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21 avril 2018

Batman, Superman, Captain America & cie : voyous, vengeurs et capitaines d'industrie

Nous donnons la parole à notre fidèle pigiste philosophe, Paul-Emile Geoffroy qui a accompli l'exploit de trouver des choses très intéressantes à dire des films de super-héros américains actuels, à travers les cas de Batman v Superman, Captain American : Civil War et X-Men : Apocalypse. Place à l'artiste.

Il y a quand même un thème qui revient de plus en plus dans ces films de super-héros, celui du rôle de la puissance publique : point de vue libertaire contre point de vue "républicain". La franchise X-Men en est imprégnée depuis longtemps : c'est le désaccord Xavier-Magneto (surtout depuis la série de films préquellisants). Mais j'ai été étonné de retrouver ce thème aussi expressément central dans les deux gros blockbusters héroïsants de l'été 2016 (qui sont d'ailleurs de meilleurs films que le X-Men, et qui ont bien mieux marché que lui dans les salles). 




Après avoir dévasté un pays pour stopper un robot qu'ils avaient eux-mêmes créé (dans un film précédent de la franchise), les Vengeurs se trouvent forcés d'accepter une tutelle gouvernementale. Certains seront d'accord, d'autres vont virer "voyous" (rogue, en anglais). Ce qui est étonnant, c'est que le meneur de chacun des deux camps n'est pas celui qu'on aurait pu imaginer. Le "voyou" en chef est Captain America, qui devrait pourtant, en tant que porte-drapeau, soldat, patriote, mener l'équipe des "gouvernementaux". Or, ceux-ci sont menés par Iron Man, le capitaine d'industrie, le riche play-boy jemenfoutiste que l'on aurait plutôt attendu dans le rôle du libertarien prêt à créer une île de toutes pièces dans les eaux internationales, loin de toute juridiction. 




Le fait est que ces rôles inversés reviennent chez DC Comics où c'est Superman (qui porte, lui aussi, les couleurs américaines - plus ou moins - sur le torse) qui est un "voyou" (malgré lui, certes). De manière moins psychologiquement fine que chez les Vengeurs, Superman le sauveur-qui-détruit-les-villes-en-les-sauvant se laisse amener devant une cour de justice dans ses jambières de spandex, mais ça ne mène à rien et, finalement, il attise par son comportement une vindicte populaire contre le "false God" qu'il est devenu. Et c'est le capitaine d'industrie, le riche play-boy, Bruce Wayne qui, revêtant son armure tel un Iron Man gothamien, va faire tout son possible pour ramener le voyou à la raison. 

Parallélisme, donc, entre Marvel et DC. Peu étonnant, puisque les héros y sont souvent analogues, et puisqu'en prime les studios aiment sortir les exacts mêmes films au même moment.




Les conclusions sont elles-mêmes analogues : Batman et Superman, après s'être finalement alliés, vont monter un front commun. Certes, Superman meurt-il, mais Batman va bâtir sur sa tombe une équipe de super-types (et meufs) prêts à en découdre sans forcément rendre des comptes. De même, après s'être bien torchés la race, Tony Stark et son pote Cap' vont finalement se liguer contre un gouvernement un brin porté sur le contrôle et l'enfermement arbitraire, et leurs futures aventures seront sans doute hors de tout contrôle. 




La "morale" est donc la même : à trop représenter la patrie, on se l'aliène, et à trop accepter ses règles, on se trouve forcé de s'en défaire (quand on veut "sauver le monde"). Or, de nos jours, qui sont les super-héros, ceux qui dépassent les limites, ceux qui veulent "sauver le monde" (malgré lui) ? Les Superman et les Captain America n'existent pas, ils ne sont qu'un faire-valoir, un symbole de l'état. Mais les Tony Stark et les Bruce Wayne, eux, existent bel et bien. Ils vivent dans la Silicon Valley et rêvent de s'extraire d'un fédéralisme pesant pour mettre en pratique leurs "pouvoirs" sur des terres incontrôlées. Ils travaillent dans la robotique et dans l'armement, chez Google et ailleurs. Et la morale de ces films n'est pas peu claire : ils doivent, pour continuer leur job, se défaire de la tutelle qu'on leur impose. 




Qui sont les "méchants" de ces deux films ? Celui qui provoque la guerre civile chez les Vengeurs est un type au passé trouble, certes, mais rangé des voitures et qui ne sort de sa retraite que pour venger sa famille, massacrée par les héros. Il devra payer sa vengeance orchestrée sans trop de dommages collatéraux contre ses seuls ennemis : les héros, les sauveurs qui tuent par erreur. Celui qui oblige Batman et Superman à s'entretuer est un autre capitaine d'industrie, Lex Luthor. Mais c'est un mauvais exemple du riche industriel. Non seulement son rejet de l'autorité gouvernementale ne se traduit-elle pas par un évitement mais par une confrontation (il tue des élus), mais en prime son activité industrielle n'est pas dirigée vers le bien de tous (comme le serait celles de Batman ou d'Iron Man) : il ne vise que son bien propre. Voilà qui sont les méchants : celui qui n'accepte pas les débordements des super-héros et celui qui, ayant le pouvoir, ne s'emploie pas à "sauver le monde". 




On peut tout aussi bien considérer que ces trois films sont assez mauvais et que ce que je raconte n'a aucun intérêt. Personnellement, j'y vois un symptôme très important de ce qui traverse la culture populaire américaine (et donc mondiale) : un discours politique sur la puissance publique, et un discours qui me semble donc assez dangereux, oligarchique sinon aristocratique (au sens où "arista" signifie "les meilleurs") et anti-Etat voire anti-républicain, libertarien à vrai dire. Chose peu étonnante quand on sait que le monde est mené de plus en plus par les géants de l'industrie américaine (et chinoise), eux-mêmes très largement libertariens. 

Par ailleurs, les trois films "passent crème", même si j'ai trouvé que le Captain était supérieur aux deux autres.


