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1 décembre 2019

Séduis-moi si tu peux !

Séduis-moi si tu peux !, version française fort peu inspirée de Long Shot, est une énième comédie romantique sur le thème du mariage de la carpe et du lapin. Tout oppose Seth Rogen et Charlize Theron. Le premier est un journaliste politique réputé pour son franc-parler, aux « idées » bien affirmées, laid comme un pou et toujours vêtu d'un k-way de très mauvais goût. Il a été demandé à Seth Rogen de venir sur le plateau au naturel, sans oublier sa casquette préférée. La deuxième est la Secrétaire d’État des États-Unis, pragmatique et ambitieuse, très appréciée des médias pour sa classe et sa beauté, elle est promise à une grande carrière dans un monde dont elle connaît bien les rouages. Les deux individus vont être amenés à collaborer, la politicienne souhaitant utiliser les « talents » d'écriture et l'humour du journaleux (notez les guillemets quand j'évoque le personnage campé par Rogen). Ce dernier, sous le charme de celle qui s'avère être son ancienne baby-sitter, qui a provoqué chez lui ses premiers émois, ne peut refuser la proposition malgré des divergences de points de vue indéniables.




Pour fonctionner, une telle comédie romantique a nécessairement besoin de s'appuyer sur un duo central sympathique et attachant, joué par des acteurs drôles et charmants, autour desquels doivent de préférence venir graviter en renfort des personnages secondaires truculents. Dans un exercice plutôt inhabituel pour elle, Charlize Theron s'en tire avec les honneurs. L'actrice est clairement le plus grand atout du film, elle s'avère assez à l'aise dans le registre comique, son charme et son élégance au beau fixe permettent un contraste saisissant avec l'allure disgracieuse de Seth Rogen. Celui-ci est le maillon faible mais, soyons honnête, le problème vient davantage de son personnage que de l'acteur lui-même, auquel nous étions tout à fait prêt à donner une nouvelle chance, malgré une diction, une voix et une présence toujours très problématiques.




Comment, en effet, prendre en sympathie ce type qui, soucieux de « remettre à jour » cette politicienne trop absorbée par sa vie professionnelle pour s'accorder une minute à elle, lui fait l'apologie des films de l'univers Marvel et de la série Game of Thrones ? Il lui impose ensuite des séances de rattrapage et nous les voyons tous deux, affalés devant la télé, passer de grands moments de complicité et de joie lors de soirées inoubliables, tour à tour sous le choc des morts surprenantes de la fameuse série et sur le cul devant les scènes post-génériques à gerber des films sus-cités. Pour un blogueur ciné, ces scènes-là sont rudes à encaisser. Rappelons que Seth Rogen est supposé incarner un journaliste cultivé, une fine plume au regard pertinent et acéré sur la société (j'ai arrêté avec les guillemets car il y en aurait trop). Déjà, c'est dur à croire, mais si en plus on nous le montre prendre son pied devant de tels trous noirs artistiques, c'est compliqué... D'autant plus que le film cherche sans doute très bassement à flatter ainsi le spectateur lambda, rassuré de voir qu'il mate les mêmes merdes que ces personnages pathétiques. C'est bien facile tout ça.




Autour de Theron et Rogen, dont l'alchimie n'est pas franchement évidente, les personnages secondaires ne rattrapent pas le coup. Ils sont beaucoup trop fabriqués et creux, à l'image d'un Andy Serkis lamentable grimé en vieil homme d'affaire véreux. Ce cabotin de fonds verts et d'heures de maquillage intensif semble condamné à se travestir ridiculement, comme si la seule prouesse d'être de nouveau méconnaissable était censée suffire et impressionner la galerie. A mes yeux, Andy Serkis est juste l'un des acteurs les plus tristes du monde. Quant à O'Shea Jackson Jr., dans le rôle du meilleur ami de Seth Rogen, il laisse parfois entrevoir les mêmes dons comiques que son papa Ice Cube, grande attraction des 21 Jump Street, mais il finit le plus souvent par nous saouler. Surtout, il est au cœur de la scène la plus crispante du lot : celle où Rogen se rend compte que son ami de toujours est un Républicain pur jus et fier de l'être, convaincu que ses valeurs lui ont permis de réussir sa vie (self-made-man même pas âgé d'une trentaine d'années, il est déjà à la tête d'une start-up qui règne sur les derniers étages d'un gratte-ciel de Manhattan...). Rogen découvre alors que ce sont ces mêmes valeurs, insidieusement inculquées par son pote, grosso mierdo fondées sur la confiance en soi et la foi en la réussite individuelle, qui lui ont permis de conquérir Charlize Theron, c'est-à-dire d'accomplir le plus grand exploit de sa vie. Tout cela est assez déprimant en plus d'être d'un esprit douteux.




Ce film beaucoup trop long qui bouffe à tous les râteliers finit par échouer à tous les étages. On ne rit pratiquement jamais, si ce n'est lors d'une chute (littéralement, une chute : quelqu'un qui tombe...), et on ne ressent aucun plaisir à voir Charlize Theron et Seth Rogen se rapprocher, se fâcher, prendre leur distance, pour se rabibocher enfin, Séduis-moi si tu peux ! passant bien par toutes les étapes obligées de ce genre de films à la formule frelatée. La pseudo satire du monde politique timidement ébauchée en toile de fond est bien trop grotesque et absurde pour avoir quelque chose d'un tant soit peu pertinent. Mais admettons qu'il est à présent difficile, pour les américains, d'imaginer un président plus grotesque que le guignol bien réel qui est à la tête de leur pays. Alors que le rythme bien calculé de ce produit à consommation rapide nous a d'abord permis d'accrocher facilement, il s'essouffle peu à peu, s'achevant laborieusement au bout de 2h05 de tergiversations. On termine à cran.


