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10 novembre 2020

Nomads

Un anthropologue français (Pierce Brosnan, 32 ans, la vie devant lui, un accent pas français du tout, une beubar taillée pour pécho tout ce qui a deux guiboles, et des chemises en flanelle de toutes les couleurs), après dix années passées à écumer la planète à la recherche de tribus et autres communautés humaines sortant de l’ordinaire, décide avec sa femme de poser ses valises à Los Angeles, il a accepté un poste à l’UCLA. Concernant leur emménagement, c’est lui qui a choisi leur nouvelle demeure, en solo, sa femme lui accordant une confiance aveugle sur ce coup-là, il ne l’a jamais déçue auparavant, elle est folle de lui, il est beau comme un camion. Et malheureusement pour elle, son mari a le goût du risque puisqu’un meurtre violent a été commis dans cette maison. Brosnan en a été informé, il a hurlé à l’agent immobilier "I TAKE IT, TA GOULE !" après avoir quand même demandé à ce que la moquette imbibée du sang de l’ancien proprio soit changée avant que sa femme ne se pointe.


  

Peu de temps après avoir emménagé, Pommier, c’est son nom, se rend compte que de drôles d’oiseaux rodent autour de sa nouvelle propriété. Il découvre des tags incompréhensibles mais menaçants sur la porte de son garage tandis que les noctambules individus tout de cuir vêtus zonent à proximité. L’anthropologue aventureux prend le pas sur le mari prudent et notre héros part, appareil photo reflex en bandoulière, traquer ces présumés tagueurs partis à bord d’une camionnette. Alors qu’il a dit à sa femme qu’il partait faire un tour, il ne revient que deux jours plus tard. Pris dans sa fascination pour des êtres qui donnent l’impression de commettre le mal par simple jeu, il a perdu la notion du temps et il finit par pouvoir observer de très près ses nouveaux sujets d’étude pour quelques clichés en plan rapproché dans une atmosphère surréaliste et apparemment jouissive pour notre héros médusé.




Pressé de développer ses dizaines de pellicules utilisées pendant ces deux jours de jeu du chat et de la souris, Pommier s’enferme dans sa chambre noire et finit par n’obtenir que des clichés de bitume, mobilier urbain, immeubles typiques de Los Angeles, ruelles sordides ou parcs dans lesquels il ne fait pas bon d’aller se balader en solo la nuit. Pas un seul de ces énergumènes sur ses photos. Invisibles, ils n’ont pas imprimé la pellicule ! Pommier est-il fou, a-t-il halluciné pendant ces deux jours ? Ou bien est-il en présence de ce qu’il redoute ? Des Nomades, encore appelés Innuats, esprits malins qui déambulent dans certaines contrées et croyances de certains peuples ? Impossible en milieu urbain dense et civilisé comme Los Angeles ! Pourtant il faut se rendre à l’évidence, Pommier semble bien avoir affaire à de telles apparitions, se manifestant ici sous la forme de motards tout de cuir vêtus...




Se sentant épié, traqué dans sa propre maison, notre anthropologue réfléchit, boit du vin et part prendre l’air en pleine nuit. Sauf que ses sujets d’étude, qu’il a manifestement approchés d’un peu trop près, ne le lâchent plus ! Cerné, poursuivi, aux abois, il se réfugie dans un vieil immeuble à l’abandon qui est en fait habité par une bonne sœur âgée. Mais est-elle réelle ? Est-il en train de délirer ? Cette courte respiration dans ce film au rythme soutenu est la bienvenue. Autour d’un thé chaï latté, la religieuse lui conseille d’arrêter de faire le malin et de prendre les jambes à son cou face à des forces trop puissantes pour lui malgré sa beaugossitude et sa beubar de dingue. Se réveillant en sursaut dans sa caisse, entouré de ses nouveaux amis qui ne le lâchent plus, il décide de passer à l’action à coup de démonte-pneu sur le leader du groupe. Relaxé par cette explosion de violence, il rentre chez lui, déchire sa chemise, se fout à poil et engage un acte sexuel brutal et passionné avec sa femme qui semble apprécier à sa juste valeur cette manifestation de tendresse. Pas de chance, quand notre héros se réveille au petit matin, délassé par une nuit de sexe torride, le corps de sa victime biker a disparu. Malgré tout, tel François Hollande quand tout s'effondre autour de lui, il considère que "ça va mieux". Partant faire un peu de tourisme avec sa bonne femme, ils décident d’aller voir un magnifique POV (point of view) de Los Angeles au sommet de l’un ses plus hauts buildings. Pas de chance pour lui, il est toujours traqué ! Et alors que l’un de ses harceleurs s’approche et le nargue, ni une ni deux, il le fait passer par dessus la rambarde pour une chute qui rappellera aux vrais amateurs de McTiernan celle de Hans Gruber dans Die Hard. Après avoir mis sa femme à l’abri, Pommier retourne là où tout a commencé, dans sa maison, pour faire ses valises et fuir pour de bon. Sauf qu’il est attendu par des dizaines et des dizaines d’innuats nomads qui lui font sa fête. Suite à un tabassage, plus suggéré que montré, il finira sa misérable vie, délirant, à l’hôpital, terrassé par ce qui ressemble à un AVC fatal...




Toute cette histoire, que je vous ai allègrement spoilée (je vous en ai gâché le plaisir comme on dirait à l’Académie Française), est racontée à travers les souvenirs d’une neurologue qui est la dernière personne à avoir approché notre anthropologue vivant. Au moment de son ultime AVC, Pommier lui souffle une incantation étrange et, comme on le verra par la suite, ses souvenirs, son âme, sa conscience pénétreront au plus profond de la jeune femme. Affublée de ce terrible fardeau, notre neurologue, campée avec courage par Lesley-Anne Down, revit tous les souvenirs et toutes les situations des derniers jours de son patient. Échappant de peu aux bikers-innuats-fantômes avec la femme de Pommier, elles décident de quitter la Californie pour de bon. Quelle ne fut pas leur surprise lorsque, pensant être tirées d’affaire, elles croisent la route de l’un de ces motards qui s’avère être Pommier himself ! Il est devenu l’un d’Eux ! Dans un plan devenu iconique, Pommier enlève ses grosses lunettes de conduite et montre sa tronche enfarinée de motard à qui on ne la fait pas. Sans violence, comme si son ancienne vie influait encore ses actions, il laisse les deux femmes s’échapper au moment de passer la frontière californienne. Le message est clair, la Californie est désormais terra non grata pour ces dames. Un superbe plan réalisé à l’aide d’une superbe grue nous montre le motard faire demi-tour tout en dévoilant le panneau marquant la frontière californienne.




Après avoir vu ce film, un certain Arnold Schwarzenegger a accouru dans le bureau de Joel Silver, il a tapé son gros poing austro-américain sur la table, et a dit avec son inimitable accent "Je veux ce mec pour réaliser Predator, personne d’autre, bite !". Autre anecdote, le rôle de Pommier a d’abord été proposé à Depardieu, Gérard Depardieu ! Mais cet homme non visionnaire a évidemment refusé, passant à côté de l'opportunité de devenir une star aux USA malgré le statut de petit film de Nomads. Dommage pour lui ! De mon côté, je peux désormais affirmer sans mentir avoir bel et bien vu tous les films de John McTiernan. Tous. Je crois...


