdus, scier la branche morte du pommier... Il devient l'homme à tout faire du quartier et probablement l'être le plus aimé de la ville. Pendant ce temps, Seth Rogen et Rose Byrne voient leur petite fille Stella grandir et devenir une catin. Rose Byrne ouvre enfin les yeux et se rend compte qu'il existe probablement 3 milliards d'hommes plus beaux et plus intelligents que Seth Rogen sur cette planète. Son choix est donc rapidement fait : elle emménage chez un voisin doté d'un long sexe lisse. Seth Rogen (quel nom de merde !), malheureux, prend sa bagnole et décide de traverser l'Amérique d'Est en Ouest, puis d'Ouest en Est. Il fait appel au meilleur chirurgien du Brésil pour le faire changer de genre, mais celui-ci refuse car il lui dit qu'il n'y a aucun espoir. Rogen part donc s'exiler dans les Rocheuses et trouve une grotte dans laquelle habiter. Parfois, les gens entendent des hurlements au loin. Il est surnommé "le Bigfoot". 

La seule fois où j'ai bien aimé Seth Rogen, c'est quand John C. Reilly va péter dans son bureau. 


Nos Pires voisins de Nicholas Stoller avec Seth Rogen, Rose Byrne et Zac Efron (2014)

25 mai 2014

The Hours

Nouvelle variation sur la vie et l’œuvre de l'écrivaine Virginia Woolf, après le fameux biopic Woolf avec Jack Nicholson, mi-écrivaine mi-loup-garou, dans le rôle titre, The Hours raconte et entremêle le parcours de trois femmes. Virginia Woolf en personne, écrivaine soi-disant folle et carrément dépressive (incarnée par Nicole Kidman à l'époque bénie où le plastique et la laideur sur son visage étaient encore à peu près amovibles) ; une lectrice (Julianne Moore) de son grand roman Mrs Dalloway, bien décidée à abandonner son mari (John C. Reilly), son fils et son petit pavillon de banlieue sous peine d'y crever d'ennui ; et enfin une incarnation moderne de ladite Mrs Dalloway (Meryl Streep), new-yorkaise homosexuelle pleine de regrets, et notamment sentimentaux, vis-à-vis d'un peintre (Ed Harris) lui-même homosexuel et sur le point de décéder du sida. Allons-y Alonzo, dans le merdier existentiel, et crescendo !




Stephen Daldry, adaptant le roman d'une femme sur une femme, et à travers elle sur toutes les femmes, n'a peut-être cru s'adresser qu'aux femmes, et a sans doute jugé judicieux de ce fait de ponctuer un certain nombre de ses séquences parfaitement académiques de nombreux inserts sur des gestes de cuisine. Tel dialogue tendu entre Virginia et sa cuisinière est ainsi rythmé par un gros plan sur un oeuf cassé sur le bord d'un récipient, tel dialogue entre Meryl Streep et Jeff Daniels fait soudain place à une autre coquille d’œuf que l'on jette à la poubelle, et ainsi de suite. On a parfois l'impression de regarder Top Chef avant l'heure, et que ce qui relie les femmes par-delà les époques tient non seulement dans leur farouche envie de mourir mais aussi dans l'omelette.




Certes le noble projet de Woolf était de faire tenir l'existence d'une femme dans une seule journée, et la cuisine devait (forcément et tristement) y tenir une bonne place, mais on peut s'interroger, concernant l’œuvre de Stephen Daldry, sur ces inserts à répétition et sur la récurrence du motif de l’œuf cassé. Cette lubie du cinéaste est à la fois le signe d'un esprit relativement cohérent, de l'ordonnancement pépère d'un film trop sage, et l'unique manifestation d'une forme de folie au sein de ce carcan de propreté. Le montage fragmenté, qui passe d'une femme à l'autre, au lieu de rompre le classicisme de l'ouvrage, le renforce. On a l'impression pénible de suivre une de ces séries contemporaines qui n'ont de cesse de passer d'un portrait à un autre, d'une névrose à la suivante, d'un bloc de féminité vérolé à son voisin, pour satisfaire la tentation du zapping et noyer l'esprit dans un flot parfaitement continu d'images plates reliées entre elles par leur platitude même et par une musique constante et mélancoliquement galopante signée Philip Glass (comme elle aurait pu être signée Danny Elfman, mais c’eût été pire... alors que les Baha Men étaient frais et dispo avec leur tube Who let the dogs out ? Woolf, Woolf Woolf). L'horripilant Desperate Housewives est loin malgré tout, notamment parce que nous sommes en présence de trois vraies et belles actrices en lieu et place des cataplasmes vulgaires de l'ignoble série star des années 2000, parce qu'en outre le propos sur les tourments féminins, humains, venant en bonne partie d'une grande écrivaine, est autrement pertinent, et parce qu'à la fin, quand même, une brève mais réelle émotion pointe enfin.


The Hours de Stephen Daldry avec Nicole Kidman, Julianne Moore, Meryl Streep, Ed Harris, Jeff Daniels et Claire Danes (2001)

12 octobre 2013

C'est la fin

Attention, Seth Rogen passe derrière la caméra ! Il est épaulé par son fidèle acolyte, Evan Goldberg, avec lequel il a déjà co-écrit le scénario de The Green Hornet. Autant dire que les deux hommes devraient se trouver en cabane pour ce grave délit commis en réunion, déjà sanctionné par des critiques assassines et des scores désastreux au box office. Mais il n'en est rien, ils sévissent encore ! Evan Goldberg est ce que l'on peut appeler un homme de l'ombre de la clique Apatow, il s'est confortablement installé dans la bande en signant le script de Superbad. Avec This is the End, Evan Goldberg et Seth Rogen débarquent avec la ferme intention de réaliser un film culte. Cette intention est tellement évidente qu'elle annihile rapidement l'air de ne pas y toucher, insouciant et un peu foufou, que le duo essaie de se donner. Pour faire bref, leur film se veut tellement cool que ça en devient très vite fatigant.


Il y a quelques années, ces acteurs nous paraissaient pourtant bien sympathiques. A part Seth Röntgen avec son physique et sa subtilité de sanglier trépané traqué par une meute de chiens de chasse audois. Faut pas se moquer du physique mais parfois certaines personnes dépassent à pieds-joints la frontière de l'animalité.

Seth Rogen accueille donc son vieux pote Jay Baruchel à Los Angeles. Tous deux se rendent à la pendaison de crémaillère de James Franco, où d'autres acteurs et quelques starlettes en vogue les attendent. Mais cette giga teuf est soudainement interrompue par l'Apocalypse qui élimine la plupart d'entre eux et condamne le petite groupe restant à vivre en autarcie, dans la baraque de James Franco, avec une réserve de vivres très limitée. Le long métrage de Rogen et Goldberg se présente donc comme une sorte de parodie des films de fin du monde, il met en scène une ribambelle d'acteurs dans leurs propres rôles, ou plutôt dans une version fictive d'eux-mêmes, amenés à devoir cohabiter. Avec ce point de départ qui se veut "énorme" et original, tout comme il permet de réunir un "casting de dingue" (je reprends les termes du dossier de presse), les auteurs veulent déjà s'attirer la sympathie de leur audience. Il faut rester cool, avant tout. Les effets spéciaux sont carrément hideux pendant ladite Apocalypse ? Pas grave, c'est trop cool aussi !


