9 septembre 2012

Radiostars

On a tous subi dans le bus qui nous menait au collège puis au lycée des émissions matinales pour adolescents faites par des gros lourds. Et chaque matin, à une heure où il ne fallait déjà pas nous emmerder, on encaissait les jingles les plus abrutissants du monde, les blagues au ras du sol, les animateurs hilares qui s'envoyaient des vannes de cour de récré entre eux ou se foutaient de la tronche de leur public et ainsi de suite en essayant de faire abstraction. Si le collège et le lycée ne laissent pas que des bons souvenirs, et si les trajets menant à l'un et à l'autre font partie des pires moments de la vie, les émissions des abrutis du genre Doc et Difool n'y sont pas pour rien. La troupe de ce film essaie de jouer sur la nostalgie du public de ces émissions aujourd'hui devenu adulte, et ça marche semble-t-il très bien. Radiostars est un film "déjà culte" pour certains qui n'ont de cesse de le répéter encore et encore, sachant qu'un mensonge répété mille fois devient vérité et espérant ainsi faire de cette saloperie une légende, notamment sur twitter, où le compte Radiostars_film a été retweeté des milliards de fois.



Petit tour d'horizon des forces en présence : Clovis Cornillac, pour lequel on avait encore un peu de sympathie et d'espoir, de cet espoir qu'on peut garder étrangement longtemps pour quelqu'un qui a déjà su nous faire rire, de cet espoir qui perdure malgré un enchaînement de désillusions à grand renfort de navets gigantesques et sur lequel il est difficile de tirer un trait (à part pour Alain Chabat, qui a su à force d'un travail de longue haleine liquider son capital sympathie jusqu'à la dernière miette auprès de grosso modo tout le monde). Clovis Cornillac, qui vient de faire fondre cet espoir comme neige au soleil et d'annuler notre ultime soupçon de sympathie à son égard, incarne ici un gros connard qui pète parfois les plombs, ce qui peut être drôle en soi mais ne l'est jamais dans ce film, pour exemple cette scène où il s'énerve contre le propriétaire d'un hôtel de province et lui crie au visage sans raison : "Quoi c'est bon ? Quoi c'est bon ? C'est bon j'ai bu dix-sept Ricards ce matin et tout va bien ? C'est bon j'ai enculé mon fils pour fêter la fin des vendanges ??" (et c'est mot pour mot le dialogue). La scène est si ignoble, à l'image de l'ensemble des scènes du film, qu'il est difficile de savoir si c'est du premier ou du second degré, si l'équipe du film se veut ironique à l'endroit des bobos parisiens friqués et racistes (comme le suggère la scène précédente où le personnage de Cornillac est effrayé par une grenouille) ou si c'est plus ou moins sérieux (comme le laissent à penser beaucoup d'autres scènes, dont une, interminable, sur une cagole locale vulgaire à mourir). C'est tout le problème quand on ne parvient pas à être drôle, on en devient douteux.



Ce film c'est Manu Payet dans son quasi premier rôle aussi... qui arbore tout du long un t-shirt Radiohead mettant à mal la mémoire de ceux qui ont jadis aimé ce groupe ou qui l'aiment encore. Comment évoquer le cas Manu Payet sans entrer dans une attaque basse et vile de son physique, de sa voix, de son allure et de sa personne toute entière ? Donc ne disons rien. Sauf que le comique a ses quelques scènes de bravoure dans le film, dont celle où il lit le texte d'un de ses camarades lors d'un "Breakfast club" (c'est le nom de l'émission...) devant un public d'autochtones (car l'équipe de radio parcourt la France en bus après avoir perdu son statut de number one de l'audimat pour se refaire une santé, ce qui nous vaut d'ailleurs tout un chapelet de scènes "musicales" où les connards de la bande apparaissent dans le bus un sudoku ou un ipad à la main tandis que la bande son dégueule des chansons soi-disant "trop cool"). Dans cette séquence, ce que lit Payet et qui est d'une nullité totale fait pourtant marrer la France entière et relance le succès du show radio, comme le suggère une musique grimpante qui sous-entend la qualité d'un speech pourtant merdique de bout en bout.