Nomads de John McTiernan avec Pierce Brosnan, Adam Ant et Lesley-Anne Down (1986)

30 décembre 2019

Terminator : Dark Fate

Plus personne ne parle de ce film. Plus personne. A sa sortie aussi, il n'avait pas fait de bruit. Durant les semaines qui l'avait précédée, en revanche, on avait essayé de nous mettre l'eau à la bouche en nous le vendant comme la première suite adoubée par James Cameron himself et en nous invitant à oublier tout ce qui avait été fait depuis le deuxième opus. Tu parles... C'était avoir la mémoire bien courte : on nous avait déjà fait le coup avec Terminator Genisys, que l'on nous présentait comme un reboot revigorant toute la franchise et où l'on pouvait lire, écrit en gros sur l'affiche, "Vous allez adorer" signé Jimmy C. Les plus pointus m'indiqueront que, cette fois-ci, Cameron a eu un rôle plus actif, puisqu'il est producteur et a même participé au scénario (!). Pour les précédents, il ne jouait au mieux qu'un vague rôle de consultant. Mais à quoi bon pinailler là-dessus vu le résultat final : on a de nouveau affaire à une énorme daube sans intérêt. James Cameron n'en a sans doute rien à battre non plus, son nom n'est jamais vraiment sali et les spectateurs sont encore plus nostalgiques de ses deux premiers films. Je suis sûr que, quelque part, il n'est pas mécontent de voir sa franchise sombrer un peu plus à chaque nouveau film réalisé par quelqu'un d'autre que lui. C'est cette fois-ci Tim Miller, auréolé du succès de Deadpool, qui s'y est collé, mais cela aurait pu être n'importe quel tâcheron incapable de torcher une scène d'action à peu près valable.




Je fais partie des quelques malheureux qui sont allés voir ce Terminator : Dark Fate au cinéma, emmené et invité par mon frère Poulpe, plus connu sur ces pages sous le doux sobriquet de Brain Damage. C'était une période bien morne en termes de sortie ciné. Pour vous donner une idée, on avait hésité entre ça et Doctor Sleep... Nous en menions pas large à la fin d'une séance vécue dans un silence mortuaire à peine troublé par quelques questions que je soumettais à mon frère pour qu'il éclaire ma lanterne sur quelques détails absurdes du scénario. Mes interrogations portaient pour la plupart sur la nature exacte du nouveau modèle de terminator présent ici sous les traits de Gabriel Luna. "Dis Poulpe, comment ça se fait que le terminator ait besoin de se connecter physiquement à un data center pour avoir accès aux caméras de surveillance ? Il n'a pas le wifi ?", "Dis Poulpe, si ce terminator peut se dédoubler, pourquoi il ne le fait pas plus souvent pour être deux fois plus efficace ?". Prenant à cœur son rôle de grand frère, Poulpe avait toujours des réponses satisfaisantes et rassurantes à m'apporter, elles me permettaient de maintenir la tête hors de l'eau, mais je ne me souviens d'aucune et, en réalité, il se contredisait beaucoup.




Un bon rösti bien gras suivi d'une dame blanche dégustés sans dire un mot du film ont sauvé notre soirée. Pendant les jours suivants, j'ai tanné mon frère Poulpe pour qu'il m'inspire quelques lignes dignes d'être partagés avec vous à propos de ce maudit film. Toutes mes sollicitations furent vaines jusqu'à cet instant étonnant où Poulpe a pris une pose pensive avant de lentement déclamer ce poème, dont le titre, prononcé en guise d'introduction, doit être Terminator, sombre destin :

Quelques-uns partent le voir
animés d'un léger espoir.
Ils sortent de la salle
en se sentant sale.

Voilà. C'est tout ce qu'il m'a sorti. Après ça, il n'y avait plus rien à tirer de lui ; après ce triste quatrain aux rimes pauvres qui, en tant que tel, est déjà une œuvre d'art infiniment supérieure à la dernière cochonnerie signée Tim Miller. Le manque total d'idée et de savoir-faire de Miller va jusqu'à nous faire regretter le Terminator 3 de Jonny Mostow. Ce dernier, en bon faiseur de cinéma d'action à l'ancienne, avait au moins su pondre une bonne scène de poursuite en camion. Ici, dès ce flash-back introductif très problématique et inutile où nous assistons à la mort lamentable de John Connor (Edward Furlong), froidement abattu à la plage par un terminator surgi de nulle part alors qu'il commande une pina colada à sa môman, on sait que ça va schlinguer un max. Nous ne sauverons même pas les quelques répliques débiles d'un Schwarzy en roue libre et visiblement conscient du ridicule de la chose, ni le retour pathétique d'une Linda Hamilton venue caricaturer l'unique personnage qui l'a rendue célèbre, ni les quelques efforts d'une Mackenzie Davies pas désagréable en humaine améliorée envoyée dans le passé pour protéger, devinez qui, la future cheffe de la résistance. Rien de neuf sous le soleil, c'est toujours la même histoire sans l'ombre d'une trouvaille valable à l'horizon. On peut jeter tout ça aux oubliettes et continuer de faire comme si ce film n'existait pas.


Terminator : Dark Fate de Tim Miller avec Natalia Reyes, Mackenzie Davis, Linda Hamilton, Gabriel Luna et Arnold Schwarzenegger (2019)

5 novembre 2019

John Wick Parabellum

Bon, ils tirent un peu sur la corde là, non ?... Autant j'avais pu éprouver un certain plaisir régressif devant les deux premiers volets, autant j'ai trouvé celui-ci très long et laborieux. La saga John Wick tient à bien peu de choses. Nous ne sommes jamais très impliqués émotionnellement dans ces films portés par un acteur connu pour être un type en or en dehors des plateaux, et c'est tant mieux, mais aussi pour n'avoir qu'un jeu extrêmement limité devant la caméra, et il me semble que c'est d'abord ce qui nous intéresse. Son personnage est une feuille blanche, que nous ne voyons que survivre et tuer, une ombre invincible, dont la fin nous confirme ici qu'elle ne pourra jamais mourir ni montrer le moindre signe d'affaiblissement. Après une chute terrible et quelques balles dans le costard, Wick se relève, encore et toujours, pour la promesse de nouvelles aventures à venir (suite au succès toujours plus grand, un nouvel épisode est déjà prévu pour 2021). Un chien abattu, une voiture volée... on l'a compris, ce n'était que des prétextes débiles à un enchaînement de scènes d'action plus ou moins imaginatives et chorégraphiées avec soin. Si, dans le numéro 2, la gradation par niveaux, digne d'un véritable jeu vidéo et accompagnée d'une modeste mais bien réelle inventivité formelle, était très nette et parvenait à nous maintenir curieux grâce aussi à un univers qui s'enrichissait de manière plutôt intéressante, ici, c'est beaucoup plus pauvre et redondant. Ce Parabellum commence pile poil là où s'arrêtait le précédent, en nous replongeant immédiatement dans cet univers parallèle peuplé d'assassins désormais familier. Nous retrouvons un John Wick pris en chasse par tous les tueurs du monde dans les rues de New York qu'il parvient sans trop de souci à fuir pour trouver refuge chez une vieille connaissance et continuer sa marche mortelle.




Ne cherchez pas plus de justifications scénaristiques, même accessoire et minime, à ce déluge de balles et à cet empilement d'action : il n'y en a pas, ou bien le prétexte de respecter tel ou tel ordre idiot, par loyauté envers la bureaucratie bien établie qui gouverne ce petit monde d'assassins. L'univers de John Wick est encore enrichi mais, là aussi, dans un procédé facile et lassant de superposition. Nous apprenons ainsi qu'une institution nommée la Table Haute disposant, si besoin, de sa propre unité d'élite, est à la tête de toute cette organisation bien huilée, elle a notamment le droit d'intervenir dans la gestion des fameux hôtels Continental ; au-dessus de cette table règne un Grand Maître (interprété par Saïd Taghmaoui, cocorico !) qui, du haut de son pouvoir a priori absolu sur ses sujets, a tout de même choisi de vivre dans le désert avec quelques tapis persans pour tout confort. Bref, plus on en sait, moins on veut en savoir. Le film tente vaguement de légitimer ce jeu de massacre par un romantisme naïf quand Keanu Reeves délivre ce qui doit être son plus long dialogue : face au Grand Maître auquel il demande grâce, John Wick dit qu'il veut vivre encore simplement pour pouvoir continuer à se souvenir de l'être aimé. C'est beau, un peu de poésie dans ce monde de brutes... Après une si touchante déclaration, il lui est tout de même demandé de se couper l'un des doigts et de tuer son seul ami, le gérant récalcitrant du Continental de New York (Ian McShane, fidèle au poste) afin d'effacer son ardoise auprès de la Table Haute. C'est donc encore une loyauté stupide envers un système absurde qui justifiera tout le reste, à la poursuite d'une tranquillité dont on se demande bien à quoi elle peut ici rimer.