Derrière Michael Cera, qui pose le cul en bombe avec l'intention de subir un assaut anal, on peut distinguer Tony Parker et Vincent Lagaf', plutôt intéressés par le postérieur de la créature blonde au centre de l'image (qui n'est autre que Katy Perry). Anecdotique, au fond à droite Frédéric Beigbeder discute avec Adèle Exarchopoulos, histoire de rameuter un public soi-disant "plus exigeant"...

Si tout cela était drôle, ça ne me poserait aucun problème, ou en tout cas beaucoup moins. Hélas, ce film condense tout ce qu'il y a de pire dans l'humour Apatow, avec son déluge de références indigestes qui sont autant de coups de coude dans les côtes du spectateur, et sa galerie de personnages trépanés dont on est supposé trouver trop mignon le côté encore enfant. Devant tout ça, on a simplement la triste impression de contempler un petit groupe rigoler en vase clos, une petite bande de potes s'amuser entre eux et se regarder le nombril. On imagine que le tournage a été, pour tout le monde, une sacrée partie de plaisir, des vraies vacances, pleines de rigolades et de moments de déconne. On se dit qu'ils ont dû bien s'amuser. Entre eux, toujours, bien que tout cela transparaisse fort peu à l'écran. On a en effet affaire à une farce qui n'amuse pas grand monde en dehors de ses propres auteurs, un peu de la même façon que I'm still here, la pochade ridicule de Casey Affleck et Joaquin Phoenix, mais en pire, car cela concerne cette fois-ci beaucoup plus de monde, et tous ont l'air de trouver ça génial. Malgré la soi-disant amitié qu'elle essaye de nous vendre, la bande d'acteurs ne dégage aucune alchimie particulière. Aucun "personnage" ne fait la différence. Seul Danny McBride se fait parfois remarquer, et encore... Tous sont abaissés au niveau de médiocrité de Seth Rogen, que son physique ingrat et sa voix insupportable auraient dû condamner à des rôles de second plan dans des films minables. Cet homme aurait dû se contenter de humer le fabuleux pet de John C. Reilly dans Step Brothers...


C'est après les désistements successifs de Daniel Radcliffe, Mila Kunis et Nabilla que Seth Rogen s'est tourné vers Emma Watson, la hit girl prognathe du tout Hollywood, pour ce rôle en or de 2 minutes. Vous retrouvez tous ces gens dans le dernier clip d'Arcade Fire !

Ce film idiot m'a notamment été insupportable parce que Seth Rogen et sa bande jouent sur l'attente du public, voire l'étrange besoin pour certains, de les voir dans leurs propres "rôles", c'est-à-dire, en réalité, celui que chacun veut bien se donner. Le film est un vaste programme de séduction, mené avec une connivence détestable par ses auteurs et acteurs, où chacun vise, de force, à rendre définitivement familière l'image qui est construite de lui-même et qui, bien entendu, correspond exactement à celle fantasmée par le public, à savoir celle d'une bande de potes, méga cools, un peu fêlés et complètement perchés, mais avant tout méga cools et cultivant les mêmes références que ledit public, dans un dédale de clins d’œil abominables. Avec ses guest stars en pagaille qui ont l'air de faire des pieds et des mains pour quelques secondes devant l'objectif, This is the End laisse une impression désagréable. On sent qu'il s'agit avant tout d'une triste entreprise nauséabonde où chacun a d'abord visé à peaufiner son image, dans un esprit "donnant-donnant" assez pénible. Rihanna, tout comme Michael Cera, Emma Watson, Channing Tatum ou les Backstreet Boys, doivent en ressortir encore plus cool qu'il n'y sont entrés. C'est la fin des haricots !


C'est la fin d'Evan Goldberg et Seth Rogen avec Seth Rogen, Jay Baruchel, James Franco, Danny McBride, Jonah Hill et Craig Robinson (2013)

27 mai 2013

We Need to Talk About Kevin

Je croyais que la double-peine avait été abolie dans ce pays, apparemment non puisqu'après avoir vu ce film, vous vous apprêtez à en entendre parler. Je pourrais copier-coller la critique de Sleeping Beauty en changeant le titre du film, et en rajoutant peut-être un gros zeste de colère et d'effarement, mais ça ne suffirait pas. Nous avons là affaire à un autre film sûr de lui et de sa malignité, un film suffisant qui se veut subtil mais qui n'est que facilités, raccourcis, bêtise crasse, et se révèle idéologiquement puantissime. Proposant un discours nauséabond servi par une esthétique aléatoirement dispensable ou insupportable, We Need to Talk About Kevin pousse le vice jusqu'au racolage en faisant tenir son spectateur par un suspense morbide, comme s'il souhaitait à toute force le rendre aussi crétin et voyeur qu'il l'est lui-même. Nous citons le film de Julia Leigh mais on peut aussi penser à Haneke, au Haneke de Funny Games notamment (mais pas seulement), puisque le film, qui fait le portrait d'un jeune tueur, coupable d'un massacre de masse au sein de son lycée, tâche de nous asséner sa thèse et de nous rendre coupables de ce qu'il est : voyeuriste et malsain. C'est ce que tente par exemple Lynne Ramsay quand la mère du tueur (Tilda Swinton) regarde une interview télévisée de son fils après le drame, où ce dernier s'adresse au spectateur (de l'émission et du film) en affirmant que seuls les gens comme lui intéressent les autres et que tout le monde aurait déjà zappé sur une autre chaîne s'il était sympathique et doué à l'école. La brillante mise en abyme nous incrimine directement : vous-mêmes, spectateurs, regardez mon œuvre parce que je filme un cas psychologique aberrant et séduisant, nous dit Lynne Ramsay, et vous vous régalez. Nous sommes faibles, nous sommes médiocres, Lynne Ramsay le sait et nous le reproche. Elle nous pervertit et nous accuse de l'être dans le même temps. Si l'on regarde son film jusqu'au bout c'est en partie parce que le point de vue porté sur ce cas psychologique est si gênant qu'il interroge (on ne peut pas y croire, on attend un revirement, qui viendra bel et bien, et on regrettera de l'avoir souhaité), mais c'est aussi parce que la cinéaste met tout en œuvre pour qu'on soit fasciné par ce personnage improbable, par les atrocités qu'il a commises et qui tardent à nous être présentées. Ou quand le suspense cinématographique ne sert qu'à faire trépigner les foules avec une bonne dose de sensationnalisme morbide à la clé. Un peu comme dans Sleeping Beauty, le film repose sur une étrange fascination pour son acteur vedette juvénile, au physique si particulier, bizarrement aussi beau que laid , Ezra Miller (qui semble-t-il prêtait déjà ses traits à un personnage équivalent dans Afterschool en 2008, que je n'ai pas vu) ; et fonctionne sur l'attente de l'horreur macabre à laquelle ce drôle de personnage au physique ambivalent va se retrouver mêlé. Mais en vérité ce film est plus détestable encore que celui de Julia Leigh.


