Affichage des articles dont le libellé est Natalie Portman. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Natalie Portman. Afficher tous les articles

17 mars 2018

Annihilation

Après le remarqué Ex Machina qui abordait l'un des thèmes favoris de la science fiction actuelle, l'intelligence artificielle, le britannique Alex Garland persévère dans le genre en adaptant cette fois-ci le best steller de Jeff Vandermeer, Annihilation, paru en 2004 et auréolé de nombreuses distinctions. Ce livre s'inspirait de deux grands classiques venus de l'Est : Stalker, des frères Strougatski, et Solaris, de Stanislas Lem, des incontournables de la SF, à lire absolument, qui ont chacun donné lieu à des adaptations signées Andreï Tarkovski, elles-mêmes entrées dans l'histoire du 7ème Art. C'est dire si Alex Garland fait preuve d'ambition et s'inscrit dans un héritage littéraire et cinématographique particulièrement lourd à porter. En réalité, c'est principalement à Stalker que l'on repense ici puisque le point de départ est grosso modo le même. Il s'agit d'une idée a priori très excitante, popularisée par les frères Strougatski puis magnifiée par le chef d’œuvre de Tarkovski : l'exploration d'une vaste et mystérieuse étendue de notre planète influencée par une présence venue d'ailleurs, une zone à haut risque aux effets inexplicables sur les visiteurs qui s'y aventurent courageusement. Nous suivons une petite troupe de scientifiques, exclusivement féminine, menée par Natalie Portman et Jennifer Jason Leigh, désireuse d'atteindre le centre de ladite zone afin de percer son secret, de comprendre pourquoi celle-ci croît inexorablement, transformant tout ce qu'elle absorbe.





Dès les premières minutes d'exposition, le film s'avère hélas assez laborieux. Alex Garland installe péniblement des personnages tout à fait anodins, interprétés par des acteurs qui semblent peu concernés (la palme revenant à Jennifer Jason Leigh, fantomatique). Mais parce que le pitch est prometteur, on demeure vaguement intrigué et, surtout, impatient d'entrer enfin dans la fameuse zone, ce "scintillement" étrange qui, à l'image, se caractérise par des vagues de lumières aux couleurs de l'arc-en-ciel, miroitant au loin. Ce n'est qu'à la trentième minute que la bande à Natalie Portman y pénètre enfin, après un dernier temps d'attente, un ultime regard lancé derrière leurs épaules, histoire de créer un suspense qui se fait toujours désirer. Nous apprenons ensuite que la présence venue d'outre-ciel a pour effet de faire muter les organismes, de les mêler de manière hasardeuse les uns aux autres, faisant fi des barrières des espèces et des lois les plus élémentaires de la Nature. Cette particularité aurait pu permettre à Alex Garland toutes les folies visuelles. Malheureusement, si la "direction artistique" se veut soignée, le cinéaste s'avère incapable de la mettre convenablement en valeur, de créer des images réellement fascinantes. Visuellement, Annihilation est d'une pauvreté accablante, malgré deux ou trois bonnes idées disséminées ici ou là qui auraient mérité un bien meilleur traitement et en dépit d'un scénario qui offrait un prétexte solide à toutes les extravagances.





A l'image, c'est à un psychédélisme très sage auquel nous avons affaire, donnant régulièrement au film une sorte de style pseudo New Age daté et de mauvais goût. Initialement écrivain et scénariste, Alex Garland révèle encore toutes ses limites en tant que metteur en scène. Il nous rappelle que son Ex Machina était déjà très surestimé et bénéficiait, lui aussi, d'un pitch particulièrement aguicheur, d'un scénario que n'honorait pas son travail de réalisateur, mais qui a suffi à en tromper plus d'un. En évoquant immanquablement Stalker, Annihilation nous rappelle sa petitesse dérisoire fasse à l’œuvre gigantesque de Tarkovski. Mais Alex Garland ne s'arrête pas là et convoque aussi régulièrement d'autres références trop imposantes pour lui. On note ainsi de nombreux clins d’œil et de situations rappelant The Thing de John Carpenter. Là encore, la comparaison s'avère très cruelle puisque contrairement au maître, le britannique est bien incapable de développer la moindre atmosphère et ne capture guère de visions d'épouvante ni ne provoque aucun effroi face à l'inconnu, aucune sidération face à l'inexplicable. Il parvient seulement à nous donner le vertige face au terrible abîme qui le sépare des grands cinéastes qui, eux, ont su marquer la science fiction en mettant leur immense talent à son service. Pour réussir un tel film, il faut en effet un certain génie, un brin de folie. Produire des images marquantes n'est pas donné à tout le monde. Imaginez le script d'Under the Skin entre les mains d'un guignol. C'est impensable. Jonathan Glazer a su le sublimer, en faire une œuvre tout à fait à part. Alex Garland n'est définitivement pas de cette trempe, il aurait peut-être dû laisser faire quelqu'un d'autre. Mais ils ne sont hélas pas nombreux ceux qui, aujourd'hui, auraient été capables d'en tirer un chouette film.





