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19 octobre 2021

Les Survivants

Un film de montagne avec Ethan Hawke... Pouvions-nous passer à côté ? Non. Je me suis donc pris Les Survivants de Frank Marshall sur le râble. Le célèbre producteur américain tourne en 1993 cette adaptation d'un fait divers : le crash, en octobre 1972, du vol 571 de la Fuerza Aérea Uruguaya transportant toute l'équipe uruguayenne de rugby, en plein cœur de la Cordillère des Andes, côté argentin, sur un glacier reculé culminant à 3600 mètres d'altitude. La cordillère, dans ce film, ne bénéficie pas vraiment du regard sensible et sensé que pose sur elle le cinéaste chilien Patricio Guzman dans son dernier film, La Cordillère des songes. Dans Les Survivants, la Cordillère des Andes, même si quelques plans d'ensemble lui font la part belle, est plutôt assimilée à un formidable merdier. Les rugbymen taillés comme des arbalètes du casting se retrouvent piégés dans les hauteurs glacées de la montagne et contraints d'y survivre pendant 70 jours en affrontant toutes les épreuves : blessures, froid, avalanche et surtout la faim, qui les conduira à prendre une décision critique. Bouffer ou ne pas bouffer les morts ? Autant ne pas lire ce qui suit si vous voulez vous taper Les Survivants bientôt, lors d'une redif sur Paramount Channel, mais vous l'avez vu venir à dix kilomètres : les survivants finiront par trancher et becqueter les macchabées.

 

Cette image d'illustration a deux défauts. Premièrement, Ethan Hawke en est absent, puisqu'il est à bord de l'hélico venu sauver les rescapés (massive spoiler), en contrechamp. Deuxièmement, elle constitue un massive spoiler. Mais Danny Nucci y est à l'honneur, les bras écartés et une chaussette sur la main droite. Notez aussi le type, en bas, heureux d'être enfin secouru mais qui n'oublie pas de finir de grailler un bout de bifteck humain.

Que dire sur ce film après ce premier paragraphe déjà bien dense, riche, complet et passionnant ? Je ne sais trop. Je pourrais m'arrêter là. En fait, j'aurais pu ne pas commencer. Mais maintenant que c'est fait, il faut bien terminer. Ah si, dans ce film au casting peu reluisant en dehors d'Ethan Hawke, beau comme un cœur dans chaque plan où il apparaît avec sa superbe gueule, et qui embellit au fil du métrage contre toute logique narrative, on évitera de causer de la présence de John Malkovich en début et fin de film, anecdotique dans le rôle du survivant vieilli qui raconte son histoire, mais on peut citer Danny Nucci, qui fait partie de la fine équipe. On a tous entendu parler de ces femmes ou de ces hommes qui se sont retrouvés impliqués sur les lieux de toute une série de catastrophes ou d'attentats, victimes d'un destin malicieux s'acharnant à leur faire frôler et renéguer la mort de près. Danny Nucci est de ces gens-là. Il était donc des rescapés de ce deuxième vol 571 de la Fuerza Aérea Uruguaya. Deux ans plus tard il grimpait à bord de l'USS Alabama de Tony Scott, coincé entre la glotte de Gene Hackman et la moustache de Denzel Washington à bord d'un sous-marin proche de l'implosion en pleine guerre froide. Deux ans après il embarquait à bord du Titanic de James Cameron la fleur au fusil, dans le sillage de son égérie Leo Dicaprio lui-même dans le sillage de Kate Winslet elle-même dans le sillage du gros paquebot bientôt coupé en deux, rameutant avec lui sa grinta pas possible, sa chatte à Dédé. Et en 2005 il errait par hasard dans l'un des biplans lancés à toute berzingue sur le World Trade Center d'Oliver Stone au moment de l'attaque terroriste. Danny la Nucci... ce vieux chat noir, cette jaunasse... Sur tous les plateaux où il est passé, les décors se sont cassé la gueule. Depuis, l'acteur américain natif de Klagenfurt se déplace à pied, et, plus grave, il est refoulé par tous les directeurs de casting. Pauvre Danny Nucci. 


Les Survivants de Frank Marshall, avec Ethan Hawke, John Malkovich, Josh Hamilton, Illeana Douglas et Danny Nucci (1993)

10 août 2014

Rachel Rachel

Ils doivent se compter sur les doigts de la main les cinéastes qui ont voulu et su filmer une femme. Pas seulement sublimer le corps féminin en portant sur lui un regard masculin, ce que beaucoup de cinéastes ont fait et parfois très bien fait, ni même simplement composer quelque beau personnage de femme au sein d'un ensemble plus vaste, mais consacrer toute son attention à une femme, regardée pour elle-même et mise au cœur de l’œuvre pour en être le sujet autant que la pulsation. Paul Newman fait assurément partie des rares qui auront filmé une femme de cette façon-là, et dès son premier coup d'essai (Rachel Rachel est son premier film, on retrouvera cette façon de filmer les femmes, enfant ou adulte, quatre ans plus tard, dans le remarquable De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites).