Batman v Superman : L'Aube de la justice de Zack Snyder avec Ben Affleck, Henry Cavill, Gal Gadot et Amy Adams (2016)
Captain America : Civil War d'Anthony et Joe Russo avec Chris Evans, Robert Downey Jr. et Scarlett Johansson (2016)
X-Men : Apocalypse de Bryan Singer avec James McAvoy, Michael Fassbender et Jennifer Lawrence (2016)

7 octobre 2011

Superman

Avant d'être traîné dans la boue par Bryan Singer avec Superman Returns, Superman, au cinéma, c'était feu Christopher Reeve dans un film de Richard Donner réalisé en 1978. J'aime ce film d'un amour irraisonné, à peine justifiable, pratiquement indéfendable autrement que par l'affectif. J'ai découvert Superman quand j'étais enfant, il m'a fait rêver (je rêvais d'ailleurs moins de pouvoir voler, d'être invincible et doté d'une force surhumaine que de travailler comme journaliste au Daily Planet), et c'est parce qu'il m'a fait rêver que j'aime énormément ce film. Je peux comprendre ceux qui se moquent de ce blockbuster certes un peu niais, à la gloire du super-héros le plus ridiculement patriote de tous les temps, à l'exception peut-être de Captain America... (à noter en outre que ce premier épisode des aventures de Superman est moins "propagandiste" que celui qui lui a succédé et dans lequel Supermec porte fièrement le drapeau américain pour le planter sur la Maison Blanche reconquise). Je n'en veux pas à ceux qui trouvent l’œuvre de Richard Donner terriblement datée et franchement ridicule. Dans les faits je ne peux que souscrire à ces critiques légitimes et difficilement contre-attaquables. Néanmoins j'aime ce film, entre autres pour sa naïveté, pour sa laideur ponctuelle, oui je l'aime non seulement pour ses qualités mais pour ses nombreux défauts.




Le premier défaut de Superman est certainement sa longueur, voire sa lenteur, surtout au début du film. Quarante cinq minutes (au bas mot) servent à nous présenter, dans l'ordre : le procès par le grand notable Jor-El (le père de Superman, incarné par Marlon Brando s'il vous plaît), du général Zod (Terence Stamp) et de ses sbires, sur la planète Krypton (cette première étape du film introduit en réalité le deuxième volet de la série, beaucoup plus potache, où Superman affronte ces trois criminels de Krypton, et que Richard Donner devait également réaliser mais qui fut malheureusement dirigé par un autre, Richard Lester en l'occurrence) ; le débat qui oppose Jor-El - convaincu que Krypton va exploser sous peu à l'approche d'un soleil - aux autres sages de Krypton, qui quant à eux sont sûrs que leur chère planète va changer d'elle-même la courbe de son orbite, et qui interdisent à Jor-El et aux siens de quitter Krypton sous prétexte que ce départ engendrerait un vent de panique chez les citoyens ; l'organisation secrète de l'évacuation du fils de Jor-El (Superman donc, qui s'appelle en réalité Kal-El) vers la Terre ; la destruction apocalyptique de Krypton ; le voyage vers la Terre à l'intérieur d'une capsule-cristal de Kal-El qui, encore nourrisson, devient progressivement un enfant durant ce trajet dans l'espace, tout en écoutant la voix de son père qui lui apprend tout ce que vous avez toujours rêvé de savoir sur tout ; l'arrivée de Kal-El sur Terre et son accueil par un vieux couple de paysans américains ; son adolescence un peu difficile, où il est contraint de cacher ses dons et incapable de séduire Lana Lang, la pom-pom girl du coin ; la mort de son père d'adoption (Glenn Ford), dont le cœur lâche après que son fils, futur Superman, lui a malencontreusement proposé de faire la course à celui qui arrivera le premier en haut de la côte... ; la découverte d'un cristal vert de Krypton enterré par ses parents adoptifs dans le sol de la grange ; le départ de Kal-El pour le pôle Nord (à pied !) ; l'édification miraculeuse, grâce au cristal vert, d'un temple de glace érigé au milieu de nulle part, où il peut mystérieusement communiquer avec ses parents biologiques, qui apparaissent sur les parois glacées du sanctuaire ; et le choix difficile, après avoir pesé le pour et le contre avec ses ancêtres, de cliver sa personnalité et de créer de toutes pièces le personnage de Superman, qui se révèle alors à nous pour la première fois quand Kal-El apparaît dans son costume (que nous ne l'avons pourtant pas vu coudre pièce à pièce) au fond du temple, avant de s'envoler le poing serré en direction de la caméra, volant à toute allure pour éviter de heurter l'objectif au dernier moment dans un virage contrôlé au millimètre près. Après quoi l'histoire commence enfin, quand Clark Kent nous est révélé à son tour, arrivant au Daily Planet dans son costume trois pièces d'anti-héros qui cache bien (enfin plus ou moins bien) son jeu. L'introduction est donc assez interminable, il faut bien le dire, quoique plaisante.




Kal-El (je rappelle ici juste en passant que Nicolas Cage a prénommé son fils ainsi, fin de la parenthèse) devient donc à la fois Clark Kent, ce grand dadet maladroit qui travaille au Daily Planet, où il tombe amoureux de Loïs Lane (Margot Kidder), et Superman, le vaillant super-héros généreux et poli qui aide tout le monde, les policiers luttant contre la pègre comme les petites vieilles dont le chat s'est coincé dans un arbre. Rien ne nous est dissimulé du parcours initiatique du personnage et cette lenteur narrative va de pair avec la lenteur certaine des scènes d'action (plus encore dans le deuxième film, qui présente des combats au corps-à-corps où dix minutes séparent chaque coup de poing). On est loin des films de super-héros actuels qui veulent à tout prix commencer en fanfare et sur des chapeaux de roues histoire d'en foutre plein la vue aux spectateurs et de s'assurer d'immédiatement capter leur attention. Ici le film commence d'une très belle façon : un rideau sombre s'ouvre sur un écran de cinéma où des images en noir et blanc nous présentent la main d'un enfant qui tourne les pages d'un comic book. La caméra se rapproche lentement d'une case précise de la bande dessinée qui montre le Daily Planet, et un fondu enchaîné substitue une véritable image filmique du bâtiment au dessin qui le représentait. Ce passage de la bande dessinée au film est accompagné par la voix-off de l'enfant, qui nous plonge tout de suite dans une ambiance bien particulière. Cette ouverture m'en évoque une autre, similaire bien qu'issue d'un film tout-à-fait différent, celle d'Un Pont trop loin de Richard Attenborough, qui commençait également par dévoiler un écran diffusant des images d'archives de la guerre de 39 en noir et blanc commentées par une voix féminine étrange, triste et envoûtante, annonçant le programme du récit à venir. Après la présentation tout aussi captivante et immergeante faite par l'enfant au début de Superman, le générique d'introduction fait éclater l'inoubliable et grandiose musique de John Williams, puis vient donc l'introduction sans fin résumée précédemment.




