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25 février 2020

L'Homme qui voulut être roi

L'Homme qui voulut être roi, adaptation de la nouvelle de Rudyard Kipling par John Huston, est un film sur l'amitié. Les deux personnages principaux, Daniel Dravot (Sean Connery) et Peachy Carnehan (Michael Caine), sont deux britanniques, anciens militaires et francs-maçons, décidés à conquérir un pays à eux seuls, le Kafiristan (province imaginaire de l'Afghanistan), où nul européen n'a mis le pied depuis Alexandre le Grand. Les deux hurluberlus partagent les mêmes facéties, la même légèreté, la même insolente cupidité et surtout le même panache. Ils voient les choses en grand et ne prennent rien très au sérieux. Sinon leur amitié, qui les pousse au début du film à se rendre dans le bureau de Kipling lui-même (interprété par Christopher Plummer), journaliste au Northern Star, afin de compulser cartes et encyclopédies au sujet de leur future destination, mais surtout pour le prendre à témoin (contrat et signatures à l'appui) de leur serment d'amitié : pacte de loyauté et promesse devant l'autre de ne céder aux tentations de la chair et de la boisson qu'une fois leur mission accomplie.




Bien entendu, le serment sera finalement rompu, l'un des deux bougres, Dravot, pris pour un Dieu par le peuple soumis (une flèche tirée en plein cœur finit par chance sa course dans sa médaille franc-maçonne et fait croire à son immortalité), refuse de mettre un terme à l'aventure et de rentrer au pays riche comme Crésus aux côtés de son compagnon, préférant régner pour toujours sur le Kafiristan et prendre femme, ce qui vaudra aux deux compères de strictement tout perdre et de se retrouver gros-jean comme devant, leur seule amitié retrouvée pour toute richesse. Mais en revoyant ce film récemment, outre le plaisir de suivre les aventures de Caine et Connery (dont les personnages, à l'origine, devaient être interprétés par Bogart et Gable, puis par Kirk Douglas et Burt Lancaster, Peter O'Toole et Richard Burton, Paul Newman et Bob Redford et enfin Omar et Fred — John Huston ayant préparé ce film pendant 25 ans avant de l'accoucher), deux choses m'ont profondément touché. La première, c'est la magnifique introduction, où un Michael Caine méconnaissable, défait, borgne, à moitié fou et en guenilles, débarque chez Kipling tel un fantôme pour lui raconter l'aventure de sa vie — et c'est comme si l'un des personnages inventés par l'écrivain, mystérieusement incarné, venait en personne dicter son histoire à son propre créateur. Ou Kipling en Robert E. Howard, l'auteur des aventures de Conan le barbare, qui prétendait écrire lesdites aventures sous la dictée de Conan le Cimmérien en personne, venu les lui raconter depuis un monde parallèle et le pousser à les coucher sur le papier sous la menace d'une rafale de bouffes dans la gueule. 




L'autre, c'est cette scène, qui survient relativement tôt dans le film, durant le périple des deux aventuriers vers le Kafiristan. Lors de leur traversée des régions montagneuses de l'Inde, et après bien des difficultés, les deux hommes se retrouvent soudain confrontés à un gigantesque canyon qui met un terme définitif à leur avancée. Résolus à cet échec et convaincus de leur mort prochaine, Dravot et Carnehan décident d'aller s'asseoir à l'abri d'un rocher pour tailler un dernier bout de gras et se remémorer leurs multiples aventures passées, souvenirs qui ne manquent pas de déclencher chez eux quelques rires, puis beaucoup, de plus en plus nombreux et de plus en plus généreux, jusqu'à ce que ces éclats de rire, amplifiés, répercutés et démultipliés par l'écho des montagnes, déclenchent une formidable avalanche ayant pour effet de combler la faille qui séparait nos deux larrons de leur destination. 




Sauf erreur de ma part, cette scène est absente de la nouvelle de Kipling, dans laquelle Carnehan, racontant son périple à Kipling, ne mentionne l'avalanche que comme un risque potentiel lorsque Dravot chantait à tue-tête dans la montagne, après la mort de leurs dromadaires puis des mules qu'ils avaient volées à des voleurs — Dravot répondant à sa remarque que si un roi ne peut plus chanter, que lui vaut d'être roi ? C'est donc une scène propre au film de Huston que celle où, riant une dernière fois de leurs faillites avant de mourir, les deux amis déclenchent une catastrophe qui résout leur problème et leur sauve la vie. J'ai déjà souvent parlé d'amitié au cinéma, et de rire, à propos de La Horde sauvage ou plus récemment de Zorba le grec, et peut-être me direz-vous que je fais une fixette, mais tout de même, quelle idée, et quelle scène ! 


L'Homme qui voulut être roi de John Huston avec Michael Caine, Sean Connery et Christopher Plummer (1975)

2 octobre 2018

Les Incorruptibles

Incroyable mais vrai : je n'avais jamais vu ce film, qui est pourtant un "gros morceau", et je l'ai seulement découvert il y a quelques jours. Je suis dans une période "film de gangsters", j'enchaîne les films de gangsters, qu'ils aient été réalisés par des gangsters ou qu'ils mettent en scène des gangsters. J'ai maté tous les Mocky et même quelques matchs de foot d'équipes entraînées par Rolland Courbis (le Marseille-Montpellier de 98 est entré dans l'Histoire). Les Incorruptibles appartient aux deux catégories à la fois puisque le gros Brian De Palma, le roi des petites combines, est à la barre. Je dois cependant vous avouer que je suis un tantinet déçu. J'ai trouvé ça pas mal... mais c'est tout ! Le film a un peu vieilli. On dit ça de ces films dont les dvds ne tiennent pas le coup, attirent plus la poussière que les autres. C'est généralement une histoire de placement dans la dvdthèque, tout en bas de l'étagère, près des godasses et des chaussettes sales, ou tout en haut, avec les araignées. La musique de Morricone aussi a pris du plomb dans l'aile, et Dieu sait que j'aime Ennio (un type délicieux). Je suis un fan du bonhomme, mais il flirte plus d'une fois avec le mauvais goût, peut-être très peu inspiré par les images de son compatriote... 