Voici la mère de Kevin, l'imbuvable Tilda Swinton, dans une fête de la tomate, figure à la fois christique et souillée par le sang du Diable. C'est un des premiers plans de ce film qui sera donc placé sous le sceau du symbolisme le plus lourd du monde.

Pendant tout le film, on tient uniquement grâce à l'attente du carnage et de la clé du mystère, la solution à l'énigme Kevin. Pour résumer l'histoire que nous raconte Lynne Ramsay, la vie du couple formé par Tilda Swinton et John C. Reilly (que fout-il là mon Dieu...) bascule à la naissance de leur petit garçon, un trublion XXL bien décidé dès son premier jour à leur cramer l'humeur, en particulier celle de sa mère complètement désarçonnée face à tant de haine gratuite (on la comprend). Le finale consiste en une tuerie dans un lycée qui nous sera dévoilée à rebours et au compte-goutte au travers les réminiscences fragmentaires d'une mère démolie. On est donc dès le début du film placé dans l'esprit de Tilda Swinton, mais la réalisatrice Lynne Ramsay, qui nous transporte à intervalles réguliers depuis le présent post-massacre de cette mère traumatisée à son passé remémoré, organise les souvenirs du personnage dans un ordre chronologique bien respecté : la mère se rappelle régulièrement le fil des événements menant de la naissance de son fils à son emprisonnement, sauf qu'à chaque fois qu'elle s'est interrompue dans son roman intérieur, pour dormir ou autre, elle reprend gentiment le film de sa vie là où elle l'avait laissé, comme un magnétoscope humain. Mieux, la maman a la bonté d'interrompre ses pensées toujours au bon moment, ellipses idéalement distillées pour qu'on doive attendre la fin des deux heures que dure le supplice avant de savoir ce qu'a réellement fait son sale gosse. Une scène du film résume bien les effets de ce procédé narratif : on voit dans un premier gros plan la main de la mère qui aligne des cotons-tiges pleins de pus avec lesquels elle nettoie l’œil mort de sa fille (sans doute crevé par Kevin, ou avec son aide, on l'ignore, la très subtile Lynne Ramsay ayant encore une fois placé une ellipse au moment crucial), puis le plan suivant montre la mère de dos, placée devant la fille et cachant l’œil crevé de celle-ci, et on attend et on craint de voir une cavité purulente dès que la mère va bouger, sauf que quand elle le fait on ne voit qu'un pansement. La réalisatrice nous a foutu sur les nerfs en nous préparant un déballage horrible et finalement ne montre rien. Tant mieux. Mais alors pourquoi nous faire croire qu'elle allait nous le montrer ? Voilà un condensé de Lynne Ramsay. La réalisatrice se plaît à instaurer un suspense répugnant voué à nous scotcher à l'écran avec une suite de scènes anxiogènes et manipulatrices. C'est l'intégralité du projet du film que cette séquence résume. On ne supporte ce trop long métrage jusqu'au bout que pour découvrir ce qui s'est passé, de la même manière qu'on approche sur l'autoroute d'un accident qu'on ne veut pas regarder mais qu'on regarde quand même. Pourtant il n'y a strictement rien à voir. Les incessants flashbacks sur l'enfance du meurtrier ne sont là que pour présenter toujours le même problème immuable, qui n'évolue jamais, Kevin étant une ordure sans nom et sans raison dès le départ, et chaque retour en arrière enfonce le clou, nous rapprochant du dérapage, c'est-à-dire du massacre, que l'on espère voir quand même, tant qu'à faire... Lynne Ramsay ne veut pas s'embêter à tenter de montrer ce qu'est réellement un tel personnage, elle veut nous montrer un monstre commettant des forfaits toujours plus sordides, et le film fonctionne donc comme n'importe quel thriller présentant les crimes toujours plus sanglants d'un individu maléfique. We need to talk about Kevin ne veut ni voir ni comprendre, il veut séduire avec un monstre séduisant par nature, car forcément mystérieux. Voici la grande idée de Lynne Ramsay, ou son aveu d'impuissance : parce qu'il est impossible d'expliquer un personnage comme Kevin, il faut du coup selon elle se complaire dans cet impossibilité en faisant du personnage un être inhumain, ce qui dès lors résout l'équation, puisque le mystère est résolu sans l'être. Si c'est impossible à comprendre autant rendre la chose définitivement incompréhensible, et comment s'y prendre mieux qu'en faisant de Kevin un alien ? Cqfd.


Dans cette séquence, qui se situe après le massacre commis par son fils, la mère, postée devant douze mille boîtes de sauce tomate rouge sang qui en disent long sur la finesse d’exécution de Lynne Ramsay, est évidemment coiffée comme un balais à chiottes et maquillée comme un cadavre, mais, étant mal dans sa peau, elle porte en outre un immense imperméable gris qui la recouvre jusqu'aux chevilles, un imper que même le tueur de Seven n'oserait pas porter...

On pense encore à Sleeping Beauty (désolé d'y revenir... les deux films sont sortis presque en même temps et inspirent le même agacement terrible) pour le symbolisme lourd à mourir de Lynne Ramsay, notamment l'usage de la couleur rouge, la pierre angulaire de l'échafaudage symboliste du film, qu'il s'agisse d'un souvenir de bain de tomate de la mère, des éclaboussures de peinture jetée gratuitement par Kevin sur les murs fraîchement tapissés par sa génitrice (qui, entre parenthèses, décore son bureau avec un patchwork de cartes de géographie grisâtres, révélant par cet acte une forme de folie qui expliquerait en partie celle du gosse, affublé d'un antécédent psychologique certain) à l'aide d'un pistolet à eau, arme qui préfigure le déferlement de violence ultérieur de Kevin alors qu'il n'a encore que 4 ans, ou qu'il s'agisse encore de notre étrange gamin salop devenu ado qui porte un t-shirt à taches rouges quand ses parents le sermonnent pour avoir laissé - ou poussé - sa sœur à se griller un œil avec du Destop. Il y a aussi ce plan, au supermarché (cf. photogramme ci-dessus), où Swinton Tilda, que j'ai envie de rebaptiser Sweeney Todd, est tétanisée devant un rayon de boîtes de conserves de jus concentré de tomate… L'utilisation du rouge atteint son comble quand la mère nettoie son porche, que des voisins ont maculé de peinture pour la faire chier et l'incriminer façon Scarlet Letter. Ramsay, scénariste dont les talents d'écriture font décidément froid dans le dos, étend cette séance de nettoyage à tout le film, Swinton lessivant son passé par un travail de mémoire tout en faisant son ascèse en souffrant d'abord - cheminement obligatoire pour se mettre dans la peau de son fils (qui ronge ses ongles et les aligne sur la table du parloir comme elle mange de la coquille d’œuf et en aligne les copeaux sur le bord de son assiette dans un montage parallèle fort délicat) - en nettoyant le sang déversé aussi, ou ce qui le représente (la peinture rouge si vous suivez), accédant ainsi au pardon et compagnie. Sweeney Todd atteint carrément dans le dernier plan la lumière de Dieu, ouvrant la porte du parloir où son fils vient de la prendre dans ses bras pour sortir dans un grand halo de lumière aveuglante qui s'éteint pour laisser place au générique... Ce n'est pas lourd du tout.