Superman est un film qui prend son temps, un film qui refuse de considérer le spectateur (enfant ou adulte) comme un abruti avide d'action prémâchée, un film qui ne se prend pas pour autant au sérieux, loin s'en faut, et qui regorge d'ailleurs de petites touches d'humour, notamment grâce au personnage de Lex Luthor, incarné par un Gene Hackman en grande forme, et grâce à son acolyte abruti, Otis, interprété par Ned Beatty. Le film se prend si peu au sérieux qu'il accumule les maladresses, des maladresses moins agaçantes que touchantes, qu'elles soient dues à l'interprétation des deux acteurs principaux (Christopher Reeve et Margot Kidder), pas franchement géniaux dans leurs performances dramatiques quand bien même ils correspondent parfaitement aux rôles, ou à des effets spéciaux quelques fois comiques. Le film échappe cependant au ridicule par la beauté d'autres effets, car il témoigne d'un vrai soin apporté par le réalisateur et l'équipe technique à l'aspect visuel général de l’œuvre, notamment grâce à la photographie de Geoffrey Unsworth (décédé à la fin du tournage et à qui le film est dédié), ainsi qu'à des mate-paintings magnifiques réalisés par des artistes-peintres inspirés à qui on avait laissé du temps, car cette chose-là existait à une autre époque, et l'on n'ignorait pas qu'il en fallût pour accomplir un travail de qualité.




L'autre grande maladresse du film, c'est son dénouement. Nous sommes en présence d'un script aussi bon que mauvais. Le scénario n'est pas dépourvu de qualités, grâce entre autres à l'élaboration d'un méchant original et intéressant, car Lex Luthor n'est pas un gros catcheur ridicule habillé comme l'as de pique qui se contenterait de faire chier son monde, c'est un petit chauve sans muscles, brillant et machiavélique, qui échafaude un plan génial : détourner deux ogives nucléaires pour les lancer sur la faille de San Andreas afin de plonger la Côte Ouest des États-Unis dans l'océan et de voir se bâtir une nouvelle Californie sur le désert adjacent qu'il a au préalable acheté pour une bouchée de pain. Ce plan réclame cependant de neutraliser Superman, pour éviter qu'il ne vienne gâcher la fête. Luthor s'en acquitte grâce à la kryptonite (un cristal particulier de la planète Krypton qui annihile les pouvoirs de Superman), récupérée sur une météorite tombée à Addis-Abeba. Alors se pose à Superman une question de philosophie morale expérimentale comme en raffolent les auteurs de comic books. Beaucoup de films de super-héros aiment en effet à poser ces dilemmes moraux à leurs personnages (et donc à leurs spectateurs), de Spider-Man, qui doit choisir entre sauver une nacelle remplie d'enfants ou sa femme, à Batman, qui doit choisir entre sauver le "héros blanc" de la ville ou son ex-compagne. Spider-Man ne s'emmerde pas à choisir puisqu'il tisse deux toiles, les poignets (et les majeurs) tendus vers le Bouffon Vert, sauvant les gamins et sa meuf en même temps, sans broncher. Batman, que le Joker tente de corrompre (tout comme le Bouffon Vert tente de corrompre Spider-Man... les auteurs de ces scénarios n'allant jamais chercher bien loin), décide de sauver son ex, car au fond il se fout complètement du bien-être de la cité et préfère le sexe entre amis, mais le Joker le trompe et Batman sauve l'avocat qui foutra la merde dans le 2ème épisode. Mauvaise pioche. La femme meurt (le public s'en remet rapidement, car c'est Maggie Gyllenhaal qui joue le rôle), et Nolan assure la part "sombre" de son triste film. En réalité le vrai défi de philosophie morale expérimentale du Dark Knight se trouve dans la scène des bateaux et pourrait se poser en ces termes : est-il moralement acceptable de sacrifier un groupe d'individus criminels condamnés à croupir en taule pour sauver un groupe d'individus sans casier judiciaire ? Nolan évacue cependant la question car elle n'est pas posée "au Batman" mais aux individus des deux camps eux-mêmes, et on veut nous faire croire que les criminels comme les "honnêtes gens" préfèreraient tous mourir ensemble plutôt que de faire du tort à leurs voisins d'en face, ce raccourci bien facile étant le point d'orgue d'un scénario qui a tout de la mascarade absolue.




Mais revenons à Superman, dont la situation est quelque peu différente - de fait le défi ne lui est pas directement posé par Lex Luthor - mais qui, à l'instar de ses camarades super-héros, pousse la philosophie sous le tapis et se torche avec, comme nous allons le voir. Deux têtes nucléaires sont lancées sur deux zones distinctes et éloignées de la faille de San Andreas. Superman a promis à Miss Teschmacher (l'autre acolyte de Luthor, moins idiote qu'Otis et plus responsable), qui vient de sauver le super-héros du joug de la kryptonite, d'arrêter en premier le missile qui se dirige vers la ville où réside sa vieille mère. Mais c'est laisser pisser l'autre missile, qui fuse vers un barrage où Loïs Lane et Jimmy Olsen (jeune photographe au Daily Planet et ami de Clark Kent) font un reportage. Qui sauver ? Tenir sa parole ou privilégier son intérêt personnel ? Si Superman suit son intuition déontologiste en bon lecteur de Kant, il doit tenir sa promesse, ne mentir sous aucun prétexte et laisser Loïs Lane mourir. S'il est au contraire un adepte et piètre applicateur de l'éthique des vertus, il privilégiera son équilibre personnel. Au final Superman est kantien : il part détourner le missile qui menace la maman de Miss Teschmacher, qu'il balance ensuite dans l'espace (pas Miss Teschmacher, le missile), mais étant très fort et très rapide, il part aussitôt réparer les dégâts causés par l'autre missile (qui ne sont que matériels, pas de radioactivité dans les parages) en plongeant sous terre pour soulever la roche et combler la faille agrandie par l'impact. Il crée ensuite un barrage de substitution pour remplacer celui qui vient de céder sous la force des vibrations, sauve un bus rempli d'enfants suspendu sur le rebord du grand pont de San Francisco, etc. Mais il reste une victime dont Superman se rappelle enfin, Loïs Lane, dont la voiture se trouvait pile sur le tracé de la faille et qui meurt, ensevelie, étouffée par la terre et la poussière.




