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Apocalypto
28 juillet 2024
Signes
4 mars 2022
Mad Dog and Glory
Je n'avais jamais vu ce film. Je ne savais même pas de quoi il s'agissait. Le titre me parlait bien sûr, on l'entend une fois et on ne l'oublie plus jamais. Mais je l'associais à un obscur film de guerre, ce qui n'avait aucun sens puisque le film de guerre est mon genre cinématographique préféré de très loin, et que je connais absolument tous ses représentants sur le bout des doigts ; je me suis même fait une sorte de playlist, sur un disque dur externe de 10 téraoctets, d'un bon millier de films de guerres en 1080p qui tournent en boucle sur mon home cinema en mode shuffle, emplissant ma maisonnée et mon quartier de bruits incessants de pétarades, de mitraillages, de fusillades, de hurlements de douleur atroces et de bombardements lourds en 5.1 qui ravissent mes voisins, surtout par les temps qui courent, dont certains sont désormais capables de reconnaître le calibre précis d'un flingue qui crache ou le type exact des obus qui pètent dans mon salon H24. Autre bizarrerie, ne jamais avoir aperçu l'affiche du film, pourtant certainement placardée dans tous les vidéo-clubs du temps de ma prime jeunesse, et par conséquent avoir ignoré tout ce temps l'identité des deux acteurs principaux de Mad Dog and Glory, Bob De Niro et Bill Murray, à savoir mes deux acteurs préférés de tous les temps, dont j'ai vu absolument tous les films, sauf Mad Dog and Glory. C'est réparé.
| Mêmes effets spéciaux que pour les hobbits dans Le Seigneur des anneaux pour rapetisser De Niro. |
| Ces deux-là se sont retrouvés il y a deux ans dans The War with Grandpa que je n'ai pas vu. C'est tout ce que j'ai à dire à propos de ça. |
| ? |
Je ne peux
pas croire que cette scène soit simplement gratuite, posée là sans raison. Or j'ai
pu lire, après des recherches à la Bibliothèque Nationale de France, que cette
séquence est une séquence intertextuelle. Après d'autres recherches pour
comprendre ce mot, j'ai compris que la scène mystérieuse faisait référence, allusion,
clin d'oeil, à un autre film... Mais lequel ? Je ne trouve pas. Alors que
j'ai vu et revu toute la filmographie des deux acteurs principaux de ce maudit
film. Comment est-ce possible ? Je deviens malade. Que m'as-tu fait John McNaughton ? (Cf. le
réalisateur du film, dont tous les autres métrages ont dans leur titre
soit le mot "sexe" soit le mot "crime", qu'il a réussi à combiner dans
le titre Sexcrimes, film fétiche de mon frère aîné dans les
années 90, pour les formes de Denise Richards, aux côtés de l'intégrale de Buffy contre les vampires, pour celles de Sarah Michelle Gellar, et de Snake Eyes, pour celles de Gary Sinise). De Niro et une biche... Une biche et De Niro... Je m'avoue vaincu. J'ai pensé,
dois-je le dire, au risque de passer pour un idiot, j'ai pensé à Bambi.
Mais je ne suis pas certain que De Niro ait doublé la biche dans la
version originale du film, n'ayant jamais vu que la VF, où la voix du
petit cervidé éponyme était assurée par le regretté Jacques Frantz, le
doubleur éternel de De Niro justement, de Mel Gibson, John Goodman,
Dolph Lundgren, Nick Nolte ou encore Ron Perlman, et qui nous a quittés
l'an dernier, l'homme aux mille voix, l'homme à la voix unique, l'homme à
la voix reconnaissable entre toutes, l'homme à la voix. RIP Jacques Frantz.
Mad Dog and Glory de John McNaughton avec Bill Murray, Robert De Niro, Uma Thurman, Mike Starr et David Caruso (1993)
7 mai 2019
Dragged Across Concrete
Nous suivons tout particulièrement deux flics, fraîchement suspendus pour leurs méthodes jugées trop musclées et dès lors déterminés à "récupérer leur dû" en interceptant des malfrats à leur façon et en s'accaparant leur magot. Ces flics sont incarnés par des acteurs que l'on est heureux de retrouver dans des rôles aussi consistants, Mel Gibson et Vince Vaughn, qui avaient déjà collaboré ensemble pour Hacksaw Ridge. Le premier, star controversée à l'image déclinante, apparaît comme un choix de casting idéal pour un tel film, au propos si ambigüe, parfois amoral et cynique, ce que n'ont d'ailleurs pas manqué de pointer du doigt certains critiques américains, quitte à établir des amalgames et des raccourcis faciles qu'appellent toutefois un Zahler volontiers provocateur. Quant au second, qui était déjà hallucinant dans le précédent film du cinéaste, tout en rage contenue et d'une efficacité redoutable à la bagarre, il démontre ici de nouveau toute l'étendue de ses possibilités, dans un registre encore très différent, plus discret, presque effacé aux côtés de son coéquipier, mais néanmoins touchant et parfois même plutôt marrant.
