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28 février 2019

Apprentis parents

J'ai déjà passé un article entier à m'interroger sur le cas Mark Wahlberg. Tant pis, je vais en consacrer un deuxième. Il me fascine... Rappelons que cet homme-là a été révélé par Paul Thomas Anderson, grâce à son rôle dans Boogie Nights. Quelques années plus tard, il travaillait avec un très louable sérieux devant la caméra inspirée de James Gray (The Yards), un grand cinéaste qui ne tarit pas d'éloges sur l'acteur, le présentant même comme l'un des plus talentueux de sa génération et le rembauchant ensuite pour La Nuit nous appartient. Depuis, celui que l'on surnommait jadis affectueusement "Marky Mark" a choisi son camp et cela semble définitif. Il n'y a qu'à jeter un œil sur sa filmographie, ces dix dernières années. Malgré une courte passade avec Will Ferrell, qui correspond cependant à la chute de ce dernier dans les limbes de la comédie familiale inoffensive et jamais drôle, Mark Wahlberg se donne désormais trois possibilités : jouer au héros chez son grand copain Peter Berg, avec lequel il doit partager les opinions rétrogrades, dans des films de guerre ou des thrillers patriotiques aux relents nauséabonds, faire mumuse devant de gigantesques écrans verts et les yeux explosés de cette andouille de Michael Bay pour les pires blockbusters actuels (Transformers 4 et 5 and counting), ou retourner incarner le papa modèle dans ces comédies familiales sans saveur précitées. L'infect Apprentis parents correspond évidemment à la troisième catégorie.




Le triste couple de quadras égocentriques que Mark Wahlberg forme avec une lamentable Rose Byrne se découvre un beau jour l'envie soudaine d'adopter des enfants. Pourquoi ? Parce que leur famille les met au défi de s'occuper de gamins, sous-entendant qu'ils en sont incapables, et que les petits candidats à l'adoption sont vraiment trotrop mignons sur les photos du site internet, au point de faire pleurer les futurs parents. Ni une ni deux, Byrne et Wahlberg se retrouvent à la tête d'une petite famille constituée de trois frères et sœur chicanos (plus exactement : le stéréotype d'une ado rebelle de 16 ans aux hormones en ébullition, un garçon aussi couillon que maladroit tout juste utile à une paire de gags faciles et une gamine à occire qui hurle à la moindre contrariété ; bref, que du bonheur !). Devant cette succession à un rythme infernal de courtes scènes putrides cherchant par la force à mêler le rire aux larmes, et n'obtenant que des soupirs d'exaspération, nous ne sommes obnubilés que par une chose. Ou plutôt deux : les épaules de Mark Wahlberg. Ses deltoïdes hypertrophiés ! Toutes ces séances de muscu pour ses rôles chez Peter Berg ou Michael Bay font un peu tâche dans une telle comédie familiale. Le mec est taillé comme un char d'assaut, il met tous ses fringues à rude épreuve. Sa tête paraît encore plus petite au-dessus de cette masse hideuse acquise à la sueur de ce front qu'il a si mince. Elle trône à peine sur cet amoncellement de chair surgonflée et débile, produisant un effet désastreux qui contribue beaucoup à la piètre allure de l'acteur, à son ridicule désarmant. Un air de demeuré complet qui nous permet, en fin de compte, de mieux comprendre ces terribles choix de carrière. 


Apprentis parents (Instant family) de Sean Anders avec Mark Wahlberg et Rose Byrne (2019)