Séduis-moi si tu peux ! de Jonathan Levine avec Charlize Theron et Seth Rogen (2019)

31 juillet 2018

Tully

Après s'être intéressée aux femmes enfants (Juno), aux femmes ados (Young Adult), Diablo Cody poursuit son triptyque en se consacrant aux femmes au foyer. C'est encore Jason Reitman qui se charge de filmer son scénario de malheur et c'est de nouveau Charlize Theron qui tient la vedette. La malédiction se poursuivant pour nous aussi puisque nous avons encore répondu présent en nous infligeant ce film qui est peut-être le moins insupportable de la trilogie. Charlize Theron campe donc Marlo, une mère de deux enfants, dont un triso, enceinte jusqu'aux yeux d'un troisième. Débordée, épuisée, elle décide de faire appel à Tully, une "nounou de nuit", lorsque né le petit dernier. Et je m'arrêterai là pour le pitch qui nous réserve un twist éculé au possible, Diablo Cody étant donc capable de tout... La scénariste appose aussi sa pâte si reconnaissable par des dialogues dont elle a le secret. Quand Marlo évoque avec sa nounou les expériences passées qui l'ont finalement menée à son mari actuel, elle lui sort un désarmant : "J'ai monté tous les chevaux du carrousel avant de finir avec Drew", "C'était quel cheval ?" demande alors Tully, "Le banc" lui répond du tac o tac la maman désabusée. Une si belle métaphore, merci Diablo... D'autres répliques portent sa signature, on retiendra par exemple ce ridicule "Je suis comme l'Arabie Saoudite, j'ai plein d'énergie !" que balance une Tully pleine d'enthousiasme en débarquant chez Marlo pour faire une de ses nuits.




Tully est d'ailleurs un de ces personnages typiques de la scénariste de Juno. Jeune, mignonne, décomplexée et pleine de vie, c'est une encyclopédie vivante à anecdotes futiles qu'elle place dès que possible dans la conversation. Amoureuse des enfants, un brin décalée mais pas trop, elle croque dans la vie à pleine dents, malgré ses problèmes, et affiche en permanence un grand sourire, se baladant en shorty et en t-shirt court révélant son nombril percé. Bref, elle se veut "cool", comme tous ces énergumènes à flinguer qu'a déjà pu inventer la diabolique Cody. Tully est incarnée par Mackenzie Davis, qui a tout à fait la tronche et l'allure adéquates, le rôle paraissant avoir été écrit pour elle, comme celui de la maman à bout pour une Charlize Theron à contre-emploi. On ne peut rien reprocher à la star, bien que ces kilos superflus et ces seins qui tombent ne suffisent pas à l'enlaidir puisqu'on ne voit que la prouesse des maquilleurs et autres prothésistes. Aux côtés de ces actrices qui se partagent les beaux rôles, on a la mauvaise surprise de croiser Mark Duplass dans le rôle du frère insupportable et pété de thunes de Marlo. Ce type-là est l'un des fossoyeurs du cinéma indé ricain, une tronche qu'on ne veut vraiment plus voir, emblématique du pire du mumblecore. Peu étonnant, en réalité, qu'il finisse chez Jason Reitman, autre symbole de la déréliction de ce cinéma-là. Heureusement, on voit très peu Duplass et le film est assez court, 90 minutes à tout casser, qui défilent rapidement. Le temps, pour le réalisateur, d'ajouter une ligne à sa triste filmographie et de nous livrer un énième film sans intérêt, inoffensif et creux malgré les sujets qu'il prétend aborder.


Tully de Jason Reitman avec Charlize Theron, Mackenzie Davis et Ron Livingston (2018)

26 juin 2018

Atomic Blonde

Il y a de quoi être très déçu par le nouveau film de David Leitch, co-réalisateur du premier John Wick. C’est à croire que le talent était plutôt détenu par son compagnon, Chad Stahelski, quant à lui auteur d’une suite plus que satisfaisante des aventures du hitman incarné par Keanu Reeves. David Leitch a également persévéré dans la veine du film d’action « badass » aux airs assumés de bande-dessinée et de jeux vidéo, pour un résultat bien moins réussi, alors que de bons ingrédients semblaient pourtant réunis. Je fais bien sûr d’abord allusion au casting et notamment à Charlize Theron, dans la peau de la blonde atomique du titre, une agente secrète appelée à mettre la main sur une liste cruciale pour les renseignements occidentaux dans un Berlin-Est glauque et malfamé. La star au sex-appeal toujours intact et au charisme évident aurait pu incarner un nouveau personnage d’action marquant après son rôle de Furiosa dans l’excellent Mad Max : Fury Road, mais le film ne s’avère cette fois-ci pas à sa hauteur. Elle a beau se démener et se désaper plus d’une fois, ça ne suffit pas, elle paraît gesticuler dans le vide, perdue dans un scénario trop confus et tordu pour être réellement plaisant à suivre.




Ce scénario abscons échoue totalement à nous captiver et il nous perd dans ses rebondissements trop fabriqués. Il est bien le plus gros défaut d’un film qui nous propose aussi, aux côtés de sa vedette blonde et longiligne, le sempiternel défilé de tronches plus ou moins connues, parmi lesquelles John Goodman et Toby Jones, que l’on a déjà vus bien plus inspirés. Visuellement, la reconstitution du Berlin de la fin des années 80 est d’une lourdeur terrible. Histoire que l’on se sente tout à fait plongé en RDA, l’image est d’une teinte grisâtre pénible en journée tandis que, la nuit, de multiples éclairages fluos, via des néons roses et jaunes, viennent nous rappeler avec insistance que nous sommes dans les eighties, effet renforcé par une bande originale omniprésente, enchaînant des tubes pop de l’époque. C'est épuisant.




On relève simplement un peu les yeux quand une scène lesbienne s’amorce entre Charlize Theron et Sofia Boutella, avant qu’elle ne soit coupée dans la seconde. Dommage car une sorte d’électricité émanait des deux actrices, vraisemblablement désireuses d’aller plus loin et de donner un motif de satisfaction aux spectateurs les plus primaires (et largement majoritaire ici). On se réveille également lors du morceau de bravoure du film : un très long plan-séquence où l’on suit les bastons, fusillades et poursuites de l’atomique blonde, opposée à un nombre impressionnants de gros bras armés et remontés à bloc. Les coupes et les doublures, que l’on imagine réduites au minimum, ont sans doute été rendues invisibles par le numérique et on se prend plutôt au jeu, à condition d'être encore d'humeur. On pourra toutefois regretter que ce plan-séquence ne se termine pas un peu plus intelligemment. Force est de reconnaître que cette séquence produit néanmoins son petit effet, elle est même la seule, à vrai dire, à nous proposer ce que l’on était en droit d’espérer d’un tel film.