Il est tentant, en ce sens, de comparer Newman à un autre acteur-cinéaste de la même période : John Cassavetes. On peut d'ailleurs trouver d'autres points de comparaison entre les deux hommes, qui sont sans aucun doute deux des plus beaux spécimens mâles sortis d'Hollywood (dans le sens où ils y sont apparus et où leurs réalisations en ont plus - Cassavetes - ou moins - Newman - débordé les frontières), et qui ont tous deux filmé leur épouse : Gena Rowlands pour Cassavetes, Joanne Woodward pour Newman. Orson Welles aurait pu compléter le trio d'acteurs-cinéastes tombeurs ayant filmé leurs femmes, mais je ne crois pas qu'il ait filmé Rita Hayworth de cette manière-là, sans le prisme de la séduction, sans distance admirative, sans désir masculin. Ce qui ne l'empêche pas de l'avoir sublimement filmée, entendons-nous bien. Mais chez Newman comme chez Cassavetes, on trouve cet amour peut-être plus immense qui consiste à regarder la femme en face, pour ce qu'elle est, à filmer l'autre, par exemple, tel qu'elle se vit - et particulièrement enfant - quand elle ne se sent pas regardée.




Rachel Rachel est passionnant par le portrait qu'il dresse d'une institutrice marquée par le métier de croque-mort de feu son père (très beaux flashbacks sur la jeunesse du personnage, petite fille blonde sérieuse, confrontée à la mort et prête à se la coltiner plus que de raison pour obtenir l'intérêt et l'amour de son père), désormais prisonnière d'une mère veuve et possessive. Rachel est une célibataire esseulée et soumise, assaillie de désirs intempestifs, envahissants et presque inquiétants (Newman joue simplement mais très efficacement sur les faux-raccords dans un montage brusque et troublant qui substitue à la réalité les visions sexuelles fantasmatiques étranges de son héroïne). Les divagations mentales de la jeune femme, de natures diverses, sont là dès l'ouverture du film, quand elle se réveille dans sa chambre, se parle à elle-même et se revoit petite fille tandis que sa mère vient la chercher pour "aller à l'école", phrase qui résume toute l'inertie d'une vie monotone passée à vieillir dans un village de campagne sans surprise.




Sur le chemin du travail, Rachel a ensuite des absences, et se voit par exemple en train de lécher la main du directeur de l'école. Pas loin de s'enliser dans une enfilade d'hallucinations, elle frôle le délire quand son amie la convie à l’Église, où un prêtre surexcité invite ses ouailles à se tenir les mains, contact physique qui est au nœud de la névrose du personnage. Et rien ne s'arrange quand sa collègue (incarnée par Estelle Parsons, la mémorable épouse hystérique de Gene Hackman dans Bonnie and Clyde) l'embrasse soudain à pleine bouche. A travers ce beau personnage, Newman évoque aussi l'homosexualité féminine, sur un plan intime plutôt que social, assez éloigné donc d'un film comme La Rumeur de William Wyler, avec ses deux institutrices soupçonnées d'homosexualité, jouées par Shirley MacLaine et Audrey Hepburn. Si bien qu'à la longue, Rachel pourrait devenir une fausse-jumelle de Carole, le personnage de Catherine Deneuve dans Répulsion...




Mais quand elle retrouve une vieille connaissance, un ancien camarade d'enfance revenu au pays, le personnage de Rachel, jeune femme solitaire, perdue, si désespérée qu'elle se jette au cou du premier homme venu, avec sa frange blonde et son air négligé, évoque plus directement l'héroïne éponyme du Wanda de Barbara Loden, tourné l'année suivante. Loden, dans son unique et incroyable film, a voulu et su elle aussi filmer une femme, en des temps où c'était bien rare, et avec une force peu commune. Si Newman signe un film moins radical et moins puissant que celui de Loden, il a le mérite de présenter un autre intérêt majeur : être un homme et filmer une femme en évinçant toute notion de désir ou de convoitise au profit d'un regard à la fois direct et saturé d'amour. Car c'est avant tout la présence de Joanne Woodward, la présence absolue de cette femme, qui fait événement. Elle est plus éclatante ici, déjà relativement loin de la jeune première qu'elle fut et pratiquement sans maquillage, que dans un film comme Feux d'été, antérieur de dix ans, où, toute en beauté, elle séduisait son Newman, alors acteur, dans un rôle tout trouvé d'irrésistible pyromane. Filmée dans sa nature, la présence brute et évidente qui se dégage de la moindre des expressions de l'actrice, de la moindre inflexion de son visage, de son sourire mutin, innocent, sincère et enfantin, comme de ses traits défaits par la tristesse, conjugué à un personnage fin et d'une grande humanité, nous maintient fascinés et émus d'un bout à l'autre du film.


Rachel Rachel de Paul Newman avec Joanne Woodward, James Olson, Kate Harrington, Estelle Parsons et Donald Moffat (1968)

16 mars 2014

Sens unique

Un officier de marine (Costner) est chargé d’enquêter sur le meurtre d’une femme (Young) dont il était l’amant. Il s’aperçoit progressivement que tous les indices qu’il découvre le désignent comme le coupable idéal. En effet, c'est Gene (Hackman), le véritable meurtrier, qui met en place un faisceau de preuves pour accuser Kevin (Costner) du meurtre et, cerise sur le gâteau, en faire un traître au service de l'Union (Soviétique). Nous sommes en pleine Guerre (Froide) et un climat de suspicion règne chez les haut gradés. Ce film nous apprend qu'on ne peut pas faire confiance en ses amis.