Superman sort le corps de Loïs de l'accordéon de taule froissée qui lui servait de voiture, prend le corps inerte dans ses bras, s'agenouille, hurle, pleure. Il ne peut pas accepter ça, et le spectateur non plus, pas après les avoir admirés tous les deux volant ensemble dans le ciel étoilé de Metropolis, gênés par les pigeons mais tout de même heureux et follement amoureux. Alors Superman s'envole, le poing dressé. Et là vient le climax du film. On voit la Terre, et on voit superman tourner autour de la Terre à toute vitesse. Il fait vingt fois le tour de la planète en moins d'une minute (on se demande pourquoi il a mis un quart d'heure à rattraper chacun des missiles et pourquoi il n'a pas volé aussi vite quand il s'agissait de les détourner...), si bien que sous l'impulsion de sa vitesse la Terre commence à tourner dans l'autre sens. Et là où c'est fort, c'est que du coup le temps va en marche arrière. Superman rembobine la Terre puis refait trois ou quatre tours de planète, dans le bon sens cette fois, à l'endroit, en marche avant, histoire de refaire "lecture" et de revenir à la faille juste avant la mort de Loïs. L'espace et le temps sont à ce point liés qu'en faisant tourner la Terre à l'envers Superman remonte le temps. L'idée est si conne qu'elle en est grandiose. L'absurdité (certains parleront d'un goof) ne s'arrête pas là puisque lorsque Superman revient pour sauver Loïs Lane, il ne s'occupe plus de sauver à nouveau les autres, qui sont saufs néanmoins : remonter le temps a permis d'annuler la mort de Loïs sans annuler le sauvetage de tous les autres. C'est complètement idiot et j'adore ça. J'adore ça parce que ça n'est pas une "erreur" scénaristique à proprement parler, ce n'est pas un goof ni un couac du script, c'est un finale purement absurde, incohérent et débile, voulu comme tel. Il est impossible que les scénaristes, producteurs, réalisateur, membres de l'équipe technique, acteurs et premiers spectateurs n'aient pas perçu la connerie totale de cette dernière séquence. C'est un choix résolument assumé, et avec le sourire en prime ! Richard Donner, qui a réalisé quelques uns des plus grands films pour enfants de l'époque (Les Goonies en tête, mais aussi la série L'Arme fatale), fait un film comme un gamin raconterait une histoire, c'est-à-dire en se foutant éperdument des inconséquences du scénario et de sa conclusion ubuesque. L'idée de faire tourner Superman autour de la Terre pour en changer le sens de rotation et ainsi remonter le temps lui a plu (et c'est une magnifique idée, aussi conne soit-elle !), et il l'a réalisée, nous rappelant un peu ce qu'est avant tout (et sauf à d'extrêmement rares exceptions) l'univers du comic-book et que ne devraient pas oublier certains réalisateurs mégalo de films de super-héros, à commencer par ceux qui se prennent si tristement au sérieux : un amalgame de merveilleux, de grotesque et de connerie voué à faire rêver les gosses. Richard Donner en est un avant tout, que l'on voit dans les bonus du DVD du film raconter sa joie quand il a reçu le coup de fil d'Alexander Salkind (producteur) lui annonçant qu'il dirigerait le film : "J'étais aux cabinets. J'ai tout noté, le projet, le budget, les délais, tout, sur une feuille de PQ, une tranche de papier-cul que j'ai faite encadrer !".


Superman de Richard Donner avec Christopher Reeve, Margot Kidder, Gene Hackman, Marlon Brando, Glenn Ford, Ned Beatty et Terence Stamp (1978)

3 juillet 2011

Walkyrie

Pour clôturer notre rétrospective Bryan Singer, Joe G., le marabout surmené et passionné qui dirige d'une main de fer dans un gant de velours le webzine musical le plus cool de France, C'est Entendu, a profité d'une après-midi passée en ma compagnie sur les marches du Sacré Cœur pour torcher ces quelques lignes à propos du tout dernier film en date réalisé par Bryan Singer : Walkyrie.

Le seul long-métrage où sont réunis les deux plus gros enculés du XXème siècle, à savoir Tom Cruise et Hitler, commence mal. En effet, dès l'affiche, une sorte de sentiment de haine naît non pas vis-à-vis du régime Nazi mais bel et bien à l'encontre de Thomas Cruise Mapother IV. Notez bien que c'est peut-être là le désir subliminal du publicitaire mandaté par la Warner ou quelle que soit la compagnie hollywoodienne qui a donné à Bryan Singer les 200 dols avec lesquels il a monté cette fresque racontant les frasques d'un ex-golden-boy de la Wehrmarcht défroqué suite à la chute de son œil droit. Le début du film conforte tout à fait ce sentiment que la starlette californienne au sourire bright et au brushing huilé n'a pas sa place dans l'Allemagne nazie. Les premières expositions dentaires à qui mieux mieux au travers du fameux sourire en coin qui aura convaincu toutes les teens que se taper des Cocktails avec un autiste paraplégique n'était pas forcément un Risky Business, ce sourire-là, il plombe toute l'énergie qu'aura pu mettre le réal, Singer himself, dans la crédibilisation d'une époque ténébreuse. On en vient à se dire que le casting pue un peu la merde jusqu'à ce que l’œil de Cruise, l’œil du cyclone, celui de cette Cassandre moderne qui a bien vu venir l'assaut aérien des Alliés sur le convoi militaire qu'il dirigeait, ne sorte de son orbite par voie de shrapnel. Je viens de vous conter la première partie du film. Celle durant laquelle on surprend souvent Tom Cruise fermant l’œil gauche pour s'adapter à sa future monovision, à son cyclopisme annoncé.