Alors que son histoire lui offre mille possibilités, nous avons donc droit à des fleurs de toutes les couleurs, à deux biches albinos sautillant dans les bois, à un crocodile à la dentition variée et à un ours à la tronche de sanglier. Génial... On a le désagréable sentiment qu'il manquait un illuminé à bord, l'équivalent d'un Giger ou d'un Rob Bottin, capable de matérialiser les plus folles digressions. Ce n'est qu'à la toute fin qu'Alex Garland se lâche un peu et nous propose une scène plutôt surprenante. Natalie Portman y est confrontée à un double bizarroïde lors d'un face à face donnant lieu à une chorégraphie où le temps, enfin, paraît suspendu par l'étrangeté du spectacle proposé. C'est hélas bien trop tard... Orphelin de la moindre tension, en dehors d'une scène plutôt réussie et porteuse de la plus belle idée (l'ours mutant qui reproduit les appels à l'aide de sa dernière victime humaine — notons qu'elle est sonore et non visuelle), Annihilation est également dénué de rythme et d'ambiance. Pompeusement découpé en plusieurs chapitres aux titres sibyllins, ce film très creux nous propose des flashbacks réguliers qui nous permettent de faire plus ample connaissance avec le couple sans intérêt formé par Natalie Portman et Oscar Isaac. On se farcit ainsi des scènes de plumard lamentables où le second chatouille la première après avoir échangé sur Dieu et la Création lors de dialogues imbuvables. Merveilleux...





Au bout du compte, Annihilation laisse une impression drôlement désagréable, celle d'une arnaque mal menée, d'esbroufe sans style particulier. Un comble. Le scénario qui invitait à des métaphores évidentes semble cacher tant bien que mal son indigence derrière une nébulosité ridicule qui n'émoustille en rien notre imagination et ne nous incite nullement à combler ses vides, ses trous laissés béants. Le plan final, pied de nez minable, achève de nous plonger dans la pire perplexité, il ressemble tristement au cliffhanger facile d'un épisode de série télé de bas étage. Il paraît que le film parle avant tout de dépression, d'autodestruction. C'est vrai qu'il nous fait broyer du noir et que la démarche de Garland s'apparente à un suicide. Annihilation accomplit la désolante prouesse de nous amener à douter du pouvoir de l'art cinématographique quant à sa capacité à exploiter pleinement les grandes idées de science fiction et à reproduire les plus singulières expériences de lecture (on pourrait, ou plutôt, on devrait pouvoir penser à La Couleur tombée du ciel de Lovecraft, à La Forêt de Cristal de JG Ballard). Et l'on frémit de nouveau en pensant que l'adaptation des Montagnes Hallucinées par le peu doué Guillermo Del Toro pourrait être remise sur les rails suite au succès de La Forme de l'Eau. Alors que John Carpenter réussissait à évoquer l'esprit si périlleux de Lovecraft dans The Thing, en s'y attaquant par des voies détournées, Alex Garland nous confronte simplement à son impuissance et échoue à effleurer les grands écrivains, les maîtres de la science fiction, en empruntant pourtant un chemin bien plus direct. On termine le film avec l'envie très vive de se nettoyer les yeux, de raviver notre amour pour le cinoche, le vrai, en se replongeant dans le décidément inégalable Stalker d'Andrei Tarkovski.


Annihilation d'Alex Garland avec Natalie Portman, Jennifer Jason Leigh et Oscar Isaac (2018)

4 février 2018

Bilan 2017




1. The Lost City of Z, de James Gray





3. Le Jour d'après & Yourself and Yours de Hong Sang-soo 


5. Brawl In Cell Block 99, de S. Craig Zahler


6. Certain Women, de Kelly Reichardt


7. Good Time, de Ben et Joshua Safdie


8. Barbara, de Mathieu Amalric




10. Wind River, de Taylor Sheridan
...
...
...
...
...

15. Dunkerque, de Christopher Nolan


Ce qui vous sautera aux yeux d'emblée ce sont bien sûr ces points de suspension qui séparent Dunkerque du reste du classement. Clin d’œil au film, puisque ces "..." incarnent la Manche sous forme typographique. Mais ils sont surtout là pour intégrer Christopher Nolan vaille que vaille à ce classement et le réhabiliter. Nous prouvons ainsi notre mansuétude : ce n'est pas donné à tous les dangereux malades d'inviter à leur table celui qu'ils ont tant recherché pour le larder de coups de poignard. Ces trois points auront aussi pour vertu de nous inciter à regarder d'autres films de 2017 afin de découvrir, avec vous, au fil des siècles à venir, quels seront ces fameux 4 films manquants (les numéros 11 à 14) prêts à compléter le meilleur du cinéma en 2017. 




Nous avons déjà pensé à d'autres candidats : Jackie (pour le plaisir de revivre l'attentat entre deux gros plans sur le visage de Natalie Portman), Split (dont les cinq dernières minutes sont certes le meilleur moment de cinoche de l'année mais ne forment qu'un très court métrage), We Blew It (de notre ami Jean-Baptiste Thoret, que l'on peut appeler notre padawan, pour les nombreux conseils qu'on lui a distillés et la trajectoire cinéphilique que nous avons su lui suggérer : il nous doit tout, ou presque), Lucky (qui a juste été prononcé à la cantonade, n'ayant de toute façon aucunement sa place dans un top), John Wick 2 (qui souffre de ne pas former qu'un seul long métrage avec le premier du nom, soit une fusillade de 4h sans interruption : le pied), Après la Tempête (car Kore-eda est un habitué de nos classements, mais faut pas pousser, un film de 2h30 en pilote automatique dont le scénar n'est qu'un pot très pourri des quatre précédents, ce n'est pas très sérieux, Kore...).