Le cas Kevin Costner pose également question. Pourtant je l'aime aussi, littéralement, puisque je le considère comme mon premier amour (j'étais gosse et il avait une classe d'enfer dans les années 90-94). Il m'a ici fait une très drôle d'impression : dans quelques scènes il me paraît un peu mauvais, sa voix dérape sur certaines répliques, on dirait qu'il ne sait pas quoi faire de ses paluches (ce qui est vrai de l'acteur comme de l'homme, d'où les nombreuses mains au cul sur tapis rouge : il n'est pas obsédé sexuel, loin de là, il ne sait juste pas où foutre ses pattes alors il les plaque contre les culs). Bref, Costner manque d'assurance là-dedans, c'est criant. Comme si De Palma pouvait le virer d'une seconde à l'autre. Mais d'un autre côté ça colle parfois pas trop mal à son rôle de flic ripoux et ça l'éloigne des clichés. Une prestation surprenante et intrigante en tout cas, qui est l'un des trucs qui m'a le plus captivé dans cet assez mauvais film. On se situe toutefois dans le haut du panier de la filmographie de De Palma. Sean Connery y est cool aussi, mais ça, c'est inhérent à sa personne, De Palma y est pour que dalle.

Pas un mot sur Robert De Niro, que je n'ai tout simplement pas reconnu.

Nb. Je me suis toujours demandé si le nom du fameux webzine Les Inrockuptibles était dû à ce film, ou si c'était pas l'inverse. Qui de l'œuf ou de la poule... Bref, le genre d'énigme qu'on ne résoudra jamais.


Les Incorruptibles de Brian De Palma avec Kevin Costner, Robert De Niro et Sean Connery (1987)

22 mai 2018

Outland

Adolescent, je feuilletais régulièrement le Mad-Movies numéro 100 qui comprenait un long dossier spécial consacré aux "100 meilleurs films fantastiques" selon la rédaction du magazine. Je consultais ce dossier avec amour et même avec sérieux, en notant les films déjà vus et en retenant bien les noms de ceux que je souhaitais voir au plus vite. Parmi ces 100 films, figuraient quelques titres étonnants, moins évidents, des invités surprises pourrait-on dire. Je cite, la plupart de mémoire : La Grande Menace de Jack Gold, Wolfen de Michael Wadleigh, Les Clowns tueurs venus d'ailleurs de Stephen Chiodo, C'était demain de Nicholas Meyer, L'Amour avec des gants de Maurizio Nichetti, Appel d'urgence de Steve de Jarnatt, Truly, Madly, Deeply d'Anthony Minghella ou encore Messe Noire d'Eric Wetson.




Depuis, j'ai pu découvrir quelques-uns de ces films et j'avoue avoir souvent été déçu tant mon attente et mes espoirs étaient peut-être devenus trop grands au fil du temps. Pourtant, Appel d'Urgence est un petit "post-nuke" au charme réel, Wolfen est un film de loup-garou urbain au scénario inspiré et Messe Noire est une série b qui contient quelques fulgurances gores marquantes et originales. Malgré tout, force est de reconnaître qu'aux côtés des chefs-d'oeuvre de John Carpenter, Tobe Hooper, Steven Spielberg ou William Friedkin, ces films demeurent d'une importance bien plus modeste. Mais c'était aussi le charme de ce dossier spécial, Mad-Movies y avait mêlé avec malice des incontournables, des classiques et, évidemment, des absents de marque qui, à l'époque, avaient fait jaser. Et son intérêt résidait principalement dans ces titres plus obscurs qui titillaient forcément la curiosité de par leur présence aux côtés de grands films mieux connus, à la notoriété solidement établie.




Parmi ces films, il y avait aussi Outland de Peter Hyams, un titre qui m'intriguait tout particulièrement en raison de l'image qui accompagnait l'article : un astronaute en pleine crise de panique coincé dans son scaphandre. Cette image est issue de la première scène du film, qui nous présente une équipe de mineurs au travail sur Io, satellite de Jupiter exploité pour son minerai. Un incident incompréhensible survient alors : l'un des ouvriers se met à halluciner, perce volontairement sa combinaison et meurt à la dérive dans l'espace, après que sa tête a explosé dans un effet spécial digne du final de Total Recall. Bien décidé à comprendre ces incidents qui se répètent sur Io, un marshal fédéral (Sean Connery !) mène l'enquête, quitte à mettre sa propre vie en danger. Il lèvera peu à peu le voile sur un trafic de drogue parfaitement organisé et même encouragé par la grande entreprise gérant les exploitations minières, dans le but de décupler la productivité des ouvriers.




Vous l'aurez peut-être deviné à travers mon résumé de l'histoire : Outland est un véritable western spatial autour d'une vraie figure de shérif incarné par un très bon Sean Connery. A l'orée des années 80, Peter Hyams voulait réaliser un western mais, le genre étant passé de mode, les producteurs lui ont fait "tut tut tut". Il a ainsi simplement délocalisé son histoire, de l'Ouest jusqu'aux confins du système solaire, sur une minuscule planète, Io, qui devait même donner son joli nom au film. Le scénario signé Peter Hyams s'inspire d'ailleurs nettement du fameux film de Fred Zinneman, Le Train Sifflera Trois Fois. On y retrouve également un shérif seul contre tous devant faire face à la corruption et à la lâcheté ambiante. Si le film de Zinneman était une dénonciation déguisée du maccarthysme, Outland s'avère être une critique bien sentie du capitalisme à tout rompre et pointe du doigt les méthodes inhumaines d'une sorte de multinationale futuriste obnubilée par le profit.