Face à un tel néant narratif, seule une grande prise de risque en termes de mise en scène pourrait justifier ces 131 minutes de fusillades et d'affrontements en tout genre. Le seul suspense réside là-dedans : que nous réservent-ils pour la suite ? Où et comment vont-ils se battre ? Et, surtout, comment cela va nous être montré ? Hélas, force est de reconnaître que les chorégraphies sont très répétitives et la caméra de Chad Stahelski particulièrement statique et en cruelle manque d'inspiration. Rien de très impressionnant, on s'ennuie, c'est toujours la même chose. Pour ce qui est des décors, on a droit aux jeux de miroirs et de reflets habituels, déjà présents et mieux exploités dans le deuxième opus. Quand un tel film peine autant à se renouveler, il essaie pathétiquement de trouver son salut par des innovations très terre-à-terre qui passent par des détails d'importance aux yeux de l'aficionado. C'est par exemple un chien, particulièrement attiré par les services trois pièces de ses ennemis, qui va jouer un rôle clé dans l'une des scènes. Dans le même registre, on essaie de diversifier les armes utilisées : c'est plutôt sympa quand John Wick use du sabre de samouraï pour couper en deux un adversaire, ou d'un gros livre pour en assommer un autre ; c'est en revanche très ridicule quand il se sert de chevaux pour administrer des ruades sur demande. Cela passe aussi par la diversité des engins empruntés pour se déplacer : un canasson justement, que John Wick chevauche en pleine ville et au milieu des voitures, ce qui nous rappelle Schwarzy dans True Lies lors d'une scène qui avait autrement plus de gueule. On a également droit à une courte course poursuite en scooter, un passage très nul puisqu'il n'y a pas de circulation, on a juste quelques guignols les uns derrière les autres sur leurs deux roues et notre héros décidément imprenable qui les fait voltiger ou les flingue les uns après les autres, de façon particulièrement surréaliste. Cette scène apparaît en outre comme une mauvaise redite du récent actioner sud-coréen The Villainess qui nous proposait exactement la même chose mais avec une toute autre énergie.




Cela passe enfin par la diversité des nouveaux opposants ou alliés. Ici, l'antagoniste principale, qui n'en vient jamais aux mains mais qui est bel et bien aux ficelles de tout ce bordel, est une adjudicatrice de la Haute Table campée par une actrice qui a vraisemblablement été choisie parce qu'elle se présente comme non-binaire. L'idée est a priori pas mauvaise, et il est vrai qu'il est presque étonnant de voir, dans un tel film, une femme totalement asexuée, qui ne nous est pas montrée comme un simple bout de viande appétissant, bien moulé ou court vêtu. Mais en soi, la dénommée Asia Kate Dillon a une présence qui ne pèse pas lourd, elle ne dégage rien à l'écran et fait même très pâle figure. On peut espérer mieux, surtout dans des films qui ont désormais largement de quoi s'offrir les plus grandes stars ou convoquer n'importe quel revenant. Comme dirait l'autre, "il faut que le méchant soit réussi"... John Wick affronte également toute une bande d'assassins chinois à la tête de laquelle nous retrouvons Mark Dacascos, que l'on préférait quand il avait des cheveux et un peu plus d'amour propre. On sent bien que ces figurants sont plus doués et agiles que notre vedette assez lourdaude lors des scènes de bagarre, mais celle-ci finit toujours par l'emporter par la force. La dernière partie, peut-être la plus accrocheuse, met en scène le siège du Continental new-yorkais par la troupe d'élite de la Table Haute : ces derniers sont des crétins anonymes qui ne feront pas de vieux os, notamment en raison de casques ineptes que Wick ouvre facilement depuis l'extérieur pour des headshot assurés à bout portant. Enfin, on retrouve Halle Berry, qui vient faire un bout de chemin avec ses deux bergers allemands aux côtés de John Wick après lui avoir réservé un accueil glacial, dans une relation amour/haine des plus banales. Hélas, cela fait depuis belle lurette que cette actrice n'est plus un argument. On croise également Anjelica Huston, dans la peau d'une vieille femme qui nous en apprend un peu plus sur le passé de notre héros, tout droit issu de l'imagination limitée d'un pré-ado friand de jeux vidéos.




John Wick Parabellum peine donc terriblement à se renouveler et l'on a comme le sentiment que Chad Stahelski et sa bande ont foncé tout droit vers cette impasse qui s'offrait grand à eux dès les toutes premières minutes du premier film sans, cette fois-ci, parvenir à nous divertir suffisamment pour nous la faire oublier. On tient un film d'action qui continue à vouloir se prétendre pure abstraction pour essayer de brosser le cinéphile de passage dans le sens du poil, avec également quelques clins d’œil appuyés à la plus noble cinéphilie (Wick trouve refuge au "théâtre Tarkovsky", des images de Buster Keaton illuminent Time Square...), et à abreuver l'amateur d'action lambda par des morceaux de bravoure à la chaîne. Mais tout paraît trop forcé et sans grande idée : rien ni aucune espèce de virtuosité ne vient motiver ce spectacle stérile et répétitif. Le résultat est assez bâtard et ne fait que rendre plus criantes les limites de Chad Stahelski comme cinéaste d'action et la pauvreté d'une franchise qui n'est malheureusement pas partie pour s'améliorer ni s'arrêter...


John Wick Parabellum de Chad Stahelski avec Keanu Reeves, Asia Kate Dillon, Halle Berry et Ian McShane (2019)

4 mai 2018

Baywatch : Alerte à Malibu

A court d'inspiration, Hollywood recycle désormais aussi les séries télé les plus improbables. C'est donc au tour d'Alerte à Malibu de faire l'objet d'une adaptation. A la manière de 21 Jump Street, mais avec infiniment moins de réussite, Alerte à Malibu passe à la moulinette de la comédie américaine actuelle héritée de la clique Apatow avec un habitué du genre à la baguette, Seth Gordon. On a donc droit à un humour outrancier qui fait parfois mouche mais qui nécessite des acteurs solides pour tenir la durée d'un long métrage. C'était le cas dans le précédemment cité 21 Jump Street, où Jonah Hill et Channing Tatum, épaulés par quelques bons seconds rôles comme Ice Cube, parvenaient à nous faire marrer assez régulièrement. Ici, l'acteur vedette n'est autre que The Rock. On sait la star bodybuildée capable de belles mais rares saillies comiques dans les Fast & Furious, nous l'avons déjà vu, à la hauteur, aux côtés de Mark Wahlberg et Will Ferrell dans The Other Guys d'Adam McKay. Son potentiel comique est réel, mais il n'est franchement pas suffisant pour porter un film à lui seul.




Il faut dire que Dwayne Johnson n'est pas spécialement bien entouré là-dedans. Zac Efron est tout simplement hideux avec son corps flippant taillé en salle de musculation. Le casting féminin a quant à lui uniquement été choisi pour son allure en maillot de bain (Alexandra DaDDario et Kelly Rohrbach) et n'apporte rien de plus. Seul l'inconnu au bataillon Jon Bass se démène pour nous dérider et son personnage s'avère être le plus débile du lot. Pour le reste, l'intention, celle de faire une comédie d'action dans la lignée des films de Schwarzy de la grande époque, n'est pas mauvaise, mais l'ensemble est trop mal écrit. Les personnages de meufs sont insipides, les mecs sont attendus et les méchants sont ultra chiants. Même les inévitables caméos (Pamela Anderson, David Hasselhoff) sont ratés et il n'y a rien de très sexy au programme. Le pire étant les CGIs, dignes d'un nanar d'RTL9, notamment lors de la séquence où l'équipe va sauver un bateau en feu. C'est tellement laid... En plus, c'est long. Baywatch dure 2 heures et on vous recommande vraiment de les passer à faire autre chose.


