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14 mai 2019

Biutiful

Alejandro Gonzalez Iñarritu aime filmer crûment la vie, les gens, sans concession, parce qu'il s'est rendu compte que c'était vendeur. Dans The Revenant il filme les violences entre Indiens et colons avec âpreté, tout comme la lutte sans merci entre Léo "Le Câpre" et Tom "Godeffroy" le Hardy. Il fait de même dans Birdman, une sorte de film intimistico-fantastique ronflant qui se veut une prouesse technique en un seul plan séquence artificiel, où il colle au plus près ses acteurs névrosés (ce qui nous donne envie de mettre Emma Stone à sa juste place : dans un aquarium). Avant cela, le cinéaste s'était fait connaître grâce à sa balourde "trilogie de la mort" : Amours chiennes, 21 Grammes et Babel. Trois films qui ne supportent pas d'être revus aujourd'hui, pesant dix tonnes chacun malgré leurs titres mensongers, où des acteurs qui en font des caisses courent après un rein, un fusil, un Oscar ou un clébard, dans des histoires parallèles sordides toutes reliées par un même évènement tragique (en général un accident de bagnole ou de bus). Tout ça pour dire que le réalisateur mexicain, charlatan pur jus récompensé par les plus hautes distinctions, chef de fil autoproclamé d'une petite bande de guignols originaires du même pays que lui (Alfonso Cuaron et Guillermo Del Toro) et aujourd'hui président du jury cannois, trace son sillon morbide depuis belle lurette et il ne va certainement pas s'arrêter en si bon chemin. Au sein d'une filmographie à se flinguer, Biutiful est sans doute son film le plus fétide et cafardeux.




Tout est gris béton armé, jaune pisse, rouge sang-séché, vert glauque, noir désespoir et bleu hématome. A l'aide de cette colorimétrie diabolique, Iñarritu met en scène le quotidien de la misère à Barcelone avec, en star filmée en gros plan 80% du temps, Javier Bardem. Et ça dure 2h27 ! 2 plombes 30. Cette performance dépressive de premier plan et ces gros plans sur son nez de catcheur difficiles à assumer ont valu à Bardem de recevoir, de la part d'un jury aux abois, le prix d'interprétation à Cannes et de produire une anthologique déclaration enflammée en direction de Pénélopé Cruz, sa compagne, qui lui a permis, sans aucun doute, d'exorciser les démons accumulés depuis ce film âpre et le harcèlement continu de la caméra survoltée d'Iñarritu. Bardem y joue un père de famille qui vivote de petits trafics et doit élever seul ses deux gamins car sa femme, dont il est séparé (mais il l'aime toujours, misère de misère !), est bipolaire et donc incapable de gérer quoi que ce soit. Comme si ce n'était pas assez, il apprend qu'il a un cancer incurable et qu'il n'a plus que quelques mois à vivre. Par dessus ça, il est atteint de dons de voyance et arrive à communiquer avec les défunts ou à voir les morts prochaines des gens. Et c'est pas fini, car son frère est un connard qui se tape sa propre femme.


 

Et attendez, il reste la cerise sur le gâteau de ce drame étouffant, qui enfonce un clou dont on ne voit déjà plus la tête ! Comme il se sait condamné par le cancer et qu'il veut mettre sa famille à l'abri du besoin, Bardem trafique dans des trucs de moins en moins nets, en particulier des ateliers de confection clandestins remplis de clandestins chinois de tous sexes et de tous âges qui vivent et travaillent dans des conditions absolument épouvantables. Ils ont surtout très froid. Et comme Bardem n'est pas un salaud et qu'il a aussi un cœur, il achète quelques systèmes simples de chauffage au gaz, ce que lui permettent ses maigres ressources, des bonbonnes branchées à un brûleur, comme on en voit sur les terrasses des pires bars l'hiver. Évidemment, une nuit, alors que les Chinois dorment profondément dans leur atelier insalubre, le système se met à déconner, les brûleurs s'éteignent mais le gaz continue à se propager, tuant tout le monde dans l'atelier. Tout cela est filmé par un Iñarritu survolté qui a chaussé ses plus gros sabots et enfonce ses personnages dans la même misère que celle dans laquelle se trouve son cerveau trépané (et le spectateur courageux qui a tenu tout le film). Il paraît que ça plait aux gens. Pourquoi ? Pas à oim, DSL !


Biutiful de Alejandro Gonzalez Iñarritu avec Javier Bardem et des miséreux (2010)

25 novembre 2014

Cartel

Où s'arrête la passion et où commence le professionnalisme ? A chacun de ses nouveaux films, Ridley Scott pose la question et nous pousse dans nos derniers retranchements de blogueur ciné animé par notre seule cinéphilie. Comment pouvait-on d'abord juger Prometheus vierge de toute idée préconçue, sans le considérer comme un prequel à Alien, sans le comparer aux glorieux films de la saga, en faisant fi de l'attente et de l'espoir suscités ? Impossible. Il aurait fallu venir d'une autre planète pour regarder Prometheus sans penser à tout ça, pour uniquement le voir comme un simple nouveau film de SF. Nous sommes pourtant persuadés que même en tant que tel, Prometheus schlingue à mort des pieds. Mais, il y a un mais, nous ne pourrons jamais savoir ce qu'on en aurait pensé avec l'esprit totalement nu, neutre et ignorant. On a notre petite idée, notre grosse conviction, mais en réalité, on ne saura jamais. C'est comme ça. En ce qui concerne Cartel, c'est une autre affaire. Ridley Scott nous teste encore une fois, mais tout à fait différemment.




Le vieillard ouvre son film sur une scène plutôt alléchante, littéralement, puisqu'elle nous propose un moment d'intimité entre Michael Fassbender et Penélope Cruz, sous les draps, s'adonnant à quelques pratiques peu catholiques, le bellâtre caressant la bombe espagnole et l'incitant à prononcer d'inoffensives vulgarités. Devant ça, on regarde, forcément, Cruz reste Cruz, on mord à l'hameçon. Nous sommes piégés... Le test à proprement parler survient quelques minutes après, avec cette scène interminable où Micha Fassbender se rend chez un bijoutier néerlandais en vue d'effectuer une onéreuse acquisition. Pendant une demi plombe, le vieux commerçant vend sa camelote à Fassbender, qui devrait décidément mieux choisir ses cinéastes fétiches. Nous avons ainsi droit à une description extrêmement détaillée et riche en termes techniques propres à la joaillerie de quelques diamants dont on se fout éperdument, chacun inspectés à la loupe. On est comme aspirés dans un gouffre temporel où plus rien ne compte en dehors de sauver sa peau et s'extirper de la situation de n'importe quelle façon. Ça paraît pensé et conçu pour flinguer des soirées, pour achever des journées, même les plus belles. C'est assommant, étouffant et filmé comme s'il s'agissait des transactions cruciales entre d'infréquentables mafieux usant de leur droit de vie ou de morts sur leurs sujets, ou d'éminents dirigeants sur le point de décider d'une prochaine guerre nucléaire.




Ce que j'ai vu de Cartel est vraisemblablement un hommage visuel appuyé au frère disparu de Ridley, Tony, puisque la photographie semble directement emprunté à Domino ou une saloperie du genre. C'est un défi, une vraie expérience de cinéma. J'ai fini par couper net. Pur réflexe d'autodéfense. C'est mon système immunitaire qui a pris le dessus. Je suis désolé. Ma passion s'arrête là, à la 18ème minute de Cartel, et je défie tout cinéphage de faire mieux que moi.