Bien que la direction artistique d'Outland soit bonne et que le film ait une certaine allure, il faut reconnaître qu'il a aujourd'hui un peu vieilli. L'alternance entre des scènes d'incidents causées par la drogue et celles nous montrant l'avancement de l'enquête du marshall est un peu répétitive dans la plus grande partie du film. Le dernier tiers manque de rythme et peine malheureusement à maintenir l'attention. En fin de compte, le film de Peter Hyams trouve surtout son intérêt dans le beau personnage auquel Sean Connery parvient à donner vie, un homme qui a atterri là, au fin fond de l'univers, par dénigrement, désireux de prouver qu'il vaut mieux que ça en allant au bout de ses convictions. La plus belle scène du film est celle où, en lent travelling avant cadrant le visage de l'acteur, Sean Connery exprime sa volonté de faire ses preuves, de donner un sens à sa présence sur Io. La relation d'amitié et de confiance que son personnage construit peu à peu avec sa seule aide dans la station minière, la docteure jouée par une excellente Frances Sternhagen, est l'autre point fort du film. Quelques répliques teintées d'humour et une progression lente vers cette belle amitié nous font croire et nous attacher à ce duo original. Face à eux, Peter Boyle campe parfaitement un imbuvable homme de pouvoir, orchestrant sans aucun scrupule le trafic, et ses confrontations avec Sean Connery donnent toujours lieu à des scènes réussies.




Hélas, malgré des acteurs impeccables et toutes ces autres qualités bien réelles qui font de lui un film au demeurant sympathique, Outland m'a encore laissé un léger goût d'inachevé, moi qui voulais une nouvelle fois découvrir une véritable pépite sous-estimée du cinéma de genre. Ma quête des autres films non vus de la fameuse liste de Mad-Movies n'est pas terminée pour autant et j'ai par exemple toujours aussi hâte de découvrir Le Cercle infernal de Richard Loncraine dont l'aperçu présent dans le numéro spécial, une Mia Farrow effrayée en pleine séance de spiritisme, m'a toujours titillé...


Outland de Peter Hyams avec Sean Connery, Frances Sternhagen et Peter Boyle (1981)

25 août 2015

Pas de printemps pour Marnie

On se demande, banalité de le dire, à quel point notre jugement sur les films est influencé ou non par notre avis sur leur auteur, lequel est façonné non seulement par la vision des autres films du cinéaste mais aussi potentiellement par l'aspect global de sa carrière, sa réputation et tutti quanti. Y a-t-il des films actuels envers lesquels nous nous montrons éventuellement trop sévère et inversement, n'y a-t-il pas des films anciens si bien considérés que l'on se fait plus tolérants qu'il ne faudrait à leur endroit, voire aveuglément admiratifs. L'exemple c'est Hitchcock. Si Hitchcock tournait aujourd'hui, ne serions-nous pas davantage critiques envers chaque nouvelle réalisation du maître ? Et ce quand bien même notre homme aurait déjà tourné au moins la dizaine de chefs-d’œuvre absolus qu'on lui connaît, comptant parmi les plus grands films de l'histoire du cinéma et pouvant constituer à eux seuls une très digne et respectable liste des œuvres cinématographiques les plus indispensables qui soient ; sans compter un beau paquet de films moins primordiaux, à peine magistraux. Marnie rassure un peu. On peut trouver un film très respecté de Sir Alfred Hitchcock (ne prenons pas le cas d'un semi-ratage admis, tel Family Plot, film toutefois charmant à plusieurs égards) non seulement mineur mais même assez raté.




Le premier défaut du film, et pas des moindres quand on parle d'un film d'Hitchcock, c'est son récit. Pas que le scénario psychanalytique pose problème en soi (Spellbound était aussi beau qu'outrancier dans son adaptation poussive des théories freudiennes sous forme de thriller), mais ici, le script est tout de même bien faible. Deux heures durant on est auprès de Marnie Edgar, une jeune femme froide et énigmatique, voleuse et menteuse, qui a peur des hommes et du rouge et qui souffre manifestement d'une relation au-delà de complexe à la figure de la mère. L'héroïne est aidée par un type, Mark Rutland, qui se montre immédiatement attiré par elle (physiquement attiré, et comment l'être autrement : Marnie est aussi vide que violente), incarné par un Sean Connery aux sourcils épilés à la hache et aux paupières taillées en biseaux qu'on croirait échappé de la loge maquillage de Priscilla folle du désert. Ce personnage masculin ne présente pas d'autre intérêt que celui de venir en aide à une héroïne un tantinet exaspérante.




Marnie est interprétée par une Tippi Hedren certes charmante mais pas vraiment douée pour la comédie (autre grand atout de Spellbound, Ingrid Bergman), et malheureusement pour elle plus exposée ici que dans Les Oiseaux. L'actrice, devenue ici le pilier narratif d'un film beaucoup moins puissant, n'a comme argument à faire valoir qu'une voix atippique assez aiguë (qui lui permet d'imiter celle d'une petite fille dans le dénouement final), et de certes très jolies jambes (c'est le point focal de la première description qu'en donne le personnage interprété par un Sean Connery transsexuel peut-être mais sexuel avant tout). Le jeu outré voire complètement faux de Tippi Hedren confinerait parfois au risible si nous n'avions pas beaucoup de sympathie pour elle grâce au souvenir de Melanie Daniels. Certaines actrices hitchcockiennes ont partagé sa maladresse, mais même si l'on pense par exemple à l'expression de la peur un peu forcée de la belle Joan Fontaine dans Rebecca, l'actrice y était par ailleurs rayonnante, ce que Tippi Hedren n'est jamais dans Marnie. La seule scène où elle marque les esprits est celle où son ancien courtisan et nouvel époux, Mark Rutland (Connery donc), s'approche d'elle contre son gré et la déshabille d'un coup sec. Hitchcock, fait un plan sur le visage de l'actrice criant "No !" de son étrange voix criarde et enchaîne à toute vitesse avec un plan sur ses jambes mises à nu.




