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13 juillet 2025

Le Monde perdu : Jurassic Park

Souvenez-vous quand même du début : faux raccord sur faux raccord, mise en abyme dans l'abyme, génie d'inventivité cinématographique à tous les étages qui malgré l'absence de Sam Neill au tableau d'affichage nous laissa espérer un numéro II encore plus fou que le I (à l'image des saga références Terminator, Predator, Leprechaun). Il y a cette gosse de riche (Camilla Belle, qui quelques années plus tard justifierait son nom de famille, pur glow up, avant de le biffer sans prévenir) qui se fait grailler par une petite meute de mini dinosaures affamés et surexcités sur la plage d'une île déserte où ses parents sirotent des olives vertes au pied d'un yacht indécent. Le hurlement que pousse la mère en découvrant la mort ultraviolente de sa fillette chérie dans un bain de sang digne de la Cène, avec 13 mini dinos à la place des apôtres, arborant tous des bretelles, un sourire narquois et un œil mi-clos de plaisir, arborant surtout chacun un organe de la gosse encore pendu au coin des lèvres, se fond au mixage avec l'arrivée stridente d'une rame de métro new-yorkaise sous les yeux hagards d'un Jeff Goldblum (qui, tel Lucho Gonzalez à la mi-temps d'OM-Rennes, prend le contrôle du ballon pour ce deuxième opus), surpris par la caméra du maître Spielberg en plein bâillement au-devant d'une autre plage déserte sertie de cocotiers dont il s'avère qu'elle n'est qu'une vulgaire publicité placardée derrière lui au mur du tromé. Cette diablerie d'introduction (pour rappel, on a déjà raconté comment l'un d'entre nous l'a ratée par la faute de son grand frère intellectuellement limité et surnommé Glu3, dans notre article sur Matrix, lisez ça si c'est pas déjà fait : c'est toujours vrai et la réalité depuis ne nous a pas donné tort), cette diablerie d'intro donc nous a scotchés et fait croire que tonton Spielberg affichait la même grinta que pour le 1er film du nom, ou que Lucho Gonzalez offrant la ligue 1 et son trophée, l'Hexagone, à toute la cité phocéenne, à Mamadou Niang, à feu Pape Diouf (RIP, à jamais dans nos cœurs, aux côtés de Ghandi et de Malcolm X), enfin bref à toute la planète Mars'eille, à l'issue d'un match mémorable, le 5 mai 2010 (date tatouée sur nos butts).
 
 

 
 
Après ça, le film retombe malgré Julianne Moore et Richard Schiff, la première adorable et l'autre à croquer, jusqu'à toucher le fond de la filmographie spielbergienne lors d'une séquence affligeante et absurde où la fille du personnage de Goldblum se tire des pattes d'une petite bande de racailles vélociraptors en les envoyant valdinguer lors d'un entraînement improvisé d'aerobic : on en chiale encore. On passera sur Pete Postlewaithe, fraîchement auréolé de l'Oscar pour son interprétation de Ghandi dans le film éponyme de Richard Attenborough qui lui donne ici la réplique, et qui incarne un chasseur de t-rex chevronné un peu pesant ; on passera sur Vince Vaughn alors dans le creux de la vague et qui n'avait pas encore fait la connaissance de Will Ferrell et de sa bande ; on passera aussi sur l'arrivée des dinos en gare de la Ciotat à la fin du film, qui s'avère déceptive. 
 
 
 
 
 
Certes on retiendra quelques menues séquences, qui nous rappellent que derrière la caméra se trouve un oncle. Comme celle où un papa et une maman t-rex furax attaquent les caravanes de Goldbum et sa bande qui ont kidnappé leur petit ; ou cette séquence hors-sol du défilé des raptors sur un podium, fringués en ballenciaga, avec en fond sonore le "I I follow I follow you, gipsy baby, i follow you" de Dick Rivers. Mais rien de comparable au PTSD suscité par le premier épisode, qui restera à jamais dans nos vies et qui trône encore et pour toujours sur notre dvdthèque, au grand dam de nos compagnes qui n'en peuvent plus de nous voir imiter le raptor soulevant une bâche avec la tête, tous les soirs, quand on passe sous le rideau de porte avant d'envahir la chambre conjugale. Au dam encore plus grand de nos beaux-parents qui se mordent le poing à chaque fois qu'avant de passer à table en famille on hurle en imitant le doubleur touché par la grâce de Jeff Goldblum : "Oubliez pas de vous laver les mains avant de manger !", phrase presque chantée tandis que l'acteur voit Laura Dern s'éloigner après avoir fouillé les fientes d'un tricératops malade, le bras plongé là-dedans jusqu'à la garde (parfois même, selon les dimanches et notre humeur taquine, on cite cette autre réplique issue de la même scène : "C'est vraiment un gros tas de merde !", constat simple qu'il nous arrive de ressortir quand belle-maman nous sert son fameux flan d'artichauts).



 
 
Rien dans ce deuxième épisode poussif ne peut rivaliser avec l'étalage d'idées géniales de l'original : autant d'images qui nous hanteront à vie. Quelqu'un vous fait pivoter le crâne avec sa main utilisée comme une pince de fête foraine pour vous inviter à mater un spectacle éloquent (geste certes trop rare), et vous revoyez aussi sec la première apparition des dinosaures vivants, quand Laura Dern chope la tronche d'un Sam Neill tout feu tout flamme et la tourne vers où téma pour qu'il arrête de raturer la carte du parc et capte enfin la sérénade des brachiosaures. Tapez dans une table sur laquelle repose un banal verre d'eau et, voyant les petites rides concentriques à la surface du liquide, vous serez coincé de nouveau dans la bagnole téléguidée où Tim, sa sœur et l'avocat véreux qui finira en apéricube, gobé sur un chiotte, regardent les signes annonciateurs de l'arrivée d'un animal qui pèse manifestement son poids (comme quand Tonton Scefo, aka "the great white whale", rejoint la salle à manger depuis sa chambre contigüe : on peut observer le même phénomène physique, presque climatologique). La moindre ombre chinoise un peu cambrée sur le mur du réfectoire nous a fait quitter la cantine du bahut en hurlant comme des malades à plusieurs reprises. 
 
 


 
Dès que l'électricité saute, lors des vacances chez tonton, à Rieupeyroux, dans l'Aveyron (l'électricité y saute trois fois par jour en moyenne), on se tourne vers le cousin (on l'appelle comme ça parce qu'on ignore son prénom), fils de tonton Scefo, sosie officiel de Dennis Nedry, pour le choper au colbac et lui demander ce qu'il mijote en douce sur son minitel et ce qu'il a planqué dans son tube de crème de rasage. Dès que les téléphones marchent ! Dès qu'ils daignent marcher putain, on rend grâce à Dieu (qui depuis, pour nous, a l'apparence de Samuel L. Jackson, comme l'a confirmé Bruce tout puissant). On est aussi dans le film jusqu'au cou dès qu'un gros œil cligne au hublot de la porte de la cuisine (en général celui de Tonton Scefo, son seul œil valide, qu'il colle là quand il veut savoir si sa gamelle est enfin prête, tout en faisant claquer l'ongle de son gros orteil deux fois sur le carrelage). Ne parlons même pas de la fois où on s'est retrouvés suspendus à la clôture électrique de la bergerie, sous le regard implorant de moutons inquiets d'entendre le buzzer retentir, signalant que le paternel était en train de rebrancher un à un les fusibles, au sous-sol, inconscient qu'il allait bientôt nous expédier ad patres, et où on a pris une purée de châtaigne alors qu'il célébrait son exploit d'avoir déniché le compteur. Vous l'avez compris, chaque scène du premier Jurassic Park est gravée là. Au point qu'on a plus parlé de celui-là que de l'objet annoncé de cet article. Au point surtout qu'on maîtrise désormais l'orthographe du mot "jurassique", même si on doute systématiquement sur celle de "parc".