Hommes de lettres par nature, intéressons-nous, une fois n'est pas coutume, aux chiffres ! Année faste pour nous : beaucoup de films vus et critiqués, car nous avons su profiter d'une situation professionnelle un peu plus stable (autrement appelé "une planque"). Payés à rien foutre, nous avons vu 2022 films cette année, à raison de 10 films par jour grosso modo. Soit :
  • 8 films vus en salles de cinéma
  • 2021 vus à la télévision (merci l'offre TCM cinéma gratuite en janvier 2018 avec Free)
  • 665 films vus en dormant
  • 56 films vus sur un téléphone en allant au boulot
  • 48 films vus en salles quelconque (id est : chez nous le plus souvent)
  • 6,5 films vus en avion
  • 12 films vus dans le train
  • 27 films vus au volant de la voiture (et on déconseille à tout le monde de nous imiter, surtout sur les routes en épingles à nourrice qui mènent dans le Queyras, et qu'on a parfois coupées tout droit)
  • 10670 films téléchargés (hors porno)
  • 1 film vu sous forme de dvd emprunté à nos parents (le Kaurismaki)

Attention ! Si vous faites le total, si vous recoupez les chiffres, ça ne pourra en aucun cas faire un compte rond. En effet, certains titres se recoupent. On a par exemple vu Certain Women sur un téléphone, au volant et en dormant (mais il nous a beaucoup plu, malgré la facture chez le garagiste pour remettre la bagnole à l'endroit). Vous vous interrogez peut-être sur le demi-film vu en avion. L'explication est simple : le voyage Toulouse-Bordeaux n'est pas assez long. On a bien insisté pour rester dans l'habitacle pour finir Jeannette auprès des contrôleurs aériens, mais on nous a dit de sortir de là fissa.


2 décembre 2017

Song to Song

J'ai laissé passer une journée. J'ai vu ce film un beau soir, je suis allé me coucher sans rien dire, tel un zombie, oubliant de faire ma toilette et d'enfiler mon pyjama. J'ai dormi d'un sommeil de plomb, comme assommé, et j'ai passé la journée suivante amorphe et pratiquement muet, en état de choc post-traumatique. Je n'avais jamais rien vu d'aussi ridicule et laid. J'avais pourtant regardé A la Merveille, mais j'avais cru en une amélioration de l'état de santé de Terrence Malick suite aux critiques plus positives inexplicablement obtenues par son dernier film. En réalité, c'est une nouvelle abomination incroyable que nous a encore livrée le vieux cinéaste texan, devenu complètement sénile et gâteux, bégayant un style atroce depuis quelques films et enchaînant les projets à vitesse grand V, comme si sa maladie mentale l'avait rendu inarrêtable. Que la réputation et le statut de Malick devaient être grands pour que celui-ci jouisse encore d'une quelconque crédibilité auprès de quelques cinéphiles ! Certains voient encore en lui un génie, trop en avance sur son temps, et rédigent des textes dignes des fameuses voix off du réalisateur-philosophe, pour défendre passionnément son si triste cinéma. Un phénomène aussi fascinant que terrifiant quand on sait à quoi ressemblent les films en question. Car Song to Song est une horreur sans nom.





J'ai donc laissé passer une journée pour prendre du recul et établir en toute intégrité le constat amiable. Pour mesurer mes propos et rester courtois. Je dois donc le reconnaître : il y a, peut-on dire, une amélioration par rapport aux derniers longs métrages du texan. Song to Song est plus ou moins constitué d'un début et d'une fin, ce qui est appréciable car cela donne des repères aux spectateurs constamment bousculés dans la mélasse ignoble que constitue ce film abject. Autre point positif : les 130 minutes de cette infamie sont ponctuées par des sommets d'humour involontaire, des moments aussi fugaces qu’irrésistibles, à condition de prêter encore attention à ce qui se déroule à l'écran, notre vigilance étant systématiquement mise à rude épreuve. On a effectivement le naturel réflexe d'autodéfense consistant à chercher de l'air pur face à cette si puante chienlit. Ces éclairs comiques sont dus à des acteurs qui n'ont pas toujours l'air de savoir où va se trouver la caméra et qui tirent des tronches pas possibles, avec des regards perdus, surpris ou apeurés lancés à l'objectif, comme s'ils venaient d'éviter, de justesse, de se prendre l'appareil sur le coin du front ! Terrence Malick filme tout le temps de la même façon, constamment en mouvement, flottant dans les airs, tournoyant autour de ses acteurs, dans des angles impossibles, déformant l'image et donc les visages des vedettes. C'est ainsi la première fois que Natalie Portman apparaît presque laide, réduite à un rôle méprisable, dans des tenues de cagoles lamentables.





Ce style Malick, subi depuis The Tree of Life et désormais systématique, est d'une extrême laideur. La fluidité fabriquée des mouvements de caméra incessants s'oppose à l'absence de linéarité du récit, à l'imbrication de souvenirs et de points du vue des différents personnages, soulignés par des phrases grotesques issues d'un esprit forcément dérangé. Comme pour nous plonger dans le flux incessant de la Vie... C'est magnifique. Terrence Malick nous montre toujours la même chose : des (beaux) acteurs se tournant autour au soleil couchant ou dans les herbes hautes, se sautant dessus dans d'immenses villas ou des appartements aux baies vitrées vertigineuses, se courant après et se reniflant presque autour de piscines interminables, etc, si bien que l'on a l'impression que Malick filme des chiens en chaleur ! Devant un si piteux spectacle, je trouvais une échappatoire inespérée en imaginant exactement le même film, mais avec des chiens à la place des comédiens, et je me disais "Ah ouais, ça serait sympa... enfin, lassant à la longue, mais beaucoup plus sympa que ça !". Blague à part, il serait aussi très amusant de voir comment un tel film serait reçu s'il avait été signé par un réalisateur quelconque et que l'on y voyait gesticuler des acteurs aléatoires, pourquoi pas français, à la place de tout ce "beau monde". Je parie qu'il serait carrément lynché, et à raison !