En fait, à partir du moment où le colonel Von Stauffenberg (Cruise) cesse de rire, on peut enfin y croire. L'intrigue qui se lance ensuite, à savoir le plot imaginé par le personnage de Cruise et des sympathisants haut placés partageant sa désillusion quant au Führer, se mate comme un bon épisode de Docteur House. Sauf que le diagnostic est sans appel : Von Stauffenberg prescrit un bon gros explosif par suppositoire à son chef suprême. Singer ne se démerde pas trop mal alors pour créer le suspense de ce coup d’État plutôt bien imaginé mais malheureusement complètement foiré qui mènera les traîtres à se ronger méchamment les ongles en attendant une exécution sommaire dans le plus pur style du twentieth century.



Pas franchement une reconstitution voulue fidèle (les allemands parlent tous anglais, les anglais causent tous allemand), Walkyrie est en tout cas un film "de guerre" qui a le mérite d'être intéressant sans pour autant vraiment proposer des scènes "de guerre". La véritable bataille à l'écran est bureaucratique et dans la seconde partie du film, on ne pense plus une seconde au Pape de la Scientologie en costume nazi, on ne voit plus que des fonctionnaires allemands se battant pour leurs rêves et Bryan Singer de nous tenir en haleine en plein Reich sans abuser de coups de feu. On tient peut-être là le point d'orgue d'une carrière faite de bas et de bas.


Walkyrie de Bryan Singer avec Tom Cruise, Carice Van Houten, Bill Nighy, Tom Wilkinson, Terrence Stamp et Kenneth Branagh (2008)

2 juillet 2011

Superman Returns

Superbe man est de retour dans ce film sorti tout droit de l'imagination bédévore et limitée de Bryan Singer. La genèse de ce film est tout simplement hallucinante et mérite d'être racontée avec précision, plus que le film en tout cas, que je n'ai pas vu et que je ne compte certainement pas voir. Cette genèse a commencé dans le métro de New-York à une heure de pointe, la veille de Noël. Alors dans le creux de la vague, Bryan Singer n'a plus les moyens de s'offrir un chauffeur, ni même le taxi ! Alors il prend le métro comme tout le monde, et se retrouve assis à côté d'un mec manifestement atteint d'une gastro-entérite fulgurante, au teint blême et produisant durant le voyage quelques pets huileux sans équivoque. Évidemment, le lendemain Singer ressent quelques remous dans son système gastro-intestinal et décide de prendre un ticket longue durée pour le trône au grand dam de sa famille, littéralement "prise en otage" par les diarrhées incontrôlées de notre réalisateur favori. Obligé de rester sur le trône des heures et des heures en attendant que son colon se vide de toute son eau et de toutes ses Escherichia coli nocives, le seul passe temps possible pour Singer : lire ses comics préférés, car Bryan a toujours 9 ans d'âge mental.


Manifestement, notre homme n'arrive pas à faire comprendre sa "vision"

Retour sur l'épisode précédent des Aventures de Superman (à prononcer "Chopeumèèè" en anglais). Après avoir botté les culs des cosmonautes belliqueux dans le fameux Superman 4, le superhéros décida de tirer sa révérence pour plusieurs raisons dont une chute de cheval en montrant son doigt à Lois Lane parce qu'il avait le mal du pays. Et là l'idée du siècle ! Singer, sur son trône, entre deux pets fumeux annonçant la fin d'une session caca de 20 minutes, a l'idée de faire revenir Superman. La première question qui se posait c'était celle de l'acteur à engager pour incarner le héros. Qui choisir puisque Christopher Reeves avait les deux pieds dans le plâtre ? Singer a fait le choix d'engager le propre fils de sa babysitter : Brandon Woolf. Faut dire que la plastique de l'acteur, musclé du poitrail comme il se doit pour incarner Clark Kent, avait de quoi séduire un cinéaste ayant fraîchement retourné sa veste sexuellement parlant. Deuxième question : qui pour jouer Lois Lane ? Il fallait une brune aux yeux bleus, Singer a choisi une blonde aux yeux noisette en la personne de Kate Bosworth. Troisième question : qui dans le rôle du méchant, Lex Luthor ? Singer a opté pour Kevin Spacey, son meilleur ami depuis Usual Suspects. L'acteur voyait là une bonne occasion de faire le buzz en se rasant le crane pour les besoins du personnage. Il espérait qu'on dise, comme pour Natalie Portman dans V pour Vendetta : "Putain même chauve elle est trop bonne". Spacey croyait trouver là une belle occasion de se faire sauvagement sodomiser par un bel étalon noir. Hélas, buzz il n'y eut pas, mais il y eut beaucoup de "bzzzz" autour du comédien car une armée de mouches prirent son crane pour un aérodrome.


Ci-dessus, Kevin Spacey. Il joue aussi le rôle de Loïs Lane, car l'actrice prévue a eu le malheur de choper la diarrhée de Singer

De retour sur Terre après avoir boudé quelques années dans son HLM de glace, Superbe Man ne retrouve pas le monde tel qu'il l'a laissé : sa femme se fait tirer par un autre. Sa femme se fait tirer par un autre ! En effet elle ne l'a pas attendu pendant ses deux années d'absence. Comme quoi la fidélité reste une belle illusion, y compris dans le petit monde des comic books. Où va-t-on si même un type comme Superman se fait larguer au bout d'une semaine de voyage d'affaires, au cours de laquelle il a tiré par erreur l'homme invisible. C'est la fameuse blague avec l'homme invisible qui démonte Wonderman en missionnaire quand Superman vient la défoncer à son tour et défonce l'homme invisible en levrette à sa place. Singer a cru bon dans son Ford à conduite intérieure de mettre en scène cette vieille plaisanterie qui circulait sur le plateau. Toujours est-il que la reconquête de sa dulcinée mènera Supermec des fonds de l'océan à des milliers d'années lumière de notre galaxie en passant par la fosse des Mariannes et l'Olympus Mons, le trou de balle de la Lune.
Avant d'écrire cette critique, j'ai conspué Franco la fleur à la guitare, durant pas mal d'années, durant pas mal d'années, mais faut dire qu'entre nous deux, simple petit détail, y'avait les Pyrénées.