Le Monde perdu : Jurassic Park de Steven Spielberg avec Jeff Goldblum, Laura Dern, Richard Attenborough, Julianne Moore, Pete Postlewaithe et Vince Vaughn (1997)

28 février 2019

Apprentis parents

J'ai déjà passé un article entier à m'interroger sur le cas Mark Wahlberg. Tant pis, je vais en consacrer un deuxième. Il me fascine... Rappelons que cet homme-là a été révélé par Paul Thomas Anderson, grâce à son rôle dans Boogie Nights. Quelques années plus tard, il travaillait avec un très louable sérieux devant la caméra inspirée de James Gray (The Yards), un grand cinéaste qui ne tarit pas d'éloges sur l'acteur, le présentant même comme l'un des plus talentueux de sa génération et le rembauchant ensuite pour La Nuit nous appartient. Depuis, celui que l'on surnommait jadis affectueusement "Marky Mark" a choisi son camp et cela semble définitif. Il n'y a qu'à jeter un œil sur sa filmographie, ces dix dernières années. Malgré une courte passade avec Will Ferrell, qui correspond cependant à la chute de ce dernier dans les limbes de la comédie familiale inoffensive et jamais drôle, Mark Wahlberg se donne désormais trois possibilités : jouer au héros chez son grand copain Peter Berg, avec lequel il doit partager les opinions rétrogrades, dans des films de guerre ou des thrillers patriotiques aux relents nauséabonds, faire mumuse devant de gigantesques écrans verts et les yeux explosés de cette andouille de Michael Bay pour les pires blockbusters actuels (Transformers 4 et 5 and counting), ou retourner incarner le papa modèle dans ces comédies familiales sans saveur précitées. L'infect Apprentis parents correspond évidemment à la troisième catégorie.




Le triste couple de quadras égocentriques que Mark Wahlberg forme avec une lamentable Rose Byrne se découvre un beau jour l'envie soudaine d'adopter des enfants. Pourquoi ? Parce que leur famille les met au défi de s'occuper de gamins, sous-entendant qu'ils en sont incapables, et que les petits candidats à l'adoption sont vraiment trotrop mignons sur les photos du site internet, au point de faire pleurer les futurs parents. Ni une ni deux, Byrne et Wahlberg se retrouvent à la tête d'une petite famille constituée de trois frères et sœur chicanos (plus exactement : le stéréotype d'une ado rebelle de 16 ans aux hormones en ébullition, un garçon aussi couillon que maladroit tout juste utile à une paire de gags faciles et une gamine à occire qui hurle à la moindre contrariété ; bref, que du bonheur !). Devant cette succession à un rythme infernal de courtes scènes putrides cherchant par la force à mêler le rire aux larmes, et n'obtenant que des soupirs d'exaspération, nous ne sommes obnubilés que par une chose. Ou plutôt deux : les épaules de Mark Wahlberg. Ses deltoïdes hypertrophiés ! Toutes ces séances de muscu pour ses rôles chez Peter Berg ou Michael Bay font un peu tâche dans une telle comédie familiale. Le mec est taillé comme un char d'assaut, il met tous ses fringues à rude épreuve. Sa tête paraît encore plus petite au-dessus de cette masse hideuse acquise à la sueur de ce front qu'il a si mince. Elle trône à peine sur cet amoncellement de chair surgonflée et débile, produisant un effet désastreux qui contribue beaucoup à la piètre allure de l'acteur, à son ridicule désarmant. Un air de demeuré complet qui nous permet, en fin de compte, de mieux comprendre ces terribles choix de carrière. 


Apprentis parents (Instant family) de Sean Anders avec Mark Wahlberg et Rose Byrne (2019)

4 mai 2018

Baywatch : Alerte à Malibu

A court d'inspiration, Hollywood recycle désormais aussi les séries télé les plus improbables. C'est donc au tour d'Alerte à Malibu de faire l'objet d'une adaptation. A la manière de 21 Jump Street, mais avec infiniment moins de réussite, Alerte à Malibu passe à la moulinette de la comédie américaine actuelle héritée de la clique Apatow avec un habitué du genre à la baguette, Seth Gordon. On a donc droit à un humour outrancier qui fait parfois mouche mais qui nécessite des acteurs solides pour tenir la durée d'un long métrage. C'était le cas dans le précédemment cité 21 Jump Street, où Jonah Hill et Channing Tatum, épaulés par quelques bons seconds rôles comme Ice Cube, parvenaient à nous faire marrer assez régulièrement. Ici, l'acteur vedette n'est autre que The Rock. On sait la star bodybuildée capable de belles mais rares saillies comiques dans les Fast & Furious, nous l'avons déjà vu, à la hauteur, aux côtés de Mark Wahlberg et Will Ferrell dans The Other Guys d'Adam McKay. Son potentiel comique est réel, mais il n'est franchement pas suffisant pour porter un film à lui seul.




Il faut dire que Dwayne Johnson n'est pas spécialement bien entouré là-dedans. Zac Efron est tout simplement hideux avec son corps flippant taillé en salle de musculation. Le casting féminin a quant à lui uniquement été choisi pour son allure en maillot de bain (Alexandra DaDDario et Kelly Rohrbach) et n'apporte rien de plus. Seul l'inconnu au bataillon Jon Bass se démène pour nous dérider et son personnage s'avère être le plus débile du lot. Pour le reste, l'intention, celle de faire une comédie d'action dans la lignée des films de Schwarzy de la grande époque, n'est pas mauvaise, mais l'ensemble est trop mal écrit. Les personnages de meufs sont insipides, les mecs sont attendus et les méchants sont ultra chiants. Même les inévitables caméos (Pamela Anderson, David Hasselhoff) sont ratés et il n'y a rien de très sexy au programme. Le pire étant les CGIs, dignes d'un nanar d'RTL9, notamment lors de la séquence où l'équipe va sauver un bateau en feu. C'est tellement laid... En plus, c'est long. Baywatch dure 2 heures et on vous recommande vraiment de les passer à faire autre chose.


Baywatch : Alerte à Malibu de Seth Gordon avec Dwayne Johnson, Zac Efron, Alexandra Daddario, Priyanka Chopra et Kelly Rohrbach (2017)

13 octobre 2016

The Lost Skeleton of Cadavra

Amateurs de films Grindhouse, passez votre chemin. Réalisé en 2001, The Lost Skeleton of Cadavra est une parodie respectueuse du cinéma de science-fiction et d'horreur des années 50, un pastiche sans prétention de films tels que Planète Interdite, Le Jour où la Terre s'arrêta, Les Soucoupes volantes attaquent et La Nuit de tous les mystères. On est ici beaucoup plus proche, dans l'esprit, de films comme OSS 117 ou Tucker & Dale vs Evil que des daubes sans âme estampillées Grindhouse encouragées par le sinistre duo Robert Rodriguez - Quentin Tarantino. The Lost Skeleton of Cadavra est écrit, produit, interprété et réalisé par Larry Blamire, un amoureux du cinéma bis et de ces classiques de la SF, qui, peut-être par trop grand respect pour le genre, ne pousse pas toujours la caricature assez loin. Son film, qui nous raconte l'histoire assez farfelue de quelques personnages ahuris à la recherche d'une météorite aux pouvoirs magiques, se suit sans déplaisir mais aurait gagné à être plus insolent, plus drôle encore.




Les personnages en présence sont autant de caricatures de ceux que l'on croise généralement dans ces vieux films de genre : du pseudo-scientifique éclairé, campé par Blamire himself, désireux de faire la plus grande découverte de l'histoire de l'humanité, au couple d'extraterrestres pacifiste et perché, aux mœurs étranges et finalement très humaines, sans oublier un ridicule bonhomme obnubilé par l'idée de dominer le monde, ce qui passe par la résurrection d'un vieux squelette assez loquace perdu dans une grotte. Larry Blamire se moque gentiment et adroitement de l'inertie terrible des héros de ces films, il reproduit leurs dialogues absurdes et les situations parfois grotesques qu'ils mettent en scène, tout en brocardant intelligemment le rôle proéminent systématiquement accordé aux hommes et la triste place faite aux femmes.