Baywatch : Alerte à Malibu de Seth Gordon avec Dwayne Johnson, Zac Efron, Alexandra Daddario, Priyanka Chopra et Kelly Rohrbach (2017)

24 septembre 2017

Terminator Genisys

Tout le monde est tombé à bras raccourcis sur ce film à sa sortie et je trouve ça un brin exagéré. Il est très mauvais, certes, mais beaucoup plus soutenable que le précédent opus de la saga, l'abject Terminator Renaissance. C'est nul à chier, il faut l'avouer, mais Terminator Genisys a quelque chose de léger et d'imbécile qui le rend plus sympathique que beaucoup d'autres blockbusters abominables actuels. On dirait presque qu'il ne se prend pas tout à fait au sérieux, qu'il a conscience de son triste état. En cela, il a un très léger parfum des années 90, cette époque révolue où les films à grand spectacle hollywoodiens n'étaient pas encore assommants de sérieux et n'oubliaient pas d'être cons. La prestation d'Arnold Schwarzenegger y est pour beaucoup, tant l'acteur est constamment dans l'autodérision, à côté de la plaque comme jamais. Dommage qu'il soit si mal entouré. Jai Courtney est peut-être le pire acteur de sa génération. Sa tête est mise à prix sur Il a osé. On ne compte plus les franchises qu'il a participé à fusiller à bout portant de par sa seule présence à l'écran. Après Die Hard 5, où il incarnait le détestable fils de John McClane, le voici donc en Kyle Reese, personnage-clé de la saga initiée par James Cameron. Quel carnage... Cet homme est si laid, si mauvais. On est à des années lumières du charisme de l'inoubliable Michael Biehn.




Jai Courtney est l'une des plaies les plus purulentes du cinéma d'action américain de ces dernières années. Sa vacuité totale laisse songeur. Il n'est tout simplement rien. Qu'il est difficile de s'intéresser à ses aventures, de l'écouter débiter platement des répliques minables, de le regarder déplacer son corps sans âme... Face à lui, Emilia Clarke, en Sarah Connor, ne s'en sort pas beaucoup mieux. La scène où elle se désape, le cinéaste préférant alors filmer son ombre chinoise sur un mur de briques, est d'un ridicule rarement atteint. Linda Hamilton avait du chien. Emilia Clarke pourrait servir de débouche chiotte. A part ça... Mais il y a bien pire en la personne de Jason Clarke (son propre frère !), qui incarne ici John Connor (son fils !) avant de dégénérer en une sorte de terminator ultime. Ce triste mec est censé prêté ses traits disgracieux au grand chef de la résistance ! Lui aussi, on ne compte plus les films qu'il gâche en étant là, avec sa sale tronche en biais et son air désagréable. Qu'il est pénible ! Terminator Genisys souffre donc d'un casting complètement raté, à quelques exceptions près : Lee Byung-Hun est plutôt crédible en T-1000, il reprend assez bien le flambeau de Robert Patrick, mais il ne fait vraiment que passer.




Ce cinquième épisode souffre aussi d'un scénario qui part totalement en couille une fois que notre petit trio constitué de Kyle Reese, Sarah Connor et Pop's (aka Schwarzy, le pauvre...) décide de retourner dans le futur. Après ça, c'est un grand n'importe quoi à faire chialer les plus naïfs qui espéraient encore retrouver quelque chose des deux premiers films. Plus grave encore, Terminator Genisys se distingue par une absence totale de scène d'action bien emballée. Les combats entre robots font franchement pitié, à commencer par le premier, celui opposant le vieux Schwarzy à sa version originale. Pour le reste, c'est un défilé d'explosions et d'accidents de la route en hideux CGI. Ce moment où une bagnole percute de plein fouet Kyle Reese et Sarah Connor, fraîchement débarqués à poil sur une autoroute et qui s'en sortent indemnes après un petit roulé-boulé sur le bitume, est peut-être le pire de l'ensemble. Malgré sa nullité absolue, l'oeuvre d'Alan Taylor (mais qui est ce type ?) a pourtant été adoubée par James Cameron himself, mais on ne sait pas si c'était par obligation contractuelle ou si le réalisateur de Titanic avait un flingue sur la tempe quand il a prononcé ses mots doux, immortalisés en gros caractères sur l'affiche.


Terminator Genisys d'Alan Taylor avec Emilia Clarke, Jason Clarke, Jai Courtney et Arnold Schwarzenegger (2015)

8 juin 2017

Terminator 3 : le soulèvement des machines

J'ai enfin vu ce film. Bon, c'est un Terminator, faut faire l'impasse sur la qualité du scénario. Mais il y a quand même un petit détail qui m'a titillé... J'ai relevé ce que j'appellerai une bizarrerie. Comment se fait-il que la Terminatrice reconnaisse l'ADN de John Connor quand elle lèche la flaque de sang coulant de la tête d'un asiatique vers le début du film ? Pensez-vous qu'elle a déjà prélevé un échantillon d'hémoglobine sur le cadavre de John en 2032 et qu'elle peut donc établir le lien ? Autrement, comment a-t-elle pu entrer en possession de cette information ? Comme cela fait longtemps que j'y réfléchis, j'ai échafaudé une théorie, mais elle ne me convainc pas encore totalement. Je sais qu'avant d'être un loubard, John Connor a vécu une vie "normale" jusqu'à, disons, ses 16 ou 17 ans. Son sang a donc pu être prélevé de nombreuses fois par les Mormons. Il parait en effet que Les Mormons conservent un échantillon de sang de chaque citoyen américain dans des grottes blindées contre les guerres nucléaires (la théorie de l'identification illustrée par X-Files notamment). Peut-être que John Connor a eu une période mormone et que la Terminatrice en a profité. Je précise que j'ouvre seulement des pistes, je ne prétends pas détenir la vérité. Je lance le débat...




Quant à la théorie du prélèvement sur le cadavre de John Connor en 2032, why not ? Mais cela ne suffit pas à expliquer, et c'est une question rhétorique que je me pose, pourquoi Skynet envoie un seul tueur tous les dix ans afin d'éliminer le futur leader des humains. S'ils envoyaient dix tueurs tous les jours, ça finirait par donner un résultat, non !? Et si en plus ces tueurs devaient également éliminer Sarah Connor enfant ou même la mère de Sarah Connor enfant, ça décanterait un brin la situation, non ? Et pourquoi pas carrément son père qui n'est, semble-t-il, pas au courant de ses futures fornications ? Faut exterminer le père dans ces cas-là. C'est ce que j'aurais fait... Bon je sais ça casse un peu le délire. Par égard pour le spectateur il est en effet plus logique de n'avoir qu'un seul tueur, de temps en temps. Comme ça, ça fait un film. Au détriment de la logique, hélas.




A vrai dire, Terminator est une saga qui me laisse vraiment circoncis. Par exemple, comment le T-800 fait-il pour reconnaître la tête de John sur sa bécane au début du 2 ? Impossible à savoir... Par contre, j'ai récemment élucidé ce qui était pour moi LE grand mystère du 2, à savoir le moment où le T-1000 (Robert Patrick) prend l'apparence du gardien de l'asile psychiatrique où est enfermée Sarah Connor. J'ai longtemps pensé qu'il s'agissait d'une nouvelle erreur du scénariste, étant donné que le T-1000 précise lui-même qu'il ne peut que prendre la forme des choses qu'il touche, quand il s'agit d'armes blanches ou d'objets de même taille que lui (êtres humains), mais pas d'un paquet de cigarette ou d'une bombe chimique. J'ai récemment repéré que, pendant cette scène dite "de la machine à café", le gardien évolue sur le carrelage dans lequel le T-1000 vient de se fondre. Le T-1000 touche donc le gardien, en tant que carrelage ! J'étais content de l'avoir compris, j'ai trouvé ça vraiment bien vu. Bon, par contre, quand le gardien marche dessus, le T-1000 n'est réellement en contact avec lui que par les godasses. Comment le T-1000 peut-il alors acquérir les informations sur la physiologie complète du gardien (moustache et compagnie) alors que celui-ci est électriquement isolé du sol ? Tout au plus il pourrait se transformer en semelle de chaussure ou en morceau de caoutchouc ! A moins que le T-1000 puisse se transformer en tout ce qu'il touche et tout ce qui touche ce qu'il touche...