En cinq petites minutes de film, on a vu autant de rapports bucco-bucco, bucco-mammaires et bucco-génitaux que dans l'ensemble des films américains sortis depuis début 2010. Kevin Costner est beau et svelte. Il ressemble à mon frère Glue 3. Gene Hackman joue l'enfoiré qu'il a été condamné à jouer à partir du début des années 80 et ce jusqu'à la fin de sa carrière. Face à eux, prête à réaliser toutes les prouesses physiques qu'ils pourraient exiger, voici Sean Young, à l'époque en haut de l'affiche, grande actrice qui n'a malheureusement pas d'équivalent de nos jours. On l'aurait préférée en brune, nous l'apprécions quand même avec son indéfinissable couleur de cheveux poivre et sel et blonds fauves.


Deux acteurs au top du top de leur forme dans les années 80 et qui n'ont pas leurs équivalents de nos jours.

Dans ce film, Kevin Costner a la particularité de porter des habits trop courts, en alternance le pantalon ou le chemisier. Durant un dialogue décisif pour la résolution de l'intrigue lors duquel il est à la limite du pétage des plombs, Kevin Costner, la jambe pliée sur le coin de la table basse, laisse apparaître jusqu'à la partie supérieure de son mollet. Pour info, la costumière n'a pas été nominée aux Oscars. Opportuniste, l'acteur saisit alors l'occasion pour nous rappeler qu'il a failli devenir un joueur de baseball professionnel avant d'opter pour une carrière à Hollywood, en pointant du doigt le saillant muscle gastrocnémien qui tend les fibres de sa chaussette rouge.


Gene Hackman, au top durant toute sa carrière, héros et anti-héros dans les années 70, ordure notoire à partir des années 80, "celui qui a su s'arrêter à temps" dixit Clint Eastwood.

Kevin Costner joue un marin et c'est peut-être pour cela qu'ils ont décidé de faire en sorte qu'il ait toujours l'air de sortir de la douche, les cheveux mouillés, de l'eau dégoulinant sur les fringues. Heureusement, cet acteur a une telle prestance que quel que soit l'état de son cuir chevelu, son charme ne se brise jamais. La magie opère encore lorsqu'on nous dévoile le torse de la star. Ah, qu'elle était loin la mode des acteurs imberbes ! Kevin Costner nous montre en effet dans cette scène d'anthologie pourquoi il avait été choisi comme figurant dans le film Gorilles dans la brume. Quel torse velu ! Quelle pilosité ! A faire tomber n'importe quelle femelle chimpanzé. 


Légère comme une plume, gracieuse comme une ballerine, Sean Young réalise dans cette scène qu'elle a une opportunité en or de réaliser le coït tant espéré avec celui qui à l'époque était en tête des sondages de popularité tant chez les femmes que chez les hommes.

Durant les trois premiers quarts d'heure de ce film, on voit Kevin Costner simuler plusieurs fois des rapports sexuels avec Sean Young. A moins que ça ne soit pas simulé... A l'époque, les gens osaient et savaient attirer le chaland. Quid de cette virée totalement gratuite en bateau où Sean Young porte un t-shirt blanc et fin qui ne laisse aucune place à l'imagination ? Au bout d'une heure de film, on se rend compte que c'est un thriller érotique digne des meilleurs Hollywood Nights. Roger Donaldson signait son premier et avant-dernier succès public. Un film à sens unique dans lequel Kevin Costner nage en eaux troubles parmi les requins, les mines antipersonnel et les pièges à loups. 


Une scène et un t-shirt qui resteront gravés dans les esprits de tous ceux qui auront eu la chance d'avoir vu ce film !

Une scène, je dirai même un plan, a retenu notre attention. C'est une scène de dialogue tout à fait banale entre un responsable de la CIA et l'un de ses subordonnés. Tout en discutant avec son subordonné, le responsable se lève face à son interlocuteur et dans le champ contre-champ qui en découle, le plan démoniaque apparaît, le réalisateur décide à ce moment-là de faire un plan "léonien" d'avant-garde. En amorce, légèrement flou en bord de champ, un gland rougi sort résolument du costume bleu électrique de son propriétaire, tandis que le subordonné, stoïque, fait mine de ne se rendre compte de rien. Ce plan-là aurait mérité mille éloges, mais il semble que nous sommes les seuls à l'avoir repéré. 


Sens unique de Roger Donaldson avec Kevin Costner, Gene Hackman, Will Patton et Sean Young (1987)

7 octobre 2011

Superman

Avant d'être traîné dans la boue par Bryan Singer avec Superman Returns, Superman, au cinéma, c'était feu Christopher Reeve dans un film de Richard Donner réalisé en 1978. J'aime ce film d'un amour irraisonné, à peine justifiable, pratiquement indéfendable autrement que par l'affectif. J'ai découvert Superman quand j'étais enfant, il m'a fait rêver (je rêvais d'ailleurs moins de pouvoir voler, d'être invincible et doté d'une force surhumaine que de travailler comme journaliste au Daily Planet), et c'est parce qu'il m'a fait rêver que j'aime énormément ce film. Je peux comprendre ceux qui se moquent de ce blockbuster certes un peu niais, à la gloire du super-héros le plus ridiculement patriote de tous les temps, à l'exception peut-être de Captain America... (à noter en outre que ce premier épisode des aventures de Superman est moins "propagandiste" que celui qui lui a succédé et dans lequel Supermec porte fièrement le drapeau américain pour le planter sur la Maison Blanche reconquise). Je n'en veux pas à ceux qui trouvent l’œuvre de Richard Donner terriblement datée et franchement ridicule. Dans les faits je ne peux que souscrire à ces critiques légitimes et difficilement contre-attaquables. Néanmoins j'aime ce film, entre autres pour sa naïveté, pour sa laideur ponctuelle, oui je l'aime non seulement pour ses qualités mais pour ses nombreux défauts.