Malgré sa posture et sa tronche en biais, ce n'est pas César, le singe numérique star de La Planète des singes : les origines, mais bien Kevin, un être tout aussi "programmé", qui vient de flinguer la tapisserie et les vitres de sa mère gratos. César, d'apparence simiesque, avait une intelligence humaine. Pour Kevin c'est l'inverse.

Tout ce "travail" narratif et iconographique porte en prime un discours dégueulasse à souhait : le film nous révèle que le ver est dans la pomme, que le mal est là dès le départ, que la violence est toute génétique (ce film devrait plaire à quelques personnes, qui furent notamment à la tête de notre beau pays récemment...), et que les meurtriers le seraient par nature. L'enfant du film n'est pas un enfant, c'est Damien la malédiction, un monstre pur et simple, un diable, un salopard machiavélique, cruel, inhumain, qui calcule son coup depuis la naissance. Sa mère l'aime, quand bien même elle pète un plomb après l'accouchement, car l'enfant ne cesse de pleurer, mais Kevin est convaincu du contraire, aussi n'aime-t-il personne et encore moins sa mère. Il tarde volontairement à parler, chie dans sa couche jusqu'à neuf ans pour embêter sa maman, ne sourit jamais, ne rit jamais, n'a aucun ami, lance des regards de tueur depuis le berceau et finit par trucider amis et proches de sang froid. C'est Belzébuth réincarné. La réalisatrice égrène rapidement d'autres causes à la folie meurtrière de son personnage, qu'elle balaye cependant tout aussi rapidement, tels le jeu vidéo violent, la passion pour le tir-à-l'arc, une jalousie consécutive à la naissance de sa petite sœur, voire peut-être une homosexualité refoulée, le héros dégingandé et au regard presque maquillé ne portant que des t-shirts qui lui arrivent au nombril et des pantalons treize fois trop étroits pour lui (au point qu'il reste moins de tissu sur son corps qu'à l'intérieur)... voire encore un complexe d’œdipe king size. Mais contrairement à l'entreprise van santienne dans Elephant de présenter toutes les explications possibles à un tel geste pour en montrer les limites et pour dire à quel point elles ne peuvent suffire à comprendre les agissements meurtriers de jeunes personnages humains (trop humains, pour reprendre un titre nietzschéen) et filmés avec humanité, Lynne Ramsay, qui ne manifeste aucun amour pour ses marionnettes ni aucun respect pour l'intelligence et la sensibilité de son spectateur, écrase ses propres tentatives d'explications et les réduit à néant tant Kevin est présenté depuis sa conception comme une créature maléfique irrécupérable née pour faire le mal. La réalisatrice nous l'a très vite signifié avec un plan magnifique sur un spermatozoïde de John C. Reilly contaminant un ovule de Tilda Swinton - on pense aux plans in utero, ou in cerebro, difficile à dire, de La Guerre est déclarée, qui pointent l'origine du mal chez l'enfant - durant la première copulation du couple d'amants, bourrés comme des coings, éclairés par un néon rouge durant toute l'étreinte jusqu'à ce que le père éjacule à minuit pile, heure du crime (un réveil filmé en gros plan nous l'a bien indiqué, et non, ce n'est pas l'ébauche d'une quelconque piste de scénario fantastique). Cet enfant est le Diable sur Terre, et il est venu foutre la merde. Voilà la seule et unique explication, tous les autres facteurs n'ayant eu aucune influence sur le cours de l'existence de Kevin puisque l'enfant affiche le même comportement depuis son premier cri.


Pour moi John C. Reilly ne joue pas dans ce film. C'est dit. Foutez-moi la paix, ça me fait du bien.

Du coup la démonstration de Ramsay se mord sans arrêt la queue et se contredit. Les parents sont incriminés, car la mère est maladroite, ne parvient pas à communiquer avec son enfant et ne lui montre pas suffisamment d'affection, tandis que le père est aussi absent qu'aveugle, mais ils ont ensuite une petite fille avec qui tout se passe à merveille, un vrai petit ange, aussi ne sont-ils pas responsables d'avoir engendré le démon. A force de dire tout et son contraire, de montrer la mère comme une Rosemary moderne, innocente et coupable à la fois (puisqu'elle casse quand même le bras de son bambin, mais je ferais pareil si j'avais ce truc à la maison H24, je le jure, foutez-moi en taule si c'est mal, makkash !), à force de confondre qui plus est sentiment de culpabilité et culpabilité, bref avec cet indigeste gloubi-boulga psychologique le film n'assied finalement qu'une seule option : Kevin est né monstrueux. Cette idée, récurrente dans le cinéma fantastique, devient, dans un drame résolument réaliste et qui entend donner un éclairage sérieux sur des faits divers actuels à peine détournés, aussi ridicule que franchement douteuse.


Immédiatement après la scène du coït alcoolisé sous néon rouge écarlate, ce plan in utero révélant la contamination, la propagation du virus, l'origine du Mal.

Le film n'assume même pas ce postulat aussi audacieux que stupide puisque dans la dernière minute Lynne Ramsay rachète son personnage monstrueux, qui tout d'un coup ne se rappelle plus pour quelle raison il a fait tout ça, pourquoi il a passé l'intégralité de ses 16 premières années de vie à pourrir celle de sa mère et de ses proches, y compris en prévoyant dès la prime enfance de la détester et de faire semblant d'adorer son père juste pour la faire suer (puisqu'il n'aime pas non plus son père, qu'il tuera sèchement à la fin d'une flèche tirée dans le dos, en même temps que sa petite sœur, meurtres principalement voués à faire éructer la maman et commis à domicile avant d'aller massacrer les étudiants du lycée avec le même arc de compétition offert par un papa poule) ; y compris aussi en préparant un cd gravé sur lequel il écrit "I Love You", que sa mère pique dans sa chambre un jour où il est absent pour le lire sur son ordinateur afin de comprendre son enfant, découvrant en fait un virus vieux de dix piges qu'elle était la seule à ne pas connaître et qui crame son PC en deux secondes... et la mère dépitée d'aller voir Kevin dans sa chambre le soir venu, qui, sans la regarder, lui lance de sa voix éraillée : "Alors ? Ton ordi est mort ?", fier comme Artaban que son énième piège ait fonctionné à merveille. La loi de l'emmerdement maximum que pratique Kevin depuis le plus jeune âge et chaque jour que Dieu fait passe aussi par de plus menues actions, comme coincer le hamster de sa sœur dans le siphon de l'évier de la cuisine, ou bouffer (avec les doigts bien sûr) un énorme poulet rôti fermier, de la tête au croupion, juste avant d'aller au resto avec ses parents (il y a quand même du génie chez ce gosse).