Atomic Blonde de David Leitch avec Charlize Theron, James McAvoy, John Goodman et Toby Jones (2017)

11 novembre 2017

Fast & Furious 8

La scène d'introduction est pourtant assez prometteuse. On y découvre un Vin Diesel très en forme se lancer dans une course d'une idiotie absolue à travers les rues de la Havane, risquant sa vie et celle de tous les habitants de la ville, au volant d'un vieux tacot qu'il a pimpé à l'aide d'une canette de coca, tout ça pour sauver une voiture qui finira, comme beaucoup d'autres, par être rendue à la mer. Finalement, le petit malfrat du coin humilié par Vin Diesel (qui remporte une énième course en marche arrière) se résignera à reconnaître son infériorité, et ils se quitteront après une énième accolade virile, le sourire aux lèvres, l'air terriblement bête, une foule de spectateurs en liesse autour d'eux. D'entrée, on a donc du Fast & Furious comme on l'aime : trop con trop bon. Hélas, ça ne dure pas bien longtemps et le film de Félix Gary Gray ne propose que très peu de moments foncièrement débiles de cette trempe. Les fans ironiques de la série seront sûrement déçus.




Car même prise au second, troisième, sixième, millième degré, il devient difficile de prendre vraiment son pied devant un Fast & Furious tant la saga développe tous les travers d'un très mauvais feuilleton, d'un série télé qui n'a que trop duré. On a bien du mal à suivre ces histoires de trahisons, ces retournements de vestes, ces personnages qui disparaissent et reviennent pour camoufler la faiblesse des scénarios et le manque d'intérêt des intrigues. Nous ne comprenons rien aux motivations des uns et des autres tant toutes les scènes explicatives sont vite expédiées pour mieux enchaîner les moments de bravoure too much et les courses-poursuites sans fin sur fond vert. Même les (à peu près) bonnes idées sont réduites à néant par un manque absolue de talent et d'imagination pour les mettre en scène. Je pense ici à cette scène où la grande vilaine incarnée par une fade Charlize Theron, pirate informatique surpuissante, prend le contrôle de toutes les automobiles de Manhattan pour faire régner le chaos dans la ville. Ça aurait pu être sympa mais c'est nul : à l'image, nous voyons simplement des bagnoles numériques faire de sacrés dégâts, entrer en collision, chuter massivement de leurs parkings aériens et s'accumuler les unes sur les autres... Pas jojo...





Charlize Theron campe donc une méchante dont on se fout totalement, au charisme vacillant et qui n'inspire aucune crainte. On ne sait rien et on ne comprend rien de sa vie, de ses objectifs. Seule une scène d'un ridicule à tout rompre nous la montre en train d'affronter, apparemment avec génie, une autre pirate informatique à distance. Cela consiste donc à la voir pianoter à toute vitesse sur un clavier, avec la tête légèrement inclinée et le regard mauvais. J'en suis amené à devoir chercher des synonymes du mot "ridicule" sur internet pour ne pas me répéter... Les scènes d'action pure, qui constituent tout de même 90% du film, sont souvent moches et démontrent une nouvelle fois les limites du tout numérique en terme de cinéma d'action. Quand bien même c'est assez bien fait, on sent clairement comme un manque de matière, on ne ressent aucune impression de risque, de réalité, tout est trop lisse, trop propre, trop clean. On regarde ça affalé dans notre canapé, las et peu concerné, avec plus tard l'envie de revoir les meilleures scènes de poursuite en bagnole de l'Histoire du 7ème Art.




Si le début du film laisse espérer un épisode léger, à l'humour assumé, porté par des acteurs en forme, la suite s'embourbe donc laborieusement et n'honore pas cette promesse. Et bien qu'il s'agisse du deuxième film de la saga à franchir la barre fatidique du milliard de dollars de recettes mondiales, ce Fast & Furious 8 est loin d'arriver à la cheville de l'épisode 5, le seul, à vrai dire, qui tenait à peu près la route. Une nouvelle preuve que la franchise peine à trouver du souffle et à donner du sens à l'étalage de bolides rutilants, de clés de bras, de marteaux-pilons et d'explosions toujours de rigueur, malgré les millions de dollars distribués aux acteurs pour aligner une équipe de choc et pour croquer des scènes d'actions de plus en plus outrancières. On a un peu de peine de retrouver le vieux Kurt Russell dans une telle bouffonnerie, même s'il assure son rôle sans honte, à la différence de Scott Eastwood, qui passe pour le plus gros nigaud d'une bande pourtant bien gratinée. Il faut voir leurs tronches béates quand ils entrent pour la première fois dans un immense garage pleine de bagnoles et autres quatre roues en tous genres, comme des gosses laissés libre dans un magasin de jouets. Ils ont l'air si con !




Même les fans les plus rigolards de la saga auront du mal à trouver leur compte cette fois-ci. Ils devront se contenter de quelques dialogues riches en métaphores animalières très imagées et particulièrement idiots, comme par exemple "Tu as retiré ton pied trop tôt du cou du fauve dont tu croyais t'être débarrassé..." ou "Je suis le crocodile qui surgit du point d'eau pour te faire la peau au moment où tu te crois enfin tranquille..." ou encore "Tu es face au corbeau qui viendra chier sur ta tombe et croasser tout haut pour inviter ses pairs à en faire autant" ou enfin "Je suis le lézard qui viendra se dorer la pilule sur ta pierre tombale, les doigts de pied en éventail, une bouteille de bière à la main, et qui créera un événement Facebook ouvert à tous, pour que l'on chie et pisse ensemble sur ton corps putréfié". Brillant. Dans un autre genre, The Rock et Jason Statham se balancent quelques invectives bien senties, notamment quand le premier annonce au second qu'il aura les dents si profondément enfoncées après avoir reçu ses coups de poing qu'il devra se brosser les dents en passant par le trou de balles... Quelques éclaircis verbaux au milieu d'une brume de médiocrité et d'un festival aussi pétaradant que fatiguant. Deux autres épisodes étant déjà planifiés, nous aurons encore l'occasion de revoir Vin Diesel et sa bande survoler les sphères de la crétinerie totale.