7 septembre 2014

Nos Pires Voisins

Cet article sera une charge contre Seth Rogen. Comment imaginer qu'on puisse mettre en couple Seth Rogen et Rose Byrne ? Le pire de l'homme et le meilleur de la femme, bien qu'ils aient un point commun : ils sont piètre acteurs tous les deux. Dans la vie réelle, il faudrait une série incalculable de malentendus et de quiproquos pour qu'un mec comme Seth Rogen et une meuf comme Rose Byrne parviennent à un coït avec assentiment mutuel. De là à faire un bébé... C'est de la science-fiction. Ce film peut être classé dans la catégorie Folio SF, entre le Cycle de Fondation et celui des Princes D'Ambre. Seth Rogen n'est pas tout à fait humain. On dirait le résultat d'une expérience scientifique ratée au cours de laquelle on aurait voulu croiser un cochon, un ours et les restes de Toumaï, le plus vieil être humain découvert qui s'avère, d'après les dernières analyses, avoir de nombreux chromosomes en trop. Cela fait quelques années que Seth Rogen hante le cinéma entre guillemets "comique" américain et certaines personnes n'ayant pas froid aux yeux lui ont même permis de réaliser un film. Dans cas-là, la seule question est "Pourquoi ?".




Les rares films que j'ai supporté de voir jusqu'au bout avec le nom de Seth Rogen au générique m'ont permis de l'admirer sous toutes les coutures. Ses poils de culs filasses restent gravés sur ma rétine. Le pire chez cet homme est peut-être son dos. Normalement, un dos est quelque chose de plutôt simple et esthétique... Il faut noter aussi que Seth Rogen a tendance à vomir dans chacun de ses films. Il a essayé de se rendre beau : il lui a été conseillé de perdre du poids. Mais ce régime a rendu sa mâchoire et son nez encore plus proéminents, faisant rapprocher sa gueule de celle d'un animal sauvage. Si on mettait des lunettes à un babouin, il aurait plus de classe que Seth Rogen. A chaque fois que je vois cet acteur, je retrouve la même sensation éprouvée lors de ma rencontre avec un véritable freak, à l'université, qui avait décidé de me montrer des photos dites sensationnelles sur son ordi : étalage de tumeurs diverses et variées ainsi que des actes sexuelles entre humains et animaux. Quand je vois Seth Rogen, j'ai ce même dégoût. Mais au moins, cet ancien camarade de classe a pris du plaisir à rechercher ces photos, ces vidéos et à les collectionner. Alors que les parents de Seth Rogen ont d'abord pensé à une blague faite par les sages-femmes, sachant qu'il est né un 1er avril, ça se tenait. Seth Rogen est à l'être humain ce que le Freeway Cola est au Coca-Cola. C'est à dire que c'en est pas un sauf que l'emballage y correspond grossièrement.




Nos pires voisins est la comédie de l'été aux États-Unis. 18 millions de dollars de budget, 150 millions de recette au box office. Le jackpot. Après avoir vu le premier quart d'heure et éteint ma télé en lançant rageusement ma télécommande sur l'écran, je me suis demandé comment c'était possible qu'autant de gens aient pu aller voir une telle merde. Vu que Seth Rogen n'en est pas à son premier méfait (les gens sont prévenus), on peut penser que la variable Zac Efron explique l'intérêt qu'a suscité ce film outre-Atlantique. N'en ayant pas vu assez pour vous parler de Zac Efron, je m'arrêterai là à son sujet. Le garçon a la tête d'un enfant prépubère mais les épaules d'Hercule, il paraît que ça plait aux filles. Tant mieux. Avec ce film, on pose à peine le cul sur son fauteuil qu'on est embarqués dans la spirale de la débauche et de la décadence telle que les jeunes américains la kiffent (Projet X, le phénomène Spring Break, MTV, Nicky Minaj, mélange de cannabis et d'alcool, schizophrénie, piscine avec maillot de bain facultatif, trous noirs, gros gobelets rouges d'un litre rempli de substances nocives pour la mémoire, maison dévastée, démissions parentales...).