Le premier défaut de Superman est certainement sa longueur, voire sa lenteur, surtout au début du film. Quarante cinq minutes (au bas mot) servent à nous présenter, dans l'ordre : le procès par le grand notable Jor-El (le père de Superman, incarné par Marlon Brando s'il vous plaît), du général Zod (Terence Stamp) et de ses sbires, sur la planète Krypton (cette première étape du film introduit en réalité le deuxième volet de la série, beaucoup plus potache, où Superman affronte ces trois criminels de Krypton, et que Richard Donner devait également réaliser mais qui fut malheureusement dirigé par un autre, Richard Lester en l'occurrence) ; le débat qui oppose Jor-El - convaincu que Krypton va exploser sous peu à l'approche d'un soleil - aux autres sages de Krypton, qui quant à eux sont sûrs que leur chère planète va changer d'elle-même la courbe de son orbite, et qui interdisent à Jor-El et aux siens de quitter Krypton sous prétexte que ce départ engendrerait un vent de panique chez les citoyens ; l'organisation secrète de l'évacuation du fils de Jor-El (Superman donc, qui s'appelle en réalité Kal-El) vers la Terre ; la destruction apocalyptique de Krypton ; le voyage vers la Terre à l'intérieur d'une capsule-cristal de Kal-El qui, encore nourrisson, devient progressivement un enfant durant ce trajet dans l'espace, tout en écoutant la voix de son père qui lui apprend tout ce que vous avez toujours rêvé de savoir sur tout ; l'arrivée de Kal-El sur Terre et son accueil par un vieux couple de paysans américains ; son adolescence un peu difficile, où il est contraint de cacher ses dons et incapable de séduire Lana Lang, la pom-pom girl du coin ; la mort de son père d'adoption (Glenn Ford), dont le cœur lâche après que son fils, futur Superman, lui a malencontreusement proposé de faire la course à celui qui arrivera le premier en haut de la côte... ; la découverte d'un cristal vert de Krypton enterré par ses parents adoptifs dans le sol de la grange ; le départ de Kal-El pour le pôle Nord (à pied !) ; l'édification miraculeuse, grâce au cristal vert, d'un temple de glace érigé au milieu de nulle part, où il peut mystérieusement communiquer avec ses parents biologiques, qui apparaissent sur les parois glacées du sanctuaire ; et le choix difficile, après avoir pesé le pour et le contre avec ses ancêtres, de cliver sa personnalité et de créer de toutes pièces le personnage de Superman, qui se révèle alors à nous pour la première fois quand Kal-El apparaît dans son costume (que nous ne l'avons pourtant pas vu coudre pièce à pièce) au fond du temple, avant de s'envoler le poing serré en direction de la caméra, volant à toute allure pour éviter de heurter l'objectif au dernier moment dans un virage contrôlé au millimètre près. Après quoi l'histoire commence enfin, quand Clark Kent nous est révélé à son tour, arrivant au Daily Planet dans son costume trois pièces d'anti-héros qui cache bien (enfin plus ou moins bien) son jeu. L'introduction est donc assez interminable, il faut bien le dire, quoique plaisante.




Kal-El (je rappelle ici juste en passant que Nicolas Cage a prénommé son fils ainsi, fin de la parenthèse) devient donc à la fois Clark Kent, ce grand dadet maladroit qui travaille au Daily Planet, où il tombe amoureux de Loïs Lane (Margot Kidder), et Superman, le vaillant super-héros généreux et poli qui aide tout le monde, les policiers luttant contre la pègre comme les petites vieilles dont le chat s'est coincé dans un arbre. Rien ne nous est dissimulé du parcours initiatique du personnage et cette lenteur narrative va de pair avec la lenteur certaine des scènes d'action (plus encore dans le deuxième film, qui présente des combats au corps-à-corps où dix minutes séparent chaque coup de poing). On est loin des films de super-héros actuels qui veulent à tout prix commencer en fanfare et sur des chapeaux de roues histoire d'en foutre plein la vue aux spectateurs et de s'assurer d'immédiatement capter leur attention. Ici le film commence d'une très belle façon : un rideau sombre s'ouvre sur un écran de cinéma où des images en noir et blanc nous présentent la main d'un enfant qui tourne les pages d'un comic book. La caméra se rapproche lentement d'une case précise de la bande dessinée qui montre le Daily Planet, et un fondu enchaîné substitue une véritable image filmique du bâtiment au dessin qui le représentait. Ce passage de la bande dessinée au film est accompagné par la voix-off de l'enfant, qui nous plonge tout de suite dans une ambiance bien particulière. Cette ouverture m'en évoque une autre, similaire bien qu'issue d'un film tout-à-fait différent, celle d'Un Pont trop loin de Richard Attenborough, qui commençait également par dévoiler un écran diffusant des images d'archives de la guerre de 39 en noir et blanc commentées par une voix féminine étrange, triste et envoûtante, annonçant le programme du récit à venir. Après la présentation tout aussi captivante et immergeante faite par l'enfant au début de Superman, le générique d'introduction fait éclater l'inoubliable et grandiose musique de John Williams, puis vient donc l'introduction sans fin résumée précédemment.