En tant qu'acteur, Larry Blamire sait faire preuve d'un vrai talent comique qui rappelle un peu par moments celui d'un Will Ferrell, en moins exubérant, dans sa façon de débiter très sérieusement des conneries plus grosses que lui. Il prouve également qu'il n'a pas peur du ridicule, lors des scènes les plus réussies de son film, où toute la petite bande s'en donne véritablement à cœur joie. Lors de ces moments en particulier, on a un peu l'impression de voir le film qu'une bande de potes auraient tourné rapidement pendant les vacances, une petite chose sympathique faite avec trois sous mais beaucoup de cœur. Parfois marrant, la plupart du temps agréable, The Lost Skeleton of Cadavra est un tout petit film attachant, un hommage sincère et modeste au cinéma de genre des années 50. Une œuvre que je conseillerai seulement à un public peu exigent et amoureux, comme son auteur, de ces vieilles séries b au charme suranné.


The Lost Skeleton of Cadavra de Larry Blamire avec Larry Blamire, Fray Masterson, Brian Howe, Susan McConnell et Jennifer Blaire (2001)

17 novembre 2015

Crazy Amy

Trois ans après le très pénible et déprimant 40 ans : mode d'emploi, qui parvenait à rassembler tous ses plus insupportables tics et défauts, Judd Apatow revient derrière la caméra pour cette fois-ci mettre en image un scénario qui n'est pas le sien mais celui de son actrice vedette, j'ai nommé Amy Schumer. Celle-ci incarne une journaliste new-yorkaise à la vie totalement désinhibée, multipliant les conquêtes masculines et ne s'engageant jamais sérieusement en amour. Sa rencontre avec un homme différent de ceux qu'elle a la fâcheuse habitude de fréquenter, doux et attentionné, médecin du sport de son état, et sur lequel elle doit écrire un article pour son magazine, va changer la donne et amener notre héroïne à s'essayer à la vie de couple...




Comique de stand-up à la popularité grandissante outre-atlantique, Amy Schumer signe ce qui apparaît progressivement comme une bonne grosse comédie romantique avec beaucoup d'éléments que l'on devine autobiographiques. Habilement, la star parvient tout de même à éviter le film trop auto-centré et se distingue en cela du précédent méfait de son réalisateur, parfois très enclin à se regarder le nombril. Alors certes, il faut supporter de voir la comique, au charme tout relatif, faire tomber tous les hommes qu'elle croise et s'entendre régulièrement dire qu'elle est une vraie bombe. Le pêché d'égocentrisme la guette plus d'une fois, mais nous lui pardonnons ces travers, tant nous sourions et rions régulièrement devant son petit manège. On finit même par apprécier son personnage dont nous suivons avec plaisir les mésaventures. 




Le scénario d'Amy Schumer n'échappe pas au schéma archi rebattu et toujours agaçant des romcoms habituels. Ainsi, la dernière demi-heure, où l'on attend les inéluctables retrouvailles finales du couple temporairement séparé, est assez laborieuse et bien plus pauvre en moments comiques. On ne peut alors guère s'empêcher de penser que Crazy Amy, qui dépasse de peu les deux heures, aurait vraiment gagné à être légèrement raccourci. Heureusement, quelques scènes très drôles, du niveau d'un bon Will Ferrell (et venant de moi, c'est un sacré compliment !), sont bien réparties dans les trois premiers quarts du film et font passer la pilule sans accroc. 




Tous les acteurs sont au diapason. Bill Hader, autre habitué d'Apatow, également vu dans l'excellent Hot Rod, est très bon dans le rôle de ce médecin amoureux d'Amy aux agissements crédibles et compréhensifs (chose rarement vérifiée dans ce genre de romcoms où les personnages ont souvent des attitudes totalement débiles). Le catcheur John Cena, ce "Mark Wahlberg qui aurait mangé Mark Wahlberg", boyfriend éphémère d'Amy, est tordant en homo refoulé. Brie Larson, qui interprète la sœur d'Amy, n'apporte aucune valeur ajoutée comique à l'ensemble mais reconnaissons qu'elle est tout à fait agréable à l’œil. Colin Quinn, le père malade d'Amy, fait preuve d'un bel abattage et sort quelques répliques cinglantes avec une mauvaise humeur délectable. Tilda Swinton, la patronne d'Amy, méconnaissable grimée en bimbo, est parfaite dans la peau de cette bonne femme infecte qui déblatère des horreurs sans jamais se soucier des autres. 




Quelques guest stars viennent également faire leurs petits numéros (notamment Daniel Radcliffe et Marisa Tomei dans une inoffensive mais amusante parodie de film de Sundance que les protagonistes vont s'infliger au cinéma), et comme ceux-ci sont généralement drôles, leurs apparitions n'ont jamais l'air totalement gratuites. LeBron James, la plus grande "guest star" du lot n'en est d'ailleurs pas vraiment une puisque le basketteur campe ici un vrai rôle. Il joue le meilleur ami du médecin, personnage très protecteur et ultra radin qui nous vaut quelques-uns des meilleurs moments du film (je pense surtout à cette scène au resto où LeBron James finit par promouvoir de très belle manière sa ville de Cleveland face à son ami, désespéré par son discours et sa pingrerie). Quand il arrêtera de briller sur les parquets, LeBron James a un chemin tout tracé dans la comédie !




Grâce à son scénario particulièrement riche en personnages secondaires sympathiques et enchaînant, à un bon rythme, les situations cocasses et les répliques bien senties, Amy Schumer réussit plutôt haut la main ses grands débuts au cinéma. Elle permet en même temps à Judd Apatow d'effectuer un retour gagnant à la réalisation et peut-être même de signer son meilleur film. Nous leur souhaitons de poursuivre sur cette voie... 


Crazy Amy de Judd Apatow avec Amy Schumer, Bill Hader, LeBron James, Brie Larson et Tilda Swinton (2015)

14 septembre 2014

Les Prédateurs

Place aujourd'hui au texte de notre ami et précieux collaborateur belge, Thomazinette, que l'on imagine et que l'on espère paumé quelque part dans le monde avec ses belles idées et ses belles odeurs (pour reprendre ses termes), à propos d'un téléfilm réalisé par son compatriote Lucas Belvaux en 2007.

On est en 2007, Belvaux prend ses aises à la tévé et déploie sur quatre heures une synthèse assez édifiante de la tentaculaire affaire Elf. Il se fait plaisir et s'offre un diptyque racontant d'une part les méfaits, d'autre part la tentative d'en faire rendre (des) compte(s). Cette construction où les deux parties s'éclairent l'une l'autre, permet de comparer les confessions aux actions, l'ombre de truands mandatés par l'État, qui s'engouffrent joyeusement dans l'orgie, à la glauque lumière d'un bureau de juge d'instruction contre laquelle ils se débattent. Plutôt que de se concentrer sur les conséquences de cette vile affaire (nettement évoquées par des extraits d'archives de journal télévisé d'époque, glissés dans les interstices de la narration), Lucas Bali-Balo va préférer se pencher sur la scission intérieure aux gredins, entre leurs agissements secrets, fantasmatiques, qu'ils croient ne concerner qu'eux, et la nécessité de renforcer une façade inoffensive lorsque la réalité de leurs actes les rattrape. Sa caméra les accompagne dans ces deux environnements, où on les voit se mouvoir avec grande ou petite aise, sans jamais vraiment comprendre ce qui les pousse.


Alex Descas incarne Pascal Lissouba, le candidat sudiste à la présidentielle du Congo Brazzaville, ici tout droit revenu de Harare avec quelques tubes des Bhundu Boys dans sa besace, qu'il entonne à la foule en délire. Gros habitué des congolais, l'Alex, puisqu'il incarnait déjà Mobutu dans le Lumumba de Raoul Peck.