Superman Returns de Bryan Singer avec Brandon Routh et Kevin Spacey (2005)

30 juin 2011

X-Men

En l'an 2000 sortait sur nos écrans le tsunami X-Men. Depuis, la saga a fait florès et compte pas moins de 4 films, sans compter les spin-offs passés ou à venir sur Wolverine et consorts. Mais je vous en ai déjà longuement parlé précédemment à l'occasion de la sortie récente de X-Men Le Commencement, inutile de remuer le couteau dans la plaie. En revanche il est temps de revenir sur le point de départ d'une épidémie. En 2000 j'avais 14 ans, j'étais ultra con, et il m'arrivait de feuilleter un ou deux comics entre deux bouchages de chiottes (ces trucs-là se lisent aux cabinets). Mon père est resté fasciné que de si grosses torpilles puissent sortir d'un si petit corps, il en a même gardé certaines. Comment conserver de la merde ? C'est la question que vous vous posez tous en ce moment. En ce qui concerne X-Men c'est très facile il suffit de garder le dvd. Retour au film qui en 2000 a secoué la planète ciné. Depuis dix ans maintenant, on ne bouffe plus que du film de super-héros et ça participe de l'abrutissement ambiant par le divertissement ricain clairement destiné aux adolescents attardés. Je vous replace dans le contexte de ces comic books incontournables : il existerait des mutants. En voila un qui passe à travers les murs, un autre qui est obligé de porter des Ray-Ban sous peine de faire cuire son appart, tel autre qui chie des roses, une telle qui fait tomber la pluie, quid ce celui qui peut se geler ses propres couilles... Et laquelle est-ce qui est condamnée à garder ses mains dans ses poches ? Et puis il y en a un, le roi des cons, qui s'appelle Magnéto. C'est le chef des méchants, méchants qui combattent les gentils. Parmi les gentils, le plus fameux reste Wolverine, qui n'a jamais besoin de fourchettes, véritable ustensile humain à barbecue. Mais revenons sur mon préféré, Serge Magnéto, disque dur vivant renfermant toutes les archives audiovisuelles du monde depuis la nuit des temps. A côté de lui le site web de l'INA c'est du pipi de chat. Le mutant ayant C'est pas sorcier, Va savoir et Il était une fois la vie dans sa base de données, il est bien-sûr d'une grande intelligence. Osons le dire, Ian McKellen est à Singer ce que De Niro est à Scorsese. Il est tellement habité par le rôle qu'il se balade dans sa tenue de Magnéto sur les chars de toutes les gay-parades du monde.


On se rappellera longtemps du costume à la gouache de Rebecca Romijn-Stamos, même si perso j'aurais préféré voir John Stamos dans le même appareil, j'en suis gaga

N'y allons pas par quatre chemins, j'ai toujours trouvé ces films de super-héros ultra cons. Certes X-Men et les films dans son genre sont autant d'allégories du Bien et du Mal, avec message de tolérance à la clé et réflexion métaphysique sur la notion de responsabilité et de justice. N'empêche qu'à l'image on a une bande de cons en costumes trois pièces qui se frappent les uns sur les autres jusqu'à ce que l'un dise : "Pouce, on reprendra notre baston dans la suite", ou alors : "Ok tu m'as foutu la rouste mais t'auras affaire à mon fils dans le numéro 2". C'est débile à souhait mais faut avouer qu'on se laisse facilement prendre au jeu, en tout cas quand le réalisateur fait son travail honnêtement comme c'est tout de même le cas ici avec notre ami Bryan. A partir du moment où on n'est pas totalement réfractaire au film de super-héros en lançant le film, on peut facilement aller au bout grâce à des personnages moins creux que de coutume, une mise en scène sobrement efficace et un résultat global qui n'est pas bâclé et qui du coup se laisse mater. X-Men premier du nom a le bon goût de ne pas trop se prendre au sérieux tout en évitant miraculeusement le ridicule des costumes ou des chorégraphies de combat qui enterrent le genre. Sans être géant, le film se défend dans une catégorie qui a tendance à sentir la mort.


Matez un peu ce que la mutation peut engendrer, ce type est capable de former un rectangle avec ses doigts

Pour finir, quelques mots sur Bryan Singer, ce golden-boy rendu célèbre par son breaktrough Usual Suspects, avec son twist final de malade mental qui nous révélait que Kevin Spacey avait habilement fait semblant de boiter pendant tout le film, et n'était pas réellement victime d'un pied-bot. Cet ex-futur Spielberg s'est très vite révélé être un élève pas très doué puisque son meilleur niveau a été atteint avec X-Men. Question à dix mille euros : citez-moi le titre de son dernier film (sans quitter cette page web, juste de tête).


X-Men de Bryan Singer avec Hugh Jackman, Halle Berry et Ian McKellen (2000)

28 juin 2011

Un Élève doué

Après le succès faramineux d'Usual Suspects, Bryan Singer était comme qui dirait attendu au tournant. Ne voulant pas s'enfermer dans un genre ou se voir accoler trop rapidement l'étiquette de fossoyeur du film "néo-noir", Bryan Singer décida d'abord de ne jamais engager un acteur de couleur et ensuite de s'emparer d'un sujet plus sérieux qui le ferait entrer dans la cour des grands. Dans cette optique il s'inspira de son modèle de toujours, Frank Darabont, qui avait compris avant lui que Stephen King est un auteur très éclectique et qu'il ne faut pas se limiter à son registre horrifico-fantastique pour aussi s'intéresser à sa veine réalistico-horrifique. Inutile d'aller inventer des monstres de pacotille, les monstres sont parmi nous. Ils sont en taule (comme dans The Shoeshank Redemption de Frank Darabont en personne) ou devraient y être comme dans le Misery de Rob Reiner ou précisément comme dans Apt Pupil (Un Élève doué) de notre estimé collègue Singer, ce cinéaste que nous avons décidé de porter au pinacle tout au long de la semaine.