Superman est un film qui prend son temps, un film qui refuse de considérer le spectateur (enfant ou adulte) comme un abruti avide d'action prémâchée, un film qui ne se prend pas pour autant au sérieux, loin s'en faut, et qui regorge d'ailleurs de petites touches d'humour, notamment grâce au personnage de Lex Luthor, incarné par un Gene Hackman en grande forme, et grâce à son acolyte abruti, Otis, interprété par Ned Beatty. Le film se prend si peu au sérieux qu'il accumule les maladresses, des maladresses moins agaçantes que touchantes, qu'elles soient dues à l'interprétation des deux acteurs principaux (Christopher Reeve et Margot Kidder), pas franchement géniaux dans leurs performances dramatiques quand bien même ils correspondent parfaitement aux rôles, ou à des effets spéciaux quelques fois comiques. Le film échappe cependant au ridicule par la beauté d'autres effets, car il témoigne d'un vrai soin apporté par le réalisateur et l'équipe technique à l'aspect visuel général de l’œuvre, notamment grâce à la photographie de Geoffrey Unsworth (décédé à la fin du tournage et à qui le film est dédié), ainsi qu'à des mate-paintings magnifiques réalisés par des artistes-peintres inspirés à qui on avait laissé du temps, car cette chose-là existait à une autre époque, et l'on n'ignorait pas qu'il en fallût pour accomplir un travail de qualité.




L'autre grande maladresse du film, c'est son dénouement. Nous sommes en présence d'un script aussi bon que mauvais. Le scénario n'est pas dépourvu de qualités, grâce entre autres à l'élaboration d'un méchant original et intéressant, car Lex Luthor n'est pas un gros catcheur ridicule habillé comme l'as de pique qui se contenterait de faire chier son monde, c'est un petit chauve sans muscles, brillant et machiavélique, qui échafaude un plan génial : détourner deux ogives nucléaires pour les lancer sur la faille de San Andreas afin de plonger la Côte Ouest des États-Unis dans l'océan et de voir se bâtir une nouvelle Californie sur le désert adjacent qu'il a au préalable acheté pour une bouchée de pain. Ce plan réclame cependant de neutraliser Superman, pour éviter qu'il ne vienne gâcher la fête. Luthor s'en acquitte grâce à la kryptonite (un cristal particulier de la planète Krypton qui annihile les pouvoirs de Superman), récupérée sur une météorite tombée à Addis-Abeba. Alors se pose à Superman une question de philosophie morale expérimentale comme en raffolent les auteurs de comic books. Beaucoup de films de super-héros aiment en effet à poser ces dilemmes moraux à leurs personnages (et donc à leurs spectateurs), de Spider-Man, qui doit choisir entre sauver une nacelle remplie d'enfants ou sa femme, à Batman, qui doit choisir entre sauver le "héros blanc" de la ville ou son ex-compagne. Spider-Man ne s'emmerde pas à choisir puisqu'il tisse deux toiles, les poignets (et les majeurs) tendus vers le Bouffon Vert, sauvant les gamins et sa meuf en même temps, sans broncher. Batman, que le Joker tente de corrompre (tout comme le Bouffon Vert tente de corrompre Spider-Man... les auteurs de ces scénarios n'allant jamais chercher bien loin), décide de sauver son ex, car au fond il se fout complètement du bien-être de la cité et préfère le sexe entre amis, mais le Joker le trompe et Batman sauve l'avocat qui foutra la merde dans le 2ème épisode. Mauvaise pioche. La femme meurt (le public s'en remet rapidement, car c'est Maggie Gyllenhaal qui joue le rôle), et Nolan assure la part "sombre" de son triste film. En réalité le vrai défi de philosophie morale expérimentale du Dark Knight se trouve dans la scène des bateaux et pourrait se poser en ces termes : est-il moralement acceptable de sacrifier un groupe d'individus criminels condamnés à croupir en taule pour sauver un groupe d'individus sans casier judiciaire ? Nolan évacue cependant la question car elle n'est pas posée "au Batman" mais aux individus des deux camps eux-mêmes, et on veut nous faire croire que les criminels comme les "honnêtes gens" préfèreraient tous mourir ensemble plutôt que de faire du tort à leurs voisins d'en face, ce raccourci bien facile étant le point d'orgue d'un scénario qui a tout de la mascarade absolue.