En ce qui concerne le numéro 1, l'original de Jaume Cameron, je focalise surtout sur l'expression faciale des terminators : parce qu'ils sont des robots, ils ne peuvent pas retranscrire certaines émotions humaines, et pourtant, revoyez donc Termintor 1, quand Arnold saute en feu sur le capot de la voiture et qu'il éclate le pare-brise, il tire une de ces tronches avec ses dents du bonheur si visibles à cet instant !! Un peu dans le même ordre d'idée : il nous est très tôt annoncé que les terminators ne clignent jamais des yeux. Or, si Kristanna Loken, la Terminatrice du 3, réussit cet exploit miraculeusement, j'ai cru repérer que ce n'était pas du tout le cas de ce bon vieux Bob Patrick dans T2. A un moment, je crois même qu'il baille. Un robot qui baille, sérieusement ? Dans ce cas là, serait-il possible qu'il ait une érection à la vue d'une belle pépée, sachant que les terminators sont dotés de bijoux de famille (cf la scène de nu de Schwarzy dans le premier opus qui nous dévoile en passant la raison pour laquelle il est surnommé le Chêne de Sturm Graz !) ?




Pour boucler la boucle et pour en revenir au troisième épisode, autre problème : pourquoi la Terminatrice n'a-t-elle pas les cheveux attachés dès la première scène où elle apparaît dans son plus simple appareil ? Ça permettrait de voir ses miches et ça me semblerait être une coupe un peu plus naturelle pour un robot, très soucieux du sens pratique. C'est idiot, c'est idiot pour mes sens. Là encore, ça ne fait pas sens... Et enfin, pour terminer, j'aurai une dernière question, mais qui ne concerne pas cette fois-ci la série Terminator. Est-ce que vous aussi, quand vous avez vachement sué dans un t-shirt que vous avez porté nuits et jours pendant des semaines, vous rechignez à le laver, en pensant que vous aurez bien du mal à reproduire l'odeur terrible qu'il trimballe, odeur dont vous devenez "addict" ?

En tout cas j'ai vraiment hâte d'être en mai 2009.


Terminator 3 de Jonathan Mostow avec Arnold Schwarzenegger, Kristanna Loken et Nick Stahl (2003)

5 juin 2017

U-571

Le casting de ce film est tout simplement ébouriffant. C'est un cocktail de muscles et de cellules grises. Jonathan Mostow, classé cinquième selon IMDB dans la fameuse liste des "5 Gods of Accion and Ficcion", aussi appelée la "Suite de Fibonacci", peut se vanter d'avoir fait tourner les plus grands. Dans U-571, les têtes d'affiche sont nombreuses et toutes plus prestigieuses les unes que les autres : Matthew McConaughey, Bill Paxton, Alec Baldwin, Harrison Ford, Gene Packman, Harvey Keitel, Sam Neill, Sean Connery, Patrick Bouchitey, Denzel Washington et Liam Neeson, pour ne citer que les plus fameux. Avec cette équipe de choc, Johnny Mostow voulait s'emparer d'un sous-genre du film d'action et d'un sous-sous-genre du film de guerre : le film de sous-marin de guerre. Le classique du genre reste Das Boot, film de chevet de Steven Spielberg et seule lueur de génie de son réalisateur Wolfgang Petersen, qui par la suite et en gardant un pied en Allemagne a réalisé L'Histoire sans fin, qu'il n'a donc jamais pu terminer, avant de devenir 100% ricain et de s'exiler au pays de l'Oncle Sam pour aligner des blockbusters totalement stars and stripés (Alerte!, Air Force One...) mettant souvent en scène de grosses masses d'eau (En pleine tempête, Poséidon), faisant de lui un sous-sous-sous James Cameron. L'homme revient parfois sur Das Boot, son premier et dernier chef-d’œuvre, et il renomme souvent le film "Miracle en Alabama", avec clin d’œil à la clé. N'empêche que Das Boot est la référence affichée par Mostow comme par tout réalisateur qui planche sur un film de sous-marin.


Traduction pour les non audiophiles : "Crankcase est plein d'eau de source". Précision : Crankase c'est le nom d'un jeune mousse à bord du sous-marin. Ensuite il implore le capitaine Starboard Diesel (manque une majuscule à Diesel).

Quelques mots sur le pitch du film, car il faut toujours une bonne excuse pour sortir un film sur un sous-marin : en 1952, début de la guerre froide, dans les eaux de l'Atlantique nord, une bande de nationalistes russes s'empare d'une base de lancement de missiles nucléaires stratégiques et menace le reste du monde. Le capitaine Mike Dahlgren commande le U-571, un sous-marin archaïque mais redoutable, premier sous-marin nucléaire de l'arsenal soviétique. Quand il découvre que le système de refroidissement du réacteur principal est défaillant, Mike Dahlgren va accepter de maquiller son vaisseau en sous-marin allemand, l'un de ces célèbres U-Boote qui patrouillent au fond de l'océan. Un autre sous-marin, dans ces eaux réputées peu tranquilles, va prendre en chasse le U-571 de Mike Dahlgren (il aura fallu plus de 570 U ratés pour aboutir à ce navire insubmersible). A bord de son poursuivant, commandé par Alexei Vostrikov (l'Amiral Hackman), des ogives et un moteur à propulsion atomique menacent d'exploser si la température au cœur du réacteur ne baisse pas rapidement. Coupé du monde et de la flotte russe à cause d'une panne d'antenne, un premier ordre est quand même envoyé à Vostrikov lui intimant l'ordre de bombarder la Russie, lorsqu'arrive un second message indéchiffrable. Le capitaine Vostrikov est alors remplacé par son second, Starboard Diesel, pour cause de chiasse. Ce dernier et son nouveau second, Boubakar Polenin (Patrick Bouchitey), doivent surmonter un différend basé sur une différence de couleur de peau pour faire face à la crise et éviter un accident nucléaire. Par ailleurs, si une telle explosion se produisait, les États-Unis pourraient croire à une première attaque soviétique et déclencher une guerre totale. Pendant ce temps, la bande de nationalistes russes tâche de faire face au froid qui gèle les canalisations à bord de leur "bateau noir". A bord de l'U-571, la réussite de la mission de Mike Dahlgren va désormais dépendre de sa rapidité et de son courage. Tétanisant.


La touche Mostow : les petits ronds rouges dans l'image qui indiquent ce qu'il ne faut pas louper.

C'est ce pitch dantesque (qui est en fait la réunion de plusieurs projets et de maints courts métrages écrits par Jonathan Mostow dans sa baignoire quand il était jeune), qui a permis au réalisateur de se faire un petit nom et de confirmer son statut de faiseur un peu brouillon mais foutrement doué. Quelqu'un de sérieux et de bonne volonté, apprécié de ses acteurs, qui vantent l'ambiance unique sur le tournage, à la bonne franquette. S'il a un petit air facho en photo, c'est néanmoins grâce à sa douceur de caractère qu'on a confié plusieurs projets importants à Mostow. C'est aussi grâce à son côté bonne poire que des gens comme Arnold Schwarzenegger, ou Bruce Willis, voire Kurt Russell, ont dit un jour dans leur vie : "I want Mostow in !" Ces mastodontes-là ont l'habitude de complètement contrôler les films dans lesquels ils s'engagent, et ils savent qu'engager Mostow c'est l'assurance de garder toute latitude sur la dimension artistique. A la poursuite du Diams USS boot 519 Jump Street Alabama - Le piège des profondeurs est un bon film du dimanche soir, comme tous les Mostow. Et comme il a fait quatre films, ça fait un mois de dimanches soirs assurés.