Bien sûr, strictement personne ne ressort grandi d'une telle expérience. Rooney Mara est plus énervante que jamais et, après sa prestation déjà pitoyable dans l'épouvantable A Ghost Story (dont nous vous reparlerons plus en détails à sa sortie), nous commençons à accumuler pas mal de ressentiment à l'égard de cette actrice, qui doit être persuadée de tourner pour la crème de la crème alors qu'elle aligne les pires guignols du moment à son tableau de chasse. Ryan Gosling est tout simplement pitoyable, mais il a aussi l'air d'être celui qui fait le moins d'efforts inutiles, il est le plus naturel en somme, ne se gênant pas pour reprendre à la guitare des morceaux de son propre groupe et assurer son autopromotion. Michael Fassbender est quant à lui au-delà de tout et cette nouvelle performance hors norme nous amène à nous pencher de plus près sur la filmographie de cet acteur vraisemblablement aussi beau qu'idiot : Alien Covenant, Prometheus, Cartel, Assassin's Creed, Le Bonhomme de Neige... où s'arrêtera-t-il ? Rien à dire de plus sur le cas Portman, peu valorisée par l'effet fish eye des cadrages malheureux du sieur Malick et par un rôle de cagole pathétique. Terry Malick ayant tourné dans divers festivals de musique, quelques guests stars font aussi des apparitions : on croise ainsi les fantômes plus ou moins flippants d'Iggy Pop, de Lykke Li, de Patti Smith et d'Holly Hunter.





D'autres instants furtifs s'avèrent d'une grande drôlerie accidentelle, les acteurs semblant encouragés par leur metteur en scène à faire strictement n'importe quoi. Terrence Malick paraît alors se réjouir d'avoir su "capter" un moment rare, d'avoir réussi à saisir à la dérobée un pseudo éclat de vérité, en réalité d'un ridicule insondable. C'est ainsi que nous avons droit aux gamineries horripilantes de Rooney Mara, que l'on a envie d'étrangler, aux acrobaties improvisées surréalistes d'un Michael Fassbender en roues libres, aux baisers furtifs et navrants d'un Ryan Gosling qui profite de l'espace de liberté entretenue par l'ambiance générale de désinvolture et de dévergondage. Il faut vraiment le voir pour le croire. Le résultat à l'image est tout simplement ahurissant de nullité, de ridicule et de laideur. Quand on sait que le commandant en chef de ce foutoir infect a 74 ans, on se dit qu'on ne doit plus aucun respect au 3ème âge et qu'il y a des internements en psychiatrie qui se perdent (on lui propose la même chambre que Ridley Scott ou qu'un autre Terry, Gilliam).





Le pire c'est que c'est le genre de film qui dissuade d'en écrire une critique. On a l'impression de se répéter, de devoir aligner les synonymes de "ridicule" et "laid" (j'en profite pour vous faire croquer ce remarquable dictionnaire créé par l'Université de Caen), que ne ça sert et rime strictement à rien de commenter un tel désastre, surtout quand on sait combien les fans irréductibles du bonhomme sont véhéments, bornés et dans leur monde. Terrence Malick est pourtant bel et bien le plus gros gag de l'histoire du cinéma. Un gag patiemment et savamment construit au fil des ans. Le vieil homme va réussir à me faire abandonner toute espèce d'attachement à son premier et meilleur film, Badlands. J'ai un petit cadre avec l'affiche du film, un de ces cadres amoureusement confectionnés il y a quelques années avec Rémi. Mon acolyte me regardait pourtant d'un mauvais œil lorsque j'y glissais l'affiche du Malick qu'il n'a, lui, jamais pu encadrer, justement. J'ai à présent envie de décrocher cette affiche de chez moi. Je ne peux plus la regarder dignement. Terrence Malick, c'est comme un très vieil ami dont on aurait appris qu'il est un dangereux psychopathe ou qu'il a commis des actes indéfendables. On ne veut plus avoir aucun rapport avec lui. 


Song to Song de Terrence Malick avec Rooney Mara, Michael Fassbender, Ryan Gosling et Natalie Portman (2017)

25 novembre 2015

Manglehorn

Si vous voulez (continuer à) assister à la déchéance professionnelle d'Al Pacino, alors n'hésitez pas une seule seconde, prenez une grande inspiration et lancez-vous dans Manglehorn de David Gordon Green (DGG pour les intimes). Par contre, si vous voulez garder un souvenir émerveillé de cet acteur-caméléon, tirez le frein à main juste après Heat.