Malgré cette terrible scène, il est difficile de se passionner pour cette histoire et de se laisser impressionner par sa résolution un peu pompière. L'intérêt que manifeste le personnage de Sean Connery pour celui de Tippi est difficilement compréhensible, à moins que cet homme ne soit attiré par son tempérament de voleuse, mais cet étonnant fétichisme n'est pas suffisamment travaillé pour qu'on y croie vraiment ou pour qu'on en soit fasciné. Quant à la dimension psychanalytique du scénario, elle n'apporte pas grand chose à se mettre sous la dent. La mise en scène pointe par moments, évidemment, ça reste Hitchcock au volant, comme dans la séquence du vol où notre génie parvient une fois de plus à placer idéalement le spectateur dans la scène pour susciter un suspense incroyable, montrant dans le même plan - comme dans Fenêtre sur cour lorsque Lisa Marie Fremont s'introduit chez le tueur pour trouver une preuve, et comme dans maints films d'Hitchcock, qui décrivait ce principe pour définir le suspense à longueur d'entretiens - tout à la fois : l'héroïne qui commet son larcin et une tierce personne susceptible de la prendre sur le fait à tout instant, et entre les deux, nous autres. La séquence est remarquable mais fait figure de sublime exception dans un film qui n'est pas totalement à la hauteur du maître. La faute aussi à de nombreux et récurrents cadrages très serrés, étonnants mais pas toujours magnifiques, pas aussi maîtrisés que ce à quoi le vieux nous a habitués.




Les effets ne sont pas toujours très heureux non plus, comme ces filtres rouges qui envahissent l'image quand l'héroïne aperçoit ladite couleur, qui provoque chez elle un sentiment de terreur. Hitch a toujours eu un petit côté kitsch, bricoleur sans filets, qu'il s'agisse de l'invention du travelling compensé dans Vertigo et Psychose, des effets de composition criards dans les séquences de rêve de Vertigo et de Spellbound, ou de l'épure abstraite et colorée de la scène du jugement de Grace Kelly dans Dial M for Murder, mais ces tentatives sont pratiquement toujours mêlées de génie, à tout le moins de charme, et fonctionnent finalement à plein, alors qu'ici le procédé, un peu facile, répétitif pour ne pas dire grossier, vire au système. Sans parler, côté pur effet de montage, de la séquence de chute à cheval, qu'un découpage malheureux rend parfaitement grotesque.




Loin de moi l'idée de froisser les fans de Marnie, ou de prétendre que ce serait là un mauvais film. On est bien chez Hitchcock et tout ne peut pas être mauvais. Il y a tout de même ce talent du cinéaste pour nous ménager une position idéale dans les plus belles scènes d'un film somme toute plaisant et proposant après tout des idées, formelles notamment. Mais cette histoire manque de force, ces interprètes de caractère, cette mise en scène de fulgurances, et le film ne parvient pas à nous captiver comme on attend de l'être par tout bon film du Hitch. Les personnages ne sont jamais suffisamment savoureux, comme l'étaient ceux de La Corde, des Enchaînés, de La Mort aux trousses, ou de Fenêtre sur cour. La musique d'Herrmann repose sur un thème puissant mais répété à l'envi et trop nerveux pour un film qui ne parvient pas à suivre son rythme effréné. C'est enfin un petit Hitchcock, comme il en existe quelques uns en périphérie de la douzaine de joyaux bruts qui couronnent sa filmographie et de ces grands films qui gravitent autour, et il est presque rassurant de se rappeler que des films mineurs existent aussi dans la carrière de ce géant. Je me trouvai donc provisoirement rassuré de trouver des défauts à un film généralement admiré du plus grand cinéaste du monde (que ceux qui se hérissent quand ils entendent cette expression effrontément péremptoire lisent le bref et génial ouvrage de Tanguy Viel sur la cinéphilie : Hitchcock, par exemple). Sauf qu'alors on se demande si on n'est pas trop sévère avec ce film précisément parce que son réalisateur est un dénommé Hitchcock...


Marnie d'Alfred Hitchcock avec "Tippi" Hedren et Sean Connery (1964)

25 avril 2014

Lara Croft - Tomb Raider : Le Berceau de la vie

Il est rare qu'une affiche pose autant de problèmes. Au-delà de la laideur graphique à l’œuvre, le titre n'est tout simplement pas lisible. Le sous-titre encore moins. "Le blaireau de la vie ?", "Le bureau de la vie ?", "Le bahut de la vie ?", "Le barbu de la vie ?". Autant de questions sans réponse. Après les échecs successifs de Speed 2 puis de Hantise, Jan de Bont, d'ordinaire si affable et si heureux, n'est plus que l'ombre de lui-même. Pensant à une reconversion dans le fromage, la peinture, les putes ou la drogue, soit dans l'une des spécialités de son cher pays hollandais, De Bont n'y croit plus quand on lui tend le scénario du second opus de Tomb Raider, scénario aux tranches salies par toutes les mains (et quelques pieds) desquelles il est tombé avant d'arriver sur le bureau immaculé de notre maître du cinéma d'action en flagrante perte de vitesse.




Lara Croft, après avoir affronté Daniel Craig, le bad guy de Tomb Raider 1, et après lui avoir pété au nez en guise de conclusion à une première adaptation un peu olé-olé, se retrouve en tenue de plongée sur les bords de la mer Caspienne. Sur son lit de mort, son père à la vie comme à l'écran, Jon Voigt, lui a indiqué dans un dernier éclat de rire l'emplacement d'un trésor secret, en pointant son doigt vers l'un des murs de sa chambre d'hôpital. Un trésor ou plutôt une statue. Une statue d'Alexandre le Grand contenant dans son crâne la clé de la sulfureuse Boîte de Pandore. Cette boîte, Lara Croft veut mettre la main dessus pour mieux la foutre à l'abri de son ennemi juré, Chen Lo, le frère chinois de Daniel Craig. Ce dernier aimerait littéralement ouvrir la Boîte de Pandore afin de nettoyer la Terre de ses péchés et repartir, selon ses propres mots, "comme en 40". Aidée dans ses pérégrinations par Gerard Butler, acteur tout en bas de l'échelle sociale en 2003, Angelina Jolie s'apprête à nouveau à combattre les forces du mal en sautant de caillasse en caillasse et en arborant les différentes tenues vestimentaires dessinées par quelques malades dans le jeu éponyme, propres à mettre en avant une poitrine peut-être pas assez démesurée pour correspondre aux attentes du gamer et subvenir à ses besoins péniens.