Cartel de Ridley Scott avec Fassbender, Cruz, Diaz, Bardem et Pitt (2013)

18 février 2014

Dallas Buyers Club

On a récemment loué le come-back en force de Matthew McConaughey, grand retour qui sera sans doute couronné par un Oscar du meilleur acteur grâce à ce film, et qui trouvera son acmé très bientôt dans le Interstellar de Nolan. Et quand on a fini de lire cette première phrase on se dit que le monde est putain de mal fait. Certes Matthew McConaughey a fait un retour fulgurant sur le devant de la scène, lui qui était le bellâtre au pois chiche dans le crâne des années 90, mais il pourrait bien s'inscrire dans la longue liste de ces acteurs et actrices sacré.es pour un rôle marqué par une performance physique au sein d'un biopic anecdotique. Alors qu'on aurait aimé le voir unanimement salué et officiellement récompensé pour son rôle dans le Mud de Jeff Nichols, il va sans doute repartir vainqueur face à Leonardo Discarpaccio de bœuf pour Dallas Buyers Club.


Dix piges en moins.

Est-ce que manger une feuille de laitue et deux tranches de jambon par jour, en tout et pour tout, dans le seul but de ressembler à un estocafiche et d'impressionner la galerie, valait vraiment le coup ? Tout ça pour être immortalisé par un Jean-Marc Vallée certes en nette progression depuis son film breakthrough C.R.A.Z.Y., avec l'abominable Jean-Marc Grondin, mais malgré tout dépourvu de toute patte (quelqu'un a dû les lui couper depuis un fameux bail). On imagine Matthew McConaughey penché sur sa feuille de salade, parfois pendant des heures, à la grignoter millimètre par millimètre et à en apprécier chaque nervure, même très discrète. Franchement ça fait de la peine, et ça devrait rappeler à chacun que le très paradoxal métier d'acteur n'est pas qu'un rêve. Notre homme, au fond du gouffre quand il tournait Sahara en 2005, passa pourtant un été entier près de Pénélopé Cruz. Désormais en haut des charts, la star n'a même plus la force de lever les yeux, seule une belle frisée du marché peut encore le faire se lever de sa chaise roulante. Notre homme, et ça c'est quand même terrible quand on y pense, ne se permettait que trois feuilles de mâche tous les dimanche pour pas crever et tenir jusqu'au clapet endiablé de Jean-Marc Lavée sur le plateau du lundi matin... Inutile de préciser qu'un tel régime, et un tel yoyo d'IMC (Indice Masse Corporelle), même encadrés par les plus grands nutritionnistes du monde, écourtent inévitablement la vie d'un homme d'une bonne décade au moins. Finalement c'est presque la moindre des choses que de refiler une statuette à, sauf notre respect, un futur mort prématuré.


Jared L’Étau.

Retour sur le film, non encore abordé. Comme tout biopic, Dallas Buyers Club nous a appris deux ou trois sous-éléments de l'histoire de la sous-culture gay sud-américaine. Il se vendait donc en contrebande du M&M's dans les années 80, seul médicament capable alors de soulager les malades du SIDA. Toute une industrie parallèle destinée à faire commerce de ce remède relatif était entretenue par des clubs florissants, répartis aux quatre coins des favelas, qui, grâce à leur implication et leur engagement, ont su faire évoluer la prise en charge des malades du VIH, réduits au statut de simples cobayes par des hôpitaux en cheville avec de grands groupes pharmaceutiques tout-puissants. A la fin du film on se dit : "N'aurais-je pas plutôt dû lire la page wiki consacrée à ces fameux clubs qui donnent son titre au film ?" On ne s'était pas dit ça après Hiroshima mon amour, Danse avec les loups ou Shakespeare in Love. C'est le signe que côté ciné la proposition de Vallée est un poil maigre.


Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée avec Matthew McConaughey, Jared Letho et Jennifer Garner (2014)

14 février 2013

Bandidas

Quelle fausse bonne idée que ce film. Nous n'étions pas beaux à voir le jour où on a lancé Bandidas. Nous en étions alors à notre cinquième année de colocation et de célibat et avions profondément envie de bandider devant ce film aux mille promesses. Désœuvrés, nous étions prêts à nous lancer dans notre première séance de stimulation de zones érogènes commune, voisine. Mais rien à faire. On aurait dû flairer l'embuscade quand on a vu le nom de Luc Besson au générique, à côté du label "producteur" (tout le monde sait que tu réalises aussi ces daubes Luc, à quoi bon se planquer quand on est gros comme un camion !). Luc Besson a-t-il déjà fait triquer quelqu'un, à part quelques garçons manqués venus des balkans ? Et pourtant, une fois n'est pas coutume, il n'a pas tapé dans le tas d'os blond platine pour Bandidas, il est allé puiser dans le vivier hispanique à cheveux d'ébène, à bonnets triple-E et à regard de braise avec Pénélopé Cruz sur ma gauche et Salma Hayek sur ma droite.




Le pire c'est que les deux actrices ne sont pas vraiment farouches, surtout Pénélopé Cruz, qu'on a déjà vue nue recto-verso mille fois mais qui s'avère étonnement frileuse sous le cagnard texan. Alchimie forcée entre ces deux actrices d'un autre monde. Rien ne se passe à l'image. On est loin de la tradition des chest-sterns (western with chests) dont Bandidas se veut l'héritier direct, fier de s'afficher en remake de cette saloperie qu'était Les Pétroleuses, avec Brigitte Bardot et surtout Claudia Cardinale, qui se plaçait "là" comme on dit, à un tout autre niveau. On est loin aussi de Belles de l'ouest, ce film qui marqua nos années de CP/CE1 avec son défilé de femmes de tous poils : Madeleine Stowe, femme froide en apparence mais nympho pure et dure en sous-sol, Andie MacDowell, qui faisait encore consensus à cette époque-là, on ne peut pas le nier, et deux connasses blondes dont, pour les plus vulgos d'entre nous, Drew Barrymore, avec son charme ricain au rendez-vous scabreux.




Marée basse à domicile, nos colts perso sont restés en west-berne devant ce film puritain, cette pure opération marketing vouée à piéger des desperate housewives dans notre genre. On sent que Steve Zahn et Sam Shepard, les seconds couteaux du film, se sont laissés berner eux aussi, quand le dernier plan du film nous les montre chevauchant au soleil couchant, bras dessus bras dessous, l'ombre de leurs gaules d'outre-tombe dessinée sur le sable chaud et remplaçant celles des cactus attendus. Finalement ce film n'est rien de plus qu'un de ces dvds-blagues qu'on offre à nos oncles à Noël. "Ah c'est ce Noël-là où tu m'avais offert Bandidas, gros fumier ! Acheté à 2 euros chez Disc King juste pour me faire chier !"




NB. L'affiche de ce film fait partie de celles qui ont été réalisées par des schnocks de première, infoutus de coller le bon nom sur la bonne actrice. Ca pose aussi problème dans Men In Black.


Bandidas de Joachim Roenning et Espen Sandberg avec Penelope Cruz et Salma Hayek (2006)

31 août 2011

Les Autres

En compagnie de Nônon Cocouan, franc-tireur de la critique et rédactrice régulière du blog, nous allons nous pencher sur le cas d'un pur et dur film de maison hantée, Les Autres d'Alejandro Amenabar.