Seth Rogen et Rose Byrne finissent par se lier d'amitié avec leur voisin, qui n'est pas l'ado décérébré que l'on imaginait au départ. Tout le quartier accepte enfin cette bande de jeunes fêtards qui met un peu d'ambiance dans une zone urbaine frappée de plein fouet par la crise des subprimes. Zac Efron propose à tous ses voisins de leur tondre la pelouse gratuitement et de leur faire les menus travaux de manutention dont ils ont besoin comme remplacer une tuile sur le toit, nettoyer les gouttières, sortir les chiens, regonfler les chats des enfants, retrouver les vélos perdus, scier la branche morte du pommier... Il devient l'homme à tout faire du quartier et probablement l'être le plus aimé de la ville. Pendant ce temps, Seth Rogen et Rose Byrne voient leur petite fille Stella grandir et devenir une catin. Rose Byrne ouvre enfin les yeux et se rend compte qu'il existe probablement 3 milliards d'hommes plus beaux et plus intelligents que Seth Rogen sur cette planète. Son choix est donc rapidement fait : elle emménage chez un voisin doté d'un long sexe lisse. Seth Rogen (quel nom de merde !), malheureux, prend sa bagnole et décide de traverser l'Amérique d'Est en Ouest, puis d'Ouest en Est. Il fait appel au meilleur chirurgien du Brésil pour le faire changer de genre, mais celui-ci refuse car il lui dit qu'il n'y a aucun espoir. Rogen part donc s'exiler dans les Rocheuses et trouve une grotte dans laquelle habiter. Parfois, les gens entendent des hurlements au loin. Il est surnommé "le Bigfoot". 

La seule fois où j'ai bien aimé Seth Rogen, c'est quand John C. Reilly va péter dans son bureau. 


Nos Pires voisins de Nicholas Stoller avec Seth Rogen, Rose Byrne et Zac Efron (2014)

24 juillet 2013

Prédictions

De la bombe. Ce film, c'est de la bombe de balle. Quel soulagement quand on a su qu'Alex Proyas, le réalisateur, n'était pas français... Au large les contagieux ! Alex Proyas, après The Crow (où il a tout de même tué Brandon Lee, le fils de Bruce Lee, d'une balle "perdue") et Dark City (où tous les acteurs portaient un pare-balle !), Alex Proyas donc, jusqu'en 2004, date à laquelle il commit I, Robot, passait pour le nouveau Méliès, et pourtant... Avec Prédictions ("Knowing" en VO, soit littéralement "Sachant" en VF), le réalisateur hollywoodien a définitivement enterré les maigres espoirs placés sur lui. On s'en souvient davantage comme d'un film DE Nicolas Cage, tant la folie de l'acteur, ses facéties, son laisser-aller, sa liberté, en un mot son grain de génie, font de ce film une vraie pépite comique, qui ressemble finalement à tous les autres Nicolas Cage de la période mais les dépasse par un surplus d'humour et un scénario qui ne laisse pas un moment de répit à l'acteur, à son personnage et au spectateur médusé par un tel concours de connerie.




Le scénario de ce film ? Un truc de dingue mêlant extra-terrestres, attentats terroristes, catastrophes naturelles, enfants maléfiques, feutres velleda et alcool à 90°. L'idée c'est qu'une gamine à qui l'on a demandé dans les années 50 de faire un dessin représentant le futur tel qu'elle se l'imaginait s'est mise à écrire compulsivement une série de chiffres sans fin, au point de ne terminer son office qu'une fois le crayon totalement épuisé et ses doigts bouffés jusqu'à l'os. Des années plus tard la liste atterrit sur le comptoir d'un bar et sert de sous-verre à la chope de bière blonde d'un Nicolas Cage aux abois. L'effet loupe du cul de bouteille de bière grossit cent fois une paire de chiffres : 09/11 (en français : 11 septembre 2001). Après une nuit d'une semaine passée dans son garage devant son tableau blanc à analyser tous les autres chiffres de la liste en les recopiant un par un et en les entourant de toutes les couleurs, Cage arrive à piger qu'ils indiquent les dates, les localisations et le nombre de victimes des plus grandes catastrophes humaines de l'histoire du monde. La série de chiffres tient grosso modo sur une très grande feuille A4, ce qui fait dire à Nicolas Cage : "On s'en tire pas trop mal !", réplique étonnante appuyée par un regard-caméra franc et massif. Mais notre homme va quand même lâcher sa bouteille deux minutes pour aller empêcher tous les futurs cataclysmes, ce qui lui vaudra très vite le surnom de "tronche de con" (aucun rapport avec sa nouvelle activité, il trimballe juste en effet une sacrée caillasse de con).