Fast & Furious 8 de F. Gary Gray avec Vin Diesel, Dwayne Johnson, Charlize Theron, Michelle Rodriguez, Jason Statham, Kurt Russell, Scott Eastwood et Nathalie Emmanuel (2017)

2 juin 2015

Mad Max : Fury Road

Difficile d’aller voir un tel film sans craindre que l'incroyable ramdam qu’il a suscité n’influence, en bien ou en mal, l’opinion qu’on en aura. La louange unanime crée des attentes parfois cruelles pour celui qui la reçoit. On a lu et relu, en boucle, les mêmes superlatifs, à propos de ce Mad Max : Fury Road, que beaucoup n’ont pas hésité à ériger en « film du siècle » ou ont affublé de tant d'autres titres honorifiques plus ou moins débiles. Mais au final, sans donner raison à ceux qui en font l’œuvre la plus importante de l’histoire récente du cinéma (ce serait tout de même à pleurer), le film s’avère résister à la pluie de compliments démesurés qui s'est abattue sur lui, et parvient même à en mériter pleinement quelques uns, les plus raisonnables, qui vantent ses grands mérites de strict film d’action. 




Mad Max : Fury Road est (sans véritable difficulté, concédons-le) le meilleur épisode de la saga de George Miller (et, au tout début du film, on peut encore en douter, craignant par exemple que Miller, poussant d’un cran sa vieille lubie de filmer des catcheurs hystériques, réalise le film de beauf absolu que semblait annoncer la présence du guitar hero metalleux au sein du convoi de routards menés par Immortan Joe, le méchant de l’affaire). Pourquoi cet épisode 4 ratatine-t-il les trois autres ? Pour une raison simple, qui est que le cinéaste australien s’était placé, avec son premier Mad Max, sous l'égide du dieu Vitesse, et avec le second, Mad Max : le défi, sous le patronage de sainte-Action (nous ne reparlerons pas du troisième, Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre, placé sous le sceau de l’infamie), et que sur ces deux terrains, fers de lance de son cinéma (Miller n’a, au fond, peut-être jamais visé que ces deux objectifs : filmer courses-poursuites, fusillades et explosions à toute vitesse, au point de délaisser tout le reste), le père de Mad Max vient d’atteindre des sommets. Les siens, au moins, mais sans doute plus que ça car, disons-le après d’autres, ce film semble avoir passé une vitesse, voire un petit paquet de vitesses en termes de cinéma d'action, et a mis une dizaine de longueurs dans la vue à l'immense majorité de ses concurrents passés et présents.




Mad Max : Fury Road va très, très vite, tout en restant parfaitement lisible et assez solidement construit, mieux, sans jamais filer mal au crâne ni donner envie de sauter du train en marche, contrairement à la grande majorité des blockbusters contemporains qui essaient péniblement de fuser et sont pourtant des escargots par rapport à celui-ci. Miller, dans le programmatique premier volet de sa série chérie, misait beaucoup sur les effets d’accélération du défilement de la bande, notamment dans ces plans filmés en caméra embarquée à ras du bitume et à toute allure. Ses tentatives d’accélérer l’image, dans le deuxième épisode pourtant supérieur, ne furent pas du meilleur goût (rappelons, entre autres, ces scènes dignes des premiers films du cinématographe où les figurants semblaient courir en marchant). Il renoue d’ailleurs avec ces effets dans le prologue de son nouveau bébé, de manière un poil plus habile visuellement, mais guère plus heureuse. Mais dès que le titre du film est apparu, après la capture de Max et après sa vaine tentative d’évasion dans les coursives du bastion d'Immortan Joe, Miller abandonne cette avance rapide artificielle au profit d’une véritable accélération, de celles qui passent par le montage (même s'il joue encore de ses vieux effets ponctuellement, qui, couplés à des zooms furieux, ne constituent pas les plus beaux moments du film mais contribuent, périodiquement, à pousser son rythme). Et le résultat est assez fascinant.




Il faut en revanche, c’est admis, s'en tenir à la vitesse et à l'action, qui constituent 95% du film au bas mot, et fermer les yeux sur le reste. Dès que Miller coupe le moteur, on se rend compte, une fois de plus, qu'il est incapable de filmer autre chose (les scènes plus calmes, les pauses dans la course, où Max, interprété par un Tom Hardy fort limité, discute avec sa partenaire, Furiosa, beaucoup mieux servie par Charlize Theron, sur une tonalité mélodramatique, sans parler de la scène où Furiosa s’en va hurler, à genoux, dans le désert, la mort des siennes, ces scènes relèvent soit du grotesque soit… du grotesque). Mais ce ne sont bien que 5% du film, en comptant large. Et pour la plus grosse part du gâteau, il n’y a pas à dire, George Miller sait y faire. C'est probablement son seul talent mais il le tient, ou plutôt le tient enfin. Le film fout effectivement un gros coup de pression au tout Hollywood en parvenant à atteindre un rythme de croisière fulgurant sans se crasher en cours de route.




Mais je me trouve presque dur. Car en réalité, et quitte à me trouver presque doux, je dois dire que Miller réussit un peu plus que cela, et que ses réussites supplémentaires pourraient passer pour dérisoires mais sont capitales quand on connaît un peu l'oiseau pour s'être tapé et retapé les trois premiers films de sa franchise. D’abord, Mad Max : Fury Road compte deux scènes particulièrement réussies et dont la réussite ne tient pas qu’à la création et au maintient improbable d’un rythme hallucinant. D'une part, la séquence de la tempête de sable, où Miller joue sur une altération des couleurs et sur une invasion du noir et blanc assez frappante, donnant l’impression que le film lui-même subit, dans son tissu, les assauts cataclysmiques d’un cyclone sorti de nulle part. Et c'est bien l'effet que nous fait ce nouveau Mad Max, film émergé d'on ne sait où, qui déboule en trombes, foutraque, puissant et, pour ses rivaux, assez destructeur. D'autre part, la séquence étonnante des marécages, cette étendue spongieuse parcourue d’étranges échassiers humains, où, une nouvelle fois, Miller change soudain de teinte, et de registre, plongeant le film dans une nuit bleue assez somptueuse, tandis que le convoi des fuyards s’attache à un arbre solitaire et que retentit le Dies Irae du Requiem de Verdi.