Pourquoi Angelina Jolie ? Le casting, vrai serpent de mer, a duré des lustres. C'était d'abord Vanessa Demouy, qui a elle-même lancé la rumeur de son embauche en diffusant des photos où, certes, son corps faisait l'affaire, malgré une tronche de dix pieds de long. C'était ensuite Rhona Mitra, victime peu pudique d'un autre détraqué hollandais nommé Verhoeven dans Hollow Man. Puis Catherine Zeta-Jones, pote de De Bont depuis Hantise et déjà rodée aux tractions du train arrière sous le regard tout suant de Sean Connery depuis Haute Voltige. On ne vous cite que les trois plus connues mais à l'époque c'était à chaque jour un nom nouveau, une roue de la fortune qui a fini par tomber sur le blaze d'Angelina Jolie, au plus grand désarroi de nombreux haters (parmi lesquels nous nous comptons) qui reprochaient à l'actrice son visage. De Bont a fait durer le casting pour faire tourner, et pour multiplier les tentatives de conquêtes, lui qui avait instauré une règle selon laquelle chaque bout d'essai devait se terminer par la mesure des mensurations de ces dames ad hominem. Il se considérait alors comme l'homme le plus chanceux de Hollywood, lui qui se dirigeait pourtant droit contre un mur sous la forme d'un scénario fatal, sans doute les pires mots jamais assemblés sur du papier (à l'image du titre, non-sensique, qui se fait un plaisir de mêler des mots-clés au pifomètre).




La pire idée du film est peut-être d'avoir fait de Lara Croft un mec (Angelina Jolie a été nominée aux Oscars pour le meilleur rôle masculin), un garçon manqué avec de gros nibards, alors que tout le jeu consistait à manipuler une pure femme simplement douée pour l'acro-gym. Jan de Bont n'a jamais plus rien tourné après ça. Il considère que le projet lui a échappé au moment même où il a dit "moteur !" pour la première fois. Lui qui comme toujours partait plein de bonnes intentions, des idées plein la tronche, et le sourire collé aux nuages, on ne l'a plus jamais revu sourire depuis, et il nous manque fort, le hollandais imprévisible à la filmographie en forme de flèche sur-aiguisée tirée à pleine force dans son propre pied. Il nous manque fort.


Lara Croft - Tomb Raider : Le Berceau de la vie de Jan de Bont avec Angelina Jolie et Gerard Butler (2003)

29 avril 2011

Last Action Hero

Voici le "film dans le film" par excellence, j'ai nommé Last Action Hero. Exemple typique du film qui n'a pas eu le succès qu'il méritait : Last Action Hero. Pure illustration du film qui marque le début de la fin d'un réalisateur talentueux mais trop en avance sur son temps : Last Action Hero. Certes, John McTiernan a pu réaliser l'excellent Die Hard 3 peu de temps après, mais avec le recul on se rend compte que ce fut son chant du cygne. Last Action Hero marque véritablement le début des emmerdes dans la vie bien remplie de ce surdoué du film d'action. Un réalisateur atypique qui avait réussi par exemple à nous faire avaler sans broncher des grosses pilules telles que des Russes qui se mettent d'un coup sec à parler dans un anglais des plus châtiés au moment où il décidait de partir A la Poursuite d'Octobre Rouge avec Shawn Connery. Il a tenté le même coup quelques années plus tard lors d'une scène mythique et tutoyant le ridicule du 13ème Guerrier dans laquelle Antonio Banderas regardait ses potes vikings se foutre de sa gueule puis leur répondait dans leur langage sous leurs yeux ébahis et hostiles. Cette scène était conclue rageusement par un Banderas tapant du poing dans le brasier en hurlant "J'ai écouté, merde, j'ai écouté, voilà, merde quoi !". Revenons à Last Action Hero, qui permet à McTiernan et Schwarzy de reformer le duo implacable de Predator. Les deux hommes se retrouvent pour réaliser une parodie de tous les films d'action des années 80-90 dont l'acteur autrichien est l'évident porte-drapeau. Un film plus complexe qu'il n'y paraît et qui n'a, de ce fait, pas su rencontrer un public décontenancé, alors justement habitué à des blockbusters linéaires maniant rarement le second degré, entièrement dédiés à la gloire de la star.


Sur ce cliché, on dirait que Schwarzy porte un chapeau, mais en fait ce sont seulement ses cheveux bizarrement chaloupés qui créent cette illusion d'optique.

Dans ce film, un gamin gagne un ticket d'or lui permettant d'assister en avant-première et en solo au quatrième volet des aventures de Jack Slater, son plus grand héros, incarné à l'écran par Arnold Schwarzenegger. Le ticket d'or se révélant fortuitement magique, le gamin se retrouve parachuté dans le film, en plein milieu d'une scène de poursuite en voitures de tous les diables avec un Schwarzy seul contre tous. Dès cette séquence, McTiernan s'amuse des exagérations habituelles des films d'action bourrés de testostérone. Explosion de voitures au premier impact de balle, fille du héros ressemblant à une poupée Barbie, chutes de 25 mètres qui se terminent par une petite égratignure à l'épaule, chef de la police colérique au point de briser les vitres de son bureau par ses seuls hurlements, héros portant toujours la même tenue (et ouvrant un placard contenant 25 répliques de cette tenue).... Tout y est ! Et tout cela est agrémenté de clins d’œil amusants comme par exemple le caméo de Robert Patrick (le T1000 de Terminator 2) et, plus mémorable encore, la fameuse affiche de Sylvester Stallone en Terminator rencontrée dans un vidéo-club.