Il faut voir Nicolas Cage quand il découvre le pot aux roses de ce sacré bout de papelard. L'acteur n'a jamais aussi bien joué la stupéfaction, et aucun autre ne lui arrive désormais à la cheville dans ce domaine. Quand, après avoir étudié la longitude et la latitude données par le saint suaire de la petite fille du début du film, Nick Cage se rend sur les lieux du prochain grand drame américain (car tous les malheurs du monde sont des malheurs exclusivement américains d'après ce film réalisé par un australien dépourvu d'identité et d'amour propre), on le voit sauter de joie au milieu d'un horrible crash d'avion, éructant d'abord de bonheur devant la boule de feu volante prête à s'écraser sous ses yeux puis remerciant Dieu d'avoir confirmé ses hypothèses en pataugeant dans une marre de kérosène jonchée de toute une foule de corps calcinés. Performance. Il faut le voir aussi répondre à ses étudiants, car il incarne un prof de fac aux méthodes appréciables mais peu académiques, quand un élève lui demande : "Sommes-nous seuls dans l'univers ?". Cage répond : "Soit oui, soit non, dans tous les cas c'est méga flippant !". Quel acteur faut-il être pour déballer de telles tirades sans ruisseler de larmes ? Ce film est un feu d'artifice qui a pour maître artificier Nicolas Cage, et il en ressort brûlé vif. On a réussi à se donner envie de le re-télécharger.


Prédictions d'Alex Proyas avec Nicolas Cage et Rose Byrne (2009)

23 juin 2011

Insidious

Que dire ? Il y a parfois des films dont l’extrême nullité laisse sans voix et, surtout, dont on ne parvient même pas à s’expliquer le succès qu’ils ont rencontré auprès du public. Insidious est de ceux-là. Je suis atone mais mes doigts prennent le relais pour votre plus grand plaisir. Insidious est la troisième collaboration entre le réalisateur James Wan et le scénariste et acteur Leigh Whannell. Après Saw, c'est leur deuxième film qui réussit à faire trembler le box office US et à ramasser le pactole, récoltant des millions (76M$ and counting !) à partir d’un budget pourtant dérisoire (1,5M$ dont une grande partie dépensée en Comté "Nos régions ont du talent" pour satisfaire les desiderata du comédien Pat Wilson). Si la qualité de Saw était ma foi toute relative, son succès m’était au moins compréhensible, notamment grâce à son twist final débile mais qui surprenait forcément. Là... Mystère ! On est en présence d’une daube d’envergure internationale, que j’ai pourtant vue dans les meilleures conditions possibles, bien accompagné, et avec la simple envie de voir un film d’horreur divertissant, sachant remplir le cahier des charges. Que nenni ! Passez votre chemin !


James Wan et Leigh Whannell découvrant les propriétés euphorisantes des liquides riches en bicarbonates.

Insidious est un film d’horreur ridicule de bout en bout, le genre de film qui conforte le cinéma d’horreur dans le tiers-monde du 7ème art, qui le rabaisse tout entier et vient nous rappeler que le genre est bel et bien composé à 99% d’infâmes saloperies. Pour vous donner une idée, dites-vous qu’Insidious est une sorte de parent dégénéré du déjà très mauvais Jusqu’en enfer de Sam Raimi. Les deux films m’ont l’air similaire sur bien des points. On sent la même volonté chez les deux metteurs en scène d’embarquer les spectateurs dans une pauvrette attraction de fête foraine mise sur pellicule, dans un train fantôme avançant laborieusement et manquant tristement d’inspiration pour surprendre son voyageur, cachant cela dans un déluge d'effets indigestes. Le genre est ici abordé de façon old school et très frontale, avec des objectifs que l’on sent très modestes (faire peur, divertir salement) et justement annihilés par des ambitions de bas étage, jamais transcendées par la volonté toute simple de torcher un bon film avec un minimum de prétentions artistiques.