Fort du succès de Tesis, son premier long métrage, qui remporta sept Goyas, puis d'Ouvre les yeux, qui fut couronné de divers prix dans des festivals en tout genre, Alejandro Amenabar s'est tout naturellement vu kidnappé par Hollywood, où le couple Tom Cruise/Nicole Kidman, alors considéré comme au sommet du Monde et du glamour, voulait prendre les rennes de sa double carrière via l'appropriation d'un petit cinéma d'auteur, européen de surcroît, toujours appréciable quand il s'agit d'acquérir quelques lettres de noblesse. C'est ainsi que Tom Cruise racheta les droits d'Ouvre les yeux et en produisit le médiocre remake, Vanilla Sky, réalisé par Cameron Crowe. Il s'offrit bien entendu le premier rôle du film dans les bras de Pénélopé Cruz qui allait bientôt devenir sa nouvelle femme. Mais avant de découcher il plaça son épouse légitime, Nicole Kidman, dans le nouveau film d'Alejandro Amenabar, également produit par le playboy au sourire flashy : Les Autres. Malgré le parfum un peu chargé de puanteur marketing qui accompagnait la naissance du projet, force est de constater qu'Amenabar a négocié avec brio sa conversion américaine.




Amenabar nous plonge dans le quotidien d'une mère de famille autoritaire qui s'occupe seule de ses deux enfants dans un vieux manoir. Elle leur enseigne la rigueur et les valeurs chrétiennes, servie par trois domestiques lugubres et inquiétants, un grand homme trop tranquille pour être honnête, une vieille femme au regard perçant et une fille muette et apeurée, venus se présenter au domaine d'une étrange manière. Très vite, Amenabar plante subtilement un décor qui glace les sangs. Dans le manoir sinistre, éloigné de tout, nimbé d'un épais brouillard et se reflétant dans un lac sombre et placide, cohabitent les domestiques, qui affichent une complicité suspecte, la mère, une femme nerveuse, rigide et fébrile, qui transmet avec sévérité ses leçons sur les limbes et les enfers à sa progéniture en jouant sur les peurs ancestrales de la mort, et les enfants, qui évoquent la folie de leur mère tel un blasphème. Puis il y a l'idée centrale du film : les enfants sont allergiques à la lumière, il est donc strictement interdit de passer d'une pièce à l'autre sans avoir au préalable fermé la première porte à clé, et tous les rideaux doivent être systématiquement tirés pour qu'aucune lumière ne puisse pénétrer dans la maison. Les personnages errent ainsi dans un espace labyrinthique sombre, un non-lieu dont chaque pièce austère semble isolée des autres et s'avère susceptible de renfermer une mystérieuse menace. C'est dans ce huis-clos anxiogène que nous sont présentés les deux enfants au début du film dans une séquence d'une efficacité aussi simple que redoutable : la mère prévient longuement les domestiques que son fils Nicholas et sa fille Anne ne doivent jamais voir la lumière du jour sous peine d'en mourir d'en d'affreuses souffrances, elle entre alors dans une chambre pour les réveiller afin de les présenter aux nouveaux serviteurs, nous entendons leurs voix, la musique s'accélère et ils apparaissent enfin, tout à fait normaux mais néanmoins livides et d'une inquiétante étrangeté, terrifiants d'angélisme.




Ça n'a l'air de rien dit comme ça mais à l'écran ça fonctionne parfaitement grâce à une mise en scène précise et efficace. On a beaucoup parlé d'économie de moyens à propos de ce film, et il faut avouer qu'Amenabar propose un travail d’orfèvre. Il ne s'agit pas pour autant d'un simple "petit film bien fait et sans prétention", comme on le dit parfois de ces films d'horreur réussis, modestes et sans le sou qui s'appliquent à faire peur avec les moyens du bord. The Others est d'une autre trempe, c'est un grand film admirablement maîtrisé et épatant dans son application à subtilement doser tous les effets les plus infimes des films d'horreur et rien qu'eux, laissant avec bonheur de côté les gros effets de surprises des mauvais films sans inspiration. Le réalisateur fait preuve d'ingéniosité en jouant avec les clairs-obscurs et surtout avec une bande-son presque bruitiste qui fait entendre tout au long du film et de façon quasi indistincte des grincements de portes, des pas sur le plancher, des murmures sourds ou des pleurs lointains, autant d'éléments presque anodins qui nous ont tous un jour foutu une frousse irraisonnée et qui, communs dans les films d'horreur, sont ici utilisés intensivement mais très subtilement pour mieux user les nerfs du spectateur comme ceux des personnages. Car progressivement, des présences s'affirment bel et bien de plus en plus nettement dans la maison. La petite fille est le premier témoin de ces manifestations, sans que l'on sache vraiment si ces menus événements sont le fruit de son imagination (peut-être maléfique) ou de véritables esprits - puisque rien ne nous est montré. L'histoire est en effet écrite au cordeau, le scénario joue précisément des soupçons, des doutes, des suppositions du spectateur qui accompagne les personnages dans leur incertitude, en égrainant des indices qui accusent tour à tour les trois domestiques, la mère, les enfants ou évidemment ces présences énigmatiques que l'on devine et dont la provenance surnaturelle s'impose peu à peu.




Il y a bien un ou deux moments où le cinéaste joue ostensiblement, massivement, avec nos nerfs, comme par exemple lorsque Anne, la petite fille, se trouve littéralement habitée par le corps affreux d'une vielle femme, ou plus encore lorsqu'elle dit voir les fantômes de toute une famille qui parcourent la maison et réclament qu'on les y laisse en paix. Une nuit, la fillette affirme à son petit frère terrorisé qu'un petit garçon, Victor, est avec eux dans la chambre. Comme Nicholas refuse de regarder, Anne s'adresse au fantôme et lui demande pourquoi il a ouvert les rideaux de la chambre pendant qu'ils dormaient, puis elle sort du lit, tire les rideaux à nouveau quand de lourds bruits de pas en cavalcades se font entendre et les rideaux se rouvrent alors brutalement sans que l'on sache si c'est une manigance de la sœur ou si un fantôme est réellement dans la pièce, la caméra d'Amenabar restant sur l'enfant couché dans son lit les yeux fermés, et ne dévoilant qu'au second plan et dans le flou une ombre courant devant la fenêtre. Nicholas reste prostré, le dos tourné à l'événement et les yeux fermés. Sa sœur demande à l'esprit de le toucher pour lui prouver son existence. La terreur grimpe, le cadre est serré sur le visage du gamin, et quand une main (à qui appartient-elle vraiment ?) entre rapidement dans le champ et se pose sur son bras il hurle à la mort en jaillissant du lit, libérant toute la tension du spectateur en même temps que la sienne. Ces rares séquences plus ou moins explicites, loin d'être des facilités gratuites, jouent comme des points d'orgue et font pleinement sens. Car tout le film repose sur un rythme soutenu modulant des moments de stase où le quotidien sombre et mystérieux de la famille se laisse peu à peu déborder par une peur sourde (des pleurs ou des gammes de piano résonnent dans la maison, les portes se ferment toutes seules, des pas sourds font vibrer le plafond, etc.), les instants de calme mettent ainsi le spectateur en alerte et aboutissent sur des climax où la terreur intervient brutalement, portée par la nervosité de la mère - entendant des plaintes ou des bruits inexpliqués, elle se met en hurler et à traverser les pièces en courant à la recherche de ses enfants, accélérant soudainement le rythme du film et nous faisant craindre le pire (à noter une Nicole Kidman à l'apogée de sa beauté froide et fragile, ici parfaitement adéquate et bien exploitée). Mais lorsqu'elle arrive sur les lieux il n'y a rien, et c'est bien cette absence qui se fait terrifiante ; la menace est fuyante, informulée, on ne verra rien, aucune violence, aucune action véritable, juste des sous-entendus, des allusions, des ombres...