 
Le symbolisme de Lynne Ramsay n'a pas de limites, la métaphore visuelle, c'est son grand dada. Ce plan est augmenté d'un lent zoom sur le centre de la cible reflétée et contenue dans la pupille de Kevin, constitutive de son regard, partie prenante de son être tout entier, la violence et le meurtre étant comme inscrits dans son empreinte génétique profonde.

A la fin, Kevin tombe donc finalement dans les bras de sa mère pour un rachat improbable par lequel la cinéaste croit se dédouaner des aberrations et autres horreurs scénaristiques déployées dans les 119 minutes qui précèdent et qui se sont acharnées à nous détruire l'humeur à petit feu. De la même manière qu'il n'y avait aucune cause autre que génétique et innée à sa monstruosité, Kevin redevient humain sans préavis, le libre arbitre, le travail de conscience, l'éducation n'y sont pour rien, son regain potentiel de bonté, voire d'humanité, en passe par un déclic involontaire, chimique, risible. "Il faut qu'on parle de Kevin"... Très bien mais pour en dire quoi ? Il n'y a plus rien à dire après l'exposé de Lynne Ramsay. Plus rien à dire des tueurs de Columbine, d'Aurora et d'ailleurs : ce sont des tueurs-nés irrécupérables à moins d'une improbable épiphanie cérébrale miraculeuse, qu'on ferait aussi bien non pas d'envoyer à la chaise électrique mais de dépister in utero, ou au pire dans les crèches et les cours de récré, pour en débarrasser le monde illico. Ne regardons pas l'éléphant qui trône au milieu de la pièce, ou alors supprimons-le ni plus ni moins. Fin du débat.


We Need To Talk About Kevin de Lynne Ramsay avec Tilda Swinton, Ezra Miller et John C. Reilly (2011)

19 août 2012

Les Meilleurs amis du monde

Près de vingt ans après Mes Meilleurs copains de Jean-Marie Poiré, où Christian Clavier, Jean-Pierre Darroussin, Marie-Anne Chazel et Jean-Pierre Bacri arboraient des permanentes monstrueuses et des tenues de cirque pour singer les hippies français des années 60/70, Julien Rambaldi réalise Les Meilleurs amis du monde, où Marc Lavoine porte une grosse moustache et des lunettes fumées et où Pascale Arbillot étouffe sous un carré blond bouffant digne de la chevelure plastifiée d'une Doris Day sous amphétamines non pas pour caricaturer une époque passée - le film se déroule de nos jours - mais pour nous faire rire... Je suis peut-être le seul dans ce cas mais je l'avoue : j'ai vu ce film. Et en entier, grâce à une fatigue de celles qui vous enlisent devant les pires spectacles et vous les font endurer sans réaction. Lorsqu'on a survécu à l'une des premières scènes où l'on voit Léa Drucker chanter au volant de sa Volvo avec Pef à ses côtés, sur la route de la maison de vacances d'un couple d'amis qui en fait les déteste, on s'enfile forcément le reste, par masochisme dégueu.


"Pef" et ses amis se torchent avec le cinéma et moi je les regarde faire...

Bref, j'ai vu la chose, malgré les conseils de Félix, malgré sa prévenance et sa bienveillance. Je resitue la scène : un soir, devant mon mac, DD externe branché, fichiers ouverts sur le bureau, Félix à mon côté le doigt pointé vers le .avi des Meilleurs amis du monde, me regardant droit dans les yeux en secouant la tête lentement de la gauche vers la droite. Cet homme est attentionné, il est protecteur, c'est le meilleur ami du monde et lui n'en fait pas des films de merde. Pourtant j'ai cliqué, j'ai fait glisser et collé. Pire encore, je l'ai vu. Et je l'ai vu en entier... C'est une infatigable saloperie mais ce qui me tue encore et toujours devant ce genre d'horrible bavure cinématographique, c'est l'incapacité de ces gens-là à accoucher ne fut-ce que d'une seule vanne, d'une seule plaisanterie. Je vous avais déjà fait part de mes interrogations face à ce phénomène anti-humour à propos de Mon Beau-père et nous. Je me répète un peu mais c'est un mystère qui reste entier et qu'il faudrait résoudre un jour ou l'autre, le mystère de l'incompréhensible faculté de ces soi-disant comiques à ne pas décrocher le moindre sourire au spectateur en une heure et demi de soi-disant comédie.


Marc Lavoine n'est plus du tout en train de jouer.

C'est presque impossible normalement. Même avec un bruit de pet on devrait être capable de faire marrer. Je pense à cette scène dans Step Brothers où John C. Reilly lâche une interminable caisse dans le bureau de son futur employeur, lequel analyse la situation en disant que ce vent sent l'oignon et le ketchup et que la pièce est trop petite pour contenir un pareil pet. C'est très con, c'est que dalle, c'est un pet, mais ça peut suffire parfois, quand c'est bien joué, agrémenté de répliques originales et bien géré par un timing au cordeau. Et quitte à verser dans le scato pur et dur, comme Adam Sandler dans Jack & Jill, on peut y aller à fond et faire durer la situation en allant crescendo dans le comique de geste, comme quand le personnage masculin du film en question est littéralement défenestré par l'homoncule merdeux qui lui grimpe dans les narines après avoir traversé la porte des gogues où sa sœur, également jouée par Sandler, se libère de quelques tortillas... Eh bien beaucoup de gens ne savent même pas faire rire avec les choses les plus simples, avec une chose aussi simple qu'un long pet : je vous renvoie à Jurard Gégnot au début de Rose & Noir, qui n'arrive qu'à rendre la chose sordide et repoussante et à nous soulever l'estomac gratos... Les types aux manettes des Meilleurs amis du monde n'ont même pas l'idée du pet, quoique si, le scatologique leur vient à l'esprit, il y a tout un tas de scènes où Pef dessine sur des rouleaux de PQ et où Marc Lavoine défèque sur un trône donnant immédiatement sur le jardin, mais ils n'ont pas le minuscule truc en plus qui permet de faire rire à partir des expédients comiques les plus basiques et se contentent d'accabler leurs rares spectateurs. Ils mériteraient d'être le sujet d'une thèse angoissante de para-psychologie, ou plutôt de chimie moléculaire sur la mort par manque de sollicitation du génome de l'humour. A noter que Julien Rambaldi, le réalisateur de ce torture flick, est le fils de Carlo Rambaldi, créateur et père de la marionnette d'E.T., ce qui fait de lui un authentique extra-terrestre, un petit homme vert. Après tout peut-être que sur Mars sa grosse daube fait pisser de rire quelques tarés...