Un caméo aussi flippant qu'écolo : celui de Nicolas Hulot

Un peu à la manière de Jusqu’en enfer, mais de façon peut-être encore plus flagrante et embarrassante, Insidious a le vilain défaut de ne pas savoir sur quel pied danser. On navigue entre la parodie maladroite et pas drôle du film de maison hantée, avec un second degré mal maîtrisé et un humour qui tombe toujours à plat ; et le sérieux le plus mortel et pathétique d’une série-b tout juste bonne à être diffusée en deuxième partie de soirée sur RTL9. Vous savez, ces téléfilms sur lesquels on zappe malencontreusement, dont on se moque gentiment 2 minutes, puis qu’on oublie aussi sec en se disant que la télé c’est de la merde et qu’on a vraiment la rage de payer une redevance. Les prestations des acteurs sont tout à fait dignes d’un téléfilm. Ils sont tous lamentables et ne semblent pas du tout concernés, à commencer par le si fade Patrick Wilson, un acteur ô combien transparent que j’avais déjà rapidement égratigné quand je vous avais parlé de Morning Glory et sur lequel je ne m’acharnerai donc pas davantage. Quoique… Le fantôme du film, c’est lui ! Il est à ranger dans la catégorie des Steven Seagal et autres Vin Diesel, les muscles, le charisme et l’art de la baston en moins (il ne lui reste donc pas grand-chose sur son CV !). Quant à Rose Byrne, son charme est ici largement insuffisant pour faire abstraction des limites qu'affiche son jeu si maussade et peu inspiré. Si Nicole Kidman avait profité du film Les Autres pour étaler tout son talent et jouer la peur comme personne, donnant à elle seule de l'intérêt à ce film, on est très loin de pouvoir en dire autant sur sa compatriote australienne, en mode pilote automatique, subissant des vents latéraux et autres turbulences désagréables.


Rose Byrne ne supportait pas l'haleine effroyable de son collègue fan de fromages à pâte pressée cuite, d'où certaines scènes de dialogues où l'actrice évite manifestement le face-à-face.

Il faut voir ce couple vedette sans relief réagir impassiblement quand une vieille médium au profil de lévrier afghan lui explique enfin, vers l’heure de film, l’origine des phénomènes surnaturels qui sont survenus dans leur première baraque et qui ont continué à se manifester après avoir pris refuge chez la mamie, incarnée par une Barbara Hershey faisant peine à voir. Une histoire sans queue ni tête qui reprend cette vieille légende urbaine comme quoi il existerait des personnes (dont Pat Wilson et son fils dans le coma font partie) capables de sortir de leurs enveloppes corporelles et de errer dans un univers parallèle : un monde infesté d'esprits évidemment maléfiques qui cherchent à revenir dans la réalité pour faire le mal. Entre parenthèses, moi je pensais que cette faculté de sortir de son corps pour mieux se mater de l’extérieur était réservée aux plus grands acteurs pornos et pouvait être à la portée du gars lambda lors d'une bonne partie de jambe en l’air durant laquelle le point G est touché du doigt. Mais bref passons sur ce détail...