Et puis, pour la première fois dans sa série, le cinéaste façonne un personnage principal assez consistant. Je ne parle pas de Max, qui n’a, faut-il croire, jamais intéressé Miller. Tom Hardy lui donne encore moins de poids que Mel Gibson en son temps, qui n’avait déjà pratiquement rien à jouer mais le faisait somme toute mieux (et pourtant...). Je parle évidemment de Furiosa. Miller met clairement (et assez lourdement) en scène la passation de pouvoir, laissant son (soit-disant Mad) Max sur le bas-côté, au sol, littéralement largué, au profit du personnage féminin de son film (on ne fera pas tout un fromage sur Mad Max 4 grand film féministe… féministe, le film l’est un peu, et l’est pas mal comparé à quelques grosses machines Marvel, mais si ce film est un grand film féministe, le féminisme a de beaux jours devant lui). Et la transmission de témoin s’organise jusque dans le titre, si l’on se permet d’entendre « Fury Road » comme « La route de Furiosa ». Assez solidement interprétée par Charlize Theron, la susnommée Furiosa en impose davantage que son covoitureur mâle, et c’est rien de le dire. C’est une première pour la saga, qui avait connu quelques personnages secondaires sympathiques (notre critique du deuxième opus leur faisait la part belle) mais finalement peu présents (au contraire ici, d'ailleurs, d'un personnage secondaire assez intéressant en la personne de Nux, interprété par Nicholas Hoult, un war boy d’Immortan Joe pris à parti dans l’équipée sauvage de Furiosa), et dont le héros masculin éponyme n’avait jamais su nous gagner à sa cause (laquelle au juste ?).




Je suis peut-être injuste aussi quand je précise que l’on peut apprécier le spectacle (on y est en plein, Miller lance même des feux d'artifice à intervalles réguliers !) à condition de fermer les yeux sur tout ce qui n’est pas action et vitesse pure. Il faut, je ne le redis pas, faire le mort devant les quelques scènes voulues émouvantes de l’affaire. Mais en termes d'idées de scénario, le film n'est peut-être pas si plat et commun qu’il n’y paraît. Mettons le mot « idées » au singulier, pour ne pas avoir l’air d’en faire des tonnes. Je retiens celle (et mieux vaut avoir vu le film avant de lire ce qui suit, pas que la révélation soit capitale mais on pourrait m'en vouloir à mort et attenter à ma vie, donc je me couvre un max) qu'ont les personnages (le mérite en est attribué à Max, que Miller ne pouvait pas laisser dans le caniveau sans lui avoir offert de penser au moins une fois dans sa vie) de retourner sur leurs pas, d'arrêter la fuite en avant vers probablement rien et de revenir dans la citadelle initiale, celle que gouvernait jusqu’ici le despote Immortan Joe (Hugh Keays-Byrne, méchant du 1er volet, mais peu importe... ici dans le rôle du tyran putanier et doctrinaire pratiquant une politique d’austérité à l’égard de la nouvelle denrée rare - après le fuel, l’eau, plus banal, certes… - du monde post-apocalyptique de Miller), pour essayer de la dérober à son leader et de la révolutionner de l'intérieur, de la rendre meilleure (parabole de ce que Miller fait avec sa propre saga, bien sûr, qu’il reboote et hausse effectivement d’un ou de plusieurs tons, chose assez rare pour être soulignée), bref cette idée somme toute assez simple qui veut que l'herbe ne sera que très peu vraisemblablement plus verte ailleurs (encore qu'elle le sera forcément vu que d'herbe il n'y a point dans le désert où se déroule le film), et qu'il serait temps d'essayer d’agir là où l'on crèche plutôt que de foncer vers un éden illusoire (ou aussi imbitable que celui de Mad Max troisième du nom). (Phrase un peu longue non ?). Voilà une assez belle idée au fond, qui me donnerait presque envie de rapprocher le film, dans sa tentative d’appréhender les angoisses eschatologiques contemporaines et d’y répondre, de se coltiner le sujet de la responsabilité du guide et de l'engagement personnel, de ces films qui, ces dernières années, l’ont fait d’une toute autre manière. En vrac, La Dernière piste, Habemus Papam, Take Shelter ou 4h44 dernier jour sur terre. Mais j’ai bien peur, là, après avoir peut-être injustement limité le film à sa grande qualité « dynamique », de le hisser à des considérations auxquelles lui-même ne prétend pas férocement.


Mad Max : Fury Road de George Miller avec Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult et Hugh Keays-Byrne (2015)

17 juin 2012

Prometheus

On pourrait commencer cette critique par le sempiternel : "Que deviens-tu tonton Ridley ? Deux mots de tes nouvelles tonton Ridley Scott ? Quelles sont les dernières chroniques de Riddick ?". Sauf qu'on l'a jamais appelé "tonton" parce que ça impliquerait d'appeler Tony Scott tonton aussi, tonton par alliance, or à nous deux on compte déjà trois épileptiques et deux golmons dans nos familles. Et puis appeler Ridley Scott "tonton" c'est s'infliger trop de trahisons, trop de déceptions, trop de coups de pute. Remember 1492 Christophe Colomb, où Gérard Depardieu étendait ses slips de baleine à Cuba, pensant avoir découvert le nouveau monde. Remember A Armes égales, où Roger Moore, rasé à blanc, amusait la galerie dans un rôle à contre-emploi de femme. Remember Good Year, ce film sur les pneus avec Marion Cotillard dans le rôle du Bibendum Michelin. Remember Robin des Bois, le prequel de Gladiator. Voila des lustres que le cinéaste montrait des signes de sénilité très alarmants, depuis qu'il a soufflé ses 42 bougies plus exactement, mais comme tout le monde, comme toute la twittosphère, toute la planète ciné chauffée à blanc par un marketing minable mais parvenant au moins à faire passer le message de base, à savoir que le film allait sortir, on attendait bêtement ce promotheus annoncé comme le prequel de la mythique saga Alien.