Les Meilleurs amis du monde de Julien Rambaldi avec Marc Lavoine, Pef, Léa Drucker et Pascale Arbillot (2010)

8 août 2012

Terri

Remarqué à Sundance, la grand messe du cinéma indépendant américain, Terri est le long métrage breakthrough du réalisateur new-yorkais Azazel Jacobs, dont les précédents films, plus expérimentaux, n'avaient pu atteindre qu'une audience très limitée. Nous y suivons le personnage éponyme, joué par Jacob Wisocki, un ado obèse et mal dans sa peau qui vit seul chez son oncle souffrant. Au collège, il est la tête de turc de ses camarades et il est ignoré par des professeurs incapables de le comprendre. Résigné, Terri vit en pyjus, reclus dans sa solitude et sa marginalité. Ses entrevues régulières avec le proviseur de son lycée, incarné par John C. Reilly, vont progressivement lui ouvrir les yeux et lui faire réaliser que tout n'est pas tristesse et désespoir en ce bas monde. Voilà pour le pitch de ce film qu'une seule chose m'a poussé à voir : la présence au casting de l'acteur John C. Reilly, que je sais capable d'élever tout un film par son incomparable présence. Pour le reste, je redoutais d'avoir affaire à un tout petit film indé ricain typique, et ça n'a évidemment pas loupé...



Faut-il alors regretter que John C. Reilly joue dans ce film ? Oui, évidemment, oui ; parce que cet acteur, si doué, perd son temps et gâche sa carrière dans des films indés insignifiants, que l'on connaît tous par cœur avant même de les avoir vus. Celui-ci n'est pas pire qu'un autre, mais on commence à trop bien connaître la recette aigre-douce de ces films anodins, typiquement faits pour briller à Sundance, comme l'était aussi le médiocre Cyrus, où notre vedette chérie traînait déjà son ombre, en meilleure compagnie, sauvant toujours une scène ici ou là. On a vu ça tellement de fois qu'on passe certaines longueurs, et il y en a beaucoup, en avance rapide, sans vergogne, et avec la certitude de ne strictement rien louper. Terri est donc un film tout à fait anecdotique, mais, dans le genre, il existe tellement pire et plus agaçant que l'on serait tenté de faire preuve d'indulgence. En ce qui me concerne, j'ai eu la mauvaise idée d'attendre une minute de trop avant de me lancer dans ces quelques lignes, je ne m'en souviens déjà plus assez pour vous en dire plus !


Revenons donc à John C. Reilly, qui mérite infiniment mieux que des films comme Terri. En outre, du fait de sa présence, on en vient à attendre et à espérer quelques éclats de rire, alors que ce film n'est pas drôle, ou si peu... Mais, comme dans le dernier Polanski, c'est tout de même à l'acteur que l'on doit les quelques rares bons moments de ce film, et notamment un monologue risqué, que n'importe quel autre comédien aurait pu rendre bidon et transformer en une leçon de morale à deux balles digne de la série La Fête à la maison, et qui devient, grâce au talent de l'acteur, assez poignant et presque beau. Je me souviens qu'il m'avait brièvement sorti de ma somnolence. A part ça, il y a bien sûr de brefs instants où l'acteur nous laisse furtivement entrevoir l'immense talent comique qu'il déploie habituellement aux côtés du génial Will Ferrell, pour aussitôt le refouler, le contenir, à notre plus grand désarroi. Non, vraiment, circulez, il n'y a pas grand chose à voir dans Terri. Et pour finir, sachez que dans la réalité, la bonnasse de la classe, la petite blonde au sourire craspec jouée par la dénommée Olivia Crocicchia, n'aurait même pas jeté un seul regard sur le gros Terri. En vrai, elle serait la première à le rabaisser et à le rappeler douloureusement à sa triste situation d'énorme freak du bahut. Dans le film, elle finit carrément par s'offrir à lui. Non mais sans blague... Ça, je m'en rappelle, ça m'avait choqué !


Terri d'Azazel Jacobs avec Jacob Wisocki, Olivia Corcicchia et John C. Reilly (2012)

11 décembre 2011

Carnage

Je commence par les points positifs : John C. Reilly. A part lui, je dirais aussi que le film est plutôt plaisant à voir, qu'il est bien rythmé et passe donc en un éclair, en tout cas quand les hostilités commencent, parce que le début est un peu mou et ses ressorts assez mal fagotés, et enfin qu'il y a des moments drôles (et là je reviens au premier point positif : John C. Reilly, pour qui chaque réplique est une occasion de nous faire marrer). Bref il n'y a donc quand même pas grand chose de bon à sauver. Le film est oubliable en quelques heures et il sera vraisemblablement oublié par tout le monde en quelques jours. La raison principale à cela c'est qu'en termes de mise en scène, il n'y a rien. Mais alors rien du tout. A tel point que le film pourrait être réalisé par absolument n'importe qui d'autre. Il n'y a rien de Polanski là-dedans, il n'y a rien de cinématographique du tout à vrai dire, et à côté de cette platitude ô combien décevante un film moyen comme The Ghost Writer passe pour un chef-d’œuvre, car il contient au moins quelques tentatives et deux ou trois idées formelles.


Carnage est une pièce de théâtre typiquement adaptée sans le moindre effort, du pur théâtre filmé, avec rien qui dépasse et une suite de champs-contrechamps pour permettre aux acteurs de faire leur numéro, grandiose pour Reilly, très correct pour Kate Winslet et Christoph Waltz (qui nous refait un peu son show tarantinesque en mieux), pathétique pour Jodie Foster, qui est décidément une bien mauvaise actrice. Il est assez insupportable d'admirer sa gestuelle de rappeur quand elle s'énerve et sa crispation raide nous crispe deux fois plus qu'elle. Le problème c'est que si la mise en scène n'existe pas, le scénario, sur quoi tout repose, n'est pas géant non plus. Il est plutôt plaisant à suivre certes (les bastons conjugales et amicales sont toujours croustillantes, même si elles le sont terriblement moins ici que dans des films mille fois mieux écrits comme Un Air de famille ou Cuisine et dépendances), il y a des choses bien vues, des moments à peu près amusants, et c'est parfois bien balancé, mais c'est aussi finalement très creux, il n'y a pas de fin, les situations sont TOUTES très attendues et téléphonées (le dernier plan décroche le ponpon), la promesse du titre n'est pas tenue puisque le seul carnage du film, ironique certes mais néanmoins déceptif, concerne un bouquet de tulipes massacré, les personnages ne sont jamais que de savoureux clichés, l'intrigue boulevardière nous laisse sur notre fin, d'où aussi l'étonnement face à l'arrivée du générique de clôture, on frôle quelques fois l'ennui dans lequel on sombrerait probablement sans, toujours lui, John C. Reilly, et enfin tout cela ne nous raconte rien de réellement intéressant.