Après ce film, vous ne regarderez plus les babyphones de la même façon

Le film est truffé de clins d’œil appuyés à une petite pelletée de films fantastiques, on pense par exemple à Paranormal Activity, Poltergeist, Shining, La Malédiction, Shutter, Amityville et même SOS Fantômes. Des références pas toujours très heureuses qui constituent une accumulation fatigante sans doute destinée à placer le spectateur en terrain connu et à se le mettre dans la poche. Sauf que ça ne marche pas. Au sein d’une telle saloperie, toutes ces références ont plutôt l’air d’être autant d’insultes adressées à un cinéma de genre trainé dans la boue. Insidious accomplit même l'exploit de faire passer tous ces films pour des purs chefs-d’œuvre (Paranormal Activity exclu, n’exagérons rien). Ici, il n’y a donc rien à sauver, ou si peu... Soyons sympa et évoquons deux passages assez réussis : cette scène où Rose Byrne découvre le fantôme d’un gosse dansant bizarrement sur une vieille musique diffusée par un gramophone ; et ces apparitions de jeunes femmes en petites robes gothiques, étrangement figées et ne gesticulant que par à-coups (apparitions qui s'incluent lors de l'errance finale dans l'univers des morts, qui rappelle les jeux vidéos Silent Hill et même Max Payne, c'est dire jusqu'où James Wan est allé piocher...). Deux moments très fugaces, complètement noyés par le reste, et dont je suis bien généreux de me rappeler. Car à part ça, tout m'est apparu complètement raté dans ce film qui, en outre, cristallise toutes les pires rengaines des films d'horreur merdiques actuels, comme par exemple ces inévitables effets sonores stridents qui essaient de faire sursauter et accompagnent chaque scène-choc, la mise en scène étant bien incapable d’effrayer autrement (elle est de toute façon incapable de créer quoi que ce soit).

Je ne regrette quand même pas de l'avoir vu, je n'ai pas passé un si mauvais moment devant de tels sommets de ridicule, et une daube pareille mérite qu'on y jette un coup d'œil, on en croise pas si souvent. Aussi, faut dire que j’ai passé la majeure partie du film à faire des commentaires pourris où je tentais systématiquement de placer le mot « insidieux », tout en sifflotant Alpha Beta Gaga de Air, au grand dam de ma compagne...


Insidious de James Wan avec Patrick Wilson, Rose Byrne et Leigh Whannell (2011)

21 juin 2011

X-Men : Le Commencement

J'ai vu le premier X-Men à sa sortie au cinéma. J'ai décidé d'arrêter d'aller voir des films de cette saga après avoir vu le second volet également sur grand écran. Mais en apprenant la sortie de ce prequel dont tout le monde vantait les mérites, j'ai pris mon courage à deux mains et je me suis renvoyé toute la série d'un coup en quelques jours pour être prêt à affronter les origines de ces super-héros incontournables. Tout y est passé : X-men, X-men 1.5, X-men 2, X-Men : The Last Stand et X-Men Origins : Wolverine. Mater tout ça d'une traite, ça vous secoue la semoule un bon coup ! Surtout le dernier opus cité, sorte de sous-marque réalisée par un ouvrier dans le cinéma nommé Robin Wood, mais toujours estampillée Bryan Singer et produite par lui, puisqu'il est le traducteur officiel de Stan Lee sur écran géant. Deux autres "Origins" sont à venir, et si cette trilogie des origines est du même acabit que son premier titre, ce sera sans doute le pire triptyque de l'Histoire du "pop-corn movie". Bref on est face à une franchise déjà monumentale et qui n'a pas fini de se répandre puisque X-Men : Le Commencement n'est que le premier volume d'une trilogie de prequels (un peu façon Star Wars épisodes 1, 2 et 3). Donc autant s'y attaquer en temps et en heure, histoire d'être à la page et de suivre un peu le merdier en chantier, car ne nous voilons pas la face, le film de superhéros c'est la nouvelle coqueluche d'Hollywood depuis près de dix piges, et on ne peut vraiment plus passer entre les gouttes.