Sur ce cliché, le pastiche clin-d'oeil pour un pote de toujours qui aurait pu en effet "en être" comme il se plaît à le rabâcher à longueur d'interviews. Il a maigri François Hollande, il fait peine à voir.

Ici, le concept de film dans le film fonctionne à plein régime. On assiste ainsi à de nombreux allers-retours entre réalité et fiction : le gamin se retrouve dans le film, revient dans la réalité avec son héros, puis retourne de nouveau dans le film, etc... Jack Slater est amené à rencontrer le vrai Arnold Schwarzenegger, qui en profite pour se tourner en dérision en passant pour un idiot complet. Slater est amené à se rendre compte des différences entre son monde et la réalité, comme par exemple lorsqu'il brise une vitre de bagnole pour la voler et qu'il se rend compte qu'il souffre énormément des métacarpes après coup. Ou tout simplement quand il se prend un balle dans un des moments les plus tragiques du 7ème art. Ou encore lorsqu'il tente de défier un ennemi à "la dégonfle", ce défi crétin consistant à se foncer dessus en bagnole pour voir qui aura peur en premier et se détournera de sa course. Ce défi que Jack Slater gagne systématiquement dans ses films, personne n'en sort vainqueur dans la réalité puisque les deux voitures s'encastrent lamentablement.


Le vrai du faux, le faux du vrai ? Moi ça me ratiboise le cerveau. En tout cas, l'effet spécial est digne du T-rex dans Jurassic Park 2 !

Last Action Hero est donc un blockbuster singulier et audacieux comme il ne s'en fait plus. Un film qui n'a pas eu la chance de rencontrer son public lors de sa sortie et qui fut plus tard renié par sa star. Heureusement, il a eu la chance d'avoir une seconde carrière honorable grâce aux diffusions télé et aux dvds. D'ailleurs, sachez que le dvd est devenu une pièce de collection très prisée car en rupture de stock depuis des années (vendu entre 5 et 10€ sur la toile, soit une plus value de -20% facile !). Et moi j'en ai un, avec en bonus le clip musical d'AC/DC "Big Gun" que je me suis envoyé des dizaines de fois au point de rayer mon dvd à cet endroit.


Last Action Hero de John McTiernan avec Arnold Scharzenegger, Austin O'Brien et Charles Dance (1993)

24 août 2009

James Bond, une titrologie d'outre-tombe



James Bond, avant d'être une série de films tous plus cons les uns que les autres, c'est une titrologie foisonnante et fascinante. On passera sur les titres volontairement laids, comme Goldfinger, Octopussy, Moonraker ou Goldeneye. Ces titres-là sont nuls mais on sent bien que Ian Fleming s'en acquitte, qu'il assume leur manque sidérant d'inspiration, pas très concerné qu'il était par leur affreuse participation à l'élaboration d'un mythe mort avant que d'être. Ne sachant pas trop comment nommer les énièmes aventures d'un personnage de merde, il a trouvé des mots un peu au hasard qui puissent servir de titres sans éveiller les soupçons quant à leur manque absolu de sens. On voit bien que par deux fois l'idée tourne autour d'un membre que notre héros a d'or, tantôt un doigt, tantôt un œil. Mais James Bond n'a semble-t-il rien d'autre de valeur, alors il s'agit de dénicher d'autre titres à placarder sur autant de suites et de remakes tous plus indigents que les précédents. Je crois que Moonraker est une allusion peu finaude au sexe de Bond, qui ne voit le jour que la nuit, et qu'Octopussy fait référence à une de ses ennemies qui possède pas moins de huit vagins.


Epatés ? Et encore dites-vous qu'il n'y a que quintopussies là-dessus.


Non, là où ça devient intriguant c'est en 1967, quand sort sur grand écran le 5ème film de la série, j'ai nommé On ne vit que deux fois. Hein ? Ça veut dire quoi ? On ne vit que deux fois... Perso j'ai prévu de vivre qu'une fois et si Ian Flemming était au jus d'une combine je l'aurais su gré de nous informer qu'on a deux vies, autrement qu'en l'écrivant à la fin d'un livre d'espions chiant comme la mort. Franco si on vit deux fois j'aimerais bien le savoir, croyez-moi j'éviterais d'aller à la fac ou de manger bio, je saloperais mon corps sans attendre avec une carrière dans le porno à la clé pour tout remettre sur le tapis dans ma seconde chienne de vie. J'ai justement un rendez-vous à la CAF dans dix minutes, si on vit vraiment deux fois je veux bien ne pas y aller, ou alors y aller sans chier avant histoire de le faire là-bas. Putain qu'on me tienne au courant... Si on vit vraiment deux fois ça me fout drôlement dans la merde. Si c'est ça j'arrête tout de suite de me bourrer de vitamine C et de bouffer des sacs de graines de café Jacques Vabre matin midi et soir. Ça fait bientôt cinq ans que je ne ferme pas l'œil pour profiter du peu de temps qu'il me reste avant de passer l'arme à gauche. Je manque salement de sommeil, je suis probablement très malade, mais je profite de chaque jour comme un con qui tangue entre la vie et la mort. Si on vit deux fois j'arrête ça et je pionce d'une traite les cinq prochaines années, comme un cadavre de loir. Et puis si on vit deux fois, pourquoi pas sept, comme les chats. Ils foutent quoi les chats à part se lécher les couilles quand on les leur laisse accrochées et s'enculer de père en fils ? Moi aussi je peux essayer de me lécher le trou de balle et de fricoter avec mon frère si on me refile sept vies, à la dernière je songerai à me lâcher un peu les couilles et à laisser mes gosses gambader histoire de penser à... je sais pas moi, payer un loyer, acheter un froc... des trucs utiles et normaux. C'est peut-être ça le véritable sens de ce titre, c'est un doigt d'honneur contre les chats. On vit moins que les chats, d'accord... C'est la seule façon possible d'expliquer ce "que deux fois". Parce que putain si on vivait vraiment deux fois y'aurait pas de quoi se plaindre, et le titre devrait être : "On vit deux putains de fois ma parole ! Profiiiiiiite, putain...". J'imagine que Ian Flemming n'aimait pas les chats et autres "canidés" comme on les appelle de leur nom scientifique.