Dans Manglehorn, Al Pacino incarne A. J. Manglehorn, un serrurier vieux et fatigué, plutôt grincheux, ayant largement dépassé l'âge de la retraite et vivant seul avec sa chatte Fannie. Il passe une bonne partie de son temps libre à rédiger d'une écriture d'écolier parkinsonien, des lettres enflammées et mélancoliques à une certaine Clara, son amour perdu, lettres qui retournent toutes à l'envoyeur, sans exception, et qu'il stocke chez lui dans une pièce fermée à clef après les avoir récupérées dans sa boite aux lettres infestée d'abeilles. Son unique fils, qui n'est pas le fils de Clara mais d'une femme qu'Al Pacino déclare n'avoir jamais aimée, est présenté comme un connard puisqu'il est un riche trader qui joue à dépouiller les gens en leur proposant des investissements foireux tout en se faisant des millions au passage. Ce fils indigne traite son père avec mépris, lui reprochant d'aimer d'avantage la chatte que sa propre famille (cette série de reproche se déroule lors d'une scène au restaurant à couper l'appétit même aux plus affamés)... Par contre Manglehorn s'entend bien avec sa petite-fille qui a la langue bien pendue et une mère chicanos. En dehors de ça, il aime papoter avec sa guichetière préférée (Holly Hunter, victime d'un lifting malheureux) lorsqu'il effectue son dépôt hebdomadaire à la banque du coin, notamment parce qu'elle est propriétaire d'un chien victime de nombreux soucis d'ordre vétérinaire, comme lui avec sa chatte.




Heureusement que c'est Al Pacino à l'écran : il peut jouer n'importe quoi et n'importe comment, il reste tout de même fascinant. Et heureusement qu'il est là sinon je n'aurais pas réussi à tenir quarante minutes devant ce gros navet. Tantôt farceur, tantôt déprimé, tantôt exalté, toujours Pacino, il nous sort toute sa palette, engoncé dans ses habits fatigués sous une touffe de cheveux fous grisonnants. Il faut le voir changer une ampoule au tout début du film, un acte qu'il accomplit comme s'il jouait Richard III. Bref, Al Pacino joue exactement le même rôle depuis vingt ans, à tel point que tous les personnages qu'il incarne devraient dorénavant s'appeler Albert Pacino, ce serait plus honnête pour les spectateurs. N'ayant pas vu la seconde moitié du film, j'ignore ce qu'il advient de ce personnage mais on peut soupçonner qu'il va se rapprocher de Holly Hunter et retrouver une certaine joie de vivre sur fond de musique indé. Ces films américains pseudo-indépendants sont tous plus ou moins prévisibles et chiants.




David Gordon Green commet donc ici un autre navet. Il a bel et bien définitivement perdu toute espèce de crédit après avoir tenté de remonter la pente ces dernières années avec un retour vers le southern gothic, son genre de prédilection. Après un début prometteur quoiqu'en dents de scie (L'Autre Rive pour le meilleur, Snow Angels pour le pire), il s'est fourvoyé dans quelques productions Apatow sans intérêt en loupant même le coche de mettre en valeur Natalie Portman dans le registre de la comédie dans Votre Majesté (parmi ses films, je garde tout de même un petit faible pour Baby-sitter malgré lui mais c'est vraiment pas grand chose). Il est étonnant de voir qu'il garde encore assez de crédit pour attirer Al Pacino dans son désastre sur pellicule, mais ce dernier commence peut-être à perdre la boule (Danny Collins, où il joue Albert Pacino, exactement comme dans Manglehorn, en serait la preuve). Dernièrement Prince of Texas n'était déjà pas fameux mais se laissait voir, tandis que Joe alternait le bon (surtout pour les fans de Nick Cage dont nous faisons partie !) et le très mauvais, et c'est le très mauvais qui finissait par l'emporter. Au bout du compte, David Gordon Green, réalisateur caméléon avec toujours le cul entre trois ou quatre chaises, ne sait pas trop quoi faire de ses deux mains ni de ses deux pieds. Il gagnerait à s'entourer d'un bon scénariste et d'un bon producteur qui lui permettraient de "retrouver le chemin des filets" de ses débuts, ou bien à définitivement arrêter une activité qui ne semble pas faite pour lui. Il pourrait faire ébéniste, c'est chouette ébéniste comme métier.


Manglehorn de David Gordon Green avec Al Pacino et Holly Hunter (2015)

27 avril 2013

Garden State

Qui se souvient de ce film ? Qui se souvient de ce film à part Zach Braff himself ? Il se résume pour lui en une "occasion manquée", lui qui a maintenant une poupée vaudou de Benjamin Millepied sur sa table de chevet. Il lui plante rageusement des aiguilles dans le ventre chaque matin en se levant et il est sans doute responsable des légendaires maux d'estomac du nouveau Directeur de la Danse de l'Opéra de Paris. Zach Braff était pourtant à deux doigts ! A deux doigts de conclure avec celle qui émoustillait déjà la planète entière et qui mit le groupe The Shins sur orbite avec cette seule réplique : "Listen to it, it gonna change your life". Que dire de ce film en dehors de ces quelques remarques ? Va-t-on saluer la performance de Ian Holm en père absent ? Va-t-on applaudir l'interprétation à la limite du hors-jeu de Peter Sarsgaard, plus occupé à s'inquiéter de la gestation de sa femme qu'à interpréter le pote paumé de l'acteur-réalisateur ? Non, rien de tout cela, Garden State est typiquement le faux feel-good-movie à ne jamais voir une deuxième fois sous peine de s'autotraiter de connard. Rappelez-vous pourtant du petit phénomène que fut ce film à sa sortie ! Zach Braff est passé du jour au lendemain du statut de tête de nœud de série télé à celui de réalisateur prometteur du cinéma indé américain ! Aujourd'hui, on attend encore son second long métrage pour lequel il mendie quelques sous à ses rares amis !




