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4 mars 2022

Mad Dog and Glory

Je n'avais jamais vu ce film. Je ne savais même pas de quoi il s'agissait. Le titre me parlait bien sûr, on l'entend une fois et on ne l'oublie plus jamais. Mais je l'associais à un obscur film de guerre, ce qui n'avait aucun sens puisque le film de guerre est mon genre cinématographique préféré de très loin, et que je connais absolument tous ses représentants sur le bout des doigts ; je me suis même fait une sorte de playlist, sur un disque dur externe de 10 téraoctets, d'un bon millier de films de guerres en 1080p qui tournent en boucle sur mon home cinema en mode shuffle, emplissant ma maisonnée et mon quartier de bruits incessants de pétarades, de mitraillages, de fusillades, de hurlements de douleur atroces et de bombardements lourds en 5.1 qui ravissent mes voisins, surtout par les temps qui courent, dont certains sont désormais capables de reconnaître le calibre précis d'un flingue qui crache ou le type exact des obus qui pètent dans mon salon H24. Autre bizarrerie, ne jamais avoir aperçu l'affiche du film, pourtant certainement placardée dans tous les vidéo-clubs du temps de ma prime jeunesse, et par conséquent avoir ignoré tout ce temps l'identité des deux acteurs principaux de Mad Dog and Glory, Bob De Niro et Bill Murray, à savoir mes deux acteurs préférés de tous les temps, dont j'ai vu absolument tous les films, sauf Mad Dog and Glory. C'est réparé.


Mêmes effets spéciaux que pour les hobbits dans Le Seigneur des anneaux pour rapetisser De Niro.

J'ai donc vu Mad Dog and Glory, qui n'est pas un film de guerre, plutôt une sorte de comédie policière ma foi pas désagréable du tout, voire fort sympathique, qui joue la carte du contre-emploi. Contre-emploi pour De Niro, qui incarne ici Wayne Dobie, un flic-photographe, plus photographe que flic, chargé de faire des clichés de toutes les scènes de crime de la ville, bonhomme affable mais timoré et peu téméraire, portant l'ironique sobriquet de Mad Dog, qui rêverait de ressembler à son partenaire, interprété par David Caruso, un vrai bonhomme qui ne chie pas dans son froc devant un gros débile baraqué, un molosse prêt à refermer ses crocs sur ses jarrets ou deux canons de flingues Magnum vissés dans ses narines (les deux dernières situations évoquées n'adviennent pas dans le film, et je le regrette). 
 
 
Petit rôle pour Mike Starr, dans le personnage pour le coup très habituel pour lui de l'homme de main d'un mafieux, qui partage le comptoir avec De Niro le temps d'un déca, avant d'en partager un, mémorable, avec Jim Carrey dans Dumb and Dumber, un an plus tard.
 
Autre contrepied dans le petit filet, le rôle de Frank Milo attribué à Bill Murray, à la fois à contre-emploi, puisque l'homme qui se rêvait moine bouddhiste joue ici un ponte de la mafia, mais aussi à emploi, puisque Frank Milo, chef de gang criminel, mène une carrière parallèle de mauvais stand-uper dans ses propres cabarets. Or, Bill Murray étant un fameux humoriste, et non le piètre comique qu'il incarne (c'est le personnage de De Niro qui lui souffle ses "meilleures" vannes), cette partie à emploi de son rôle est finalement aussi à contre-emploi, c'est donc un double contre-emploi. Toujours est-il qu'au début du film De Niro se retrouve impliqué dans un braquage sans l'avoir vu venir et sauve, un peu malgré lui, la vie de Bill Murray, le gros mafioso, qui dès lors se sent redevable et veut devenir son ami. C'est l'aspect le plus touchant du film, cette terrible envie des personnages d'aimer et leur profonde misère affective, besoin d'aimer une femme pour De Niro, un pote pour Bill Murray. Au point d'envoyer à son ange-gardien une serveuse de son troquet, plus vraisemblablement une entraîneuse, la jeune et fringante Glory, interprétée par une Uma Thurman alors moins à contre-emploi, malheureusement.
 
 
Ces deux-là se sont retrouvés il y a deux ans dans The War with Grandpa que je n'ai pas vu. C'est tout ce que j'ai à dire à propos de ça.

Le "cadeau" de Frank Milo met Mad Dog dans l'embarras, qui, flic de son état, se retrouve avec une prostituée chez lui, envoyée par un truand de la ville, auquel il est donc redevable, et dont il tombe amoureux (de Glory, pas de Milo). Outre deux longues scènes de baston (l'une opposant Mike Starr à David Caruso, l'autre De Niro à Murray), qui pourraient toutes deux plus ou moins se loger dans la catégorie des bonnes scènes de baston amicale hardcore si cette catégorie existait quelque part, catégorie dont la scène-reine serait à trouver dans le They Live de John Carpenter, très loin au-dessus de celles de Mad Dog and Glory, l'une des meilleures séquences du film est celle où Mad Dog, après une première nuit d'amour avec Glory, se rend sur une scène de crime sordide dans un restaurant et photographie toute la boucherie, la barbaque étalée au sol encore fraîche, en chantant Just a Gigolo de Louis Prima et en dansant tout sourire, complètement refait. Mais une autre scène a retenu mon attention. Il s'agit de ce bref moment, vers le milieu du film, où De Niro s'arrête en pleine rue et montre à sa douce un carrefour où il prétend avoir vu, là, un matin, halluciné, une biche, égarée en plein centre-ville, au milieu de la chaussée, et le montage de nous opposer sa vision (si mes souvenirs sont bons)...


?

Je ne peux pas croire que cette scène soit simplement gratuite, posée là sans raison. Or j'ai pu lire, après des recherches à la Bibliothèque Nationale de France, que cette séquence est une séquence intertextuelle. Après d'autres recherches pour comprendre ce mot, j'ai compris que la scène mystérieuse faisait référence, allusion, clin d'oeil, à un autre film... Mais lequel ? Je ne trouve pas. Alors que j'ai vu et revu toute la filmographie des deux acteurs principaux de ce maudit film. Comment est-ce possible ? Je deviens malade. Que m'as-tu fait John McNaughton ? (Cf. le réalisateur du film, dont tous les autres métrages ont dans leur titre soit le mot "sexe" soit le mot "crime", qu'il a réussi à combiner dans le titre Sexcrimes, film fétiche de mon frère aîné dans les années 90, pour les formes de Denise Richards, aux côtés de l'intégrale de Buffy contre les vampires, pour celles de Sarah Michelle Gellar, et de Snake Eyes, pour celles de Gary Sinise). De Niro et une biche... Une biche et De Niro... Je m'avoue vaincu. J'ai pensé, dois-je le dire, au risque de passer pour un idiot, j'ai pensé à Bambi. Mais je ne suis pas certain que De Niro ait doublé la biche dans la version originale du film, n'ayant jamais vu que la VF, où la voix du petit cervidé éponyme était assurée par le regretté Jacques Frantz, le doubleur éternel de De Niro justement, de Mel Gibson, John Goodman, Dolph Lundgren, Nick Nolte ou encore Ron Perlman, et qui nous a quittés l'an dernier, l'homme aux mille voix, l'homme à la voix unique, l'homme à la voix reconnaissable entre toutes, l'homme à la voix. RIP Jacques Frantz.

 

Mad Dog and Glory de John McNaughton avec Bill Murray, Robert De Niro, Uma Thurman, Mike Starr et David Caruso (1993)

9 février 2020

Le Temps d'un week-end

Quelle idée de revoir ce film aujourd'hui ?! Je ne sais pas ce qui m'a pris... En plus, c'est long : 2h40 au compteur. Le Temps d'un week-end vous flingue une soirée et vous donne effectivement l'impression d'avoir cramé deux jours avec une paire d'abrutis. Il fait partie de ces films hollywoodiens des années 80-90 qui n'ont pas supporté le poids du temps et qui sont périmés depuis belle lurette. Ce qu'il y a d'amusant, c'est qu'ils mettent malgré eux en valeur le cinéma américain des années 70 et toutes ses pépites qui continuent de briller aujourd'hui. Scent of a Woman, en VO, est d'un académisme tel que cela a beaucoup plu à l'Academy, avec une poignée de nominations à la clé et même une razzia aux Golden Globes en l'an de grâce 92. Comme quoi, ces institutions savent distinguer les films qui restent...