Les deux premières heures, "Les rois du pétrole", racontent ainsi la mise en place progressive des commissions occultes et emplois fictifs, et l'accoutumance au mensonge avec aplomb et à la posture du bulldozer pour les magouilleurs, qui finissent par déblayer leur chemin à coups de pognon ou de menaces de mort (le président La Floche-Pringent va même jusqu'à menacer sa propre femme de mort). On suit cette évolution peinard, regardant les protagonistes évoluer tout badins, de bureaux blancs en salons de thé gabonais, tout en gardant comme contrepoint un côté didactique : Belvaux ne joue pas aux devinettes, il retrace clairement l'histoire et montre bien comment les patrons deviennent insensiblement et sans état d'âme des crapules irresponsables, s'estimant au-dessus de toute loi. Pas d'empathie ni de haine à leur égard, rien qu'une grande précision qui s'attache à contrer l'énormité de l'histoire et la sidération qu'elle pourrait susciter. Une précision telle qu'aucun des taulards ayant vu le film dans leur cabane ne se sont plaints d'avoir été faussement dépeints. Faut dire qu'on leur a coupé la langue à ces menteurs. N'était cette distance intègre donc, qui fait la spécificité de Luc À-vau-l'eau, on penserait pour un peu aux descriptions organiques de grands systèmes corrompus qu'a pu fabriquer Sidney Lumet pendant les années 70, tant les sourds complots sont exposés de manière limpide et implacable.


Ici les Aliens...

La deuxième partie du film, "Le Procès de l’affaire Elf", tâche d'en montrer le détricotage par la justice, et est un brin moins convaincante (pour cause un défaut dans l'écriture du rôle d'Eva Joly (interprétée par Will Ferrell, qui s'est cru sur le tournage de Elf), parfois trop peu vraisemblable). Elle montre toutefois parfaitement qu'une fois encastrés dans leurs mafieuseries, les rois du pétrole sont comme des huîtres accrochées à un rocher, indécrottables. Il y a également une satisfaction excitante à voir le personnage de la juge intègre se heurter à ces anguilles avec ténacité, et une frustration à la voir tant peiner pour les faire répondre de leurs actes. La frustration est d'autant plus amère que la juge Joly se voit très vite partie prenante de cet énorme traquenard, dès lors que l'approvisionnement de la France en pétrole par le roi du Gabon, Omar King of the Bongo Bong, est suspendu à sa décision de relâcher ou non un de ses inculpés. Ici Belvaux exerce sa maîtrise du polar pour tirer parti de la menace de représailles qui pèse sur Joly, et instaurer une belle tension autour de ce film de procès, une autre genre dans lequel excellait Lumet.


...et là les Predators !

Ce sont donc quatre heures fascinantes grâce à la question de la responsabilité que pose Muscat Blaireau, ou comment en se mentant à soi-même et en mettant de côté tout ce qui permet d'avoir une rencontre avec des personnes (ils semblent n'avoir un rapport au monde qu'en termes d'obstacles/d'outils), une demi-douzaine de lascars jouent un jeu luxueux qui provoque des guerres civiles au Congo Brazzaville, et chialent leurs mères au moment d'assumer. Fascinant aussi comme la pérennité de ces pratiques s'étale sur quinze ans dans une totale ignorance et impunité. Ça éberlue d'autant plus que cette affaire n'en finit pas de n'en plus finir : la condamnation a beau avoir eu lieu en 2003, ces gars-là courent toujours, sont déjà de retour à l'air libre et n'ont pour la plupart pas payé un dolz de leurs écrasantes amendes.

Alors bon, c'est un gros sujet, et l'aspect formel du film n'est pas toujours d'une virtuosité à la hauteur, c'est parfois pépère, du moins pour Belvaux dont on est habitué à du très bon. Mais il ne démérite pas, et c'était en même temps une gageure de rendre cette histoire prenante sur la durée, ce pour quoi il s'en tire de façon excellente ! En outre, son regard acéré donne à la fois un tableau riche et détaillé d'une histoire qui est considérée par tous comme un sac-de-nœuds, et un recul opportun pour méditer sur ces interactions humaines monstres.


Les Prédateurs de Lucas Belvaux avec Claude Brasseur, Philippe Nahon, Aladin Reibel et Nicole Garcia (2007)

4 avril 2014

MacGruber

Il faut rendre à César ce qui appartient à César, et César porte aussi le nom de Will Forte. On savait l'acteur, issu du SNL (pépinière de talents au même titre que La Beaujoire), capable d'illuminer l'arrière-plan d'une comédie de haute volée par ses saillies comiques au cordeau : on se souvient notamment de lui dans l'excellent Crazy Dad. On le sait maintenant, et rétroactivement, capable de porter sur son dos un film entier et de donner vie à un personnage principal mémorable, de ceux que l'on rêve aussitôt de retrouver dans des suites à n'en plus finir. MacGruber, qui s'inscrit pourtant dans une longue lignée de parodies des grandes figures de films d'action des années 80 (de MacGyver, évidemment, à Rambo), entre au panthéon de nos personnages comiques les plus chéris, aux côtés de certains protagonistes interprétés par Will Ferrell, Jim Carrey ou Adam Sandler (la sainte Trinidad et Tobago, Tobago étant donc Will Forte, si vous suivez).




Même s'il est le pilier de ce film réalisé par Jorma Taccone (également acteur, par exemple dans l'excellent Hot Rod), Will Forte a su s'entourer, et c'est la marque des plus grands. Il est ici épaulé par un Ryan Philippe sans tabou et sans fierté mal placée, ainsi que par Kristen Wiig, actrice rarement décevante et que l'on a déjà appréciée dans Mes Meilleures amies ou Walk Hard. A noter aussi la présence de Val Kilmer, qui se fait plaisir dans le rôle du méchant, et de Powers Boothe, trogne connue du cinéma des années 80, dans le rôle du colonel de service. Mais c'est bien Will Forte qui règne en maître sur le film et qui nous tire des larmes de rire sur un petit paquet de scènes, qu'il éclabousse de sa folie comique et de son talent d'acteur.




Qu'il chiale la mort de ses recrues, qu'il supplie qu'on lui pardonne ses erreurs en proposant toutes sortes de pratiques sexuelles répugnantes ou qu'il fasse l'amour, y compris à un fantôme, en poussant des cris d'ours enroué, dans tous les cas Will Forte crève l'écran et invente des scènes qu'on se repasse en boucle sans jamais se lasser. C'est typiquement le genre d'acteur dont on regarde les scènes coupées en se demandant où s'arrête le talent et où commence le génie, où se tient la frontière entre l'acteur et le personnage, et comment peut-on monter un film porté par un tel acteur sans le faire durer des heures et des heures, façon Béla Tarr, pour se marrer sans fin ?


MacGruber de Jorma Taccone avec Will Forte, Ryan Philippe, Kristen Wiig, Val Kilmer et Powers Boothe (2010)

28 mars 2014

La Vie rêvée de Walter Mitty

Après plus de quatre ans de blogging ciné on commence à avoir une petite expérience et à reconnaître de loin les critiques qu'on aura un mal fou à coucher sur papier glacé. Elles peuvent concerner des films qui nous ont touchés au plus profond, émus jusqu'aux tréfonds, ces films plus qu'aimés, ces moments charnières dans nos existences de cinéphiles, de Lady Chatterley à La Vie d'Adèle en passant par L’Épouvantail, qui a une résonance toute particulière dans notre parcours commun. Mais cela concerne aussi l'autre extrémité de la chaîne alimentaire du cinévore, ces films qui scient les jambes, qui lacèrent le cœur tout en nouant l'estomac et en prenant à la gorge, ces longs métrages qui nous font emmagasiner un trop plein de haine avec lequel on ne parvient à vivre qu'en optant pour le déni, pour le black-out volontaire. L'exemple-limite, jusqu'ici, c'est Inception. D'autres ont posé le même problème, comme Les Petits mouchoirs, qui nous a fait annuler quelques retrouvailles amicales, afin d'éviter que la simple question de le critiquer revienne sur la table pour la millième fois. Et puis un jour, on a trouvé l'angle... La vie rêvée de Walter Mitty rejoint aujourd'hui Les Petits Choirmous dans la catégorie de ces films épouvantables qui auraient pu rester intraités, être enfouis à tout jamais dans nos entrailles, nous remuer l'estomac jusque sur nos lits de morts (où nous nous voyons déjà levant une main tremblotante en murmurant "Caneeeeeet" dans un dernier râle, ou, pourquoi pas, "Stilleeeeeeer").