U-571 de Jonathan Mostow avec Matthew McConaughey et Bill Paxton (2000)

17 septembre 2015

Last Days of Summer

A la sortie de Young Adult, nous faisions un petit point autobiographique pour avouer que notre plus grand regret dans la vie est sans doute d'être au rendez-vous à chaque sortie d'un nouveau film signé Jason Reitman. Après avoir vu Labor Day puis Men, Women & Children à quelques jours d'intervalle, on se dit que la malédiction est tenace, que nous sommes condamnés, tels des Prométhée modernes, à vivre une vie jalonnée par l’œuvre de Jason Reitman. On se pose alors la question du libre arbitre. A quel point sommes-nous maîtres de notre propre destin ? Et surtout, tout bêtement, comment choisissons-nous les films qu'on regarde ?... Car pour rappel Jason Reitman est... comment le traiter d'enfant de salaud poliment, et alors que son père Evan Reitman (auteur de Jumeaux, avec De Vito et Schwarzy, mais aussi de SOS Fantômes 1 et 2) nous a quelques fois fait marrer ?




Jason Reitman nous l'a faite à l'envers une fois encore. Suite à l'échec commercial inattendu de Labor Day, l'homme est allé présenter ses excuses publiques auprès d'un parterre de commerçants ambulants sur le marché de St Aubin. Et pourtant ce mélo minable pour mamans, inoffensif et scolaire, est son meilleur film, d'assez loin. On vous conseille aussi de le mater d'assez loin, avec un petit bouquin à portée de main, la sono à fond, une immense baie vitrée face à vous, offrant le spectacle d'un grand paysage dans lequel se perdre, et le vieux chocolat chaud à l'ancienne, épais comme du cambouis, disposé sur la tablette non loin, qu'on peut attraper juste en tendant le bras, ainsi que les galettes bretonnes au beurre demi-sel qui fondent dans le lait sans se désagréger ni éponger toute la tasse en un seul voyage. Dans ces conditions-là, on peut sans doute passer un super moment devant Labor Day, ou d'ailleurs devant n'importe quel navet. C'est plutôt les traducteurs français qui auraient dû s'excuser, car le titre original, "Fête du travail", autrement dit "1er mai", est légèrement trahi par le titre "français" : Last Days of Summer, aka "Derniers jours d'août". 




L'affiche, qui entretient un amalgame pernicieux avec les Noces Rebelles de Sam Mendes, met en avant Kate Winslet, les mains plongées dans la farine, et, collé à son dos, Josh Brownie, préparant sans doute un sacré brolin. C'est un clin d’œil à la scène clé du film, largement commentée sur les réseaux sociaux, où Kate Winslet et le taulard qui lui redonne goût à la vie concrétisent la nouvelle famille qu'ils forment avec le larbin de Winslet, âgé de 14 ans, en se lançant dans une production industrielle de brownies. C'est un travail à la chaîne que nous dépeint Reitman, suivant les grands préceptes de John Ford et son fameux "fordisme", chacun a sa tâche, chacun se spécialise dans un artisanat, dans un savoir-faire, un geste. A sauver dans tout ça, une assez jolie scène où les personnages vont faire les courses en famille. Seul bémol, Josh Brolin n'est pas tout à fait tranquille, de par son passif d'ancien taulard : il a sa liste, il s'y tient, mais il zone dans les rayons sa casquette vissée sur le crâne pour passer incognito sous les caméras de surveillance, et il semble très très anxieux. Sans ce détail, cette scène serait vraiment une belle scène de courses.




C'est le genre de scène qu'on regarde avec bonheur si on n'a pas fait les courses depuis un bail. La scène qu'on mate en faisant soi-même sa liste, et pour une fois on notera de changer l'ampoule grillée de l'entrée de notre T1, morte depuis un bail, et qui a fait dire à nos parents, lors de leur première visite de l'appart, le jour de l'état des lieux : "C'est cool, t'as donc une cave, t'es dans les bonnes conditions pour réussir ton année à l'université, pour tout péter à la fac, t'as un bon lieu de travail, ici". Mais aussi les sacs congélation ! Ces foutus sacs congélation qu'on oublie à chaque fois, et qui seraient bien utiles pour se débarrasser des plats qu'on a laissé pourrir sur notre comptoir américain, ainsi que du chat du voisin. On pense même à rajouter un ultime tiret sur la liste pour la petite touche légumineuse : le petit corbac (c'est comme ça qu'on appelle les cornichons) qui te sauve une tartine de pâté un peu fade et qui permet de respecter la règle des cinq ou six fruits et légumes par jour, vu que tu te fais cinq ou six corbacs par jour. Les petits aigre-doux de chez Amora, ils sont bons... Ils rappellent le goût du Big Mac, la grosse tranche de lard du Big Mac. Mieux, si y'a des Malossol au Liddl, ça te fait un repas complet. Quand on a appris que le corbac était une petite courgette, gros big up pour la courgette dans notre cœur (on savait pas que ça pouvait être si bon ! Pourquoi diable les faire vieillir ?). Bref, Jason Reitman a au moins le mérite de nous remplir le frigo.




A la fin du film le spectateur n'est pas malheureux que les amants se retrouvent. On se dit : "tant mieux pour eux", et c'est bien le signe que tout cela fonctionne à peu près. On aurait aimé consacrer le dernier paraphet à établir une relation de causalité entre ce film et deux autres longs métrages contemporains, issus du même pays (beaucoup de points communs donc), à savoir Joe et Mud. Mais en dehors du gamin obnubilé par une vieux taulard, très peu de rapports... Ça se passe l'été le plus souvent... On trouve un pistolet au moins dans chaque film, mais ça marche pour tous les autres films ricains... On va peut-être changer de paragraphe du coup. C'est une piste, vous nous voyez contents de l'ouvrir (nous sommes pionniers sur cette approche analytique du film), on est les premiers à nommer cette mouvance (peut-on parler de mouvance ?), à pointer du doigt ce phénomène, on sera ravis si on finit en note de bas de page à la fin DU mémoire de master 1 qui sera consacré à ce sujet en 2168, quand l'étudiant de base inscrit en fac de socio car refusé en fac de ciné suite à la mise en place d'un numerus closus impliqué par la réduction des budgets de l'université aura eu le recul suffisant pour se rendre compte de ce lien qu'on pointait déjà un siècle avant lui, presque deux siècles...




Le mea culpa de Jason Reitman, qui avait signé un film propre sur lui, mauvais mais appliqué, tel un cancre qui sue sur sa rédac de fin d'année pour dérocher enfin une note non-négative, ce mea culpa est d'autant plus triste et incompréhensible qu'il range automatiquement Jason Reitman dans la catégorie des fumiers pur jus. Défendre son film contre vents et marées ? Assumer un peu ce qu'on vient de chier ? Non... Pas quand on n'a pas de roustons... Autant directement chialer et lécher le sol devant quelques maraîchers qui n'ont rien demandé. Reitman ne doit pas être au courant que, dans l'histoire du ciné, une poignée de films sympas n'ont pas reçu l'accueil escompté et mérité. Exemple : Titanic, que l'on est à peine en train de remettre à sa place d'assez bon film. Idem pour Autant en emporte le vent qui, malgré un petit coup de pouce de l'Académie des Oscars, n'a pas marché, et qui finalement a eu droit à sa petite édition collector, puis à son bluray... Certains malins ont flairé un public potentiel pour ce truc, surfant sur la vague Obama pour sortir le film de l'oubli.




Après cet échec très mal vécu par Jason Reitman, qui affirme avoir passé une après-midi entière dans sa chambre, coupé du monde, la porte fermée à clé de l'extérieur, avec l'intégrale de Leonard Cohen en boucle sur son Itunes, le cinéaste avait à cœur d'enchaîner très très vite avec un sujet qui l'obsédait, à savoir le médium qui nous permet de suivre sa carrière de si près : internet. 