Au final c'est forcément décevant - d'autant qu'en matière de huis-clos pervers Polanski avait placé la barre légèrement plus haut - bien que ça ne soit pas désagréable du tout, au contraire. Je me demande ce qui a poussé Polanski a tourner ce film. Si c'est purement alimentaire, le résultat est plutôt heureux. Si c'est pour travailler coûte que coûte et faute de mieux (à cause de producteurs frileux ou que sais-je), soit, mais il pouvait quand même essayer d'en faire quelque chose de bien mieux sans trop se creuser. C'était peut-être pour tourner avec des acteurs qu'il aime sans se prendre la tête, mais c'est un peu triste. Bref je ne sais pas et je ne saurai sans doute jamais, mais ça ne peut pas être par passion, car il n'y en a aucune à l'écran, c'est de l'artisanat plan-plan. Le dernier plan, justement, qui est vraiment triste donc, commence par un gros plan de hamster, qui rappelle la marmotte du début d'Indiana Jones 4, œuvre récente d'un autre cinéaste en perte de vitesse et se reposant sur ses acquis. Mais Polanski n'en est pas au même stade de délabrement intellectuel, et pour ne pas finir sur une note trop dure à l'encontre du cinéaste que j'admire et qui aura toujours ma sympathie, je terminerai en disant que ce dernier film en date est sans intérêt mais sympathique à regarder sur sa télé, un soir, pour passer un moment, et que c'est un must-see pour les fans de Reilly !


Carnage de Roman Polanski avec John C. Reilly, Kate Winslet, Christoph Waltz et Jodie Foster (2011)

7 septembre 2011

Mes Meilleures amies

Je l'ai lancé vraiment sans conviction. Et au final je me suis pas mal marré. J'avoue. On sent tout de suite que Kristen Wiig a trafiqué avec Will Ferrell (dans Semi-pro) et John C. Reilly (dans Walk Hard), et qu'elle en a retiré un certain humour. Précision pour les chiennes de garde : je ne prétends pas qu'il soit nécessaire à une femme d'être au contact d'hommes drôles pour avoir une chance de le devenir, simplement que cette actrice vient du même humour que nos deux compères adorés, et que ça se devine tout de suite. On reconnaît effectivement certains traits typiques des films de la bande à Ferrell, comme ces scènes où un personnage raconte un truc affreux à un autre qui n'a manifestement pas tellement envie d'entendre ces horreurs mais qui encaisse tant bien que mal avec une moue dégoûtée et malgré la surenchère du premier, qui continue son récit répugnant dans le calme, presque en murmurant. Quelques séquences un peu violentes, comme le match de tennis qui tourne mal. Une grossièreté finement employée, comme quand la grosse de la bande propose aux autres demoiselles d'honneur d'organiser un fight club féminin pour l'enterrement de jeune fille de la mariée, pour lui foutre la race dès qu'elle arrive, sachant qu'il s'agit de leur meilleure amie ("We beat the shit out of her !"), ou quand l'une des comparses mère de trois enfants raconte à sa copine envieuse que la veille au soir elle a préparé un superbe repas pour les siens quand son fils est venu la voir pour lui demander une pizza, ce qu'elle a dû refuser pour se voir retourner un savoureux : "Mom, go fuck yourself", et de préciser que son bambin n'a que 9 ans. On retrouve aussi une veine scatologique, très pipi-caca, certes, mais drôle. Il y a bien des moments plus mous dans tout ça, des petits creux entre les séquences amusantes, et puis l'histoire n'est pas forcément géniale en soi, n'empêche qu'on se marre par moments, et assez franchement, personnellement ça me suffit. Après peut-être que j'ai ri parce que j'en avais très envie...




Je crois que ça existe ce phénomène-là, le rire enthousiaste nourri principalement par une simple envie de rire. Faut dire que j'ai lancé le film hier soir après avoir regardé de bout en bout le match de qualifications pour l'Euro 2012 Roumanie-France, l'un des matchs les plus pourris du siècle sans doute, une vieux 0-0 minable, sans aucune action, aucun suspense, aucun mouvement, pas la moindre idée sur le terrain, une purge footballistique haut de gamme. Le genre de programme après lequel on n'a qu'une envie, rire, se marrer, se poiler pour ne pas chialer tous ses morts. Je me souviens qu'en 2002 mon cousin port-de-boucain avait loué Chouchou au vidéo-club, qu'on a regardé juste après un des trois matchs de groupe de la France en coupe du monde, vous vous rappelez, cette coupe du monde où on a terminé dernier du groupe avec 1 ridicule point, sans avoir marqué un seul but en 270 minutes de jeu... Et on avait ri devant Chouchou mon cousin Vinny et moi, à s'en déboîter le caisson, à se rouler dans la pisse. On l'avait trouvé si génial qu'on l'avait conseillé à tout le monde les jours suivants. Puis on l'a revu, quelques temps après, et c'était la pire merde que vous connaissez. Peut-être que j'ai été une fois de plus victime des affres d'un match de merde en regardant Bridesmaids, c'est une possibilité. Mais en l'état, j'avoue, je me suis marré, franchement marré. Et du coup je vous le conseille ! Quitte à peut-être me renier dans quelques temps...


Mes Meilleures amies de Paul Feig avec Kristen Wiig, Rose Byrne et Maya Rudolph (2011)

4 février 2011

Cyrus

Avant de toucher ce film du doigt, je me suis tapé toute la discographie de Miley Cyrus, la chanteuse sicilienne qui, à 12 ans, s'est imposée comme une teen idol et comme une des 100 personnes les plus influentes dans le monde. J'ai trouvé ces infos sur wikipédia, ce site formidable à qui je dois aussi la rédaction de mon mémoire et que j'ai voulu citer dans mes "remerciements" à côté du nom de mon directeur de recherche avant que ce dernier ne me fasse : "Tut, tut, tut", en haussant les épaules. Comme pour mon mémorandum, et comme Michel Houellebecq dans son dernier roman, j'ai recopié wikipédia puis j'ai essayé de rendre ça drôle mais j'ai pas réussi. Revenons à nos moutons. Si j'ai tant cherché à voir Cyrus, c'est parce que je suis fan de John C. Reilly, cet acteur qui m'a fait pisser de rire dans Walk Hard, mais aussi aux côtés de Will Ferrell dans Ricky Boby et Step Brothers. Dans Cyrus, Reilly fait d'un téléfilm un film de cinéma qui correspond à la réunion de ses deux carrières, la première, plutôt sérieuse, dans des films de Scorsese, Altman ou Paul Thomas Anderson, et la seconde, assez déjantée, que composent les comédies sus-citées. 
 
 
Car justement il ne faut pas s'attendre à une comédie avec Cyrus. Même si John C. Reilly ne manque pas de nous faire rire quelques fois, le film adopte clairement le ton du drame familial pour nous dépeindre avec un aspect quasi-documentaire la situation problématique d'une famille recomposée. John C. Reilly incarne un type divorcé et pas mal déboussolé qui rencontre au cours d'une soirée une jeune femme également seule avec qui ça colle tout de suite. Mais le hic survient lorsqu'il rencontre le fils unique de 22 ans assez flippant de sa nouvelle gazelle. L'acteur qui joue ce jeune schizo, Jonah Hill, est lui aussi abonné aux comédies de la clique Apatow, raison de plus pour nous d'espérer la comédie que ce film n'est absolument pas. 
 