Il s'agissait d'ailleurs de la consécration tant attendue pour le grand Al Pacino, enfin récompensé d'un Oscar après quatre nominations infructueuses pour des rôles autrement plus mémorables (Le Parrain, Une Après-midi de chien, Serpico, And Justice for All). Terrible ironie de la vie... L'acteur n'est pourtant pas spécialement bon là-dedans. Il en fait des caisses dans la peau d'un personnage monocorde et ennuyeux au possible, un vétéran devenu aveugle et acariâtre dont un étudiant doit s'occuper le temps d'un week-end pour financer sa scolarité. Imprévisible et chiant, l'aveugle récalcitrant amène son jeune garde à New York pour un séjour de folie, entre palaces, teupus et grands restaurants. Le projet secret du colonel retraité étant de se tirer une balle après avoir tiré sa crampe et profité une dernière fois des petits plaisirs de l'existence (principalement la bouffe et les femmes, donc). L'étudiant, incarné par un assez fade Chris O'Donnell, dont la carrière explosera ensuite en plein vol devant la caméra de Joel Schumacher dans la peau du célèbre acolyte de l'homme chauve-souris, essaie tant bien que mal de s'opposer aux envies suicidaires de son aîné...




Aux commandes de ce triste remake d'un film italien de 1974 signé Dino Risi, nous retrouvons, annonce fièrement l'affiche de l'époque, "le réalisateur du Flic de Bervely Hills", Martin Brest. Mais n'espérez pas vous marrer cette fois-ci. Cet homme a aussi réalisé Midnight Run, un buddy-road-movie bien de son temps dans lequel Robert De Niro pétait régulièrement les plombs, un film devenu culte que je trouve également très surcôté (je ne me souviens pas m'être marré une seule fois). Martin Brest fait son taff, sans chichi, aussi platement que possible. Une musique sirupeuse accompagne et vient surligner la moindre émotion, histoire d'alourdir encore tout ça, de nimber cette histoire fastidieuse d'une atmosphère surannée. On est content de retrouver un Philip Seymour Hoffman alors en pleine forme dans le rôle d'un jeune étudiant un peu con. Et ne soyons pas si dur avec Pacino, son charisme, certes diminué, porte le film à bout de bras. Il apporte par intermittences un peu de piment, mais il tutoie aussi régulièrement le ridicule quand il ponctue ses phrases de "Oouh-ah" pathétiques et supposés être drôles.




Le Temps d'un week-end est un vieux film. Je n'aime pas dire ça car il n'y a pas de "vieux films" comme il n'y a pas de "vieux tableaux", de "vieux livres" ou de "vieilles pièces de théâtre". Mais Le Temps d'un week-end est un film rance, dépassé, obsolète, faisandé. C'est sans doute le plus vieux film dans lequel ait joué Al Pacino. C'est un film qui a passé l'arme à gauche, qui a disparu, il s'est éteint sans un bruit, loin des regards, dans son sommeil, et n'existe plus. Plutôt fier de lui, Bo Goldman, le scénariste, a déclaré : "S'il y a une morale au film, c'est que si nous restons toujours ouvert et disponible aux contradictions surprenantes de la vie, nous trouverons toujours la force d'avancer". Une leçon... Merci mec ! Un film oublié et voué à le demeurer. 


Le Temps d'un week-end (Scent of a woman) de Martin Brest avec Al Pacino et Chris O'Donnell (1992)

8 janvier 2020

Joker

Joker se fout en l'air tout seul. Le début du film est plutôt intéressant. Joaquin Phoenix prend tout sur lui et se montre particulièrement impressionnant. Quelques bonnes idées sur le papier sont sublimées par son jeu, notamment celle du fou rire nerveux et maladif dont souffre Arthur Fleck, futur Joker, qui frôle les larmes et la souffrance, jusqu'à la suffocation, avec ses nombreuses variantes (de la scène dans le métro où il essaie de faire rire un petit garçon puis fait face à la mère à la séquence de stand-up dans un cabaret). Autre idée qui fait mouche, celle qui veut que son personnage n'est pas sûr d'exister. Phoenix rappelle alors – ce n'est pas la première fois – le Mathieu Amalric de Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) de Desplechin et la composition du personnage, lui aussi très physique et marqué par le motif de la chute, de Paul Dedalus, qui rencontrait le même doute d'exister et vivait une humiliation similaire (celle d'une porte automatique qui ne s'ouvre pas devant soi – idée toutefois mieux exploitée chez Desplechin).




Malheureusement, la deuxième partie du film est d'abord ratée, ensuite embarrassante. Ratée pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'elle prend le spectateur pour un idiot, faute suprême, dans la séquence où Todd Phillips nous remontre les passages où Fleck (n')est (pas) avec sa voisine afin que l'on comprenne bien, dans un montage nul, qu'en réalité elle n'était pas avec lui (ce que tout un chacun avait compris depuis des plombes). Mais aussi parce que cette deuxième partie (qui s'ouvre significativement, si ma mémoire est bonne, avec la triste scène où Fleck rencontre le petit Wayne autour d'un portail) traite avec quelque légèreté et avec une rapidité regrettable le basculement de son personnage principal, légèreté qui finit par toucher aussi la façon dont ses actes sont montrés (à la terreur de la violence du meurtre des trois gosses de riches dans le métro succède une assurance froide de pacotille qui se traduit par des propos et un geste trop précisément calibrés sur le plateau de télé de la fin). Or cette légèreté du geste correspond sans grande surprise à celle du film vis-à-vis de celui-ci. Le meurtre n'est plus horrible, il est presque séduisant et peut se revoir sans peine. Ratée, cette deuxième partie l'est encore parce que le film se referme sur la psychologie de son personnage principal de façon assez grossière (cette histoire d'abandon, puis de parents violents et détraqués, qui fait de Fleck un cas psychiatrique et relègue au second plan tout ce que la première partie montrait du poids d'une société inégalitaire, violente et corrompue sur l'individu) au lieu de l'ouvrir au système et à sa grande victime, le peuple, grand absent du film.




La fin de Joker ne montre pas, contrairement à ce qu'il semble, un soulèvement populaire, ne montre pas la formation d'un collectif, ne montre pas le mouvement, donc, d'un peuple (grand absent, déjà, de tous les gros blockbusters de super-héros depuis vingt ans ; l'une des seules scènes consacrées au peuple, bonne bête aveugle et naïve dans la trilogie du Ba-tm-an de Nolan, qui me revienne en mémoire est celle, dans Spider Man 2, où les usagers du métro se réunissent pour porter le corps du super-héros en triomphe après qu'il s'est sacrifié pour sauver les miches de cette bande d'assistés passifs et béats d'admiration...). La fin du film ne montre vraiment, encore et toujours, que le Joker, qu'un personnage, un tueur qui devient un enblême. C'est en somme peu ou prou la même chose, dans un registre moins gros bras évidemment mais néanmoins assez tape-à-l’œil, que ce que proposent les films Marvel : un héros. Dans la pseudo-révolution finale, qui, très ironiquement, a bien failli faire trembler quelques réacs à l'idée qu'elle confirme les velléités de révolte qui parcourent le monde en ce moment, le peuple, le groupe, le collectif ne comptent pour rien. Il n'y a aucune idée politique dans ce film, mais, pire, le film résume le problème à ce choix : la société capitaliste policière et corrompue des Wayne, ou la barbarie, le chaos et l'embrasement inspirés par le Joker à une foule foutraque qui n'a soif que de meurtre, de flammes, de rapine et de destruction. Rien d'autre. Choisissez entre ces deux super-vilains. Faites vos jeux.