Last Days of Summer (Labor Day) de Jason Reitman avec Josh Brolin et Kate Winslet (2014) 

13 avril 2015

The Equalizer

Dans son for intérieur, Denzel Washington estime sans doute qu'il doit son Oscar chéri à Antoine Fuqua, le réalisateur de Training Day. En réalité, il le doit surtout à un gros malentendu et à cette hypocrisie ambiante, favorable aux minorités visibles, qui était de rigueur à Hollywood suite aux attentats du 11 septembre et qui a également provoqué le couronnement hâtif d'Halle Berry. Mais n'abordons pas les sujets qui fâchent... C'est donc parce qu'il se sent redevable envers Antoine Fuqua que notre ami Denzel accepte facilement les scénarios que le cinéaste lui propose, quitte à se retrouver dans d'abominables navets tels que cet Equalizer. C'est en tout cas comme ça que je m'explique rationnellement la situation. Car si le monde tournait rond, c'est un type comme Steven Seagal, aka Saumon Agile, qui incarnerait le héros infaillible et invincible d'un tel actioner de seconde zone.




Pendant la promo française du film, je me souviens que Denzel Washington avait été accueilli en grandes pompes par un Laurent Delahousse complètement gaga, n'oubliant jamais de brosser son invité dans le sens du poil, comme si celui-ci l'honorait de sa présence divine. Et pourtant... Quand on sait quel affreux produit la star venait nous vendre... Dans quel spectacle ridicule et totalement débile celle-ci s'adonnait pour toucher le jackpot... Denzel Washington, dont j'ai déjà ciré les godasses avec ardeur pour sa performance dans Flight (je ne le regrette pas, il l'avait bien cherché, j'étais consentant), mérite ici le plus grand mépris. Quand on a sa stature, quand on jouit de la liberté de décision qui doit être la sienne, il faut vraiment avoir un sérieux grain pour venir faire le guignol dans une telle mascarade. C'est le genre de film qui peut faire perdre tout son crédit à un acteur, toute sa crédibilité, même quand celle-ci est solidement établie. On ne peut plus être sérieux avec quelqu'un qu'on a vu là-dedans.




Denzel Washington incarne donc le héros ultime, capable de tout, comme je croyais qu'on osait plus en faire, sans une once d'autodérision. Certes, j'ai pouffé une fois ou deux devant les facéties de l'acteur, notamment lors de ce face-à-face tendu avec le très méchant, dans un resto chicos, entre deux verres de rouge. Denzel invite alors son ennemi à se plonger dans ses yeux pour lui dire s'il y décèle réellement quelque chose d'un peu humain, après avoir lentement énoncé ce qu'il devinait dans le regard de son vis-à-vis, lui récitant sans se tromper les grands faits marquants de sa biographie. A ce moment-là, l'acteur sort le grand jeu, nous délivre son regard le plus noir et inexpressif, et je ne peux pas croire qu'il se prenne véritablement au sérieux. Hélas, tout le film démontre le contraire. Denzel est The Equalizer (le mot n'est jamais prononcé mais convient tout à fait), un homme mystérieux, au passé trouble et méconnu, mais vraisemblablement très riche en aventures et expériences. Ses techniques de combat et d'infiltration mettent sur le cul tous ses adversaires. "Ce type-là est surentraîné, regarde les choses en face...", "Les cinq costauds qu'il a abattus tout seul, en une poignée de secondes, et quelques mouvements bien précis, démontrent clairement que nous n'avons pas affaire à n'importe quel connard...",  "Regarde-moi ce désastre, ce gars-là est un vrai renard...", "Mais quel gros enculé, sérieux !" sont autant de répliques que l'on entend dans la bouche de ces pauvres russes tatoués de la tête au pied, qui servent de chair à canon.




Vieux loup solitaire au cœur sensible, Denzel aime prendre sous son aile la veuve et l'orphelin. Surtout l'orpheline. Il s'attache ainsi à Chloë Grace Moretz qui incarne avec beaucoup de difficultés une prostituée mineure originaire de l'Est et exploitée par ces vilains russes (le film nous apprend d'ailleurs que la jeune actrice est bâtie comme un petit camionneur ; sa croissance n'étant pas tout à fait terminée, on peut encore garder l'espoir qu'elle évolue dans le bon sens). Quand Denzel retrouve la gamine couverte de bleus, il voit rouge et se lance dans une vendetta méthodique et irrésistible qui le mènera jusqu'en Russie, et plus exactement dans la salle d'eau du grand commanditaire, qu'il liquidera avec une facilité déconcertante, après avoir refroidi ses hommes de main et s'être introduit chez lui peinard (une ellipse bienvenue nous épargne ces nouvelles mises à mort, on voit simplement Denzel repartir du grand manoir en enjambant les cadavres qu'il a semés sur son passage - pris d'une lucidité très tardive, le réalisateur a comme soudainement conscience que l'on a bien assez vu notre héros dézinguer et tordre des cous à tout-va...).




Mais Denzel n'est pas seulement un type devant lequel Jack Bauer, John McClane, James Bond et même Superman pourraient aller se rhabiller fissa. C'est aussi un homme de lettre aux goûts raffinés quoique très classiques. Il dévore les bouquins, qu'il feuillette délicatement et, de préférence, dans des collections anciennes et poussiéreuses, sans doute achetées à prix d'or sur eBay (il ne doit pas supporter le Folio de base). Denzel s'enfile les vieux classiques et nous sort ensuite des résumés d'une lourdeur sans nom. Il faut entendre sa synthèse pour les nuls du Vieil homme et la mer et le voir mimer les derniers instants de Gatsby le Magnifique. Je ne vous parle même pas de ses larmes lorsqu'il en vient à aborder le dernier chapitre de l'autobiographie de Schwarzenegger, celui intitulé A Too Big Secret... De temps à autre, Denzel recrache des citations sibyllines, ô combien ridicules sorties de leur contexte mais qui laissent toujours songeurs ses interlocuteurs ("Yes, I banged the housemaid when you were away with the kids, and now I have a 6-foot-tall 14 years son who looks like a puerto-rican oak, but I'm just a man..." est sa préférée).




Le comble du ridicule est toutefois atteint quand Denzel se chronomètre. Il n'est pas the equalizer pour rien. Il aime égaliser les trucs. Que les choses soient carrées. Quand il se lève, il égalise sa coupe de cheveux, un coup de tondeuse par-ci, un coup de cisaille par-là, et on nous rappelle au passage que le gaillard a le poil grisonnant, ce qui met encore davantage en valeur son aisance sur le tatami. Quand il se met à table, à ce bistrot où il recroise cette jeune tepu qu'il affectionne, il a ses petits tics qu'il exécute systématiquement : il déplace son verre de la droite vers la gauche, secoue sa serviette tel un dangereux maniaque, se remonte les manches prêt à en découdre, range ses couverts dans un ordre que lui seul connaît... Il égalise à sa façon quoi. Mais, surtout, il a ce gros tic gênant qui consiste à chronométrer ses moindres faits et gestes de façon tout à fait aléatoire. Par exemple, avant de passer à l'action et de s'en prendre à des russes, il pense à voix haute et annonce d'un ton monocorde "18 secondes" puis lance son chrono. Il est toujours un peu contrarié quand, les malheureux truands baignant dans leur sang, il se rend compte qu'il a dépassé d'une petite paire de secondes le temps qu'il s'était imparti. Il chronomètre aussi des actes beaucoup plus triviaux et s'impose d'étranges défis. On le voit ainsi se rendre chez son buraliste, constater en matant sa montre "Ah, 58 secondes...", et repartir tête basse. On le retrouve aussi à la sortie des chiottes : "Putain, une demi-plombe !". C'est assez spécial, ça vaut le coup d’œil, croyez-moi.




Habituellement, dans ces films-là, on apporte un soin particulier au grand méchant. Il s'agit ici d'un homme de main particulièrement belliqueux, mais tout aussi ridicule, incarné par un véritable inconnu sans charisme (Marton Csokas ?!). C'est attristant. Par exemple, dans Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (perso, je préfèrerais le blu-ray collector car je suis un gros fana !), qui n'est pas du tout un film du même genre, le méchant est sacrément réussi. Ce Chrisopher Lloyd, quel acteur ! Difficile à croire que le même gars jouait l'adorable Doc et répondait tous les soirs patiemment aux auditeurs de Fun Radio ! Lui et sa fameuse trempette ont traumatisé des générations entières de cinéphiles ! On ne pourra pas en dire autant de Marton Cskoas (?!). Même sa mort est totalement ratée. Il clamse fixé au sol par un Denzel impitoyable qui fait une utilisation toute personnelle d'une cloueuse pneumatique surpuissante (travailleur docile au BricoMarché du coin quand il n'est pas super-héros, Denzel en connaît un rayon dans le domaine du bricolage et, notamment, dans l'outillage dit de fixation définitive).