Que dire qui n'a pas déjà été dit sur ce trou noir béant qu'est Prometheus ? D'autres que nous se sont attelés à relever chaque couac terrible de ce scénario écrit à six mains, chaque incohérence effarante de ce script travaillé depuis au moins 2009, chaque farce involontaire de ce récit mijoté par son auteur depuis des lustres, chaque manque hallucinant dans chaque scène de ce film de deux heures qui parvient à ne rien dire du tout et à tenir cette ligne de conduite 120 minutes durant. La prétention affichée par Ridley Scott et toute sa fine équipe pouvait laisser croire aux plus naïfs qu'il y aurait quelque chose à attendre de ce retour aux origines d'un mythe par son créateur himself, mais au final cette outrecuidance ne cachait qu'un abîme total que la vision du film rendrait définitivement insupportable. Et le pire c'est que Scott continue à rouler des mécaniques alors que son film est déjà vendu, alors qu'on l'a déjà vu et alors qu'on sait tous pertinemment qu'il n'est strictement rien. Rappelons que Ridley Scott va sur ses 75 ans stricto sensu. C'est un vieillard. Habituellement, quand on a affaire à un tel éclopé, on se dit qu'il pourrait très bien entrer dans notre rame de métro une canne à la main et qu'en bons jeunes hommes bien éduqués par des parents fachos, on se lèverait automatiquement pour lui laisser la place, avec le plus grand des respects pour un invalide de guerre dont la vie est derrière lui. Ainsi quand on en vient à critiquer l’œuvre d'un cinéaste de plus de 70 ans (limite fixée après concertation), on questionne notre probité de blogueurs ciné et l'un de nous dit "pas de violence face à un septa, le respect est naturel vis-à-vis des morts-vivants", sauf que là l'autre se braque à chaque fois et répond comme dirait Vasquez à Hudson dans Aliens : "Ta gueule !". On se dit ça à nous-mêmes quand il s'agit de Ridley Scott. On se dit ça pour n'importe qui en fait, mais particulièrement pour Scott qui est un gros vantard de merde.



Depuis qu'on est sortis de ce film, on n'arrête pas d'en parler, on n'a que lui à la bouche, on y revient encore et encore, on rêve de scènes qui n'existent pas et le matin on se lève groggy, on écume toutes les pages wikipédia liées de près ou de loin au film pour essayer de le réinventer et de se fabriquer le making-of en interne, un making-of façon "Faîtes entrer l'accusé" dans lequel Ridley Scott est appelé à la barre. Depuis qu'on est sortis du ciné on n'a de cesse de remettre nos lunettes 3D en espérant enfin voir apparaître un xénomorphe digne de ce nom, on est continuellement en train d'énumérer les bêtises du scénario, l'absence totale de mise en scène, la nullité des personnages, les quantités de scènes inutiles, le gâchis infini et irréparable de l'ensemble (même avec deux suites et avec quarante minutes de plus dans le director's cut de 27 heures à la Béla Tarr). On a passé toute la deuxième mi-temps de notre France-Ukraine de l'Euro 2012 à déblatérer sur ce qu'aurait dû être le film et sur tout ce qu'il n'est jamais. Et pourtant c'est pas que le film parvienne à s'imposer dans nos mémoires ou dans nos cœurs, c'est tout le contraire. C'est un drame, un traumatisme, une plaie, un désespoir de cinéphile, un ramadan de cinéphage. L'an passé y'a eu Fukushima, DSK. Cette année y'a eu twitterweiler, y'a eu le dépeceur de Montréal, qui a ressurgi dans un article sur Wimbledon six jours après sa capture, comme quoi y'a des chocs qui trottent dans la tête (et pourtant le décepeur n'a pas brillé par ses qualités ni par celles de son courtrajmé en forme de giallo gonzo infâme). En somme Prometheus c'est Knysna, il n'est jamais descendu du bus. On l'a attendu au moins quatre ans, avec toujours ce mince espoir, après les déceptions Die Hard 4, Indiana Jones 4, et d'autres du même acabit, on y croyait quand même, on se disait "putain cette année y'a le Resnais, le Kiarostami, le Nichols, le Kore-Eda, le Assayas, le Desplechin, le Herzog, eeeeeeeet y'a le Scott...", c'était un bonus ce Scott ! Tu parles d'un bonus... Quelle daube.



Les deux Aliens versus Predator, on ne les considérait pas comme faisant partie de la franchise, donc ils avaient beau usurper le nom de la saga ils ne l'égratignaient pas. Mais Prometheus, étant un Scott, fait directement du mal aux fans, à tel point que certains ont fait le choix tristement respectable de l'auto-défense, de l'auto-persuasion. On l'a fait aussi, pendant un quart d'heure, au début du film. Soi-disant que c'était pas grave ce gros mec blanc bodybuildé qui se jette dans l'eau après avoir avalé des vitamines de chez Lidl, vu la texture étrange, et après avoir vu rouge. Scène après scène on mettait de côté nos griefs en se disant que merde c'était pas grave. Et puis non, stop. A la sortie de la séance on a maté la tronche de Brain Damage, aka Poulpard, notre songwriter, qui est quand même une sacrée jauge pour connaître le seuil de contentement du gros salopard de base : même lui, avec son demi-sourire et ses lunettes 3D encore vissées au nez, n'en menait pas large, et jurait déjà que jamais il n'achèterait le dvd collector (alors qu'il avait déjà préparé l'appoint, lui qui déteste pourtant trimballer de la monnaie sur lui et entendre cling-cling dans sa poche, car il se sent toujours menacé). On finit par tellement mettre de côté les griefs que cette critique elle-même est un déni, elle prouve qu'on refuse de se cogner dans ce mur de rage et de lamentations que nous impose le film par son accumulation fascinante de connerie absolue. On est dans le déni, on ne veut pas affronter de plein fouet notre amère déception et notre blessure à jamais purulente, qui ne sera jamais cautérisée. Et le pire c'est qu'on ne méprise pas le film uniquement parce qu'on en espérait beaucoup mais parce qu'en dehors de toute attente déçue il est profondément naze, et le fait qu'on en attendait quelque chose ne fait qu'intensifier notre amertume. Jamais on ne nous rendra notre Alien.



P.S. Une scène du film nous a toutefois inspirés. C'est celle où le gros black qui pilote le vaisseau éponyme demande à Charlize Theron si elle ne serait pas pur cyborg, vu son allure mécanique de malade et sa tronche ultra symétrique, ce à quoi la blondasse à la démarche de taré répond aussi sec par une invitation à la pourfendre pour s'assurer de son humanité. On a tenté le coup nous aussi, avec tout un tas de candidates féminines, un public très divers, de la gothique pêchée à la sortie du lycée à la hippie de mes deux en passant par le mec de passage, on leur a demandé s'ils étaient robotiques pour qu'ils ou elles nous invitent à le vérifier par nous-mêmes dans un coin sombre. Seul le mec a semblé favorable et on s'en va le rejoindre pour remater la tétralogie sur ses genoux. On attend maintenant Dark Knight Rises, dans une drôle de pirouette cinéphilique : faut-il être dégoûté par le prequel d'Alien et par la vie tout court pour attendre quelque chose de Christopher Nolan.