Ce film-là opte pour le Joker et la violence érigée en solution jouissive, là où la plupart des autres optent pour des justiciers en culotte courte qui font régner l'ordre et, patriotes et propres sur eux, se vendent bien partout, surtout en Chine. Et la figure du meurtrier est donc, comme ailleurs celles des super-héros en slips aux couleurs du Stars and Stripes (Superman, Captain America) et du pognon (Batman, IronMan), glorifiée à travers de nombreux plans où il est représenté comme quelqu'un de sublime (ralentis, contre-plongée, peuple qui l'acclame quand il se dresse sur le toit d'une voiture de flic, danse de la victoire dans les flaques des escaliers, etc.). En convoquant Robert De Niro, Todd Phillips pense forcément à Taxi Driver et à King of Comedy (les références sont légion). Mais là où Scorsese finissait le premier en dénonçant l'héroïsation médiatique cynique de Travis Bickle tout en montrant toute l'horreur de sa violence, et le second en révélant le cynisme des rouages du show business toujours et injustement fermé aux mêmes, c'est tout le film de Phillips qui est cynique. La fin est simpliste, et si éventuellement elle devait être dangereuse (rions un peu), elle ne le serait pas en poussant les gens à reproduire le geste du Joker (les révoltes n'ont pas attendu le film, tout au plus certain·es manifestant·es ont-elles/ils arboré le masque du personnage pour colorer leur lutte), mais parce qu'elle va dans le sens de leurs adversaires : si l'on met à bas le capitalisme, c'est le chaos qui règnera. Les super-chats ou les super-rats, pour reprendre un motif peu finaud du film. Quant à l'idée que les citoyens pourraient s'organiser autrement et inventer d'autres modèles d'existence au lieu de sombrer dans la folie meurtrière ? Exit. Alors oui le film a quand même de petites qualités, et certes il vaut bien mieux que ce que produisent Marvel, Disney et consorts depuis vingt ans (pas difficile de concurrencer le néant), mais de là à se contenter de ça...


Joker de Todd Phillips avec Joaquin Phoenix et Robert De Niro (2019)

13 novembre 2019

Sierra torride

Don Siegel à la réalisation, Budd Boetticher au stylo, Ennio Morricone à la baguette et, face caméra, Shirley MacLaine et Clint Eastwood. Pas mal. L'ouverture nous embarque tout de suite grâce au thème principal signé Ennio (thème forcément réutilisé depuis à foison), qui est génial comme du Morricone, avec ce mélange de bizarrerie et de grâce qui fait tout son génie. A l'image, c'est Hogan, Clint, mercenaire, qui chevauche pépère dans le désert et qui finit par tomber sur trois truands en train de déshabiller une nonne, sœur Sara, Shirley MacLaine. Il en dégomme deux, balance un bâton de dynamite sur le troisième pour l'obliger à lâcher la religieuse et le tour est joué. Parce que c'est une sœur, Clint accepte de l'aider encore un peu, et parce qu'il accepte de l'aider encore un peu, Sara reste une sœur. Sauf qu'elle est traquée par l'armée française pour avoir aidé les révolutionnaires mexicains, qu'elle ne craint ni le cigare ni le whisky et qu'elle n'a pas peur de mentionner son "cul". Et petit à petit les deux personnages se retrouvent liés dans la guérilla aux côtés des partisans de la révolte.




Le film, quoique très plaisant à suivre, souffre de quelques petites longueurs. Mais ce qui s'en dégage de plus agréable, c'est la sympathie palpable entre Clint et Shirley. Ici, Clint Eastwood fait du Clint Eastwood, et il le fait plutôt bien, trimballant la même dégaine plus ou moins que chez Leone (qui, le comparant à Bob De Niro, disait que Clint était un bloc de marbre et une star quand Robert était un acteur, que quand De Niro souffrait à l'écran, Eastwood geignait, que les deux enfin ne faisaient même pas vraiment le même métier). Shirley MacLaine est parfaite, réunissant en elle-même les trois rôles historiquement dévolus aux femmes dans le western : la nonne, la mère (formidable séquence où elle soigne Eastwood d'une flèche reçue près du cœur) et l'autre. Tout en parvenant à être bien plus, à être aussi touchante que drôle (et les deux à la fois plus souvent qu'à son tour, rien que dans toutes ces scènes où elle flatte sans cesse la croupe de sa minuscule mule pour la faire grimper dans la sierra - le titre original du film étant Two Mules for Sister Sara), aussi grave que pétillante, bref, aussi Shirley MacLaine que possible. Avant de voir ce film, j'avais croisé plusieurs photos de plateau où l'on voyait l'équipe, et en particulier les deux têtes d'affiche, en train de passer du bon temps, se marrer, s'amuser. C'est formidablement palpable dans le film, et tout du long je ne rêve que d'être l'ami de madame MacLaine.


Sierra torride de Don Siegel avec Shirley MacLaine et Clint Eastwood (1970)

30 octobre 2018

Let's Scare Jessica to Death

"Let's Scare Jessica To Death", ça claque comme titre, non ? Foutons la trouille à Jessica ! Un peu moins... Heureusement, personne n'a eu la mauvaise idée de traduire ce titre en français. Reste à savoir si ce film a déjà été distribué dans nos contrées, ce qui n'est pas sûr du tout, mais c'est un autre sujet... En tout cas, aucun personnage ne prononce cette phrase durant les 88 petites minutes que dure ce film datant de 1971, devenu culte bien que resté relativement obscur. Nous le devons à John D. Hancock, un réalisateur qui n'a rien signé d'autre de très notable (à l'exception peut-être de Bang the Drum Slowly, sorti deux ans plus tard et ayant alors participé à la reconnaissance de Robert De Niro, méconnaissable dans la peau d'un joueur de baseball mentalement diminué) et s'est consacré à la mise en scène pour le théâtre après de multiples déboires avec les grands studios hollywoodiens (c'est notamment lui qui devait initialement réaliser la première suite des Dents de la Mer avant d'abandonner face à la bêtise des producteurs). Mais revenons à Jessica...





C'est dans un vieux corbillard d'occasion conduit par son mari que la jolie Jessica revient d'un long internement en hôpital psychiatrique pour dépression nerveuse. Direction le Connecticut et, plus exactement, une vieille maison isolée, au milieu des vergers et entourée de cours d'eau, fraîchement acquise par son homme. Une fois arrivés à la ferme, ils font la rencontre d'Emily, une jeune femme rousse plutôt accueillante qui, leur dit-elle, s'était permise de prendre possession des lieux, les ayant trouvés vides, mais prête à plier ses bagages. Jugée très sympathique et de bonne compagnie, Emily est invitée à rester vivre avec le couple et un autre ami. Rapidement, Jessica est témoin d'étranges apparitions, elle en fait part à son époux qui se met progressivement à douter de son état de santé...





A partir d'un pitch a priori assez classique de film de maison hantée, Let's Scare Jessica to Death ne prend jamais tout à fait cette direction-là. Dès les toutes premières minutes, nous doutons nous aussi de l'état de santé mental de la perturbée Jessica. Est-elle vraiment remise, elle dont le plus grand hobby consiste tout de même à aller décalquer méticuleusement les plus belles pierres tombales des cimetières qu'elle croise sur son chemin ? A-t-elle des visions ? S'agit-il de fantômes, de morts-vivants, de vampires ou, tout simplement, de nouveaux voisins un brin flippants (nous sommes à la campagne) ? Et d'où viennent ces voix qu'elle entend régulièrement ? Sur un rythme assez lent, propice à installer une atmosphère glauque à souhait, le cinéaste entretient le doute jusqu'au bout et, malgré cette indécision, son film garde une bonne tenue, ne perd pas notre intérêt et ne donne jamais l'air de jouer facilement avec nos nerfs.