Mais contrairement à l'horreur de Canet, La Vie rêvée de Walter Mitty bénéficie malgré lui d'une critique à chaud. La réaction dans l'instant, au sortir de la projo, favorise l'expulsion de ces critiques plus qu'acerbes : écrire tout de suite, aussitôt sorti de l'enfer, du trauma, pour témoigner. Si on laisse passer cette impulsion, si on rate le coche dit de "l'éruption de haine", ça peut ne jamais revenir. C'est typiquement ce que nous avons eu la chance de faire pour Polisse, Dark Knight Rises ou Amour. A chaque fois, on est rentrés du ciné comme Taz le diable de Tasmanie, en mode toupie humaine. Incapables de pioncer, secoués de spasmes terrifiants, la tension grimpée à 12 (sachant que d'habitude on est réputés "calmes", nos tensions respectives voltigeant plutôt entre 2 et 3), nous n'avions pas d'autre choix que de pulvériser le clavier dans un torrent de mots peut-être mal fagotés mais salvateurs. Soyons honnêtes, il existe aussi des films qui longtemps après cette éruption vitale et douloureuse, cet accouchement par forceps, peuvent encore provoquer quelques répliques sismiques : des jours plus tard (et vaut mieux que ce soit le week-end quand on est salarié et qu'on a un "statut social"...), on se voit soudain propulsé hors de son lit comme par un défibrillateur invisible, et on constate que nos ongles ont poussé de six bons centimètres d'un coup, que nos poils ont doublé de volume et sont hérissés, tous nos nerfs sont contractés, notre mâchoire se met à tirer, sans oublier la grosse gaule nuptiale qui couronne le tout, le genre d'érection qui pourrait satisfaire un troupeau de brebis entier et qui fout mal à l'aise notre compagne ordinaire, réveillée en sursaut, et qui demande : "Mais qu'est-ce qui t'arrive aujourd'hui ? Tu m'avais caché ce truc. Pourquoi ça fume à ce point ?" Il faut aussi avouer qu'à chaque fois que cela nous est arrivé, nous avons découvert, en allant prendre l'air, poussés dehors par un réflexe animal, que c'était toujours des soirs de pleine lune. Du coup on est peut-être juste deux loup-garous.




Bref, revenons sur le cas Walter Mitty. Faire la liste des scènes qui nous donnent des envies de meurtres sauvages est impensable. On parle de ce genre de meurtres qui pourraient retourner le bide du plus rôdé des profilers à la retraite du FBI, confronté chaque jour de sa chienne de vie aux pires ordures de cette terre, obligé d'avouer devant notre forfait, en larmes : "Ça je l'avais peu vu ! Ce souci du détail-là, ce perfectionnisme dans la charcuterie fine, j'avais pas fait encore. Ces mecs ont dû jouer dix heures avec le cadavre, alors que la victime est forcément morte au bout de cinq minutes maxi vu la façon dont ils ont commencé leur affaire, vu comment ils ont entamé le dialogue..." C'est pile poil ce qu'on aimerait pouvoir faire dire à un type comme Fox Mulder, cet homme persuadé que la vie est ailleurs et qui s'est fait tatouer "Believe" sur la cheville (histoire que même en tongs aux Bahamas il puisse se rappeler que la vie n'est putain de pas que là), quand on endure les facéties d'un Ben Stiller en mode Zlatan mais sans jambes. Imaginez Francis Llacer qui la ramènerait comme Christiano Ronaldo. Stiller se filme pendant des heures sur un skate, à la Tony Hawk, les bras en croix, couché dans les virages sur une route norvégienne sinueuse, caressant l'asphalte la paume ouverte, le sourire jusqu'aux feuilles. Ou jouant au foot chez les Mongols, en compagnie d'un Sean Penn plus laid que jamais, fier de débiter le plus sérieusement du monde des répliques qui, placées dans la bouche de Will Ferrell, deviendraient des sommets d'humour, le tout sur fond de coucher de soleil tapageur et de chansons pop élégiaques qui donnent envie de maudire tous les autistes impliqués dans cette horreur filmique. Mais c'est bien Ben Stiller le coupable, lui dont le nom occupe seul l'affiche et dont la tronche imbitable sur-occupe chaque parcelle de plan de ce long métrage gerbant. Le pire est atteint quand l'un de ses vis-à-vis, un second rôle avec qui il dîne au resto après son retour du Pérou, l'un des pays où notre héros a "commencé à vivre" (...), lui avoue en pleine extase qu'il ressemble à un "Indiana Jones qui pourrait aussi être le chanteur des Strokes"… Ce spectacle laisse sans voix.




Cette publicité éhontée de soi-même rappelle les plus belles heures du règne de Staline, à ceci près que le veule Ben Stiller est son propre Mikhaïl Tchiaoureli. En bon opportuniste et en pure enflure, Stiller surfe sur la génération facebook qui aime à s'auto-congratuler, à résumer sa propre vie rêvée en quelques lignes indigentes griffonnées sur un carnet de chez Ben et soi-disant mignonnes à croquer, qui se régale de faire tourner ses petits films de voyages super cool tournés à la 1ère personne du singulier, de poster ses polaroids misérables témoignant de trips existentiels égoïstes à la mords-moi-le-noeud et prétendant que la vraie vie commence forcément sur une planche à roulette ou sous un parachute dans un pays étranger, cette génération friande d'égotrips risibles bâtis sur de fausses rencontres et composés de très gros zooms à la chaîne sur l'auteur fait sujet, prompt aux plus pathétiques autocélébrations. La Vie rêvée de Walter Mitty est peut-être le premier selfie de deux heures (une heure trois quarts en fait, on nous assène une fois de plus un générique de dingue qui dure bien ses dix minutes) avec des millions de dollars de budget. Au final, toutes ces aventures grotesques que vit le personnage ne l'amènent qu'à rentrer chez lui pour séduire enfin sa voisine de pallier, et heureusement, parce que sans ça on aurait vu Ben Stiller finir en ciseaux, en train de s'auto-pomper dans un finale rocambolesque et rebutant quoique parfaitement cohérent.




Quand le film se termine, phénomène étrange, on se surprend à faire défiler TumblR avec pour tag "Ben Stiller", zieutant des millions de photographies de ce zonard qu'on vient de subir la mort dans l'âme pendant deux plombes dans un authentique film de propagande mis en scène comme la dernière pub Google, donc en tous points ignoble. Et puis on finit par se rendre compte qu'on est en train de prendre un mauvais pli, et qu'on se met à méchamment ressembler à ces vigilantes dont la famille a été carbonisée par un taré et qui passent des jours entiers à regarder le visage de leur ennemi juré sur quelques clichés fatigués d'être manipulés, pour être sûrs de parfaitement photographier la tronche de l'enflure en question, histoire de pas le rater le jour où ça se présentera. On ferme lentement sa tablette dans un "clap" définitif, avec un nouveau but dans la vie, le regard dans le vide. On se rend compte alors que l'on distingue parfaitement tous les objets qui nous entourent alors qu'on est assis dans le noir complet, que l'on parvient à sentir la moindre odeur à plusieurs kilomètres à la ronde, et notamment celle du Kébab de la rue Saint-Jérôme qui nous a fait tant de "jours de foot", et que les poils sur notre torse ne forment plus un simple V bien taillé à la pince à épiler mais un putain d'abécédaire de Deleuze complet. Soudain la tête nous tourne, on perçoit un manque d'afflux sanguin en direction de notre cerveau, car la moitié au moins de notre sang est dirigée vers une zone plus basse de l'anatomie humaine, plus sensible, prête à réagir comme une soupape de cocotte minute. Encore un mauvais soir de pleine lune à passer...