Je dois tout de même faire preuve d'honnêteté et vous avouer que je n'ai pas souffert tout du long. Une scène de torture sort clairement du lot et m'a beaucoup plu. Denzel y enferme un flic ripou dans sa propre bagnole avec le gaz d'échappement relié à l'habitacle par un tuyau d'arrosage. Denzel l'interroge, confortablement installé dans une chaise-longue, tout en descendant et remontant la vitre électrique de la voiture, le pauvre gars s'étouffe, et ainsi de suite, ça n'en finit pas ! Face à un spectacle si plaisant, on ne prend même pas le temps de s'interroger sur ce mystérieux modèle d'automobile dont on peut télécommander l'ouverture des vitres depuis l'extérieur mais guère de l'intérieur. Et tout ça est d'une lenteur très gênante. Sur le papier, la scène devait être brillante, mais à filmer, c'est une autre paire de manches... Quand la vitre s'active, le temps s'arrête... Et la pauvre victime n'a jamais l'idée de casser la vitre ou d'y coincer son bras, quitte à le paumer (mais si c'est le prix à payer pour respirer plus frais et ne pas crever, le choix est vite fait...). Malgré ces petits couacs, cette scène reste, de loin, la meilleure du film. Et je me devais de vous la faire partager après vous avoir fait subir tout le reste !


The Equalizer d'Antoine Fuqua avec Denzel Washington, Chloë Grace Moretz, Marton Csokas (?!) et Melissa Leo (2014)

16 octobre 2014

Allons voir Ayer...


Connaissez-vous David Ayer ? Rassurez-vous, vous n'êtes pas les seuls. Cinéaste au look de skinhead, David Ayer s’est fait remarquer par des films troués d’éclats de violence d’un réalisme très cru et parfois gratuit. Son premier film, le plus amusant, Bad Times (Harsh Times en anglais), se présentait comme une adaptation non-officielle du jeu vidéo best-seller GTA San Andreas, avec Christian Bale dans le premier rôle, celui du teubé à la démarche chaloupée et aux fringues impossibles, un tantinet colérique et impulsif, que tout joueur de GTA a conduit au meurtre de masse (c’était pas vraiment un rôle de composition pour celui que ses proches surnommaient déjà le Dark Knight bien avant la naissance de Michael Keaton). De ce film, on se souviendra surtout du beau personnage de Toussaint, un dealer lunaire et attachant, ne rechignant jamais à la tâche et fidèle en amitié, aux dialogues particulièrement soignés. A coup sûr, le plus remarquable personnage de la "galaxie Ayer".




Le second film d’Ayer, le plus sérieux, Au bout de la nuit (Street Kings en anglais, soit « Les rois de la nuit »…), était un néo-polar mettant Keanu Reeves aux prises avec une bande de flics corrompus, menés par un Forrest Whitaker comme toujours reptilien. On se souviendra de ce film (à éviter) comme de l’un des rôles les moins ridicules de notre ami Keanu Reeves dans sa période post-Néo. Véritable development hell, scénar sous forme de post-its égarés dans différentes pièces (dont certaines verrouillées de l’intérieur), ce policier donnait l’impression d’un gâchis aimable, fait avec naïveté par un nostalgique des pires films des années 90. Il s’agit sans doute du film le moins rentable d'Ayer (à raison). Il y a donc une justice, contrairement à ce qu’affirme le film. On se souvient de cette dernière image cruelle de Keanu Reeves baignant dans son sang et n’ayant pas pu nettoyer sa ville de la pègre.




Son troisième film marquait une rupture nette en termes simples de qualité dans la filmographie d’Ayer. Tandis que les autres culminaient à respectivement 3,25/5 et 3/5, End of Watch accrochait péniblement 1,5 étoiles (dont une étoile bonus pour le passif sympathique d’un réalisateur qui a longtemps été dans notre « under the radar list »). Le réalisme est poussé au plus fort dans ce film qui nous met dans le froc de deux flics ayant sacrifié leur vie pour une « war on drugs » dans les bas-fonds miséreux de Los Angeles (une scène = une bavure), pour un documentaire fort moche tourné caméra au poing, agrippée au dos bodybuildé du duo Michael Pena et Jake Gyllenhaal (méconnaissable dans un rôle d’écorché vif, littéralement). Ce troisième opus d’Ayer nous a longtemps fait repenser au film culte d’Edouard Baer : Akoibon. Il nous laissait avec un mal de crâne massif, des céphalées persistantes et une douleur de tête accablante.




Le retour raté de Schwarzy épisode 3. Pendant le premier quart d’heure de Sabotage, nous avons considéré ce film comme un petit plaisir coupable. Ce quart d’heure passé on se sent seulement très coupable. Schwarzy (anagramme de Sarkozy, dont on espère qu’il ratera au moins trois fois son retour lui aussi) a cru bon de mettre entre les mains de David Ayer cette nouvelle tentative de come-back. Il devait apprécier et tenir en haute estime la filmographie dudit Ayer, dont le quatrième opus est pour le moins étonnant, qui parvient à condenser strictement tous les défauts des précédents, en laissant au congélo leurs maigres qualités. Pour la première fois le spectateur commence à sérieusement douter du look de David Ayer, qui n’a peut-être pas que le crâne de ras. Le cinéaste devient une parodie de lui-même avec sa fameuse touche personnelle qui prend ici la forme de tics idiots et totalement décoratifs, si on peut appeler décoratif un cycliste littéralement rincé par un bolide lancé à fond la caisse. David Ayer croit bon de se différencier de ses collègues abrutis en glissant dans une scène d’action, en l’occurrence de course poursuite, un imprévu qu’il croit puissant de par sa dimension crédible et son originalité. Dans le car chase final, qui se veut épique et marquant, une bagnole empègue tout à coup un anonyme à vélo, qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment, et qui passera l’intégralité de la scène collé au pare-brise, en sang. On se persuade qu’il jouera un rôle dans la scène puisqu’il apparaît dans un recoin de chaque plan, dans une sorte de caméo macabre et de longue durée. On attend le bon mot qui viendra justifier sa présence, ou au contraire l’expression d’un regret de la part du conducteur. Mais non. C’est juste un cadavre de plus, gratos, qui fait dire que le monde est putain de con. Une constante chez Ayer. Peut-être le vrai fil rouge de sa filmographie, qu’on a essayé ici de vous défricher un peu. Car c’est quand même assez touffu, plus en tout cas que le « crâne de peau » de David Ayer, son Crystal Skull renfermant les pires horreurs et les pires dommages collatéraux (clin d’œil ici à son omniprésent et omnipotent acteur principal, Arnold Schwarzenneger, star qui n’en finit pas de décliner et qui offre ici à son personnage "badass" - puisque c'est le terme qui revient dans toute pseudo-critique de ce film - une de ces sorties grandiloquentes dont il a le secret).




Bientôt sortira le cinquième film de David Ayer, Fury, avec Brad Pitt et Shia LeBeouf, qui se sont bien accrochés durant le tournage pour une sombre histoire d’hygiène corporelle et d’odeurs de pompes envahissantes. On attend le résultat forcément explosif de cette ambiance de plateau à se damner, et surtout le prochain « mort pour la France » de David Ayer.


Bad Times de David Ayer avec Christian Bale et Eva Longoria (2005)
Au Bout de la nuit de David Ayer avec Keanu Reeves et Forest Whitaker (2008)
End of Watch de David Ayer avec Jake Gyllenhaal et Michael Pena (2012)
Sabotage de David Ayer avec Arnold Schwarzenegger et Sam Worthington (2014)