James Bande, grosse vanne ! que Ian Flemming n'a pas casée une seule fois dans ses 40 000 bouquins !


En 1973, trois (oct)opus plus tard, on a droit à Vivre et laisser mourir. Peut-être que ce titre-là est à rapprocher du précédent : j'essaie de piger. Forcément si on a deux vies il est opportun de profiter de la première et de se laisser crever sans faire la grimace histoire de foutre immédiatement les pieds dans la seconde pour la pourrir encore plus. Peut-être alors que les choses se précisent. C'est cette injonction, vivre et laisser pisser, que nous révèle James Bond dans un grand élan épicurien qui trouve son aboutissement dans le célèbre Carpe Diem. Il faut cueillir le jour sans penser au lendemain. Il faut vivre et se laisser crever sans crainte, dans l'unique but ultime des plaisirs légers de cette courte vie qu'est la nôtre. L'histoire c'est qu'on voit mal James Bond s'adonner à quelque philosophie que ce soit, ni à quelque plaisir de ce monde en dehors du fait de reluquer des connes sur la plage. Ce type n'a jamais eu la moindre idée, ça crève l'écran. C'est quand même le seul héros qui se soit fait appeler l'homme au doigt d'or (GoldFinger) après s'être gratter le derche (inutile d'expliquer le titre L'homme au pistolet d'or, une chance que Preminger avait déjà utilisé le titre L'Homme au bras d'or), avant de se frotter les mirettes (Goldeneye) pour finalement s'étonner d'avoir les yeux qui sentent le cul. Sa philosophie à lui c'est plutôt de vivre et de laisser crever les gens autour. Il est du genre à laisser brûler une ville derrière lui s'il s'en échappe avec la pire meuf du coin sous le bras. C'est TPMG James Bond, Tout Pour Ma Gueule.


En 87, sept films plus loin, on nous assène que Tuer n'est pas jouer. Ça veut dire quoi au juste ? Tuer c'est pas du jeu ? C'est pas cool ? Je pige pas. On en revient au premier titre, celui qui nous affirmait qu'on avait deux vies, la vraie, et celle d'après la mort ? En fait c'est un gros catho de mes deux Ian Flemming. Il profitait de ses romans de gare à la manque, bourrés de meurtres, de manichéisme et de putes pour nous refourguer les tables de la loi de Moses. Tu ne tueras point. Sans déconner Ian ? Dans Fifa ils nous le disent pourtant dès le départ : If it's in the game, it's in the game. Tuer, c'est jouer. Encore une belle connerie de titre donc. Deux ans plus tard sortira le 16ème épisode des aventures de merde de James Bond, qui viendra corriger cette erreur : Permis de tuer, avec pour sous-titre "Autant pour oim !".


En 1997, on en est déjà au 18ème film et plus rien ne semble pouvoir arrêter cette immonde série de s'étendre encore et toujours, comme une pandémie horrible. Celui-là s'intitule Demain ne meurt jamais. Alors là je baisse les bras. Ce titre a de quoi décourager même les plus forts. De quoi faire plier le platane et rompre le roseau. Il a de quoi foutre à sac des générations de cinéphiles. De quoi vous faire vieillir... J'ignore si demain ne meurt jamais mais moi je crèverai un jour et à la lecture de ce titre ma fin se rapproche. J'ai perdu plusieurs jours, plusieurs semaines ? J'ai perdu plusieurs semaines de vie en lisant ce titre. Y'aura sûrement toujours un lendemain mais je ne serai bientôt plus là pour en profiter. On a pas idée d'écrire ça sur une affiche... Demain ne meurt jamais. Un titre pareil c'était la porte ouverte à tout. Et les deux titres suivants s'en ressentent mochement...


Quand la star féminine de ton film c'est Teri Hatcher, normalement le film ne se fait pas.


Le titre suivant c'est le lâché de ballons : Le Monde ne suffit pas. Mais ça veut dire quoi ! Le monde ne suffit pas... Je refuse de chercher. A part si c'est un film sur la conquête de la Lune en 69, comprends pas... Ou alors c'est encore un petit billet glissé là par ce chrétien facho de Ian Flemmard, qui pioche encore une fois dans sa messe hebdomadaire de quoi titrer ses saloperies d'histoires d'espions venus du froid à la mords-moi-le-nœud. Dans tous les cas ça ne veut rien dire. Et puis ça va bien deux minutes de donner des titres bibliques aux histoires d'un débile qui ne pense qu'à s'emboîter des poupées russes. Ou plutôt françaises, aka Sophie Marceau, et ricaines, aka la poupée gonflable Denise Richards.


Quand la star féminine de ton film c'est Sophie Marceau, normalement le film ne se fait pas, y'a tellement mieux à faire...


Et enfin Meurs un autre jour. T'es bien gentil, t'es même ultra sympa, mais ça se décide pas comme ça... On meurt quand on peut. On peut bien différer la date de la pendaison de crémaillère, mais c'est plus facile en amont qu'en aval. Écourter sa conne de vie ça se fait, ou du moins ça se tente. Mais la rallonger je vois mal. On meurt un peu quand on doit clamser. Le jour où la Grande Faucheuse a décidé de s'arrêter à notre chevet c'est pas facile facile de lui demander un délai et de repousser la fin du bail, en général on fait son paquetage en route pour la castagne, sans escale. Ça ne fait bêtement pas sens. Ça ne veut dire que dalle "Meurs un autre jour". Vraiment rien. Et c'est très laid comme assemblage de mots, qui plus est.