Garden State s'inspire très fortement de la vie de son auteur. Petit rappel des faits : Zach Braff est un acteur raté qui a voulu tenter sa chance à Los Angeles et qui gagne sa vie en tant que serveur dans un resto chinois. Sa mère casse sa pipe, ce qui l'incite à retourner au bled pour assister à l'enterrement. Le bled étant le New Jersey, surnommé "le Garden State", seule chose que le film nous aura apprise à nous autres non-américains. De retour dans sa ville natale, Zach Braff renoue le contact avec ses amis banlieusards qui n'ont pas bougé d'un iota en dehors du fait qu'ils abusent dorénavant de toutes sortes de drogues pour oublier leur quotidien cafardeux fait de solitude, de consanguinité, de chômage et de désœuvrement. Cependant, le hasard lui fera croiser la route d'une fan des Shins (groupe inconnu à son bataillon personnel) qui provoquera de manière incontrôlé un petit tiraillement curieux et pas désagréable juste au-dessus de ses deux couilles. Cette rencontre l'ouvre à la musique du monde.

 


Petit aparté sur la bande-son aux petits oignons du film, choisie par Zach Braff dans le but de nous proposer un best of de la pop indé américaine du moment. Inutile de revenir sur The Shins, qui a trusté les premières places au hit-parade suite au succès du film et qui dorénavant envoie chaque année son nouvel album à Zach Braff plus une photo du cul de James Mercer légendée "Whenever wherever". On retrouve également feu Nick Drake, traîné dans la boue et condamné à accompagner les balades en mobylette de l'idiot du village accroché à la tarée du bled. De son vivant, nul doute que le mage dépressif de Rangoon aurait empêché de toutes ses maigres forces cette utilisation frauduleuse de l'une de ses chansons. Moins étonnante, la présence de "Don't Panic", le tube de Coldplay, chanson jetable par excellence et utilisée au premier degré par Zach Braff lors d'une de ses fréquentes crises d'angoisse, nous prouvant là toute sa subtilité. Il est presque bizarre de ne pas entendre "Oops I Did It Again" lorsque Zach Braff éjacule précocement à l'intérieur de son froc, mais il y a quand même cette séquence poignante où l'acteur-réalisateur-scénariste-chef-chauffagiste précise à sa comparse qu'il n'a jamais rien baisé en dehors de son futal, avec l'hymne pré-pubère de Madonna "Like a virgin" qui résonne à cet instant précis.
 



Natalie Portman incarne une jeune fille détraquée que Zach Braff a envie d'encore plus détraquer. Il faut la voir dans la première scène où elle apparaît, les genoux sous le menton, un casque géant sur les oreilles, à rire pour un rien. De quoi rendre enragé le plus chaste d'entre tous : Zach Braff. Ce film tire sur la corde raide en essayant de nous faire culpabiliser d'éprouver un désir coupable pour une mineure de 35 balais. Qui n'a pas déjà à demi craqué sur une jeune personne âgée de la trentaine et complètement perchée au point de chialer comme un oignon devant un hamster crevé ? Qui ne s'est pas involontairement attendri pour une gamine de plus de trente ans totalement débile se comportant comme la dernière des excentriques insupportables ? Qui n'a jamais eu envie d'enterrer vivant ce type d'individu particulièrement excitant ? Qui peut rester zen devant ce personnage bouffon qui amasse plus de connerie qu'il n'y en a jamais eu sur Terre ? Qui peut endurer sans craquer ce moment où elle rend tout à coup la vie merveilleuse à Zach Braff en lui donnant un espoir copulatoire s'il parvient à être l'auteur d'un geste unique, d'une mimique nouvelle, d'une expression improbable, d'un pet, d'un bruit totalement inédit ? Natalie Portman est donc ce genre de femme devant qui il faut inventer un pet extraordinaire pour parvenir à ses fins ? Zach Braff est ce genre d'homme assez con pour mordre à l'hameçon. La scène où ils enterrent le hamster Tonton David fait partie du zapping des pires moments filmés des années 2000.
 


Zach Braff parsème son film d'idées de court métrage à gerber. On pense par exemple à cette image où l'apprenti cinéaste porte une chemise en accord parfait avec son papier peint. On se souvient aussi avec horreur de cette scène innommable où il reste immobile sur un canapé lors d'une soirée tandis qu'autour de lui les personnages boivent, fument, baisent, jouent au Kéno et fument du splif en avance rapide. Le pire est peut-être cette scène exutoire où les trois jeunes protagonistes se mettent à hurler sur le toit d'un bus désaffecté pour se purger de leur mal-être, accroissant de manière exponentielle celui du spectateur. Subir ça de nouveau aujourd'hui, c'est la garantie de tout casser chez soi. C'est un truc à faire si, en tant que locataire, vous avez décidé de ne pas vous faire rembourser votre caution. C'est une idée à garder en tête si la décoration entière de votre salon est à revoir. Zach Braff est au cinéma ce que le phoque est au règne animal : un enculé. 