Et puis, au milieu de tout un tas de crevards, il y a le héros du film, incarné par Jason Biggs (photo ci-dessus), qu'on n'avait plus trop vu en dehors des mille et une suites d'American Pie. Cet acteur, qu'on ne reverra jamais plus, c'est sûr, plombe notre moral déjà amoché par sa présence misérable. Il n'y a rien d'autre à dire sur lui tant il fait peine à voir. Il joue le rôle de celui qui "défonce" au plumard une blonde antisémite pour venger le peuple juif. Lors de cette scène lourdingue et de quelques autres, le film de Romain Levy (qui s'était principalement illustré en co-signant le scénario de Cyprien, avec Elie Semoun) resserre tellement son "humour" sur une tranche de la population et cible à tel point son public qu'il prend le risque de se fermer au reste du monde. Tous les humours sont bons à prendre et devraient justement prétendre à l'universalité en faisant marrer n'importe qui, mais c'est parce qu'on n'entre jamais dans le film - la faute à des dialogues accablants dits par des personnages antipathiques au possible - que ces blagues "communautaires" nous en excluent encore davantage (si c'est seulement possible). Outre ces gags en vase-clos, l'humour du film tourne globalement autour de bites engourdies à force d'utilisation, de "bites qui puent la merde" (sic), de "bites qui puent la merde parce qu'elles sortent de culs qui puent la merde" (re-sic) et ainsi de suite. Nous n'avons rien contre la grossièreté au cinéma (et en général d'ailleurs - certains de nos articles en font la preuve), mais encore faut-il faire montre d'un minimum d'inventivité et que les horreurs proférées le soient avec talent et par des personnages attachants ou simplement amusants. On pense aux comédies de Will Ferrell, encore une fois, où le jeu d'acteur de notre idole et son sens du timing font toute la différence en venant magnifier des dialogues autrement plus originaux.



Après avoir vu ce film, on a reçu un mail de Poulpard, aka Brain Damage, notre reporter sans frontières, qui nous disait l'avoir bien aimé. La veille au soir le même Poulpard reprochait au film de Will Ferrell Moi, Député de se terminer en queue de poisson et de soi-disant se gâcher par un dernier quart d'heure moraliste oubliant de nous faire rire. Ce même Poulpard s'envoie en boucle la fin du Seigneur des anneaux 3, qu'il ne trouve quant à elle pas du tout trop longue ni trop remplie de bons sentiments (alors qu'on rappelle pour info que le film se termine sur une scène de gang bang où tous les nains se tapent un Frodon en pyjama sur un quai de gare). On a décidé de ne pas répondre à ce mail et de nous rappeler tout ce qui nous fait par ailleurs aimer cet incompréhensible énergumène. "Brain Damage", le surnom de Poulpard, prend désormais tout son sens, ou plutôt un sens supplémentaire et plus terre-à-terre, nous rappelant que l'ami Poulpard a réellement plongé au sol tête la première plusieurs fois durant son enfance et reçu entre autres un cerceau sur le coin du nez et un cerf-volant sur le coin de l’œil. Là on tombe dans les pires travers de Romain Levy, on fait des blagues entre nous, auto-référentielles, qui ne feront peut-être rire que trois personnes, sauf que nous ça ne nous coûte pas un rond, qu'on n'en demande à personne et que si on a deux retweets ça nous fera la semaine.


Radiostars de Romain Levy avec Clovis Cornillac et Manu Payet (2012)

20 commentaires:

  1. Poulpard (brain damage)9 septembre 2012 à 11:41

    En effet, j'ai trouvé ça pas si nul :) MAIS JE SUIS LOIN D'AVOIR BIEN AIME faut pas pousser les mecs! Ca reste tout pourri comme film, mais c'est pas si nul que je m'y attendais.
    Ensuite, c'est bien vrai que le passage où Cornillac traite un autochtone provincial d'incestueux pédophile est tout simplement minable et rend le film abject.

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  2. Ce bloc va finir par provoquer un événement encore impensable il y a quelques semaines chez moi: me faire regarder un Will Ferell que je connais si peu que je ne sais même pas écrire son nom...

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    1. Blog, pas bloc, putain de SwiftKey.

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    2. Tu nous en diras des nouvelles ! :)

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    3. En VOD orange, j'ai juste Ricky Bobby, roi du circuit, et ni l'affiche, ni le résumé, ni la BA, ni l'execrable VF de la BA ne me donnent la moindre envie de débourser les 2.99 € demandés, sniff...

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    4. Si le film n'est pas qu'en VF tu peux y aller, c'est un bon cru !

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  3. Vivement que Romain Levy lise ça !