Tout le film évolue ainsi, avec nombre de scènes ou d'effets mémorables et angoissants (la découverte d'une anthologie de photos de cadavres, l'errance de la mère dans le brouillard-frontière du parc devant la maison, les tournoiements de caméra autour des meubles ou des personnages, etc.), ouvrant peu à peu de nouvelles pistes quant aux entités surnaturelles qui hantent les personnages jusqu'au final magistralement orchestré où tout s'accélère et se condense. Les éléments-clés du film d'horreur s'accumulent, des pierres tombales au trio de domestiques qui menacent la famille en prenant l'allure de zombis, puis vient la résolution qui, une fois n'est pas coutume, s'opère par un twist brillant. Si vous n'avez jamais vu le film, regardez-le avant de lire la suite. Les autres ne sont pas ceux qu'on croit : les véritables fantômes qui hantent la maison sont les trois membres de la famille ainsi que leurs domestiques, et les étranges présences qu'ils redoutaient ne sont autres que les nouveaux habitants de la demeure, quant à eux bien vivants, qui tentaient d'entrer en contact avec les fantômes. La mère et les deux enfants prennent soudain conscience de leur sort et l'héroïne voit vaciller toutes ses croyances. Le plus ingénieux dans ce renversement de situation c'est la manière dont il nous interroge sur une éventuelle existence post-mortem avec laquelle nous cohabiterions sans en avoir conscience, les deux mondes - celui des vivants et celui des morts - interférant étrangement et sporadiquement au grand dam de leurs habitants respectifs. Le twist est judicieux en cela qu'il ne remet pas véritablement en question tout ce qui a précédé, qui reste valable et terrifiant (le film fait réellement peur !), il nous donne simplement à voir tout le récit sous un autre angle qui le rend encore plus fascinant. En faisant preuve d'une telle maîtrise et en proposant une aussi pertinente réflexion sur la mort, le film dépasse largement le genre dans lequel il s'inscrit pour devenir une œuvre cinématographique de haute volée.


Les Autres d'Alejandro Amenabar avec Nicole Kidman et les autres (2001)

12 mai 2011

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

Il paraît que ce film de Woody Allen s'est fait démonter par la critique... Je ne comprends pas vraiment pourquoi. Surtout qu'il y a bien d'autres films sur lesquels se déchaîner... Alors évidemment, c'est pas un grand film, pas un chef d'œuvre ni rien de tel (j'ai presque envie de rappeler : "Ow, ça reste Woody Allen..."), mais ça se regarde avec plaisir, vraiment. Et je le préfère infiniment à la plupart des derniers films du cinéaste binoclard, notamment ceux qui font la part belle à Scarlett Johansson, à commencer par Match Point, qui avait reçu les louanges d'à peu près tout le monde alors que je ne le trouve pas bon du tout, sans causer du médiocre Scoop et surtout de Vicky Cristina Barcelona, qui me semblent infiniment plus mauvais. D'ailleurs, ce dernier, si on me forçait à le revoir, il me plomberaient complètement. Ce film vaut strictement que dalle ! C'est une carte postale de l'Espagne ultra-cliché. Enfin bref. Pour moi l'année 2010, celle de la sortie de Vous allez rencontrer un gros titre à rallonge de merde, est donc un bon "cru", comme il est de coutume de dire quand on cause du film annuel de Woody Allen. 
 
 
Sur votre droite, ce n'est pas un bel et sombre inconnu, c'est Anthony Hopkins, qui est tout de même célèbre en-deçà des Pyrénées.
 
Déjà, les acteurs ont tous l'air à leur place, légitimes et appropriés. On n'a pas le sentiment qu'ils sont là histoire de rajouter à leurs filmographies un petit Woody Allen, ce qui fait toujours bien dans le milieu. Non, là, même le gros Josh Brolin, que je n'aime pas beaucoup d'habitude, s'avère crédible et juste dans son rôle d'écrivain raté qui n'éprouve plus rien pour sa femme, Naomi Watts, elle aussi très bien. Puis Antonio Banderas est nickel dans son petit rôle de beau vieux (avec juste deux scènes payées des clopinettes, si j'étais une meuf il m'aurait à l'aise, en tant que mec aussi je le dégomme). Quant à l'inénarrable Sir Anthony Hopkins, l'acteur a peut-être le rôle le plus grossièrement écrit mais il lui donne une certaine épaisseur en étant assez remarquable, plutôt subtil dans son jeu, et c'est assez exceptionnel pour être souligné. L'actrice indienne Freida Pinto, qui était vulgaire et insupportable dans Slumdog Millionaire sous la caméra de l'infâme Danny Boyle, est ici d'une beauté rare. On comprend que Josh Brolin perde ses moyens face à elle et qu'il se mette à lui déblatérer ses pires astuces de routier.
 
 
"Tu vas faire un film avec Woody Allen"
 
Quant au film, plus généralement, il est mené à un rythme très soutenu et je ne me suis ennuyé qu'un quart d'heure, ce qui est pas mal avec un Woody Wood Allen récent. Il est assez léger, tantôt grave, mais c'est la légèreté qui l'emporte clairement, et c'est tant mieux, ça donne au film un charme désuet que n'avaient pas certains des derniers Allen, parfois un peu trop démonstratifs, moralisateurs, schématiques. Ici Woody Allen donne davantage l'impression de nous faire croquer un bout de la vie de plusieurs personnages et il nous quitte même en laissant certaines intrigues en suspens, ce qui n'est pas plus mal. C'est rarement surprenant, mais je me suis laissé aller dans son récit sans souci. Je peux peut-être comprendre que ceux qui préfèrent les Woody Allen focalisés sur un personnage principal cynique incarné par lui-même ou un alter ego (comme c'était le cas dans Whatever Works, qui m'avait bien plu aussi) puissent être déçus par ce film. Mais pas moi. Après je ne cache pas que j'ai passé une super soirée quand je suis allé voir ce film au ciné. J'étais avec mes beaux-parents qui sont déjà vraiment sympathiques et puis on a terminé la séance avec un repas pantagruélique dans une taverne bavaroise qui sert tripes sur tripes, tripoux à l'entrée, andouillette AAAAA en plat de résistance, boudin blanc en sorbet béchamel au dessert, le tout noyé dans la choucroute et le pinard bouchonné, bref, le pied ! Or il se peut qu'une soirée si géniale, doublée d'une digestion compliquée, ait quelque peu influencé mon appréciation du film en bois de Woody Allen.
 
 
Josh Brolin est un mateur.
 
Parce qu'en y repensant avec du recul, et quitte à passer pour un indécis en complète contradiction avec lui-même ou pour un schizo, il faut bien dire que l'histoire ne présente aucun intérêt. On a déjà vu et entendu ça un bon million de fois, ces personnages pathétiques qui en chient avec leurs sentiments et qui remettent en cause leur vie affective... Le vieillard qui a peur de vieillir, qui fait du sport et qui épouse une playmate bodybuildée ; l'écrivaillon raté en jogging Reebok qui tombe dingue de sa voisine d'en face, une indienne qui a pris son intégration ibérique à bras le corps en apprenant à jouer de la mandoline, prompte à éveiller un besoin d'adultère chez l'écrivain raté qui la reluque, lequel se fout dans la merde en pompant le manuscrit de son ami dans le coma ; on a aussi droit à la trentenaire fanée par sa vie de couple peu trépidante qui tombe amoureuse de son patron et qui est triste parce qu'elle voudrait avoir un premier enfant avant d'être grand-mère ; la vieille mamie un peu tarée et déboussolée par son divorce qui fait caguer tout le monde avec sa voyante attitrée... Personnellement j'en ai rien à faire de leurs histoires. C'est la même soupe que nous vomissent tous les derniers Woody Alien depuis pas loin de dix piges. Une galerie de portraits sans intérêt, un mixte de personnes bavardes comme pas deux et aux dialogues sans saveur, le tout filmé le plus platement possible par un fantôme des plateaux qui nous fait suer chaque année en ouverture du festival de Cannes avec son nouveau navet printanier. C'est du théâtre de boulevard sans qualité, basé sur des personnages caricaturaux. L'histoire est vaine, la morale finale est foireuse. T'as fini Allen ? 
 