Mais revenons à Superman, dont la situation est quelque peu différente - de fait le défi ne lui est pas directement posé par Lex Luthor - mais qui, à l'instar de ses camarades super-héros, pousse la philosophie sous le tapis et se torche avec, comme nous allons le voir. Deux têtes nucléaires sont lancées sur deux zones distinctes et éloignées de la faille de San Andreas. Superman a promis à Miss Teschmacher (l'autre acolyte de Luthor, moins idiote qu'Otis et plus responsable), qui vient de sauver le super-héros du joug de la kryptonite, d'arrêter en premier le missile qui se dirige vers la ville où réside sa vieille mère. Mais c'est laisser pisser l'autre missile, qui fuse vers un barrage où Loïs Lane et Jimmy Olsen (jeune photographe au Daily Planet et ami de Clark Kent) font un reportage. Qui sauver ? Tenir sa parole ou privilégier son intérêt personnel ? Si Superman suit son intuition déontologiste en bon lecteur de Kant, il doit tenir sa promesse, ne mentir sous aucun prétexte et laisser Loïs Lane mourir. S'il est au contraire un adepte et piètre applicateur de l'éthique des vertus, il privilégiera son équilibre personnel. Au final Superman est kantien : il part détourner le missile qui menace la maman de Miss Teschmacher, qu'il balance ensuite dans l'espace (pas Miss Teschmacher, le missile), mais étant très fort et très rapide, il part aussitôt réparer les dégâts causés par l'autre missile (qui ne sont que matériels, pas de radioactivité dans les parages) en plongeant sous terre pour soulever la roche et combler la faille agrandie par l'impact. Il crée ensuite un barrage de substitution pour remplacer celui qui vient de céder sous la force des vibrations, sauve un bus rempli d'enfants suspendu sur le rebord du grand pont de San Francisco, etc. Mais il reste une victime dont Superman se rappelle enfin, Loïs Lane, dont la voiture se trouvait pile sur le tracé de la faille et qui meurt, ensevelie, étouffée par la terre et la poussière.




Superman sort le corps de Loïs de l'accordéon de taule froissée qui lui servait de voiture, prend le corps inerte dans ses bras, s'agenouille, hurle, pleure. Il ne peut pas accepter ça, et le spectateur non plus, pas après les avoir admirés tous les deux volant ensemble dans le ciel étoilé de Metropolis, gênés par les pigeons mais tout de même heureux et follement amoureux. Alors Superman s'envole, le poing dressé. Et là vient le climax du film. On voit la Terre, et on voit superman tourner autour de la Terre à toute vitesse. Il fait vingt fois le tour de la planète en moins d'une minute (on se demande pourquoi il a mis un quart d'heure à rattraper chacun des missiles et pourquoi il n'a pas volé aussi vite quand il s'agissait de les détourner...), si bien que sous l'impulsion de sa vitesse la Terre commence à tourner dans l'autre sens. Et là où c'est fort, c'est que du coup le temps va en marche arrière. Superman rembobine la Terre puis refait trois ou quatre tours de planète, dans le bon sens cette fois, à l'endroit, en marche avant, histoire de refaire "lecture" et de revenir à la faille juste avant la mort de Loïs. L'espace et le temps sont à ce point liés qu'en faisant tourner la Terre à l'envers Superman remonte le temps. L'idée est si conne qu'elle en est grandiose. L'absurdité (certains parleront d'un goof) ne s'arrête pas là puisque lorsque Superman revient pour sauver Loïs Lane, il ne s'occupe plus de sauver à nouveau les autres, qui sont saufs néanmoins : remonter le temps a permis d'annuler la mort de Loïs sans annuler le sauvetage de tous les autres. C'est complètement idiot et j'adore ça. J'adore ça parce que ça n'est pas une "erreur" scénaristique à proprement parler, ce n'est pas un goof ni un couac du script, c'est un finale purement absurde, incohérent et débile, voulu comme tel. Il est impossible que les scénaristes, producteurs, réalisateur, membres de l'équipe technique, acteurs et premiers spectateurs n'aient pas perçu la connerie totale de cette dernière séquence. C'est un choix résolument assumé, et avec le sourire en prime ! Richard Donner, qui a réalisé quelques uns des plus grands films pour enfants de l'époque (Les Goonies en tête, mais aussi la série L'Arme fatale), fait un film comme un gamin raconterait une histoire, c'est-à-dire en se foutant éperdument des inconséquences du scénario et de sa conclusion ubuesque. L'idée de faire tourner Superman autour de la Terre pour en changer le sens de rotation et ainsi remonter le temps lui a plu (et c'est une magnifique idée, aussi conne soit-elle !), et il l'a réalisée, nous rappelant un peu ce qu'est avant tout (et sauf à d'extrêmement rares exceptions) l'univers du comic-book et que ne devraient pas oublier certains réalisateurs mégalo de films de super-héros, à commencer par ceux qui se prennent si tristement au sérieux : un amalgame de merveilleux, de grotesque et de connerie voué à faire rêver les gosses. Richard Donner en est un avant tout, que l'on voit dans les bonus du DVD du film raconter sa joie quand il a reçu le coup de fil d'Alexander Salkind (producteur) lui annonçant qu'il dirigerait le film : "J'étais aux cabinets. J'ai tout noté, le projet, le budget, les délais, tout, sur une feuille de PQ, une tranche de papier-cul que j'ai faite encadrer !".


Superman de Richard Donner avec Christopher Reeve, Margot Kidder, Gene Hackman, Marlon Brando, Glenn Ford, Ned Beatty et Terence Stamp (1978)

16 mai 2009

Bug

Je repensais à Terrence Malick et son inquiétant Nouveau monde en mangeant la moitié d'un gros éclair au chocolat que mon père n'a pas pu terminer après le chili sin carne (que des fayots) format familial de ma mère qu'on vient de s'envoyer intégralement à deux... Et après de brèves digressions j'en suis arrivé à penser à William Friedkin. J'ai longtemps confondu les blazes de ces deux réalisateurs. Je ne sais pas très bien pourquoi mais à chaque fois que je cherchais le nom de l'un je trouvais celui de l'autre et vice et versa. Ce qui m'a posé bien des problèmes parce que, croyez-le ou non, bien des discussions vous amèneront un jour ou l'autre à évoquer l'un ou l'autre de ces deux croutons de la réalisation. Et alors peut-être que comme moi vous lancerez à gorge déployée, très fiers de vous, le blaze du premier pour accompagner un film du second, ou l'inverse : "Ah ouais Les Moissons du ciel de William Friedkin ! Fameux film avec Gene Hackman... Pas aussi bon que le French Connection de Terrence Malick dans le même genre, avec Richard Gere, mais pas mal quand même !" C'est un peu comme confondre Barthez et Dugarry, Virginia Woolf et Françoise Sagan ou Bob Dylan et Shaggy, je veux dire par là que si Malick et Friedkin font bel et bien le même taff ils ne le font pas tout à fait de la même manière, et surtout que leurs blazes n'ont putain de pas grand chose en commun.