John D. Hancock laisse beaucoup à notre imagination, reste dans le non-dit, se consacrant pleinement à dresser le portrait psychologique de son personnage principal, incarné avec talent par Zohra Lampert, quitte à nous enfermer avec elle dans une chambre bien sombre pour nous permettre d'assister à une crise d'angoisse douloureuse lors d'une scène qui n'a rien de réellement impressionnant mais qui captive paradoxalement par le calme, voire la douceur, avec laquelle elle est filmée. Malgré tout, l'ambiance est assez noire, lourde, bizarre. Des observateurs ont souligné les similitudes avec la nouvelle de Le Fanu Carmilla, dont le film serait une adaptation déguisée. Ce n'est qu'à la toute fin que le réalisateur révèle toutes ses cartes, lors d'une conclusion qui ne manque pas de nous glacer le sang et vient assurer la place de Let's Scare Jessica to Death aux panthéons des belles curiosités et autres pépites au doux parfum des seventies que se doit d'avoir vu l'amateur de cinéma fantastique.


Let's Scare Jessica to Death de John D. Hancock avec Zohra Lampert, Barton Heyman, Mariclare Costello et Gretchen Corbett (1971)

2 octobre 2018

Les Incorruptibles

Incroyable mais vrai : je n'avais jamais vu ce film, qui est pourtant un "gros morceau", et je l'ai seulement découvert il y a quelques jours. Je suis dans une période "film de gangsters", j'enchaîne les films de gangsters, qu'ils aient été réalisés par des gangsters ou qu'ils mettent en scène des gangsters. J'ai maté tous les Mocky et même quelques matchs de foot d'équipes entraînées par Rolland Courbis (le Marseille-Montpellier de 98 est entré dans l'Histoire). Les Incorruptibles appartient aux deux catégories à la fois puisque le gros Brian De Palma, le roi des petites combines, est à la barre. Je dois cependant vous avouer que je suis un tantinet déçu. J'ai trouvé ça pas mal... mais c'est tout ! Le film a un peu vieilli. On dit ça de ces films dont les dvds ne tiennent pas le coup, attirent plus la poussière que les autres. C'est généralement une histoire de placement dans la dvdthèque, tout en bas de l'étagère, près des godasses et des chaussettes sales, ou tout en haut, avec les araignées. La musique de Morricone aussi a pris du plomb dans l'aile, et Dieu sait que j'aime Ennio (un type délicieux). Je suis un fan du bonhomme, mais il flirte plus d'une fois avec le mauvais goût, peut-être très peu inspiré par les images de son compatriote... 

Le cas Kevin Costner pose également question. Pourtant je l'aime aussi, littéralement, puisque je le considère comme mon premier amour (j'étais gosse et il avait une classe d'enfer dans les années 90-94). Il m'a ici fait une très drôle d'impression : dans quelques scènes il me paraît un peu mauvais, sa voix dérape sur certaines répliques, on dirait qu'il ne sait pas quoi faire de ses paluches (ce qui est vrai de l'acteur comme de l'homme, d'où les nombreuses mains au cul sur tapis rouge : il n'est pas obsédé sexuel, loin de là, il ne sait juste pas où foutre ses pattes alors il les plaque contre les culs). Bref, Costner manque d'assurance là-dedans, c'est criant. Comme si De Palma pouvait le virer d'une seconde à l'autre. Mais d'un autre côté ça colle parfois pas trop mal à son rôle de flic ripoux et ça l'éloigne des clichés. Une prestation surprenante et intrigante en tout cas, qui est l'un des trucs qui m'a le plus captivé dans cet assez mauvais film. On se situe toutefois dans le haut du panier de la filmographie de De Palma. Sean Connery y est cool aussi, mais ça, c'est inhérent à sa personne, De Palma y est pour que dalle.

Pas un mot sur Robert De Niro, que je n'ai tout simplement pas reconnu.

Nb. Je me suis toujours demandé si le nom du fameux webzine Les Inrockuptibles était dû à ce film, ou si c'était pas l'inverse. Qui de l'œuf ou de la poule... Bref, le genre d'énigme qu'on ne résoudra jamais.


Les Incorruptibles de Brian De Palma avec Kevin Costner, Robert De Niro et Sean Connery (1987)

31 juillet 2014

Un été à Osage County

Deux statuettes, une de chaque côté, c'est mauvais signe... Voici donc la dernière grosse machine à Oscars rouillée des frères Weinstein, également produite par George Clooney, le gars qui perd tout capital sympathie dès qu'on imagine la gueule de sa dvdthèque. Je m'attendais à une pure horreur, je n'ai pas été déçu. Un été à Osage County... Déjà quel titre ! Quel toupet ont les américains, quand même, à considérer que leur pays est le centre du monde, forcément connu de tous. Les français n'auraient jamais pour idée d'intituler un film voué à l'exportation et porté par une ribambelle de stars "Un automne au Parc de Millevaches" quand bien même le nom du lieu-dit serait beaucoup plus agréable à l'oreille. Osage County, c'est un petit bled perdu dans les Grandes Plaines, en gros, c'est dans l'Oklahoma, soit l'équivalent de notre Limousin, précise-je pour justifier arbitrairement ma comparaison. Un endroit où il ne fait pas bon vivre, où l'on imagine aisément que les gens se créent des problèmes, simplement pour casser leur ennui quotidien. C'est tout à fait le cas de la famille Weston, amenée à se retrouver suite à la disparition du vieux papa.




Au prétexte d'une réunion familiale forcée, Un été à Osage County consiste en une enfilade de scènes d'engueulades qui se succèdent à n'en plus finir, à un rythme infernal, rarement ponctuée par de courts moments d'apaisement d'une niaiserie à toute épreuve, le tout filmé très mécaniquement et interprété dans une sorte d'hystérie collective autosatisfaite tout simplement gerbante. Rassurez-vous, le titre français est mensonger, l'action du film ne se déroule pas sur tout un été, mais seulement le temps d'un week-end. Mais quel week-end ! Une journée de plus au sein de cette famille, et c'en était fini pour moi. Dès la première scène, Sam Shepard fout le camp et on le comprend. Peut-être est-ce lui le Auguste du titre original ? On l'ignore... Le vieil acteur, au flair incomparable, semble sentir la merde venir. Il a tôt fait de décamper. Il est le seul qui ressort presque grandi de cette expérience, puisqu'il a su mettre en avant son sens inné du timing. En revanche, s'il vous reste une once de respect pour Meryl Streep, évitez ce film par tous les moyens. Dans le rôle d'une mère de famille incroyablement tyrannique, l'actrice est tout simplement insupportable. Il faut dire que son personnage, ahurissant de méchanceté gratuite, débitant des horreurs à un rythme effréné, humiliant à qui mieux mieux, entre directement au Panthéon des pires raclures jamais filmées aux côtés de Jason Voorhes et HAL 9000. En cabotinant comme pas possible, la vieille actrice n'arrange rien à son cas. Streep devance même ses répliques, ce qui pose parfois problème... Elle joue totalement à contretemps ! Les autres ne suivent pas, broyés par la mécanique sans faille de l'actrice bicentenaire ! La mégère postulait là pour sa 78ème nomination, on imagine toute sa motivation, toute sa détermination. Ça fait froid dans le dos ! Son atroce personnage est atteint d'un cancer de la bouche, symbole lourdingue des saloperies blessantes qu'elle débite à longueur de temps. Quand on voit ça, on se dit que, finalement, Albert Pacino et Bobby De Niro ont une fin de carrière pas si dégueulasse que ça... C'est dire !