Ainsi, les deux acteurs reconstituent peu ou prou les fameux duos de ces buddy movies des années 80 et 90, sans jamais que Zahler ne s'inscrive véritablement dans cette veine. Le vieux flic à un an de la retraite, qui n'a plus rien à perdre ou presque, aux méthodes radicales, blasé par la vie, s'exprimant régulièrement en pourcentage pour étaler sa science afin d'éclairer telle ou telle situation incertaine, se retrouve associé à un partenaire de presque vingt ans son cadet, l'avenir devant lui, un mariage en vue, qui fait preuve d'une loyauté et d'une fidélité infaillibles, mais dont il faut aussi supporter les logorrhées absurdes et les bruits de mastication envahissants quand il engloutit lentement ses sandwichs aux œufs. Certains pourront trouver ça un peu longuet car, comme à son habitude, S. Craig Zahler prend vraiment son temps pour planter le décor, dépeindre ses personnages et leurs situations respectives, quitte à nous proposer des longues scènes de planque et de filature où il ne se passe quasiment rien en dehors des dialogues qu'échangent nos deux ripoux.
Chacun a ses raisons, ses motivations, aussi peu louables soient-elles. Les préjugés et le racisme sont partout, chez les uns comme chez les autres, et ce dès les premières scènes, rapidement malaisantes du fait des agissements borderline des protagonistes. Par un usage pernicieux des clichés, des détails sordides ou des répliques cinglantes, Zahler n'épargne personne et brosse le portrait d'une Amérique, vérolée par la haine, qui fait peine à voir. Il n'y a pratiquement pas un personnage pour rattraper l'autre, même si nous les comprenons tous. Ils paraissent nager bon an mal an dans une société qui les a montés les uns contre les autres. Le réalisateur donne dans une noirceur terrible, son trait est épais mais assuré et d'une grande précision. Il y a là un souci du détail assez jubilatoire, le bonhomme s'est visiblement documenté sur son sujet tout en laissant libre cours à son imagination pour agrémenter son polar de détails surprenants. Zahler se fait aussi plaisir en nous proposant encore une fois des dialogues de haut vol, auxquels on pourrait presque reprocher qu'ils soient justement trop écrits. On sent bien l'auteur de romans noirs aux manettes, mais comme son plaisir est largement communicatif et son talent évident, cela ne pose guère de grand problème.
La longue scène de l'affrontement final entre les deux flics et les malfrats, coincés dans leur véhicule blindé, est tout simplement bluffante, à montrer dans toutes les écoles... Le film prend alors des allures de splendide western crépusculaire, notamment grâce à l'atmosphère ténébreuse sublimée par son directeur photo attitré, le très doué Benji Bakshi. Durant cette longue séquence paroxystique, Zahler fait preuve d'un savoir-faire étonnant, d'un sens du cadre admirable et d'un contrôle magistral de la plus pure scénographie, tout cela avec une simplicité désarmante. C'est un travail d'orfèvre. L'action, sans cesse dilatée, est si lisible que nous pouvons à fond en ressentir toute l'intensité et être sensible à tous ses enjeux. Nous sommes sur le qui-vive comme jamais et on tremble jusqu'au bout du bout. On pourrait presque regretter que le film se termine par un épilogue peut-être dispensable, où le soufflet retombe. A la différence de Brawl in Cell Block 99, Dragged Across Concrete ne nous lâche pas au point de rupture, mais sur une conclusion qui laisse un arrière-goût amère.
13 novembre 2018
Outlaw King
Comment une telle production de 120 millions de dollars de budget peut-elle finir sur Netflix ? Mystère... De rapides recherches sur internet nous apprennent que suite aux réactions mitigées de spectateurs déconcertés par le rythme et la longueur du film lors de sa projection en avant-première au festival de Toronto, David Mackenzie a choisi d'en raboter pas moins de 20 minutes. Le cinéaste prétend avoir fait ça sans regret, le sourire aux lèvres, améliorant ainsi son film et arguant que celui-ci reste "épique" malgré sa plus modeste durée. Il faudrait cependant être bien peu regardant sur la marchandise pour ne pas remarquer que le produit fini souffre d'un montage à la serpe, pour des effets involontairement comiques lors de ces transitions soudaines qui coupent parfois brutalement des personnages secondaires pour mieux poursuivre l'action ailleurs. Bancal et brouillon, bienvenue dans le catalogue Netflix !
Dès les premières secondes, on sent toute l'ambition de David Mackenzie. Celui-ci choisit d'ouvrir son film par un long plan séquence de dix minutes qui produira peut-être son petit effet et qui a surtout le mérite de planter rapidement le décor. Cette scène, tout comme quelques autres, est toutefois gâchée par ce triste effet de vignettage très à la mode ces derniers temps. Cet assombrissement de la périphérie du cadre, rétrécissant l'image, va pourtant à contre-courant, selon moi, d'un film d'aventure historique qui revendique une certaine ampleur. En règle générale, cette rengaine des dirlos photos en manque d'inspiration ne donne pas un cachet particulier aux films, contrairement à ce qu'ils s'imaginent sans doute, mais plutôt une allure cheap malvenue. Ce n'est pourtant pas dans Outlaw King qu'on y a le plus souvent affaire, mais ce film prend pour les autres. C'est cruel !