Ian Flemming est mort après avoir écrit le 12ème volet. Et il refusait jusqu'à sa mort que quelqu'un d'autre reprenne le flambeau. Il est temps de lui foutre la paix. Voila dix films qu'il est raide et qu'on adapte encore des livres qu'il n'a pas écrits, et c'est forcément encore plus pourri que quand il écrivait ! Ces titres ont vraiment de quoi rendre taré. Ils ne veulent rien dire. Ils sont hideux. Ça n'a aucun sens, à l'image des films et de la série toute entière, qui me laisse pantois. Question titres au fond du gouffre, on a atteint un autre genre de profondeurs avec Quantum of Solace. Il semble que le prochain James Bond, qui sera le 23ème de la série, s'intitulera "James Bond N°23", c'est en tout cas le working title, et s'il demeure inchangé ce sera peut-être le premier titre sensé d'une longue série d'intitulés morbide et puante.


James Bond de tout un tas de cons avec tout un tas d'autres cons (de 1962 à 2008)

12 mai 2009

Un Homme d'Exception

Ce film est un biopic par Ron Howard de John Forbes Nash Jr., un brillant mathématicien qui élabora en 1947 une théorie économique des jeux. Me demandez pas ce que ça veut dire j'en ai rien à foutre. En tout cas ce que je sais et que vous devez savoir aussi si vous avez déjà vu cette merde, c'est que le gouvernement Américain s'est approché de ce jeune prodige pour l'embaucher. Son job consistait alors à étudier les messages codés publiés chaque jour dans les journaux Russes et censés prédire une attaque nucléaire du sol Américain. Le jeune puceau gaga des maths y passa toutes ses journées, vite largué par sa petite copine, enfermé dans un cabanon vétuste, traqué par des agents spéciaux communistes, et considéré comme fou à force de n'être jamais cru par personne, sa mission étant top secrète au point que même ses patrons oublièrent son existence et le job pour lequel ils le payaient une bouchée de pain.



Ho là, on arrête tout. Tout ça c'est un leurre. Un faux-semblant. Un gros traquenard. En réalité ce film est bel et bien un biopic, mais pas du tout celui d'un mathématicien génial atteint de priapisme et complètement maboule. C'est un biopic de Russell Crowe. Un biopic de Russell Crowe l'acteur. Russell Crowe n'était pas mathématicien en 1947, et il n'a jamais été black-listé pendant la chasse aux sorcières, cette histoire-là ça reste celle de John Forbes Nash Jr., c'est un biopic déguisé derrière un autre. Ron Howard rêvait depuis toujours de rendre hommage à son acteur favori, et en pensant à lui il n'a pu écrire qu'une chose sur son bloc-note : "Un homme d'exception". Son biopic du comédien s'est donc arrêté au titre et il a ensuite engagé une ribambelle de scénaristes pas chers pour concocter un autre biopic chiant à mettre en scène, prétexte pour filmer sous toutes les coutures l'homme de ses rêves.



Et en effet quel homme que Russell Crowe. Rappelons que cet homme-là a tourné dans L'Échange de Taylor Hackford. On pense toujours Gladiator ou Master and Commander quand on dit Russell Crowe, et pourtant on devrait penser L’Échange. Dans ce film de seconde zone dont le dvd est sorti dans le commerce directement dézonné (il n'appartenait à aucune zone et n'était donc lisible sur aucun lecteur dvd au monde, combien de nigauds se sont fait tirer 30 euros comme ça... moi le premier !), Russell Crowe était aux prises avec les FARCs qui kidnappent chaque année de pauvres cons promettant de les libérer moyennant finance. Crowe interprétait donc un spécialiste des enlèvements et autres négociations, riche en testostérone et en matière grise, que Meg Ryan employait pour l'aider à délivrer son époux des griffes de ses ravisseurs. Après des journées passées à rôder autour de l'actrice en mal d'amour, son cell phone collé à la tempe par des températures tropicales d'outre-tombe, en porte-à-faux avec des terroristes illettrés et affamés, dans une villa de touriste tout confort, sans cesse aguiché par la "tête blonde" la plus effarouchée d'Hollywood, nul besoin de préciser que Russell Crowe craqua. Désireux de conclure à sa façon une scène de baiser passionné supposée précéder de peu le départ du héros en hélicoptère vers les forêts vierges où les brigands détenaient l'époux déjà cocu de Meg Ryan, Russell Crowe dévora les joues de l'actrice en chaleur et fit mine de n'avoir pas entendu les douze coups de "clap" et les dizaines de "coupez !" hurlés à plein poumons par un Taylor Hackford éreinté par six mois de tournage.



Le coït eut lieu sous les yeux mouillés de toute une équipe technique plus en nages que jamais. Photographes de plateau et touristes venus assister au tournage se disputèrent les meilleurs "spots" comme on dit, les meilleurs angles de vue, les plus répugnants. La presse s'empara aussitôt du scoop. Russell Crowe et Meg Ryan venaient de se défoncer l'un l'autre sous les spots suintants de Taylor Hackford dans une Colombie déjà enflammée par un soleil de plomb, sous le regard du monde entier. Dans la soirée Meg Ryan et Denis Quaid, jusqu'alors en lice pour battre le record du plus long mariage d'Hollywood (toujours détenu et sans cesse pulvérisé par Sean Connery et sa femme hideuse qui se refusent tous deux à crever d'année en année), explosaient le record du divorce le plus rapide et le plus onéreux de l'histoire de l'humanité (même Spielberg fut détrôné). Et Russell Crowe de tourner son dernier plan du film encore débrayé avant de foutre les voiles vers de nouveaux biopics et de nouvelles vieillardes à tringler sans se retourner. Il n'est pas réellement fortiche en calcul, mais il a réellement une grosse bite dans le crane. Voire même une grande bite à la place de chacune de ses guiboles étant donné que c'est clairement la queue qui guide ses pas. Un homme d'exception vous dis-je. Quant à moi je vous laisse méditer là-dessus et je fais comme dans l'armée, je me tire ailleurs. Plus précisément aux chiottes. J'ai comme qui dirait une taupe au guichet !


Un Homme d'Exception de Ron Howard avec Russell Crowe, Ed Harris et Jennifer Connelly (2002)