Face à elle, Meryl Streep retrouve Julia Roberts, qu'elle n'avait encore jamais croisée. C'est une première. Nous sommes supposés trouver ça fabuleux. La rencontre de deux géantes. Tu parles... Les deux stars ne trouvent rien de mieux à faire que de s'adonner à un pitoyable combat de coqs. Lors d'une longue scène de repas apocalyptique, le point d'orgue du film entier, les deux femmes finissent littéralement par s'écharper après s'être affrontée dans un concours d'acting ridicule et interminable. Julia Roberts, les cheveux sales, parce qu'elle joue une femme ordinaire, est plus laide que jamais. Elle a beau y aller mollo sur le maquillage, son physique ne colle pas avec le Midwest. Sa bouche pourrait engloutir tout le reste du casting, à commencer par le désespérant et fantomatique Ewan McGregor. Viendra un jour où il faudra faire le bilan de la carrière de cet acteur, et j'espère pour lui que ce jour-là coïncidera avec sa mort, ça lui permettra d'éviter un mauvais moment. A côté de lui, on retrouve la revenante Juliette Lewis. Pendant la première heure, on se demande "C'est quoi ce zombie aux cheveux rouges ? Ce serait pas Juliette Lewis ?!", et pendant la seconde, on ne fait que se répéter "Mais putain oui, c'est Juliette Lewis cette espèce de zombie aux cheveux rouges !". J'apprends à l'instant que Jim Carrey a failli jouer son mari, rôle qui échoit au dénommé Dermot Mulroney, un habitué des pires films indé. C'est donc ça, la plus belle chose qui soit arrivée à Jim dans les années 2010, avoir loupé ce rôle ! Mais on ne va pas s'attarder plus longuement sur les acteurs, cibles trop faciles, même s'il est tout à fait logique de s'en prendre à eux après avoir subi ce festival de cabotinage...




C'est surtout le scénariste qu'il faudrait punir, ou plutôt, Tracy Letts, l'auteur de la pièce de théâtre ici adaptée. C'est aussi à lui, lauréat du prix Pulitzer en 2008, que l'on doit Bug et Killer Joe, toutes deux adaptées par William Friedkin. Dans Killer Joe, il y a un sens de l'excès, un jusqu’au-boutisme assez jouissif, une sorte de second degré et une outrance bien calculée, peut-être permis par Friedkin, je l'ignore, tout cela fait que le film passe plutôt bien et que l'on peut prendre un certain plaisir à voir ses idiots rednecks se massacrer. A Osage County, rien de tout ça. Aucun humour, rien. Si certains ont su rire devant les crises hystériques de cette famille, il s'agissait d'une réaction d'auto-défense tout à fait bienvenue pour survivre à la séance de ciné. Pendant la scène de repas précédemment évoquée, on peut penser que le film s'essaie à l'humour le plus noir à un moment donné, mais c'est aussitôt désamorcé par la lourdeur et le sérieux de l'ensemble. Pendant ce petit week-end en famille, des secrets de famille énormes sont révélés pratiquement à chaque scène. Un seul d'entre eux suffirait à faire imploser la plus solide des familles, mais non, c'est un film américain de la pire espèce, il nous faut le menu XXXL. Face à un tel enchaînement d'horreurs, on finit par prédire le pire, et on est rarement déçus. Elle n'est pas lesbienne, elle couche avec son cousin ! Ah, ce n'est pas son cousin germain, c'est carrément son frère ! Ces révélations grotesques finissent très vite par nous fatiguer. Ces engueulades répétées, se terminant même parfois un pugilat, m'ont même évoqué le Polisse de Maïwenn, curieusement. Les deux films produisent un peu le même effet. Ils terrassent et dégoutent, scotchent et révulsent, répugnent et désespèrent tout à la fois. Devant ça, on est forcément captivés. L'être humain est ainsi fait, nous aimons assister aux empoignades d'autrui. Cela explique le succès d'une certaine télé-réalité. Ces films-là ne valent pas mieux. Une insulte à l'humanité toute entière.


Un été à Osage County de John Wells avec Meryl Streep, Julia Roberts, Ewan McGregor, Chris Cooper, Juliette Lewis, Abigail Breslin, Benedict Cumberbatch et Sam Shepard (2014)

4 janvier 2012

Blackthorn

Nous étions tentés de mettre ce film dans nos tops de fin d'année, dans l'espoir de le faire un peu mieux connaître tant il est plaisant. Mais ça n'aurait pas été très honnête parce que Blackthorn n'est pas un grand film, c'est un film modeste et réussi et qui donne envie d'en retenir les nombreuses qualités quitte à faire l'impasse sur de menus défauts qui nous rappellent que c'est un presque premier film. Premier long métrage américain de Mateo Gil, Blackthorn part de l'incertitude quant à la mort de Butch Cassidy pour élaborer une fiction sur ce qu'aurait pu être la fin de sa vie. Pour incarner cette légende du Far West, Sam Shepard, avec sa vieille tronche burinée, son profil d'aigle aiguisé par les années qui force le respect, trouve un rôle à sa mesure auquel il donne toute sa prestance. C'est un vrai beau rôle de vieil acteur, et y'en a pas tant que ça*. Shepard, heureux comme un pape, se laisse aller à pousser gaiement la chansonnette, interprétant dans son intégralité "Sam Hall", ce classique de la country que Johnny Cash nous avait rendu agréable, et il donne une vraie gueule à un Butch Cassidy sur le retour, embarqué dans une course poursuite aux côtés d'Eduardo Noriega, l'acteur espagnol abonné aux rôles de petites frappes.




Porté par le charisme de Sam Shepard et d'un casting du reste très bien choisi (Ed Noriega donc, idéal dans les rôles de petites frappes, Dominique McElligott, une splendide Etta James, et Stephen Réa, le fameux producteur de jus d'orange), Mateo Gil réalise un western droit dans ses bottes, respectueux du genre, qui chatouille le mythe et lui donne de l'ampleur, qui prend son temps pour installer personnages et récit, doté en outre d'une histoire prenante et très efficace. Tout cela nous fait dire que si nous avions vu le film plus jeunes, nous en aurions été putain de fans. C'est pas la meilleure phrase de l'article mais on est là pour vous donner envie. Le plaisir que prend Mateo Gil à fabriquer un destin humain à une légende de l'ouest est très communicatif. Et quand on donne au réalisateur le Salar de Uyuni, le plus grand lac salé asséché (qui évoque le Gerry de Gus Van Sant), pour une journée, il en profite un max pour signer la plus belle scène du film**, celle qui a inspiré l'affiche et dont on se souviendra à coup sûr toute notre vie quand on entendra dans la rue le mot "Blackthorn", ce qui n'arrivera malheureusement jamais.




Pour quand même dire un mot sur les petites maladresses du film, elles résident principalement dans l'usage du flash-back. Le film est régulièrement entrecoupé de retours en arrière sur les derniers temps de la grande épopée de Butch Cassidy et sa bande, dont le kid (que j'imaginais plus petit), ce qui n'est pas réellement gênant, d'autant que l'acteur choisi pour interpréter Cassidy jeune est très bien trouvé et que le réalisateur évite de faire du spectaculaire en filmant les moments supposément glorieux de l'histoire du héros. Mais ces flash-backs ne sont pas non plus très intéressants et donnent au film un aspect parfois un peu conventionnel. Les flash-backs qui gênent davantage sont ceux qui parsèment la séquence où Stephen Rea, qui joue le type qui a poursuivi Cassidy toute sa vie et qui le retrouve vingt après son soi-disant décès, explique à sa proie de toujours qu'il a fait la connerie de s'acoquiner avec une petite frappe interprétée par Eduardo Noriega, lequel prétend avoir volé un grand exploitant de mines malhonnête à la Jean-Michel Aulas alors qu'il a en réalité dérobé les lourdes économies d'un groupe de villageois mineurs dont c'était l'unique richesse et la raison de vivre. Cette explication arrive un peu tard dans le film et prend les atours un peu regrettables d'un twist, mais elle est intéressante car elle montre à quel point Cassidy est resté coincé dans le passé, soucieux de jouer aux grands voleurs en volant les puissants d'abord, puis fidèle à ses principes et son honneur quand il décide de rompre son pacte avec Eduardo Noriega, et de rompre ses ligaments croisés par la même occasion, à la Eduardo justement, étonnant joueur Croate à 99% brésilien, trop pourri pour être à la Seleçäo, trop blessé pour jouer dans tous les cas. Sauf que sur cette explication donc, le cinéaste choisit de monter en flash-back des images où Cassidy aidait Noriega en flinguant des paysans revanchards à tout-va, autant d'images inutiles qui nous rappellent que Mateo Gil signe là ses quasi premiers pas derrière la caméra et qu'il est peut-être soucieux, à tort, d'emporter l'adhésion des spectateurs et de sur-dramatiser la scène d'une façon un peu grossière. C'est là le principal défaut de ce film qui n'en compte pas beaucoup d'autres quand bien même on sent que son inspiration visuelle n'est pas constamment à la hauteur de ses ambitions.




