29 mai 2024
Petits arrangements avec les morts
20 décembre 2021
Compartiment N°6
Compartiment N°6 de Juho Kuosmanen avec Seidi Haarla, Yuriy Borisov, Lidia Kostina et Dinara Drukarova (2021)
1 octobre 2020
La Fille de Ryan
La Fille de Ryan, d'une durée de 3h25 (une dizaine de minutes de moins si l'on passe l'ouverture, l'entracte et la clôture, les trois pauses musicales habituelles de ces longues fresques de l'époque), nous raconte l'histoire du personnage éponyme, Rosy Ryan (géniale Sarah Miles), fille du tavernier de Kirrary, un petit village de la péninsule de Dingle en Irlande, éprise de l'instituteur local, Charles Shaughnessy (Robert Mitchum), de quinze ans son aîné, puis, après leur mariage, insatisfaisant pour la jeune femme, amoureuse encore, d'un jeune officier anglais récemment blessé sur le front belge et traumatisé par son expérience du combat, Randolph Doryan (Christopher Jones), nommé en cette année 1916 au commandement d'une garnison anglaise surveillant la région alors chahutée par la guerre d'indépendance tandis que Tim O'Leary (Barry Foster), figure de la résistance irlandaise, est de retour au pays pour organiser un trafic d'armes.
C'est un de ces rares films où rien, pas une scène, n'est en-dessous des autres. Chaque séquence possède une couleur bien à elle, une force particulière, et compte absolument, y compris celles qui semblent moins vitales au récit. Je pense par exemple à ce long dialogue entre l'officier anglais fraîchement débarqué sur la côte et son sous-fifre qui l'accueille et lui avoue petit à petit sa lâcheté et son immense peur à l'idée de rejoindre le front en Europe. C'est une scène qui ne fait pas particulièrement progresser le récit, mais qui dit beaucoup de choses, et la richesse du dialogue, le jeu des comédiens, la précision du montage, ce qu'elle dit des hommes et de la guerre, avec une simplicité désarmante, et que l'on entend rarement aussi bien, en font un sacré moment.
Et c'est sans parler de moments plus importants pour les personnages principaux, celui où Rosy accueille le professeur Shaughnessy de retour d'un congrès d'instituteurs, au début du film, la scène où la jeune femme déclare sa flamme à son aîné dans la salle de classe où il fut son enseignant, celle de leur nuit de noces, disons compliquée, le coup de foudre de Rosy et de l'officier Doryan dans la taverne déserte, après une réminiscence traumatique, et plus tard, lors d'une sortie scolaire à la plage, ce moment où l'instituteur suit des traces de pas suspectes sur le sable, l'imagination en ébullition. Mais il faudrait toutes les citer.
David Lean offre ici le grandiose, avec des plans d'ensemble sidérants de majesté, quand il filme les côtes d'Irlande et l'océan comme il filmait le vaste désert de Jordanie huit ans plus tôt, et l'épique, lorsque, dans la lignée des grandes chevauchées dans le désert et des gigantesques batailles à cheval, il réalise une incroyable séquence de tempête où tous les villageois et toutes les villageoises viennent en aide au rebelle Tim O'Leary et se démènent comme des diables pour faire ce qu'ils savent parfaitement faire, braver les éléments et pêcher, sauf que la récolte consiste cette fois en des caisses d'armes et de bâtons de dynamite qui serviront la révolution. Mais le film mêle ce souffle digne de Lawrence d'Arabie au portrait d'une jeune femme, à la peinture précise de sentiments naissants, à l'intimité bouleversante du couple (l'officiel et l'illégitime, observés avec la même sincérité, la même tendresse), à la complexité des sentiments de ses personnages, tous touchants et aimés par celui qui les met en scène. Car au-delà du triangle amoureux, David Lean peint d'autres caractères passionnants, en particulier ceux du père Collins (Trevor Howard), de Ryan (Leo McKern), le père de Rosy, tiraillé entre l'amour pour sa fille et la cause révolutionnaire, ou Michael (John Mills), l'idiot du village, fou amoureux de Rosy, boitant comme son rival l'officier et martyrisé par ses pairs.
On retrouve donc à la fois l'immensité de paysages vivants, la côte irlandaise sublimée tout au long du film, ainsi que le souffle épique de l'Histoire, la communauté en mouvement pour la révolution, et le drame minuscule d'un amour interdit (sans parler de l'adultère, une irlandaise ne pouvant s'amouracher d'un officier anglais), traité avec la même subtilité que dans un bref mélodrame et vrai chef-d’œuvre tel que Brève rencontre, tourné par le même David Lean en 1945, qui racontait la tentation d'une femme mariée, aimant son époux mais soudain éprise d'un homme de passage dans un hall de gare, amant incarné d'ailleurs à l'époque par le même Trevor Howard qui joue ici le curé du village et confident de Rosy. Et la finesse du scénario est égale, où l'on retrouve des personnages dignes et intelligents, qui pourraient s'en tirer plus simplement si la société et l'Histoire ne venaient pas se fracasser sur eux.