Prometheus de Ridley Scott avec Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron, Idris Elba et Guy Pearce (2012)

22 mai 2012

Contrebande

J'ai regardé le début de ce film hier soir, avant de me coucher, et je me suis réveillé avec une conjonctivite à l’œil droit. Je ne pense pas que ça soit lié, mais tout de même, par précaution, je n'y toucherai plus. Et puis à quoi bon ? Dès les premières secondes, j'avais l'impression d'avoir déjà vu ce film une petite centaine de fois, tant il ressemble à n'importe quel thriller américain lambda voire à n'importe quelle série d'action. Face à un spectacle si indigent, une seule question m'est apparue : que fais-tu Mark Wahlberg ? Que fais-tu Marky Mark, toi qui commences à peine à te forger une vraie crédibilité d'acteur avec des films comme The Fighter, Les Infiltrés et La Nuit nous appartient auprès de ces spectateurs qui, jusque-là, associaient logiquement ton nom à de ridicules films d'action ? Que fais-tu Marky Mark, toi qui, grâce aux films précédemment cités et tes collaborations récentes et futures avec Will Ferrell, occupais déjà une place à part dans mon hall of fame personnel ?




Avec un film tel que ce Contrebande, tu ruines un peu tous tes efforts passés. Qu'est-ce qui a bien pu te faire accepter un tel rôle ? Ce rôle archiconnu de malfrat légendaire, rangé des bagnoles, mais contraint à replonger dans le grand banditisme pour régler une affaire très personnelle. Était-ce l'envie de jouer aux côtés de Kate Beckinsale ? Toi qui es habitué à partager l'affiche avec des bombes comme Eva Mendes, Charlize Theron et Amy Adams, tu dois pourtant savoir que tu vaux infiniment mieux que ça. Elle ne leur arrive même pas à la cheville, à tous les points de vue... Alors peut-être avais-tu apprécié le film original islandais et senti un fort potentiel pour faire un carton ? Hé oui, parce qu'en plus, Contrebande est un pâle remake, réalisé par l'acteur principal du film initial (et il n'y a d'ailleurs bien que ça d'un peu original dans ce triste projet). Non, vraiment, je ne te comprends pas, Marky Mark. Mais bon, je ne t'en veux pas. Tu m'es toujours sympathique et j'ai hâte de te revoir dans un film digne d'intérêt. En attendant, Contrebande est à éviter.


Contrebande de Baltasar Kormákur avec Mark Wahlberg, Kate Beckinsale, Ben Foster et Giovanni Ribisi (2012)

27 mars 2012

Young Adult

J'ai 26 ans. Je ne pratique aucune activité sportive. Quand je monte les escaliers pour me rendre à mon appartement situé au 2ème étage, je suis essoufflé. Je ne parviens plus à digérer le lait, je bois donc du lait écrémé, sans saveur, et mes céréales en pâtissent. Je perds mes cheveux, je serai chauve d'ici 4 ou 5 ans. J'ai naturellement mauvaise haleine, "un truc de ouf". Je ne sais jouer d'aucun instrument de musique. Je ne sais à peu près rien faire de mes 10 doigts. Je suis au chômage et je n'ai aucune perspective d'embauche. Je suis sujet au stress et aux migraines. J'ai régulièrement des aphtes, une peau à problème, des pellicules. J'ai obtenu mon permis de conduire au bout de la troisième fois. Je prends des capsules d'Omega 3, une le matin, une le soir, en pensant que cela peut me rendre plus intelligent, moins anxieux, mais cela participe surtout à mon haleine terrible, où la vieille morue côtoie le maquereau faisandé.




Mais pire encore, j'ai vu tous les longs métrages de Jason Reitman et tous les films tirés de scénarios signés Diablo Cody. Tous. Juno, In the Air, Thank you for Smoking, Jennifer's Body... Ne cherchez pas, je les ai tous vus. Tous les Diabolo Cody, tous les Ivan Reitman Jr. Tous vus. Il fallait que ça sorte, je suis désolé, mon but n'était pas de vous porter un tel coup au moral. Ayez pitié de moi. Je mérite le fouet. Je me suis même envoyé Bliss, l'affreux film de Drew Barrymore où Ellen Page apprenait à faire du patin à roulettes dans un remake déguisé, sans énergie et soi-disant féministe du très sympathique Rollerball. J'étais persuadé que ce film était lui aussi issu de l'imagination putride de la triste Diablo Cody tant il ressemble comme deux gouttes d'eau à tous ces autres films indé épouvantables et diablocodiques. On y retrouve en effet la même nostalgie dégueulasse, la même Ellen Page, le même amour déplacé pour les geeks, les mêmes t-shirts "mignons", le même culte voué à la radio-cassette, les mêmes personnages "décalés", la même zik insupportable, etc. Et je viens donc de regarder le petit dernier, Young Adult, attiré par la présence en tête d'affiche de l'agréable Charlize Theron, dans la peau d'une adulescente de 37 ans tout bonnement pitoyable, refusant de mûrir et restée coincée au lycée. Mêmes ingrédients, même recette. C'est du pur Reitman-Cody. Ce film est la somme de leurs talents, c'est à dire qu'il n'est rien.


Young Adult de Jason Reitman avec Charlize Theron et Patrick Wilson, écrit par Diablo Cody (2012)

11 février 2008

That Thing You Do !

That Thing you Do! est le premier film réalisé par Tom Hanks qui, avant cela, s'était seulement fait la main sur quelques épisodes de séries. Ce premier essai a fait un gros bide à sa sortie, en 1996. Un accueil très injuste. Je l'ai pour ma part découvert très récemment et ce fut une très agréable surprise !

Le film se situe dans les années 60 et raconte l'histoire d'un jeune groupe de musique pop, composé de gars tous plutôt sympathiques, de son succès imprévu grâce à un méga tube (le titre du film) jusqu'à sa dissolution. Ce film est tout simplement méga cool, souvent drôle ; il mériterait d'être plus connu et  revu à la hausse ! Les chansons du groupe sont plutôt chouettes et les acteurs ont tous l'air de bien s'amuser. D'ailleurs la petite troupe a réellement appris à jouer les morceaux pour les besoins du film. Il est aussi amusant de voir que l'acteur principal Tom Everett-Scott, le batteur du groupe, ressemble comme deux gouttes d'eau à Tom Hanks (également présent dans le film), physiquement mais aussi dans sa façon de jouer. Y'a aussi Liv Tyler qui était encore très jolie à cette époque, puis l’irrésistible blonde Charlize Theron, très belle aussi. Le manque de reconnaissance cruel de ce film devrait nous pousser à ce qu'on en fasse la pub comme un vrai connard ferait entrer un ami à lui dans un club ultra privé ; ou comme une vieille tante ferait du forcing auprès de son neveu pour qu'il accepte d'être parrainé chez France Loisirs et de devoir acheter un livre de merde tous les mois sous peine d'avoir un mandat d'arrêt déposé sur sa tête régulièrement par la police fédérale.