Mateo Gil est désormais une moving target under the radar, autrement dit, on regardera son prochain film avec intérêt. Après avoir été le co-scénariste et l'assistant réal des premiers films d'Alejandro Gonzalez Amenabar (ce qui lui aura quand même valu de rencontrer le diable, aka Eduardo Noriega, son acteur fétiche pour les rôles de petites frappes), après s'être donc levé du pied gauche dans sa carrière, Mateo Gil vient d'apporter une belle pierre à l'édifice du film de cozboys en signant un western ni classique ni crépusculaire, un western passé à l'étape suivante, apaisé et serein, dont le héros bien que légendaire n'est ni un surhomme ni un anti-héros déclinant, juste un vieillard passé à autre chose ou presque, qui exploite sa petite ferme et qui n'aspire qu'à une chose, aller retrouver son fils puis mourir au pays.


* RIP Al Pacino et Rest in Peace Bob De Niro avec tes rôles comiques foireux, va chier Morgan Freeman, l'abonné aux voix off avariées, idem pour Dustin Hoffman qui rejoue tous les jours Rain Man dans un asile pour vieux chiasseux, Robin Williams est son Docteur Patch attitré, Jean Rochefort, toujours perdu dans la Mancha, nous rend fou avec l'expression "A ma guise", Christobal Walken, à deux doigts du trépas, joue à la roulette russe tous les matins au ptit déj en souvenir du bon vieux temps et il finira pas se faire sauter la caisse entre deux pétales de Chocapic.

** Quand il y a une note de bas de page il en faut forcément deux pour être crédible. La voici. Juste pour dire que dans cette scène le réalisateur a su donner toute sa valeur au cheval en tant que moyen de locomotion noble et vital dans le Far West. Habituellement, dans les westerns, quand un cow-boy paume son canasson il s'en tape, et dès le plan suivant il en a un autre sous le cul, le frère jumeau de sa jument. Le cheval est alors réduit au statut de tas de viande méga utile mais peu précieux, comme les flingues qui, à peine déchargés, sont jetés au sol sans plus d'égards. Alors qu'ici, Mateo Gil nous fait éprouver la nécessité de posséder un cheval. Le perdre, dans le plus grand désert salé du monde, ce n'est pas un événement anodin, c'est un véritable cauchemar pour le futur piéton qui parcourt ce paysage morbide. Et pour qu'on retienne un tel détail, c'est que la scène est épique. Banco Mateo (Gil).


Blackthorn de Mateo Gil avec Sam Shepard, Eduardo Noriega, Stephen Rea et Dominique McElligott (2011)

31 décembre 2011

Happy New Year

Je sais pas vous mais nous quand on croise cette affiche on a la rage. Regardez-moi cette ribambelle de salops. Cinq par ligne, quatre par colonne, 4X5=20. On sent bien qu'ils ont voulu faire un film choral de chez choral mais qu'au moment de caser toutes les ganaches sur l'affiche y'a eu bug et plantage. Vingt tronches de merde, baston de sourires de fou, stonzba de chirurgiens dentistes pour obtenir ce portfolio de malheur. Même Bob De Niro a l'air heureux là-dessus. Y'en a qu'un qui tire la tronche, pour le repérer, disons que Jessica Biel est en A3, à partir de là, celui qui fait la gueule est en C3, pour faire plus simple c'est Hilary Swank vêtue d'un bonnet. "Par le réalisateur de Valentine's day", nous dit-on sur l'affiche. Un autre feel good movie d'un seul soir, avec des stars à la pelle pour se disputer un bout d'affiche. Et comme à chaque fois dans ces films, pour encore plus remplir le poster et faire rêver le peuple, de sombres inconnus se taillent le bout de gras au milieu des vedettes en perdition venues toucher leur paycheck : ici De Niro côtoie le cuistot Hector Elzondo, le nageur Til Schweiger fait de l’œil à Halle Berry, l'acteur porno Chris "Ludacris" Bridges joue des épaules avec Michelle Pfeiffer et enfin le chauffeur de bus Bon Jon Jovi essaie d'enfourner sa bûche dans Sarah Jessica Parker. 
 
Si vous arrivez à reconnaître et à mettre un nom sur plus de 6 personnes sur 18, vous êtes au fond du trou. C'est notre cas, même si on fait choux blanc pour la ligne du bas...
 
Cette affiche peut permettre de jouer au morpion pour le Nouvel An, elle peut aussi servir de support pour des parties de fléchettes endiablées. En ce qui nous concerne on a essayé mais toutes nos fléchettes sont mystérieusement aimantées par le clochard à bonnet qui chiale au milieu de la grille de ce morbac affreux, le type au-dessus de la brune avec une frange de malade. Vous noterez que dans les coins en bas à gauche et en bas à droite, deux images publisher comblent des vides, avec d'un côté un couple sur le point de se désintégrer et de l'autre deux coupes de champomy : si le film a été fait aussi vite que ce poster, ça doit être une sacrée tuerie. Garry Marshall, qui a réalisé ce merdier, est spécialisé dans la confection de films de fêtes jetables. Ses films de chevet sont Joyeuses pâques de Georges Lautner et Halloween de Carpenter. Ce film semble vouloir nous faire oublier que c'est la crise avec son affiche dorée à l'or fin et son défilé de smileys en forme de boîte de chocolats qui vous hurle d'être de bonne humeur et de croquer dans la vie à pleines dents même si vous n'avez pas un rond pour vous payer un ferrero rocher. C'est raté. 
 
 
Happy New Year de Garry Marshall avec des dizaines de fausses stars (2011)

27 octobre 2011

Shutter Island

Dès la première séquence - excellente quand bien même elle suffit à dévoiler le fin mot de l'histoire aux spectateurs les plus rodés - dès la première scène donc, j'étais DEDANS, i was into it. On est de toute évidence en présence de l'un des meilleurs films de Scorsese (compliment au demeurant tout relatif), en tout cas devant son meilleur film depuis un bon moment, un thriller psychologique horrifique inspiré, réalisé avec sérieux et application. On pourrait reprocher au cinéaste une mise en scène souvent trop plate, trop classique, mais ça nous change tellement des effets ampoulés et indigestes abusivement utilisés par lui ces dernières années que le reproche devient aussitôt un compliment. En outre, il subsiste quand même bon nombre de traits ténus et particuliers dans la réalisation (certes plus ou moins bons), qui nourrissent un style et rendent l'histoire intéressante. En 1954, le marshal Teddy Daniels (Leonardo DiCaprio) et son coéquipier Chuck Aule (Mark Ruffalo) sont envoyés enquêter au large de Boston sur l'île de "Shutter Island", transformée en hôpital psychiatrique pour criminels et autres psychopathes extrêmement dangereux. L'une des patientes, Rachel Solando, a inexplicablement disparu. La meurtrière est mystérieusement sortie d'une cellule fermée de l'extérieur et qui ne semble jamais avoir été ouverte. À leur arrivée, le docteur Cawley (Ben Kingsley) explique aux inspecteurs que cette patiente a tué ses trois enfants en les noyant. Le seul indice retrouvé dans la cellule vide de la détenue est une feuille de papier sur laquelle sont inscrits une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente.