La Fille de Ryan de David Lean avec Sarah Miles, Robert Mitchum, Christopher Jones, Barry Foster, Trevor Howard, Leo McKern et John Mills (1970)
27 janvier 2015
Bilan 2014



2/ Tonnerre
3/ Deux jours, une nuit
4/ Bird People
5/ Night Moves
6/ The Battery
7/ Aimer, boire et chanter
8/ Her
9/ Mister Babadook
10/ Sils Maria
11/ Still the Water
Deux autres films de notre top 10 n'ont pas généré de bafouilles sur ce blog, à commencer par l'excellent film des frères Dardenne, Deux jours, une nuit, œuvre profondément bouleversante, aussi galvaudé que soit ce mot. Comme d'autres grands films de cette année (ceux de Pascale Ferran ou de Spike Jonze, par exemple), celui des Dardenne prend notre époque à bras-le-corps (avec une triste mais évidente justesse, n'en déplaise à certains critiques pourtant habitués à mieux, qui lui ont reproché de s'arranger avec la vérité et n'ont que prouvé leur terrible méconnaissance de ladite vérité, celle du monde contemporain en général et de l'entreprise en particulier), et hausse à un niveau encore jamais atteint le cinéma des frères aux pieds palmés venus tout droit des Awires, mot compte automatiquement double au Scrabble. Tout compte double avec les Dardenne : ils sont deux, ils ont deux Palmes, l'histoire de leur dernier film se déroule sur deux jours, et ils possèdent bien deux paires de couilles grosses comme des marmites.
Que dire pour conclure ? Sinon merci. Cette année encore, vous avez été nombreux à participer aux votes, et nous tenons à vous remercier. Notamment Fabrice Guedon (aussitôt rebaptisé, au vu de son top tonitruant, Fabrice Guedin), Sylvain Métafiot (notre ptit, ptit, ptit, ptit métafillot), Pierre Guilho (qui a toujours du mal à établir son top de fin d'année, la faute à une persistance rétinienne de malade qui fait que les images des films de l'an passé sont encore imprimées dans sa tronche) Olivier Père (et Dieu sait que nous vous engageons à régler votre pas sur le pas de notre Père), Hamsterjovial (nous aimerions que ces jours où il est en verve et nous lâche quelques uns de ces commentaires dont il a le secret soient des jours sans fin), Le Ciné-Club de Caen (des années que nous envoyons nos souscriptions sous forme de chèques et toujours pas reçu le moindre programme, ça tourne au moins ?), Gondebaud (qui cette année nous a un peu fait faux bon de gaud), Thibault et Olivier (nos dirlo photo travelo), Édouard Sivière (qu'on attendait au tournant sur Night Moves - Nage Nocturne en VF - cette année), Max L. Ipsum (dit "Max l'Opossum" sur Senscritique.com), Camille Larbey (dont le top est tout à fait zarbey), Céline P. (que nous remercions pour les triples glaucomes dus à l'ancienne présentation de son, au demeurant, très chouette blog), le dr. Orlof (accro à la piquouse, et qui ne nous en a donc pas trop voulu d'avoir loupé son giga anniversaire cette année, une patte ce doc, bon anniv ! on est dans les temps ?), Inisfree (c'est quand que tu payes ta tournée ?!), Guillaume A. (la ramasse sur le flop, comme d'hab), Josette K. (notre chef machino, à gauche, sous le lien, sur la photo), Émilien (qui n'a pu voir que les films qui passaient dans le quartier chinetoque de Paname...), Jean-Pascal Mattéi (qui n'a pas mattéi grand chose cette année, si ce n'est son pote Taddéi), Asketoner (littéralement "demandez-le à elle", donc vous gênez pas), Fred MJG (quand se décidera-t-elle a changer de boîte mail ? Pour la 3ème fois, on ne reçoit pas tes messages !), Kevin Watrin (il a changé la première lettre de son nom, ça a changé sa vie), Victor Coulon (& the gang), Tepepa (test), Semmelweis (si vous pouviez nous en ramener un ou deux de votre prochain séjour en Suisse ? paraît que ça porte la chkoumoune !), Nolan (le changement de nom, ça suit son cours ?), Rick et Pick (mais aussi leurs acolytes Colégrame, Bour et Bour et Ratatam), Mathieu Ash (tes souhaits), Magenta Prod (frère de Pascal ? On espère pas...), et d'autres, nous avons sûrement oublié des noms, que leurs porteurs se manifestent gentiment et nous pardonnent, ou se taisent à jamais.
2 septembre 2014
La Vie domestique
Quand on voit ce film, on ne peut s'empêcher de penser à son contraire, le récent Bird People de Pascale Ferran, qui fait l'effort d'élargir ses vues à chaque instant au lieu de s'enferrer dans le lit trop confortable d'une démonstration exhaustive et exténuante, qui ne se sert pas seulement du cinéma mais le sert aussi, et qui a le mérite de chercher des solutions là où La vie domestique ne montre que des problèmes, qui certes doivent être montrés. Jean-Luc Godard, dont les rapports aux femmes, sur le strict plan cinématographique (le reste ne nous intéressant pas ici), seraient par ailleurs à critiquer, a dit cette chose fort juste, dans un séminaire donné en 1978 au Conservatoire d'Art Cinématographique de Montréal et intitulé Introduction à une véritable histoire du cinéma : « Ça sera aux femmes à faire des films sur les solutions des femmes, pas sur les problèmes des femmes car les problèmes des femmes… il n’y a que les hommes qui en causent. Les femmes, elles, n’ont aucun problème ; il n’y a que les hommes qui leur font des problèmes. Alors il serait temps bien sûr que les femmes fassent des films, ou d’autres choses… sur les solutions qu’elles vont apporter ou qu’elles voudraient apporter sur les problèmes que leur causent les hommes. » Passons sur son "il serait temps", qui oublie que si les femmes ne l'ont pas tant fait à son époque c'était aussi à cause des hommes. Mais vu qu'Isabelle Czajka semble rejoindre Godard sur l'origine des problème des femmes, on attend de son prochain film qu'il nous propose des solutions aux problèmes dont ce film-ci nous aura soumis soumettre un fastidieux exposé.












