L'histoire du film est prétexte à un huis-clos de tous les diables comme seul le Roi du Rock, le King, Steven King, en a le secret. Nous sommes donc en présence d'un élève doué qui découvre qu'un de ses voisins est un ancien Obersturmbannführer qui dirigeait un camp de concentration nazi durant la seconde guerre mondiale et qui se cache derrière une fausse identité de prof de gym. En prétextant vouloir s'améliorer en mathématiques, notre élève doué éponyme, interprété par un Brad Renfro que ce rôle a éjecté de la planète 7ème Art, s'incruste chez ce voisin au passé merdeux sous les traits aristocratiques de Ian McKellen. Acteur caméléon, toujours en tête de proue à la Gay Pride, McKellen fut pressenti pour jouer Harvey Milk il y a trois ans ou, quelques années plus tôt, pour incarner la ville de Philadelphia dans Philadelphia. Car cet homme peut tout jouer : jusqu'à Gandalf le gris dans Le Seigneur des Anneaux. Et donc, pour laisser McKellen tranquille et pour en revenir au film, sachez que le personnage incarné par Brad Renfro fait un choix pas banal. Plutôt que de balancer directement son nouveau prof de maths à la police, Brad Renfro s'immisce dans son intimité la plus poisse. L'homosexualité est plus qu'abordée dans ce film, car je considère que lorsqu'une œuvre de long métrage en fait son sujet, l'homosexualité est dès lors abordée.



Ce film fut aussi l'occasion pour David Schwimmer Arquette d'essayer, mais en vain, de se reconvertir et de se faire accepter dans un autre rôle que celui de Phoebe Buffay, la grande blonde excentrique de la troupe de Friends. Pour cela, l'acteur avait judicieusement choisi d'arborer la moustache de son beau-frère Tom Selleck, le Magnum, au grand dam de Bryan Singer qui trouvait que ça ne convenait pas à un personnage censé avoir 12 ans. Dans le même registre, David Chômeur opta pour la chemise à carreaux de Vichy, qui rappelle l'occupation allemande et la pire période que la France ait connue avant le mandat actuel de Nikos Sarkozy. D'ailleurs ça fait lien avec la moustache, qui est l'artifice de beauté principal des dictateurs du XXème siècle, de Staline à Pol Pot en passant par Mao Tse-Tung. Alors qu'il n'avait que le rôle de Second Couteau (drôle de blaze pour un personnage), Dave Cox Schwimmer (à tes souhaits !) tenait à rappeler le sérieux sujet du film par chaque détail de son costume. Mais un seul accessoire suffit à parasiter la dernière prestation costumée de l'acteur sur écran large : sa montre, bien visible sur l'image ci-dessus. Constamment pris entre deux feux, contraint de gérer un emploi du temps inhumain, l'acteur tenait à ce que sa Swatch soit un accessoire indispensable à son personnage pour ne pas rater l'heure de Friends. Bon j'en dis pas plus sinon ça va se voir que j'ai pas vu le film et que je voulais juste torcher un article pour avoir l'intégralité de la filmo de Singer sur mon tableau de chasse.


Un Élève doué de Bryan Singer avec Ian McKellen, Brad Renfro et David Schwimmer (1997)

27 juin 2011

Usual Suspects

Je marchais dans la rue et je repensais à tous les films qui m'ont troué le cul. Celui-là en fait partie. Il se pose là dans la liste des films qui m'ont botté le cul. Si j'emploie cette expression avec insistance c'est parce que c'est mon cousin qui m'a conseillé de voir ce film en me répétant : "Ça m'a foutu sur le cul", mais moi je préfère "trouer des culs". Bref. Tout le monde a vu ce film, tout le monde connaît le fin mot de l'histoire. Du coup je ne ferai pas de spoiler cette fois-ci. Inutile de rappeler qu'à la fin du film on découvre que Kevin Spacey ne boitait pas réellement. C'est le film fétiche des gérants de vidéo-club et c'est entre autres pour ça que ce business est en train de sombrer tel le Titanic, qui lui aussi a fait les beaux jours de ces commerces de proximité dorénavant moribonds.


Je ne vous dis rien, mais il se peut que le suspect mesure entre 5'00 et 6'00m... 

On a tous vécu ça : tu vogues dans les rayons, espérant que personne ne vienne te conseiller, tu zieutes sans relever la tête vers les plus hautes étagères garnies de pornos la teub en alerte, et là le gérant s'adresse à des néophytes et leur lance à la cantonade : "Et sinon y'a Usual Suspects qui va méchamment vous démolir le cul". Moi c'est Bryan Singer qui m'a mis le cul à sac. Pendant tout le film il nous force à nous demander qui est Keyser Söze. Il a juste oublié un détail, c'est qu'au début du film, dans le générique d'ouverture, le nom des acteurs accompagne celui de leurs personnages, et en face de Kevin Spacey on peut lire "Keyser Söze", ce qui donne un petit indice.


Kaïssa Saussé, sur le toit du monde !

Le vrai Kaiser Sauzée je l'ai trouvé moi, en fait il s'appelle Franck Sauzée, il a joué au Panathinaïkos, à l'Atalanta, et surtout il a gagné la Ligue des Champions avec l'OM, aux côtés de Dédé "Philipe Guildaz" Deschamps, Eric "la giro-broyeuse" DiMeco, Basile "No woman, no cry" Boli, David "Ziggie Stardust" Bowie, Rudy "Le Renard" Völler, "Fabulous Fab" Barthez, "Haleine de chacal" Boksic, Le Roi Pelé, Jocelyn Angloma, Marcel "Des Milliards de saillies" Desailly, Juan-Jack Eydelie, etc.... Et en face y'avait qui ? Le AC Milan. Et y'avait qui au AC Milan ? Y'avait JPP "Le traître" Papin, le Éric Besson du ballon rond, celui-là même qui a déclaré la veille du match : "Je quitte l'OM, je trace au Milan, je veux gagner la Coupe d'Europe des clubs champions", et qui le lendemain se faisait enculer par ses amis d'hier. Il a quitté les amoureux du Ricard pour rejoindre ce tocard de Frank Rijkaard. Frank Sauzée est bel et bien un suspect usuel dans la cité phocéenne, et certes il boîte à cause d'une carrière faite de béquilles et de tacles au-dessus de la carotide, car même si c'est lui qui les exécutait ça l'empêchait pas de boiter systématiquement après. Du coup rien à voir avec le vrai Kaiser, aka Franz non pas Sauzée mais Beckenbauer, le Lolo Blanc des Balkans.