Un exemple de bonne séquence sur le strict plan de la mise en scène : celle où DiCaprio discute avec Rachel Solando autour d'un feu dans une grotte creusée à même la falaise qui surplombe l'océan. Le jeu du champ-contrechamp avec les flammes qui dansent devant l'objectif, entre la caméra et les personnages, est plutôt bien senti. L'idée aurait sans doute pu être mieux exploitée encore et elle s'étale un peu trop longtemps sans marquer de progression, mais c'est déjà pas mal ! Quand bien même l'effet semble un peu trop appuyé, il a le mérite d'exister et de donner quelque chose à voir dans l'image d'un peu intéressant esthétiquement. On préfère en tout cas de toute évidence ces instants où Scorsese se lâche visiblement à ceux où la mise en scène est plus transparente, strictement réduite au service d'un scénario retors. Le seul élément vraiment raté de ce scénario à mon avis ce sont les trop longues scènes de flash-back et surtout la dernière, qui ne sert pas à grand chose et qui s'avère un poil boursoufflée (mais ce n'est rien à côté du flash-back final d'Inception de Christopher Nolan, et ici je place donc une pique gratuite à ce cinéaste que je n'aime pas bien qu'il ne m'ait rien fait personnellement). Mais ce petit bémol est contrebalancé par de bonnes surprises, comme le fameux twist final. Ce n'est pas juste un de ces films où on nous dit tout noir pendant 80 minutes pour tout d'un coup nous dire tout blanc cinq secondes avant le mot "Fin", en déballant un dénouement tombé là comme un cheveu sur la soupe sans qu'on ait pu s'en douter ou l'imaginer, juste pour achever de nous tromper bêtement. Les films qui pratiquent ça, qui mentent délibérément pendant une heure et demi à leur public pour finalement balancer une autre vérité juste avant le générique histoire d'avoir l'air fin, ces films-là prennent vraiment le spectateur pour un con. Ils nous prouvent par A + B pendant une heure et vingt minutes que c'est X le tueur et à la fin, on se décide à nous dire qu'en fait on nous a carrément affirmé des conneries pendant tout ce temps parce que c'était Y le tueur, celui que le réalisateur avait jusque-là largement et lourdement innocenté à nos yeux pour ne pas qu'on puisse flairer le twist et pour qu'en sortant de la salle on puisse s'exclamer : "Je m'y attendais trop pas, sur ma vie il m'a troué !". Et en plus on est censé être ravi d'avoir subi un mensonge minable d'une heure et demi, ravi de se faire ainsi traiter de cons à la fin du film.


Shutter Island
ne fonctionne pas du tout comme ça. J'ai bel et bien consacré une dizaine de lignes à un phénomène qui ne concerne pas le film dont je parle, vous n'avez pas rêvé. Mais ne croyez pas que je veuille à mon tour vous prendre pour des cons, mon but était de dénoncer la médiocrité ambiante d'un certain cinéma de genre pour mieux mettre en valeur ce film de Scorsese qui a le mérite de ne pas tomber dans de tels pièges misérables. Dès les tous premiers plans Scorsese nous dit presque clairement qu'il faut se méfier et que le gros problème du héros, c'est lui-même. Et puis surtout le twist (qui n'en est donc pas un, ou du moins qui n'en est pas un stupide censé nous épater, mais qui se veut assez subtil et qui a vocation d'apporter une autre dimension au récit), a un sens dans ce film car il fait tout l'intérêt de l'histoire. En revanche j'ai eu très peur d'un contre-twist, procédé très à la mode en ce moment, typiquement dans les films d'horreur où le héros subit les pires phénomènes paranormaux puis découvre à la fin du film qu'il a tout rêvé, que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, sauf que là ! Dans le dernier plan du film, le personnage rasséréné pionce sur son lit affichant un air angélique, et derrière lui un verre tombe tout seul de la table de chevet, la porte s'entrouvre ou le rideau se soulève avant un cut brutal et le grand chambardement de la musique du film qui s'énerve sur le générique. On pouvait craindre un tel retournement de situation complètement niais à la fin de Shutter Island. Mais que nenni, une fois de plus je vous décris un procédé lourdingue que le film esquive à l'aise. En même temps, si la lourdeur de ce procédé aurait certes été largement dommageable, un tel revirement aurait tout de même éventuellement pu avoir le bénéfice de relativiser le propos du film, car le final nous dit d'arrêter notre paranoïa et qu'il n'y a aucune chance pour que des expériences biologiques atroces aient pu être menées dans les années 50 aux États-Unis dans des prisons psychiatriques. Fermer cette porte est un peu facile, surtout que sans tomber dans la paranoïa que le cinéaste pointe du doigt il y a fort à parier pour que le gouvernement américain (celui-là ou d'autres gouvernements occidentaux d'ailleurs) ait pu effectivement commanditer ce genre d'expériences dégueulasses, sans forcément attendre après les nazis dans ce domaine... On pourra me répondre qu'à la fin du film le personnage de DiCaprio part quand même se faire enfoncer une tige dans l'œil pour qu'on lui sectionne des nerfs cérébraux, et du même coup ce que lui a révélé Rachel Solando dans la grotte sur les agissements du pouvoir américain n'était pas tout à fait faux. Mais ni les Américains ni personne ne s'est jamais caché d'avoir expérimenté la lobotomie, pour des résultats désastreux. Donc le film rate un peu le coche en reléguant la question de la torture expérimentale sur des sujets malades au rang de pure mise en scène faramineuse et bienveillante élaborée par les docteurs de l'établissement pour sauver un patient, notre cher marshal Daniels. Cependant Scorsese s'en tire bien puisque tout en démentant l'hypothèse énoncée pendant le film, il l'évoque tout de même - bien que sur le mode de la fiction absolue - et nous laisse l'entendre, suscitant aussitôt le doute chez un spectateur prompt à prendre la fiction pour la réalité et à se méfier des secrets d’État notamment américains.



L'histoire est donc somme toute assez intéressante et surtout très prenante. Elle serait tout à fait appréciable sans ces maudits flash-backs qui viennent scander le récit d'images sirupeuses peu réjouissantes, voire douteuses quand elles représentent les camps nazis. Le malaise s'installe lentement avec un goof étonnant et fâcheux quand DiCaprio entre dans l'enceinte de Dachau accompagné de ses collègues GIs. La caméra s'attarde sur le portail d'entrée du camp marqué de l'inscription : "Arbeit Macht Frei". Sauf que le portail qu'on nous montre c'est celui du camp d'Auschwitz Birkenau, qui fut libéré par les russes. Le portail de Dachau portait certes la même inscription mais sans ressembler au portail principal d'Auschwitz, dont l'image a beaucoup plus marqué les esprits. Sauf erreur de ma part cette petite faute historique fait un peu tâche (en soi, ce type de bévue n'est pas très très grave, mais quand on pense au nombre de gens et de conseillers historiques qui bossent sur ces films, ça devient un peu énervant). On pourra ensuite s'offusquer en toute légitimité de ces plans sur les corps des cadavres juifs un peu trop gras et joliment entassés, et regretter que la petite fille et sa mère, toutes les deux mortes et lentement recouvertes par de doux flocons de neige qui se posent sur leurs cadavres avec tact, soient si élégamment disposées, enlacées, gelées et subtilement éclairées, pour nous être présentées le plus agréablement possible dans le contexte d'un camp de la mort. Inutile de ressortir Serge Daney et le travelling de Kapo de mon chapeau, tout le monde a compris... A ces remarques on pourrait répondre que les images incriminées sont une rêverie du personnage de DiCaprio, un vague souvenir du personnage principal dont l'esprit est éminemment torturé, qui d'ailleurs remplace les visages des juives par ceux de sa famille ou des détenus de l'île. On peut se demander si un tel protagoniste, dont la mémoire est embrumée, la psyché éclatée et qui est à ce point malmené, fabriquerait malgré lui des images aussi ravissantes ou si son inconscient ne s'égarerait pas plutôt dans l'horreur absolue, d'où l'amalgame entre son traumatisme personnel et familial et le contexte morbide de la Shoah, mais les méandres d'un esprit malade sont impénétrables et d'aucuns rétorqueraient que nul ne peut affirmer ce que le subconscient du personnage est capable d'inventer à cet instant. Soit...