 
"Non, je déconne pas, j'ai beau avoir 76 ans, je reste vigoureux. Là je la tiens avec ma main gauche parce qu'elle tremble toute seule. Mais je te démontre comment je dois la tenir au repos avec ma main droite pour ne pas me pisser dessus..."
 
Et si le film a quelque chose de "sympathique", s'il se laisse mater sans broncher (ce qui n'est certainement pas un gage de qualité), c'est uniquement parce qu'il est rythmé et qu'il semble enjoué, n'empêche que c'est jamais drôle ni subtil, et c'est pas un plan séquence de cinq minutes avec des acteurs qui s'engueulent dans le champ en nous rappelant toutes leurs années de labeur à l'Actor's Studio qui va sauver ce naufrage. On est en droit d'attendre mieux de Woody Allen (tous ses derniers films sont ratés si on y repense) que ce navet bourré de clichés et de facilités, comme la voix-off bien pratique pour s'éviter de mettre joliment en place le récit de ce qui n'est qu'un film choral de plus. C'est nul. Des derniers Woody Allen j'ai largement préféré Vicky Christina Barcelona (qui était complètement naze) !
 
 
Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu de Woody Allen avec Naomi Watts, Josh Brolin, Anthony Hopkins et Antonio Banderas (2010)

7 février 2011

Top Gun

Enfant j'étais naïf. Comme tous les enfants mais peut-être un peu plus que la moyenne. Quand on me disait "Va voir là-bas si j'y suis", en général j'y allais en courant. Bref j'étais un peu con et je crois l'être resté. Chez nous, avant l'époque des DVDs, on avait tout un tas de VHS dont une bonne partie qu'il ne fallait surtout pas toucher. Parmi ces intouchables : Les Oiseaux, Le Temps des gitans, Papa est en voyage d'affaire, Chat noir chat blanc, Underground et Arizona Dream. Pas mal de Kusturica donc. Le dicton de mon père c'est : "Connais ton ennemi pour mieux le combattre". En dehors de sa haine pour les gitans c'était un papa poule et un homme de goût. Mais un titre que je n'ai pas cité, car c'était le primus inter pares, la seule cassette condamnée car on lui avait retiré sa languette, c'était un autre film de gitans, Top Gun, de Tony Gatlif. La VHS était comme neuve, barrée par une étiquette sur laquelle s'étalait le titre du film écrit avec un soin qui ne pouvait venir d'aucun de mes parents, ni d'aucun de mes frères. J'étais naïf. Je me disais que ce Top Gun était un bon film, qu'il fallait respecter, un monument du 7ème art que j'étais sans doute trop jeune pour apprécier et que je me laissais le temps d'appréhender. C'était sans compter sur ma sœur, une adolescente notoire à l'époque, qui comme ses pairs et sa mère chopait le bambou devant le dénommé Thomas Cruise Mapother IV de son vrai nom. J'ai mis du temps à faire le lien. Mais aujourd'hui comment en vouloir à ma sœur ? Comment rester insensible à ce type qui s'est tapé Cruz et Kidman ? Respect.




Après avoir vu ce film je rêvais d'être pilote de chasse mais j'ai dû tirer un trait sur mes espoirs quand on m'a rappelé que j'étais aveugle et que ça me mettrait en danger, en plus d'abîmer un bel appareil qui coûte cher. Je reste admiratif de cet éternel teen idol, le dernier des samouraïs, et je ne suis pas étonné d'apprendre qu'il a organisé un casting planétaire pour trouver godasse à son panard. On n'a pas tous la chance d'avoir un sourire allbright qui fait tanguer tous les tangas du monde. Mini-titrologie : ce titre fait partie de cette très vaste catégorie de titres qui n'ont aucun sens mais qui sonnent comme une évidence et qui claquent tellement à l'oreille qu'on ne les interroge jamais, comme par exemple Ben-Hur, La Planète des singes, Bonnie & Clyde ou encore Bill Bill.


Top Gun de Tony Scott avec Tom Cruise (1985)

13 décembre 2010

The Tourist

Quand j'ai découvert l'affiche de ce film j'étais sur le cul. J'avais entendu dire qu'un remake d'Anthony Zimmer était sur les rails mais j'y croyais pas. Aussitôt dit aussitôt fait. C'est vrai qu'ils sont allés vite pour le torcher ce film-là. Avec un tel matos de base aussi... une vraie mine d'or. Je vous le remets en mémoire : dans l'original, Yvan Attal, au top de sa forme, marchant sur l'eau, prend le TGV Paris-Marseille. C'est une nouvelle ligne, et il prend son pied parce que c'est la première fois qu'il va aussi vite. En face de lui, en 1ère classe, vient s'asseoir celle qu'on ne présente plus : Sophie Marceau. Sophie Marceau en quelques chiffres : membres de son fan-club ? In counting... Chaque seconde c'est mille fans de plus. Braveheart, 36 oscars, elle fait la nique à Mel Gibson, rien que ça, rien que lui ! La Boom, La Boom 2, le 3, le 4, autant de "boom" dans le box office mondial. 36 000 couvertures du magazine Elle, dont la moitié tapissées de microbes et de semence dans les salles d'attente des bons dentistes. Oubliez Garbo, Bardot, Romy Schneider et toutes ces starlettes d'un soir. Marceau c'est Anna Karénine, c'est les plus grands rôles, les plus grands personnages de la littérature écrits plusieurs siècles avant sa naissance rien que pour elle. C'est Camille Claudel, c'est Laure Adler, c'est le Décalogue. En bref, Sophie Marceau c'est une bonne actrice, et on oublie trop souvent de mentionner son talent, parce qu'elle joue vraiment mal, même quand elle est dans son propre rôle en interview. Elle est chiante comme la pluie, rarement vu quelqu'un d'aussi creux, mais on l'adore.




Bref dans Anthony Zimmer c'est Marceau qui vient s'asseoir pile en face du siège d'Attal, genou contre genou. Croyez-moi, Attal voit rouge et passe tout le reste du film à essayer de se sortir de ce guêpier. Qu'un gars comme Attal se fasse draguer par Marceau, mais moi j'achète, j'ai marché, je marche, je cours. Et ce scénario cousu de fil de blanc, j'étais persuadé que les ricains allaient bientôt nous le voler. L'exception culturelle française mon cul ! Tout ce qu'ils achètent on le leur vend... Et si encore ils faisaient leur boulot, ces photocopieuses de mes deux...




Revenons donc au cas The Tourist. Et concentrons-nous peut-être sur le choix du couple vedette : Angelina Jolie et Johnny Depp. Erreur au casting. Yvan Attal est interprété par Angelina Jolie et Sophie Marceau par Johnny Depp. Ils se sont trompés de sièges dans le teoz, et se sont aussi trompés sur l'affiche, matez voir les blazes, ils sont pas du bon côté. La vieille règle de l'ordre alphabétique, il faut parfois s'asseoir dessus, amis graphistes à la noix. Y'a aussi le "O" de "Tourist" qui est ressorti en noir à l'impression mais je suppose que c'est un détail à côté de l'inversion des rôles qui nous rappelle Volte-face, le chef-d'œuvre de John Woo, réunissant les deux stars les plus brillantes d'Hollywood : John Travolta et Nicolas Cage, de quoi peut-on rêver de mieux ? Quand t'as deux phénomènes comme ça, deux monstres, tu poses ta caméra, tu les bloques devant, et t'attends l'étincelle. Mais retournons à The Tourist parce que j'arrête pas de foutre le camp de cette critique mais faut s'y coller, The Tourist donc, ce goof diffusé à grande échelle, volontaire ou pas ? J'en sais que dalle. L'idée de ces cons de ricains : inverser les sexes. L'idée se tient. Jusque là tout va bien. Mais les acteurs en présence posent question.