La Vie rêvée de Walter Mitty de Ben Stiller, avec Ben Stiller, à la gloire de Ben Stiller (2014)

5 décembre 2013

Bachelorette

Cette comédie américaine a cela de méprisable qu'elle nous fait vaciller sur nos propres certitudes. Le film fait le portrait de trois jeunes femmes, des trentenaires bien d'aujourd'hui, réunies pour le mariage de leur amie commune. La future mariée (Rebel Wilson) a semble-t-il, c'est film qui le dit, le défaut ultime d'avoir moins de sex appeal que ses camarades, et d'être notamment en surpoids. D'où la rage qui naît chez les trois pimbèches chargées d'organiser la fête, jalouses, indignées, révulsées que la moins sexy des quatre soit la première à se caser. Kirsten Dunst joue la working girl overbookée apparemment à l'aise dans sa peau mais à deux doigts de la crise de nerf et terriblement solitaire. Lizzy Caplan interprète la brune dynamique et imprévisible, restée coincée sur un échec amoureux datant du lycée mais incapable de le reconnaître pour ne pas froisser son amour propre. Et enfin Isla Fisher incarne la demeurée de la bande, hystérique nymphomane, suiveuse naïve et délurée qui multiplie les bourdes et les conquêtes pour faire illusion, quitte à sombrer dans une attitude autodestructrice qui l'empêche de voir le bonheur lorsqu'il se présente. Le scénario a l'air plutôt finaud dit comme ça, mais gardez à l'esprit qu'on veut seulement bien dépeindre ces trois personnages et que si un jour Leslye Headland, la réalisatrice et scénariste du film, lisait ces lignes, elle serait elle-même sur le cul, car à l'image vous ne trouverez que trois connasses rivalisant de connerie et impliquées dans une suite de péripéties minables au sein d'un film irritant, sans rythme, sans humour et sans intérêt.




Et pourtant ce triste film nous a bousculés dans nos convictions. D'abord concernant Kirsten Dunst, que nous respections jadis. Cette jeune femme de notre génération a réussi, joué dans quelques films intéressants, fait preuve d'intelligence dans ses choix (elle n'a jamais tourné avec Tarantino), mais elle se ridiculise ici et s'avère incapable de faire sourire son public. Ensuite, et surtout, ce pauvre film a questionné notre propre éthique et notre rapport aux femmes. Le spectateur mâle de cette daube peut finir par s'interroger sur lui-même et s'auto-soupçonner de misogynie si dès le départ, comme nous, il prend en grippe les trois énergumènes épuisantes qui s'agitent à l'écran, et se trouve surpris par une envie de tout casser devant leurs facéties régressives ô combien vulgaires. La pire, dans la course à la grossièreté, étant Lizzy Caplan, qui sort des insanités à intervalles réguliers et finit par créer un malaise palpable. Force est alors de constater qu'on ne supporte pas de voir et d'entendre ces grasseries à longueur de scènes, alors qu'on adore l'immaturité et le langage châtié des personnages incarnés ici ou là par Will Ferrell, John C. Reilly, Adam Sandler, Andy Samberg, Will Forte ou d'autres. Pourquoi rions-nous chez ces messieurs, et pourquoi pleurons-nous chez ces dames ? Au-delà du monde d'humour qui sépare un film comme Bachelorette de films comme Step Brothers, Crazy Dad, Hot Rod, ou MacGruber, ne serait-ce que sur papier, c'est-à-dire avant qu'un homme ou une femme n'interprète les dialogues et les situations en question, au-delà aussi d'un certain talent de comédien essentiel à la comédie (qui pourrait décemment comparer Will Ferrell et Lizzy Caplan ?), on en vient à se demander si une petite pointe de misogynie ne s'en mêlerait pas dès lors que nous ne tolérons pas la vulgarité crasse de ces demoiselles quand nous en redemandons à ces messieurs.




Sauf qu'il se trouve que nous sommes d'authentiques fans de la dénommée Melissa McCarthy qui, dans le registre de l'humour qui tache se place là. L'actrice n'a pas son pareil dans le domaine de l'obscénité débitée sur un flow presque incontinent. Vous nous direz peut-être, et nous y avons nous-mêmes pensé, que, dans notre prétendue misogynie, nous acceptons d'une femme moins immédiatement sexy ce que nous refusons chez des jeunes premières qui correspondent aux standards de beauté des podiums hollywoodiens (Dunst, Caplan, Fischer y correspondent toutes plus ou moins). Mais le fait est que nous rions aussi, quand elle nous y aide un brin, aux facéties de Kristen Wiig (dans Mes Meilleures amies, d'ailleurs aux côtés de Melissa McCarthy, ou dans Walk Hard), comme nous rions des pitreries de Sandra Bullock, actrice hollywoodienne-type (au même titre que Kirsten Dunst), qui a maintes fois élargi son registre à la comédie, souvent pour le pire, parfois pour le meilleur, comme dans Les Flingueuses, en side-kick de la sus-nommée Melissa McCarthy.




En définitive, le vrai problème d'un film comme Bachelorette n'est donc pas notre redoutée misogynie mais bien, d'une part, sa médiocrité (le film n'est jamais drôle), et, d'autre part, ses personnages, qui ne sont rien d'autre que trois parfaites ordures. Le film oublie, avouez que c'est dommage, de nous rendre son trio de trentenaires attachant. Bachelorette veut s'inscrire dans la mouvance du très médiocre Very Bad Trip en tournant le scénario au féminin, sauf que ce film modèle, si imparfait soit-il, pense à ne pas détester ses personnages et présente trois individus très différents mais pas forcément détestables. Si l'on aime certains personnages d'adolescents attardés, de machos débiles, de sales gosses, de prétentieux narcissiques, de grands naïfs ou de désespérés sentimentaux incarnés par Will Ferrell, Steve Carell, Zach Galifianakis, Adam Sandler, Will Forte, Will Arnett ou Jim Carrey, c'est parce qu'ils sont d'abord attachants, sympathiques, aimables et un peu humains. Impossible de rire avec les trois héroïnes infectes de Bachelorette, qui passent le film à mépriser leur amie obèse, à la jalouser, à ruiner consciencieusement son mariage et à sortir des horreurs sur elle sans discontinuer. On s'attendrait à ce que cette attitude ne soit que le point de départ de l'histoire, menant à un rachat quasi immédiat afin que les personnages récupèrent vite notre empathie, mais les trois débiles hautaines et méprisantes du départ sont toujours aussi pourries à la fin, et l'on se demande encore comment des auteurs de comédies (Apatow tombe aussi très souvent dans ce travers, par exemple avec le récent 40 ans mode d'emploi - et la France n'est pas de reste, de l'horrible Le Prénom à la série Platane d'Eric Judor) peuvent espérer nous captiver et nous donner envie de rire à gorge déployée en déployant sous nos yeux, et pendant des heures, une ribambelle de connards et de connasses imbuvables. C'est un peu comme aller à un one man show de Nicolas Bedos. Comment rire ?


Bachelorette de Leslye Headland avec Kirsten Dunst, Lizzy Caplan, Isla Fisher et Rebel Wilson (2012)

7 octobre 2013

Les Flingueuses

On lui devait déjà les meilleurs moments de Mes Meilleures amies et d'Arnaque à la carte, ainsi que les seules éclaircies des pénibles 40 ans : mode d'emploi et Very Bad Trip 3. L'actrice Melissa McCarthy revient dans un rôle enfin à sa démesure avec Les Flingueuses, partageant cette fois-ci l'affiche aux côtés de Sandra Bullock. Les Flingueuses est un buddy movie au féminin où les deux actrices incarnent un duo de flics que tout oppose, amenés à devoir collaborer pour résoudre une sombre affaire de trafic de drogue dont l'intérêt est, bien sûr, tout à fait secondaire. On mate ça pour se marrer et il faut dire qu'on n'est pas déçu ! Melissa McCarthy est incontestablement la grande force comique du film. Si vous aimez l'humour corrosif de cette imprévisible boule de nerfs à l'abattage exceptionnel, vous serez aux anges. Elle ne s'arrête jamais. Son langage est toujours aussi fleuri et son aisance à débiter vulgarités et autres injures très imagées fait encore des ravages. Son aplomb et son sérieux, systématiquement au beau fixe durant les scènes les plus absurdes, sont irrésistibles. C'est un véritable festival, qui nous confirme que l'on tient là une actrice comique très douée. On a évidemment très hâte de la revoir dans d'autres films... et peut-être d'autres registres comiques, car elle pourra ici très vite se mettre à dos ceux goûtant peu cet humour-là. J'en suis personnellement très client, j'avoue, alors je ne suis pas près de m'en lasser !