Usual Suspects de Bryan Singer avec Kevin Spacey, Gabriel Byrne, Benicio Del Toro et Stephen Baldwin (1995)

21 juin 2011

X-Men : Le Commencement

J'ai vu le premier X-Men à sa sortie au cinéma. J'ai décidé d'arrêter d'aller voir des films de cette saga après avoir vu le second volet également sur grand écran. Mais en apprenant la sortie de ce prequel dont tout le monde vantait les mérites, j'ai pris mon courage à deux mains et je me suis renvoyé toute la série d'un coup en quelques jours pour être prêt à affronter les origines de ces super-héros incontournables. Tout y est passé : X-men, X-men 1.5, X-men 2, X-Men : The Last Stand et X-Men Origins : Wolverine. Mater tout ça d'une traite, ça vous secoue la semoule un bon coup ! Surtout le dernier opus cité, sorte de sous-marque réalisée par un ouvrier dans le cinéma nommé Robin Wood, mais toujours estampillée Bryan Singer et produite par lui, puisqu'il est le traducteur officiel de Stan Lee sur écran géant. Deux autres "Origins" sont à venir, et si cette trilogie des origines est du même acabit que son premier titre, ce sera sans doute le pire triptyque de l'Histoire du "pop-corn movie". Bref on est face à une franchise déjà monumentale et qui n'a pas fini de se répandre puisque X-Men : Le Commencement n'est que le premier volume d'une trilogie de prequels (un peu façon Star Wars épisodes 1, 2 et 3). Donc autant s'y attaquer en temps et en heure, histoire d'être à la page et de suivre un peu le merdier en chantier, car ne nous voilons pas la face, le film de superhéros c'est la nouvelle coqueluche d'Hollywood depuis près de dix piges, et on ne peut vraiment plus passer entre les gouttes.



Mais que donne ce nouvel épisode ? Force est de constater que dans le genre, c'est pas mal ! En tant qu'ancien lecteur des comic books, ça m'a rappelé quelques souvenirs, que ce soit l'habit originel des X-Men en licra jaune, le véritable casque de Magnéto (il était temps, celui des premiers films étant d'une laideur sans nom), ou certains membres de la troupe, comme Le Hurleur (assez bien reproduit) ou Alex Summers, aka Havoka. Concernant les acteurs, James McAvoy et Michael Fassbender sont très bien choisis pour incarner Charles Xavier et Magnéto dans leur jeune âge : ils leur ressemblent physiquement et entrent bien dans le rôle. D'ailleurs la jeunesse de ces personnages est plutôt bien dépeinte et leur donne une épaisseur qu'ils n'avaient pas dans la série des trois premiers films (dont le troisième est une relative chiure, je tiens à vous le rappeler). C'est surtout vrai concernant le Professeur X qui n'est pas une simple copie juvénile du vieux sage de la trilogie initiale mais un jeune séducteur insatiable et facétieux, d'abord insouciant puis peu à peu éveillé à ses responsabilités. En revanche l'actrice qui joue Mystique (Jennifer Lawrence), ne ressemble pas du tout à Rebecca Romjin Stamos et ses talents d'actrice restent à prouver. C'est dommage, tout comme le "caméo" de Romjin Stamos d'ailleurs, d'assez mauvais goût (contrairement à une autre apparition clin d’œil plutôt bien sentie et que je ne dévoilerai pas ici). Le Fauve n'est pas tellement réussi non plus, alors qu'il avait plutôt fière allure dans X-Men 3. En revanche voir l'aguichante Rose Byrne en sous-vêtements affriolants dans sa première scène n'est pas complètement désagréable. Enfin Kevin Bacon s'en sort bien en mutant nazi et il faut noter cette scène où Charles le fige en plein mouvement : aucun effet spécial ne se supplée au talent de l'acteur qui s'immobilise comme personne dans une moue de merde inimitable.



Quelques détails font un peu tâche parfois, sans empêcher l'adhésion à l'histoire, comme certains effets un poil kitchs, quelques scènes surjouées ou écrites à la truelle. Mais dans l'ensemble ça se regarde sans déplaisir. La Guerre Froide en toile de fond n'est pas forcément un choix très heureux mais on passera aussi là-dessus. Certains iront s'extasier qu'un film de pur divertissement ayant tous les atours du film pour ados aborde de lourds sujets tels que le racisme, le principe de responsabilité, la culpabilité de "ceux qui obéissent aux ordres" et ainsi de suite, mais comme souvent ces thématiques ne sont pas profondément traitées au-delà de leur simple évocation dans les dialogues. Pas de quoi crier au film philosophique non plus. En même temps c'est pas ce qu'on attend d'un film de super-héros hollywoodien qui, contrairement à la saga Batman de Christopher Nolan, ne se prend pas trop au sérieux et se contente de remplir honnêtement son cahier des charges, sans tomber dans la débilité profonde non plus, ni dans le second degré à tout prix. On peut par ailleurs noter des moments sympathiques et bien trouvés, comme les scènes qui concernent les nouvelles recrues. Notamment la séquence où les jeunes gens se mettent au défi de révéler leurs pouvoirs dans ce qui ressemble à une salle de jeu pour enfants. La scène aurait facilement pu tourner au ridicule, au lieu de ça elle fait montre d'un certain panache en nous présentant ces superhéros en herbe qui prennent conscience de leur gémellité sans connaître les implications de leurs pouvoirs. L'autre séquence sympathique, du point de vue de la mise en scène, si, si, est celle où les futurs X-Men s'entraînent d'arrache-pied pour maîtriser leur don. L'utilisation du splitscreen dans cette séquence de recrutement, même si elle est un peu abusive, passe bien en cela qu'elle rappelle volontairement les cases disproportionnées des comic books qui s'interpénétraient et qui nous rendaient dyslexiques à souhait. Bref, un épisode peut-être moins "réussi" que les deux premiers de la première trilogie (encore que les personnages y soient plus épais et moins caricaturaux que Wolverine), mais qui se regarde facilement. A voir pour ceux qui ont maté les autres films de la saga sans se ronger les ongles. C'est typiquement sympa un dimanche soir (ou un dimanche après-midi).


X-Men : Le Commencement de Matthew Vaughn avec James McAvoy, Michael Fassbender, Kevin Bacon, Jennifer Lawrence et Rose Byrne (2011)