En fait si, je sais pourquoi j'ai eu cette triste tendance à confondre ces deux cinéastes. J'ai trouvé pourquoi en avalant mon gros éclair au chocolat noir. Je les confonds peut-être parce que dans mon inconscient personnel ils évoquent plus ou moins le même genre d'individus. A savoir deux vieux types dont les noms ont fait le tour du monde grâce en grande partie à leurs blazes marquants. Il faut bien dire la vérité, ces types-là ont des millions de fans un peu partout autour du globe, et même ceux qui ne les connaissent pas vraiment ont déjà entendu et à jamais retenu leurs noms. Vous me direz que ces deux noms-là sont particulièrement mémorables dans leur musicalité intrinsèque, mais à ce point ?... Ces deux mecs n'ont qu'à dire leur blaze pour remplir des stades, et si dire son nom n'est pas bien compliqué ça reste absolument nécessaire pour eux vu que personne n'a jamais croisé leur tête. Personne au monde ne saurait foutre un visage sur leurs noms en or. Mais je me refuse à croire qu'un nom qui sonne puisse suffire à de tels mouvements de foule. Il faut plus que ça. Et c'est là que je pose ma question. Qu'ont bien pu faire ces deux réalisateurs récemment pour susciter un tel engouement international ?



Le voilà leur point commun. Voilà deux types qui ont rameuté des populations à leurs causes, qui ont marqué les mémoires de génération en génération, et qui ont encore "la carte" à Hollywood sans rien faire ou presque. Avec 66 piges au compteur Malick n'a jamais réalisé que quatre films sur un seul et même sujet, et pas le plus attachant qui soit, à savoir le gazon sous toutes ses formes. Et Friedkin a réalisé fut un temps et coup sur coup deux films intéressants : French Connection et L'Exorciste, en 1972 et 1974. Depuis rien, n'est une suite de films plus ou moins immondes que tout spectateur doté du premier des sens qu'est la vue et du second qu'est l'ouïe s'accordera à juger caduques, inaptes à la diffusion, ni faits ni à faire. Alors je veux bien admettre que French Connection soit un chouette film sur Gene Hackman courant pendant une heure et demi sous le métro aérien à la poursuite d'un type probablement coupable de quelque chose d'assez grave pour qu'un autre le traque si longtemps sur un si petit périmètre. Je veux bien concevoir que L'Exorciste soit un des plus grands films d'horreur de l'histoire du cinéma et bien plus que ça, probablement un film d'auteur passionnant et très profondément mis en scène. Personnellement ces films-là me laissent un peu en porte-à-faux mais je reste lucide et je sais pertinemment qu'il y a dans ces deux œuvres des choses intéressantes et même importantes, même s'il s'avère que je considère chacun de ces films comme un de mes reins et que les reins, comme les couilles, on en a deux mais si on en perd un on fera pareil qu'avant avec l'autre. Tout ça pour dire qu'à 74 ans et du haut d'une liste de 18 longs métrages, William Friedkin monopolise encore toutes les attentions et génère encore bien des passions pour deux films intéressants réalisés dans la foulée il y a 37 longues années. De quoi, perso, me bluffer. Friedkin n'est sur aucun projet depuis 2007 et vient de sortir de sa tombe avec la sortie du Bug dont il est question, ou dont il est censé être question sur cette page. Black-out complet du côté de Willy Friedrich... gros "broken arrow" pour William Frisby. Il a laissé lettre totalement morte depuis son dernier film. Il doit probablement défragmenter son cerveau gangréné suite à son dernier gros Bug.



Parlons-en quand même de ce Bug. Ce film est une veulerie sur pellicule. Il y a ces films où l'on a le sentiment de voir le scénariste taper son script en transparence dans chaque plan. Et il y a ces autres films où l'on a le sentiment de voir le réalisateur sur ses chiottes, frappé d'inspiration, trouvant l'idée géniale sur laquelle il misera les deux prochaines années de sa vie, sa carrière toute entière et l'adolescence de ses enfants, allant même jusqu'à supprimer l'étape usuellement consacrée au défraiement d'un scénariste engagé précisément pour faire de cette idée un film. Bug fait partie de cette dernière catégorie. Friedkin a voulu faire un film noir, un film sale et répugnant, un film moderne sur la société moderne. Un film angoissant et surexcitant à propos de la folie ordinaire, du viol de l'intimité, de la manipulation, des mass médias, des faux semblants et de l'électronisation du monde. Alors il a pensé au mot "Bug", qui en anglais signifie "bestiole" ou "insecte" comme chacun sait, mais qui désigne aussi un problème informatique, un virus. Et puis au verbe "to bug", qui veut dire "embêter" ou encore, quand il est suivi de "quelqu'un", devient "to bug somebody" et se traduit alors par "mettre sur écoute". Et alors la grosse couille qui se balade dans son crane cabossé et qui lui sert de cerveau n'a fait qu'un tour. Il a enfermé une salope (la très vivante Ahsley Judd) et un crétin (l'excellent Michael Shannon) dans une chambre et à grands renforts d'effets spéciaux il les a entourés d'étranges petits insectes purulents et toujours plus nombreux qui ne tarderont pas à les rendre fous à lier. Sa grande question est alors la suivante : hallucinations ou clairvoyance ? Les deux protagonistes sont-ils complètement jetés ou bien les seuls à voir la vérité d'un complot d’État dont le secret reste bien gardé en dehors des murs de ce motel du fin fond des États-Unis ?