Plus le temps passe, plus on jauge l'importance du fossé qui sépare les prétentions affichées par le cinéaste et le pauvre résultat à l'écran. Où sont passés les 120 millions de dollars ? Peut-être dans les chevaux, très nombreux et bien nourris ? Pas dans le casting, ça c'est sûr. Quand ton acteur fétiche se nomme Chris Pine, tu pars avec un lourd handicap. Mackenzie l'avait déjà dirigé pour Comancheria, il a dû juger que le bellâtre californien au regard bleu d'abruti serait crédible en grand héros national écossais. Faire du fade et lisse Chris Pine l'acteur vedette de sa grande épopée historique constitue en soi un pari très risqué. Pourtant, il faut bien avouer que la starlette américaine n'est guère à blâmer. Pine fait ici tout son possible et trouve sûrement son meilleur rôle (vous me direz, vu le reste de sa filmo...), on ne s'acharnera donc pas sur son cas. A ses côtés, on apprécie l'actrice choisie pour jouer la Reine, Florence Pugh, qui dégage charme et fraîcheur de vivre hollywood chewing gum. Sa présence délicate est l'un des atouts d'un film dont on pourra hélas regretter que les personnages manquent d'épaisseurs, notamment les ennemis anglais, malgré toutes leurs gesticulations.
Escarmouches, duels et combats en tout genre s'enchaînent après une grosse demi heure d'installation débouchant sur un constat, sans appel : David Mackenzie ne filme pas mieux qu'un autre ce genre de scènes, mais il se débrouille pas si mal. On focalise encore sur les mauvaises habitudes de ce type de productions, à commencer par l'illisibilité parfois gênante de l'action et, détail de moindre importance mais tout aussi énervant, ces gerbes de sang ridicules souvent ajoutées en postprod qui font de chaque être humain un ballon de baudruche gorgé de sang ne demandant qu'à éclater. C'est laid, inutile et bête, ça me rappelle une de mes collègues de travail. En plus, ça n'est pas spécialement réaliste. Je n'ai pas tenté l'expérience, mais je suis à peu près sûr de ne pas repeindre les murs de mon sang à la moindre égratignure. Quand arrêteront-ils aussi de faire ça ?! Outlaw King est le film du ras-le-bol. Manque de bol, c'est tombé sur lui. C'est cruel, encore une fois, rappelons donc par souci de justice que filmer les batailles médiévales, bordéliques par nature, est un défi particulièrement lourd à relever pour n'importe quel cinéaste...
Ce n'est donc pas l'action et l'aventure qui nous feront vraiment vibrer mais plutôt l'humour involontaire de certaines situations absurdes et de quelques dialogues qui n'ont pas grand chose de moyenâgeux et encore moins de lyrique. Il faut attendre la 93ème minute pour assister à ce qui est pour moi le point culminant de l’œuvre de Mackenzie. Chris Pine et sa bande parcourent à cheval les paysages humides de leur belle région quand le leader descend soudainement de sa monture, comme s'il avait été soudainement frappé d'une illumination géniale. Marchant lentement dans la tourbière, il lance alors sur un ton assez solennel "They want to take our land [longue pause] but they don't know our land". Les autres le regardent alors avec un air circonspect, un peu perdu, les mains sur les hanches, vraisemblablement pris de court par l'ingéniosité de leur leader. Fin stratège, Robert Bruce leur signifie là qu'il a trouvé de quoi piéger naturellement les troupes anglaises : la bataille décisive se déroulera en pleine tourbière, les cavaliers anglais, surpris, s'embourberont dans la gadoue et dans des piquets judicieusement placés ! La beauté de cette courte scène réside dans la façon qu'a Chris Pine de prononcer sa phrase et dans la réaction incrédule de ses collègues. Du grand art ! J'ai dû me la repasser cinq fois de suite...
En dehors de ce genre d'éclats inattendus, il y aussi quelques beaux échanges à signaler. La Reine, fraîchement éprise du Roi, se lamente que celui-ci s'en aille déjà alors que les funérailles de son père viennent tout juste de s'achever. "Robert, tu viens d'enterrer ton père" lui dit-elle, visiblement inquiète que son nouveau mari fasse passer le boulot avant sa vie de famille et sa santé. "Je dois quand même payer mes impôts !" lui répond Chris Pine, droit dans ses bottes. Énorme ! On apprécie aussi le ridicule mais historiquement tout à fait crédible "Robert Bruce fils de Robert Bruce fils de Robert Bruce" prononcé avec le plus grand sérieux au moment de l'intronisation du Roi. Peu après, un zonard vient tapoter sur l'épaule de Robert Bruce pour le prévenir gentiment que les troupes anglaises sont déjà en marche. "Ça sera notre premier gros test" répond alors Chris Pine, en regardant au loin. Sérieusement, faites un effort dans les dialogues, essayez au moins un minimum de nous donner l'impression que tout ça se déroule dans le passé, il y a plus de 700 ans...
Outlaw King : le Roi hors-la-loi de David Mackenzie avec Chris Pine, Aaron Taylor-Johnson et Florence Pugh (2018)











