Garden State de Zach Braff avec Natalie Portman, Zach Braff, Peter Sarsgaard et Ian Holm (2004)

11 avril 2013

Smashed

Allez, je vous l'avoue d'emblée : je n'aurais sans doute jamais regardé ce film si Mary Elizabeth Winstead ne campait pas le rôle principal. Je préfère jouer cartes sur table ! Rassurez-vous, je n'ai sur mon disque dur aucun dossier caché consacré à quelques photos volées de l'actrice, ni rien d'autre de ce genre. Mais, simplement, le petit charme dont elle dispose est largement suffisant pour me motiver à passer 81 minutes devant un film dont elle est la force centripète, un soir où je n'ai pas la tête à m'envoyer une œuvre plus exigeante ou de qualité forcément supérieure. Il m'en faut peu ! Il n'y a pas de honte à avoir ni à se justifier... MEW m'est visuellement sympathique. Elle doit, sans le savoir, posséder ces proportions tant recherchées et convoitées, celles qui annoncent une fitness maximale. D'instinct, son corps appelle à pratiquer l'acte sexuel, avec l'assurance d'un grand succès reproducteur. Cette jeune fille a exactement mon âge. Et c'est peut-être notre seul point commun... Je ne suis pas le seul à être sous son charme. Mon frère Poulpard, aka Brain Damage, l'est aussi. Quand je lui ai demandé de m'expliquer pourquoi cette jeune femme au faciès agréable mais ma foi assez quelconque avait ce pouvoir sur nous, il m'a simplement répondu "Elle sent la queue". Sur ce, je me sens obligé de passer au paragraphe suivant.




Toujours habillée comme un sac, without makeup, la starlette apparaît ici sans artifice, comme si on l'avait tirée de force de son plumard avant chaque prise. On est loin de sa tenue affriolante de cheerleader dans le Death Proof de Quentin Tarantino. Avec Smashed, la jeune actrice passe un test bien connu de l'actorat américain, un test récemment carbonisé par Denzel Washington dans Flight : celui consistant à jouer le rôle d'un alcolo qui essaie d'abandonner son addiction à la bouteille. C'est donc l'occasion pour la brunette de faire ses preuves, elle qui n'a jamais été véritablement amenée à devoir démontrer ses supposés talents d'actrice et qui s'est le plus souvent appuyée sur son joli minois. Le verdict est étonnant, car il faut bien reconnaître que Mary Elizabeth Winstead s'en tire avec les honneurs et les félicitations de mon pubis, évitant toujours d'en faire trop, faisant réellement vivre son personnage et, surtout, s'extirpant avec la grâce d'une funambule des scènes les plus risquées, c'est-à-dire toutes celles où elle débloque complètement, sous l'emprise de l'alcool, allant jusqu'à faire pipi dans une supérette.




Pour la première fois de sa carrière, la jeune femme joue une scène de coït. Mais elle y garde malheureusement tous ses habits. On se souviendra donc plutôt de cette scène où l'actrice doit faire face au terrible aveu d'un alcoolique anonyme devenu son ami, mais également tombé sous son charme. Ce dernier reconnaît d'abord avec une belle sincérité les sentiments qu'il éprouve pour elle, et termine ce qui commençait comme une déclaration d'amour tout à fait digne par un affreux "J'aimerais goûter à ton onctueuse chatte". Ce dialogue totalement inattendu m'a rappelé le meilleur moment du par ailleurs très pénible Hesher, celui où Natalie Portman doit faire face aux vulgarités de Joseph Gordon-Levitt. Comme Natalie Portman, MEW fait partie de ces jeunes et mignonnes actrices qu'on a envie de voir secouées par quelques horreurs incongrues qui contrastent avec la douceur et l'apparente innocence de leurs traits juvéniles.




Mary Elizabeth Winstead est donc la grande attraction de Smashed, et pratiquement son unique intérêt. Reconnaissons tout de même au jeune James Ponsoldt, qui signait seulement là son second long métrage, une certaine habileté : ce réalisateur a une réelle capacité à nous dépeindre les caractères de ses personnages, les liens qui les unissent ou les tensions qui les éloignent progressivement, en quelques traits, sans jamais tomber dans les lourdeurs qui sont trop souvent de mise dans le cinéma indé américain actuel. La relation de MEW avec son boyfriend est ainsi adroitement brossée, sans surlignage inutile. Smashed reste cousu de fil blanc et je ne le conseillerais pas vraiment, mais il faut bien lui reconnaître ces modestes qualités. Elles en font un film indé tout à fait matable, dont je peux comprendre qu'il ait su se faire remarquer, et dont on se demande bien pourquoi il n'a pas eu l'honneur de sortir sur nos écrans.


Smashed de James Ponsoldt avec Mary Elizabeth Winstead et quelques figurants (2013)

18 novembre 2012

Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban

Qui peut dire qu'il est passé entre les gouttes ? Qui peut certifier que le phénomène Harry Potter ne l'a pas directement ou indirectement atteint ? Qui n'a pas eu son petit frère, sa petite nièce ou son petit petit petit fillot pour le traîner devant un épisode au moins de la saga ? Nous on a eu le petit Poulpard qui nous a suppliés de l'emmener voir le troisième opus au cinéma et on a dû céder, la mort dans l'âme. C'était en juillet 2004 ou quelque chose comme ça. Lors d'une fête du cinéma, argument massue pour qu'on accepte de supporter ce spectacle en salle. Harry Potter 3 Prisonniers d'Escaflowne est de loin le meilleur des neuf films. Les producteurs de la série, après avoir confié les deux premiers volets à Chris Columbus, le yesman le plus docile et inoffensif de la planète Hollywood, eurent l'idée de remettre le projet entre les mains de J.K. Rowling himself, l'auteur des bouquins. Mais un rapport médical établi la veille du tournage a révélé une insuffisance cardiaque chez l'écrivain, de fait incapable d'assurer un tournage de trois mois minimum impliquant de manœuvrer une colonie de vacances pour gosses de riches. Après un petit brainstorming, c'est le nom de Guillermo del Toro qui est sorti du chapeau, un sombrero en l'occurrence, cinéaste dont le C.V. semblait correspondre au cahier des charges. S'étant justement perdu dans le labyrinthe de Pan's, Del Toro n'a pas pu répondre présent et le studio s'est logiquement rabattu sur Alfonso Cuaron, le seul autre chicanos disponible ce jour-là. L'auteur de Y Tu Mama Tambien allait apporter un nouveau souffle au cinéma espagnol en traçant sa route au pays de l'Oncle Sam pour diriger le troisième épisode tant attendu des aventures d'Harry Potter.