Parlons du cas Angelina Jolie. Grande actrice ? Tous les goûts sont dans la voiture, comme dirait mon père, certes mais celui-ci doit venir d'un coin très reculé de notre écosystème. Elle remplace Yvan Attal. Or, Attal c'est l'homme qui a pris le cœur de Charlotte Gainsbourg, c'est Dom Juan... Elle a séduit qui, Jolie ? Brad Pitt ? Le plus bel homme sur Terre ? Dom Juan aussi, Jolie ? J'en sais rien. Je suis paumé.




Allez passons à Depp, sur lequel il y a tant à dire. Depp ! Depp... L'homme qui voulait vivre sa vie, une pure icône, une légende vivante urbaine, un idéal masculin, dire du mal de lui c'est s'attirer toutes les foudres, c'est se faire Judas. Mais Depp... L'homme connu pour choisir ses rôles... avec une liberté sidérante et avec un soin de maniaque en prime... Il choisit de tourner le remake d'Anthony Zimmer ! Et après avoir tourné dans les 36 suites des Pirates des Caraïbes, ahah ! Pirates de Caraïbes c'est quoi ? C'est l'adaptation cinématographique d'une attraction de Disneyland Paris. Je l'ai pas inventé ça ma parole, c'est connu, c'est dans toutes les bonnes encyclopédies consacrées au 7ème Art. Depp choisit si méticuleusement ses rôles qu'il a choisi de tenir le premier rôle de l'adaptation cinématographique d'un manège. Ma foi. Il faut de tout pour faire un monde. Le bonheur des uns fait le malheur des autres. C'est comme aller au parc du coin, faire un tour de balançoire, trouver ça géant, être gonflé à bloc de sensations et réaliser un film là-dessus où on verrait les gens se balancer. Après tout Pirates des Caraïbes c'est jamais que des gens qui se balancent dans un bateau à l'épreuve des vagues et qui reçoivent un peu d'écume dans la gueule entourés de trois esclaves : Keira Knightley, Pénélopé Cruz dans le prochain, et l'inénarrable gueule d'ange Orlande Bloom. Dans le genre série sur les caraïbes je préfère de loin "Cœur Caraïbes" avec Vanessa Demouy. Marceau, Demouy, même combat. Donc Depp, revenons-y... il choisit ses films celui-là. Soit. Et pendant ce temps sa femme revient régulièrement en France nous susurrer des conneries dans un anglais qu'elle ne maîtrise pas et avec une voix de frein à main. A d'autres. A d'autres Depp. L'homme qui a appelé ses deux filles Lilly Rose et Wilson Oruma.




Vous avez vu ce look d'enfer ? C'est le dernier en date, qu'il se traîne aux avant-premières de sa dernière merveille... Costard deux pièces en tweed surmonté d'un foulard mauve, chapeau melon, bottes de cuir, lunettes aux verres teintés de mauve également, cheveux raides comme la justice, visage maquillé à la Michael Jackson et lisse comme un testicule, raie au milieu qui doit certainement mener tout droit vers un trou de balle impeccable parce que la seule raie comparable à ça c'est celle d'un cul. Ok il a été beau, il l'est toujours. Je suis pas en train de dire que Johnny Depp est laid, je ne suis pas fou, d'ailleurs j'accepte qu'il reprenne le rôle de Marceau, je trouve que c'est donnant-donnant. Il est peut-être beau le matin, il est peut-être du matin... Faut s'envoyer un tas d'antidépresseurs pour vivre avec les petites Lilly Rose et Nelson Mandela, ça l'a peut-être amoindri, abîmé. Il ressemble comme deux gouttes d'eau à mon cousin schizo. Ils ont la même trajectoire de vie. Ils étaient sublimes à moins de vingt ans, mais après... Y'a une mort après la vie.

Quelques mots sur le réal : Florian Henckel von Donnersmarck.


The Tourist de Florian Henckel von Donnersmarck avec Johnny Depp et Angelina Jolie (2010)

26 mai 2010

Robin des Bois

J'ai vu ce film au cinéma. J'ai grassement payé ma place pour aller apprécier la verve technique d'un Ridley Scott qui n'a plus rien à prouver, sauf à sa fille naturelle, Kristin, qu'il a eue avec Pascal Thomas. A Ridley Scott je dirais "Bon film mais achète-toi des oreilles, ta musique parvient presque à ruiner ton film". En effet l'accompagnement musical de Robin des Bois "n'est pas très heureux" comme dirait ma maman de manière euphémique, et il parvient presque à rendre certains passages insupportables. A part ça, Robin des Bois se laisse regarder. Les dames apprécieront le style toujours aussi rustique agrémenté d'une touche sensible d'un Russell Crowe au sommet de son art ; les messieurs savoureront certaines séquences d'action plutôt bien réussies.

Plutôt qu'un long discours, revenons sur l'histoire qui nous est contée dans ce film. En fait, le scénariste est Brian Helgeland, surtout connu pour avoir réalisé Chevalier et pourtant c'est loin d'être son plus haut fait d'arme. Je l'aime bien ce Brian : il a réalisé Payback et il a collaboré avec Clint Eastwood. Mais ce qu'il faut aussi savoir, c'est que si Brian Helgeland est bien crédité au scénario, il n'en reste plus grand chose puisque celui-ci a été lourdement remanié, comme ça semble être de coutume à Hollywood. Au départ, le film s'appelait "Buckingham" et Russell Crowe devait jouer le sherrif de ce bled. Puis ça a changé, Russell devait jouer le sherrif ET Robin des Bois. Puis finalement uniquement Robin des Bois. Pareil, au départ il devait avoir les cheveux longs pour le rôle mais au dernier moment les cheveux courts se sont imposés. Au final, on sent que l'histoire a subi quelques remaniements assez costauds. Par exemple, QUID des enfants qui vivent dans la forêt qu'on aperçoit un peu au début, puis qui reviennent un peu aux 2/3 du film et qui reparaissent comme des petites fleurs à la toute fin pour aider une Lady Marianne aux prises avec un violeur chauve ?



Pour en revenir à l'histoire, celle-ci est un peu inversée par rapport à l'histoire classique qu'on connait. Si vous ne voulez pas en savoir plus passez votre chemin à partir de maintenant.

En fait, ce n'est pas l'histoire d'un noble fidèle au roi Richard Lion-Heart qui revient dans une Angleterre livrée à elle-même sous la gouvernance approximative du Prince Jean. Non, ce n'est pas Kevin Costner qui retrouve son château aux proies des flammes, ni Cary Elwes qui fait la rencontre de Petit-Jean sur un pont, ni non plus Pef, Jean-Paul Rouve, Marina Fois et leurs compagnons dans des sketches approximatifs, c'est seulement l'histoire d'un homme qui se trouve au bon endroit au bon moment ("right time, right place, different movie" comme dirait John Carpenter).

Dans ce film qui cherche à revisiter l'histoire, Russell Crowe n'est pas Robin de Locksley, mais Robin Longstride, un simple gueux, l'un des archers de Richard Coeur de Lion. Il est probablement parti rejoindre la croisade sur un coup de tête, rien ne laisse croire que c'est pour oublier une femme mais vu l'air de chien battu qu'il se traine tout le long de film on sent que son coeur a été brisé à un moment-clé de sa vie, encore une femme qui laisse le coeur d'un homme tel les environs du Mont St Helens après la fameuse éruption du 18 mai 1980. Parce qu'un homme c'est sensible et Russell Crowe a une sensibilité à fleur de peau. Son regard fuyant, son front marqué par des rides profondes, c'est, comme le déclare l'un des personnages de Retour Vers le Futur 3, "un homme brisé".