Heureuse surprise, le duo qu'elle forme avec Sandra Bullock fonctionne parfaitement. Sandra Bullock prend un plaisir communicatif à incarner une agente du FBI complètement coincée, ne cherchant qu'à grimper les échelons du Bureau au prix d'une vie privée totalement misérable dont sa comparse la plaint d'ailleurs exagérément lors d'une des meilleures scènes du film. Elle se tire donc avec les honneurs de cet exercice périlleux, où elle aurait pu être totalement éclipsée par son explosive collègue. Elle aussi parvient à provoquer quelques éclats de rire, bien qu'il ne s'agisse nullement d'un show où chacune jouerait son petit numéro à tour de rôle. Car les actrices se mettent réciproquement en valeur, se renvoient idéalement la balle, l'humour naît la plupart du temps de leurs interactions, de leurs agissements conjugués. Le décalage sexuel qui sépare leurs personnages est, par exemple, aussi simple que bien vu : la croqueuse d'homme n'est pas Sandra Bullock, au sex-appeal pourtant toujours intact, mais bien la ventripotente Melissa McCarthy, et cela offre quelques bons moments ! On pense aussi à cette chouette scène dans les toilettes d'une boîte de nuit, où Melissa McCarthy transforme le tailleur trop strict de son acolyte en une tenue plus sexy, beaucoup mieux appropriée à la situation.




Les Flingueuses dure deux plombes mais passe très vite et perd rarement son souffle, malgré un dernier quart d'heure peut-être moins inspiré, ce qui est souvent inévitable dans ce genre de films, l'intrigue sous-jacente devant bien trouver une résolution. Paul Feig, également réalisateur de Mes Meilleurs amies, reprend le schéma très classique du buddy movie, avec ces deux personnages incompatibles condamnés à devenir inséparables, mais il parvient à ne pas lasser : on joue le jeu sans problème, assistant avec plaisir à l'évolution des rapports entre les protagonistes. Autre bon point, le film n'est pas parasité par des scènes d'action trop longues et embarrassantes, à la différence, par exemple, de Very Bad Cops, où l'humour du génial Will Ferrell était trop étouffé sous les apparats du cinéma d'action à grand spectacle. Dans le même esprit, on ne retrouve nullement de sous-intrigue sentimentale trop encombrante, alors que le terrain était pourtant très propice. Enfin, Les Flingueuses n'est pas un fatiguant défilé de guest stars et ne nous noie pas sous un déluge de références bon marché pour flatter notre culture gé' à péremption rapide. Dans le contexte actuel de la comédie américaine, cela fait un bien fou. J'attends à présent la suite des aventures du duo McCarthy/Bullock. Étant donné les chiffres énormes réalisés au box office US, ça ne devrait pas louper !


Les Flingueuses de Paul Feig avec Melissa McCarthy, Sandra Bullock, Demian Bichir et Marlon Wayans (2013)

9 septembre 2013

Pain & Gain

Avec seulement 20 millions de dollars en poche, Michael Bay s'essaie au film d'auteur indépendant d'art et essai underground. Ses acteurs, très impliqués dans le projet, ont accepté un paycheck anormalement maigre, à commencer par Marky Mark Wahlberg, dont l'amitié avec Michael Bay est telle qu'il est déjà annoncé dans les prochains Transformers. L'acteur semble se faire un malin plaisir à malmener le cinéphile qui a reconnu quelque chose en lui et qui cherche à le cerner depuis maintenant près de vingt ans, ce cinéphile qui l'a croisé dans quelques bons films, notamment chez James Gray, James Gray qui a dit un jour que l'acteur était d'une intelligence supérieure et que l'on n'avait pas fini de découvrir toutes les facettes de son talent. Ce même cinéphile qui pleure en suivant le fil RSS consacré à la star bodybuildée, jamais lassée d'enchaîner les projets testostéronés avares en propositions de cinéma tels que le Pain & Gain dont il est ici question. Wahlberg et The Rock y incarnent deux abrutis obnubilés par le sempiternel "rêve américain" et bien décidés à le vivre de toutes les façons possibles. Et Michael Bay, pas plus malin que ses personnages, se plaît à nous rappeler, à chaque nouvel épisode plus débile que le précédent des aventures de Tête de nœud et Tronche de con, que tout cela est tiré d'une histoire vraie. Rappelez-vous que le cinéaste avait voulu utiliser la même technique de persuasion dans Bad Boys 2 et dans Transformers 3, jusqu'à ce que son ami et tuteur Jerry Bruckheimer lui dise : "Là ça ne passera pas, y'a que toi qui y crois".




Le film durant 2h20 (rassurez-vous il y a 20 minutes de générique de fin, nouvelle tendance du cinéma de merde hollywoodien, Star Trek Into Darkness est un autre exemple), on pense d'abord avoir affaire à ce qu'on peut typiquement appeler un "plaisir coupable", volontairement régressif et bête, où les acteurs s'en donnent à cœur joie. En ce sens, Mark Wahlberg confirme son aisance dans le registre comique après Very Bad Cops, et montre qu'il est capable d'asséner avec le plus grand sérieux du monde des répliques d'une débilité achevée. Il faut aussi reconnaître quelques lueurs de génie à The Rock (qui avait justement côtoyé Wahlberg sur le tournage de Very Bad Cops, où il n'était pas le dernier à donner dans l'autodérision de bon aloi), permettant de pouffer une fois ou deux. On aimerait voir ces acteurs dans une vraie comédie (sauf si c'est pour subir Ted 2, le premier, à pleurer, étant bien loin de la folie comique de Will Ferrell), car le film de Bay se révèle vite tourner en rond (à l'image de ces travellings circulaires, seul outil de la grammaire cinématographique maîtrisé par Bay, qui en use et en abuse), et se contente de montrer des débiles de façon débile, avec à la clé quelques effets de manche bien pitoyables baignés par des voix-off incessantes. On s'ennuie ferme devant ce chapelet de connards imbuvables, pourtant presque attachants au départ, et on mate sa montre en attendant que ça passe, tristes de croiser Ed Harris dans un tel taudis, un merdier de film dont on n'a aucune envie de gratter le fond d'idéologie rance et gerbante (car étant donné la manière qu'a Michael Bay de dépeindre les femmes, les juifs et les homosexuels, on se dit qu'on ne l'inviterait pas à dîner tous les dimanches, parce qu'il ferait sacrément la paire avec tonton Scefo le gros facho). On imagine très bien ce film trôner fièrement au sein du top 2013 de Quentin Tarantino aux côtés de Pacific Rim, Young Adult, Django Unchained, The Bling Ring, Hobbo with a Shotgun et quelques autres merdes.


Pain & Gain de Michael Bay avec Marc Wahlberg et The Rock (2013)

13 mars 2013

40 ans : Mode d'emploi

La petite vie de Judd Apatow, acte IV. En 2005, Apatow nous avouait sans la moindre honte qu'à 40 ans, il n'avait pas encore vu ni touché le loup. Deux ans plus tard, il se servait d'un film pour annoncer à sa femme qu'il l'avait mise enceinte et en profitait pour nous partager ses craintes sur la gestation et sa future paternité. En 2009, avec une régularité de métronome, Apatow interrogeait le public sur son incapacité à faire rire, via Funny People, une thérapie à 75 millions de dollars, un film lucide qui lui a sûrement fait du bien, et c'est tant mieux pour lui. On attendait tous un film en 2011, mais c'était sans compter sur l'échec monumental de Funny People, qui a eu l'heureux effet de ralentir les velléités d'Apatow metteur en scène. Un mogul des studios lui aurait déclaré "Tu peux filmer ça" en lui pointant son majeur. Apatow, dont la carrière en tant que producteur avait été couverte de succès dans les années 2000, se retrouvait en plein doute en tant qu'auteur. Qu'allait-il faire ensuite ?