Mais que donne ce nouvel épisode ? Force est de constater que dans le genre, c'est pas mal ! En tant qu'ancien lecteur des comic books, ça m'a rappelé quelques souvenirs, que ce soit l'habit originel des X-Men en licra jaune, le véritable casque de Magnéto (il était temps, celui des premiers films étant d'une laideur sans nom), ou certains membres de la troupe, comme Le Hurleur (assez bien reproduit) ou Alex Summers, aka Havoka. Concernant les acteurs, James McAvoy et Michael Fassbender sont très bien choisis pour incarner Charles Xavier et Magnéto dans leur jeune âge : ils leur ressemblent physiquement et entrent bien dans le rôle. D'ailleurs la jeunesse de ces personnages est plutôt bien dépeinte et leur donne une épaisseur qu'ils n'avaient pas dans la série des trois premiers films (dont le troisième est une relative chiure, je tiens à vous le rappeler). C'est surtout vrai concernant le Professeur X qui n'est pas une simple copie juvénile du vieux sage de la trilogie initiale mais un jeune séducteur insatiable et facétieux, d'abord insouciant puis peu à peu éveillé à ses responsabilités. En revanche l'actrice qui joue Mystique (Jennifer Lawrence), ne ressemble pas du tout à Rebecca Romjin Stamos et ses talents d'actrice restent à prouver. C'est dommage, tout comme le "caméo" de Romjin Stamos d'ailleurs, d'assez mauvais goût (contrairement à une autre apparition clin d’œil plutôt bien sentie et que je ne dévoilerai pas ici). Le Fauve n'est pas tellement réussi non plus, alors qu'il avait plutôt fière allure dans X-Men 3. En revanche voir l'aguichante Rose Byrne en sous-vêtements affriolants dans sa première scène n'est pas complètement désagréable. Enfin Kevin Bacon s'en sort bien en mutant nazi et il faut noter cette scène où Charles le fige en plein mouvement : aucun effet spécial ne se supplée au talent de l'acteur qui s'immobilise comme personne dans une moue de merde inimitable.



Quelques détails font un peu tâche parfois, sans empêcher l'adhésion à l'histoire, comme certains effets un poil kitchs, quelques scènes surjouées ou écrites à la truelle. Mais dans l'ensemble ça se regarde sans déplaisir. La Guerre Froide en toile de fond n'est pas forcément un choix très heureux mais on passera aussi là-dessus. Certains iront s'extasier qu'un film de pur divertissement ayant tous les atours du film pour ados aborde de lourds sujets tels que le racisme, le principe de responsabilité, la culpabilité de "ceux qui obéissent aux ordres" et ainsi de suite, mais comme souvent ces thématiques ne sont pas profondément traitées au-delà de leur simple évocation dans les dialogues. Pas de quoi crier au film philosophique non plus. En même temps c'est pas ce qu'on attend d'un film de super-héros hollywoodien qui, contrairement à la saga Batman de Christopher Nolan, ne se prend pas trop au sérieux et se contente de remplir honnêtement son cahier des charges, sans tomber dans la débilité profonde non plus, ni dans le second degré à tout prix. On peut par ailleurs noter des moments sympathiques et bien trouvés, comme les scènes qui concernent les nouvelles recrues. Notamment la séquence où les jeunes gens se mettent au défi de révéler leurs pouvoirs dans ce qui ressemble à une salle de jeu pour enfants. La scène aurait facilement pu tourner au ridicule, au lieu de ça elle fait montre d'un certain panache en nous présentant ces superhéros en herbe qui prennent conscience de leur gémellité sans connaître les implications de leurs pouvoirs. L'autre séquence sympathique, du point de vue de la mise en scène, si, si, est celle où les futurs X-Men s'entraînent d'arrache-pied pour maîtriser leur don. L'utilisation du splitscreen dans cette séquence de recrutement, même si elle est un peu abusive, passe bien en cela qu'elle rappelle volontairement les cases disproportionnées des comic books qui s'interpénétraient et qui nous rendaient dyslexiques à souhait. Bref, un épisode peut-être moins "réussi" que les deux premiers de la première trilogie (encore que les personnages y soient plus épais et moins caricaturaux que Wolverine), mais qui se regarde facilement. A voir pour ceux qui ont maté les autres films de la saga sans se ronger les ongles. C'est typiquement sympa un dimanche soir (ou un dimanche après-midi).


X-Men : Le Commencement de Matthew Vaughn avec James McAvoy, Michael Fassbender, Kevin Bacon, Jennifer Lawrence et Rose Byrne (2011)