Depuis plus de 10 ans, Robin Longstride se bat pour le roi, il est usé par la vie et Russell Crowe joue la partition avec une perfection rarement égalée. S'il n'y avait pas eu la prestation de Javier Bardem dans Biutiful (que je n'ai pas vu), j'aurais misé mon cheval et sa selle sur Russell Crowe pour l'Oscar 2010 du meilleur acteur. Mais Russell n'aura pas la chance de dire devant le monde entier à quel point il a la chance de partager la vie de Pénélopé Cruz, parce qu'il n'est pas un espagnol doté d'énormes cojones et d'un menton qui voit la lumière du jour une heure avant son propriétaire. D'où la raison crédible de choisir Russell Crowe pour jouer un personnage d'un petite trentaine d'années (mais qui, à cette époque difficile, en ferait 50 maintenant, tout a été pensé en crédibilité dans ce film à 200 M$).

The scene takes place in France, la croisade touche à sa fin, il ne reste au roi Richard plus qu'une partie de la France à traverser pour retrouver sa chère Angleterre. Mais, dans un dernier baroud d'honneur, Richard décide d'aller raser un château Français situé sur son chemin. Durant le siège, Richard Coeur de Lion cherche la meilleure manière de faire céder la grande porte d'entrée. Ici Ridley Scoot nous montre tout son génie de mise en scène. En quelques plans et dialogues adéquates, il parvient à nous faire une analyse complète du personnage de Richard Coeur de Lion, et après ces quelques secondes de présentation, on sait que ce roi "ne passera pas l'hiver" comme aurait dit mon grand-père. La scène est simple mais tout y est dit : à quelques mètres de la grille du château assiégé, Richard Coeur de Lion défait ses chausses pour faire ce qu'on appelle un "numéro 2", histoire de narguer de la manière la plus outrageante les français courroucés. Une pluie de flèches accueille cet exploit. Cette scène fondatrice nous permet de plus d'introduire le personnage de Russell. Avec son arc et ses flèches, il fait partie de la troupe venue à la rescousse du roi pour tenter de l'empêcher de mourir en chiant.



Sauvé une première fois lors de cette scène-clé, ce crétin de roi finira par se prendre un carreau d'arbalète dans le cou. A ce moment de l'histoire, Robin est "aux fers" avec 4 potes parce qu'il a fortement contribué à déclencher une baston la veille au soir, en tentant de tricher au fameux jeu du "pois-chiche caché sous l'un des trois pots mais lequel ?".

Le fidèle intendant du roi Richard, Robert Locksley (en fait, celui qui aurait dû être le vrai robin des bois à la base), est chargé de ramener la précieuse couronne en Angleterre pour la remettre à l'héritier légitime, the elder brother, Prince Jean. Pendant ce temps, Russell et ses 4 potes, qui ont assisté à la mort du roi, en ont profité pour déserter l'armée anglaise en déroute et pour rentrer par leur propre moyen en Angleterre. Ils arpentent à grandes enjambées la forêt de Fontainebleau pour rejoindre la Manche à la recherche d'un bateau qui pourrait les ramener vers la Perfide Albion.

Alors que Bob Locksley et sa troupe traversent eux aussi la forêt de Fontainebleau au grand galop pour satisfaire à leur mission, ils sont pris en embuscade par un certain Godeffroy, un traitre anglo-français à la solde de Philippe V le roi de France, qui cherche à récupérer la couronne, la mettre sur sa tête et hurler qu'il est dorénavant le roi d'Angleterre en plus d'être celui de la France, surement à causse d'un complexe d'infériorité causé par les dimensions réduites de son sexe. Juste un petit peu de trivia sur l'acteur qui joue le grand méchant du film Godeffroy (que son frère et ses amis appelle Joe) : il s'agit de Mark Strong qui est devenu le grand méchant à la mode ces derniers mois. On peut le voir en grand méchant dans Sherlock Holmes et dans Kick Ass. Et comme rien n'est moins original que les idées à Hollywood, attendez-vous à le voir en grand méchant dans des tas de films à venir. Par exemple, un petit tour sur ses projets en cours et le voilà crédité en tant que Sinestro dans le futur Green Lantern (2011). Je ne connais pas Green Lantern, je suis pas fan des comics, mais un personnage qui s'appelle Sinestro (avec les idées moisies des auteurs des comics) doit forcément être le gros méchant de l'histoire. Donc attendez-vous à bouffer du Mark Strong à toutes les sauces dans les mois et les années à venir. Il aurait été approché pour jouer le dragon dans Le Hobbit : un voyage inattendu.



Pour en revenir à Robin Hood, l'embuscade ne laisse aucun survivant, mais pas de chance pour les méchants car Robin et ses 4 potes (dont un certain Petit Jean qui se trouve être vachement balèze) ont tout vu. Avec leur talent à l'arc, ils crèvent facilement les méchants et récupèrent la couronne. Ensuite, Robert Locksley, le vrai, mourant, donne pour mission à Robin de ramener la couronne à Londres, mais aussi de ramener sa précieuse épée à son père, Walter Locksley (interprété par un MAX VON SYDOW en roue libre). Un pacte de sang se crée car Robin s'ouvre la main en prenant l'épée (dont la garde est abimée) des mains de Robert. C'est un pacte de sang, donc il ne peut plus reculer, l'honneur dicte sa conduite, c'est un homme d'honneur, il ira jusqu'au bout de sa mission pour honorer ce pacte car son honneur est tout ce qu'il lui reste.

A partir de là, un quiproquo se crée car Robin décide de se faire passer pour Robert. Ce stratagème lui permet d'arriver plus facilement en Angleterre, de ramener la couronne et d'éviter d'être soupçonné d'avoir instigué l'embuscade. Mais il n'a pas de chance. Sans le savoir, Russell est connu "comme le loup blanc" en Angleterre (là aussi gros trou scénaristique dans le film et expédié comme si de rien n'était) et c'est William Hurt, dont la classe relève l'éclat d'un film qui se ternit de minute en minute, qui le premier se rend compte de la supercherie. Mais il ne dit rien car il sait que de grands desseins ont été prévus pour un Robin qui ne s'attend pas à ce qui va lui arriver.

Cependant, Robin laisse le quiproquo se continuer car il se sent investi d'une mission par rapport à l'épée qui lui a été confiée et la ramène donc à Walter Locksley à Buckingham (interprété par un MAX VON SYDOW en roue libre)... Et là, Walter, aveugle et aveuglé, lui demande de passer pour son fils devant tout le monde ! Ça l'arrange car il n'est pas au meilleur de sa forme et il faut un gars de poigne pour relever le duché de Buckingham qui subit la pression taxatoire du clergé et du nouveau roi Jean (qui est, fidèlement à la légende, un sacré connard).



Donc le quiproquo continue. De plus, la veuve de Robert Locksley, Marianne (interprétée par Cate Blanchett), semble au goût de Robin qui en ferait bien son 4h. Le spectateur habitué aux films hollywoodiens sait très bien où l'histoire va mener ces deux individus : d'un côté un beau mâle sensible qui cherche maintenant le repos après des années de guerre, et de l'autre une femme qui n'a connu les plaisirs charnels que le temps de sa liaison avec Robert, soit une semaine. Autant vous dire que la relation est électrique. Robin, obligé de dormir avec les chiens au départ, aurait traumatisé quelques lévriers et autres border-collies qui ont eu le malheur de s'approcher trop près de cet homme alors en plein rêve érotique incluant Marianne, un arbre, une grosse pierre et son appendice tuméfié à force de rester "au garde à vous" serré dans ses chausses manifestement trop serrées.