En revanche le bât blesse avec cet autre plan où les soldats allemands en charge du camp sont alignés devant des barbelés par les américains puis fusillés. Cette longue fusillade, Scorsese la filme dans un lent travelling latéral qui balaye le peloton d’exécution dans le dos des soldats allemands. Ces derniers tombent comme des mouches mais au rythme du travelling, les uns après les autres, chaque soldat mourant exactement au moment où la caméra arrive sur lui, alors que les GIs tirent tous en même temps à grands coups de rafales continues. Au-delà du côté invraisemblable de la scène, car on peut là encore parler d'un véritable goof, ce plan tient à son tour de ce que dénonçait Rivette dans son texte sur le film de Pontecorvo. Comme s'il fallait à tout prix que les soldats meurent à l'image. Comme si c'était nécessaire et plaisant de les voir passer de la vie à la mort (à l'image de l'officier nazi qui se tire une balle dans la joue et qui met une heure à clamser) plutôt que de les voir déjà morts (comme les juifs), parce que ce sont des Nazis. Comme s'ils devaient mourir pour la caméra, ou comme si la caméra les tuait, en réalité, puisque les soldats allemands tombent au fil du passage de ce travelling fusilleur plus efficace que les mitraillettes Thomson des américains qui semblent tirer dans le vide, élaborant (à la suite du Tarantino d'Inglourious Basterds) ce qui ressemble à une mise en scène un peu vengeresse et franchement stupide.



Malgré tout Shutter Island reste un assez bon film du genre "thriller horrifico-psychologique", qui se suit avec intérêt et même avec plaisir et qui nous tient de bout en bout. Les acteurs n'y sont pas pour rien. Leonardo DiCaprio est particulièrement excellent et il nous fait enfin oublier complètement son visage poupin d'antan, cette bouille de gamin de 12 ans abandonnée au fond de l'océan pour sauver une baleine en entrant dans la légende et dans le cœur des femmes. C'est même le premier film où il m'impressionne, et où j'ai le sentiment d'avoir un sacré acteur devant les yeux. Marc Ruffalo est bon aussi dans son rôle, lui qui ressemble de plus en plus à notre Gilbert Melki national. Ben Kinglsey et Max Von Sydow font leur boulot, comme d'habitude. Michèle Williams en revanche aurait dû rester là où elle était, dans la creek de Dawson, série qui lui allait comme un gant. J'ai par contre été victime d'une belle déception quand DiCaprio voit Andrew Laeddis en rêve, balafré de la tempe au menton, avec ses yeux vairons : j'étais persuadé que c'était De Niro qui jouait le rôle ! C'est d'abord sa voix que j'ai cru reconnaître, puis carrément son visage. Je trouvais ça drôlement malin de lui donner le rôle du double de DiCaprio, acteur qui l'a remplacé devant la caméra de Scorsese, mais en fait c'est Elias Koteas sous le maquillage... Peut-être que De Niro a refusé le caméo et que le cinéaste a essayé de forcer la ressemblance avec Koteas, ce serait une drôle d'idée mais c'est tellement confondant que je me pose la question. Bref tous les acteurs sont au niveau de ce bon cru de Scorsese, le meilleur depuis des lustres.


Shutter Island de Martin Scorsese avec Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley, Max Von Sydow et Michelle Williams (2010)

30 juin 2011

X-Men

En l'an 2000 sortait sur nos écrans le tsunami X-Men. Depuis, la saga a fait florès et compte pas moins de 4 films, sans compter les spin-offs passés ou à venir sur Wolverine et consorts. Mais je vous en ai déjà longuement parlé précédemment à l'occasion de la sortie récente de X-Men Le Commencement, inutile de remuer le couteau dans la plaie. En revanche il est temps de revenir sur le point de départ d'une épidémie. En 2000 j'avais 14 ans, j'étais ultra con, et il m'arrivait de feuilleter un ou deux comics entre deux bouchages de chiottes (ces trucs-là se lisent aux cabinets). Mon père est resté fasciné que de si grosses torpilles puissent sortir d'un si petit corps, il en a même gardé certaines. Comment conserver de la merde ? C'est la question que vous vous posez tous en ce moment. En ce qui concerne X-Men c'est très facile il suffit de garder le dvd. Retour au film qui en 2000 a secoué la planète ciné. Depuis dix ans maintenant, on ne bouffe plus que du film de super-héros et ça participe de l'abrutissement ambiant par le divertissement ricain clairement destiné aux adolescents attardés. Je vous replace dans le contexte de ces comic books incontournables : il existerait des mutants. En voila un qui passe à travers les murs, un autre qui est obligé de porter des Ray-Ban sous peine de faire cuire son appart, tel autre qui chie des roses, une telle qui fait tomber la pluie, quid ce celui qui peut se geler ses propres couilles... Et laquelle est-ce qui est condamnée à garder ses mains dans ses poches ? Et puis il y en a un, le roi des cons, qui s'appelle Magnéto. C'est le chef des méchants, méchants qui combattent les gentils. Parmi les gentils, le plus fameux reste Wolverine, qui n'a jamais besoin de fourchettes, véritable ustensile humain à barbecue. Mais revenons sur mon préféré, Serge Magnéto, disque dur vivant renfermant toutes les archives audiovisuelles du monde depuis la nuit des temps. A côté de lui le site web de l'INA c'est du pipi de chat. Le mutant ayant C'est pas sorcier, Va savoir et Il était une fois la vie dans sa base de données, il est bien-sûr d'une grande intelligence. Osons le dire, Ian McKellen est à Singer ce que De Niro est à Scorsese. Il est tellement habité par le rôle qu'il se balade dans sa tenue de Magnéto sur les chars de toutes les gay-parades du monde.


On se rappellera longtemps du costume à la gouache de Rebecca Romijn-Stamos, même si perso j'aurais préféré voir John Stamos dans le même appareil, j'en suis gaga

N'y allons pas par quatre chemins, j'ai toujours trouvé ces films de super-héros ultra cons. Certes X-Men et les films dans son genre sont autant d'allégories du Bien et du Mal, avec message de tolérance à la clé et réflexion métaphysique sur la notion de responsabilité et de justice. N'empêche qu'à l'image on a une bande de cons en costumes trois pièces qui se frappent les uns sur les autres jusqu'à ce que l'un dise : "Pouce, on reprendra notre baston dans la suite", ou alors : "Ok tu m'as foutu la rouste mais t'auras affaire à mon fils dans le numéro 2". C'est débile à souhait mais faut avouer qu'on se laisse facilement prendre au jeu, en tout cas quand le réalisateur fait son travail honnêtement comme c'est tout de même le cas ici avec notre ami Bryan. A partir du moment où on n'est pas totalement réfractaire au film de super-héros en lançant le film, on peut facilement aller au bout grâce à des personnages moins creux que de coutume, une mise en scène sobrement efficace et un résultat global qui n'est pas bâclé et qui du coup se laisse mater. X-Men premier du nom a le bon goût de ne pas trop se prendre au sérieux tout en évitant miraculeusement le ridicule des costumes ou des chorégraphies de combat qui enterrent le genre. Sans être géant, le film se défend dans une catégorie qui a tendance à sentir la mort.


Matez un peu ce que la mutation peut engendrer, ce type est capable de former un rectangle avec ses doigts

Pour finir, quelques mots sur Bryan Singer, ce golden-boy rendu célèbre par son breaktrough Usual Suspects, avec son twist final de malade mental qui nous révélait que Kevin Spacey avait habilement fait semblant de boiter pendant tout le film, et n'était pas réellement victime d'un pied-bot. Cet ex-futur Spielberg s'est très vite révélé être un élève pas très doué puisque son meilleur niveau a été atteint avec X-Men. Question à dix mille euros : citez-moi le titre de son dernier film (sans quitter cette page web, juste de tête).


X-Men de Bryan Singer avec Hugh Jackman, Halle Berry et Ian McKellen (2000)