Une fois j'ai bu un pack de vodka redbull et je me suis vautré sur la tommette de ma cuisine, ce vieux dallage en terre cuite, pendant tout un après-midi passé devant trois fourmis qui cherchaient à faire passer une grosse miette de bouffe par un trou trop petit en bas de la porte-fenêtre qui donne sur mon jardin, mot fort élégant pour ce qui me sert en vérité de débarras. C'était pile poil le film de Friedkin. A la fin de l'après-midi j'ai marrave les fourmis avec mes doc marteens et j'ai colmaté la brèche en bas de ma porte-fenêtre avec une brique. Le film je l'ai maté y'a presque un an et pourtant j'ai toujours le sentiment de voir Friedkin le cul collé à son chiotte, tout sourire et conquérant à l'idée d'avoir songé à l'histoire la plus conne qu'il pouvait tirer des différentes définitions d'un triste mot. J'arrive pas à retirer cette image de mes pensées. Sans doute ma persistance rétinienne qui fout le camp. Je me casse prendre rendez-vous chez l’orthoptiste du coin !


Bug de William Friedkin avec Ashley Judd, Michael Shannon et Harry Connick Jr. (2007)

31 octobre 2008

Titanic

Encore hier j'étais le dernier à ne pas avoir vu Titanic. Aujourd'hui, c'est réparé. Par contre le film ne m'a pas branché. Je me suis tellement ennuyé que j'ai failli partir trois fois mais j'étais chez moi dans mon salon, j'allais pas me faire foutre à la porte de chez moi par un film de merde. L'histoire cousue de fil blanc, le bateau qui coule à trois reprises, et les gens qui tombent à trois reprises, dans un sens puis dans l'autre... Je ne comprends pas pourquoi tout le monde s'est rué sur ce film tellement Hollywood. Pas assez brut, pas assez réaliste. Il n'est jamais fait mention de ce passager qui selon les témoignages des derniers rescapés a passé tout le naufrage à se bâfrer dans les cuisines du navire pour finalement se jeter la tête la première sur une des cheminées du paquebot à la renverse. James Cameron nous montre le capitaine du bateau fier d'aller se planter devant son grand volant en attendant que l'eau explose les vitres de la cabine de pilotage pour l'engloutir, mais un témoin a pourtant raconté dans une interview accordée au Times à l'époque qu'il avait vu de ses yeux vu le capitaine à barbe blanche du Titanic sauter à pieds joints sur l'iceberg qui venait de causer la fin du plus grand paquebot du monde pour regarder son bébé couler tout seul, croyant ainsi s'assurer une survie qui se révéla toute relative. Le film fait l'impasse sur cet épisode édifiant de l'histoire du naufrage, et en un mot comme en cent la version de James Cameron est largement arrangée, manipulée pour le grand public.




Regarder ce film c'est comme manger un kilo de sucre au petit déjeuner, au déjeuner et au dîner. Un bon film historique se doit d'être un peu leste sur la salière, avec un zeste de citron et un peu de cacao à l'état pur (pour l'amertume) : vous obtenez un PH neutre. Je me demande encore pourquoi tant de gens sont allés se passionner pour les amours d'un gosse de 12 ans et d'une obèse. C'est plat, plat, plat, même au moment où cet ado pré-pubère et sa bourgeoise s'envoient en l'air dans une vieille deuch. James Cameron ferait mieux de s'intéresser au sort de son pays d'origine (le Cameroon) plutôt que de nous infliger ce spectacle, même si Leo Dicaprio et Winslet s'en sortent bien (peu le savent mais Winslet incarne deux rôles dans ce film, Rose et la bouchère du navire). La légende dit que l'épitaphe de la dernière survivante du Titanic était une insulte en langage assez châtié adressée tout droit à James Cameron et à son fidèle acolyte Bill Paxton, accusés d'avoir ramassé un gros pacson sur le dos de la congélation de milliers de malheureux.




Dans la catégorie "film de bateau" je préfère me retourner vers le grand classique USS Alabama où Denzel Washington, chauffé à blanc, est la réincarnation avant l'heure d'un Barak Obama opposé à un ersatz de McCain sous les traits de Gene Hackman, vert de rage. Mais je triche un peu car il s'agit d'un film de sous-marin. Pour rester dans le domaine du bateau à vapeur et même dans la catégorie très fermée des films sur le Twitanic, au remake préférez l'original, jetez vous sur la version télé avec John Zéta Jones !


Titanic de James Cameron avec Leonardo DiCaprio et Kate Winslet (1997)