Bon après, je vous épargne la suite et fin de l'histoire, elle est cousue de fil blanc. Les français tentent de débarquer en Angleterre avec l'aide de leur vilain complice Joe, mais Robin (cette fois sous son vrai blase) et ses potes participent à leur déroute et les renvoient chez eux, ces cons. Le souci, c'est que Bob des Bois s'est mis à dos le roi en faisant le malin et en demandant qu'il signe une charte proclamant la liberté de chaque homme, et le roi a accepté de le faire, mais seulement après la déroute des français. Sauf qu'il change d'avis une fois la victoire acquise et qu'il brûle la charte devant une assemblée médusée et courroucée. Pour conclure, il déclare Robin "OUTLAW!". C'est à ce moment que Bob décide de se réfugier en forêt avec Marianne (qu'il a fini par séduire en lui montrant qu'il avait une grosse flèche pas uniquement dans son carquois) et les autres gens qui ont décidé de suivre ce type si charismatique (Petit Jean, Frère Tuck et j'en passe).

Juste après ça, hors caméra, Russell Crowe se transforme en renard.


Robin des Bois de Ridley Scott avec Russell Crowe et Cate Blanchett (2010)

3 mai 2010

Nine

Nine, dont le titre au Québec est "Neuf", est un film à voir. On l'a lancé pour bouffer devant, Félix et moi : il est resté sur l'écran 17 minutes montre en main. La séquence d'ouverture c'est quelque chose. Unique en son genre. Daniel Day-Lewis joue un réalisateur de comédies musicales italiennes pour Cinecitta, dans les années 50, un Fellini foireux. Il est en manque d'inspiration, s'assied dans un studio vide, et là il voit danser (ce qui, dans le film peut se traduire par marcher lentement et comme un tapin sur le bord de la 113) pour lui toutes les femmes de sa vie, sa reum (Sofia Lorren, filmée par un type qui manifestement ne la connaît pas et n'a pas plus de respect pour elle que je n'en ai pour lui), une critique de cinéma américaine sans charisme (Kate Hudson) et toutes les autres dames à l'affiche du film. La scène dure 6 minutes, sur la chanson la plus officiellement laide de l'histoire de la musique. Bref il faut voir cette scène pour constater les dégâts et se réjouir de connaître ce qui peut se faire de plus visiblement nul dans le cinéma, pour des millions de dollars, en toute impunité.



Le truc qui fait que les comédies musicales c'est fini et définitivement fini, et qu'Hollywood devrait arrêter d'en produire (et là je ne parle même pas de ce film-là qui est en dessous de tout), c'est que Hollywood, plus que jamais, ne monte des films que sur des stars de cinéma "banquables". Or ces gens-là ne savent ni chanter ni danser. Même en prenant 12 mois de cours intenses avant le tournage, qui feront baver les journalistes et notamment l'équipe de Denisot, on ne devient pas danseur, ni chanteur. Autrefois quand Fred Astaire dansait, c'était beau, parce que c'était un danseur. Dans Top Hat, la caméra est fixe, en plan large, et Fred Astaire a intérêt à faire le spectacle (il le faisait) parce qu'on voit ce qu'il y a dans le bonhomme avec ce genre de mise en scène. Aujourd'hui, avec la louma, les dizaines de milliards de plans qui se succèdent sans qu'on ne voie rien, précisément on voit que dalle, et que ce soit le chanteur nul à la télé ou la star Hollywoodienne au cinéma, ils peuvent être affligeants, être totalement dépourvus de contenance, 100% bidons, ne pas savoir bouger, n'avoir aucune prestance ni aucun talent, de toute façon on ne voit rien et les mouvements vertigineux de caméra font impression à leur place sur tous ceux qui n'ont aucune exigence. Le pire c'est qu'ils se croient vraiment géniaux, à tous les niveaux, tous ces abrutis. Nicole Kidman qui chante elle-même dans Moulin Rouge, et maintenant Daniel Day Lewis qui ose pousser la chansonnette, alors qu'il possède, dès qu'il tente de produire une mélodie, une voix glaçante. Et pire encore, nous autres Français, tout le reste du monde, nous trouvons ça génial ! Et on nous bassine avec les Américains si cool qui font un "show" énorme aux Oscars, qui chantent et qui dansent, qui savent tout faire. Oui ils savent tout faire, ils font tout (ils sont très professionnels, certes), ils font absolument tout très mal. Ils chantent mal, dansent mal, jouent mal, (filment mal, mais ça tout le monde le sait). Qui a déjà enduré les Oscars ? Personne. Personne sans souffrir d'entendre des chansons pourries chantées et dansées par des gens qui ne savent faire ni l'un ni l'autre mais qui se contentent d'oser, avec une outrecuidance folle, comme peuvent oser les gens beaux qui n'ont rien à perdre et à qui l'on pardonnera tout parce que les virevoltes de la caméra, les effets pyrotechniques à cent milliards la seconde et les tarés survoltés au montage emballent tout ça et rattrapent le massacre. Ces gens-là sont parfois effectivement beaux mais souvent nuls. On le sent que le film m'a mis les nerfs en pelote et que je pourrais tuer, y compris des gens qui n'ont rien fait ?



A ce sujet il y a autre chose à voir d'urgence dans les 17 premières minutes de ce film atroce. C'est à peu près entre la minute 14 et la minute 17, voire au-delà, je ne sais pas, j'ai éteint. On peut assister en direct à l'auto-sabotage d'un comédien. D'habitude, quand un acteur relativement bon devient mauvais, ça se fait progressivement, on a l'intuition de sa décadence, comme les oiseaux ces gens-là se cachent pour mourir. Là, pour une fois, ce mini-suicide artistique peut être vu en face, peut être daté, admiré à tout jamais. Parce que, croyez-moi, si vous faîtes partie des gens qui appréciaient Daniel Day-Lewis, qui le considéraient comme un grand acteur, eh bien croyez-moi, si vous regardez ce film, à la 14ème minute vous verrez un artiste se suicider, se saborder, et on assiste à ce grand bond sur une mine antipersonnelle impuissant, heureux tout de même, regardant cet acteur chanter sa propre fin et sauter sur lui-même dans un échafaudage, passant et repassant sa tête dans chaque trou de l'édifice en grimaçant et en déblatérant des conneries d'une stupidité maximale. Daniel Day-Lewis, que l'on surnomme DDD pour aller plus vite, s'en remettra sans doute. On compte sur lui.



P.S. : Au tout début du film, la première réplique de D-Day Lewis est: "On n'arrête pas de tuer son propre film. On le tue quand on en parle...". Puis il donne une chiée d'autres manières de tuer son film, que le réalisateur de cette daube semble avoir rigoureusement appliquées à son bébé. On regrette que le réalisateur de cette connerie (oui je me répète mais je ne citerai jamais son nom), n'ait pas laissé clamser son chef d'œuvre dans l'œuf. En tout cas j'aimerais avoir buté Nine en essayant d'en causer. Neuf c'est le nombre de mois que je passerai en réclusion à perpétuité pour avoir pris un selfie avec la très procédurière Marion Cotillard lors de sa montée des marches à Cannes et pour l'avoir mise sur internet. A bon entendeur !


Nine de Rob Marshall avec Daniel Day-Lewis, Marion Cotillard, Penelope Cruz, Kate Hudson, Nicole Kidman et Sophia Loren (2010)