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  4. Ayant lu quelques avis sur ce film sur le net(en gros c'est un bon film, drôle.., je me dis, je n'ai pas vu le même film ou suis je allergique à la "comédie" française? ça me rassure de lire cette critique, merci à vous.. un certain moment, je me demande même si c'est pas calquée sur la pseudo-vie de Payet?

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    1. Et ça nous rassure de lire ton commentaire !
      Je ne sais pas du tout si c'est calqué sur la vie de Payet, je ne m'y suis jamais intéressé et je ne m'y intéresserai jamais.

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    2. je ne m'y intéresse pas plus non plus, juste lu qu'il à fait de la radio et fait un spétac' comique ensuite... C'est clair que après le périph' on est soit des attardés ou des tueurs en demande de chair fraîche parisienne.. hélas..

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  5. Y'a vraiment un truc que je pige pas : comment tant de films qui accentuent volontairement au premier ou au second degré cette supposée hargne des citadins (ou plus précisément parisiens) vis à vis des "paysans" (ou moins précisément provinciaux, surtout quand on sait à quel point la paysannerie a périclité en France depuis cinquante ans) parviennent à faire du chiffre. Cette hargne n'existe que dans l'esprit malade des concepteurs de ces pamphlets abrutis. Comment les spectateurs parisiens et provinciaux ne se trouvent-ils pas outragés par les portraits que l'on peint de leurs soi-disantes conneries profondes ?

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    1. S'il n'y a de moins en moins de paysans, il n'y a moins de moins personne pour se sentir insultés :D Je dirais que ces ruraux sont des cibles faciles pour des citadins ignorants d'autres régions du monde et bourrés de préjugés à la con.

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    2. Mais les citadins ne sont pas comme ça ! Ou bien si peu le sont !

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    3. Si grave, tu regardes pas la télé ou quoi?

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  6. Franchement, l'humour et le rire sont sur-évalués. Surtout quand l'on sait que n'importe quel couillon peut faire rire des millions de personnes sans être jamais drôle et en sortant des vannes pourries (ces vannes peuvent être même racistes et insultantes en tout genre) : Lagaf, Michel Leb, J-M Bigard, Danny Boon, Makouille et Tolenador, Faruggia sans Les Nuls, Eric & Ramzy, Brice Hortefeux, Manu Payet, Franck Ribéry, Gad Malhou et beaucoup d'autres sont de tristes exemples. Il n'y a pas besoin de grand chose pour décrocher des mâchoires. Chaque PME a son comique de service. Chaque service d'administration a son metteur de bonne ambiance. L'humour et le rire sont un peu comme des antidépresseurs naturels. Il suffit de sortir n'importe quelle connerie aux bonnes personnes et au moment approprié. Le pire, c'est quand on se targue d'avoir de l'humour ou d'être drôle, sachant que le pire des enfoirés est capable de faire rire tout un pays (Lagaf ou Michel Leb) : il n'y a vraiment pas de quoi être fier. Ceux qui ont du talent et font vraiment rire grattent le vernis des idées reçues et des préjugés de tous poils. Ils évitent la démagogie et le populisme de merde. Vive Billy Wilder et Seinfeld ! Donc > vive les juifs en humour !

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    1. Putain Seinfeld j'ai jamais pigé le "buzz" autour de lui tant ca m'a jamais fait marrer!

      Ce qu'on a trouvé triste, avec mon acolyte avec qui j'ai été voir The Campaign, c'est que sur toutes les BA, pubs, tout le truc d'avant le film, le seul qui nous a fait marrer c'est... la pub pour ACER avec Jack Bauer qui fait des gateaux. Tout le reste (et pourtant y'avait des films soit disant comiques, genre le Attal/Cluzet, les seigneurs, le truc de Ben Stilo), on a même pas décroché un sourire... Si même la BA fait pas marrer, c'est tendu!

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  7. Je n'ai pas tenu devant ce film.
    Impossible de tenir devant tant de stupidités.
    J'ai failli m'étouffer et en crever.
    Véridique !

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  8. Moi non plus, je n'ai pas tenu. Bernée par les critiques élogieuses, je me suis assise devant ce film un soir où j'avais envie de voir quelque chose de léger et de réjouissant. Les 25 minutes les plus longues de ma vie... C'est le genre de film qui salit les yeux, les oreilles et l'esprit.

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  9. Jason Biggs ? Sérieusement ? LOL

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