Alphonse Cuaron, réalisateur d'Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban et lui-même ex-prisonnier d'Alcatraz.

Harry Potter, magicien orphelin appelé à l'école de Pouddlar pour masteriser ses dons, est ici confronté au prisonnier d'Azkabans. Le film débute quand Harry voit sa troisième année de licence de magie à Pouddlar interrompue par quelques impayés au Crous. Voldemort (Alan Rickman), dont le nom trahit quelque peu le penchant pour la méchanceté, organise alors un concours de hockey sur gazon sur balais, aka le poudling, dans lequel Harry triomphe, aidé par son copain rouquin à tronche de merde (nous ne voyons pas comment le dire autrement) et sa copine Hermione à croupe de feu (copine du rouquin s'entend). Le scénario commence vraiment avec les premières emmerdes sérieuses d'Harry : Sirius Black (Gary Oldman), dont le patronyme révèle également un goût prononcé pour la noirceur de sentiments, s'échappe d'Azkabans, le pénitencier des sorciers, et kidnappe les parents adoptifs d'Harry pour les revendre à Voldemort et ensuite tuer le petit illusionniste. Seule une alliance de nos trois apprentis magiciens préférés pourra empêcher Voldemor et Serious Black de mettre fin au monde. On ne va pas vous raconter tous les épisodes et autres rebondissements terribles du script, lisez la liste des chapitres du bouquin sur wikipédia : Hibou Express, La Grosse erreur de tante Marge, Un épouvantard dans la penderie, Un gros colombin dans la cuvette, Une taupe sur le seuil, Boursier échelon 0 au Cnous, Le Baiser du détraqué, Le sombre PACS de Sirius Black et Voldemor, etc. Autant de petits cailloux dans les souliers d'Harry Potier. Mais le clou du film, c'est ce moment où nos trois prestidigitateurs de malade utilisent le "retourneur de temps", un collier de perles en or pesant dix kilos mais rendant de sacrés services, qu'il leur suffit d'enfiler pour littéralement "retourner le temps" (?). Hermione avouera s'en être servie tout au long de son cursus universitaire pour déglinguer ses partiels et faire en sorte que son copain rouquin demeuré cartonne aussi et sorte majordome de sa promo. Les trois illusionnistes de folie assistent alors en spectateurs aux scènes qu'ils ont déjà vécues et parviennent à changer le cours des évènements en modifiant de minuscules détails ici ou là, tel geste à tel moment, tel pet lâché à tel endroit et ainsi de suite. Cette séquence est la plus belle jamais tournée. Non seulement dans la saga Harry Potter mais sans doute dans l'histoire du cinéma.


Comme souvent dans les romans d'heroic fantasy, le vieux magicien est pédéraste. On se rappelle de Gandalf le gland dans Le Seigneur des anneaux qui trippait sur les gros pieds plats des Hobbits. Ici c'est l'ami rouquin d'Harry, incarné par l'acteur-réalisateur Ron Howard, qui se fait tripoter le capiton plantaire par Dumbassdore.

C'est durant la promo de ce film que Daniel Radcliffe eut la sale idée de poser nu entouré de chevaux, allongé dans le foin. Radcliffe en tête d'affiche, c'est le choix de Columbus, qui avait déjà repéré Macaulay Culkin dans Maman j'ai raté l'avion. Columbus a le don de dénicher des purs freaks en devenir puisque c'est également lui qui a repéré la star de la sitcom Malcolm et qui a conseillé Haley Joel Osment à Shyamalan pour Sixième sens. Columbus a toujours pensé qu'il fallait choisir des enfants expressifs et aux visages déjà taillés à la serpe pour faire de bons acteurs. Découpez la tête d'Haley Joel Osment dans Un Monde meilleur et collez-là sur le corps de Bruce Willis dans Die Hard 3 et vous obtenez un adulte tout à fait accompli, plutôt boloss. Sauf que l'adolescence passe par là et vient dynamiter ces ébauches prometteuses. Pour les petites filles futures starlettes c'est Luc Besson le spécialiste, l'homme qui a repéré Natalie Portman puis qui a chuchoté le nom d'Alyssa Milano à Tony Danza pour Madame est servie. Concernant ces demoiselles, il vaut toujours mieux choisir des gamines aux visages doux et innocents puis croiser les doigts pour que la magie opère. Or la baguette d'Harry Potter a manifestement fait son effet sur Emma Watson, qui n'est pas devenue la Elizabeth Taylor ou la Jodie Foster des temps modernes mais qui a tapé dans l’œil d'une quantité astronomique de fans plus ou moins dérangés d'Heroïc Fantasy. Le malaise survient quand on se rend compte que les fans harcore actuels de la jeune actrice, née, rappelons-le, fin décembre 1990, avaient déjà pour un certain nombre d'entre eux 23 piges en 2001, sachant qu'Emma Watson avait la bagatelle pour un massacre de 11 ans cette année-là. Du coup qu'est-ce qui excite ces gens-là ? Et surtout, comment on enchaîne là-dessus ?


Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban d'Alfonso Cuaron avec Daniel Radcliffe, Emma Watson, Gary Oldman et Alan Rickman (2004)