 
Pour vous la faire courte ce film n'est pas non plus remarquable. Ça reste un petit drame indé, assez mal filmé par un obsédé du zoom, peu surprenant dans son déroulement et anecdotique, même dans la carrière de chacun de ses acteurs. C'est pourtant grâce à eux, à l'interprétation qu'ils livrent de personnages bien dessinés et à leur charme que le film se laisse regarder aisément et même avec une petite chair de poule concernant la jolie Marisa Tomei. Cette actrice-là on peut facilement la déconsidérer si on se limite au fait qu'elle apparaît nue dans pratiquement tous ses films (ce qui n'est pas le cas dans Cyrus), mais ce serait porter un jugement hâtif sur cette comédienne qui tombe la chemise fastoche mais pour tourner avec ceux qu'elle considère comme les plus grands : le cadavre ambulant de Lumet pour 7h58 ce samedi-là, et le binoclard le plus haut perché du 7ème art en la personne de Darren Aronofsky dans The Wrestler. Marisa Tomei est assez singulière dans le paysage fadasse de l'Hollywood actuel. Ne ressemblant à aucune autre, tout en ayant une beauté qui fait consensus, elle cultive ses petites rides, ses fossettes de fou, ses cheveux noirs bouclés alors que la mode est passée depuis trente ans. J'ai pas non plus foule d'arguments pour la défendre, vous l'aurez constaté. Mais je l'aime bien. Et je suis vraiment pas le seul, sachez-le. Par exemple ce sentiment est partagé par les frères Duplass, qui ont réalisé ce film tout de même parfois marrant et dont j'ai plutôt envie de dire du bien. Je le recommande aux plus téméraires.  
 
Cyrus de Jay et Mark Duplass avec John C. Reilly, Marisa Tomei et Jonah Hill (2010)

14 mai 2009

Step Brothers

Il y a fort longtemps que Félix et moi souhaitions vous parler de Will Ferrell. Cet homme fait partie de ces gens-là que nous avons mis du temps à aimer. Il fait partie de ces gens qui réclament de la patience, de l'attention et un abandon total. Un peu comme, en musique, le groupe Nine Inch Nails, qu'on exècre aux premières écoutes et qui finit par nous prendre à revers, à rebours. Au départ nous haïssions réellement Will Ferrell et puis tout d'un coup nous avons saisi l'homme et la noblesse de son humour vibrionnant, pour aussitôt regretter amèrement nos premiers jugements hâtifs. Désormais nous portons un amour et une admiration sans limites à cet homme. Avec Jim Carrey (dans Dumb & Dumber, Ace Ventura, Disjoncté ou Fun With Dick & Jane), Will Ferrell est notre plus grande passion comique du cinoche américain contemporain. Peut-être même que Ferrell est en train de dépasser Carrey, ou de le remplacer (quid du déclin de l'ancien roi du rire dans Yes Man). Il faut dire que Will Ferrell a les moyens de se surpasser, lui qui est entouré d'une troupe solide de joyeux drilles hilarants (Will Arnett, Paul Rudd, Steve Carell ou encore David Koechner, pour ne citer que les plus célèbres), ainsi que d'une équipe de production fidèle et d'un réalisateur attitré en la personne d'Adam McKay. Là où Carrey faisait son chemin en solitaire et ne pouvait que se répéter avec ici et là de vagues digressions dans un jeu d'acteur particulier soumis à des univers très différents, Will Ferrell semble davantage impliqué dans le choix et la récurrence de thèmes suggérés par lui-même et toute sa bande de bras cassés au fil d'improvisations continues. Parce que Ferrell travaille avant tout en équipe, il ne monopolise jamais les caméras. Une de ses grandes qualités c'est aussi son talent pour faire jouer les autres et pour les faire briller, parfois à sa place, tandis qu'on le voit dans le cadre s'effacer un moment, sourire mal réprimé, pour permettre à ses camarades de s'exprimer et de faire rire à leur tour. C'est un mec en or !



Au point que de film en film son travail se fait de plus en plus précis, efficace et génial. Les temps morts des premières œuvres disparaissent, l'humour se fait plus permanent et se veut d'une liberté absolue. Ferrell semble toujours opter pour l'essentiel, l'évident, et il pousse les situations à leur maximum avec une finesse de jeu et une justesse de mise en scène qui confinent au raffinement le plus total. Les mêmes thèmes reviennent sans radotage et les personnages, fondus sur le même moule de grands enfants fondamentalement bons et redoutablement grossiers, prennent chacun leur tour des couleurs et des traits uniques pour façonner une galerie de portraits inoubliables. Il y a en somme un esprit Will Ferrell, commun à tous ses films. Un esprit très fin dans sa grossièreté (car il ne s'agit pas de vulgarité) apparente. Aucune bassesse dans ces films. Will Ferrell est un gosse de deux mètres de haut doté d'un torse anormalement velu et il la tronche de Ron Perlman. Il est si laid qu'il en est beau. Un peu comme son acolyte John C. Reilly qui, après une demi-carrière de seconds rôles sérieux dans des films plus ou moins bons, s'est laissé aller à faire ce qu'il fait apparemment le mieux : rire. Je parle surtout de Will Ferrell mais si ces deux-là continuent de jouer côte à côte (Talladega Nights et Step Brothers jusqu'ici), on pourra parler du plus grand duo comique sur grand écran depuis un fameux bail. J'ai un amour inconditionnel et aveugle pour ces deux cons !



Je considère Will Ferrell comme un auteur, dont l'œuvre, cohérente à souhait, est à considérer dans son ensemble. C'est le plus grand cinéaste américain actuel, même s'il n'a jamais mis les pieds derrière une caméra, trop occupé à crever l'écran en se plaçant devant. J'exagère peut-être (quoique...). Will Ferrell, auquel sied mieux qu'à personne l'expression "trop con, trop bon", incarne dans chacun de ses films des personnages touffus, fouillés, entiers, très différents et à la fois toujours attachants, qu'il respecte immensément. Il fait des films véhiculant toujours un message sincère et simple, aussi discret qu'évident, glorifiant l'amitié et l'enfance. Le souffle de vie de Will Ferrell, qui crée des personnages auxquels on s'identifie toujours, dont on a envie d'être l'ami intime, l'oppose à bien d'autres soi-disant comiques du moment. Je pense par exemple à Ben Stiller. J'ai bien envie de terminer cet éloge de Will Ferrell par un pet rapide et fulgurant sur Ben Stiller. Ben Stiller est à Will Ferrell ce que Daniel Moreira est à Didier Drogba. Il est à Ferrell ce qu'un pigeon voyageur aveugle et amputé d'une aile est à MSN live messenger. Ben Stiller est à Will Ferrell ce que mon relevé de banque est à mon relevé de notes, et si je suis bon élève niveau finances je suis vraiment à payole !

Je n'ai pas beaucoup parlé de Step Brothers en tant que tel. Mais que dire sinon résumer l'histoire que raconte le film, parler de l'immense drôlerie du script et des situations déployées et énumérer les scènes qu'on se repassera en boucle pendant des lustres en riant toujours aussi franchement. Que dire enfin sinon clamer le talent fougueux et racé de Will Ferrell et de son acolyte de rêve John C. Reilly.


Step Brothers d'Adam McKay avec Will Ferrell, John C. Reilly, Richard Jenkins et Mary Steenburgen (2008)