Apatow, c'est un peu comme Microsoft avec les claviers et les souris, s'il n'était que producteur, on le respecterait pour son travail. Ceci dit, rappelons tout de même qu'Apatow a aussi produit un sacré tas de merdes. Mais il a participé à Anchorman, Ricky Bobby, Walk Hard, Step Brothers, bref, autant de films qui permettent de lui pardonner pas mal d'écarts de conduite. Reconnu comme un auteur crucial du cinéma américain des années 2000 par certains critiques qui sont définitivement trop à la recherche de la nouvelle star, souvent considéré comme l'étendard du renouveau de la comédie US par les cinéphiles en manque de guides, il est nécessaire de rappeler l'indigence du cinéma personnel d'Apatow, particulièrement frappant dans son dernier opus. Cet homme est décidément bien plus doué quand il s'agit simplement de placer ses billes dans les oeuvres drolatiques portées par de vrais génies du rire, à commencer par Will Ferrell, tout en s'écartant au maximum du travail créatif. 




Un film comme 40 ans : Mode d'emploi est pourtant encore l'occasion de constater qu'Apatow a des thèmes, des problématiques clairement identifiables, autour desquels il tourne, en rond, depuis maintenant des années, dans un circuit fermé parfaitement cohérent qui dégage une vieille odeur de pieds sales. Car il faut voir à quel point tout ça est creux, sonne faux et, accessoirement, est toujours terriblement laid à regarder. Son nouveau film fait presque mal aux yeux. Et comme c'est long, comme c'est bête, comme c'est naze... Le titre français est méprisable mais pleinement mérité. On prend en pleine poire ses petits tracas de quarantenaire détestable, soucieux d'être encore au top sexuellement, de gagner un tas de fric pour remplir sa grosse berline BMW, de pas trop se faire bouffer par ses gosses. En outre, en engageant sa femme dans le premier rôle et ses deux filles pour des rôles également importants, Judd Apatow ne fait que rendre son petit film encore plus insupportablement égocentrique, plus recroquevillé sur lui-même que jamais. Il passe encore 2h20 à nous montrer son nombril en s'imaginant que celui-ci est infiniment drôle et intéressant à regarder.




Leslie Mann, sa femme, n'a pas l'étoffe d'un premier rôle. Triste fantôme qui traverse les comédies américaines depuis des années, ce n'est certainement pas un hasard si seul son époux a la gentillesse de l'embaucher pour la hisser enfin en tête d'affiche. Son visage trop fade, ses expressions toutes faites sorties des plus vilaines sitcoms et son manque absolu de charme en font une actrice totalement incapable de captiver son audimat. Apatow a beau la filmer sous tous les angles, nous dévoiler son anatomie jusque dans les moindres recoins, jusqu'au bout des tétons, ça ne marche pas, rien n'y fait. Elle exaspère. Apatow la met dans les situations sexuelles les plus suggestives, en la faisant par exemple réaliser une fellation soudaine et bienvenue à son mari qui n'en demandait pas tant, cela nous fait le même effet que de savoir avec qui couche NKM. Jusqu'au générique de fin, la souffrance de la voir presque de tous les plans est telle qu'on espère voir débarquer une vraie actrice, capable de faire rire et d'émouvoir, pour la remplacer et la bouter définitivement hors champ. En vain. A côté de ça, on doit plutôt supporter une Megan Fox qui passe pour LA bonnasse ultime, regardée par tous et toutes avec envie. Hé ben...




Face à Leslie Mann, on retrouve un habitué : le si pâle Paul Rudd, qui joue donc un ersatz de Judd Apatow. On apprécie Paul Rudd pour son rôle dans Anchorman. Avouons qu'il a une tête sympathique et qu'on aurait sans doute envie de taper la discussion avec lui si on le croisait. Mais reconnaissons aussi qu'il n'a pas du tout les épaules assez larges pour camper le rôle principal d'une "comédie" de 2h20 (avec les films signés Apatow, j'hésite toujours à appeler ça des comédies tant les rires sont rares au profit d'une psychanalyse de trottoir). Paul Rudd est ici traîné dans la boue dans des situations grotesques et embarrassantes : quid de cette scène où, les quatre fers en l'air, dépourvu du moindre slip, l'intimité réduite à néant, il demande sans ambages à Leslie Mann de lui inspecter le trou de balle ? L'acteur n'arrive pas à rendre son personnage attachant et, pire encore, ne sort jamais grandit de telles situations, qu'il échoue systématiquement à rendre un tant soit peu amusantes. Il semble subir le film et être la marionnette pathétique de son ami réalisateur. Quand il lâche une série de pets sur le lit conjugal au visage de sa femme, on éprouve quasiment de la pitié pour lui. On aime la loyauté de l'acteur envers son pote réalisateur, beaucoup d'autres auraient refusé de participer à une telle mascarade, mais après un tel film, on ne peut s'empêcher d'avoir une idée encore plus cruelle du talent réel de Paul Rudd. Vivement Anchorman 2 pour qu'il puisse revenir au niveau d'estime que nous lui portions.




Les rares scènes ou moments drôles sont entièrement dus à des acteurs en roue libre, au pouvoir comique réel, mais cantonnés à des rôles toujours très secondaires, décoratifs. On est ainsi ravis de retrouver la fameuse "grosse de Mes Meilleures Amies" qui agit ici telle de la dynamite dans un ensemble d'une extrême fadeur. Melissa McCarthy a deux scènes seulement, les deux meilleures du film, de loin. L'actrice, une petite boule de haine intenable, y laisse complètement aller son talent nerveux pour l'improvisation comique. On aurait aimé que cela dure plus longtemps. L'une de ces scènes est d'ailleurs si supérieure au reste qu'on en retrouve les rushs au générique final, terrible aveu final de lucidité de la part d'Apatow, conscient qu'il tient là le seul moment réellement poilant. Albert Brooks, le vilain de Drive, surprend quant à lui dans le rôle d'un père totalement irresponsable, un personnage aux répliques souvent inattendues et toujours placées avec tact, avec le sérieux et la conviction qui caractérisent les plus grands malades. L'acteur nous rappelle qu'il a commencé par le stand-up avant de finir poignardé sur un parking. On peut hélas regretter que son personnage soit justement réduit à ces petites répliques, et qu'il n'ait même pas une scène pour nous combler et nous faire pleinement goûter sa verve comique toujours vivace, dont il ne peut que donner des aperçus assez frustrants. Notons toutefois que cet acteur est un véritable moteur diesel qui part très doucement, de manière assez laborieuse, pour finir littéralement en roue libre, au meilleur de sa forme.


 

Inutile d'aborder le sujet même du film, c'est-à-dire la crise existentielle de la quarantaine selon Docteur Apatow. C'est à peu près aussi profond qu'une émission télévisée présentée par Arthur. Si des gens se reconnaissent là-dedans et sont touchés par les états d'âme dépeints par Apatow et exprimés à travers ses personnages lamentables, j'ai simplement beaucoup de peine pour eux. Son film rappelle voire martèle la tagline ridicule de la série Cougar Town dans laquelle Courteney Cox essaye péniblement de trouver une nouvelle jeunesse : "40 is the new 20". 40 ans : Mode d'emploi ne donne pas envie d'atteindre les 40 ans, il donne simplement envie de rien. Il fait partie de ces films, parmi les plus déprimants, qui nous abandonnent plein d'idées noires et avec une piètre opinion de l'être humain dans sa globalité. Je suis mort quatre fois en matant ce film. Une fois toutes les 30 minutes.


40 ans : Mode d'emploi de Judd Apatow avec Leslie Mann, Paul Rudd, Albert Brooks, Jason Segel, Megan Fox, Maude Apatow et Iris Apatow (2013)