Le dernier plan du film nous montre le héros qui joue avec sa grosse baguette sur le joufflu de Liv Tyler, et on le mate faire ça avec un grand sourire.


That thing you do ! de Tom Hanks avec Tom Everett-Scott, Liv Tyler et Tom Hanks (1996)

Dans la vallée d'Elah

Dans la vallée d'Elah est le second long métrage de Paul Haggis, un sale type qui a déjà réalisé Crash, grande daube récompensée à la surprise générale par l'Oscar du meilleur film il y a deux ou trois ans. Le gars s'est d'abord fait connaître en signant le scénario de Million Dollar Baby, dont tout le monde a fait l'éloge. Il est désormais le scénariste attitré de la chute de Clint Eastwood : il a signé les deux scripts du diptyque sur Iwo Jima. Auréolé d'une belle réputation, Monsieur Haggis, hagard mais hardi, a cru bon de passer derrière la caméra pour mieux pourrir nos vies tranquilles de cinéphiles. Crash, aka Collision, était déjà d'une niaiserie et d'une lourdeur épouvantable mais parvenait parfois à être involontairement très drôle (qui ne garde pas un souvenir ému de la chute de Sandra Bullock dans les escaliers et ce fameux gros plan sur les chaussettes glissante de l'actrice ?) ; c'est donc avec une certaine crainte que je me lançais dans la vallée d'Elah.




Academy Award Winner Tommy Lee Jones habite une maison tranquille avec sa femme Acadamey Award Winner Susan Sarandon, mais on sent bien qu'un petit truc les empêche d'être tout à fait heureux. A vrai dire il semble même y avoir un conflit latent entre Tommy Lee Jones et Susan Sarandon. On apprend par la suite que Tommy Lee Jones est un ancien militaire, patriote convaincu, qui a forcé leurs deux garçons à s'engager dans l'armée dès l'âge limite atteint, pour un résultat des courses assez mitigé voire totalement déprimant. L'aîné est signalé disparu, vraisemblablement mort en parachute, sectionné en deux par une impitoyable ligne à haute tension, lors d'une séance d'entraînement mal conçue. Tommy Lee Jones doit à présent assumer. Mais un morceau du corps présumé de son fils n'a jamais été retrouvé, celui comprenant la tronche et le torse, ce qui ne facilite guère la tâche de son père lorsqu'il est question de l'identifier à la morgue à partir des seuls panards largement carbonisés. Tommy Lee doute donc toujours, il se demande s'il s'agissait bel et bien des panards de son gamin, qu'il ignorait être pied-bot.




Quant au second gamin, parti en Irak la fleur au fusil pour participer à installer la démocratie dans ce pays de sauvages (sic !), il est signalé disparu. Le gars est censé être revenu au pays mais il ne répond pas au téléphone. Alors Susan Sarandon commence à tourner en rond dans la cuisine tandis que Tommy Lee s'active sur internet pour le retrouver. Hélas Google n'est pas d'une aide très précieuse et Tommy's Dinner Jones décide d'aller directement à sa caserne pour comprendre où son fils a pu passer. Pendant le trajet, Tommy accomplira un acte citoyen d'un grand symbolisme en remettant d'aplomb un drapeau américain qui flottait à l'envers (scène très touchante, du grand Haggis). Une fois arrivé là-bas le grand Tommy est très cordialement accueilli, on lui dit que son fils était un super type surnommé "le Doc", un mec hyper droit comme un i, bien dans ses baskets. A part ça on ne l'aide pas beaucoup, et Tommy arrive seulement à piquer le téléphone portable de son fils, qui prenait la poussière dans un placard entre une revue porno et un gode-ceinture. Ce portable lui permettra de mater des vidéos enregistrées en Irak, histoire de bien faire comprendre aux spectateurs à quel point c'est naze d'envoyer des jeunes gens se battre là-bas.




Pendant ce temps, des flics retrouvent des bouts de corps humain brûlés dans un champ à proximité de la caserne. Les restes de la victime sont dans un état détestable, mais après analyse le constat est sans appel : il s'agit du fils de Tommy Lee Jones (pas le parachutiste hein, l'autre !). Papa Tommy, plutôt amer, fait tout de suite part de la mauvaise nouvelle à Susan Sarandon qui lui raccroche au nez mais décide cette fois-ci de l'accompagner lors de l'identification du corps. Cette fois ça ne fait aucun doute : bien qu'il ait le teint plus bronzé qu'à l'accoutumée, le morceau de visage noirci qu'ils ont sous les yeux est bien celui de leur fiston. Dès lors, Tommy Lee Jones erre, littéralement, dans la vallée d'Elah, et le film nous montre cette errance, sans détour ni tabou.




Et c'est là que je me suis endormi. J'ai vu 1/2 heure de film et j'en ai inventé la moitié. Ensuite je crois que Tommy Lee Jones apprend que son fils était un drogué, un bon moyen d'oublier les horreurs qu'il a vu en Irak, et il est aidé par Academy Award Winner Charlize Theron (sans maquillage) pour piger les circonstances de sa mort. Apparemment c'est une bande d'immigrés chicanos qui lui a fait la peau en échange d'un peu d'herbe. Ils l'ont ensuite brûlé dans le simple but de se réchauffer, car les nuits d'hiver sont rude au Nouveau-Mexique. Bref, j'ai pas bien suivi. C'est encore un gros mélo hollywoodien tout pourri, dénué d'humour et de légèreté, où on retrouve la même subtilité que dans Crash pour tenter de retirer quelques larmes aux spectateurs et lui asséner une grande leçon de morale. Triste Paul Haggis, c'est sans doute un brave gars mais il ne devrait pas faire de films !


Dans la vallée d'Elah de Paul Haggis avec Tommy Lee Jones et Charlize Theron (2007)